<HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <TITLE>Images de r&eacute;alit&eacute;/images de cin&eacute;ma, par Paul Warren</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffffff">  <P><TABLE WIDTH="550" BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="0">   <TR>     <TD><A HREF="http://www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/index.html"><IMG        SRC="http://www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/logo.gif"       ALIGN="BOTTOM" BORDER="0"></A></TD>      <TD ALIGN="RIGHT"><BR> <BR>       <A HREF="index.html">1 novembre 2001</A><BR>       <IMG SRC="http://www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/filet1.gif"       ALIGN="BOTTOM"></TD>    </TR> </TABLE></P>  <H1><CENTER>Images de r&eacute;alit&eacute;/images de cin&eacute;ma</CENTER></H1>  <P><CENTER><B><I>L'ombre/la lumi&egrave;re, la laideur/la beaut&eacute;, la ha&icirc;ne/l'amour, la sauvagerie/la civilisation:  les lois naturelles de l'univers Disney balisent le discours des leaders et des m&eacute;dias am&eacute;ricains depuis pr&egrave;s de deux mois<BR> </I></B></CENTER></P>  <P>Susan Sontag  &eacute;crivait dans le <I>New Yorker</I>, au lendemain de l'attaque  contre le World Trade Center: &quot;L'Am&eacute;rique n'a jamais sembl&eacute; &ecirc;tre plus &eacute;loign&eacute;e de la reconnaissance de la r&eacute;alit&eacute; qu'en face de la monstrueuse dose de r&eacute;alit&eacute; du mardi 11 septembre&quot;.  L'&eacute;crivaine am&eacute;ricaine et new-yorkaise d&eacute;plorait &quot;la campagne&quot; des leaders et des m&eacute;dias am&eacute;ricains &quot;destin&eacute;e &agrave;  infantiliser le public&quot;.  Elle s'indignait devant &quot;le foss&eacute; qui s&eacute;pare ce qui s'est pass&eacute; et ce qu'on doit en comprendre, d'une part, et la v&eacute;ritable duperie et les radotages satisfaits colport&eacute;s par quasiment tous les personnages de la vie publique et les commentateurs de t&eacute;l&eacute;vision, d'autre part&quot;.  Et elle terminait sa phrase par ces mots:  &quot;Cette s&eacute;paration  est stup&eacute;fiante et d&eacute;primante.&quot; <BR> <BR> Dans les ann&eacute;es quarante et cinquante, devant le r&eacute;alisme triomphant des techniques hollywoodiennes, on se disait:  le cin&eacute;ma est en train de refl&eacute;ter la r&eacute;alit&eacute;.  Deux d&eacute;cennies plus tard, en constatant qu'Hollywood ne cessait de frapper ses images au coin de l'hyperr&eacute;alisme exacerb&eacute;, on a senti que les donn&eacute;es s'inversaient: &quot;Ce qui est d&eacute;sormais &agrave; pr&eacute;voir, &eacute;crivait Dominique Noguez (<I>Le Cin&eacute;ma autrement</I>, 1977, p. 93),  c'est que la r&eacute;alit&eacute; se mette de plus en plus &agrave; ressembler au cin&eacute;ma.&quot; <BR> <BR> C'est ce qui s'est pass&eacute;, malheureusement et tragiquement, le 11 septembre et les jours qui ont suivi.  Et c'est ce qui explique la stup&eacute;faction de Susan Sontag.  Ce r&eacute;el-l&agrave; qui cache sous son horreur une complexit&eacute; immense nous a &eacute;t&eacute; donn&eacute; dans des s&eacute;quences d'images de premier niveau visible, simplistes et manich&eacute;ennes, &agrave; la ressemblance des films catastrophe (on n'a qu'&agrave; revoir <I>The Day after</I>, <I>Fight Club</I>, <I>Mars Attacks</I>  et, surtout, <I>Independance Day</I> ). </P>  <P><B>Le pi&egrave;ge des &quot;reaction shots&quot;<BR> </B>On nous a donn&eacute; quatre s&eacute;quences d'images pour rencontrer notre r&eacute;alit&eacute; cin&eacute;matographique: l'attaque sur les tours jumelles et sur le Pentagone (donn&eacute;e et redonn&eacute;e &agrave; voir &agrave; r&eacute;p&eacute;tition, sur tous les angles et selon tous les plans, le gros, le rapproch&eacute;, le moyen, le g&eacute;n&eacute;ral, il faut revoir les images de la destruction de New York, dans <I>Independance Day</I>); les r&eacute;actions (&quot;reaction shots&quot;) qui ont suivi se sont d&eacute;roul&eacute;es en une cha&icirc;ne ininterrompue d'&eacute;motions qui a rempli nos &eacute;crans pendant des jours et des jours et qui ne se cassait, momentan&eacute;ment et par flashs, que pour pointer du doigt le vilain, l'islamiste fou sortant de sa caverne (une amorce du montage parall&egrave;le qui va s'installer entre les bons et les m&eacute;chants);  le discours de Bush &agrave; la nation entrecoup&eacute; de vingt-trois images (on les a compt&eacute;es pour nous) de r&eacute;actions en ovations debout ent&eacute;rinant la guerre de la &quot;justice infinie&quot; contre l'absolue barbarie  (le discours du pr&eacute;sident am&eacute;ricain, dans <I>Independance Day</I>,  qui va lancer les bons Am&eacute;ricains contre les m&eacute;chants extraterrestres a eu droit, lui, &agrave; une bonne trentaine d'images r&eacute;actionnelles de faire-valoir, la r&eacute;alit&eacute; n'a pas encore tout-&agrave;-fait rejoint le cin&eacute;ma);  enfin, des plans d'ensemble de militaires en formation de marche mont&eacute;s avec des gros plans d'avions et d'unit&eacute;s navales, cependant que nous est montr&eacute;e, en montage parall&egrave;le, la cible, le pays asiatique, sombre, mis&eacute;rable et pagailleux, qui abrite le vilain. </P>  <P><B>Dans la gueule de Disney<BR> </B>R&eacute;cemment , Marie-France Bazzo, dans son &eacute;mission  <I>Indicatif pr&eacute;sent</I>,  recevait un invit&eacute; qui lui disait que pour se lib&eacute;rer des images de New York  il avait d&eacute;cid&eacute; de regarder un bon vieux film de Disney.  Le pauvre, il ne se rend  pas compte qu'il a saut&eacute; en plein dans la gueule du loup.  Si  les images de cin&eacute;ma contaminent &agrave; ce point les images de notre r&eacute;alit&eacute;, Disney en est, pour une grande part, responsable.  Les techniques de  base et les mythes fondateurs de la nation am&eacute;ricaine qui animent, depuis plus de soixante ans, les produits d'animation Disney  (<I>Blanche Neige</I> -1937 et <I>Tarzan </I>- 1999 , c'est du pareil au m&ecirc;me)  sont des calques &agrave; la main des tactiques hollywoodiennes depuis D.W. Griffith jusqu'&agrave; Frank Capra, en passant par les ma&icirc;tres du western.  En  somme, une strat&eacute;gie de manipulation du spectateur en deux &eacute;tapes, trois, si l'on veut filer le processus jusqu'&agrave;  nos jours:  les grands cin&eacute;astes populistes mettent en place et en sc&egrave;ne les techniques de base du dressage de l'oeil  productrices &agrave; notre insu, des mythes am&eacute;ricains (le couple civilisation/sauvagerie, la b&eacute;n&eacute;diction divine, l'&eacute;galit&eacute; des chances, notamment); Disney les reprend et nous les refile, photogramme par photogramme; les Hollywoodiens actuels, Spielberg et compagnie, forts de l'impr&eacute;gnation desdites techniques dans notre mati&egrave;re grise depuis l'enfance, les chevauchent au galop dans une explosion de couleurs et d'effets sp&eacute;ciaux visuels et sonores.  </P>  <P><B>Bont&eacute; blanche, vil&eacute;nie noire<BR> </B>Le cha&icirc;non Disney de transmission de l'hollywoodisme est d'une importance cardinale dans le processus de fascination du spectateur et, peut-&ecirc;tre bien, dans notre difficult&eacute; &agrave; reconna&icirc;tre la r&eacute;alit&eacute; dans sa complexit&eacute;, comme le d&eacute;plorait Susan Sontag.  Le dessin anim&eacute; est du pur cin&eacute;ma, du cin&eacute;ma pur, si l'on peut dire.  Ses personnages dessin&eacute;s &agrave; la main et dont le plus infime mouvement est ma&icirc;tris&eacute; n'existent que sur la pellicule, au moment de la projection.  Au  contraire des vedettes en chair et en os qui jouent au  golf cependant que leur personnage fant&ocirc;matique  vit sur l'&eacute;cran, le dessin anim&eacute; cesse de vivre d&egrave;s que le projecteur s'&eacute;teint.  Comme  Pinocchio qui ne s'anime que sous la baguette de la f&eacute;e.  Rien de plus pur, par cons&eacute;quent, de plus contr&ocirc;l&eacute;, de plus sch&eacute;matique, de plus  d&eacute;finitivement &quot;mont&eacute;&quot; dans la lin&eacute;arit&eacute; du mouvement, en un mot, rien de plus hollywoodien qu'un dessin anim&eacute; &agrave; la sauce Disney.  C'est l&agrave; que miroite, dans sa splendeur virginale et embl&eacute;matique et sous le couvert de l'innocence enfantine, le duel en champ/contrechamp, en images d'action/r&eacute;action et en montage parall&egrave;le manich&eacute;en, entre la bont&eacute; blanche et la vil&eacute;nie noire.<BR> <BR> Si nous sommes tomb&eacute;s si facilement dans le pi&egrave;ge des manipulateurs des images new-yorkaises, c'est, dans une large mesure, que nous nous sommes abreuv&eacute;s, alors que nous ne marchions pas encore sur nos jambes, avant m&ecirc;me que nous puissions aller tout seul au cin&eacute;ma des grands, aux structures duelles et primaires des produits d'animation Disney:  la nuit/le jour, l'ombre/la lumi&egrave;re, la laideur/la beaut&eacute;, la grimace/le sourire, le noir/le blanc, la ha&icirc;ne/l'amour;  en somme, la sauvagerie et la civilisation, qui est l'un des mythes les plus d&eacute;terminants de l'histoire am&eacute;ricaine (dixit le c&eacute;l&egrave;bre historien F.J. Turner).  <BR> <BR> Si l'on y r&eacute;fl&eacute;chit bien, ce n'est rien d'autre que l'attelage binaire du champ/contrechamp qui fait fonctionner le syst&egrave;me-cin&eacute;ma install&eacute; dans le double parfait salle obscure/&eacute;cran lumineux.<BR> <BR>  Il y a autre chose.  Si nous avons &eacute;t&eacute; riv&eacute;s si longtemps aux images de premier niveau visible de nos t&eacute;l&eacute;viseurs, c'est que nous avons &eacute;t&eacute; contamin&eacute;s, des centaines de millions de fois (quatre millions de dessins pour le seul <I>Blanche Neige</I> ),  par les lieux communs des lois naturelles qui r&eacute;gissent l'univers Disney:  Le corps lourd descend &agrave; la verticale, le feu br&ucirc;le, l'eau mouille, la glace est glissante, la nuit est noire, la jour est clair, les oiseaux chantent, les post&eacute;rieurs sont ronds et les queues fr&eacute;tillent, les yeux regardent et les nez ronflent, la timidit&eacute; fait rougir et l'amour fait battre les cils, les lapins sont gentils et les crocodiles m&eacute;chants, les lions aux crini&egrave;res blondes sont courageux et les hy&egrave;nes noires du d&eacute;sert sont l&acirc;ches, le chat ronronne et le canard fait coin-coin....<BR> <BR> Edgar Morin a tent&eacute; de nous faire comprendre  que  &quot;Pour sortir du 20e si&egrave;cle&quot;, il nous faudra acc&eacute;der &agrave; la complexit&eacute;, c'est-&agrave;-dire &agrave; la capacit&eacute; de saisir l'invisible sous le visible. Il  appara&icirc;t que nous n'avions pas ce qu'il fallait pour comprendre.   C'est pour cela que notre sortie s'est faite tout croche.</P>  <H5>PAUL WARREN<BR> Professeur retrait&eacute; de la Facult&eacute; des lettres</H5>  <P><TABLE WIDTH="550" BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="0">   <TR>     <TD>       <P><CENTER><IMG SRC="http://www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/filet2.gif"       ALIGN="BOTTOM" WIDTH="200" HEIGHT="10" NATURALSIZEFLAG="0"></CENTER></TD>   </TR> </TABLE>  </BODY> </HTML> 
