<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 81.2"> <TITLE>Voyage parmi les convertis &agrave; l'islam </TITLE> </HEAD> <BODY LINK="#0000ff" VLINK="#800080">  <P ALIGN="JUSTIFY">Voyage parmi les convertis &agrave; l'islam </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Ils seraient 50&nbsp;000 en France &agrave; avoir choisi la religion musulmane, et tentent de jouer un r&ocirc;le de m&eacute;diateur alors que d&eacute;bute, jeudi, le mois de ramadan </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le mois du ramadan qui d&eacute;bute, jeudi 9&nbsp;d&eacute;cembre, est un enjeu particulier pour les convertis &agrave; l'islam qui sont invit&eacute;s &agrave; t&eacute;moigner de leur identification &agrave; la religion qu'ils ont choisie. En France, le nombre de convertis est estim&eacute; &agrave; 50&nbsp;000. Entre 1992 et 1998, la seule Grande Mosqu&eacute;e de Paris a enregistr&eacute; une centaine de conversions par an dont une majorit&eacute; &eacute;tait le fait de Fran&ccedil;ais, surtout des hommes issus des professions interm&eacute;diaires. Un tiers environ des conversions sont li&eacute;es &agrave; un mariage, &agrave; un voyage, les autres ob&eacute;issant &agrave; des motifs de conviction personnelle. Parmi ces derniers convertis, d'anciens chr&eacute;tiens tentent de garder des liens avec leur religion d'origine, consid&eacute;rant l'islam comme un &nbsp;approfondissement&nbsp;de leur formation initiale. Tr&egrave;s diff&eacute;rent est l'itin&eacute;raire de certains jeunes de cit&eacute;s, des Fran&ccedil;ais qui embrassent collectivement l'islam par solidarit&eacute; avec des jeunes musulmans victimes du racisme </P> <P ALIGN="JUSTIFY">IL EN A ASSEZ de s'entendre appeler par un sonore &nbsp;mon fr&egrave;re Ali&nbsp; quand on attend de lui un service, mais par un sec &nbsp;Didier&nbsp;, son pr&eacute;nom chr&eacute;tien, quand on veut lui faire sentir qu'un converti est un musulman de seconde zone, voire un &nbsp;pilleur d'islam&nbsp;, un &nbsp;colonisateur&nbsp;, un &nbsp;indicateur&nbsp; et autres noms d'oiseaux qui, &agrave; l'entendre, volent encore dans la communaut&eacute; musulmane &agrave; propos des convertis. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Didier-Ali Bourg, qui a embrass&eacute; l'islam en 1988, entame son douzi&egrave;me ramadan, mais le nom d'Ali commence &agrave; lui peser. Il veut rester Didier. La femme chr&eacute;tienne copte du Proph&egrave;te n'avait-elle pas gard&eacute; son pr&eacute;nom de Maria&nbsp;? Et, depuis le Mondial, de petits &nbsp;chr&eacute;tiens&nbsp; fran&ccedil;ais ne se font-ils pas appeler... Zidane&nbsp;?A-t-il seulement rompu avec sa foi d'origine&nbsp;? Didier Bourg, enseignant de trente-neuf ans, est repr&eacute;sentatif de cette g&eacute;n&eacute;ration de n&eacute;o-convertis qui, comme leurs pr&eacute;d&eacute;cesseurs, ont d&eacute;couvert l'islam gr&acirc;ce &agrave; la mystique soufie en particulier, mais qui ne renient pas leur christianisme pass&eacute;, pas plus que leur engagement la&iuml;que. Sans doute certains r&egrave;glent-ils encore des comptes avec la religion dominante en Occident. Mais pour beaucoup, explique Didier Bourg, l'islam est d'abord un &nbsp;compl&eacute;ment&nbsp;, un &nbsp;approfondissement&nbsp; de leur formation chr&eacute;tienne. Les convertis sont s&eacute;duits par &nbsp;la continuit&eacute; de la r&eacute;v&eacute;lation divine et de la tradition proph&eacute;tique&nbsp;, autant que par &nbsp;la dimension int&eacute;rieure et spirituelle de l'islam&nbsp;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">La conversion n'est donc pas une rupture. Eric Geoffroy, professeur d'arabe et d'islamologie &agrave; l'universit&eacute; Marc-Bloch de Strasbourg, a &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; dans une famille et dans des &eacute;coles catholiques. Il a vol&eacute; comme un &nbsp;papillon&nbsp; &agrave; la recherche d'une voie de sagesse et de maturit&eacute;. Il a fr&eacute;quent&eacute; des monast&egrave;res chr&eacute;tiens en France et en Gr&egrave;ce, s'est initi&eacute; au soufisme et &agrave; la langue arabe gr&acirc;ce aux lectures du Philosophe Ren&eacute; Gu&eacute;non, a s&eacute;journ&eacute; dans deux temples tib&eacute;tains de Savoie et de Bourgogne, a pratiqu&eacute; le zen, a convers&eacute; avec Eva de Vitray-Meyerovitch, l'islamologue r&eacute;cemment d&eacute;c&eacute;d&eacute;e qui &eacute;tait une r&eacute;f&eacute;rence pour beaucoup de convertis.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">MAURICE B&Eacute;JARD OU CASSIUS CLAY </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;En entrant dans l'islam, ajoute ce &nbsp;nomade&nbsp; religieux, je n'ai fait que parachever des &eacute;volutions ant&eacute;rieures.&nbsp; Il a v&eacute;cu en Syrie et en Tunisie. Il a &eacute;pous&eacute; une musulmane et &eacute;lev&eacute; ses enfants dans la religion de Mahomet. Mais, bien loin de rejeter J&eacute;sus et Marie, il s'appr&ecirc;te &agrave; c&eacute;l&eacute;brer en famille la f&ecirc;te de No&euml;l quico&iuml;ncide cette ann&eacute;e avec le ramadan. Pour le musulman, l'islam r&eacute;capitule les deux premi&egrave;res religions monoth&eacute;istes, juda&iuml;sme ces traditions, l'art des cath&eacute;drales et la musique sacr&eacute;e d'Occident&nbsp;? </P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le ph&eacute;nom&egrave;ne des conversions a toujours embras&eacute; les imaginations. Les noms de Maurice B&eacute;jart, du chanteur pop Cat Stevens devenu Yusuf Islam, de Cassius Clay le boxeur, converti sous le nom de Mohamed Ali, et du cosmonaute Neil Amstrong sont souvent cit&eacute;s. Parfois &agrave; tort comme pour le premier homme sur la lune qui, selon une l&eacute;gende arabe, aurait entendu l&agrave;-haut le chant d'un muezzin&nbsp;! Quoi qu'il en soit, pour les convertis, le mois de ramadan qui commence repr&eacute;sente un enjeu plus fort encore que pour les autres musulmans. Il s'agit de donner la preuve de &nbsp;leur identification &agrave; l'islam avec le corps, avec la chair&nbsp;, &eacute;crit Stefano Allievi dans Les Convertis &agrave; l'islam, nouveaux musulmans d'Europe (L'Harmattan, janvier 1999)</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les estimations les plus folles sur leur nombre ont circul&eacute; dans les ann&eacute;es&nbsp;80. En pleine psychose anti-islamiste, on parlait d'un demi-million de convertis en France. La conversion &agrave; l'islam est plus facile que pour n'importe quelle autre religion. Seule la shahada(profession de foi) prononc&eacute;e dans une mosqu&eacute;e sert d'authentification. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Autant dire que les chiffres sont sujets &agrave; caution. Le plus raisonnable approcherait les 50&nbsp;000. De 1992 &agrave; 1998, &agrave; la seule Grande Mosqu&eacute;e de Paris, quelque six cent quatre-vingt-cinq conversions ont &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;es -&nbsp;soit une centaine par an&nbsp;-, dont une majorit&eacute; de Fran&ccedil;ais (629), issus des professions interm&eacute;diaires (employ&eacute;s, agents de ma&icirc;trise, instituteurs ou &eacute;tudiants). Les hommes (488) se convertissent plus facilement que les femmes. Un tiers environ des conversions sont li&eacute;es &agrave; un mariage, &agrave; un voyage, mais les autres ob&eacute;issent &agrave; de purs motifs de conviction personnelle.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">S'il n'est pas quantitativement significatif, le ph&eacute;nom&egrave;ne s'est &eacute;largi. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les conversions d'hier passaient par des lectures ou des voyages quasi initiatiques. Les noms de Michel Chodkiewicz, Maurice Glotton, Eva de Vitray, Yacoub Roty symbolisent cette vague de la d&eacute;couverte de l'islam par l'&eacute;rudition. Le militantisme pro-arabe, les rapports avec le tiers-monde, les crises de la d&eacute;colonisation ont aussi initi&eacute; des hommes comme Roger Raja Garaudy &agrave; un &nbsp;islam des pauvres&nbsp;. Mais aujourd'hui les conversions se font plut&ocirc;t &nbsp;par frottement&nbsp;avec la r&eacute;alit&eacute; musulmane au Maghreb et en Europe.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Les conversions de circonstance demeurent. &nbsp;Celle du jeune qui tombe amoureux d'une beurette dans le HLM d'en face&nbsp;, explique Didier Bourg. Mais on rencontre &eacute;galement chez les n&eacute;o-convertis des chefs d'entreprise comme Paul Ali Bontemps ou Chantal Victor qui a d&eacute;couvert l'islam lors d'un chantier au Maroc pour son entreprise de marbrerie de luxe. Ou des jeunes de cit&eacute;s, des Fran&ccedil;ais (parfois d'origine portugaise, italienne ou antillaise) qui embrassent collectivement l'islam. Un &nbsp;islam de copains&nbsp; &eacute;merge, que les sociologues interpr&egrave;tent comme une forme de solidarit&eacute; avec des jeunes musulmans victimes du racisme. L'attraction viendrait aussi du caract&egrave;re simple et d&eacute;pouill&eacute; des cinq pri&egrave;res quotidiennes et du ramadan. Mais l'islam peut &ecirc;tre aussi un refuge int&eacute;rieur et les convertis en &nbsp;rajoutent&nbsp; parfois dans la visibilit&eacute; de leur pratique (barbe, djellaba, voile islamique, etc.).</P> <P ALIGN="JUSTIFY">CONTRE LES CLICH&Eacute;S </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Paradoxalement, la m&eacute;diatisation n&eacute;gative de l'islam favorise une curiosit&eacute; plus grande qu'hier. Contre les clich&eacute;s, la demande de formation cro&icirc;t. A l'initiative de municipalit&eacute;s, d'&eacute;tablissements scolaires ou de groupes islamo-chr&eacute;tiens, les convertis sont sollicit&eacute;s pour donner des conf&eacute;rences et r&eacute;pondre &agrave; des questions, jug&eacute;es obsessionnelles par les musulmans, sur la charia, le statut de la femme, Le djihad ou la fatwa et m&ecirc;me sur l'excision comme si elle figurait dans le Coran&nbsp;!</P> <P ALIGN="JUSTIFY">Si la majorit&eacute; pr&eacute;f&egrave;re la discr&eacute;tion, les convertis sont appel&eacute;s &agrave; jouer un r&ocirc;le croissant dans un islam fran&ccedil;ais qui se cherche des porte-parole et des m&eacute;diateurs. &nbsp;Ils ma&icirc;trisent plus facilement les codes culturels de la France&nbsp;, explique Didier Bourg. Celui-ci a &eacute;t&eacute; porte-parole de la F&eacute;d&eacute;ration nationale des musulmans de France (FNMF), a dirig&eacute; l'Institut d'&eacute;tudes islamiques de Paris, avant de pr&eacute;sider, &agrave; </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Versailles, la Ligue des droits de l'homme et de devenir vice-pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration des conseils de parents d'&eacute;l&egrave;ves des Yvelines. Les convertis sont aussi pr&eacute;sents dans les milieux de la communication et de l'&eacute;dition.Les livres d'initiation &agrave; la pri&egrave;re d'un Yacoub Roty ont beaucoup de succ&egrave;s. Quant &agrave; l'universitaire Eric Geoffroy, il a &eacute;t&eacute; appel&eacute; au conseil d'administration de l'association Vivre l'islam, en charge de la nouvelle &eacute;mission islamique du dimanche matin sur France&nbsp;2, succ&eacute;dant &agrave; un autre converti, Abd Al-Haqq Guiderdoni, chercheur au CNRS, qui &eacute;tait l'un des animateurs de &nbsp;Conna&icirc;tre l'islam&nbsp;.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">A ceux qui pensent qu'il faut avoir le coeur bien accroch&eacute; pour se convertir &agrave; la religion des talibans ou du GIA, les convertis r&eacute;pondent qu'ils sont les mieux plac&eacute;s pour jouer un n&eacute;cessaire r&ocirc;le de &nbsp;pont&nbsp; entre l'islam et la France. Pont avec les milieux intellectuels et m&eacute;diatiques. &nbsp;M&ecirc;me &agrave; l'universit&eacute;, les peurs et les phobies sont nombreuses&nbsp;, explique Eric Geoffroy . Pont avec les la&iuml;ques. Pont au sein de la communaut&eacute; musulmane elle-m&ecirc;me dont les divisions exasp&egrave;rent les convertis. Pont, enfin, entre l'islam populaire des mosqu&eacute;es et celui, plus intellectuel et mystique, des soufis.</P> <P ALIGN="JUSTIFY">H. T. </P> <P ALIGN="JUSTIFY">Le Monde dat&eacute; du jeudi 9 d&eacute;cembre 1999</P> <P ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</P></BODY> </HTML> 
