<HTML> <HEAD>    <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1">    <META NAME="Author" CONTENT="Roland Kauffmann">    <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Mozilla/4.03 [fr] (Win95; I) [Netscape]">    <TITLE>a la recherche de l'Islam lib&eacute;ral</TITLE> </HEAD> <BODY TEXT="#000000" BGCOLOR="#FFFFFF" LINK="#0000FF" VLINK="#FF6666" ALINK="#FF0000" BACKGROUND="bckgr4.gif">  <CENTER><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">A LA RECHERCHE DUN ISLAM LIBERAL</FONT></FONT></CENTER>  <CENTER><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"></FONT></FONT></CENTER>  <DIV ALIGN=right><FONT COLOR="#3333FF">par</FONT></DIV>  <DIV ALIGN=right><FONT COLOR="#3333FF">Henri PERSOZ</FONT></DIV>   <P>Toutes les religions, toutes les doctrines, tous les syst&egrave;mes philosophiques manifestent toujours une tendance  lib&eacute;rale , cest-&agrave;-dire qui sait relativiser les v&eacute;rit&eacute;s, les faire &eacute;voluer, les replacer dans le contexte du monde contemporain, du monde de la raison et aussi &eacute;videmment, une tendance oppos&eacute;e. Lislam na pas &eacute;chapp&eacute; &agrave; cette r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale, m&ecirc;me si aujourdhui le c&ocirc;t&eacute; lib&eacute;ral est plut&ocirc;t masqu&eacute; par le c&ocirc;t&eacute; oppos&eacute; qui fait beaucoup parler de lui. <BR>En un sens dailleurs, lislam orthodoxe me para&icirc;t fondamentalement plus rationnel que le christianisme. Je mexpliquerai l&agrave;-dessus plus loin. Mais rassurez-vous, cher lecteur, je nirai pas jusqu&agrave; me convertir &agrave; lislam. <BR>Nous allons, dans cet article, partir &agrave; la recherche de ce que furent, &agrave; travers lHistoire, les tendances lib&eacute;rales de lislam.  <P><FONT FACE="Garamond"><A HREF="#1.LE PROBLEME DES">1.LE PROBLEME DES SOURCES</A></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond">&nbsp;&nbsp;&nbsp; <A HREF="#Le coran">Le Coran</A></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<A HREF="#La Sunna"> <FONT COLOR="#FF0000">La Sunna</FONT></A></FONT><FONT FACE="Garamond"></FONT>  <P><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000"><A HREF="#DES ELEMENTS TRES LIBERAUX DANS LISLAM DES">2. DES ELEMENTS TRES LIBERAUX DANS LISLAM DES ORIGINES</A></FONT></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000">&nbsp;&nbsp;&nbsp; <A HREF="#Dieu">Dieu Unique</A></FONT></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000">&nbsp;&nbsp;&nbsp; <A HREF="#Pas de">Pas de r&eacute;demption</A></FONT></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;<A HREF="#La faible importance des"> La faible importance des dogmes</A></FONT></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000">&nbsp;&nbsp;&nbsp; <A HREF="#La Loi">La Loi</A></FONT></FONT><FONT FACE="Garamond"></FONT>  <P><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000"><A HREF="#3. LES MUTAZILITES">3. LES MUTAZILITES</A></FONT></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000"><A HREF="#4. LES PHILOSOPHES">4. LES PHILOSOPHES</A></FONT></FONT> <BR><FONT FACE="Garamond"><FONT COLOR="#FF0000"><A HREF="#5 les modernistes">5. LES MODERNISTES</A></FONT></FONT>  <P><A NAME="1.LE PROBLEME DES"></A>1.LE PROBLEME DES SOURCES  <P><A NAME="Le coran"></A>Le Coran <BR>&nbsp;Mohammed, comme J&eacute;sus, na rien &eacute;crit. Le Coran rapporte dailleurs quil ne savait ni lire, ni &eacute;crire.Ses compagnons ont bien &eacute;crit quelques sourates sur des parchemins, des branches de palmier et des omoplates de chameau, lesquels ont plus ou moins circul&eacute;. Mais dans lensemble, suivant la tradition orientale, cest la transmission orale qui &eacute;tait charg&eacute;e de r&eacute;pandre, apr&egrave;s sa mort, les r&eacute;v&eacute;lations faites au Proph&egrave;te. <BR>&nbsp;Mais voil&agrave; que ses compagnons meurent eux-aussi, &agrave; la guerre, ou de mort naturelle. Abou Bakr, le grand ami de Mohammed, et le premier Calife, cest-&agrave;-dire le premier successeur de Mohammed, comme chef de la communaut&eacute; musulmane, fait r&eacute;diger une premi&egrave;re recension du Coran. Ce travail a &eacute;t&eacute; confi&eacute; &agrave; Zayd b. Th&acirc;bit qui fut un des secr&eacute;taires du Proph&egrave;te. <BR>&nbsp;Mais dautres versions circulaient aussi dans le m&ecirc;me temps, &eacute;crites par dautres compagnons, et dans diff&eacute;rents dialectes arabes, au gr&eacute; des r&eacute;gions o&ugrave; elles avaient &eacute;t&eacute; fix&eacute;es, ce qui occasionnait disputes et accusations r&eacute;ciproques dinfid&eacute;lit&eacute;. <BR>&nbsp;Alors que Mohammed &eacute;tait mort en 632, dix ann&eacute;es apr&egrave;s, la situation devenait inextricable. Au point, par exemple, que lEmir Hudhayfa, rencontrant le 3e Calife Uthm&acirc;n &agrave; M&eacute;dine lui dit :  Rattrape cette communaut&eacute; avant quelle ne se perde .  A quel propos ? &nbsp; demanda le Calife. A propos du livre de Dieu, r&eacute;pondit lEmir. &nbsp; Jai rencontr&eacute; des hommes de diff&eacute;rents pays et je crains quils ne divergent sur leur livre, comme divergent les juifs et les chr&eacute;tiens . <BR>&nbsp;Le Calife Uthm&acirc;n rassembla alors une commission (d&eacute;j&agrave; &agrave; l&eacute;poque !) qui rencontra tous les t&eacute;moins du Proph&egrave;te et proposa une version officielle r&eacute;dig&eacute;e dans la langue du proph&egrave;te. Puis il la fit porter &agrave; tous les coins de lEmpire, avec ordre de br&ucirc;ler toutes les autres versions. Le texte officiel conservait dailleurs &agrave; certains endroits plusieurs variantes. (Lappareil critique existait d&eacute;j&agrave; !).  <P>A la fin du 7e si&egrave;cle, la plupart des variantes furent supprim&eacute;es, certaines parties remani&eacute;es pour tenir compte dautres sources disponibles, en particulier, celles provenant dIbn Masoud, serviteur tr&egrave;s proche du Proph&egrave;te, mais qui avait &eacute;t&eacute; &eacute;cart&eacute; de la commission Uthm&acirc;n. Et puis, pour &eacute;viter toute ambigu&iuml;t&eacute;, il fallut aussi rajouter les voyelles qui nexistaient pas dans la version de la commission, parce que les langues s&eacute;mitiques anciennes nont pas de voyelles. Ceci obligea &agrave; faire des choix dinterpr&eacute;tation. Ce travail, qui est comparable &agrave; celui des Massor&egrave;tes pour la Bible h&eacute;bra&iuml;que, fut probablement fait au 8e si&egrave;cle. <BR>Mohammed Arkoun, &eacute;minent islamologue, lib&eacute;ral sil en est, consid&egrave;re que le texte du Coran a &eacute;volu&eacute; jusquau 10e si&egrave;cle. <BR>&nbsp;Tout cela pour dire que le probl&egrave;me de la critique historique est pos&eacute; en Islam comme dans le christianisme, m&ecirc;me si elle est beaucoup moins r&eacute;pandue et reconnue. Les musulmans lib&eacute;raux sappuieront sur cette histoire mouvement&eacute;e de la constitution du Coran pour pr&eacute;tendre que celui-ci nest pas si  &eacute;ternel et incr&eacute;&eacute;  que les orthodoxes veulent bien le dire, quil nest pas la parole m&ecirc;me de Dieu et donc quil ne doit pas toujours &ecirc;tre pris au sens litt&eacute;ral, surtout lorsquil heurte la raison. Sans aller dailleurs jusquaux lib&eacute;raux, les chiites, se r&eacute;clamant dAli, le cousin et gendre du Proph&egrave;te, lequel avait &eacute;t&eacute; &eacute;cart&eacute; du Califat par les trois premiers Califes, reprocheront et reprochent toujours &agrave; la commission Uthm&acirc;n, davoir minimis&eacute;, dans la recension officielle du Coran, le r&ocirc;le et limportance dAli, par rapport &agrave; ce quavait dit r&eacute;ellement Mohammed.  <P><A NAME="La Sunna"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">La Sunna</FONT></FONT>  <P>&nbsp;Cependant le Coran nest pas toujours clair, et parfois, il est dexpression trop g&eacute;n&eacute;rale. Certains versets sont pr&eacute;cis, dautres sont ambigus et contradictoires. Avec lexpansion extr&ecirc;mement rapide de lislam, tous les nouveaux musulmans ne savaient pas toujours comment se comporter dans telle ou telle situation. On avait alors recours &agrave; une autre tradition orale, la collection des hadith, compl&eacute;mentaire du Coran, qui pr&eacute;cisait davantage le  comportement correct . Chaque hadith ou parole du Proph&egrave;te provenait dun compagnon du Proph&egrave;te qui lavait dit &agrave; untel qui lui-m&ecirc;me lavait retransmis &agrave; untel, etc. Mais, plus le temps passait, plus la collection des hadith grossissait et, un si&egrave;cle apr&egrave;s la mort du Proph&egrave;te, on en comptait plusieurs centaines de milliers. On finissait par mettre dans la bouche du Proph&egrave;te des maximes de droit romain ou de philosophie grecque. Et un des hadith pr&eacute;cisait que, si quelquun disait quelque chose de bon, on pouvait consid&eacute;rer que cela venait du Proph&egrave;te. Un autre, au contraire, disait que quiconque pr&ecirc;terait au Proph&egrave;te des paroles quil navait pas dites irait en Enfer. <BR>&nbsp;Il fallait r&eacute;agir &agrave; cette g&eacute;n&eacute;ration spontan&eacute;e et plusieurs commissions entreprirent une travail de v&eacute;rification des hadith pour ne retenir que ceux qui avaient le plus de chance d&ecirc;tre authentiques. Ceci a conduit &agrave; la constitution de la Sunna qui ne comporte plus que 3000 hadith environ. Chacun deux est pr&eacute;c&eacute;d&eacute; de la cha&icirc;ne des hommes qui le relie au Proph&egrave;te (voir encart). Nous sommes en 770, cest-&agrave;-dire 140 ans apr&egrave;s la mort de Mohammed. Il existe dailleurs plusieurs Sunna, selon les &eacute;coles. Les chiites (encore eux !) ont dautres textes traditionnels. Les sunnites, comme leur nom lindique, suivent plus volontiers la Sunna, qui &agrave; lorigine signifiait la coutume, mais qui est devenue au fil des temps  la conduite orthodoxe . <BR>&nbsp;On voit donc une certaine fragilit&eacute; de cette Sunna, sur le plan de lauthenticit&eacute; du rattachement aux paroles du Proph&egrave;te, au point, par exemple, que le colonel Khadafi lui-m&ecirc;me, bien que sunnite, ne reconna&icirc;t pas la Sunna. <BR>&nbsp;Mais la Sunna est tr&egrave;s importante, car cest elle qui fixe le comportement pr&eacute;cis de la communaut&eacute; et donne sa physionomie &agrave; lislam. Par exemple, le Coran dit que la pri&egrave;re est obligatoire. La Sunna pr&eacute;cise le nombre de pri&egrave;res par jour, lheure, comment il faut la faire, ce quil faut dire, etc. <BR>&nbsp;  <P>2.&nbsp;<A NAME="DES ELEMENTS TRES LIBERAUX DANS LISLAM DES"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">DES ELEMENTS TRES LIBERAUX DANS LISLAM DES ORIGINES</FONT></FONT><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"></FONT></FONT>  <P><A NAME="Dieu"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">Dieu Unique</FONT></FONT>  <P>&nbsp;Citons dabord cette magnifique unicit&eacute; de Dieu. Il ny a pas de Dieu en-dehors de Dieu. Cest le premier pilier de lislam, et la seule chose &agrave; croire pour &ecirc;tre musulman. Non pas que Dieu existe, mais que Dieu nest nulle part ailleurs quen lui-m&ecirc;me. Il ne partage pas sa divinit&eacute;. Point de demi-Dieu, de fils de Dieu. Point de Trinit&eacute;. Point de m&egrave;re de Dieu. J&eacute;sus est un Proph&egrave;te. Il y a dans cette conception une grande rationalit&eacute;. Dieu est Dieu. Lhomme est lhomme. Dieu na pas &eacute;t&eacute; engendr&eacute; et na pas engendr&eacute;. Il se suffit &agrave; lui-m&ecirc;me. Il ne peut pas se repr&eacute;senter, parce quil na pas de forme. <BR>&nbsp;Se pose alors le probl&egrave;me de laccessibilit&eacute; de Dieu. Le Coran et les documents d&eacute;riv&eacute;s (principalement, la Sunna et le Fikh) sont le Logos qui permettent lacc&egrave;s &agrave; Dieu. Les Proph&egrave;tes font &eacute;galement partie de la m&eacute;diation entre les hommes et Dieu. Bien s&ucirc;r, lislam populaire aura toujours tendance &agrave; rendre un culte aux Proph&egrave;tes et aux hommes saints (notamment dans le chiisme). Mais strictement le culte du Proph&egrave;te nest pas dans lislam des origines. Lorsque Mohammed est mort, certains, suivant un pr&eacute;c&eacute;dent c&eacute;l&egrave;bre, voulurent proclamer sa r&eacute;surrection. Alors Abou-Bakr, son fid&egrave;le ami et successeur pour diriger la pri&egrave;re, fit dire &agrave; toute la population : <BR> Quiconque adorerait Mohammed, quil sache quil est vraiment mort. <BR>Quiconque adorerait Dieu, quil sache que Dieu est vivant et ne meurt jamais   <P><A NAME="Pas de"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"> Pas de r&eacute;demption</FONT></FONT><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"></FONT></FONT>  <P>&nbsp;Cette id&eacute;e paulinienne, suivant laquelle, &agrave; cause de la faute dAdam, tous les hommes sont p&eacute;cheurs, et &agrave; cause de la souffrance et de la mort de J&eacute;sus, la multitude est rachet&eacute;e, na &eacute;videmment pas cours en Islam, lequel dailleurs na m&ecirc;me pas repris lid&eacute;e de la transmission du p&eacute;ch&eacute; originel. Lhomme est p&eacute;cheur, non pas &agrave; cause de la d&eacute;sob&eacute;issance dAdam, mais en raison de sa nature m&ecirc;me. A lui dapprendre &agrave; se bien conduire, comme Dieu le lui apprend dans le Livre. Toute id&eacute;e suivant laquelle Dieu aurait besoin du sacrifice dun seul homme (ou de son seul Fils) pour sauver toute lhumanit&eacute; est compl&egrave;tement &eacute;trang&egrave;re &agrave; lislam. Ce nest pas un homme qui sauve, mais Dieu lui-m&ecirc;me. Dans ce sens, lislam est plus clair, et plus rationnel que le christianisme m&ecirc;me le plus lib&eacute;ral.  <P><A NAME="La faible importance des"></A> <FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">La faible importance des dogmes</FONT></FONT><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"></FONT></FONT>  <P>&nbsp;Lislam nest pas, de prime abord, une th&eacute;ologie. Encore moins une dogmatique. Il nenseigne pas &agrave; lhomme ce quil est, mais ce quil doit faire. Il suffit, pour sen convaincre rapidement, de jeter un oeil sur les cinq piliers de lislam (cf. encart). Un seul, le premier, affirme lunicit&eacute; de Dieu. <BR>Les quatre suivants traitent du comportement du croyant en reprenant les trois r&egrave;gles de pi&eacute;t&eacute; juive (la pri&egrave;re, le je&ucirc;ne et laum&ocirc;ne) et en reprenant pour le dernier, une tradition arabe bien ant&eacute;rieure &agrave; Mohammed, le p&eacute;lerinage &agrave; la Mecque. <BR>&nbsp;Pour &ecirc;tre musulman, il ny a pas beaucoup &agrave; croire, mais surtout il faut faire. Reprenant en cela la tradition juive, cest le geste et la pratique, la discipline du corps et la discipline de la soci&eacute;t&eacute; qui conduisent &agrave; la spiritualit&eacute; et &agrave; la proximit&eacute; de Dieu. <BR>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lislam est, comme le juda&iuml;sme, beaucoup plus une orthopraxis quune orthodoxie. Il sagit de parvenir, par des r&egrave;gles de vie appropri&eacute;es, &agrave; un fonctionnement correct de la communaut&eacute;, beaucoup plus qu&agrave; un syst&egrave;me th&eacute;ologique expliquant lhomme, le monde et tout ce quil y a au-del&agrave; du monde. Nous rejoignons donc par l&agrave; aussi le christianisme lib&eacute;ral qui relativise limportance des dogmes, et insiste sur le comportement des individus, sur l&eacute;thique et la morale. Rappelons-nous le grand th&eacute;ologien lib&eacute;ral allemand von Harnack qui professait que le christianisme primitif &eacute;tait avant tout une morale. <BR>&nbsp;Ceci explique limportance de la Loi (la Charia) qui nest pas bien comprise aujourdhui, parce quon en voit surtout les exc&egrave;s, d&eacute;fendus par une minorit&eacute; de fondamentalistes agissant sans discernement. <BR>Ce qui vient d&ecirc;tre dit nemp&ecirc;chera pas, &eacute;videmment, le d&eacute;veloppement de la pens&eacute;e et de la mystique musulmane, qui furent tr&egrave;s importantes, surtout jusquau Moyen-&Acirc;ge, mais qui sera toujours moins consubstantielle &agrave; lislam que les r&egrave;gles de comportement, qui ont envahi tout lespace musulman. Par ailleurs, pens&eacute;e et mystique ne signifient pas collection de dogmes. Ceci explique que les grands penseurs musulmans ont souvent &eacute;t&eacute; des juristes.  <P><A NAME="La Loi"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">La Loi</FONT></FONT><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"></FONT></FONT>  <P>Revenons aux origines. <BR>&nbsp;En 622 (ann&eacute;e de lH&eacute;gire, d&eacute;but du calendrier musulman), Mohammed, en danger &agrave; la Mecque, se r&eacute;fugie &agrave; Yatrib (la future M&eacute;dine) avec sa petite troupe de fid&egrave;les. Se trouvaient &agrave; Yatrib sept tribus arabes et quatre tribus juives. Il faut donc organiser la cohabitation entre ses compagnons et ces tribus qui, au d&eacute;but dailleurs, lui sont assez favorables. Mais, dans la tradition arabe, tous ses compagnons et lui-m&ecirc;me sont des d&eacute;racin&eacute;s, des &eacute;trangers, car ils ne sont plus dans leurs tribus dappartenance. Ils nont plus didentit&eacute;, ils ne sont plus rien. Mohammed lutte contre lesprit tribal et jette les bases dun nouveau type de fonctionnement de la communaut&eacute;. <BR>&nbsp;Dans cette cit&eacute; nouvelle, nous sommes tous fr&egrave;res, non plus par les liens du sang (la tribu), mais par les liens de la foi, parce que nous adorons le m&ecirc;me Dieu unique. Il ny a plus un dieu par tribu, comme cela &eacute;tait le cas dans toute lArabie, mais un Dieu universel qui demande une solidarit&eacute; universelle. La solidarit&eacute;, limit&eacute;e auparavant &agrave; lint&eacute;rieur de la tribu, s&eacute;tend &agrave; toute la communaut&eacute;, &agrave; toute  lOumma . Mohammed se pr&eacute;occupe alors de lorganisation politique et sociale de la communaut&eacute;. Et les versets coraniques m&eacute;dinois traitent surtout de cette question. La religion nest pas tellement un probl&egrave;me m&eacute;taphysique ou th&eacute;ologique ; elle est surtout le fondement de lorganisation sociale de la cit&eacute;. Le souvenir de M&eacute;dine organis&eacute;e par Mohammed restera, dans la m&eacute;moire musulmane, le souvenir de la cit&eacute; id&eacute;ale, vers laquelle certains encore aujourdhui voudraient revenir.  <P>&nbsp;La Loi (la Charia) prendra une &eacute;norme importance, parce quelle permet de sortir de larbitraire du souverain, de la loi du plus fort. Elle permet de passer dun Etat de fait &agrave; un Etat de droit. La Loi jette les bases dune justice, bien sup&eacute;rieure &agrave; la tradition bas&eacute;e essentiellement sur les rapports de force entre tribus. On voit bien l&agrave; linfluence du juda&iuml;sme. Noublions pas que ce qui a fait, &agrave; lorigine, la sp&eacute;cificit&eacute; du juda&iuml;sme, cest lexistence et la v&eacute;n&eacute;ration dune Loi, qui, &agrave; la limite, si elle est bien faite, permet au peuple de se passer dun roi. Seul Dieu est Roi. Mais malheureusement, le peuple a besoin dun roi, palpable et visible et Samuel ne parviendra pas &agrave; faire comprendre &agrave; Isra&euml;l les terribles dangers du syst&egrave;me royal. Sil faut un roi, limportant, dit-il, est que celui-ci reste soumis &agrave; la Loi.  <P>&nbsp;Nous sortirions de notre sujet &agrave; d&eacute;crire tous les &eacute;l&eacute;ments novateurs que Mohammed, inspir&eacute; par lange Gabriel, a apport&eacute; &agrave; la communaut&eacute; musulmane. Nous ne prendrons quun exemple, celui de la femme. Contrairement &agrave; ce quon pense couramment aujourdhui, la loi musulmane  r&eacute;v&eacute;l&eacute;e  &agrave; M&eacute;dine a &eacute;norm&eacute;ment prot&eacute;g&eacute; la femme, compte tenu &eacute;videmment de la situation pr&eacute;existante. Mohammed &eacute;tait f&eacute;ministe. Il a limit&eacute; le nombre d&eacute;pouses &agrave; quatre, alors que certains arabes en avaient bien plus. Il a demand&eacute; quelles soient trait&eacute;es de fa&ccedil;on &eacute;quitable. Il a permis aux femmes dh&eacute;riter de leurs parents, alors que dans la France tr&egrave;s chr&eacute;tienne, ce m&ecirc;me droit nest apparu quapr&egrave;s la R&eacute;volution, onze cent ans plus tard ! Il y a aussi dans le Coran une invitation &agrave; lib&eacute;rer les esclaves qui est tr&egrave;s novatrice pour l&eacute;poque. <BR>&nbsp;La Loi, pour &ecirc;tre respect&eacute;e, doit &ecirc;tre sacralis&eacute;e. Elle venait donc de Dieu. Comme la Loi juive. Et le christianisme aussi, pendant des si&egrave;cles, a voulu imposer sa loi, malgr&eacute; les recommandations de lAp&ocirc;tre Paul. <BR>&nbsp;Le grand probl&egrave;me, en Islam, est celui de l&eacute;volution. La Loi, bonne aux origines, meilleure en tout cas que labsence de loi, doit sadapter &agrave; l&eacute;volution de la soci&eacute;t&eacute;. Elle le fait difficilement, plus difficilement que le christianisme, et ceci a entra&icirc;n&eacute; des luttes sanglantes entre lib&eacute;raux et conservateurs, sur lesquels nous reviendrons.  <P><A NAME="3. LES MUTAZILITES"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">3. LES MUTAZILITES</FONT></FONT><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"></FONT></FONT>  <P>&nbsp;Nous avons bien dit que le Coran nest pas une th&eacute;ologie, non plus la Bible h&eacute;bra&iuml;que dailleurs, et non plus les Evangiles. Il est plut&ocirc;t un art de vivre, un code de vie personnelle et collective, un rappel de moral et de pi&eacute;t&eacute;, une invitation &agrave; ladoration de Dieu et &agrave; la bienfaisance. Il y a aussi, &eacute;videmment et malheureusement, comme dans la Bible, des phrases cruelles et un appel &agrave; leffort permanent, voir violent, pour convertir. Cependant, la rapide expansion de lislam sest heurt&eacute;e assez vite aux syst&egrave;mes tr&egrave;s construits de la pens&eacute;e grecque et de la pens&eacute;e chr&eacute;tienne. Les docteurs musulmans ont donc d&ucirc; construire &agrave; leur tour un syst&egrave;me th&eacute;ologique qui positionne clairement lislam par rapport aux th&eacute;ologies et philosophies ambiantes. Et toutes les grandes questions, pos&eacute;es d&eacute;j&agrave; par le christianisme et pas toujours bien r&eacute;solues, se retrouvent pos&eacute;es en Islam : comment se situe la libert&eacute; de lhomme, par rapport &agrave; la toute puissance de Dieu ? Lhomme est-il responsable de ses actes.? Qui sera sauv&eacute; ? Et sera-t-on sauv&eacute; par la foi ou par les oeuvres ? Quid de la pr&eacute;destination, du p&eacute;ch&eacute;.? Etc. <BR>Les r&eacute;ponses diff&egrave;reront &eacute;videmment suivant les &eacute;coles, puisque le Coran sur tous ces points nest pas net. <BR>Et chacun peut sappuyer sur une sourate ou sur une autre pour justifier sa th&egrave;se. <BR>&nbsp;Seule les questions relatives &agrave; la nature et au r&ocirc;le salvateur du Christ ne sont pas pos&eacute;es. Lislam a fait l&eacute;conomie dune bonne partie des querelles dans lesquelles les &eacute;glises des premiers si&egrave;cles se sont us&eacute;es. <BR>&nbsp;Nous nous int&eacute;resserons ici, &agrave; la pens&eacute;e de l&eacute;cole mutazilite, qui se d&eacute;veloppa &agrave; partir du 8e si&egrave;cle et qui, influenc&eacute;e par la pens&eacute;e grecque, laissa une large place &agrave; la raison et &agrave; la rationalit&eacute;. Les premiers mutazilites &eacute;taient des intellectuels p&eacute;tris de connaissances humaines et de philosophie. Ils voulaient trouver une solution  scientifique  aux probl&egrave;mes des dogmes et furent les fondateurs du  kalam  ou premi&egrave;re th&eacute;ologie musulmane. Pour eux, lorsque le Coran nest pas clair, cest la raison qui permet de trouver la juste interpr&eacute;tation. Elle est plus efficace que la tradition, car Dieu est accessible par la raison. Ils se sentaient donc assez libres vis-&agrave;-vis du texte coranique ou de la Sunna, ne se privant pas de justifier leurs positions en sappuyant sur les nombreuses contradictions entre les textes. Selon eux, il existe des v&eacute;rit&eacute;s rationnelles, que la raison peut d&eacute;couvrir par elle-m&ecirc;me en-dehors de toute r&eacute;v&eacute;lation particuli&egrave;re, donc en-dehors du Coran ou des hadith de la Sunna. Il en va ainsi du bien et du mal. Pour eux, ce nest pas Dieu qui a d&eacute;cid&eacute; ce qui est bien et mal, mais la raison peut le d&eacute;terminer dans la nature m&ecirc;me des choses : par exemple, Dieu a d&eacute;fendu le meurtre, parce que cest mal, et non pas le meurtre est le mal, parce que Dieu la d&eacute;fendu. <BR>&nbsp;Ce changement de conception de la loi est capital. Il relativise le r&ocirc;le de la r&eacute;v&eacute;lation ; il est tr&egrave;s lib&eacute;ral. Les mutazilites d&eacute;fendaient lid&eacute;e que le Coran, passant par lou&iuml;e, la parole et l&eacute;criture &eacute;tait une cr&eacute;ation, contrairement &agrave; la pens&eacute;e  orthodoxe  selon laquelle le Coran &eacute;tait incr&eacute;&eacute;, parce quil existait de toute &eacute;ternit&eacute;. Ils ont donc r&eacute;agit contre une sacralisation excessive du Livre, nh&eacute;sitant pas &agrave; douter de lauthenticit&eacute; de certains passages, parce quils ne saccordaient pas avec la raison. Lid&eacute;e selon laquelle le Coran pourrait ne pas &ecirc;tre cr&eacute;&eacute; et &ecirc;tre &eacute;ternel portait atteinte, selon eux, &agrave; lUnicit&eacute; de Dieu. <BR>&nbsp;Le Dieu  mutazilite  est transcendance pure, esprit pur, essence pure. <BR>&nbsp;Certains attributs traditionnels de Dieu, comme la vue, lou&iuml;e ou la parole ne sont donc que des images ou des m&eacute;taphores. Tous les  anthropomorphismes  utilis&eacute;s pour parler de Dieu ne sexpliquent que par limpossibilit&eacute; de lhomme &agrave; approcher autrement ce Dieu tout autre. Finalement on ne sait pas ce quest Dieu ; on sait surtout ce quIl nest pas. <BR>&nbsp;Mais la grande th&egrave;se des mutazilites, qui les s&eacute;parera &agrave; la fois des sunnites et des chiites (itazla : se tenir &agrave; l&eacute;cart) est leur d&eacute;fense de lenti&egrave;re libert&eacute; de lhomme. <BR>&nbsp;Dieu ne d&eacute;cide pas des actes des hommes, car il a cr&eacute;&eacute; des hommes libres, agissant librement. Ceux-ci sont enti&egrave;rement responsables de leurs actes. Sans cela, les punitions seraient injustes. Il en r&eacute;sulte que nos mutazilites sopposent &agrave; lid&eacute;e de pr&eacute;destination. Comment un Dieu juste et bon pourrait-il avoir cr&eacute;&eacute; des hommes pour quils soient damn&eacute;s de toute &eacute;ternit&eacute; ? Comment sa justice pourrait-elle saccommoder dun acte arbitraire consistant &agrave; s&eacute;parer les hommes en deux cat&eacute;gories, ceux qui finiront au Paradis et ceux qui finiront en Enfer ? <BR>&nbsp;Le mal vient de lhomme et cest lui qui doit assurer les cons&eacute;quences de ces actions. Dieu est bien responsable de la causalit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale, cest-&agrave;-dire de lorientation de lHistoire, mais pas des causalit&eacute;s particuli&egrave;res, cest-&agrave;-dire des d&eacute;tails des d&eacute;cisions de chacun. <BR>&nbsp;On comprend que, dans ce contexte, les mutazilites &eacute;taient plut&ocirc;t partisans de la justification par les oeuvres. La foi ne pouvant &ecirc;tre - mais ceci est assez g&eacute;n&eacute;ral &agrave; lislam - que le respect et la soumission &agrave; la loi. Foi et oeuvres se distinguent alors moins nettement que dans le christianisme, puisque cest par les actes que lon se rapproche de Dieu. <BR>&nbsp;Le grand tort des mutazilites a &eacute;t&eacute; de se rallier au pouvoir des Abbasides pour imposer leurs id&eacute;es qui devinrent la religion dEtat de 833 &agrave; 847. Evidemment cela entra&icirc;na des r&eacute;actions et ils furent pers&eacute;cut&eacute;s &agrave; leur tour, laissant la place &agrave; dautres &eacute;coles abandonnant plus ou moins largement le r&ocirc;le de la raison et faisant une plus large place &agrave; la tradition (par exemple lacharisme ou le hanbalisme qui est souvent la r&eacute;f&eacute;rence actuelle des fondamentalistes). <BR>Mais la m&eacute;moire du mutazilisme influencera toute l&eacute;volution de lislam. Les tendances lib&eacute;rales sy r&eacute;f&egrave;reront constamment, notamment les modernistes des 19e et 20e si&egrave;cles. On parlera &agrave; leur sujet du n&eacute;o-mutazilisme.  <P><A NAME="4. LES PHILOSOPHES"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">4. LES PHILOSOPHES</FONT></FONT><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000"></FONT></FONT>  <P>&nbsp;On ne r&eacute;alise pas toujours que lislam a red&eacute;couvert, bien avant le christianisme occidental, la philosophie grecque. <BR>&nbsp;Cette philosophie a beaucoup fascin&eacute; les penseurs musulmans et, parall&egrave;lement au mutazilisme, sest d&eacute;velopp&eacute;e &agrave; partir du 9e si&egrave;cle toute une &eacute;cole de philosophes musulmans qui voulurent faire la synth&egrave;se entre la r&eacute;v&eacute;lation islamique et la culture aristot&eacute;lienne et n&eacute;oplatonicienne. Sur certains points, ils se heurt&egrave;rent vivement aux gardiens de lorthodoxie. Les principaux points de friction furent certainement :  <P>&nbsp; La croyance en l&eacute;ternit&eacute; du monde. Dieu na pas cr&eacute;&eacute; le monde un beau matin, mais celui-ci existe depuis toujours, sous des formes diverses. La description biblique et coranique de la cr&eacute;ation du monde est pour eux une sorte de parabole. Ceci ne voulant pas dire que le monde na pas une cause premi&egrave;re que nous pouvons nommer Dieu.  <P>&nbsp; Lid&eacute;e que le monde se d&eacute;roule suivant une m&eacute;canique interne sur laquelle Dieu nintervient plus (Dans lorthodoxie musulmane, Dieu intervient &agrave; chaque moment de lHistoire et sur chaque &ecirc;tre).  <P>&nbsp; Et enfin la n&eacute;gation de la r&eacute;surrection des corps, ce qui &eacute;videmment est bien regrettable. Il est plus facile de convertir et de se faire ob&eacute;ir si on peut garantir comme r&eacute;compense la r&eacute;surrection du corps.  <P>&nbsp;Cette  falasifa , cest-&agrave;-dire cette philosophie musulmane, qui se d&eacute;veloppa jusquau 11e si&egrave;cle, fut &eacute;videmment violemment combattue par les gardiens de lorthodoxie et, en particulier, par le tr&egrave;s acharite al Ghazali (1058-1111).  <P>&nbsp;Les deux figures les plus marquantes de cette falasifa furent certainement Avicenne et Averroes. <BR>&nbsp;Le premier (Ibn Sina de son vrai nom, 930-1037) est Iranien, chiite, m&eacute;decin et philosophe. Il a d&eacute;velopp&eacute; toute une th&eacute;orie tr&egrave;s sp&eacute;culative sur la formation du monde &agrave; partir de la connaissance quavait Dieu de lui-m&ecirc;me.Pour que cette connaissance prenne corps, elle devait sext&eacute;rioriser : ce fut le premier &ecirc;tre. Mais nous ninsistons pas, car sa sp&eacute;culation est compliqu&eacute;e ! Mais surtout il fut sans doute le premier philosophe musulman &agrave; oser mettre en cause la r&eacute;surrection des corps. <BR>&nbsp;Le second (Ibn Rouch de son vrai nom, 1126-1198) est m&eacute;decin et juriste. Il vit en Andalousie. Il est le traducteur officiel dAristote, pour lequel il a le plus grand respect. Il fera des efforts d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s pour r&eacute;concilier laristot&eacute;lisme et lislam, car il aimait les deux. Et il finira par dire que la v&eacute;rit&eacute; sexprime &agrave; deux niveaux. Le niveau rationnel, philosophique, aristot&eacute;lien pour les savants, qui font une lecture symbolique du Coran. Et le niveau plus simple, plus proche de la tradition, pour les non savants qui font une lecture plus litt&eacute;rale du Coran. Mais, insiste-t-il, ces deux niveaux sont une m&ecirc;me v&eacute;rit&eacute;, car le vrai ne peut contredire le vrai. Par exemple, le Coran dit que Dieu est lumi&egrave;re. Le niveau populaire lira que Dieu &eacute;claire chacun ; le niveau des philosophes lira que cette lumi&egrave;re est la perfection du savoir, queux seuls peuvent acqu&eacute;rir ! <BR>&nbsp;Pour Averroes la pens&eacute;e individuelle est p&eacute;rissable, car il ny a pas de r&eacute;surrection individuelle. Mais lintellect passe dun homme &agrave; lautre en se perfectionnant. Le savoir va ainsi de perfectionnement en perfectionnement jusqu&agrave; la b&eacute;atitude &eacute;ternelle. <BR>&nbsp;Averroes fera d&eacute;couvrir Aristote &agrave; lOccident et influencera par l&agrave; indirectement la pens&eacute;ee th&eacute;ologique de Thomas dAquin. <BR>&nbsp;Evidemment, Averroes fut pers&eacute;cut&eacute;, par les tenants de lorthodoxie et apr&egrave;s avoir occup&eacute; les plus hautes fonctions &agrave; S&eacute;ville et Marrakech comme juge et m&eacute;decin, il mourut en disgr&acirc;ce. Le r&eacute;cent film  Le Destin  retrace en la roman&ccedil;ant ce que fut la vie de ce grand homme.  <P><A NAME="5 les modernistes"></A><FONT FACE="Balloon"><FONT COLOR="#FF0000">5. LES MODERNISTES</FONT></FONT>  <P>&nbsp;A partir du 16e si&egrave;cle, lexpansion musulmane commence &agrave; sinverser (chute de Grenade en 1492). Les puissances europ&eacute;ennes, y compris russes, installent des comptoirs commerciaux, puis colonisent progressivement des territoires de culture musulmane. Sur le plan scientifique, intellectuel et &eacute;conomique, lEurope chr&eacute;tienne reprend le dessus. Il sen suivit des r&eacute;actions du monde musulman extr&ecirc;mement multiples et vari&eacute;es, ne venant pas seulement des pays arabes, mais aussi de lIran, de la Turquie, de lInde et m&ecirc;me de la Chine. Certaines de ces r&eacute;actions, et nous ne les connaissons que trop aujourdhui, ont consist&eacute; en une radicalisation des moeurs et de la pens&eacute;e, un essai de retour aux origines, &agrave; la vie dans la cit&eacute; id&eacute;ale, et id&eacute;alis&eacute;e de M&eacute;dine, un refus de sadapter &agrave; la modernit&eacute; venue dEurope. <BR>&nbsp;A loppos&eacute;, dautres penseurs musulmans estim&egrave;rent que le d&eacute;clin de la civilisation musulmane &eacute;tait due &agrave; son refus d&eacute;volution par rapport aux n&eacute;cessit&eacute;s et entreprirent de r&eacute;interpr&eacute;ter les textes &agrave; la lumi&egrave;re des conditions sociales, &eacute;conomiques et culturelles du monde moderne. Tous ces lib&eacute;raux se rappellaient fort bien le mutazilisme quils essay&egrave;rent de remettre au go&ucirc;t du jour. <BR>&nbsp;Ils furent nombreux de par le monde &agrave; redire que lon devait sattacher &agrave; lesprit de lEcriture sacr&eacute;e, et non pas &agrave; la lettre, que chaque recommandation du Coran devait &ecirc;tre analys&eacute;e &agrave; la lumi&egrave;re de l&eacute;poque, de fa&ccedil;on rationnelle et non litt&eacute;raliste. Chacun de ses modernistes a eu ses adeptes et son &eacute;cole. Mais ils nont pas entra&icirc;n&eacute; ladh&eacute;sion de la majorit&eacute; dans leur pays. <BR>&nbsp;Evoquons bri&egrave;vement quelques unes de ces figures. <BR>&nbsp;Al. Afghani (1838-1897) est un chiite iranien. Il encourage ses contemporains &agrave; &eacute;tudier le Coran avec les outils intellectuels et les techniques occidentales. Il pr&eacute;tend quil faut linterpr&eacute;ter dans un sens symbolique, surtout lorsquil est en contradiction avec la science. Il est partisan de la libert&eacute; totale de lhomme. Il veut &eacute;duquer les masses. Il voudrait emprunter &agrave; loccident ses m&eacute;thodes intellectuelles, mais rejeter sa philosophie mat&eacute;rialiste. <BR>&nbsp;Mohammed Abdou (1849-1905) est un Egyptien qui fit ses &eacute;tudes &agrave; la c&eacute;l&egrave;bre universit&eacute; al Azhar du Caire. Il nh&eacute;site pas &agrave; dire que la plupart des hadith attribu&eacute;s au Proph&egrave;te sont apocrypthes, constitu&eacute;s pour &eacute;tayer tel ou tel point de vue. Cest donc la raison et la recherche personnelle qui permettent de bien voir o&ugrave; est le bien et le mal. La raison et la foi ne peuvent pas sopposer, au contraire elles senrichissent lune de lautre. Il pense que la v&eacute;rit&eacute; de lislam sortira renforc&eacute;e de la critique moderne, plut&ocirc;t que diminu&eacute;e. Il admet le salut possible des non musulmans. <BR>&nbsp;Un de ses disciples Rachid Rida va jusqu&agrave; proposer que le Calife soit d&eacute;sign&eacute; par des repr&eacute;sentants &eacute;lus des diff&eacute;rents peuples musulmans. Un autre disciple, Kasim Arim, r&eacute;clame une v&eacute;ritable et totale &eacute;galit&eacute; entre lhomme et la femme. <BR>&nbsp;Amir Ali (1849-1928) est Indien. Pour lui, Mohammed nest pas un homme  surnaturel , mais simplement un homme vertueux. Il rapproche lenseignement du Proph&egrave;te de lid&eacute;al social du lib&eacute;ralisme anglais. Il consid&egrave;re donc que la civilisation islamique m&eacute;di&eacute;vale a &eacute;t&eacute; &agrave; lavant-garde des id&eacute;es sociales europ&eacute;ennes, et oeuvre pour que les musulmans reprennent possession de leur propre h&eacute;ritage. <BR>&nbsp;Tous ces penseurs, et bien dautres, nont pas &eacute;t&eacute; &eacute;trangers aux mouvements nationalistes et r&eacute;publicains qui ont secou&eacute; les Etats musulmans depuis la fin du si&egrave;cle dernier, s&eacute;parant souvent, et c&eacute;tait une nouveaut&eacute;, le plan politique et le plan religieux. <BR>&nbsp;Mais les r&eacute;actions &agrave; ce la&iuml;cisme nont pas tard&eacute; &agrave; se faire sentir un peu partout. Et nous ne les connaissons que trop. <BR>&nbsp;En 1966, Fazlur Rahman, Directeur de lislamic Research Institute of Karachi affirma dans son livre  lislam  que le Coran avait une origine humaine, parall&egrave;le et non contradictoire avec son origine divine. Il fut destitu&eacute; de son poste et contraint &agrave; lexil aux Etats-Unis. <BR>&nbsp;Mahmoud Mohammed Taha, penseur soudanais, affirma que le Coran &eacute;tait un livre spirituel et non une Loi, et sopposa &agrave; lid&eacute;e dun code p&eacute;nal islamique, dans son pays. Il fut ex&eacute;cut&eacute; en 1985. <BR>Les id&eacute;es lib&eacute;rales, sont toujours l&agrave;, &agrave; travers les si&egrave;cles. Aujourdhui, plus quhier, elles percent difficilement en Islam, parce quelles rappellent trop les travers de la civilisation europ&eacute;enne. LHistoire prend parfois son temps pour trouver le juste chemin. <BR>&nbsp; </BODY> </HTML> 
