{\rtf1\ansi\ansicpg1252\uc1 \deff0\deflang1033\deflangfe1036{\fonttbl{\f0\froman\fcharset0\fprq2{\*\panose 02020603050405020304}Times New Roman;}{\f5\fswiss\fcharset0\fprq2{\*\panose 00000000000000000000}Helvetica{\*\falt Arial};} {\f16\froman\fcharset0\fprq0{\*\panose 00000000000000000000}Palatino{\*\falt Book Antiqua};}{\f17\fdecor\fcharset0\fprq0{\*\panose 00000000000000000000}ZapfDingbats;}{\f115\froman\fcharset238\fprq2 Times New Roman CE;} {\f116\froman\fcharset204\fprq2 Times New Roman Cyr;}{\f118\froman\fcharset161\fprq2 Times New Roman Greek;}{\f119\froman\fcharset162\fprq2 Times New Roman Tur;}{\f120\froman\fcharset186\fprq2 Times New Roman Baltic;}}{\colortbl;\red0\green0\blue0; \red0\green0\blue255;\red0\green255\blue255;\red0\green255\blue0;\red255\green0\blue255;\red255\green0\blue0;\red255\green255\blue0;\red255\green255\blue255;\red0\green0\blue128;\red0\green128\blue128;\red0\green128\blue0;\red128\green0\blue128; \red128\green0\blue0;\red128\green128\blue0;\red128\green128\blue128;\red192\green192\blue192;}{\stylesheet{\widctlpar\adjustright \fs20\lang1036\cgrid \snext0 Normal;}{\*\cs10 \additive Default Paragraph Font;}}{\info{\title L'islam} {\author NICOLE BURON}{\operator Archambault}{\creatim\yr2000\mo9\dy13\hr23\min26}{\revtim\yr2000\mo9\dy13\hr23\min26}{\version2}{\edmins1}{\nofpages2}{\nofwords5841}{\nofchars33296}{\*\company xxx}{\nofcharsws40889}{\vern89}} \paperw11907\paperh16840\margl1418\margr1418\margt1418\margb1418 \deftab708\widowctrl\ftnbj\aenddoc\hyphhotz425\lytprtmet\formshade\viewkind4\viewscale100\pgbrdrhead\pgbrdrfoot \fet0\sectd  \psz9\linex0\headery709\footery709\colsx709\endnhere\sectdefaultcl {\*\pnseclvl1\pnucrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl2\pnucltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}}{\*\pnseclvl3\pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta .}} {\*\pnseclvl4\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxta )}}{\*\pnseclvl5\pndec\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl6\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl7\pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang {\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl8\pnlcltr\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}{\*\pnseclvl9\pnlcrm\pnstart1\pnindent720\pnhang{\pntxtb (}{\pntxta )}}\pard\plain \qc\sl700\slmult0\widctlpar\adjustright \fs20\lang1036\cgrid { \b\i\f16\fs40\cf1 L'islam \par }\pard \qc\sl700\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\i\f16\fs40\cf1 s'inscrit-il dans  \par }\pard \qc\widctlpar\adjustright {\b\i\f16\fs40\cf1 la R\'e9v\'e9lation biblique ? \par }{\b\i\f5\fs24\cf1  \par Annie LAURENT \par  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5\cf1 L\rquote islam (1) est, comme il est devenu banal de le dire, l\rquote une des trois grandes religions monoth\'e9istes (avec le juda\'efsme et le christianisme). Partant de l\'e0 , on est facilement enclin aujourd\rquote hui, y compris chez les th\'e9ologiens chr\'e9tiens, \'e0 l\rquote inscrire dans le monoth\'e9isme biblique et donc \'e0 le consid\'e9rer comme faisant partie de la R\'e9v\'e9lation. Bien des \'e9l\'e9 ments, tels que l\rquote adoration du Dieu Unique, le rattachement \'e0 Abraham, certaines valeurs morales, peuvent donner du cr\'e9dit \'e0 ces hypoth\'e8ses. }{\f5  \par La r\'e9alit\'e9 est pourtant plus complexe. En effet, \'e0 y regarder de pr\'e8s, on s\rquote aper\'e7oit que l\rquote essentiel du dogme de l\rquote islam en fait une religion non seulement autre (diff\'e9rente) mais aussi une religion qui c ontredit, voire combat la foi chr\'e9tienne en ce que celle-ci a de plus central, \'e0 savoir la Sainte Trinit\'e9 et la divinit\'e9 de J\'e9sus-Christ. Le P\'e8re Jacques Jomier, dominicain islamologue, peut donc \'e9crire avec raison : }{\i\f5 "L \rquote islam est vraiment une nouvelle religion, non seulement par rapport au paganisme arabe mais aussi par rapport au juda\'efsme et au christianisme des grandes Eglises"}{\f5  (2). \par  \par  \par Cette premi\'e8re partie se propose d\rquote exposer les principales caract\'e9ristiques du monoth\'e9isme islamique, avec un aper\'e7u de quelques-unes de ses applications anthropologiques. \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Au commencement...}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Lorsqu\rquote on parle de l\rquote Islam, le nom d\rquote une personne vient imm\'e9diatement \'e0 l\rquote esprit, celui de Mahomet (transcription fran\'e7aise de Mohammed datant du Moyen Age). Le r\'f4le de cet enfant de La Mecque, n\'e9  vers 570, mort en 632, a \'e9t\'e9 en effet d\'e9terminant dans l\rquote apparition de la nouvelle religion, du moins si l\rquote on se fie \'e0 l\rquote historiographie musulmane traditionnelle, mais il est impossible de faire autrement en l\rquote  absence de recherches critiques des sources et origines de l'islam. Rien pourtant ne destinait Mahomet \'e0 passer \'e0 la post\'e9rit\'e9. Orphelin de p\'e8re avant sa naissance, de m\'e8re \'e0 six ans, il fut \'e9lev\'e9  par un oncle et eut une jeunesse difficile. \par Sa situation personnelle s\rquote am\'e9liora lors de son mariage avec une riche commer\'e7ante veuve, Khadija, dont il \'e9tait l\rquote employ\'e9. Il eut alors des exp\'e9riences mystiques et se mit \'e0 communiquer \'e0  son entourage des "messages divins" qui lui \'e9taient dict\'e9s, affirme le dogme islamique, par l\rquote ange Gabriel. }{\i\f5 "R\'e9cite, au nom de ton Seigneur qui cr\'e9a..."}{\f5  (Coran 96, 1 et s.). C\rquote \'e9tait une injonction. Mahomet ne s \rquote y d\'e9roba pas, devenant ainsi le parfait musulman, c\rquote est-\'e0-dire le "soumis" \'e0 Dieu. Islam, de m\'eame racine, se traduit par "soumission". D\rquote abord recueillies \'e0 l\rquote aide de moyens sommaires par les disc iples de Mahomet, les sentences "c\'e9lestes" furent ensuite v\'e9rifi\'e9es, s\'e9lectionn\'e9es et rassembl\'e9es en un corpus appel\'e9 Coran ("R\'e9citation"), d\'e9finitivement approuv\'e9 sous le r\'e8gne d\rquote Othman, le troisi\'e8me calife de l \rquote Islam, entre 644 et 656. \par La "r\'e9ception" des "r\'e9v\'e9lations" coraniques s\rquote \'e9tendit sur environ vingt ans, d\rquote abord \'e0 La Mecque puis \'e0 M\'e9dine, o\'f9 Mahomet et ses premiers compagnons \'e9migr\'e8rent en 622 pour \'e9chapper \'e0 la pers\'e9 cution de leurs compatriotes, pa\'efens et polyth\'e9istes pour la plupart (des juifs et des chr\'e9tiens d\rquote ob\'e9diences diverses, notamment h\'e9r\'e9tiques, vivaient alors dans la P\'e9ninsule Arabique), qui rejetaient la pr\'e9dication monoth \'e9iste. Cette "h\'e9gire" ("\'e9migration") marque le d\'e9but du calendrier musulman. Contrairement aux "r\'e9v\'e9lations" mecquoises, surtout porteuses d\rquote un message eschatologique (le Jugement dernier, la vie dans l\rquote Au-del\'e0 , les  anges) et moral (lutte pour la justice sociale, par exemple), les "r\'e9v\'e9lations" m\'e9dinoises se rapportent plut\'f4t \'e0 l\rquote organisation de la Cit\'e9, \'e0 la l\'e9gislation civile, p\'e9 nale, commerciale, aux relations avec les non-musulmans, \'e0 la guerre. Le P\'e8re Maurice Borrmans, professeur \'e0 l\rquote Institut pontifical d\rquote \'e9tudes arabes et islamiques de Rome, signale que Mahomet }{\i\f5 "a organis\'e9 et dirig\'e9  personnellement vingt-sept campagnes militaires, tout comme il en a d\'e9cid\'e9 trente-huit autres dont il a confi\'e9 la direction \'e0 ses compagnons"}{\f5  (3). De m\'eame, nombre de versets sont des r\'e9 ponses aux situations dans lesquelles Mahomet a pu se trouver, y compris dans le domaine de ses relations conjugales et familiales. Comme on le sait, apr\'e8s la mort de Khadija, il fut polygame (de neuf \'e0 onze \'e9pouses selon les sources). C\rquote  est dire \'e0 quel point le Coran \'e9pouse la "courbe de vie" du proph\'e8te de l'islam. \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Une vocation universelle...}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Pourtant, dire \'e0 un musulman que son Proph\'e8te est peu ou prou l\rquote auteur du Livre sacr\'e9 de l\rquote islam est consid\'e9r\'e9 comme blasph\'e9matoire. A l\rquote appui de leur foi en l\rquote origine strictement divine du Coran - r\'e9 futant toute intervention humaine comme c\rquote est le cas pour la Bible -, les musulmans aiment d\rquote ailleurs rappeler l\rquote illettrisme de Mahomet, souvent qualifi\'e9 de "Transmetteur". De m\'ea me, affirmer que le Coran ne serait "descendu" que pour un peuple d\'e9termin\'e9, les Arabes, \'e0 une p\'e9riode donn\'e9e, est inconvenant. Le Coran, livre incr\'e9\'e9, c\rquote est-\'e0-dire existant de toute \'e9ternit\'e9, donc pr\'e9existant \'e0  sa r\'e9v\'e9lation, conf\'e8re \'e0 l\rquote islam une vocation universelle, qui le place en concurrence avec le christianisme. Et si le Coran a \'e9t\'e9 dict\'e9 en arabe, c\rquote est que l\rquote  arabe est la "langue de Dieu". Par respect, les musulmans les plus pieux font d\rquote ailleurs leurs ablutions, et les femmes rev\'eatent leur }{\i\f5 hidjab}{\f5  (foulard), avant d\rquote  ouvrir le Livre lorsque celui-ci est en arabe. Pour tous les musulmans, arabophones ou pas, la langue de r\'e9citation demeure l\rquote arabe. Les traductions n\rquote ont aucune valeur sacr\'e9e.  \par On le voit, pour les musulmans, le Coran est la "Parole de Dieu" mat\'e9rialis\'e9e, "incarn\'e9e" en un Livre. Sa place est donc centrale dans l\rquote islam comme le rappelle le Cheikh Si Hamza Boubakeur, recteur honoraire de la Mosqu\'e9 e de Paris, dans le commentaire qui accompagne sa traduction en fran\'e7ais. }{\i\f5 "Le Coran est une somme de pr\'e9ceptes, de r\'e9cits, d\rquote exhortations, de normes juridiques, de m\'e9morations. C\rquote est un tout affirmant solennellement l \rquote unicit\'e9 de Dieu et Sa transcendance, la voie du bonheur ici-bas et dans l\rquote au-del\'e0, la r\'e9surrection et la r\'e9tribution des actes humains, en toute \'e9quit\'e9, le culte et l\rquote amour de Dieu, le rappel d\rquote exemples \'e9 difiants \'e0 l\rquote intention de ceux qui r\'e9fl\'e9chissent. C\rquote est une somme de principes et de r\'e8gles d\rquote un dogme monoth\'e9iste infractionnable (...). Le Texte sacr\'e9 de l\rquote Islam est un tout indivisible, intangible, o\'f9  tout est harmonieusement agenc\'e9"}{\f5  (4). \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 ... mais sans Magist\'e8re}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Cette "harmonie" n\rquote en pose pas moins des probl\'e8me s\'e9rieux d\rquote interpr\'e9tation, car les 114 sourates (chapitres) composant le Coran, class\'e9es non dans leur ordre chronologique mais par longueur d\'e9croissante, forment un texte non d \'e9nu\'e9 de contradictions. Pour s\rquote y retrouver, il faut recourir \'e0 la complexe science de l\rquote abrogation ou aux interpr\'e9tations des cinq \'e9coles juridiques apparues dans l\rquote Islam des d\'e9buts, chacune d\rquote  elles servant de r\'e9f\'e9rence \'e0 un espace g\'e9ographique musulman particulier. \par Quant \'e0 l\rquote intangibilit\'e9 du Coran, elle pose le probl\'e8me de l\rquote adaptation \'e0 la modernit\'e9. Comment r\'e9former les r\'e8gles du statut personnel \'e9nonc\'e9es dans le Coran (polygamie, r\'e9pudiation, h\'e9 ritage) sans tomber dans l\rquote apostasie ? De m\'eame, comment introduire la notion de la\'efcit\'e9 \'e9trang\'e8re \'e0 cette religion qui se veut un tout, c\rquote est-\'e0-dire syst\'e8me politico-social-religieux (le mot de la\'efcit\'e9 n\rquote  existe pas en arabe) sans contrevenir \'e0 la volont\'e9 divine ? Certains Etats ont os\'e9 des modifications (la Tunisie pour le statut personnel, la Turquie pour la distinction temporel-spirituel). On sait \'e0  quelles contestations leurs dirigeants doivent faire face de la part de ceux qui se r\'e9clament d\rquote un islam authentique. Quoi qu\rquote il en soit, il faut savoir que l\rquote absence de Magist\'e8re en Islam emp\'eache toute interpr\'e9tatio n unique apte \'e0 s\rquote imposer \'e0 tous les fid\'e8les, comme c\rquote est le cas dans l\rquote Eglise catholique. Cela pose aussi un probl\'e8me de repr\'e9sentativit\'e9, notamment dans les pays de tradition non-islamique tels que la France o\'f9  l\rquote Etat ne parvient pas \'e0 trouver un responsable capable de parler au nom de tous les musulmans. \par "Sceau des proph\'e8tes", selon le Coran, Mahomet a donc \'e9t\'e9 charg\'e9 de cl\'f4turer la R\'e9v\'e9lation, plus exactement de remettre l\rquote humanit\'e9 dans la voie de l\rquote islam, seule vraie religion des origines, dont elle s\rquote \'e9 tait \'e9cart\'e9e. Le reproche est adress\'e9 particuli\'e8rement aux juifs et aux chr\'e9tiens, d\'e9tenteurs d\rquote Ecritures, la Thora et l\rquote Evangile (le Coran ne reconna\'eet pas l\rquote existence de quatre \'e9vangiles), qu\rquote  ils auraient falsifi\'e9es.  \par N\'e9anmoins, \'e0 cause de la mission que Dieu leur avait confi\'e9e, ces derniers jouissent d\rquote une certaine l\'e9gitimit\'e9. Le Coran les reconna\'eet sous le nom de "gens du Livre". }{\f5\expnd-3\expndtw-15 Si bien que, contrairement aux ath\'e9 es et aux pa\'efens, ils ont leur place dans la Cit\'e9 de l\rquote Islam, mais une place diminu\'e9e, amput\'e9e. }{\f5  \par En effet, la "protection" (la dhimma dont on a fait le n\'e9ologisme dhimmitude) qui leur est consentie ne leur conf\'e8re pas la pleine citoyennet\'e9. A de rarissimes exceptions pr\'e8s, leur pr\'e9sence au sein des instances \'e9tatiques se limite \'e0  de la figuration; certaines professions leur sont parfois interdites (l\rquote enseignement de l\rquote arabe en Egypte, par exemple); la libert\'e9  de culte peut aussi subir des entraves (en Egypte et au Soudan), voire une prohibition absolue (en Arabie S\'e9oudite).  \par Il existe une exception notable : au sein de la Ligue Arabe, le Liban est le seul pays dont la constitution garantit l\rquote \'e9galit\'e9 parfaite \'e0  tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance confessionnelle. Mais la situation actuelle tend, dans les faits, \'e0 une marginalisation progressive des Libanais chr\'e9tiens. Quoi qu\rquote  il en soit, il convient de mentionner les voix musulmanes, telles celles de l\rquote historien tunisien Mohamed Talbi, qui s\rquote \'e9l\'e8vent avec courage pour demander l\rquote abolition de la dhimmitude, ainsi que de la peine de  mort dont est passible le musulman qui change de religion. \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 L'unicit\'e9 de Dieu}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par En ce qui concerne les chr\'e9tiens, la falsification supr\'eame des Ecritures, c\rquote est le refus de l\rquote unicit\'e9 absolue de Dieu telle que l\rquote enseigne le Coran. }{\i\f5 "Dieu, il n\rquote y a pas de divinit\'e9 hors de Lui"}{\f5   (Coran 2, 255). Le monoth\'e9isme coranique est un monoth\'e9isme radicalis\'e9, excluant tout myst\'e8re int\'e9rieur \'e0 Dieu. Les musulmans adorent certes un Dieu Unique, mais ce Dieu est Un, seulement Un, c\rquote est-\'e0 -dire solitaire, souverain, inaccessible, tout-autre, \'e9tranger au Dieu Amour (1 Jean 4, 8-16) de la foi chr\'e9tienne. L\rquote insistance est mise sur la toute-puissance divine, sur la transcendance de Dieu.  \par Cette unicit\'e9 s\rquote oppose au Dieu trinitaire, Un et Trine \'e0 la fois. En adorant un Dieu trinitaire, les chr\'e9tiens se rendent donc coupables, aux yeux du Coran, de donner des "associ\'e9s" au Dieu unique. C\rquote est l\rquote  associationnisme, le pire des p\'e9ch\'e9s puisqu\rquote il est le seul irr\'e9missible. Dieu ne pardonne pas qu\rquote il lui soit donn\'e9 des associ\'e9s, alors qu\rquote Il pardonne \'e0 qui Il veut les p\'e9ch\'e9s moins graves que celui-l\'e0. }{ \i\f5 "Celui qui attribue \'e0 Dieu des associ\'e9s a commis un crime \'e9norme"}{\f5  (Coran 4, 48). \par }{\i\f5\expnd3\expndtw15 "O gens du Livre ! (...) Ne dites pas "Trois"; cessez de le faire; ce sera mieux pour vous. Dieu est unique ! Gloire \'e0 Lui ! Comment aurait-il un fils ?"}{\f5   (Coran 4, 171). On le voit, dans la foi islamique, la transcendance divine est telle qu\rquote elle rend impensable l\rquote Incarnation, d\rquote autant que cette derni\'e8re est comprise comme une filiation biologique, les musulmans ignorant la g\'e9n \'e9ration par l\rquote Esprit. }{\i\f5 "Notre Seigneur, en v\'e9rit\'e9, - que sa grandeur soit exalt\'e9e ! - ne s\rquote est donn\'e9 ni compagne, ni enfant !"}{\f5  (Coran 72,3). C\rquote est d\rquote ailleurs pourquoi l\rquote islam ne conna\'ee t pas la virginit\'e9 consacr\'e9e, fait du mariage et de la procr\'e9ation un devoir de religion et consid\'e8re souvent le c\'e9libat subi somme une mal\'e9diction divine. \par  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24  \par "J\'e9sus, fils de Marie"}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par En r\'e9alit\'e9, pour les musulmans, l\rquote Incarnation n\rquote a aucune raison d\rquote \'eatre puisqu\rquote elle manifeste le d\'e9sir de Dieu de racheter l\rquote humanit\'e9 de son p\'e9ch\'e9 originel et en ce sens s\rquote  inscrit dans un plan de R\'e9demption, fruit de l\rquote amour incommensurable du Cr\'e9ateur pour ses cr\'e9atures. L\rquote islam ignorant le p\'e9ch\'e9 originel (Adam a bien commis une faute mais il s\rquote est aussit\'f4t repenti et tout est rentr \'e9 dans l\rquote ordre), la R\'e9demption est donc sans objet. \par J\'e9sus est pourtant bien pr\'e9sent dans le Coran qui le cite \'e0 de nombreuses reprises, quelquefois avec des mots flatteurs. Mais qui est-il ? }{\i\f5 "J\'e9sus, fils de Marie"}{\f5 , r\'e9pond le Livre saint de l\rquote islam. Accoler syst\'e9 matiquement son nom \'e0 celui de sa m\'e8re est une mani\'e8re d\rquote insister sur sa non-divinit\'e9. Une naissance miraculeuse lui est cependant reconnue puisque celle-ci a eu lieu sans l\rquote intervention d\rquote un homme mais de  par la seule volont\'e9 de Dieu, comme ce fut le cas pour Adam. }{\i\f5 "Oui, il en est de J\'e9sus comme d\rquote Adam aupr\'e8s de Dieu; Dieu l\rquote a cr\'e9\'e9 de terre, puis il lui a dit :"Sois", et il est"}{\f5  (Coran 3, 50). \par Le Coran atteste la maternit\'e9 virginale de Marie (mais pas son immacul\'e9e conception, inutile puisque le p\'e9ch\'e9 originel est ni\'e9). Il lui r\'e9serve une place \'e9minente : }{\i\f5 "Dieu a \'e9lu Marie au-dessus des femmes de l\rquote  univers"}{\f5  (Coran 3,42) en la pr\'e9sentant toutefois aussi comme soeur de Mo\'efse et d\rquote Aaron (sourate 19). \par Quant aux titres d\rquote apparence chr\'e9tienne donn\'e9s \'e0 J\'e9sus dans le Coran (Messie, Verbe de Dieu), ils sont d\'e9nu\'e9s de toute signification r\'e9elle. De m\'eame, son nom coranique, Issa, ne veut pas dire }{\i\f5 "Dieu sauve"}{\f5  , comme nous l\rquote enseigne l\rquote Evangile de Saint Matthieu (1,21). Issa, qui ne serait qu\rquote un d\'e9riv\'e9 d\rquote Esa\'fc, ne se traduit pas. Sachant l\rquote importance du nom dans les langues s\'e9mitiques, qui indique l\rquote \'ea tre, la vocation de son titulaire, comment ne pas en d\'e9duire que le J\'e9sus musulman n\rquote est pas le J\'e9sus chr\'e9tien ? \par }{\f5\expnd-3\expndtw-15 En fait, si Issa a b\'e9n\'e9fici\'e9 d\rquote une conception hors-normes et d\rquote autres privil\'e8ges (facult\'e9 d\rquote accomplir des prodiges, faits qui sont emprunt\'e9s aux \'e9vangiles apocryphes), c\rquote  est pour les besoins de sa mission proph\'e9tique : celle-ci a consist\'e9 \'e0 apporter un Livre ( l\rquote }{\i\f5\expnd-3\expndtw-15 Inj\'eel}{\f5\expnd-3\expndtw-15  : l\rquote Evangile) et surtout \'e0 annon}{\f5 cer la venue de Mahomet que les musul }{\f5\expnd-3\expndtw-15 mans croient d\'e9couvrir sous le nom de Paraclet. Selon la tradition, Issa reviendra \'e0 la fin des temps mais ce sera pour confirmer l\rquote islam comme "vraie religion". }{\f5  \par Etant seulement homme, il n\rquote a pas pu ressusciter trois jours apr\'e8s sa mort. Au demeurant, si la foi islamique exclut la n\'e9cessit\'e9 d\rquote une R\'e9demption, elle ne peut bien entendu pas accepter la Passion et la Mort de J\'e9 sus sur la croix. Dieu tout-puissant ne peut pas avoir sacrifi\'e9 ainsi son "Envoy\'e9". }{\i\f5 "Nous les (les juifs) avons punis parce qu\rquote ils n\rquote ont pas cru (...) et parce qu\rquote ils ont dit :"Oui, nous avons tu\'e9 le Messie, J\'e9 sus, fils de Marie, le Proph\'e8te de Dieu". Mais ils ne l\rquote ont pas tu\'e9 : ils ne l\rquote ont pas crucifi\'e9, cela leur est seulement apparu ainsi"}{\f5  (Coran 4, 156-157). \par Selon le Coran, la mission de J\'e9sus n\rquote est donc ni messianique (lib\'e9ratrice), ni salvatrice. Il n\rquote est venu r\'e9v\'e9ler \'e0 l\rquote humanit\'e9 ni la v\'e9rit\'e9 sur l\rquote  essence de Dieu - celle-ci reste inconnaissable (cf Coran 5, 116) - ni son dessein bienveillant qui fait de Lui un P\'e8re. Comme l\rquote Incarnation, la notion de paternit\'e9 divine reste, pour l'islam, incompatible avec la transcendance. L\rquote  islam se m\'e9fie d\rquote ailleurs de toute approche anthropomorphique de Dieu. \par  \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Absence de R\'e9demption }{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par La conception coranique implique l\rquote absence de toute m\'e9diation, donc des sacrements (ainsi, le mariage n\rquote est-il qu\rquote un contrat), du sacerdoce et de l\rquote intercession des saints. Dans l\rquote  islam, chaque homme porte seul son "fardeau" devant son Cr\'e9ateur, nul ne peut interc\'e9der pour autrui sans la permission de Dieu. Le r\'f4le du personnel cl\'e9rical musulman (mufti, oul\'e9ma, qadi, ayatollah, imam, etc..) n\rquote  est pas de dispenser la gr\'e2ce au nom de Dieu. Il consiste \'e0 interpr\'e9ter le Coran et la Sunna (tradition), \'e0 veiller \'e0 l\rquote application correcte de la }{\i\f5 charia}{\f5  (la loi islamique), \'e0 d\'e9livrer des }{\i\f5 fatwas}{\f5   (avis juridiques), \'e0 g\'e9rer les biens religieux, \'e0 pr\'e9sider la pri\'e8re \'e0 la mosqu\'e9e.  \par Si Dieu reste aussi lointain, Il ne saurait \'e9videmment rien partager avec Ses cr\'e9atures. D\rquote ailleurs, le Coran ne reprend pas ce passage essentiel de l\rquote Ancien Testament selon lequel Dieu a cr\'e9\'e9 l\rquote homme \'e0 Son image et  \'e0 Sa ressemblance (Gen\'e8se 1). Il pr\'e9cise : }{\i\f5 "Dieu, rien ne Lui est semblable"}{\f5  (Coran 42, 11).  \par De m\'eame, la vision b\'e9atifique est absente dans le paradis musulman. Cette distance infranchissable entre Dieu et l\rquote homme est clairement illustr\'e9e \'e0 travers l\rquote histoire coranique d\rquote Abraham, l\rquote  une des principales figures bibliques pr\'e9sentes dans le Livre saint de l\rquote islam. Abraham a accept\'e9 d\rquote immoler son fils sans discuter (Coran 37, 102), fondant ainsi l\rquote attitude parfaite du bon musulman, c\rquote est-\'e0 -dire du croyant soumis. Par son ob\'e9issance, il est devenu le mod\'e8le et sera r\'e9compens\'e9. Les musulmans comm\'e9morent ce geste en sacrifiant des moutons par \'e9gorgement au cours de l\rquote A\'efd-el-K\'e9bir ("Grande f\'eate" ou "F\'ea te des sacrifices") qui est l\rquote une des principales dates du calendrier liturgique islamique.  \par  \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Une relecture des \'e9v\'e9nements}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Les autres proph\'e8tes bibliques pr\'e9sents dans le Coran (tels que Mo\'efse - le plus cit\'e9 -, Jacob, Joseph, etc.. mais tous les proph\'e8tes de l\rquote Ancien Testament ne sont pas repris dans le Livre de l\rquote islam) n\rquote ont \'e9t\'e9  choisis qu\rquote en fonction d\rquote une p\'e9dagogie pr\'e9cise : servir d\rquote exemples aux musulmans. Comment ne pas \'eatre frapp\'e9 par les similitudes entre Mo\'efse et Mahomet, tous deux chefs temporels et spirituels ? Les r\'e9 cits de la vie de ces personnages ne sont jamais complets ni clairement situ\'e9s; il s\rquote agit de bribes, d\rquote \'e9pisodes d\'e9cousus qui ne s\rquote inscrivent pas dans une "histoire du salut". Le P\'e8re Jomier le dit bien, }{\i\f5 "c\rquote  est une v\'e9ritable relecture des \'e9v\'e9nements qu\rquote offre le Coran, relecture que les musulmans pr\'e9sentent comme le r\'e9tablissement d\rquote une v\'e9rit\'e9 qui aurait \'e9t\'e9 d\'e9figur\'e9ee" }{\f5 (5). Abraham se trouve ainsi islamis \'e9. }{\i\f5 "Abraham n\rquote a \'e9t\'e9 ni juif, ni chr\'e9tien, mais bien un}{\f5  hanif}{\i\f5 , musulman; il n\rquote a pas \'e9t\'e9 du nombre des associateurs"}{\f5  (Coran 3, 67).  \par Selon la vision islamique des rapports de Dieu \'e0 l\rquote homme, on ne s\rquote \'e9tonnera donc pas de voir dans le Coran un Abraham amput\'e9 d\rquote une dimension essentielle, celle de l\rquote Alliance commenc\'e9 e avec un peuple (les juifs) pour s\rquote \'e9tendre \'e0 l\rquote humanit\'e9 enti\'e8re. Pourrait-il en \'eatre autrement alors que, comme le note Roger Arnaldez, }{\i\f5\expnd3\expndtw15 "le Cr\'e9ateur est trop au-dessus de la cr\'e9 ature pour pouvoir l\rquote aimer"}{\f5  (6). \par Comment, dans ces conditions, pourrait-il y avoir un rapport personnel, une intimit\'e9 entre Dieu et l\rquote homme musulman ? La pi\'e9t\'e9 islamique, avant tout l\'e9galiste et rituelle, n\rquote est pas propice au "coeur \'e0 coeur", m\'ea me si bien des \'e2mes trouvent dans le Coran de quoi \'e9tancher leur soif mystique. Mais l\rquote on sait que souvent les confr\'e9ries et le soufisme, qui inculquent \'e0 leurs membres une certaine forme d\rquote amour de Dieu, sont marginalis\'e9 s, voire combattus par les autorit\'e9s religieuses et politiques.  \par Les chr\'e9tiens, disciples d\rquote une Personne, J\'e9sus-Christ, ont l\rquote amour pour fondement de leur foi; les musulmans, adeptes d\rquote un Livre, le Coran, ont, eux, la Loi pour  guider leur vie de croyants. Pour gagner le paradis, d\'e9 crit dans le Coran comme une vie terrestre perfectionn\'e9e, il suffit au musulman de suivre scrupuleusement le bien prescrit par Dieu qui impose et d\'e9fend ce qu\rquote Il veut, de fa\'e7 on "souveraine", sans se justifier, sans expliquer ses choix. Le p\'e9ch\'e9 dans l\rquote islam pourrait donc se d\'e9crire, non comme une blessure inflig\'e9e par le p\'e9cheur \'e0 l\rquote amour de Dieu, mais plut\'f4t comme une infraction \'e0  un code de loi.  \par  \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Les cinq piliers de l'islam}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Parmi les obligations prescrites, une place sp\'e9ciale est conf\'e9r\'e9e aux cinq "piliers" de l\rquote islam. Le premier d\rquote entre tous, la profession de foi (}{\i\f5 chahada}{\f5 ), consiste \'e0 proclamer l\rquote unicit\'e9 divine, ins\'e9 parable du proph\'e9tisme de Mahomet : }{\i\f5 "J\rquote atteste qu\rquote il n\rquote y a pas de divinit\'e9 en dehors de Dieu et que Mahomet est l\rquote Envoy\'e9 de Dieu". }{\f5 Cette formule, prononc\'e9e devant deux t\'e9moins musulmans, suffit \'e0  elle seule pour adh\'e9rer \'e0 l\rquote Islam et devenir membre de la communaut\'e9 musulmane.  \par Elle est chant\'e9e cinq fois par jour par le muezzin charg\'e9 de l\rquote appel \'e0 la pri\'e8re. Alors, le croyant est invit\'e9 \'e0 abandonner toute activit\'e9 pour prier, tourn\'e9 vers La Mecque, seul ou en groupe. La louange \'e0  Dieu tient une grande place dans la pri\'e8re islamique. Il faut dire que l\rquote existence de Dieu va de soi pour la plupart des musulmans qui en voient la preuve dans l\rquote admirable ordonnancement de la nature. Le vendredi, la pri\'e8 re, plus longue, est davantage communautaire (surtout pour les hommes car les femmes ne sont pas oblig\'e9es de se rendre \'e0 la mosqu\'e9e o\'f9, g\'e9n\'e9ralement, un espace r\'e9duit, situ\'e9 \'e0 l\rquote arri\'e8re et dissimul\'e9  par un rideau leur est r\'e9serv\'e9) et s\rquote accompagne d\rquote une pr\'e9dication faite par l\rquote imam. \par Viennent ensuite l\rquote aum\'f4ne l\'e9gale (}{\i\f5 zakat}{\f5 ), sorte d\rquote imp\'f4t de bienfaisance, et le je\'fbne du Ramadan. Du mot arabe }{\i\f5 ramad}{\f5  signifiant "chaleur intense". Ramadan est le nom du neuvi\'e8me mois de l\rquote ann \'e9e lunaire musulmane. C\rquote est durant cette p\'e9riode, en particulier la 27\'e8me nuit, la nuit du Destin, que le Coran aurait \'e9t\'e9 r\'e9v\'e9l\'e9 \'e0 Mahomet (Coran 2, 184). L\rquote observance de ce rite est, sauf exceptions pr\'e9 cises, obligatoire \'e0 partir de l\rquote \'e2ge de la pubert\'e9. Du lever au coucher du soleil, pendant trente jours, le je\'fbne est total : abstention de nourri ture, de boisson, de tabac, de relations sexuelles. Les interdits cessent durant la nuit, notamment au d\'eener de rupture du je\'fbne (}{\i\f5 iftar)}{\f5 , repas festif qui r\'e9unit famille, voisins et amis.  \par La dimension personnelle de je\'fbne s\rquote accompagne ainsi d\rquote une dimension communautaire \'e0 laquelle il est difficile d\rquote \'e9chapper dans les soci\'e9t\'e9s \'e0 majorit\'e9 islamique. C\rquote  est pourquoi le Ramadan est sans doute le rite le plus observ\'e9 chez les musulmans, pratiquants ou pas. \par Enfin, le Coran demande \'e0 tous les musulmans, hommes et femmes, d\rquote effectuer, au moins une fois dans leur vie, le p\'e8lerinage \'e0 La Mecque, lieu saint au demeurant interdit (}{\i\f5 haram}{\f5 ) aux non-musulmans. Ce rite s\rquote  accomplit selon des prescriptions extr\'eamement d\'e9taill\'e9es, dont la description tr\'e8s document\'e9e et vivante nous est donn\'e9e par l\rquote excellent ouvrage du journaliste franco-alg\'e9 rien Slimane Zeghidour (7). Le rassemblement de centaines de milliers de musulmans de toutes provenances autour de la Kaaba leur permet de prendre conscience de l\rquote universalit\'e9 de leur religion et d\rquote \'e9prouver l\rquote  extraordinaire solidarit\'e9 qui unit ses membres autour de la certitude coranique qu\rquote ils forment }{\i\f5 "la meilleure communaut\'e9 }{\f5  (oumma}{\i\f5 ) suscit\'e9e pour les hommes"}{\f5  (Coran 3, 110). \par L\rquote islam tire d\rquote ailleurs largement sa force de sa coh\'e9sion communautaire, transfronti\'e8res, r\'e9elle malgr\'e9 les dissensions et rivalit\'e9s humaines. Cette communaut\'e9 est missionnaire : elle doit tout faire pour \'e9tendre le r \'e8gne de l\rquote Islam, qui se propage notamment par le }{\i\f5 djihad}{\f5 .  \par Ce concept, signifiant "faire effort pour la cause de Dieu" (et non "guerre sainte"), autorise tous les moyens , y compris le recours \'e0 la violence, celle-ci se trouvant l\'e9gitim\'e9e et sacralis\'e9e dans le Coran. (Il existe bien une forme de}{ \i\f5  djihad}{\f5  spirituel, mais elle s\rquote est d\'e9velopp\'e9e hors du Coran) (8). Contrairement \'e0 l\rquote enseignement du Christ, le Coran ne pr\'e9conise pas l\rquote amour des ennemis, en l\rquote occurrence ceux qui refusent le monoth\'e9 isme islamique. }{\i\f5 "Apr\'e8s que les mois sacr\'e9s se seront \'e9coul\'e9s, tuez les polyth\'e9istes, partout o\'f9 vous les trouverez; capturez-les, assi\'e9gez-les, dressez-leur des embuscades"}{\f5  (Coran 9, 5). \par }{\f5\expnd3\expndtw15 Pour atteindre ce but, les musulmans savent \'eatre patients. Souvent applaudie dans le Coran, la patience est d\rquote ailleurs l\rquote une de leurs vertus les plus \'e9difiantes, notamment dans l\rquote \'e9preuve personnelle.}{ \f5\expnd-3\expndtw-15  }{\f5  \par A la fin, ils en sont persuad\'e9s, l\rquote Islam triomphera, comme Dieu lui-m\'eame l\rquote a annonc\'e9. }{\i\f5 "C\rquote est une obligation pour Nous que de donner la victoire aux croyants"}{\f5  (Coran 30, 47). Ou encore : }{\i\f5 "C\rquote  est lui (Dieu) qui a envoy\'e9 son Proph\'e8te avec la Direction et la Religion vraie pour la faire pr\'e9valoir sur toute autre religion, en d\'e9pit des polyth\'e9istes"}{\f5  (Coran 9, 33). \par Le monoth\'e9isme islamique qui, dans sa radicalit\'e9, a du mal \'e0 admettre toute id\'e9e de diversit\'e9 religieuse (et sociale et politique, \'e9tant donn\'e9 sa nature globalisante) dans l\rquote unit\'e9 du genre humain, pourra-t-il un jour s \rquote accommoder du droit \'e0 la diff\'e9rence, ainsi que le souhaitent des intellectuels musulmans oeuvrant pour un }{\i\f5 aggiornamento}{\f5  de leur religion ? Telle est l\rquote une des questions cruciales qui se pose en cette fin de XX\'e8me si \'e8cle o\'f9 le monde musulman, \'e0 travers son spectaculaire r\'e9veil, semble convaincu que le temps de l\rquote Islam est arriv\'e9. \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5 Le dialogue interreligieux pourrait encourager ces mutations. \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5 Depuis une trentaine d\rquote ann\'e9es, l\rquote Eglise catholique cherche \'e0 instaurer des rapports non conflictuels et m\'eame amicaux avec le monde de l\rquote  Islam. Dans ce but, elle a pris l\rquote initiative d\rquote un dialogue qui suscite en son sein, selon les sensibilit\'e9s qui s\rquote y manifestent, enthousiasme aveugle, scepticisme d\'e9daigneux ou rejet radical.  \par  \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Dialogue et mission}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Ces diff\'e9rents types de r\'e9ponses correspondent mal aux ouvertures telles qu\rquote elles sont r\'e9ellement pr\'e9conis\'e9es par le concile oecum\'e9nique Vatican II (1962-65). Si ce dernier a marqu\'e9 un tournant historique certain dans la compr \'e9hension chr\'e9tienne des religions non-chr\'e9tiennes, et donc de l\rquote islam, il serait inexact de l\rquote interpr\'e9ter comme une d\'e9marche r\'e9volutionnaire. \par Pour saisir les fondements th\'e9ologiques de l\rquote orientation conciliaire, il convient de se r\'e9f\'e9rer \'e0 l\rquote encyclique de Paul VI, }{\i\f5 "Ecclesiam suam" }{\f5 (6 ao\'fb t 1964), qui enracine le dialogue dans la communication trinitaire de Dieu et le situe clairement dans la perspective du Salut. On pourra voir ainsi que Vatican II est le prolongement de cet enseignement magist\'e9riel pr\'e9alable. \par C\rquote est dans cette perspective qu\rquote il faut lire la d\'e9claration conciliaire }{\i\f5 "Nostra aetate"}{\f5 , souvent pr\'e9sent\'e9e comme la charte du dialogue inter- religieux. Celle-ci pose un regard positif non seulement sur les non-chr\'e9 tiens mais aussi sur les doctrines religieuses qu\rquote ils professent, ces derni\'e8res \'e9tant d\'e9sormais officiellement consid\'e9r\'e9es comme porteuses de valeurs salvifiques (elles }{\i\f5 "apportent souvent un rayon de la V\'e9rit\'e9"}{\f5  ), m\'eame si le document sous-entend qu\rquote elles ne sont pas, en tant que telles, des voies de salut, puisqu\rquote il affirme que l\rquote Eglise}{\i\f5  "est tenue d\rquote annoncer sans cesse le Christ qui est "la voie, la v\'e9rit\'e9  et la vie" (Jean 14, 6)"}{\f5  (n\'b0 2). \par Ce raisonnement est \'e0 rapprocher de deux autres documents du Concile.  \par Premi\'e8rement, la constitution dogmatique sur l\rquote Eglise, }{\i\f5 "Lumen Gentium"}{\f5  : tout en r\'e9affirmant la doctrine traditionnelle selon laquelle l\rquote Eglise et le bapt\'eame sont n\'e9cessaires au salut (n\'b014), elle voit }{\i\f5  "une pr\'e9paration \'e9vang\'e9lique"}{\f5  dans }{\i\f5 "tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai"}{\f5  dans les autres pratiques religieuses, y compris dans la foi des musulmans (n\'b016).  \par Deuxi\'e8mement, le d\'e9cret }{\i\f5 "Ad Gentes}{\f5  }{\i\f5 divinitus"}{\f5  (sur l\rquote activit\'e9 missionnaire de l\rquote Eglise) : se r\'e9f\'e9rant \'e0 la tradition patristique grecque (saint Cl\'e9ment d\rquote Alexandrie) et latine (saint Ir \'e9n\'e9e), ainsi qu\rquote \'e0 Pie XII (n\'b0 3), ce texte \'e9voque l\rquote action de l\rquote Esprit Saint, }{\i\f5 "qui appelle tous les hommes au Christ par les semences du Verbe et la pr\'e9dication de l\rquote Evangile"}{\f5  (n\'b015).  \par Ainsi, ces articulations le montrent, la d\'e9marche de Vatican II ne constitue pas une rupture avec la conception traditionnelle de l\rquote Eglise, comme l\rquote ont compris, chacun \'e0 leur fa\'e7 on, - et mal - les milieux catholiques "progressistes" et "int\'e9gristes". Autrement dit, malgr\'e9 une id\'e9e r\'e9pandue, le dialogue n\rquote a pas remplac\'e9 la mission, il en constitue le pivot et sa finalit\'e9 reste l\rquote \'e9vang\'e9 lisation, m\'eame s\rquote il ne s\rquote agit plus de comptabiliser des conversions formelles. \par  \par  \par  \par }\pard \qc\sl250\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Islam :  \par un traitement sp\'e9cifique \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par En ce qui concerne l\rquote islam, la suite de }{\i\f5 "Nostra aetate}{\f5 " montre que, parmi l\rquote ensemble des croyances non chr\'e9tiennes, la religion musulmane fait l\rquote objet d\rquote un traitement sp\'e9cifique : un paragraphe lui est enti \'e8rement consacr\'e9 (n\'b0 3), faveur qu\rquote il ne partage qu\rquote avec le juda\'efsme (n\'b0 4) et qu\rquote il doit certainement \'e0 son caract\'e8re monoth\'e9iste de type proph\'e9tique. \par Relisons ce passage : }{\i\f5 "L\rquote Eglise regarde avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, mis\'e9ricordieux et tout-puissant, cr\'e9ateur du ciel et de la terre, qui a parl\'e9 aux hommes. Ils cherchent \'e0  se soumettre de toute leur \'e2me aux d\'e9crets de Dieu, m\'eame s\rquote ils sont cach\'e9s, comme s\rquote est soumis \'e0 Dieu Abraham, auquel la foi islamique se r\'e9f\'e8re volontiers }{\f5 (on notera la prudence du Concile quant \'e0  la filiation abrahamique de l\rquote islam, Nda).}{\i\f5  Bien qu\rquote ils ne reconnaissent pas J\'e9sus comme Dieu, ils le v\'e9n\'e8rent comme proph\'e8te; ils honorent sa M\'e8re virginale, Marie, et parfois m\'eame l\rquote invoquent avec pi\'e9t \'e9. De plus, ils attendent le jour du jugement, o\'f9 Dieu r\'e9tribuera tous les hommes ressuscit\'e9s. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte \'e0 Dieu, surtout par la pri\'e8re, l\rquote aum\'f4ne et le je\'fb ne. Si, au cours des si\'e8cles, de nombreuses dissensions et inimiti\'e9s se sont manifest\'e9es entre les chr\'e9tiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous \'e0 oublier le pass\'e9 et \'e0 s\rquote efforcer sinc\'e8rement \'e0 la compr\'e9 hension mutuelle, ainsi qu\rquote \'e0 prot\'e9ger et \'e0 promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la libert\'e9".}{\f5  \par A l\rquote ignorance, \'e0 la m\'e9fiance, et/ou \'e0 l\rquote hostilit\'e9 ant\'e9rieures, l\rquote Eglise catholique a donc voulu substituer la rencontre, la sympathie et m\'eame la coop\'e9ration entre fid\'e8les des deux religions.  \par Dans la pratique, ce dialogue existait d\'e9j\'e0 partiellement et il ne pouvait en \'eatre autrement. De tous temps, les missionnaires le mettaient en oeuvre. En effet, comment auraient-ils pu \'e9vang\'e9liser sans chercher \'e0 conna\'ee tre ceux auxquels ils annon\'e7aient la Bonne Nouvelle, donc sans converser et m\'eame sans coop\'e9rer avec eux, notamment dans les domaines de l\rquote \'e9ducation, de la sant\'e9, du d\'e9veloppement ?  \par On conna\'eet l\rquote apport irrempla\'e7able de tant de religieux europ\'e9ens qui ont oeuvr\'e9 \'e0 la promotion de cultures et de langues lointaines et inconnues. Un livre r\'e9cent montre l\rquote  insistance du cardinal Lavigerie, fondateur de la Soci\'e9t\'e9 des Missionnaires d\rquote Afrique (P\'e8res Blancs), en ce domaine : il exigeait de ses novices le d\'e9passement de tous les pr\'e9jug\'e9s sociaux ou culturels; c\rquote \'e9 tait pour lui l\rquote expression de la plus authentique charit\'e9 (9). \par  \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Un regard nouveau}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Reste que, pour lui comme pour tous les catholiques de son temps (XIX\'e8me si\'e8cle), les musulmans \'e9taient des "infid\'e8les". L\rquote Eglise a voulu mettre fin \'e0 cette perception jug\'e9e m\'e9prisante. Elle a donc demand\'e9 \'e0  tous les baptis\'e9s, engag\'e9s dans la mission ou pas, de respecter les musulmans en tant que "croyants". Ce regard nouveau pouvait-il ne pas s\rquote imposer \'e0 une \'e9poque o\'f9 les membres des deux religions sont amen\'e9s \'e0 se c\'f4 toyer de plus en plus au sein de soci\'e9t\'e9s qui ne sont plus confessionnellement homog\'e8nes ? \par Pour aider les chr\'e9tiens dans cette d\'e9marche nouvelle - et d\'e9routante pour certains -, des initiatives concr\'e8tes ont \'e9t\'e9 prises, en particulier par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, organe de la curie romaine cr\'e9 \'e9 \'e0 la suite de Vatican II et dot\'e9 d\rquote une section charg\'e9e des rapports avec l\rquote Islam.  \par Ainsi, ce Conseil a-t-il confi\'e9 \'e0 Maurice Borrmans, P\'e8re Blanc et professeur \'e0 l\rquote Institut pontifical d\rquote \'e9tudes arabes et islamiques (Rome), la r\'e9daction d\rquote un pr\'e9cieux petit ouvrage }{\i\f5 "Orientations pour un  dialogue entre chr\'e9tiens et musulmans"}{\f5  (10). Ce livre doit \'eatre re\'e7u pour ce qu\rquote il veut \'eatre, c\rquote est-\'e0-dire avant tout un guide pastoral. Il serait injuste d\rquote y voir une pr\'e9sentation ou une lecture apolog\'e9 tique de l\rquote islam, inacceptable pour un disciple du Christ, ou bien l\rquote expos\'e9 de faux rapprochements doctrinaux entre les deux monoth\'e9ismes. L\rquote auteur ne c\'e8de pas \'e0 cet ir\'e9nisme qui }{\f5\expnd3\expndtw15  a trop souvent caract\'e9ris\'e9 - et caract\'e9rise en}{\f5\expnd-3\expndtw-15 core - l\rquote attitude de catholiques emport\'e9s dans cet "enthousiasme du dialogue" post-conciliaire \'e9voqu\'e9 supra (11). Sa d\'e9 marche, empreinte de la plus grande charit\'e9, s\rquote enracine dans la plus s\'fbre v\'e9rit\'e9.}{\f5   \par Un souci identique se retrouve dans l\rquote excellent }{\i\f5 "Livre de la foi"}{\f5  (\'e9crit par les \'e9v\'eaques latins du Maghreb et r\'e9vis\'e9 par Mgr Pierre Claverie, l\rquote \'e9v\'eaque d\rquote Oran assassin\'e9 le ler ao\'fb t 1996) qui situe avec clart\'e9 l\rquote originalit\'e9 de la R\'e9v\'e9lation chr\'e9tienne au regard de l\rquote islam et du juda\'efsme (12). \par Telle doit \'eatre la ligne de conduite de tout chr\'e9tien pour un dialogue f\'e9cond : se mettre \'e0 l\rquote \'e9coute de son interlocuteur musulman tout en t\'e9moignant devant lui de la place centrale qu\rquote  occupe le Christ dans sa vie de foi; repousser les tentations \'e0 l\rquote indiff\'e9rentisme religieux (th\'e9orie selon laquelle toutes les religions se valent) ou au relativisme th\'e9ologique. Ceux qui ont l\rquote exp\'e9 rience du monde musulman savent que rien n\rquote est plus m\'e9prisable aux yeux d\rquote un fid\'e8le de l\rquote islam que de renier ses convictions, m\'eame si pour lui celles-ci sont erron\'e9es.  \par Le pape Jean-Paul II lui-m\'eame a donn\'e9 l\rquote exemple dans le discours qu\rquote il a prononc\'e9 devant des milliers de jeunes Marocains r\'e9unis, le 19 ao\'fbt 1985, dans le stade de Casablanca. A c\'f4t\'e9 de propos tr\'e8s bienveillants \'e0  l\rquote adresse de son auditoire et d\rquote une invitation \'e0 oeuvrer avec les chr\'e9tiens pour le bien de tous, il a pris soin de rappeler les divergences irr\'e9ductibles entre christianisme et islam. }{\i\f5 "La plus fondamentale est \'e9 videmment le regard que nous portons sur la personne et l\rquote oeuvre de J\'e9sus de Nazareth. Vous savez que, pour les chr\'e9tiens, ce J\'e9sus les fait entrer dans une connaissance intime du myst\'e8re de Dieu et dans une communion filiale \'e0  ses dons, si bien qu\rquote ils le reconnaissent et le proclament Seigneur et Sauveur"}{\f5  (13).  \par  \par  \par  \par }\pard \qc\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs24 Dialogue et r\'e9ciprocit\'e9}{\f5  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par Cependant, qui dit dialogue dit \'e9change et donc r\'e9ciprocit\'e9. La question suivante se pose \'e0 bien des chr\'e9tiens : les musulmans sont-ils int\'e9ress\'e9s par le dialogue auquel l\rquote  Eglise catholique les convie ou bien ne veulent-ils en engranger que les b\'e9n\'e9fices, par exemple la reconnaissance de v\'e9ridicit\'e9 de leur religion ou encore l\rquote octroi d\rquote avantages li\'e9s \'e0  leur culte dans les pays de tradition chr\'e9tienne ? Cette interrogation n\rquote est pas d\'e9nu\'e9e de pertinence lorsque l\rquote on sait que, dans l\rquote inconscient collectif musulman, les relations entre communaut\'e9s s\rquote analysent g\'e9n \'e9ralement en termes de rapports de forces. \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5 Dans ces conditions, l\rquote autorisation d\rquote \'e9difier une grande mosqu\'e9e \'e0 Rome donn\'e9e par le gouvernement italien aux dirigeants de l\rquote Arabie S\'e9 oudite sans que le Saint-Si\'e8ge ait fait valoir le droit de veto que lui conc\'e8de la constitution en pareil cas, n\rquote est-elle pas per\'e7ue par l\rquote Islam tout entier comme une victoire sur la chr\'e9tient\'e9 ? (14). C\rquote  est probable. Mais faut-il pour autant renoncer au dialogue avec les musulmans ? L\rquote Eglise ne le croit pas. Pour elle, le dialogue ne se r\'e9sume pas \'e0 du donnant-donnant : il repose sur la gratuit\'e9 \'e9vang\'e9lique, il pousse \'e0 l\rquote  \'e9mulation, et il sous-tend une p\'e9dagogie. C\rquote est cette p\'e9dagogie du dialogue \'e0 laquelle Jean-Paul II recourt sans se lasser, que ce soit dans la sollicitude de sa diploma tie envers les injustices dont est victime le monde musulman (Palestine, Irak) ou encore dans le rappel solennel de grands principes (libert\'e9 religieuse, dignit\'e9 humaine, \'e9galit\'e9 pour tous les citoyens) souvent bafou\'e9s au d\'e9 triment des non-musulmans dans des Etats o\'f9 le pouvoir, la loi et la population sont enti\'e8rement ou partiellement islamiques (Soudan, Nigeria, Tunisie, par exemple).  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5 Mais, objecteront les plus sceptiques, o\'f9 sont les r\'e9sultats ?  Ceux-ci sont certes pour l\rquote instant fort peu perceptibles. Pourtant, comment ne pas voir que, peu \'e0 peu, la p\'e9 dagogie du dialogue porte des fruits. Prenons l\rquote exemple du Liban. Jamais les musulmans libanais n\rquote auraient accueilli le Saint-P\'e8re \'e0 Beyrouth, en mai 1997, avec une ferveur aussi impressionnante, si celui-ci n\rquote  avait, depuis des ann\'e9es et notamment lors du synode sur le Liban, exhort\'e9 leurs compatriotes chr\'e9tiens \'e0 }{\i\f5 "faire tomber les murs"}{\f5 .  \par L\rquote insistance papale est convaincante : les musulmans ont compris que Jean-Paul II n\rquote entendait conforter aucune option s\'e9paratiste ou h\'e9g\'e9monique chez les chr\'e9tiens de ce pays qui, \'e0 ses yeux, a vocation \'e0 \'eatre le mod\'e8 le de la coop\'e9ration islamo-chr\'e9tienne. Aussi voit-on aujourd\rquote hui des musulmans libanais, membres d\rquote instances de dialogue, publiques et priv\'e9es, constitu\'e9es ces derni\'e8res ann\'e9es, revendiquer une participation \'e9 gale des chr\'e9tiens aux affaires de l\rquote Etat. Il y a l\'e0 une \'e9volution incontestable des esprits, m\'eame si elle est loin d\rquote avoir gagn\'e9 tout l\rquote Islam et si la conjoncture r\'e9gionale ne permet pas encore au pays du C\'e8 dre de se d\'e9terminer librement. \par Ailleurs, \'e9galement, comme au Maghreb o\'f9 les Eglises sont toutes \'e9trang\'e8res, une \'e9volution des mentalit\'e9s commence \'e0 se produire. Alors que le Coran n\rquote incite pas les musulmans \'e0 s\rquote  ouvrir aux autres traditions religieuses - d\rquote abord parce que le Livre saint de l\rquote islam pr\'e9tend tout dire sur la foi des chr\'e9tiens (et des juifs), ensuite parce qu\rquote il consid\'e8re le christianisme (et le juda\'efsme) comme p\'e9 rim\'e9s, donc indignes d\rquote int\'e9r\'eat - l\rquote id\'e9e du dialogue interreligieux fait peu \'e0 peu son chemin dans l\rquote esprit d\rquote intellectuels. Mentionnons les efforts de l\rquote  historien tunisien Mohamed Talbi qui milite en faveur de la cr\'e9ation d\rquote instances officielles de dialogue interreligieux au sein des structures repr\'e9sentatives du monde musulman, telle que l\rquote Organisation de la Conf\'e9 rence islamique (15).}{\f5\expnd-3\expndtw-15  Il est utile que les chr\'e9tiens d\rquote Europe connaissent l\rquote existence de ces r\'e9ponses musulmanes. }{\f5  \par Gr\'e2ce au t\'e9moignage des chr\'e9tiens (en Alg\'e9rie notamment) et \'e0 la participation d\rquote universitaires musulmans aux travaux d\rquote organismes tels que le Groupe de Recherches Islamo-chr\'e9tiennes (fond\'e9 par les P\'e8res Blancs \'e0  Tunis), des fid\'e8les de l\rquote islam en viennent \'e0 porter un regard moins n\'e9gatif sur le christianisme, voire \'e0 chercher \'e0 en conna\'eetre la doctrine. D\'e9sormais, en certaines contr\'e9es, des musulmans savent que les chr\'e9 tiens les aiment pour eux-m\'eames; ils ne soup\'e7onnent plus syst\'e9matiquement l\rquote Eglise d\rquote arri\'e8re-pens\'e9es pros\'e9lytes et l\rquote accueillent donc avec plus de confiance. Il faut voir en cela un progr\'e8s tr\'e8s important.  \par Ces acquis, pour insignifiants qu\rquote ils paraissent, ne peuvent donc qu\rquote inciter l\rquote Eglise \'e0 pers\'e9v\'e9rer sur la voie du dialogue avec l\rquote Islam. Mgr Joseph Dor\'e9, nouvel archev\'ea que de Strasbourg, a voulu y encourager les catholiques de France en en reposant les conditions dans la conf\'e9rence qu\rquote il a prononc\'e9e au cours de l\rquote assembl\'e9e pl\'e9ni\'e8re des \'e9v\'eaques r\'e9unie \'e0 Lourdes en novembre 1997. } {\i\f5 "Non seulement la mission, et donc la pastorale dont elle est l\rquote un des modes de r\'e9alisation, ne peuvent s\rquote accomplir que dans le dialogue. Non seulement la rencontre dans le cadre de laquelle doit par d\'e9 finition, et de part en part, se d\'e9rouler le dialogue, doit s\rquote inscrire tout autant sous le signe du respect de l\rquote autre que dans l\rquote honn\'eatet\'e9 et l\rquote estime \'e0 l\rquote \'e9gard de sa propre  tradition... Mais la recherche de la v\'e9rit\'e9 et le souci de lui rendre t\'e9moignage qui donnent finalement sens \'e0 tout cela ne peuvent \'eatre tenus pour authentiques que si, pour leur aboutissement, ils font confiance \'e0  la seule puissance de la V\'e9rit\'e9 m\'eame qu\rquote ils pr\'e9tendent servir. Autrement dit : que s\rquote ils s\rquote en remettent radicalement, et d\rquote un bout \'e0 l\rquote autre, \'e0 la gr\'e2ce de Dieu"}{\f5  (16). }{\f17 p}{\f5  \par  \par }{\b\f5 Annie }{\b\caps\f5 Laurent}{\f5  \par  \par  \par }\pard \qj\sl170\slmult0\widctlpar\adjustright {\b\f5\fs16\cf1 1}{\f5\fs16  - Par convention, on \'e9crit islam avec un "i" minuscule lorsque l\rquote on veut parler seulement de la religion, avec un "I" majuscule lorsqu\rquote il s\rquote agit de l \rquote Islam entendu comme civilisation, communaut\'e9, pays, syst\'e8me politique ou lorsqu\rquote il recouvre le domaine spirituel et temporel r\'e9unis. \par }{\b\f5\fs16 2}{\f5\fs16  - }{\i\f5\fs16 "Un chr\'e9tien lit le Coran"}{\f5\fs16 , Cahiers Evangile, n\'b0 48, Cerf, p. 20. \par }{\b\f5\fs16 3}{\f5\fs16  - }{\i\f5\fs16 "Le djihad"}{\f5\fs16 , in }{\i\f5\fs16 "Vivre avec l\rquote Islam ?"}{\f5\fs16 , Ed. Saint-Paul, 1996, p. 77. \par }{\b\f5\fs16 4}{\f5\fs16  - "Le Coran", Enag Editions, Alger, 1989, p. 3. \par }{\b\f5\fs16 5}{\f5\fs16  - }{\i\f5\fs16 "Un chr\'e9tien lit le Coran"}{\f5\fs16 , op. cit. p. 37. \par }{\b\f5\fs16 6}{\f5\fs16  - "}{\i\f5\fs16 R\'e9flexion sur le Dieu du Coran du point de vue de la logique formelle"}{\f5\fs16 , in }{\i\f5\fs16 "Vivre avec l\rquote Islam ?"}{\f5\fs16 , op. cit. p. 135. \par }{\b\f5\fs16 7}{\f5\fs16  - }{\i\f5\fs16 "La vie quotidienne \'e0 La Mecque, de Mahomet \'e0 nos jours"}{\f5\fs16 , Hachette, 1989. \par }{\b\f5\fs16 8}{\f5\fs16  - Cf. Jean Sleiman, }{\i\f5\fs16 "Violence et sacr\'e9 dans le Coran"}{\f5\fs16 , et Maurice Borrmans,}{\i\f5\fs16  "Le djihad"}{\f5\fs16 , in }{\i\f5\fs16 "Vivre avec l\rquote Islam ?"}{\f5\fs16 , op. cit. pp. 35 \'e0 79.}{ \b\f5\fs16  \par 9}{\f5\fs16  - Dominique Nothomb, }{\i\f5\fs16 "Charles Lavigerie, un ma\'eetre spirituel"}{\f5\fs16 , Ed. Saint Paul, 1998. \par }{\b\f5\fs16 10}{\f5\fs16  - Ed. du Cerf, 1987. \par }{\b\f5\fs16 11}{\f5\fs16  - Cf. par exemple le P\'e8re Christian Delorme dans }{\i\f5\fs16 "Nous avons tant de choses \'e0 nous dire"}{\f5\fs16  (avec Rachid Benzine), Albin Michel, 1997. \par }{\b\f5\fs16 12}{\f5\fs16  - Ed. du Cerf, 1996. \par }{\b\f5\fs16 13}{\f5\fs16  - Cf. le texte int\'e9gral dans la }{\i\f5\fs16 "Documentation Catholique"}{\f5\fs16 , n\'b0 1903, 6 octobre 1985. \par }{\b\f5\fs16 14}{\f5\fs16  - Cette grande mosqu\'e9e a \'e9t\'e9 inaugur\'e9e le 21 juin 1995. \par }{\b\f5\fs16 15 - }{\f5\fs16 Voir aussi le tr\'e8s int\'e9ressant article du P\'e8re Etienne Renaud, dans }{\i\f5\fs16 "Islamochristiana"}{\f5\fs16  n\'b0 23, 1998, (revue de l'Institut Pontifical d'Etudes arabes et islamiques).}{\b\f5\fs16  \par 16}{\f5\fs16  -  }{\i\f5\fs16 "Foi islamique et pastorale chr\'e9tienne"}{\f5\fs16 , in }{\i\f5\fs16 "Un rendez-vous pour la foi, Lourdes 1997",}{\f5\fs16  Centurion/Cerf, 1998, p. 129. \par  \par  \par }\pard \qj\fi283\sl210\slmult0\widctlpar\adjustright {\f5  \par }\pard \qc\widctlpar\adjustright {\i\fs40  \par }} 
