<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//IETF//DTD HTML//EN"> <html>  <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <meta name="FORMATTER" content="Microsoft FrontPage 2.0"> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 2.0"> <title>L'emprise Disney</title> </head>  <body bgcolor="#FFCC66" link="#008000" vlink="#008000" topmargin="0" leftmargin="0">  <p align="center"><a name="TOP"><br> </a><font color="#FF0000" size="4"><b>Disney, le chewing-gum des yeux</b></font></p>  <p align="center"><a href="#PSY"><font color="#FF0000" size="3">|&nbsp;Psychanalyse des contes de fes&nbsp;|</font></a></p> <div align="center"><center>  <table border="0" cellpadding="3" cellspacing="0" width="96%">     <tr>         <td align="center"><font color="#FF5F11"><strong><img         src="../images/1pixn.gif" align="left" hspace="4"         width="1" height="100"></strong></font></td>         <td valign="top" colspan="2" width="95%"><font         color="#000080" size="5"><strong>T</strong></font><font         color="#000080" size="4"><strong>out est toujours bien et         finit bien.<br>         </strong></font><font color="#800000"><strong>La morale         trs politiquement correcte de Disney illustre par un         de ces derniers films d'animation : Pocahontas. Le corps         de l'hrone a t calqu sur celui de Naomi         Campbell. Le personnage incarne le mtissage, le         pluriculturalisme, la tolrance et l'anti-racisme. Un         petit monde un peu trop parfait...</strong></font></td>     </tr>     <tr>         <td align="center" valign="top">&nbsp;</td>         <td valign="top" colspan="2" width="96%"><font size="4"><strong><img         src="bn_2.jpg" align="right" hspace="5" width="198"         height="199"></strong></font><font size="5"><strong>L</strong></font><font         size="4">es mythes, les lgendes et les contes de fes </font><font         color="#000080">tiennent lieu pour l'enfant d'explorateur         du monde qui les attend ; c'est ce qu'avance Bruno         Bettelheim dans son livre &quot; the uses of enchantement         &quot; - incorrectement traduit par         &quot;&nbsp;psychanalyse des contes de fes&nbsp;&quot;.         De quoi le monde est-il vraiment fait ? Comment y vivre ?         A quoi ressemblerai-je ? Les messages et les suggestions         qu'ils dlivrent ne doivent cependant pas tre         exprims trop clairement ; le langage est le plus         souvent symbolique et laisse ainsi  l'imagination de         l'enfant toute latitude. C'est pourquoi, selon         Bettelheim, ce dernier &quot; peut tirer beaucoup plus de         soulagement du conte de fe que de toutes les ides et         tous les raisonnements par lesquels l'adulte essaie de le         rassurer.&quot;<br>         L'erreur frquemment commises par l'adulte semble bien         tre de refuser  l'enfant cette sphre irrelle;         croyant clarifier les mystres des contes grce  des         explications ralistes, l'adulte dsempare l'enfant et         se place sur le terrain de l'abstraction, sens qui fait         encore dfaut  l'enfant. <img src="bn_4.jpg"         align="left" hspace="10" width="240" height="175"></font><p><font         color="#000080">Celui-ci se trouve alors confront  de         nouvelles questions, sans avoir au pralable rpondu         aux problmes que le conte lui avait pos. Cette         tyrannie psychologique peut se traduire chez l'enfant par         un sentiment d&#146;chec : l'impression que sa         perception du monde n'est peut-tre pas bonne, le         sentiment que son esprit n'est pas fiable, une perte de         confiance en soi. En cela, prserver le &quot; besoin de         magie &quot;de l'enfant apparat essentiel.<br>         Est-ce une raison pour que la bulle se transforme en         chewing-gum ? C'est la question que pose l'article de         Laurent Neumann dans Marianne. Les films de Walt Disney         sont des succs universels ; les histoires qu'ils         racontent trouvent leurs sources dans des mythes et des         lgendes non moins universels ; mais leurs sens est         insidieusement dtourn pour servir une vision du monde         moralisante et aseptise qui exclue la complexit des         sentiments et la cruaut des rapports humains.</font></p>         <p><img src="bn_1.jpg" align="right" hspace="5"         width="254" height="180"><font size="5"><strong>B</strong></font><font         size="4">lanche-Neige est l'un des contes les plus         clbres.</font><font face="Times New Roman"> </font><font         color="#000080">Son origine remonte  plusieurs         sicles. La version Disney s'inspire de celle des         frres Grimm mais a t expurge. Le rle des nains,         incapables d'atteindre une virilit adulte et cantonns          un stade pr-oedipien (ni parents, ni enfants), est         trs caractristique de la patte Disney. Selon         Bettelheim, &quot; en donnant  chaque nain un nom et         une personnalit distincts (dans le conte de fe, ils         sont identiques) le film de Walt Disney...gne         srieusement la comprhension de ce que les nains         symbolisent : une forme immature et pr-individuelle que         Blanche Neige doit transcender. Ces additions         inconsidres... sont en ralit capable de dtruire         l&#146;intrt des contes en empchant d'apprhender         correctement le sens profond de l'histoire. &quot;<br>         Auteur d'une version potique de Blanche Neige, la         potesse Anne Sexton met en avant la nature phallique         des nains en les nommant &quot;&nbsp;petits hot         dogs.&quot;</font></p>         <p><font size="5"><strong><img src="bn_3.jpg"         align="left" hspace="10" width="240" height="173"></strong></font><font         size="5"><strong>C</strong></font><font size="4">ontrairement         aux contes </font><font color="#000080">qui mettent en         scne un hros cherchant un devenir dans         l'accomplissement d'exploits, La Belle au Bois Dormant         est le conte de la passivit et de la concentration.         Inspir de Cupidon et Psych, il a une grande porte         psychanalytique. Le rveil de l'hrone aprs un         trs long sommeil sera peru par les enfants comme une         renaissance aprs la pubert qu'il n'ont pas encore         atteinte. Savoir attendre et ne pas craindre cette phase         de repli sur soi qui correspond aux premires         menstruations chez la petite fille. Le dnouement         heureux du conte assure l'enfant &quot; qu'il ne restera         pas fig dans son apparente inactivit, mme si, sur         le moment, il a l'impression qu'il n'en sortira jamais.         &quot; <br>         Le film de Walt Disney rend peu compte du symbolisme de         la renaissance et insiste surtout sur le baiser du         Prince. Dans d&#146;autres versions du conte         (Perceforest, par exmple), le rveil intervient  la         suite de l'coulement de quelques gouttes de sang du         doigt de la belle.</font></p>         <p><font size="5"><strong>L</strong></font><font size="4">'anthropomorphisme,         trs employ par Disney, </font><font color="#000080">permet         d'utiliser les symboles lis aux diffrentes espces         animales ; il permet aussi d&#146;dulcorer         l&#146;histoire et d&#146;viter plus facilement         l&#146;vocation des travers de l&#146;humanit. En         haut ci-dessus, La Belle et Le Clochard.</font></p>         </td>     </tr> </table> </center></div>  <p align="center"><a name="PSY"></a><font size="3"><em>Un extrait du livre Bruno Bettelheim &quot;&nbsp;Psychanalyse des contes de fe&nbsp;&quot;, Ed.&nbsp;Hachette, coll.&nbsp;Pluriel, 512 P., 58 F.</em></font></p> <div align="center"><center>  <table border="1" cellpadding="4" cellspacing="0" width="96%" bgcolor="#FFFAF0" bordercolor="#6666CC">     <tr>         <td align="center" valign="bottom" width="100%"><font         color="#008080"><em><img src="psychanal.GIF"         align="right" hspace="5" vspace="5" width="150"         height="240"></em></font><p align="center"><font size="4"         face="Times New Roman"><b>Le besoin de magie chez         l'enfant</b></font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Mythes et         contes de fes rpondent aux ternelles questions :         &quot; A quoi le monde ressemble-t-il vraiment ? Comment         vais-je y vivre ? Comment faire pour tre vraiment         moi-mme ? &quot; Les mythes donnent des rponses         prcises, alors que les contes de fes ne font que         suggrer ; leurs messages peuvent sous-entendre des         solutions, elles ne sont jamais exprimes clairement.         Les contes de fes laissent, l'imagination de l'enfant         dcider si (et comment) il peut s'appliquer  lui-mme         ce que rvle l'histoire sur la vie et sur la nature         humaine.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Le conte de         fes procde d'une manire tout  fait adapte  la         faon dont l'enfant conoit et exprimente le monde,         et c'est pour cette raison que le conte lui parat si         convaincant. Il peut tirer beaucoup plus de soulagement         du conte de fes que de toutes les ides et tous les         raisonnements par lesquels l'adulte essaie de le         rassurer. L'enfant fait confiance  ce que lui raconte         le conte de fes parce qu'ils ont l'un et l'autre la         mme faon de concevoir le monde.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Quel que         soit notre ge, nous ne pouvons tre convaincus que par         une histoire conforme aux principes qui sont  la base         de nos penses. S'il en est ainsi pour l'adulte, qui a         appris  admettre qu'il dispose de plus d'un cadre de         rfrences pour comprendre le monde - bien qu'en         ralit il soit difficile, sinon impossible, de penser          un autre monde que le ntre - c'est spcifiquement         vrai pour l'enfant. Sa pense est animiste.<br>         Comme tous les prlettrs et bien des lettrs, &quot;         l'enfant tient pour tabli que ses relations avec le         monde inanim s'alignent sur le mme modle que celles         qui le lient au monde anim des tres humains : il         cline, comme il le fait avec sa mre, les jolis objets         qu'il aime ; il frappe la porte qui s'est referme sur         lui 14 &quot;. On peut ajouter qu'il caresse ces objets         parce qu'il est persuad qu'ils aiment, comme lui, tre         caresss ; et il punit la porte parce qu'il est certain         qu'elle a fait exprs de se refermer, par pure         mchancet.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Comme l'a         montr Piaget, la pense de l'enfant reste animiste         jusqu' l'ge de la pubert. Ses parents et ses         matres lui disent que les choses ne peuvent ni         ressentir ni agir; il a beau faire semblant de le croire,         pour plaire aux adultes, ou pour ne pas tre tourn en         ridicule, il sait, tout au fond de lui-mme,  quoi         s'en tenir. Soumis  l'enseignement rationnel des         autres, l'enfant enterre profondment ses &quot; vraies         connaissances &quot; dans son esprit,  l'abri de la         rationalit ; mais il peut tre form et inform par         ce que les contes de fes ont  lui dire.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Pour         l'enfant de huit ans (pour citer les exemples de Piaget)         le soleil est vivant parce qu'il donne la lumire (et on         peut ajouter qu'il la donne de son plein gr). Pour         l'esprit animiste de l'enfant, la pierre est vivante         parce qu'elle est capable de mouvement, lorsque, par         exemple, elle roule sur le flanc d'une colline. Mme          douze ans passs l'enfant est convaincu qu'un torrent         est vivant et dou de volont parce que ses eaux         coulent. Le soleil, la pierre et l'eau sont, croit         l'enfant, habits par des esprits qui ressemblent         beaucoup aux tres humains et qui prouvent et agissent         comme eux.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Il n'existe         pas, pour l'enfant, de ligne de dmarcation bien nette         entre ce qui est inanim et ce qui vit ; et ce qui vit         possde une vie trs proche de la ntre. Si nous ne         comprenons pas ce que les rochers, les arbres et les         animaux ont  nous dire, c'est que nous ne sommes pas         suffisamment en harmonie avec eux. Pour l'enfant, qui         cherche  comprendre le monde, il parat raisonnable         d'esprer une rponse de la part de ces objets qui         veillent sa curiosit. Et comme l'enfant est         gocentrique, il compte sur l'animal pour lui parler des         choses qui, pour lui, ont une signification, comme le         font les animaux dans les contes de fes et comme         l'enfant lui-mme parle  ses animaux vivants ou en         peluche. L'enfant est persuad que l'animal comprend et         ragit affectivement, mme s'il ne le manifeste pas         ouvertement.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Etant donn         que les animaux vagabondent librement dans le vaste monde         n'est-il pas naturel que, dans les contes de fes, ils         soient capables de guider le hros au cours de sa qute         qui l'entrane vers des endroits trs loigns ?         Puisque tout ce qui bouge est vivant, l'enfant est         autoris  croire que le vent peut parler et conduire         le hros l o il veut aller, comme dans A l'est du         soleil et  l'ouest de la lune 16. Pour la pense         animiste, les animaux, non seulement ressentent et         pensent comme nous, mais les pierres elles-mmes sont         vivantes ; tre chang en pierre signifie simplement         qu'on reste silencieux et immobile pendant un certain         temps. En suivant le mme raisonnement, il est tout          fait crdible que des objets, jusque-l silencieux, se         mettent  parler,  donner des conseils et          accompagner le hros au cours de ses randonnes. Et         comme tout ce qui est habit par un esprit semblable          tous les autres esprits (c'est--dire l'esprit de         l'enfant que celui-ci a projet dans toutes ces choses),         et en raison de cette similitude inhrente, on peut         croire que l'homme peut tre chang en animal, ou         inversement, comme dans La Belle et la Bte et Le         Roi-Grenouille. Puisqu'il n'y a aucune ligne de         dmarcation nette entre ce qui vit et ce qui est         inanim, ce qui est inanim peut tre appel          vivre. Lorsque les enfants, comme les grands philosophes,         cherchent  rpondre  toutes ces questions : &quot;         Qui suis-je</font>&nbsp;<font face="Times New Roman">?         Que dois-je faire vis--vis des problmes poss par la         vie</font>&nbsp;<font face="Times New Roman">? Que         vais-je devenir</font>&nbsp;<font face="Times New Roman">?         &quot; ils le font sur la base de leur pense animiste.         Mais comme l'enfant ne sait pas trs bien en quoi         consiste l'existence, il se pose avant tout cette         question &quot;Qui suis-</font>j<font         face="Times New Roman">e</font>&nbsp;<font         face="Times New Roman">?</font>&nbsp;<font         face="Times New Roman">&quot;</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Ds que         l'enfant commence  se dplacer et  explorer, il se         met  s'interroger sur le problme de son identit.         Tout en piant sa propre image dans une glace, il se         demande si ce qu'il voit est vraiment lui, ou un enfant         qui lui ressemble et qui se trouve de l'autre ct du         miroir. Il essaie de dcouvrir la vrit en cherchant         si cet autre enfant lui est vraiment semblable sur tous         les points. Il fait des grimaces, se tourne et se         dtourne, s'loigne de la glace et revient d'un bon         devant elle, pour voir si l'autre s'en est all ou se         trouve toujours l. Ds l'ge de trois ans l'enfant         affronte dj le difficile problme de l'identit         personnelle. Il se demande</font> <font         face="Times New Roman">- &quot;Qui suis-je</font>&nbsp;<font         face="Times New Roman">? D'o viens-je</font>&nbsp;?<font         face="Times New Roman"> Comment le monde a-t-il t         cr</font>&nbsp;<font face="Times New Roman">? Qui a         cr l'homme et les animaux</font>&nbsp;<font         face="Times New Roman">? Quel est le but de la vie</font>&nbsp;<font         face="Times New Roman">?</font>&nbsp;<font         face="Times New Roman">&quot; </font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">A vrai dire,         il s'interroge sur ces questions vitales non pas dans         l'abstrait, mais parce qu'elles le concernent. Il ne         s'inquite pas de savoir si la justice existe pour         chaque individu en particulier, mais si, lui, sera         trait de faon quitable. Il se demande qui ou quoi         le plonge dans l'adversit et cherche  savoir ce qui         pourrait le protger. Existe-t-il des puissances         tutlaires en dehors de ses parents ? Comment doit-il se         former, et pourquoi ? Peut-il avoir de l'espoir, en         dpit de ce qu'il a pu faire de mal ? Quelles seront les         consquences pour son avenir ? Les contes de fes         fournissent des rponses  toutes ces questions         pressantes et l'enfant en prend conscience  mesure         qu'volue l'histoire.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Si nous nous         plaons  un point de vue d'adulte, et dans les termes         de la science moderne, les rponses fournies par les         contes de fes sont plus fantastiques que relles.         Comme on peut s'y attendre, ces solutions semblent si         incongrues aux yeux de nombreux adultes (qui sont devenus         trangers aux moyens par lesquels les enfants         exprimentent le monde) qu'ils refusent de transmettre          l'enfant des informations aussi &quot;fausses&quot;.         Cependant, les explications ralistes sont d'ordinaire         incomprhensibles pour l'enfant qui est dpourvu de la         facult d'abstraction qui seule peut leur donner quelque         sens. L'adulte, lorsqu'il donne une explication         scientifiquement juste, croit clarifier les choses pour         l'enfant alors que ces explications le laissent         dsempar, dpass et intellectuellement vaincu.         L'enfant ne peut tirer un sentiment de scurit que         s'il est certain d'avoir compris ce qui, auparavant, le         dconcertait; il ne peut certainement pas obtenir le         mme rsultat si on lui livre des faits qui engendrent         de nouvelles incertitudes. Mme s'il accepte une         rponse de ce genre, l'enfant en vient  se demander         S'il a pos la bonne question. Puisque l'explication,         pour lui, ne peut avoir de signification, elle doit         correspondre  quelque problme inconnu, et non          celui qu'il a nonc. </font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Il est donc         important de ne pas oublier que seules les affirmations         que l'enfant peut comprendre dans les termes de ses         connaissances du moment et de ses proccupations         affectives peuvent emporter sa conviction. Si on dit          l'enfant que la terre flotte dans l'espace, selon les         lois de l'attraction universelle dans le mouvement         qu'elle dcrit autour du soleil, mais que la terre ne         tombe pas sur le soleil comme lui, l'enfant, le fait, sur         le sol, attir par la pesanteur, on doit le drouter         normment. L'enfant sait, par sa propre exprience,         que tout doit ncessairement reposer sur quelque chose,         ou tre tenu par quelque chose. Seule une explication         fonde sur cette certitude peut lui faire sentir qu'il         comprend mieux le mouvement de la terre dans l'espace.         Chose plus importante encore pour se, sentir en         scurit sur la terre, l'enfant a besoin de savoir que         notre monde est solidement tenu en place. Il trouve donc         une meilleure explication dans un mythe qui lui raconte         que la terre repose sur le dos d'une tortue, ou qu'elle         est tenue par un gant. Si l'enfant tient pour vrai ce         que lui disent ses parents, que la terre est une plante         que la gravitation maintient solidement sur sa route, il         peut alors  la rigueur imaginer que cette fameuse         gravitation est une sorte de ficelle. L'explication des         parents n'a donc pas abouti  une meilleure         comprhension non plus qu' un sentiment de scurit.         Il faut une maturit intellectuelle considrable pour         croire que notre propre vie peut tre stable alors que         le sol sur lequel nous marchons (ce qui existe de plus         solide autour de nous, sur quoi repose toute chose)         tourne  une vitesse incroyable sur un axe invisible ;         qu'au surplus la terre tourne autour du soleil ; et         qu'elle est propulse  travers l'espace avec         l'ensemble du systme solaire. Je n'ai jamais rencontr         un enfant prpubre qui pt comprendre la combinaison         de tous ces mouvements, mais j'en ai connu beaucoup qui         pouvaient rciter toutes ces informations. Ces derniers         rptent comme des perroquets des explications qui,         selon l'exprience qu'ils ont du monde, sont des         mensonges, mais qu'ils doivent tenir pour vraies parce         que c'est un adulte qui a parl. Il en rsulte que ces         enfants finissent par douter de leurs propres         expriences, et donc d'eux-mmes et de ce que leur         esprit peut faire pour eux. Au cours de l'automne 1973,         la comte Kohoutek a dfray la chronique. A cette         poque, un professeur de sciences trs comptent         expliqua ce qu'tait une comte  un petit groupe         d'enfants remarquablement intelligents, de sept  neuf         ans. Chaque enfant avait soigneusement dcoup un         cercle de papier et avait dessin sur celui-ci la         trajectoire des plantes autour du soleil ; une ellipse         en papier, fixe dans une fente pratique dans le         cercle, reprsentait la trajectoire de la comte. Les         enfants me montrrent la comte qui se dplaait         selon un certain angle par rapport aux plantes. Sur une         question que je leur posai, les enfants rpondirent         qu'ils avaient en main la plante, et me montrrent         l'ellipse. Comme je leur demandais comment il pouvait se         faire que ce qu'ils avaient en main pouvait en mme         temps tre dans le ciel, ils demeurrent tous         perplexes.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Au plus fort         de leur confusion, ils se tournrent vers leur matre         qui leur expliqua avec le plus grand soin que ce qu'ils         avaient en main, et qu'ils avaient cr avec tant         d'application, n'tait qu'une reprsentation des         plantes et de la comte. Les enfants convinrent tous         ensemble qu'ils avaient compris et, si on les avait         questionns, ils auraient t capables de tout         rpter. Mais alors que, un peu plus tt, ils avaient         regard avec fiert l'ensemble cercle-ellipse qu'ils         tenaient  la main, l'objet n'avait plus aucun intrt         pour eux. Certains en firent une boule, d'autres         laissrent tomber la maquette dans la corbeille          papiers. Tant que, pour eux, les morceaux de papier         avaient t des comtes, ils avaient eu envie de les         ramener chez eux pour les montrer  leurs parents ;         maintenant, ils avaient,  leurs yeux, perdu toute         signification.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Lorsqu'ils         essaient de faire accepter  l'enfant des explications         scientifiques correctes, les parents ne tiennent aucun         compte des dcouvertes qui ont t faites sur les         processus mentaux de l'enfant. Ces recherches, et en         particulier celles de Piaget, prouvent de faon         convaincante que le jeune enfant est incapable de         comprendre les deux concepts abstraits essentiels de la         permanence de la quantit et de la rversibilit : ils         ne comprennent pas, par exemple, qu'une mme quantit         d'eau puisse atteindre un niveau plus, lev dans un         rcipient troit que dans un autre plus large ; de         mme ils ne comprennent pas que la soustraction est le         processus inverse de l'addition. Tant qu'il est incapable         d'assimiler des concepts abstraits de ce genre, l'enfant         ne peut avoir du monde qu'une exprience subjective 18.         Les explications scientifiques exigent une pense         objective. La recherche thorique et l'exploration         exprimentale ont montr qu'aucun enfant d'ge         prscolaire n'est vraiment capable de saisir ces deux         concepts sans lesquels toute comprhension abstraite est         impossible. Au cours de ses premires annes, jusqu'         l'ge de huit ou dix ans, l'enfant ne peut se former des         concepts hautement personnaliss qu' partir de ce         qu'il exprimente. Il lui parat donc naturel, puisque         les plantes qui poussent sur cette terre le nourrissent         comme le faisait sa mre avec son sein, de considrer         la terre comme une mre, ou comme une desse-femme, ou,         tout au moins, comme la demeure de cette desse.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">L'enfant,         mme trs jeune, sait qu'il a t cr par ses         parents ; il lui parat donc logique de penser que,         comme lui-mme, tous les tres humains, et le cadre         naturel o ils vivent, ont t crs par des         personnages surhumains pas tellement diffrents de ses         parents, par quelque dieu, homme ou femme. L'enfant qui         sait,  la maison, que ses parents veillent sur lui et         subviennent  ses besoins, en vient tout naturellement          croire que quelque chose qui leur ressemble, mais         beaucoup plus puissant, plus intelligent et sr - un         ange gardien - remplira le mme emploi dans le monde.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">L'enfant         exprimente ainsi l'ordre du monde  l'image de ses         parents et de ce qui se passe  l'intrieur de la         famille. Les anciens Egyptiens, comme l'enfant,         considraient le paradis et le ciel comme une figure         maternelle (&quot;Nut&quot;), qui tendait sa protection         sur la terre en l'enveloppant, ainsi qu'eux-mmes 19.         Bien loin d'empcher l'homme de former plus tard une         explication plus rationnelle du monde, cette faon de         voir assure la scurit o (et au moment o) elle est         la plus ncessaire ; scurit qui, quand le temps est         mr, permet une vue vraiment rationnelle du monde. La         vie sur une petite plante entoure d'un espace limit         parat  l'enfant affreusement froide et solitaire,          l'oppos, il le sait, de ce que devrait tre la vie.         C'est pour cela que nos anctres prouvaient le besoin         de se sentir abrits et rchauffs par une figure         maternelle enveloppante. Dprcier cette imagerie         tutlaire en la rduisant  des projections puriles         issues d'un esprit immature, c'est drober  l'enfant         l'un des aspects de la scurit et du rconfort         durables dont il a tant besoin. Il est vrai que cette         notion d'une mre cleste protectrice peut avoir un         effet restrictif si on s'y accroche trop longtemps. Ni         les projections infantiles ni l'intervention de         protecteurs imaginaires (un ange gardien, par exemple,         qui veille sur l'enfant pendant son sommeil au cours         d'une absence de la mre) n'offrent une vritable         scurit ; mais tant qu'on ne peut pas tirer de         soi-mme une scurit totale, les fantasmes et les         projections sont de beaucoup prfrables  une absence         de scurit. C'est cette scurit - en partie         imaginaire - qui, lorsqu'il l'a exprimente pendant un         temps suffisant, permet  l'enfant de dvelopper ce         sentiment de confiance en la vie dont il a besoin pour         avoir confiance en lui; cette confiance est indispensable         pour qu'il apprenne  rsoudre les problmes que lui         posera la vie grce au dveloppement de ses propres         capacits rationnelles. Finalement, l'enfant reconnat         que ce qu'il tenait littralement pour vrit - la         terre mre - n'est qu'un symbole. L'enfant, par exemple,         qui a appris par un conte de fes qu'un personnage          premire vue repoussant et menaant peut magiquement se         muer en ami trs secourable, est prt  croire qu'un         enfant qu'il rencontre pour la premire fois et qui lui         fait peur, peut, lui aussi cesser brusquement d'tre une         menace pour devenir un compagnon dsirable. La foi en la         &quot; vrit &quot; du conte de fes ; donne          l'enfant le courage de ne pas se retirer en se fiant          la premire impression que cet tranger avait faite sur         lui. En se souvenant de ces hros de contes de fes qui         russissent dans la vie parce qu'ils ont os se lier         d'amiti avec un personnage apparemment dplaisant,         l'enfant pense qu'il peut mettre en oeuvre la mme         magie. J'ai connu bien des cas o, en particulier au         cours de la dernire priode de l'adolescence, il a         t ncessaire de faire appel  des annes de         croyance au magique pour compenser le fait que l'individu         en avait t priv, prmaturment au cours de son         enfance, aprs avoir vainement essay de lui imposer la         stricte ralit. Tout se passe comme si ces jeunes gens         sentent qu'ils ont une dernire chance de compenser une         grave dficience dans leur exprience de la vie; ou         que, faute d'avoir cru au magique pendant une certaine         priode, ils seront incapables d'affronter les rigueurs         de la vie d'adulte. Bien des jeunes gens, de nos jours,         se mettent soudain  chercher l'vasion dans les rves         procurs par la drogue, se font initier par un gourou,         croient  l'astrologie, s'adonnent  la &quot; magie         noire &quot; ou, de toute autre faon, fuient la         ralit en se rfugiant dans des rves veills         relatifs  des expriences magiques qui sont censes         amliorer leur vie ; ces jeunes, souvent, ont t         prmaturment contraints de connatre la ralit         d'une faon adulte. Le fait qu'ils essaient d'chapper          la ralit par ces diffrents moyens a ses racines         profondes dans des expriences formatrices prcoces qui         les ont empchs de se convaincre personnellement que         la vie doit tre matrise de faon raliste. Il         semble que l'individu dsire rpter tout au long de         sa vie le processus historique qui est intervenu dans la         gense de la pense scientifique. Pendant longtemps, au         cours de son histoire, l'homme a utilis des projections         affectives - les dieux, par exemple - nes de ses         espoirs et de ses angoisses immatures, pour expliquer         l'homme, sa socit et l'univers. Ces explications lui         procuraient un sentiment de scurit. Puis, lentement,         par son propre progrs social, scientifique et         technologique, l'homme s'est libr de la crainte qu'il         prouvait pour son existence mme. Se sentant plus en         scurit dans le monde, et aussi  l'intrieur de         lui-mme, il pouvait alors commencer  s'interroger sur         la validit des images qu'il avait utilises autrefois         comme outils d'exploration. A partir de l, les         projections &quot; puriles &quot; de l'homme se sont         dissipes et des explications plus rationnelles les ont         remplaces. Ce processus, cependant, n'est pas sans         caprices. En priode de tension et de raret, l'homme         cherche de nouveau  se rassurer en se rfugiant dans         la notion &quot; purile &quot; qu'il est lui-mme,         ainsi que son site naturel, au centre de l'univers.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Si nous         traduisons tout cela en termes de comportement humain,         plus une personne se sentira en scurit dans le monde,         moins elle aura besoin de recourir aux projections         &quot;infantiles&quot; (explications mythiques des         ternels problmes de la vie, ou solutions fournies par         les contes de fes) et plus elle pourra se permettre de         rechercher des explications rationnelles. Plus l'homme se         sent en scurit  l'intrieur de lui-mme, plus il         peut se permettre de croire que le monde o il vit n'a         qu'une importance minime dans le COSMOS. Ds que l'homme         se sent  sa place dans son environnement humain, il se         soucie peu de l'importance de sa plante dans l'univers.         D'autre part, moins l'homme se sent en scurit en         lui-mme et dans son environnement, plus il se replie         sur lui-mme parce qu'il a peur, ou plus il a envie         d'aller conqurir, pour le seul plaisir de la conqute,         ce qui est le contraire d'une recherche de scurit qui         libre notre curiosit.</font></p>         <p align="left"><font face="Times New Roman">Pour les         mmes raisons, l'enfant, tant qu'il n'est pas sr que         son environnement humain immdiat le protgera, a         besoin de croire que des puissances suprieures - un         ange gardien, par exemple - veillent sur lui, et que le         monde et la place qu'il y occupe sont d'une importance         primordiale. Nous avons ici une concordance entre la         facult qu'a la famille de fournir une scurit         fondamentale et l'empressement de l'enfant  s'engager         dans des recherches rationnelles  mesure qu'il grandit.         Tant que les parents croyaient profondment que les         histoires de la Bible apportaient une solution aux         problmes de l'existence et de ses fins, il tait         facile de donner  l'enfant un sentiment de scurit.         On pressentait que la Bible contenait les rponses          toutes les questions brlantes : elle apprenait          l'homme tout ce qu'il avait besoin de savoir pour         comprendre le monde : comment il tait apparu et comment         il convenait d'y vivre. Dans le monde occidental, la         Bible fournissait galement des prototypes          l'imagination humaine. Mais aussi riche en histoires que         ft la Bible, ces histoires, mme pendant les poques         les plus religieuses, ne parvenaient pas  rpondre          tous les besoins psychiques de l'homme. Cela s'explique         en partie parce que l'Ancien et le Nouveau Testament et         la vie des saints, tout en fournissant des rponses          tous les problmes cruciaux que pose le, concept d'une         vie vertueuse, n'offrent aucune solution aux problmes         poss par les aspects obscurs de nos personnalits. Les         histoires de la Bible, avant tout, ne proposent qu'une         solution aux aspects asociaux de l'inconscient : la         rpression de toutes les pulsions (inacceptables). Mais         les enfants, qui ne contrlent pas leur <i>a</i> de         faon consciente, ont besoin d'histoires qui autorisent         au moins une satisfaction imaginative de ces &quot;         mauvaises &quot; tendances, et ils ont galement besoin         de modles spcifiques pour les sublimer. Explicitement         et implicitement, la Bible exprime les commandements que         Dieu impose  l'homme. On nous dit d'un ct que nous         devons nous rjouir davantage devant le pcheur repenti         que devant l'homme qui n'a jamais pch, mais, d'autre         part, le message insiste sur le fait que nous devons         vivre saintement et nous garder, par exemple, de nous         venger cruellement de ceux que nous hassons. Ainsi que         nous le montre l'histoire de Can et Abel, la Bible n'a         aucune sympathie pour les horreurs nes de la rivalit         des frres et soeurs, elle nous avertit seulement des         consquences dsastreuses qui nous attendent si nous         cdons  cette jalousie. Mais lorsqu'il est en proie          la jalousie  l'gard d'un frre ou d'une soeur,         l'enfant a surtout besoin de savoir qu'il a le droit de         sentir que ce qu'il vit est justifi par la situation         o il se trouve. Pour rsister aux aiguillons de sa         jalousie, l'enfant a besoin d'tre encourag          imaginer qu'un jour il aura sa revanche; il sera alors         capable de supporter les preuves du moment, tant         convaincu que l'avenir remettra les choses d'aplomb.         L'enfant, par-dessus tout, a besoin de voir renforce,         chez lui, une croyance encore trs tnue : qu'en         grandissant,, en travaillant dur, en gagnant en         maturit, il sera un jour victorieux. S'il sait que ses         souffrances du moment seront rcompenses plus tard, il         ne se laissera pas mener par sa jalousie, comme le fit         Can. Comme les rcits bibliques et les mythes, les         contes de fes, pratiquement tout au long de l'existence         humaine, ont constitu une littrature destine          difier tout le monde, les enfants comme les adultes.         Mis  part la prsence de Dieu comme personnage         central, bien des rcits bibliques peuvent tre         assimils aux contes de fes. Dans l'histoire de Jonas         et la baleine, par exemple, Jonas tente d'chapper aux         ordres de son surmoi (de sa conscience) qui le pousse          lutter contre la perversit du peuple de Ninive. Sa         fibre morale est soumise  une preuve, et cette         preuve, comme dans tant de contes de fes, consiste          entreprendre un voyage plein de dangers qui lui donnera         l'occasion de s'affirmer. Le voyage de Jonas sur la mer         se termine dans les entrailles d'un grand poisson. C'est         l que Jonas, en grand danger, dcouvre un stade         suprieur de sa moralit, et de son moi ; il renat         comme par magie, prt, maintenant,  se soumettre aux         exigences de son surmoi. Mais cette renaissance,  elle         seule, ne suffit pas  lui procurer une humanit         totale. Ce n'est pas en tant l'esclave du a et du         principe de plaisir (viter les tches ardues en         essayant de leur chapper) ni du surmoi (en souhaitant         la destruction de la ville dprave) que l'on accde          la vraie libert et  un moi suprieur. Jonas         n'atteint sa pleine humanit qu' partir du moment o         il n'est plus subordonn aux deux institutions de son         esprit et cesse d'obir aveuglment au a et au surmoi         pour juger le peuple de Ninive selon la sagesse divine :         non pas selon les structures rigides de son surmoi, mais         en tenant compte de la fragilit humaine.</font></p>         </td>     </tr> </table> </center></div>  <p align="center"><a href="../97-11-24/e_a1.htm#TOP"><img src="../images/top.gif" alt="Haut de page" border="0" width="30" height="30"></a></p> </body> </html> 
