<html> <head> <meta http-equiv=Content-Type content="text/html; charset=windows-1252"> <title>Islam et politique en Asie centrale</title> <style><!-- .Normal 	{font-size:12.0pt; 	font-family:"Times New Roman";} .MsoFootnoteText 	{font-size:10.0pt; 	font-family:"Times New Roman";} .MsoFootnoteReference 	{vertical-align:super;} .MsoBlockText 	{text-align:justify; 	font-size:12.0pt; 	font-family:"Times New Roman"; 	font-style:italic;} --> </style> </head> <body lang=FR background="../Fond%20Pastel.gif" class="Normal" bgcolor="#ffffff"> <h1 style='line-height:normal'><span><font face="Times New Roman, Times, serif"><i><font size="-1">Archives    de Sciences Sociales des Religions 115, p49-62, JUILLET-SEPTEMBRE 2001</font></i></font></span></h1> <h1 style='line-height:normal'><span style='font-size:14.0pt;'>Islam et politique    en Asie centrale</span></h1> <p style='text-align:justify'> Lisolement de lAsie    centrale durant les quelque sept dcennies de sovitisme a produit une configuration    trs particulire des relations entre islam, politique et vie sociale, du fait    que la religion musulmane, perscute, se soit maintenue, comme les autres religions,    dans la clandestinit ou le cadre dun clerg-croupion officiel. Mais la dcennie    qui suivit les indpendances de 1991 a, dune certaine manire, r-intgr lAsie    centrale dans les grands courants du monde musulman contemporain&nbsp;: une    r-islamisation conservatrice de la socit, un islam officiel bien contrl    par les gouvernements et un islam radical qui, soit rentre dans le jeu politique    (Tadjikistan), soit devient lexpression dune contestation sociale face  un    rgime autoritaire (Ouzbkistan), tandis que le soufisme tend  tre apolitique.</p> <p style='text-align:justify'><b><span style='text-transform:uppercase'>I - </span>LHRITAGE<span>    </span>sovi<span style='text-transform:uppercase'>tique</span></b></p> <p style='text-align:justify'> Il convient donc de rappeler dabord    les grands traits de lislam sovitique au moment de lindpendance <a href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""><span>    [1] </span></a>. Se rclamant du sunnisme hanafite, fortement marqu par un    soufisme trs orthodoxe, coup du Moyen-Orient aprs le passage de lIran au    chiisme durant le XVI<sup>e</sup> sicle, lislam dAsie centrale sest trouv,    au XIX<sup>e </sup>sicle, partag entre une influence rformiste surtout venue    des Tatars de lempire russe et un fondamentalisme plus strict dvelopp dans    les coles du sous-continent indien (Doband). Paradoxalement la rvolution    bolchevique a port un coup plus rude au rformisme moderniste (le <i>jadidisme</i>),    port par des intellectuels urbains, parfois compagnons de route du communisme    et limins dans les purges des annes trente, quau traditionalisme qui a trouv    un refuge chez les mollahs ruraux moins soumis  la rpression. Aprs lcrasement    de la rvolte des Basmatchis et la grande attaque frontale (<i>hojjum</i>) contre    lislam et la socit traditionnelle en 1927, les manifestations visibles de    lislam ont connu une longue clipse. Cependant, lislam sest maintenu, sous    des formes videmment diffrentes mais plus complmentaires quantagonistes,    sur quatre registres, correspondant  des catgories dacteurs diffrents.</p> <p style='text-align:justify'>1 - Un islam parallle, conservateur, li  la    socit rurale traditionnelle telle quelle sest articule sur le systme sovitique    des kolkhozes, avec des poches rgionales de radicalisme. Les mosques sont    fermes, mais des mollahs parallles, dont la fonction se transmet le plus souvent    de pre en fils, maintiennent la tradition, tout en ntant officiellement que    de simples kolkhoziens. Agissant dans le cadre des groupes de solidarit traditionnels,    ils bnficient du silence voire de la complicit des apparatchiks locaux. Cet    islam est dailleurs considr par la population comme partie intgrante dun    hritage et dune identit qui ont survcu au systme sovitique (maintien des    grands rites de passage, comme la circoncision, usage de noms propres musulmans    etc.). Le corpus est celui en usage dans les <i>maktab</i> et <i>madrasa</i>    davant la rvolution et fait souvent aussi lobjet dune transmission familiale    (grand-parents apprenant  leurs enfants les rudiments de lislam) <a href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""><span>    [2] </span></a>.</p> <p style='text-align:justify'>2 - Un islam officiel, mis en place en 1941 mais    rajeuni dans les annes quatre-vingts&nbsp;:  cette poque de jeunes mollahs    furent envoys dans les pays arabes afin dy acqurir une matrise de la langue    et du corpus islamique pour rendre crdible lislam sovitique. Cet islam tait    organis dans le cadre dune Direction spirituelle, base  Tachkent, dirige    par un mufti ouzbek dont lautorit stendait aux quatre pays dAsie centrale    proprement dite et au Kazakhstan. La Direction grait les quelques mosques    restant officiellement ouvertes.  la fin des annes quatre-vingts, un personnel    peu nombreux mais jeune et comptent (<span style='font-family:"zapf humanist"'>Mohammad    Youssouf, nomm en 1989 mufti  Tachkent, ou Akbar Touradjanzade, Qazi  Doushanb)</span>,    avait vinc la dynastie des Babakhanov dont trois gnrations successives ont    tenu le muftiyyat de Tachkent. Lors de leurs tudes (respectivement en Libye    et en Jordanie), ces clercs ont rencontr linfluence des Frres musulmans.</p> <p style='text-align:justify'>3 - Lmergence  la fin de la priode sovitique    de jeunes intellectuels islamiques ayant une formation  la fois moderne et    traditionnelle et qui se sont manifests au moment de la guerre dAfghanistan    (Sayyid Abdoullah Nourov, dit Mollah Nouri, arrt au Tadjikistan pour son soutien    aux Moudjahidin afghans en dcembre 1986, est ingnieur en godsie et a suivi    les cours clandestins dun certain Mollah Hindoustani, lui-mme form en Inde    dans les annes vingt et rescap des camps de Sibrie).</p> <p style='text-align:justify'>4 - Enfin, il ne faut pas ngliger le rle des    orientalistes issus de lAsie centrale. Supposs tre de bons apparatchiks athes,    de jeunes Ouzbeks, Tadjiks, Kazakhs etc, ont t forms  larabe et au persan,    dans le cadre des instituts dtudes orientales, afin de servir de relais au    systme sovitique dans le monde musulman (comme diplomates, traducteurs, experts)    dans les annes 1970 et 1980 (en Afghanistan en particulier). En gnral loyaux    au systme sovitique, on les retrouvera souvent aprs lindpendance comme    cadres dun nouvel islam officiel.</p> <p style='text-align:justify'> Aucun de ces acteurs ne sest particulirement    intress aux questions du rformisme doctrinal (sinon un petit groupe de &quot;wahhabi&nbsp;&quot;    autour de <span style='font-family: &quot;zapf humanist&quot;'>Rahmatoullah Allama, un disciple de Qazi Hindoustani)</span>.    Ils sont soit trs traditionalistes, soit proccups avant tout daction politique.    Lhritage <i>jadid</i> ne sest pas transmis. Cest donc surtout  ltranger    que les acteurs du revivalisme islamique post-indpendance iront chercher leurs    modles.</p> <p style='text-align:justify'><b><span style='text-transform:uppercase'>II - Les    </span>INDPENDANCES<span style='text-transform:uppercase'> et la r</span><span style='text-transform:uppercase'>-islamisation</span></b></p> <p style='text-align:justify'> Ces quatre catgories dacteurs    se sont donc soudainement trouv un nouvel espace daction aprs lindpendance,    dautant que les contacts avec le monde musulman se sont, dun seul coup, multiplis,    sous la forme de venues de prdicateurs, doctroi de bourses ou denvoi de littrature    religieuse. Ce sont surtout les pays du Golfe et le Pakistan qui ont jou un    rle. LIran en effet a manqu dune part dun relais idologique (absence de    chiites en Asie centrale) et sest efforc de conserver de bonnes relations    avec Moscou afin de contrer linfluence amricaine, turque et ... saoudienne.    LIran na jou de rle quau Tadjikistan, du fait de la proximit linguistique,    en soutenant lopposition islamiste, avant de la pousser  trouver un accord    avec Moscou, ce qui fut fait en juin 1997. Enfin les dveloppements des guerres    civiles dAfghanistan et du Tadjikistan ont brouill les frontires et mis en    contact direct les radicaux afghans et ceux dAsie centrale. Les gouvernements    des nouvelles rpubliques, aprs un certain libralisme en 1991 et 1992, se    sont lancs dans une double politique de rpression de lislam radical et de    mise en place dun islam officiel.</p> <p style='text-align:justify'> La rislamisation des socits aprs    lindpendance est un fait, mme si souvent, il sagit simplement de lapparition    au grand jour de pratiques religieuses vivantes mais demeures discrtes. La    construction des mosques a sans doute t le phnomne le plus spectaculaire,    mme sil faut faire la distinction entre les grandes mosques &quot;cathdrales&quot;    (<i>joma</i>), par exemple dans le Ferghana, propres  offrir un cadre  une    mobilisation politique plus large, les mosques &nbsp;historiques&nbsp; qui    permettent aux tats de renouer avec lhistoire (le tombeau de Bahauddin Naqshband     Boukhara) et enfin des mosques de quartier (<i>mahalla</i>), expression de    la sociabilit locale. Il est dailleurs parfois difficile de distinguer ce    qui relve de lislamisation (port du voile) et dune re-traditionalisation    encourage par ltat, se traduisant par un plus grand conservatisme des murs    et un dclin du statut de la femme. Cest ainsi quen Ouzbkistan, par son insistance    sur la tradition le gouvernement du Prsident Karimov a, de fait, encourag    une r-islamisation qui pourrait se retourner contre lui&nbsp;: par exemple    la loi de 1993 sur les &nbsp;<i>mahalla</i>&nbsp; (quartiers) en institutionnalisant    le pouvoir des &nbsp;<i>aqsaqal</i>&nbsp; (les &nbsp;anciens&nbsp;) a souvent    donn un poids nouveau  des mollahs parallles. Enfin, dans leur qute de reconnaissance    internationale, les nouveaux tats ont t amens  laisser le champ libre     certains pays musulmans pro-occidentaux (comme lArabie saoudite) tout en sopposant     lIran, ce qui a contribu  faonner le type de prdication islamique dans    le sens du radicalisme sunnite.</p> <p style='text-align:justify'> La question de lislam est donc    un enjeu pour lensemble des acteurs du champ politique.</p> <p style='text-align:justify;'><i>1 - La mise au pas et le dveloppement du clerg    officiel</i></p> <p style='text-align:justify'> Tous les gouvernements ont repris,    nationalis et dvelopp les structures sovitiques du clerg officiel. Malgr    les vellits du chef du muftiyyat pour lAsie centrale, Mohammed Youssouf,    de maintenir une instance trans-nationale aprs 1991, chaque tat sest empress    de promouvoir le Qazi de la rpublique (subordonn au Mufti de Tachkent  lpoque    sovitique) au poste, cr  cette occasion, de Mufti de la rpublique, autonome    par rapport  celui de Tachkent. Cette rupture sest faite chaque fois avec    lapprobation du Qazi concern&nbsp;: <span style='font-family: &quot;zapf humanist&quot;'>Sadikian Kamalov au Kirghyzstan (o le muftiyya na    t proclam quen 1993), Ratbeg Nissan Bay (appel aussi Nissanbaev, ou Nissan-bay    oglu) au Kazakhstan, Nasroullah Ibadoulayev au Turkmnistan, Mohammed Youssouf    (Mamayoussoupof)  Tachkent et enfin Akbar Touradjanzade au Tadjikistan, mme    si ce dernier a voulu maintenir des liens avec son homologue de Tachkent.</span></p> <p style='text-align:justify'><span> </span>Les deux derniers ont    tent de rendre le clerg officiel autonome par rapport au nouvel tat mais    ont chou. Sappuyant sur un islam sinon radical, du moins trs &quot;salafiste&quot;    (prnant un retour aux sources au-del des traditions), ils se sont efforcs    de contrler le clerg parallle, de nommer leurs propres imams dans les nouvelles    mosques, et de ngocier avec ltat une sorte de concordat, qui passerait par    une islamisation des lois et de la culture. Ils ont aussi essay de sassurer    le monopole de laide trangre, en particulier saoudienne. Mais ce faisant    ils se sont heurts aussi bien  ltat quaux mollahs ex-parallles, peu soucieux    de renoncer  leur nouvelle indpendance (et aussi dsireux daccder directement     laide trangre). En fait, la plupart des mollahs parallles se sont bien    gards de constituer ou de rejoindre un mouvement qui se dfinirait essentiellement    par lislam&nbsp;: partout ils se sont au contraire aligns sur les choix politiques    de leur clan et se sont montrs plus soucieux de consolider leur position de    notables locaux. Mme les quelques mollahs parallles politiss ont montr de    la mfiance envers la volont des deux muftis daffirmer leur leadership sur    lensemble du clerg. Mohammed Youssouf a t violemment pris  partie, en 1991,    par les &quot;wahhabis&quot; du Ferghana, qui laccusaient de commercialiser    les Corans offerts par lArabie saoudite. Au Tadjikistan, Touradjanzade sest    alli aux islamistes du Parti de la Renaissance Islamique (PRI), mais ceux-ci    nont jamais vraiment reconnu sa pr-minence en termes religieux<a href="#_ftn3" name="_ftnref3" title=""><span>    [3] </span></a>. Bref les muftis se sont trouvs en porte--faux entre les tats    et lislam radical.</p> <p style='text-align:justify'><span> </span>Aprs avoir ralli    lopposition, Touradjanzade a d fuir en Afghanistan  la suite de la dfaite    du camp &nbsp;islamo-dmocrate&nbsp; en dcembre 1992&nbsp;; Mohammed Youssouf    a t contraint  lexil en avril 1993. Tous deux ont t remplacs par des    muftis apolitiques (respectivement Fathoullah Khan Sharifzade et Hajji Moukhtar    Abdoullah). Les tats ont repris linstitution du &nbsp;comit des affaires    religieuses&nbsp;, instance bureaucratique dpendant directement du gouvernement    et charge de contrler le clerg&nbsp;; les &nbsp;orientalistes&nbsp; laques    en ont souvent fourni le personnel (comme lhistorien Shoazim Mounavvarof en    Ouzbkistan). Enfin, partout une loi a organis le champ religieux en tendant    le contrle du clerg officiel, une fois &nbsp;normalis&nbsp;, sur toutes    les grandes mosques (les mosques &nbsp;<i>joma</i>&nbsp; o est prononc    le prche)&nbsp;; pour les petites mosques de quartiers (appeles <i>panjwaghti</i>&nbsp;ou    <i>beshwaghti</i>, cest--dire destines uniquement aux cinq prires), le contrle    est plus souple, mais le prche y est souvent interdit (Ouzbkistan, Tadjikistan,    Turkmnistan). Le <i>hajj</i> et les grandes institutions denseignement religieux    sont contrls par ltat. En avril 1999, louverture dune universit islamique    dtat est annonce  Tachkent. De mme aprs 1993, un contrle strict des visas    a limit lentre en Ouzbkistan des prdicateurs trangers.</p> <p style='text-align:justify'> Cest en Ouzbkistan que le contrle    de ltat est le plus dvelopp. Les <i>madrasa</i> nont le droit de recruter    quaprs lcole moyenne. <span style='font-family:"zapf humanist"'>Il y a 18 <i>madrasa</i> provinciales (une    par province ou <i>velayat</i> plus trois  Tachkent), prolonges par une cole    suprieure (Imam Boukhari) ou le cursus dure quatre ans. Une commission (<i>hayat</i>)    des oulmas prside par le mufti est linstance suprieure du <i>muftiyyat</i>    (avec prsidium de 12  13 membres)&nbsp;; son interlocuteur est le comit des    affaires religieuses auprs du conseil des ministres. Dans chaque <i>velayat</i>    il y a un mufti. Tous les imam des mosques <i>joma</i> sont nomms par le    <i>muftiyyat</i> (ou confirms par lui pour ceux dj en place avant la loi).    Une commission de contrle institue en 1997&nbsp;a entrepris lenregistrement    ou linvalidation de tous les imam dj en place, en commenant par les territoires    sensibles&nbsp;: Tachkent, Namangan, Ferghana, Samarcande. Par contre ltat    peut se montrer gnreux envers le clerg ainsi domestiqu&nbsp;: il a donn    40 hectares de terres en &nbsp;waqf&nbsp;  Djizzak, le fief du prsident.    Le </span>1<sup>er</sup> mai&nbsp;1998 est promulgue la loi sur la &nbsp;libert    de conscience&nbsp; exigeant lenregistrement pralable de tout groupe religieux    de plus de 100 personnes et de toutes les mosques. Chaque religion doit tre    reprsente par une seule institution pour tout le pays. Ltat a ainsi obtenu    le soutien complet de la hirarchie religieuse sur le plan politique&nbsp;:    <span style='font-family:"zapf humanist"'>Abdourrashid Bahrom, le dernier mufti en date,    promulgue ainsi une fatwa contre le Hizb-ul- Tahrir en juin 1999.</span></p> <p style='text-align:justify'><span> </span>Au Tadjikistan, la    loi du 23 mai 1998 interdit les partis religieux (y compris le Parti de la Renaissance    Islamique qui fait partie de la coalition),&nbsp;mme si, en aot 1999,&nbsp;la    cour suprme lve linterdiction des partis dopposition.</p> <p style='text-align:justify'> Pourtant les nouveaux rgimes se    sont bien gards de retomber dans un anti-islamisme militant. Seuls le Kazakhstan    et le Turkmnistan se proclament officiellement lacs (<i>dnyavi</i>) dans    leur constitution. Ouzbkistan et Tadjikistan, o linfluence de lislam est    historiquement forte, reprennent volontiers  leur compte lhritage musulman,    en rendant officiellement chmes les grandes ftes religieuses (<i>fitr</i>    et <i>bayram</i>). LOuzbkistan a rhabilit en 1993 Bahaouddin Naqhshband,    le fondateur de la <i>naqhshbandiyya</i>. Au Tadjikistan, le clan koulabi, aprs    sa victoire contre les islamistes, restaure en grande pompe le mausole de<span style='font-family:"zapf humanist"'>    Mir Sad Ali Hamadani</span>, pour son <span style='font-family:"zapf humanist"'>480<sup>e</sup>    anniversaire, tandis que lAcadmie des Sciences publie en 1994 &quot;<i>Ta'alimat-i    sufizm dar ijadiat-i Ali-ye Hamadani</i>&quot; (&nbsp;Lenseignement du soufisme    dans les oeuvres dAli Hamodani&nbsp;). Les prsidents nhsitent pas  aller    faire au moins le petit plerinage  la Mecque et tous les pays dAsie centrale    ont adhr  lOrganisation de la Confrence islamique.</span></p> <p style='text-align:justify'> Les tats ont donc gagn le contrle    de lislam officiel, selon une politique qui rappelle celle du Maroc, de lgypte    et de la Turquie (le modle du Diyanet a dailleurs t systmatiquement propos    par la Turquie aux nouveaux tats).</p> <p style='text-align:justify;'><i>2 - Le clerg parallle&nbsp;</i></p> <p style='text-align:justify'> Le clerg parallle sest &nbsp;professionnalis&nbsp;&nbsp;ds    lindpendance : on abandonne son mtier officiel pour tenter de vivre en tant    que mollahs, soit de dons, soit dun petit salaire officiel en entrant dans    le clerg officiel. Souvent le mollah sest transform en entrepreneur pour    grer la mosque (re)construite et lventuelle activit conomique y affrant    (offrandes, prestations pour les rites de passage). Les prdicateurs ou bienfaiteurs    trangers ont jou un rle, car, en 1991, quelques centaines de dollars pouvaient    faire beaucoup. Les mollahs parallles, lorsquils ont t contraints de faire    des choix politiques, ont presque tous suivi leur clan ou leur groupe de solidarit,    indpendamment de leurs convictions religieuses. Lexemple type est celui des    Gharmis et des Koulabis au Tadjikistan, termes dsignant deux factions localistes.    Alors que la rgion de Koulab tait clbre sous lpoque sovitique pour le    conservatisme religieux de ses habitants, presque tous ses mollahs ont rejoint    en 1992 le &nbsp;Front populaire&nbsp; expression des apparatchiks ex-communistes    contre le Parti de la Renaissance Islamique. Inversement les apparatchiks communistes    de Gharm ont presque tous rejoint lopposition islamique, au point que, ds    les manifestations davril 1992, le terme de Koulabi tait synonyme de &nbsp;no-communistes&nbsp;    et celui de &nbsp;Gharmis&nbsp; d&nbsp;islamistes&nbsp;.</p> <p style='text-align:justify'> Ailleurs, les mollahs parallles    mme fondamentalistes ont accept un compromis avec les nouvelles autorits    religieuses. Dans la ville de Kasansoy (peuple de Tadjiks mais situe dans    le Ferghana ouzbek), un noyau trs actif de mollahs parallle sest dvelopp    sous le rgime sovitique, autour dun mdecin, invalide de guerre, Makhtoum,    et de <span style='font-family:"zapf humanist"'>Jora Akhound, mort en 1988, naqshbandi</span>    <a href="#_ftn4" name="_ftnref4" title=""><span> [4] </span></a>. Ds lindpendance,    lun dentre eux, Azzam Khan Khwadja, a entrepris de construire ce qui est sans    doute la plus grande mosque contemporaine dAsie centrale. Le gouvernement,    mfiant, a refus de lenregistrer comme mollah officiel, mais a accept la    candidature du numro deux de la mosque, Sharif Djan, n en 1954 <a href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""><span> [5] </span></a>.</p> <p style='text-align:justify'> Par contre, quelques mollahs parallles,    en gnral jeunes, et plus proches du modle du militant islamiste dont nous    parlerons ensuite, ont ouvert des mosques &nbsp;idologiques&nbsp; aux alentours    des grandes villes et attirent des fidles non pas parce quils viennent du    <i>mahalla</i> (le quartier) mais par attrait pour des prches beaucoup plus    incisifs et vigoureux. Cest le cas de la mosque Djami dAndijan. Ces mosques,    particulirement actives dans le Ferghana, ont toutes t fermes  partir de    1995. De mme, des rseaux de mollahs parallles ont dvelopp des activits    de prches itinrants, souvent accompagnes par des femmes prdicatrices, les    <i>otin</i><a href="#_ftn6" name="_ftnref6" title=""><span> [6] </span></a>. Ils interviennent par exemple dans les ftes    de mariages ou de circoncisions (les <i>tuy</i>), insistant pour que alcool,    musique et mixit en soient bannis. Des organisations internationales islamiques    (Rabita, Tabligh) proposent bourses et documentation&nbsp;: des jeunes, revenus     lislam, peuvent ainsi partir  ltranger, et,  leur retour, se posent     leur tour en mollahs, de manire tout  fait ouverte.</p> <p style='text-align:justify'> On trouve aussi des synthses entre    mollahs parallles et acteurs modernes, comme lassociation entre un club de    sport de combat et une mosque, qui semble avoir exist  Namangan dans le Ferghana    au moment des soulvements islamiques de 1992. En mai 1997, on annonce la fermeture     Tachkent dun club de kick-boxing (dont lentraneur est un certain Fathoullaev)    du fait de lactivisme religieux de ses membres <a href="#_ftn7" name="_ftnref7" title=""><span>    [7] </span></a>.</p> <p style='text-align:justify'><span> </span>Tous ces indices montrent    le dveloppement rcent dun nouveau clerg parallle, plus jeune, plus urbain,    plus duqu, o se rejoignent la tradition du clerg parallle et la mouvance    islamiste rcente. Ce sont eux que lon appelle les &quot;wahhabis&quot;. Cest    dans cette mouvance que se dveloppe depuis 1996 un parti politiquement difficilement    classable&nbsp;: le Hizb-ul-Tahrir, ou &nbsp;parti de la libration&nbsp;,    fond par Taqieddin Nabhani en 1953&nbsp;en Jordanie, aujourdhui dirig depuis    Beyrouth par Abdel Qadim Zaloum, depuis la mort de Nabhani en 1977. Un autre    centre se trouve  Londres, dirig par Omar Bakri Mohammed, syrien, migr dans    les annes quatre-vingts, qui a particip au Congrs du califat  Londres le    7 aot 1994. Cr comme parti palestinien islamo-nationaliste, le Hizb-ul-Tahrir    a volu peu  peu en un mouvement supra-national, travaillant pour le rtablissement    du Califat. Il recrute surtout parmi la seconde gnration issue de milieux    immigrs en Europe. Verbalement trs agressif, refusant tout compromis non seulement    avec les pouvoirs en place mais aussi avec les musulmans qui ne reconnaissent    pas son leadership, il na cependant pas recours  la violence arme ou au terrorisme,    mais prne la &nbsp;reconversion&nbsp; des musulmans &nbsp;gars&nbsp;    ou assoupis, grce  la prdication. Le Hizb-ul-Tahrir a fait une perce inattendue    parmi la jeunesse ouzbke, y compris parmi les Ouzbeks du sud-Kirghyzstan. Les    rares documents manant de la branche ouzbke utilisent la mme terminologie    que le mouvement bas  Londres et Beyrouth. Il fait allgeance au Cheykh Zalum,    et reprend la constitution du  Califat&nbsp; telle quelle a t formule    en 1979 par le parti<a href="#_ftn8" name="_ftnref8" title=""><span> [8] </span></a>.     lintersection entre secte et mouvement politique, ce mouvement correspond    nettement  une rupture avec les formes de religiosit traditionnelle et  une    connexion sur les rseaux transnationaux. </p> <p style='text-align:justify;'><i>3 - Le soufisme</i></p> <p style='text-align:justify'> On sait quAlexandre Bennigsen voyait    dans les soufis un des piliers de lislam clandestin  lpoque sovitique<a href="#_ftn9" name="_ftnref9" title=""><span>    [9] </span></a>. On peut stonner de ne les voir quen passant dans un article    consacr aux relations entre islam et politique en Asie centrale. Si le prestige    et la rmanence du soufisme sont indniables,  la fois par le poids des rfrences    soufies dans la culture musulmane dAsie centrale ainsi que dans le respect    accord aux grandes familles soufies qui ont pu survivre, limpact politique    du soufisme est faible. Dabord parce quil na pas t ou nest plus une forme    dorganisation structure en Asie centrale. Ensuite parce que sa diffusion gnrale    fait que tout le monde est plus ou moins li  une grande famille soufie, ce    qui enlve toute pertinence politique au fait soufi. Les liens qui unissent    encore <i>pir</i> et <i>mourid</i> (trs distendus par laffaiblissement des    pratiques de <i>zikr</i> et dinitiations sous le sovitisme) ne recoupent pas    les affiliations politiques. <span style='font-family:"zapf humanist"'>Au Tajikistan,    le Qazi Touradjanzade est le fils dun <i>mourid</i> qadri trs respect qui    na jamais t inquit par le rgime no-communiste aprs lexil de son fils.    De mme le Qazi avait un grand respect pour le pre (Damollah Mohammed-e Sharif    Hissari<span style='text-transform:uppercase'>)</span> de son successeur, Fathoullah    Khan Sharifzade, lequel avait t pourtant nomm par les no-communistes. Le    Cheykh Hissari avait dailleurs des disciples aussi bien parmi les Ouzbeks du    Ferghana que parmi les Tadjiks du sud du Tadjikistan.</span> Lorsque le <span style='font-family:"zapf humanist"'>Pir    Ishan Abdourrahman Djan de Ab-i Garm, un Naqshbandi, est enterr le 12 juillet    1991, il est lou aussi bien par le PRI que par Kenjaiev qui sera ladversaire    dtermin du parti islamiste lors de la guerre civile&nbsp;; le fils du pir,    Hajji Abdoulqouddous, soutient Touradjanzade, alors que son neveu, Nematzadeh,    serait devenu le troisime mufti &nbsp;no-communiste&nbsp;, aprs lassassinat    de Sharifzade. Bref, les grandes familles religieuses, ou plutt ce quil en    reste aprs le sovitisme, ont un rayonnement qui coupe  travers les allgeances    politiques (et aussi, ce qui va de pair,  travers les allgeances ethniques    et rgionalistes). Elles nont pas en soi de rle politique et ne correspondent    pas  des rseaux structurs.</span></p> <p style='text-align:justify'> Dautre part, selon un phnomne    courant aussi en Afghanistan, les descendants de <i>pir</i> prestigieux ne sont    pas ncessairement eux-mmes de grands religieux, ce qui affaiblit la transmission,    ou plutt fait du respect quon porte  ces descendants une sorte de convenance    sociale et non un lien de matre  disciple. Le retour au soufisme que lon    observe aujourdhui relve plus dun phnomne de no-confrrisme, o on r-invente    de manire autodidacte des pratiques de soufisme, tout en ayant perdu la vritable    transmission. Enfin, il est de bon ton aujourdhui, dans les milieux gouvernementaux,    surtout ouzbeks, de mettre le soufisme en avant, parce quil incarnerait un    islam &nbsp;national&nbsp; et anti-wahhabi <a href="#_ftn10" name="_ftnref10" title=""><span> [10] </span></a>.</p> <p style='text-align:justify'> Certains &nbsp;wahhabis&nbsp;    commencent  critiquer ouvertement les <i>pirs</i> soufis. B. Babadjanov cite    ainsi une polmique  Andijan o un des rares authentiques <i>pir</i> naqshbandis,    Hazrat Ishan Ibrahim, de Kokand, sest fait vertement interpell par de jeunes    mollahs forms en Arabie saoudite <a href="#_ftn11" name="_ftnref11" title=""><span> [11] </span></a>. Les tentatives de relancer    le soufisme, souvent faites par des nophytes, vont  lencontre de la prdication    &nbsp;wahhabie&nbsp; et tendent donc  tre apolitiques.</p> <p style='text-align:justify;'><i>4 - Les mouvements islamistes&nbsp;et les &quot;wahhabis&quot;</i></p> <p style='text-align:justify'> La radicalisation politique de jeunes    intellectuels a commenc bien avant la dissolution du rgime sovitique <a href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""><span>    [12] </span></a>. Un personnage cl a jou un grand rle&nbsp;: Mawlawi Qari    Hindoustani dit aussi Hajji Mohammad Roustamov ou Qari Mohammed Jan Damolla    (n en 1892  Kokand, mort en 1989  Douchamb). Ouzbek du Ferghana, form en    Afghanistan et au Cachemire, crivant en persan, ayant fait 15 ans de prison    en URSS, il tablit dans les annes soixante-dix une madrasa clandestine  Douchamb,    avant dacqurir un statut semi-officiel dans les annes 1980. Son influence    va de lOuzbkistan au Tadjikistan et ses lves sont indiffremment Ouzbeks    et Tadjiks. Il a form la plupart des acteurs islamistes des annes 1990 (Allama    Rahmatoullah, Mollah Nouri, Himmatzade, Damollah Hikmatoullah), qui lont quitt     la fin des annes 1970, lui reprochant son refus de soutenir les Moudjahidines    afghans.  linverse, il les accusa alors de wahhabisme, cest--dire de dviation    par rapport au sunnisme hanafite <a href="#_ftn13" name="_ftnref13" title=""><span>    [13] </span></a>. On les retrouvera en partie au parti de la Renaissance islamique.</p> <p style='text-align:justify'> Lislamisme, au sens o on lentend    usuellement (mouvement men par des intellectuels de formation moderne et voyant    dans lislam une idologie politique  mme de permettre ltablissement dun    &nbsp;tat islamique&nbsp;), apparat en URSS avec le &nbsp;Parti de la renaissance    islamique&nbsp;<a href="#_ftn14" name="_ftnref14" title=""><span> [14] </span></a>. Fond  <span style='font-family:"zapf humanist"'>Astrakhan    en juin 1990, sous la direction de Ahmedzay Akhtaev (Avar du Daghestan) et Valiahmad    Sadour (Tatar de Moscou, spcialiste dindonsien), il se prsente comme un    mouvement supranational, apte  fdrer les musulmans sur lensemble du territoire    sovitique. La direction de Moscou soppose dabord aux indpendances, ce qui    entrane rapidement la scission des sections tadjike (novembre 1991) et ouzbke.    Cest au Tadjikistan que le parti connat son dveloppement le plus spectaculaire,    puisquil constitue la colonne vertbrale de lopposition qui prend le pouvoir    en mai 1992. Le parti y est dirig par </span>Mohammadsharif Himmatzade et Dawlat    Osman, mais Mollah Nouri joue un rle important.</p> <p style='text-align:justify'> </p> <p style='text-align:justify'> <span style='font-family:"zapf humanist"'>Nous    ne reviendrons pas ici sur la guerre civile au Tadjikistan qui a fait lobjet    dune littrature importante, mais sur la priode qui a suivi. </span>Lvolution    du PRI tadjik entre son exil en Afghanistan (dcembre 1992) et son retour     Douchanb dans le cadre dun accord avec le rgime &nbsp;no-communiste&nbsp;    pour un gouvernement de coalition (juin 1997) est tout  fait conforme  lvolution    &nbsp;islamo-nationale&nbsp; de la plupart des grands mouvements islamistes    du Moyen-Orient (Hamas, Hizbullah, FIS, Frres musulmans, Refah/Fazilet etc.)    (<a href="#_ftn15" name="_ftnref15" title=""><span> [15] </span></a>). Le mouvement inscrit son action    dans un cadre avant tout national et met une sourdine  la revendication dun    tat islamique. Ses alliances ont  voir avec lintrt national tel quil le    conoit et pas avec les affinits idologiques. Tout dabord le PRI a toujours    agi dans le cadre dune alliance avec les dmocrates du mouvement &nbsp;<i>Rastakhiz</i>&nbsp;    et la minorit ismalienne du Pamir, tous deux trs laques. LOppposition Tadjike    Unifie (UTO) a toujours prsent un front commun dans les ngociations. Lors    de son exil en Afghanistan, le PRI (qui sest alors appel &nbsp;Mouvement    islamique&nbsp;) sest trouv dans des zones tenues soit par Massoud (Taloqan),    soit par des fondamentalistes proches des milieux radicaux arabes et pakistanais    (Kunduz) ou bien chez le Gnral Doustom (Mazar-i Sharif).  Kunduz, une organisation    de solidarit islamique, lIIRO,  fonds saoudiens, joua un grand rle en mettant    en contact les islamistes dAsie centrale avec les rseaux internationaux de    formation et de soutien. Le PRI a t alors vivement soutenu par les rseaux    internationalistes arabes et pakistanais, installs dans la rgion de Lahore    (<a href="#_ftn16" name="_ftnref16" title=""> [16] </a>). Les 8 et 10 novembre 1995,    le Jamaat-i Islami pakistanais organise un grand rassemblement islamiste international     Lahore&nbsp;: le PRI est reprsent par Himmatzade.</p> <p style='text-align:justify'> Lors de loffensive des Taliban    sur Kaboul (1996) et le ralliement de la poche de Kunduz aux Taliban, le PRI    doit faire un choix&nbsp;: soit linternationalisme militant et le ralliement    aux Taliban, qui lencouragent  la lutte arme jusquau bout, soit la solution    nationale, autour de lidentit tadjike,  laquelle pousse le commandant Massoud,    qui a besoin du soutien dun Tadjikistan stable. Juste aprs la signature de    laccord de Moscou en juin 1997, qui entrine la solution nationale, sous lgide    de Moscou, Thran et Massoud, les Taliban interceptent lavion qui ramne Nouri     Douchanb depuis Thran (octobre). Ils tentent de le convaincre de reprendre    le jihad  partir des territoires afghans quils contrlent. Nouri refuse. Les    militants de lUTO rentrent au Tadjikistan  partir du territoire afghan tenu    par Massoud. Depuis, leur discours est centr sur la dfense de lidentit tadjike    contre la menace ouzbke. Bien sr lislam nest pas oubli, mais la revendication    de lislamisation est reformule  partir de la dfense dune identit nationale    (<a href="#_ftn17" name="_ftnref17" title=""><span> [17] </span></a>). Cette volution    va de pair avec celle du gouvernement de Douchanb qui doit faire face,  partir    de 1995  une rvolte dans ses rangs mene par des commandants dethnie ouzbke    (Mahmoud Khodaberdaev), appuye en sous-main par Tachkent&nbsp;: ici aussi    les liens ethniques lemportent sur les solidarits idologiques. Bien sr les    choses ne se font pas simplement&nbsp;: certains commandants du PRI, installs    dans la haute valle de Gharm, continuent un temps la lutte arme et hbergent    des militants ouzbeks. Mais la consquence de cette volution du PRI tadjike    est la fin de la solidarit militante avec les islamistes ouzbeks, dont le destin    va alors diverger.</p> <p style='text-align:justify'> En Ouzbkistan, le PRI,    lui aussi tabli sur une base rgionaliste (Ferghana) na jamais eu le poids    de son homologue tadjik. Il a fait lobjet dune rpression prcoce. Son chef,<span style='font-family:"zapf humanist"'>    Abdullah Outaev, arrt en dcembre 1992, a disparu depuis, de mme que</span>    Sheykh Abdoul Vali, imam de la mosque Jami dAndijan, et de son adjoint Ramazanbegi,    en aot 1995. Dautres mouvements ont aussi exist au dbut de lindpendance,    comme Adalat en 1992  Namangan. Contraintes  lexil en Afghanistan, ces diffrentes    tendances fusionnent dans le Mouvement Islamique dOuzbkistan, qui se lance    dans la lutte arme, sous la direction de Tahir Yoldashev et Djoma Namangani.    Des troubles clatent  Namangan en dcembre 1997 (un chef de la police assassin).    Le 16 fvrier 1998, le ministre ouzbek des affaires trangres, A. Kamilov,    dnonce le rle jou par le Pakistan dans le soutien et lentranement des activistes    islamiques. Un an plus tard, la crise culmine avec lattentat contre le Prsident    Karimov (16 fvrier 1999) immdiatement attribu aux islamistes. En aot 1999,    le MOI (Mouvement Islamique dOuzbkistan), bien retranch en Afghanistan sous    la protection des Taliban, lance des oprations armes  partir du Tadjikistan    et du Kirghyzstan en visant le Ferghana. Des commandos sont mme arrts dans    les environs de Tachkent. La &nbsp;menace islamiste&nbsp; devient en Ouzbkistan    prtexte  une rpression gnralise contre toute opposition.</p> <p style='text-align:justify'> Les deux grands mouvements    islamistes dAsie centrale ont choisi des voies diffrentes. On retrouve, chez    les islamistes, la mme polarisation ethnique que chez les anciens communistes    (Tadjiks contre Ouzbeks). Les Tadjiks sont dans un processus islamo-nationaliste,    tandis que les Ouzbeks sont lis  la nbuleuse afghano-pakistanaise, soutenue    par des milieux arabes<a href="#_ftn18" name="_ftnref18" title=""><span> [18]    </span></a>. Cette mouvance est dsormais systmatiquement qualifie de &quot;wahhabi&quot;    par les gouvernements, mais les intresss la rcusent au profit du terme &nbsp;salafiste&nbsp;.    En fait, lusage du mot wahhabisme reprend une tradition propre  lpoque tsariste    et coloniale britannique&nbsp;: tout rformateur fondamentaliste tait qualifi    de wahhabite, surtout quand il menait campagne contre les sites soufis, ce qui    est de plus en plus le cas des nouveaux militants (mais pas du PRI). Mais aujourdhui,    avec le recul de lislamisme politique, au profit dun no-fondamentalisme radical    qui,  linstar des Taliban, met laccent sur la charia et non sur la construction    de ltat, il est clair que les convergences saccentuent entre ces mouvements    &nbsp;no-fondamentalistes&nbsp;<a href="#_ftn19" name="_ftnref19" title=""><span> [19] </span></a> et le wahhabisme    saoudien, dautant que le systme des <i>madrasa</i> o sont forms les militants    a t largement &nbsp;wahhabis&nbsp; par largent saoudien. Ce quils ajoutent    au modle saoudien, cest linsistance sur le djihad. Salafisme et djihadisme    sont, avec linternationalisme, les principales caractristiques de ces rseaux,    ns dans les mouvements de soutien aux Moudjahidins afghans.</p> <p style='text-align:justify'> Reste  savoir dans quelle mesure    ces mouvements seront capables de sortir de leur base rgionale et de mobiliser    une jeunesse pauprise et due par les rgimes en place&nbsp;: le Hizb-ul-Tahrir    semble mieux plac queux pour cela. Mais, nous constatons que les clivages    ethnico-nationaux lemportent sur les adhsions idologiques, y compris chez    les islamistes. Lethnicit, reconstruite par les indpendances, va sans doute    rester pour longtemps la vritable cl des mouvements populaires. Cest dautant    plus vrai que les mouvements radicaux islamistes sont absents des trois autres    rpubliques dAsie centrale (Kazakhstan,  part un petit mouvement <i>Alash</i>    <i>Orda</i>,&nbsp;Kirghyzstan, Turkmnistan). Au Kirghyzstan, lislamisme semble    recruter dans la minorit ouzbke dOsh. En fait, ces mouvements &quot;wahhabis&quot;    ne sont dstabilisateurs que dans la mesure o ils donnent une cohrence idologique     des mobilisations ethnico-nationales et les branchent sur des rseaux internationaux    susceptibles de fournir financement et soutiens.</p> <p style='text-align:justify'>Olivier ROY</p> <h3>Directeur de recherche au CNRS</h3> <h2 style='line-height:normal'>Rsum&nbsp;</h2> <p style='text-align:justify'><i> LIslam dAsie centrale, durant la priode    sovitique, sest structur autour du clerg officiel et du clerg parallle.    Des mouvements plus radicaux et politiss sont apparus ds la fin des annes    1970. Aprs les indpendances, les diffrents rgimes ont repris et dvelopp    linstitution du clerg officiel, pour mieux contrler la vague de r-islamisation    qui a submerg le Tadjikistan et lOuzbkistan dans les annes 1990. Lislam    politique sest incarn au Tadjikistan dans le Parti de la Renaissance Islamique    et en Ouzbkistan dans le Mouvement Islamique dOuzbkistan, engags dans la    lutte arme. Mais les deux mouvements ont diverg&nbsp;: les Tadjiks sont rentrs    dans une logique politique et nationaliste (accord de coalition de 1997), tandis    que les Ouzbeks, rfugis auprs des Taliban en Afghanistan, mnent la gurilla    contre le rgime du prsident Karimov. Enfin le Hizb-ul-Tahrir, mouvement militant    mais non-arm, bas  Londres, fait en Ouzbkistan une perce significative    dans la</i> jeunesse.</p> <p style='text-align:justify'><i>Abstract</i></p> <p style='text-align:justify'><i><span lang=EN-GB>During the Soviet period, Islam    in Central Asia was organized around the official and the unofficial clergy.    More radical and politicized movements appeared by the end of the 1970s. After    gaining their independence, the various regimes took over and developed the    official clerical institution so as to control the wave of re-islamization which    submerged Tadzhikistan and Uzbekistan in the 1990s. Political Islam is represented    by the Tadzhik Party of Islamic Renewal and the Islamic Movement of Uzbekistan,    both involved in armed struggle. However, the two movements have followed separate    ways. The Tadzhiks are following a political and nationalist path (coalition    agreement of 1997), while the Uzbeks, having taken refuge in the region of Afghanistan    controlled by the Talibans, have launched a guerilla warfare against the regime    of President Karimov. Finally, the militant but non-violent movement Hizb-ul-Tahrir,    based in London, is experiencing a significant breakthrough among the young    generation in Uzbekistan.</span></i></p> <p style='text-align:justify'><i>Resumen</i></p> <p class=MsoBlockText><span lang=ES>El Islam de Asia central, durante el perodo    sovitico, se estructur alrededor de un clero oficial y de un clero paralelo.    Movimientos ms radicales y politizados aparecieron a partir de fines de los    aos 70. Luego de las independencias, los diferentes regmenes retomaron y    desarrollaron la institucin del clero oficial, para controlar mejor la ola    de reislamizacin que sumergi Tadjikistn y Uzbekistn en los aos 90. El    Islam poltico se encarn en Tadjikistn en el Partido del Renacimiento Islmico,    y en Uzbekistn en el Movimiento Islmico de Uzbekistn, comprometidos en la    lucha armada. Pero estos movimientos tomaron diferentes rumbos&nbsp;: los Tadjiks    ingresaron en una lgica poltica y nacionalista (acuerdo de coalicin de 1997),    mientras que los Uzbeks, refugiados entre los Talibanes en Afganistn, conducen    la guerrilla contra el rgimen del presidente Karimov. Por ltimo el Hizb-ul-Tahrir,    movimiento militante pero no armado, con base en Londres, penetra significativamente    entre la juventud en Uzbekistn.</span></p> <br clear=all> <hr align=left size=1 width="33%"> <div id=ftn1>    <p style='text-align:justify'><a href="#_ftnref1" name="_ftn1" title=""><span style='font-size:10.0pt'>      [1] </span></a> La bibliographie est dsormais abondante  ce sujet. On consultera      les uvres dAlexandre <span style='text-transform:uppercase'>Bennigsen</span>      et Chantal <span style='text-transform:uppercase'>Lemercier-Quelquejay</span>,      <i>L'Islam en URSS,</i> Paris, Payot, 1968 et <i>Le Soufi et le commissaire</i>,      Paris, Le Seuil, 1986. Depuis, des travaux novateurs ont bnfici de louverture      des archives sovitiques&nbsp;; Adeeb <span style='text-transform:uppercase'>Khalid,</span> <i>The Politics of Muslim Cultural      Reform, Jadidism in Central Asia</i>, Berkeley, The University of California      Press, 1998 ; Stphane <span style='text-transform:uppercase'>Dudoignon</span>, dir, <i>LIslam de Russie</i>,      Paris, Maisonneuve et Larose, 1997. Pour une analyse des transformations suivant      lindpendance&nbsp;: Olivier <span style='text-transform:uppercase'>Roy,</span> <i>La nouvelle Asie centrale ou la      fabrication des nations</i>, Paris, Le Seuil, 1997.</p> </div> <div id=ftn2>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref2" name="_ftn2" title=""><span>      [2] </span></a> Voir <span style='text-transform:uppercase'>Khalid</span>,      <i>op. cit</i>., pp. 20 sq.</p> </div> <div id=ftn3>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref3" name="_ftn3" title=""><span>      [3] </span></a> Lviction de Touradjanzade du PRI en octobre 1999 montre      que le parti na en fait jamais accept sa prtention  tre le chef de lopposition.</p> </div> <div id=ftn4>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref4" name="_ftn4" title=""><span>      [4] </span></a> La rsistance arme aux Sovitiques, mene par <span style='font-family:"zapf humanist"'>Nasser      Khan Tora, fils de Sayyed Kamal Khwaja, a dur jusquau milieu des annes      trente.</span></p> </div> <div id=ftn5>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref5" name="_ftn5" title=""><span>      [5] </span></a> De manire tonnante, lentre de la mosque porte un vers      qui pourrait tre de Khayyam et na rien dislamique&nbsp;: <span style='font-family:"zapf humanist"'><i>&nbsp;Jihn      jm wa falak sqi adjal </i> (&nbsp;?) &nbsp;le monde est une coupe et      le destin lchanson du dernier jour&nbsp;.</span></p> </div> <div id=ftn6>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref6" name="_ftn6" title=""><span>      [6] </span></a><span lang=EN-GB> Habiba <span style='text-transform: uppercase'>Fatih</span>, &nbsp;Otines&nbsp;: the Unknown Women Clerics of Central      Asian Islam&nbsp;, <i>Central Asian Survey</i>, vol. 16, N 1, mars 1997.</span></p> </div> <div id=ftn7>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref7" name="_ftn7" title=""><span>      [7] </span></a> <i><span style='font-family:"zapf humanist"'>BBC</span></i><span style='font-family:"zapf humanist"'> du 6 mai 1997.</span></p> </div> <div id=ftn8>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref8" name="_ftn8" title=""><span>      [8] </span></a> Pour les textes oubzbkes , voir <i>The Cyber Caravan</i>,      John Hopkins University, vol 1, N 8, mai 1999&nbsp;; pour les textes du parti,      lire Suha <span style='text-transform:uppercase'>Taji-Farouki</span>, <i>A      Fundamental Quest</i>, Londres, Grey Seal, 1996, appendice.</p> </div> <div id=ftn9>    <p style='text-align:justify;line-height: 12.0pt;'><a href="#_ftnref9" name="_ftn9" title=""><span style='font-size:10.0pt'> [9] </span></a><span style='font-size:10.0pt'> Alexandre <span style='text-transform:uppercase'>Bennigsen</span>      et Chantal <span style='text-transform:uppercase'>Lemercier-Quelquejay</span>:      <i>Le Soufi et le commissaire</i>, <i>op. cit.</i></span></p> </div> <div id=ftn10>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref10" name="_ftn10" title=""><span>      [10] </span></a> On trouvera un point sur la question dans Bakhtyar <span style='text-transform: uppercase'>Babadjanov</span> &nbsp;Le renouveau des communauts soufies en Ouzbkistan&nbsp;,      in <i>Boukhara la Noble</i>, <i>Cahiers dAsie Centrale</i>, Edisud,1998.</p> </div> <div id=ftn11>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref11" name="_ftn11" title=""><span>      [11] </span></a> <span style='text-transform:uppercase'>Babadjanov</span>,      <i>ibid</i>.</p> </div> <div id=ftn12>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref12" name="_ftn12" title=""><span>      [12] </span></a> On trouvera une analyse complte et prcise du personnage      et de son action dans le chapitre crit par Bakhtyar <span style='text-transform:uppercase'>Babadjanov</span>      &nbsp;Muhammadjan Hindustani and the beginning of the &quot;great schism&quot;      among Muslims in Uzbekistan&nbsp;, publi dans<i> Islam and Politics in Russia      and Central Asia (Early 18th-Late 20th Centuries)</i>&nbsp;Stphane A. <span style='text-transform:uppercase'>Dudoignon</span>      et Hisao <span style='text-transform:uppercase'>Komatsu,</span> dir., Londres,      Kegan Paul International, 2001.</p> </div> <div id=ftn13>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref13" name="_ftn13" title=""><span>      [13] </span></a> Si Allama Rahmatoullah (mort dans un accident de voiture      en 1979) semble avoir t le plus radical dans son opposition  Hindoustani,      Mollah Nouri parle avec faveur de son ancien matre et refuse ltiquette      &nbsp;wahhabie&nbsp; (interview personnel  Islamabad en octobre 1994).</p> </div> <div id=ftn14>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref14" name="_ftn14" title=""><span>      [14] </span></a><span lang=EN-GB> Cf. Olivier <span style='text-transform: uppercase'>Roy,</span> <i>op.cit.</i></span></p> </div> <div id=ftn15>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref15" name="_ftn15" title=""><span>      [15] </span></a> Olivier <span style='text-transform:uppercase'>Roy,</span>      <i>Vers un islam europen</i> (chap. 2), Paris, Esprit, 1999 (coll. &nbsp;Socit&nbsp;).</p> </div> <div id=ftn16>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref16" name="_ftn16" title=""><span>      [16] </span></a> On ne rentrera pas ici dans les dtails de ces rseaux. Il      suffit de mentionner la &nbsp;joint-venture&nbsp; qui sest forme au moment      de la guerre dAfghanistan entre les partis religieux pakistanais (Jamaat-i      islami, Jamiat-i Ulama Islam), les services secrets pakistanais (ISI), les      Saoudiens (le Prince Turki) et les Frres musulmans arabes, le tout avec la      bndiction des Amricains, pour envoyer des volontaires se battre auprs      des Moudjahidin afghans. Dans la dcade 1990, ces rsaux se sont radicaliss      et ont entrepris de soutenir tous les Djihad, aussi bien contre les nouveaux      rgimes en Asie centrale que contre les Occidentaux. On retrouve parmi eux      eux Oussama Bin Laden.</p> </div> <div id=ftn17>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref17" name="_ftn17" title=""><span>      [17] </span></a><span lang=EN-GB> Voir larticle crit par <span style='text-transform:uppercase'>Touradjanzade, &quot;</span>Religion: The Pillar      of Societ<i>y</i>&quot;, in Roald <span style='text-transform:uppercase'>Sagdeev</span>, Susan <span style='text-transform: uppercase'>Eisenhower</span>, eds.<i> Central Asia: Conflict Resolution and Change</i>,      Washington, The Center for Post-Soviet Studies, 1995.</span></p> </div> <div id=ftn18>    <p class=MsoFootnoteText style='text-align:justify'><a href="#_ftnref18" name="_ftn18" title=""><span>      [18] </span></a> Malgr les efforts des autorits saoudiennes, dsormais hostiles       cette mouvance, des transferts de fonds ont rgulirement lieu  partir      de milieux daffaires du Golfe vers Oussama Bin Laden.</p> </div> <div id=ftn19>    <p style=' text-align:justify'><a href="#_ftnref19" name="_ftn19" title=""><span style='font-size:10.0pt'>      [19] </span></a><span style='font-size:10.0pt'> Olivier Roy <i>L'chec de l'Islam politique</i>, Paris,      Le Seuil, 1992.</span></p>   <div align="center"><a href="../Sommaire_115.htm"><b>Sommaire</b></a></div> </div> </body> </html> 
