<html> <head> <title>le voyage d'oregon</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF"> <p><font size=-1><font face="Verdana"><font color="#FF8000"><font face="Verdana"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font size=-1><font size=-1><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><i><font color="#FF8040"><b><font size="5"><br>   <font color="#006666">Rascal & Joos : Le voyage d'Oregon</font></font></b><font color="#006666" size="5">    (Pastel)</font></font></i> </font></font></font></font></font></font></font></font></font></font></font></p> <p>&nbsp;</p> <font size=-1><font face="Verdana"><font color="#FF8000"><font face="Verdana"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font size=-1><font size=-1><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><p>Ce rcit met en scne deux personnages de cirque : un ours et un clown qui    effectuent un long priple o se succdent les vues d'une Amrique mythique,    un long voyage sans retour (deux aller simples, sans bagages et sans cls) qui    s'achve sur un nez de clown rouge comme un lumignon de renne, oubli dans la    neige, rond comme un point final. Les personnages ne sont pas identifis tout    de suite, ce n'est qu'au fur et  mesure de l'histoire qu'on apprend qu'Oregon    est un ours et Duke, un nain. Le narrateur, en l'occurrence le clown, s'est    promis de ramener l'ours dans son pays d'origine. L'enjeu apparent, " ramener    Oregon en Oregon " n'est qu'un prtexte. A travers ce voyage, c'est bien d'une    qute personnelle dont il s 'agit.  <p>Le rcit est construit en 5 parties ou strophes qui rythment l'histoire, des    rejets et de multiples enjambements, un " petit quatrain champtre " au milieu    du texte. Ce choix d'criture fait cho au pome de Rimbaud, "Sensation", plac    en exergue. Le voyage conduit des espaces clos du cirque (chapiteau, cage) aux    grands espaces de libert des Rocheuses et des forts, du sombre vers la lumire,    de l'artificiel (le cirque) vers l'authentique (la nature). <br>   Le texte de Rascal fonctionne comme une grande mtaphore, joue sur le double    sens du voyage : le voyage de l'ours Oregon pour retrouver son pays d'origine    est l'allgorie du cheminement du nain-clown Duke pour se (re)trouver, s'accepter,    s'assumer : tre soi, devenir l'homme dont il rvait quand il tait enfant...    J'ai tenu ma promesse et ne plus tre ce personnage artificiel, drisoire...    mes pitreries, mon numro. <br>   De nombreuses analogies jalonnent le texte, mme si la mtaphore n'est pas toujours    limpide, elle permet d'infrer les lments de rfrence... Bien des kilomtres    plus tard, je perdais mon trac et retrouvais l'enfance. Qui sait ? J'y rencontrerais    peut-tre Blanche-Neige... La litanie des substitutions mtaphoriques montre    combien Rascal suggre les faits plus qu'il ne les dcrit. Il laisse des blancs    tout au long du texte, des espaces o les drames sont  peine voqus... Moi    qui enfant n'avais jamais eu d'ours en peluche... <br>   Le contexte du cirque, le drisoire du personnage de Duke, les allusions permanentes     l'enfance et le recours  des jeux visuels convoquent nos images intrieures,    gomment les faits et accentuent les sensations. L'vocation de Van Gogh, explicite    dans le texte et l'illustration, pousse le lecteur  relever dans le lexique    les nombreuses rfrences chromatiques : le rouge du rideau derrire lequel    Duke se " blottit ", couleur du sang, vhicule de la vie, couleur du drame et    de la mort aussi (sang rpandu dans les crimes ou les guerres) ; puis le noir...    la nuit noire du dpart, le ciel de suie de Pittsburgh, symbole du malheur,    de sa dtresse, de son angoisse, de son inconscient ; le jaune des forts, celles    aux arbres gorges de miel, des bls des tableaux de Van Gogh, symbole de chaleur,    de lumire, d'opulence ; enfin, le blanc du "premier matin", symbole de puret,    virginit, espoir, passage de l'ancienne  la nouvelle vie... neige sur les    Rocheuses, Blanche-Neige.  <p>Enfin, le choix d'criture est renforc par une accumulation d'expression;    strotypes, utilises  double sens... Un dernier tour de piste... pour la    dernire ligne droite... Tandis que leur valeur de lieux communs renvoie au    propos, leur sens littral est directement li aux thmes voqus en contexte.    Cette profusion de platitudes donne le sentiment d'une criture banale, banalit    seulement apparente car l'auteur pige son lecteur en usant de "remotivations    smantiques " qui dtournent ces expressions toutes faites . " De la porte     ct " devient...  ct de la porte ," les vaches regardent dfiler les trains    " devient... regardant dfiler les vaches ou encore " les cheveux au vent "    devient... les cheveux rouges au vent.  <p>L'auteur met en scne un personnage  la psychologie fragile qui, sans la prsence    de l'ours, alibi et soutien, n'aurait pu parvenir  retrouver... le cur lger    et la tte libre. <br>   Ds le dbut de l'histoire, Duke rpond  une injonction que l'ours lui adresserait    personnellement : le ramener dans ses montagnes et lui rendre sa libert...    Un soir Oregon m'a parl. "Conduis-moi jusqu' la grande fort, Duke." Mais    l'ours n'est qu'un prtexte, il peut tre vu comme le symbole de l'inconscient    de Duke. L'quivoque du pronom [il] dans telle qu'il l'avait rve qui dsigne     la fois l'ours et le clown car il fait suite au [je] de Quand j'ai rouvert    les yeux. laisse  penser qu'il n'y a qu'un seul personnage : Duke et sa voix    intrieure. L'ours serait le jouet qui rassure, tendre confident de l'enfance...    Blotti derrire le rideau rouge, je perdais mon trac et retrouvais l'enfance.    <br>   Le clown est porteur et rvlateur des faiblesses humaines : ses maladresses,    ses dfauts font rire ; cach derrire son masque, il ne livre pas sa vritable    personnalit. Le clown est aussi le narrateur. Il s'adresse directement au lecteur.    L'histoire est prsente de son point de vue. Des traces d'un dbat intrieur    apparaissent : Qui sait, peut-tre... j'y rencontrerais (emploi du conditionnel).  <p>Le thme principal est soutenu par trois thmes secondaires : le voyage, l'Amrique    et des rfrences culturelles.  <p><font color="#FF0000"><b><font color="#006666" size="3"><br>   1 - Le voyage</font></b></font> <br>   Pour se raliser, Duke a besoin de vivre rellement une traverse, celle des    Etats-Unis, qui,  la fois, symbolise et concrtise sa qute. Le voyage se droule    de l'Est  l'Ouest des Etats-Unis, entre deux lieux de nature diffrente : le    point de dpart (le cirque) est un lieu clos, intemporel et pourrait tre le    symbole de l'enfermement de Duke ; l'arrive dans les grands espaces (montagnes,    forts) symbolise l'accs  la libert, la possibilit de s'accepter. <br>   Rascal lui fait traverser... le plus grand pays du monde dans le mme sens que    les pionniers qui conquirent l'Ouest Amricain, mais aussi, dans les traces    de Kerouac " sur la route " de la Beat gnration. <br>   Une seule tape suffit, de Pittsburgh  Chicago pour laisser derrire lui...    Star Circus, rideau rouge , roulotte et ciel de suie. Comme pour Kerouac, le    vritable voyage commence, en stop,  Chicago, au seuil des grands espaces.    L, au milieu du voyage, au milieu du rcit, on rvle au lecteur que Duke est    nain. C'est un voyage sans retour, sans cl et sans argent.  <p><font color="#FF0000"><b><font size="3" color="#006666"><br>   2- L'Amrique :</font></b></font> <br>   Outre les noms des personnages et les situations gographiques prcises, permettant    de reconstituer l'itinraire de Duke et Oregon, Rascal utilise un certain nombre    de clichs relatifs  l'Amrique. Les rencontres renvoient aux minorits, aux    marginalits, aux rves dus... Spike, voyageur de commerce, starlette de supermarch,    chef indien dplum, Cheval de Fer, carcasse d'une Chevrolet aident Duke  comprendre    qu'il n'est pas seul sur la touche, parmi les loosers, victime du rve amricain    avec son cortge de publicits, de slogans, d'illusions  bon march.  <p><font color="#FF0000"><b><font color="#006666" size="3"><br>   3- Des rfrences culturelles :</font></b></font> <br>   La plus explicite, c'est la peinture avec Van Gogh : Les cheveux rouges au vent,    j'ai travers des tableaux de Van Gogh... ramnent  la vie tragique et tourmente    du peintre aux cheveux roux, incompris de son vivant, peintre prsent  la fois    dans le texte et dans l'illustration.  <p>La plus permanente, c'est la posie avec Rimbaud. Sensation, mis en exergue    sur la page de garde, voque avec fracheur, l'aspiration  d'autres horizons,    le retour sur soi, le dsir de libert et d'absolu. Le texte voque, bien que    de faon allgorique, les aspirations du narrateur, son dsir de partir et de    tout quitter dfinitivement... Sans bagages et sans cls et le petit quatrain    :  <p>On cheminait sous la grle <br>   On festoyait dans les mas <br>   On somnolait dans l'herbe tide <br>   On rvait sous les toiles.  <p>renvoie au pome Ma Bohme : Je m'en allais, les poings dans mes poches creves...    <br>   J'allais sous le ciel... Mes toiles au ciel... Mon auberge tait  la Grande-Ourse...    <br>   Je partirai,  la fin chez Rascal, fait cho au j'irai du dbut de Sensation.  <p>La plus martelante, c'est le roman noir. Le texte dmarre comme chez Lo Malet    lorsqu'il met en scne Nestor Burma. Emprunts au polar amricain, aux personnages    ou aux situations rendus clbres par les " road movies " se succdent. Le roman    amricain dans sa forme de road novel est omniprsent. L'uvre de Kerouac, et,    par consquent, la Beat Gnration, rsonne dans ces errances ponctues de hasard,    de rencontres, paums en qute d'eux-mmes, voyage sans retour, sans cl et    sans argent.  </font> <p><font face="Verdana">... De loin, au fond, en douce, on ne peut s'empcher    d'entendre Duke Ellington et d'apercevoir Spike Lee ...</font><br> </font></font></font></font></font></font></font></font></font></font>  </body> </html> 
