<HTML> <!-- DATE DE CREATION: 00-08-10 --> <HEAD> <TITLE>Csar dans Astrix</TITLE> <META NAME="Description" CONTENT="Analyse de Csar dans Astrix"> <META NAME="Keywords" CONTENT="Csar, Astrix, Oblix, B.D. histoire, Gaule, guerre, Gaulois, Uderzo, Goscinny, Cloptre"> <META NAME="Author" CONTENT="Chantal Lapointe"> <META NAME="Generator" CONTENT="WebExpert"> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1"> <STYLE TYPE="text/css"> BODY { scrollbar-face-color: #FFCC00;  scrollbar-shadow-color: #000000; scrollbar-highlight-color: #FFFFFF; scrollbar-3dlight-color: #000000;  scrollbar-darkshadow-color: #000000;  scrollbar-track-color: #FFCC00;  scrollbar-arrow-color: #CC0000; } TD{font-family:arial,helvetica; font-size:10pt} A{color:#CC0000; text-decoration:none; font-size:10pt; font-weight: bold  } A:hover{color:#000000} A:visited:{color:#990000} DIV{font-family:arial,helvetica; font-size:10pt} </STYLE> </head> <BODY BACKGROUND="../backcentre.jpg" BGCOLOR="#FFC200" TEXT="#000000" LINK="#FF0000" VLINK="#800000" ALINK="#800000">  <blockquote><blockquote>   <DIV ALIGN="center"><IMG SRC="tcesar.gif" BORDER=0><P> <IMG SRC="cesar3.jpg" BORDER=0 WIDTH=152 HEIGHT=152></DIV><P>  <center><EMBED SRC="mozart.mid" AUTOSTART="false" LOOP="INFINITE" width="97"     height="15" ><br><I>Mozart</I></center><p> <DIV STYLE="text-align:justify;"> Plus de deux Franais sur trois connaissent les albums d'Astrix le Gaulois et beaucoup d'entre eux ne voient Csar qu' travers le texte et les dessins de Ren Goscinny et d'Albert Uderzo.  L'image morale et physique de Csar dans Astrix est assez fidle  la ralit tandis que l'aspect historique est fois sacrifi  de savoureux anachronismes voulus par les auteurs qui n'ont jamais faire une oeuvre historique. Il n'en reste pas moins que l'humour contenu dans cette bande dessine ncessite pour tre apprci une bonne culture classique; comment sinon sourire d'un Csar interpellant sans cesse Brutus d'un premptoire: Tu quoque fili? <P> Qui ne connait pas Astrix ? Sous la plume et le crayon de Goscinny et d'Albert Uderzo, ce petit Gaulois factieux est le hros de 27 albums, parus entre 1983, et tirs, le premier  20 000 exemplaires, mais,  partir du cinquime,  1 200 000, constamment rdits, traduits dans de nombreuses langues trangres - y compris le latin - sans parler de deux dessins anims de long mtrage. Statistiquement, plus de deux Franais sur trois connaissent Astrix, pour avoir lu au moins l'un de ses albums, et gnralement plusieurs, puisque, pour une bande dessine achete, il y a en moyenne quatre lecteurs. A considrer la tranche d'ge des lecteurs de B.D., qui ne va pas jusqu' 77 ans contrairement  un slogan clbre mais se situe entre 10 et 50 ans, !e pourcentage des lecteurs assidus ou occasionnels d'Astrix monte  90% reprsentant l'essentiel de la population scolaire et active franaise. Astrix constitue donc un vritable " phnomne de socit ", dont les " retombes sociologiques, pour employer le jargon  la mode, ne sont pas minces et ont d'ailleurs fait l'objet d'tudes plus ou moins savantes. De ce phnomne, nous retiendrons ici l'un des aspects culturels et documentaires, eux aussi pour trois raisons : la plupart des adultes qui ont fait des tudes classiques n'ont en gnral ni besoin professionnel (sauf les professeurs) ni ncessit personnelle de ractualiser, ou mme de maintenir leurs connaissances relatives  l'Antiquit grco-romaine ; l'enseignement de l'histoire en France est dmantel, notamment celui d'histoire ancienne ; les tudes classiques ont subi le recul que l'on sait mme si ce recul semble tre enfin enray. Par voie de consquence, deux Franais sur trois, aujourd'hui, ne connaissent de Csar que l'image qu'en donne Astrix, mais ils la connaissent bien, car, sur 27 albums, 22, soit plus des trois quarts, lui donnent dans le rcit un role direct ou indirect. Quelle image de Csar nous propose donc Astrix? <P>   <IMG SRC="cesar20.jpg" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=140 HEIGHT=247 align=left> Les traits physiques de Csar sont dfinis ds le premier album, non  sa premire apparition, dnue de toute fidlit  l'iconographie csarienne, mais  la fin de l'pisode, o Csar a dj son type physique dfinitif, tel que la couverture des Lauriers de Csar, l'illustre en profil de mdaille. La comparaison avec les reprsentations antiques de Csar ou avec ses profils sur les monnaies contemporaines tmoigne d'une relative fidlit au modle. Certes, la morgue y est surajoute par l'accentuation de la courbure du nez, par la tendance  macier le visage et  tirer les coins de la bouche vers le bas. Mais la calvitie partielle, les plis symtriques allant des ailes du nez au bas du visage, et ceux partant de la base du nez pour souligner le dessous des paupires, l menton volontaire, la glotte prominente, sont autant de traits conformes  l'original, tout comme " la taille haute" et " les membres bien faits " (Sutone, Div. Jui., 45). L'honneur permanent, que lui avaient dcern le snat et le peuple romains, de porter la couronne laure, tourne dans Astrix  la manie : " H, H ! Ma vieille couronne de laurier, toute fripe... J'ai d m'endormir dessus, un soir, par inadvertance ! ". <P> Un mot du dcor o se meut Csar. En campagne, un praetorium confortable, sans plus. Mais,  Rome, son palais ressemble plus, par ses marbres, ses statues, ses colonnes et sa vastitude, au vestibule des thermes de Caracalla, qu' ce que fut rellement la demeure prive du dictateur, ou la domus publica du grand pontife. Une fois, le rcit nous transporte dans " sa luxueuse rsidence secondaire des environs de Rome ", et l'on sait par Sutone (Div. JuI., 46) que les maisons de campagne de Csar brillaient en effet d'un luxe effrn. <P>   <IMG SRC="cesar.gif" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=221 HEIGHT=251 align=right><P> Ds que Csar ouvre la bouche, il parle comme un livre. Et pour cause ! De l'aveu mme des auteurs, les pages roses du dictionnaire ( l'poque o il en avait) donnent l'explication et la traduction des "mots " de Csar. Celui-ci a parfaitement conscience d'tre un spcialiste des mots historiques. Voici comment il coupe la parole  un interlocuteur: " Mon petit bonhomme, les phrases historiques, aiea Iacta est et tout , c'est moi qui les fais ici ! " Les Romains aussi le savent, qui tiennent  ce que les Acta diurna du snat - ce J.O. cr, rappelons-le, par Csar-  ne conservent de ses interventions que les paroles dignes de passer  la postrit. Tmoins ce prsident de sance du snat au greffier: <P> " Supprime la dernire intervention de Csar. Comme citation pour les gnrations  venir, a ferait le plus mauvais effet ", ou cet officier, qui glisse  l'oreille d'un autre: "On me l'avait dit  Rome : pour les citations, il baisse ". Mais quels sont les mots historiques de Csar? Rservons pour l'instant le tu quoque fui, et retirons  Csar pour le rendre  Jsus-Christ le "Rends  Csar ce qui est  Csar . Il n'en reste plus que deux : alea jacta est, prononc lors du passage du Rubicon  (en grec d'ailleurs) ; veni, vedi, vici, par lequel Csar salua sa foudroyante campagne pontique de 47 et qui fournit d'infinies variations de comique verbal. Csar: "Veni, vidi et je n'en crois pas mes yeux. Dialogue entre 2 lgionnaires: " Rendre compte? Mais nous n'y sommes pas alls et nous n'avons rien vu ! Et puis Jules Csar a dit... - Je ne sais pas ce que Jules Csar a dit, mais ne pas y aller et ne pas voir, c'est le meilleur moyen de ne pas tre vaincus I Csar, furieux, au dbut du Bouclier arverne: " Je vais leur montrer,  ces Gaulois. Veni, vidi, vici, et eux, ils rigolent I Je vais leur montrer qui est le matre ! ". Le mme, dconfit,  la fin de l'pisode: " Bon. Veni, vidi et j'ai compris. ", etc. <P>   Faiseur de mots historiques, Csar est aussi un homme de lettres et ses Commentaires sont prsents dans Astrix. D'abord quand Csar demande qu'on aille chercher dans son butin les armes de Vercingtorix et que le tribun, embarrass, revient en disant : " Ben oui  Csar... Nous n'avons pas de souvenirs de la guerre des Gaules. Csar, l'air coeur : " Sans commentaires. " Ensuite quand le chef gaulois Abraracourcix, stupfait, demande: " Nous sommes Romains? Depuis quand ? ". Astrix: " Depuis la conqute de la Gaule par Jules il a fait assez de commentaires  ce sujet." On le voit, cette prsence est fort allusive et requiert donc du lecteur un minimum de culture classique. Il faut mme avoir au moins feuillet une traduction des Commentaires pour apprcier le sel de ce dialogue: <BR>Csar, au petit groupe de ses conseillers : " Je vais vous faire quelques petits commentaires :  en Gaule, aprs que Vercingtorix eut t vaincu, il dposa ses armes aux pieds du glorieux chef qui occupa toute la Gaule. T oute? Non ! Un petit village peupl d'irrductibles barbares osa, et ose encore lui rsister. " <BR>1er conseiller: " De qui parle-t-il? " <BR>26 conseiller : " De lui. Il parle toujours de lui  la 36 personne." <BR>1er conseiller : Il est formidable!"  <BR>Csar : " Oui ?" <BR>1er conseiller: " Ben... vous!" <BR>Csar: "Ah I... Lui! "<P> <IMG SRC="asterixbelgess.png"  HSPACE=10 BORDER=0 WIDTH=200 HEIGHT=281 align=left><P>Enfin, une phrase du dbut du Bellum Galiicum:	Horum omnium fortissimi. sunt Belgae, fournit l'argument d'Astrix chez les Belges exprim dans ce dialogue savoureux entre un chef belge et le chef gaulois  <BR>Chef belge : " Sans rire maintenant, qu'est-ce que vous tes venus faire chez nous?" <BR>Chef gaulois : " Oh, tout , c'est cause d'une dclaration idiote de Jules Csar. Une carabistouille, comme vous dites. " <BR>C.B. : " Une carabistouille? Quelle carabistouille? " <BR>C.G.: " Eh bien, il a dit que de tous les peuples de la Gaule, c'tait le peuple belge le plus brave... Ridicule! <BR>C.B. : "Pourquoi ridicule? " <BR>C.G. : " Parce que nous sommes aussi braves que vous, si ce n'est plus. <BR>C.B..: " Jules Csar ne dit carabistouilles I Nous sommes plus braves I " <BR>C.G.: Jules Csar est le carabistouilleur du monde, et les plus braves, c'est nous!" C.B.. : " a te faut pas taire le moi, hein?! " <BR>Astrix: " Allons, allons, soyons raisonnables; nous sommes les plus braves, et n'en parlons plus ."  <BR>C.B. : " Si vous tes les plus braves il faudra le prouver I " <BR>C.G. : " C'est ce que j'allais vous proposer.  Faisons un concours! " <BR>C.B.. : " Un concours? Et qui en l'arbitre? " <BR>C.G. : " Jules Csar, bien sr ! " <P>   <IMG SRC="asterixboucliers.png" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=204 HEIGHT=280 align=right><P> Dans la droite ligne des Commentaires, Csar est d'abord, bien sr, le conqurant des Gaules. Une images symbolise  elle seule cette conqute : la reddition de Vercingtorix, telle nous la rapportent, non Csar, mais Florus (III, 10), Dion Cassius (XL, 4) Plutarque (Caes., 27). Car, si l'image csarienne n'a voulu retenir que vaincu dans les fers (cf. Csar, B. VII, 89, 4), les autres sources nous montrent Vercingtorix, descendu de cheval, s'agenouillant devant Csar,  les mains tendues en signe de soumission, aprs avoir dpos ses armes aux pieds du vainqueur. C'est cette description qu'Uderzo attribue  tort  Csar lui-mme, comme nous  venons de le voir, et c'est cette image qu'illustre son discours. Mais, partout ailleurs, le chauvinisme franais, constamment flatt dans Astrix, a trans form l'acte de soumission en acte de drision : ds la premire page du premier album, Vercingtorix jette ses armes, non aux pieds, mais sur les pieds de Csar hurlant de douleur. Le Bouclier arverne accentue encore le ridicule de Csar, contraint de  "s'en aller vers d'autres conqutes "...  cloche pied.  Et comme si cette espce d'ultime victoire ne suffisait pas, la reddition de Vercingtorix est en quelque sorte abolie par celle d'Astrix  des Romains si terrifis que ce sont eux qui s'enfuient en abandonnant leurs armes I Si la reddition de Vercingtorix symbolise la conqute romaine, un nom exprime sa victoire militaire, et la droute gauloise: Alesia. Ainsi voit-on le vieil Agecanonix foncer dans le village en hurlant : " Alesia I C'est Alesia I Ils ( les Romains) ont la potion magique I Ce nom est si honnique, lorsqu'Astrix (tente de savoir o est Alesia, il s'entend rpondre avec l'accent auvergnat : Nous ne chavons pas o ch'est, AIgia! ". Et les auteurs d'ajouter "Cette attitude, qui s'est perptue  travers les sicles, fait que l'emplacement de la dfaite gauloise reste, encore de nos jours, assez mystrieux...Regrettable chauvinisme I " <P> Ainsi est plaisamment explique la longue controverse, priodiquement rouverte autour des sites prsums d'Alesia, depuis le second Empire. En revanche - c'est le cas de le dire, car cette victoire gauloise fait pendant  Alesia - Gergovie, on sait o  se trouve, on en clbre joyeusement l'anniversaire - et sa seule vocation, dans Le Bouclier arverne, fait frmir Csar: <BR>Le tribun Tullius Fanfrelus: " J'ai t attaqu et battu, par jupiter ! " <BR>Csar : " O , par Minerve ! " <BR>Le tribun : " A Gergovie, par Saturne ! " <BR>Csar: " Dcidment, c'est une manie, par Vulcain ! " <BR>Csar tourne bride sur ces paroles,  la fin de l'pisode : "Et que je n'entende plus jamais parler de cette ville! Ave. "  Il faut dire que les Gaulois eux, ne cessent d'en parler: J'ai fait la guerre, moi, Mssieur !... J'tais  Gergovie, moi, Mssieur III ;  " Ah! a valait bien la peine faire Gergovie ! "	 <P>On le voit, Gergovie c'est Verdun, surtout dans la bouche d'Agecanonix, qui incarne " la mentalit ancien combattant "  Laissons-lui la parole " C'est parti comme en 52, les gars !"; "Je n'ai pas besoin de potion magique, moi ! Je n'en avais pas  Gergovie ! "  Comme c'est le mme que nous avons entendu hurler: " C'est Alesia !" quand il croyait que les Romains avaient vraiment la potion magique, il est manifeste que les auteurs d'Astrix montrent une distance ironique avec ce type de rodomontades. <P>  <IMG SRC="asterixlauriess.png" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=200 HEIGHT=276 align=left><P> Les autres exploits militaires de Csar sont voqus beaucoup plus fugitivement et leur chronologie est aussi incertaine que leur ralit. Par exemple, tout l'pisode des Lauriers de Csar repose sur un prtendu triomphe que Csar aurait clbr  la suite d'une campagne victorieuse contre les pirates. Ailleurs, "Csar est trop occup par des troubles du ct de la Germanie suprieure " qui ne fut rduite qu'en 17 ap. J.-C. Cela ne repose vaguement que sur les incursions faites par Csar en 54 et 53 au-del du Rhin, comme la prtendue conqute de la Bretagne, prsente comme aussi "totale " que celle de la Gaule, repose sur les expditions de 55 et de 54, qui permirent  Csar d'affirmer une thorique domination de Rome sur une partie de l'ile. Nous avons ici, moins l'effet d'une "dformation historique chez Csar" ou de l'interprtation donne par C. Jullian de ces campagnes, que le strotype du conqurant universel, grce auquel on nous montre Csar mutant un officier... en Mongolie infrieure! Mais en crditant Csar de conqutes qu'il n'a pas ralises, les auteurs d'Astrix rendent en ralit tribut au mythe de Rome " rouleau compresseur devant qui rien ne rsiste ( sauf videmment, le village gaulois et ses mules dans d'autres provinces).  Deux images, l'une terrestre, l'autre maritime, illustrent cette vision de Rome toutes deux construites de la mme faon, elles montrent en profondeur une ligne arme, de soldats ou de navires, pilum ou rostres en avant, se dplaant de droite  gauche, dans un ordre impeccable, l'adversaire n'tant voqu que par quelques armes abandonnes  terre dans la premire, par un malheureux vaisseau pi-rate pris par le travers dans la seconde. Notons que cette seconde image doit beaucoup au long travelling latral, de la flotte allie de dbarquement en Normandie dans le film "Le jour le plus long ", paru quelque temps avant l'album. Sous-jacente est l'ide que les Romains l'emportent certes, mais grce  une formidable supriorit d'organisation, de technologie et de "puissance de feu ". Mais il n'est pas non plus indiffrent, nous le verrons, que les Romains soient implicitement compars aux Amricains.   <P>Pourtant, paradoxalement, Csar, ce prdateur issu d'une " ville de proie " qui pressure les provinces, ne cesse d'tre confront  des problmes d'argent ; pour conqurir, il lui faut de l'argent, et pour avoir de l'argent, il lui faut toujours conqurir. Ce cercle vicieux, qui sacrifie  une sommaire idologie marxiste, mrite  tout le moins d'tre nuanc. Mais I'important est que le thme des ennuis d'argent de Csar apparat pour la premire fois dans Astrix et le Chaudron, en 1969, comme par hasard un an aprs que les Franais eurent fait connaissance avec le contrle des changes ! <P>   <IMG SRC="cleopatre.jpg" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=152 HEIGHT=152 align=right><P> Entre le conqurant et l'homme politique s'interpose quelqu'un qui touche aux deux, si l'on peut dire, autant qu'au privatus : Cloptre, reine d'gypte et matresse de Csar.  Un album lui est consacr, mais leurs amours sont partout prsentes, comme en tmoigne,  titre d'exemple, ce dialogue entre un centurion mgalomane et un devin: <BR>Centurion:	" Raconte-moi comment a se passera quand je serai Csar. " <BR>Devin:	" Eh bien, tu seras trs puissant, et le peuple te craindra... " <BR>C.	: " Trs bien, trs bien... Et Cloptre? " <BR>O. : " Cloptre? Quoi,Cloptre?". <BR>C.	: " Tu as entendu parler de Cloptre, non?! ". <BR>O.:	" Cloptre oubliera bien vite Jules Csar, et elle sera follement amoureuse de toi... " " <BR>C. : " a alors ! Et elle m'invitera  bord de son bateau ? " <P><IMG SRC="asterixetcleopat.png" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=200 HEIGHT=283 align=left>Cette fameuse galre constitue l'un des quatres traits historiques du personnage,  les trois autres tant:  sa qualit de reine d'gypte ; Alexandrie, avec son phare et sa bibliothque ; le fils qu'elle a eu de Csar, Csarion, dont la filiation n'est pas considre comme douteuse. <P> Mais la lgende de Cloptre l'emporte sur son histoire, pourtant pare, dj de couleurs merveilleuses, et, depuis Pascal, le nez de Cloptre en fait partie : Il a sduit le druide Panoramix et Csar y fait maintes allusions : " Elle est gentille, mais les pices lui montent facilement au nez... qu'elle a joli d'ailleurs. " ; Je ne voudrais tout de mme pas que Cloptre m'ait dans le nez. " <P> Au reste, ne cherchons pas la moindre ressemblance physique avec la Cloptre que nous restitue l'iconographie antique. Moins parce que son nez aurait t allong pour les raisons sus-dites (la vritable Cloptre n'tait pas mal pourvue de ce ct) que parce que, si la Cloptre d'Astrix et Ia Cloptre ressemble  quelqu'un, c'est par son visage flin comme par la plnitude de ses formes,  Liz Taylor ! L'album  est en effet sorti en 1965, deux ans aprs le grand film peplum Cloptre, et il avoue ouvertement sa rfrence cinmatographique : la couverture imite la bande annonce publicitaire du film : "La plus grande aventure qui ait jamais t dessine. 14 litres encre de Chine, 30 pinceaux," et, ds la seconde page, le lecteur est averti qu'il va lire une version double " du dialogue.  Les dcors aussi sont souvent dmarqus du film, l'appareil somptueux dans lequel Cloptre apparat en public. <P>   <IMG SRC="asterixlegionns.png" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=200 HEIGHT=283 align=right><P> Ce Csar qui se fait tout petit devant l'gyptienne, c'est dj une image politique ; celle que mettront en avant ses adversaires, puis ses assassins. Comme dans la Correspondance de Cicron, Csar est constamment appel " le matre " (dominus). Une fois mme, c'est dj le divus Julius qui s'exprime: Tromper Csar, c'est tromper les dieux... " <P>Sa lente ascension vers le pouvoir est rduite  deux tapes essentielles : l'tape politique du triumvirat, voque, avec un certain clin d'oeil tymologique, dans cette rflexion d'un centurion ambitieux  son complice " A nous deux, nous formerons un triumvirat ! (en apart) J'ai besoin de toi, mais, aprs, je le formerai seul, le triumvirat " ; l'tape militaire des guerres civiles, justement appeles " fraticides " mais dont ihrreur est dsamorce par des effets comiques reposant sur la similitude des adversaires ; la tuerie de Thapsus devient ainsi, en 5 images, un immense quiproquo courtelinesque. La guerre d'Afrique sert donc de toile de fond  Astrix lgionnaire. Hormis le fait qu'Astrix ne pouvait tre lgionnaire ( moins, comme le suggre le rcit; d'en faire ici un quivalent antique de la Lgion trangre  Sidi Bel-Abbs) le canevas de l'pisode est fidle  la ralit historique. Le rcit commence au moment o " Jules Csar est en difficult en Afrique, o il se bat contre des ennemis romains du parti des Pompiens. Aux dernires nouvelles, il est assig dans Ruspina. Il a besoin de renforts. ". On peut admettre que nos hros gaulois faisaient partie des renforts reus peu avant Thapsus. Il n'est mme pas de invraissemblable de faire dire  Csar : " il faut que cette bataille marque ma Victoire dfinitive sur mes adversaires du parti de Pompe... ", puisque celui-ci crut en effet, aprs Thapsus, en avoir fini avec eux. Il dut dchanter, quand la guerre se ralluma en Espagne quelques mois plus tard. C'est l que nous le retrouvons, dans Astrix en Hispanie, au soir de Munda, alors qu'il s'apprte "  retourner  Rome, o l'attend un triomphe ", le cinquime en effet, celui d'octobre 45, auquel nous assistons et au cours duquel il accorde sa clmence  un barbare roux qui n'a pas pu "s'empcher d'applaudir au magnifique spectacle dont il fait partie " <P>Et comme un spectateur demande: "Que fait Csar? ", un autre lui rpond : " Il affranchit le rubicond " Cette "astuce" ferme la boucle, de l'ultime pisode des guerres civiles au geste qui dclencha celles-ci. <P>  <IMG SRC="brutuss.png" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=119 HEIGHT=117 align=right><P> On le sait, Csar ne profita pas longs temps de sa victoire. Un homme, prs, de lui, incarne cette menace latente : Brutus, et la manie qu' Csar de l'interpeller  tout bout de champ d'un premptoire : Tu quoque fili. Dans la B.D. le personnage possde deux caractristiques : il est le futur assassin de Csar ; il a une tte d'abruti parfait ou de brute cruelle.  Les auteurs mme de toute vidence, la figure de Brutus le Jeune avec la lgende de Brutus l'Ancien.   Csar pressent qu'il finira par avoir des ennuis avec ce  garnement, bien qu'un devin lui assure le contraire... sous l'oeil torve de Brutus se curant les ongles avec un poignard. C'est dj le poignard des tyrannochtones, et Brutus le brandit dj en criant: " Utilisons la force ", ce qui lui attire cette sche rplique de Csar: " Range ce poignard, tu vas te faire mal, imbcile ! " <P> On jurerait un pre admonestant son fils.  Et c'est le cas ; du moins Brutus est-il prsent comme le fils adoptif de Csar. Les auteurs se souviennent ici des bruits qui avaient couru ds l'Antiquit sur la paternit de Csar, avec celui des esprances de Brutus d'hriter du dictateur, qui combleront son vritable fils adoptif, Octave.  Mais sur cette rumeur se fonde l'intrigue du Fils d'Astrix, ou Brutus tente de faire disparatre Csarion. . Le personnage y est franchement antipathique: brutal, violent, aux antipodes du vritable Brutus. <P>   <IMG SRC="cesar.png" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=135 HEIGHT=156 align=left><P> Si Brutus n'est pas dans Astrix l'idaliste rpublicain de l'histoire, Csar, tiominus de Rome, possde une image largement conforme au portrait-robot du tyran.  Son impotentia le fait entrer dans des colres pouvantables ; le trait n'est d'ailleurs pas dnu de tout fondement historique.  Par suite, la peur de mcontenter Csar tourne  la hantise chez les Romains : les pisodes sont ainsi ponctus de "Il ne va pas tre content, Csar ! ", " Qu'est-ce qu'il dirait, Csar, si... " Inversement, le souci de lui plaire stimule leur zle : " Csar sera content, si " <P> Ce souci est compens par le soin qu' Csar de ne pas dplaire au peuple, notamment  l'occasion des jeux du Cirque ; si le peuple est content, Csar est content, et inversement. Dmagogie, souvenir de ses engagements populares, ou simplement de sa relle popularit? A la fois consquence de sa tyrannie et compensation  celle-ci ; sa clementia, au fondements historiques et idologiques rels, et dont nos hros profitent maintes fois. <P> Contrairement au peuple et mme aux Gaulois, les snateurs ne dsarment pas leur fronde lgaliste contre Csar. La B.D. les fait mme plus courageux qu'ils ne le furent gnralement dans la ralit. On entend ainsi le snateur Stradivarius,  la voix "module ", "habitue  faire vibrer les foules" (on pense  Cicron, bien sr), " rgler ses comptes avec Csar ", qui explique l'attitude de ses opposants en des termes que ne dsavouerait pas un historien de Rome " Le snat veut se venger de moi, car j'ai diminu son influence." Mais cet esprit de libert, dni  Brutus et dcri chez les snateurs, est honor par les auteurs quand Astrix rpond  un envoy de Csar par une parodie de Mirabeau : " Nous sommes ici par la volont de Cloptre et nous n'en partirons que le travail termin ". <P>   <IMG SRC="asterixhispanis.png" BORDER=0  HSPACE=10 WIDTH=200 HEIGHT=282 align=right><P> En revanche, cette double image de Csar, conqurant militaire et autocrate populaire, donne naissance  un effet volontaire de surimpression avec Napolon.  De manire ambigu, Csar est ainsi  la fois l'adversaire, le Romain conqurant des gaules  et le presque compatriote, le pototype de l'Empereur des Franais. L'assimilation de Csar  Napolon s'intgre dans la veine comique des anachronismes volontaires, trs fconde dans Astrix. <P>Cette assimilation se fait jour pour la premire fois dans Astrix en Hispanie, lorsqu'aprs Munda, Csar,  "passant en revue sa vieille garde, la glorieuse Xe lgion ", aprs avoir dclar, comme dans la proclamation d'Austerlitz: " Lgionnaires, je suis content de vous ", pince l'oreille d'un de ses lgionnaires-grognards. Si le geste est fictif, les expressions de " vieille garde " et de " grognards "appliques  la Xe lgion se trouvent chez J. Carcopino (Jules Csar, Paris, 1968, 452 ; 465). Goscinny et Uderzo peuvent se prvaloir d'une autorit illustre ! <P> Evidemment, Astrix en Corse ne manque pas d'voquer la figure de Napolon. Ecoutons le farouche chef corse Ocatarintabellatchitchix: " Dis  Csar que, quelles que soient ses ambitions, il ne sera jamais empereur pour que les Corses acceptent un Empereur, il faudrait qu'il soit Corse lui-mme. " <P>Donnons acte aux auteurs qu'ils savent que Csar ne fut jamais Empereur, au sens o les historiens franais de la Rame impriale l'entendent. <P>Enfin, dans Astrix chez les Belge a lieu une bataille, parfaitement imaginaire, dans une " morne plaine ". On a compris que l'on va avoir un remake de Waterloo. Lisons : " Le soir tombait ; la  lutte tait ardente et noire. Csar avait l'offensive et presque la victoire; il tenait les Belges acculs sur un bois. Soudain, joyeux, il dit: "Volfgangamdeus !". C'tait Astrix... L'espoir changea de camp, le combat changea d'me...  <P>   En somme, l'image de Csar dans Astrix est loin d'tre entirement fantaisiste. Physiquement et moralement, le vrai Csar n'tait gure loign du portrait de la B.D.  Quant  son aspect historique, il est trait fort ingalement : exact en gros pour ce qui touche aux guerres civiles et  ses relations avec ses compatriotes, totalement fictifs quant aux rapports entre les Gaulois et les Romains pendant et aps la Conqute.  <P> Mais la svrit apparente de ce jugement n'a d'gal que son absurdit. Car jamais les auteurs d'Astrix n'ont prtendu faire oeuvre historique. Reprocher  Astrix de trahir l'histoire, c'est condamner tous ceux, d'A. Dumas  R Merle, qui ont, selon le mot clbre du premier, " viol l'histoire pour lui faire un enfant ". L'enfant, ici, s'appelle Astrix et il n'est, ma foi, pas mal venu. .<P> Paul M. MARTIN<BR>  Universit d'Orlans <P> <BR> <DIV ALIGN="center"><p><b></font></font></b></center></blockquote> </BODY> </HTML> 
