<!-- saved from url=(0022)http://internet.e-mail --> <html> <head> <title> L'ISLAM ET LA VIOLENCE </title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> </head>  <body bgcolor="#FF99CC" text="#000000"> <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><i><b><font size="4">L'ISLAM  ET LA VIOLENCE </font></b> </i> </font> <p><font size="4" face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><i><b>UNE ANALYSE    SELON TROIS RATIONALIT&Eacute;S POUR TENTER DE COMPRENDRE LES ATTENTATS DU 11    SEPTEMBRE </b></i></font></p> <p><font size="4" face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><i><b>Par Hamadi    Redissi et Jan-Erik Lane </b></i></font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><br>   </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Les &eacute;v&eacute;nements    de 11 Septembre 2001 posent naturellement la question de la place de la violence    dans l'Islam et le monde Arabo-Musulman. Il faut aller aux sources pour comprendre    notre fa&ccedil;on de penser cette violence et confronter avec la th&eacute;orie    classique du Coran avec cette utilisation, par les terroristes, de la terreur.    Dans ce qui va suivre, nous allons pr&eacute;senter les diverses rationalisations    de la violence en tant que moyen vers une fin. On peut, du point de vue d'une    &eacute;valuation normative, l&eacute;gitimement douter de la rationalit&eacute;    en valeur de la violence. Cependant, celle-ci est con&ccedil;ue d'un point de    vue t&eacute;l&eacute;ologique comme une continuation de la politique de domination    de l'islam par d'autres moyens. <br>   Nous verrons ensuite comment le terrorisme trouve difficilement sa place dans    cette logique. Avant de pr&eacute;senter, pour finir, les trois &quot; rationalit&eacute;s    &quot;, nous devons, au pr&eacute;alable, donner quelques clefs pour comprendre    le statut de la violence dans l'islam. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Max Weber a, dans sa th&eacute;orie    comparative et magistrale sur les grandes religions du monde, incluse dans Economie    et Soci&eacute;t&eacute; (1971), seulement consid&eacute;r&eacute; que le but    du Djihad est l'app&eacute;tit territorial et les chances de gain pr&eacute;bendal.    Sa th&eacute;orie est donc insuffisante aujourd'hui. Le Djihad se con&ccedil;oit    diff&eacute;remment &agrave; notre &eacute;poque car les choses pr&eacute;bendales    ne jouent pas une importance similaire comme &agrave; ses d&eacute;buts. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Le statut de la violence    dans le Coran</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">La violence s'ins&egrave;re    entre deux principes contraires : le respect de la vie et la tol&eacute;rance.    <br>   Le respect de la vie et de l'int&eacute;grit&eacute; physique sont constamment    invoqu&eacute;s par le Coran. Il est prescrit de ne pas tuer injustement (6:    151) : celui qui tue un homme qui, lui-m&ecirc;me, n'a pas tu&eacute; est consid&eacute;r&eacute;    comme s'il avait tu&eacute; tous les hommes. Cela est ainsi prescrit aux fils    d'Isra&euml;l (5: 32). La punition n'est autre que l'enfer (4: 91-92). <br>   Le second principe est la tol&eacute;rance. Depuis le XIX&egrave;me si&egrave;cle    jusqu'&agrave; nos jours, la pens&eacute;e islamique a d&ucirc; recourir &agrave;    l'ex&eacute;g&egrave;se afin de valoriser les vertus de tol&eacute;rance. De    l'ensemble des versets mis &agrave; contribution, on peut d&eacute;gager trois    id&eacute;es forces: la croyance est une affaire priv&eacute;e ; la proph&eacute;tie    est une mission de t&eacute;moignage et non une volont&eacute; de domination;    enfin est soulign&eacute; le droit &agrave; la diff&eacute;rence religieuse.<br>   <br>   Ces versets personnalisent tout d'abord la croyance, c'est-&agrave;-dire qu'ils    en font une affaire priv&eacute;e : &quot;&ocirc; vous qui croyez! vous &ecirc;tes    responsables de vous m&ecirc;mes. Celui qui est &eacute;gar&eacute; ne vous    nuira pas, si vous &ecirc;tes bien dirig&eacute;s &quot; (5 : 105) ; ou encore    : &quot;quiconque est bien dirig&eacute;, n'est dirig&eacute; que par lui-m&ecirc;me.    Quiconque est &eacute;gar&eacute; n'est &eacute;gar&eacute; qu'&agrave; son    propre d&eacute;triment. Nul ne porte le fardeau d'un autre&quot; (17 : 15).    <br>   Les versets affirment ensuite que le pro-ph&egrave;te a une mission &eacute;thique,    en particulier le devoir de pr&eacute;venir les incroyants : &quot;fais entendre    le Rappel ! Tu n'es que celui qui fait entendre le Rappel et tu n'es pas charg&eacute;    de les surveiller&quot; (88 : 21-22). Une telle contrainte rel&egrave;ve de    la volont&eacute; divine absolue : &quot;si ton Seigneur l'avait voulu, tous    les habitants de la terre auraient cru. Est-ce &agrave; toi de contraindre les    hommes &agrave; &ecirc;tre croyants, alors qu'il n'appartient &agrave; personne    de croire sans la permission de Dieu ?&quot; (10 : 99-100). Enfin, nous pouvons    citer des versets relatifs au droit &agrave; la diff&eacute;rence: &quot;pas    de contrainte en religion&quot; (2 : 256)<br>   Du reste, chacun campe sur sa propre position : les incr&eacute;dules n'adorent    pas la religion de Mohammed et celui-ci a sa propre religion, et se d&eacute;voue    &agrave; son propre Dieu qu'il adore.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Responsabilit&eacute; personnelle    de la croyance, mission de t&eacute;moignage et droit &agrave; la diff&eacute;rence    religieuse : tels sont donc les trois arguments avanc&eacute;s par les lib&eacute;raux    pour d&eacute;montrer l'existence d'une tol&eacute;rance fondatrice en islam.    Il furent d&eacute;j&agrave; &eacute;labor&eacute;s au XIX&egrave;me si&egrave;cle    lors du premier stade par Mohamed Abduh et repris, depuis, par un grand nombre    de musulmans contemporains . </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">C'est entre les deux principes    que s'ins&egrave;re la violence. Il faut rappeler que le Coran n'a pas un seul    mot pour rendre compte de la notion de la violence ('unf), mais plusieurs autres    comme la loi de talion (qi&ccedil;&acirc;s), la guerre (harb), le combat meurtrier    (qit&acirc;l), la guerre sainte (jih&acirc;d), couper les t&ecirc;tes (dharb    al-riq&acirc;b). <br>   Nous devons signaler que les termes auxquels a actuellement recours la logique    guerri&egrave;re, tels que &quot;&eacute;radication&quot; ou &quot;extirpation    des racines de l'extr&eacute;misme&quot;, rel&egrave;vent d'un langage politique    r&eacute;cent. Les anciennes expressions avaient d'autres mots pour rendre compte    de la m&ecirc;me strat&eacute;gie. <br>   Comme nous l'avons signal&eacute;, l'interdiction formelle du meurtre souffre    d'exceptions. Ainsi, la loi de Talion (Ex. XXI : 23-25, L&eacute;v.XIV : 17-20,    Deut. XIX, 21) dont l'&eacute;quivalent en arabe est qi&ccedil;&acirc;s : &quot;l'homme    libre pour l'homme libre, l'esclave pour l'esclave, la femme pour la femme &quot;(2    : 178 ; 5 : 45) sans oublier la l&eacute;gitime d&eacute;fense (2 : 194). En    droit public, il faut, bien s&ucirc;r, mentionner l'acte de guerre sainte ou    jih&acirc;d (9 : 5), ou la lutte pour r&eacute;tablir l'ordre public confessionnel.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Il est &eacute;vident que    l'islam, comme toute monoth&eacute;isme, valorise la paix (silm ou sal&acirc;m)    qu'il assimile &agrave; la s&eacute;curit&eacute;, au Salut et parfois &agrave;    l'islam lui-m&ecirc;me par d&eacute;rivation s&eacute;mantique de la m&ecirc;me    racine (S.L.M.). La formule de salutation entre les musulmans est &quot;salut    et paix sur vous&quot; (salam 'alaykum) : ceux qui croient entrent dans la Paix    (2: 208). Dieu dirige sur le chemin du Salut (sal&acirc;m) (V, 16). <br>   Pourtant, la guerre, bien qu'elle soit d&eacute;testable, a une finalit&eacute;    l&eacute;gitime. L'islam a un jus ad bellum (droit &agrave; la guerre) et un    jus in bellum (le droit dans la guerre). Sur la base d'indications coraniques    et de la pratique, la doctrine juridique a &eacute;labor&eacute; une th&eacute;orie.    Il y a, en effet, plusieurs esp&egrave;ces de djihad: - le djihad &eacute;quivalant    &agrave; l'effort contre soi-m&ecirc;me, ses inclinations naturelles ou contre    l'adversit&eacute;.<br>   - le djihad par le c&#156;ur, la langue, la main et l'&eacute;p&eacute;e. La    th&eacute;orie du &quot;combat sacr&eacute;&quot; (guerre sainte, l&eacute;gale    et juste) est ainsi &eacute;labor&eacute;e . <br>   Mais, de m&ecirc;me que les croisades qui ont plusieurs sens dont un seul est    standardis&eacute;, le djihad s'est fix&eacute; comme &eacute;tant la guerre    par les armes. La guerre se subdivise elle-m&ecirc;me en guerre offensive, d&eacute;fensive,    contre les polyth&eacute;istes, les gens du Livre, les rebelles, les ren&eacute;gats...    </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Il est aussi possible de    faire une distinction entre la guerre sainte et la guerre d'int&eacute;r&ecirc;t    g&eacute;n&eacute;ral. La guerre sainte est d&eacute;clar&eacute;e contre les    non musulmans, les pa&iuml;ens et les gens du Livre (juifs et chr&eacute;tiens).    Les pa&iuml;ens doivent &ecirc;tre islamis&eacute;s et les gens du Livre peuvent    garder leur religion en contre partie de l'imp&ocirc;t de capitation. Les guerres    d'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral ne sont pas saintes. Elles ont    lieu entre musulmans, notamment pour le r&eacute;tablissement de l'ordre public    confessionnel contre les rebelles, les ren&eacute;gats et les brigands. Les    r&egrave;gles de la guerre varient selon qu'elles sont saintes ou d'int&eacute;r&ecirc;t    g&eacute;n&eacute;ral. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><b><i>La division du monde    selon Islam</i></b></font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">La Shar&icirc;a ne contient    pas, &agrave; proprement parler, de droit international. Mais on peut d&eacute;gager    dans la shar&icirc;a des principes qui r&eacute;gissent les entit&eacute;s internationales    et des r&egrave;gles de droit humanitaire. L'islam est une religion formelle    et universelle. Dieu est un, mais les hommes sont s&eacute;par&eacute;s en tribus    et en peuples. La religion musulmane, se consid&eacute;rant comme la derni&egrave;re,    s'est donn&eacute;e une doctrine qui divise l'univers en trois mondes. Cette    division n'a pas de base coranique solide, mais fait partie de la doctrine juridico-politique.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Le premier monde est le    monde ou maison de l'islam (dar al-islam). Il ne s'agit pas d'un territoire    g&eacute;ographique mais d'un espace religieux intra muros. C'est le monde o&ugrave;    la loi islamique ou Sharia est souveraine, appliqu&eacute;e et respect&eacute;e.    Ce monde est consid&eacute;r&eacute; comme celui de la paix, de la s&eacute;curit&eacute;    et de la justice. Il regroupe les Musulmans, les minorit&eacute;s soumises et    prot&eacute;g&eacute;es, et les &eacute;trangers de passage. <br>   Le second monde ou maison est le monde de la guerre (dar al-harb). C'est un    monde hostile, extra muros, qui applique une loi non islamique ou bien dans    lequel les musulmans ne peuvent pratiquer leur religion. Il est &eacute;galement    le monde de l'ins&eacute;curit&eacute; et de l'injustice. Il peut &ecirc;tre    lointain ou limitrophe au territoire de l'islam. <br>   Le troisi&egrave;me monde est le monde de la r&eacute;conciliation ou de l'alliance    dit dar solh. Il s'agit d'un territoire neutre, qui n'applique certes pas la    loi musulmane, mais avec lequel l'islam entretient des rapports pacifiques.    Tel fut le cas de l'Ethiopie, de la Nubie (une partie de l'Egypte) et de Chypre.    </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Or, dans la soci&eacute;t&eacute;    contemporaine, les choses ont chang&eacute;. Nous pouvons penser &agrave; un    quatri&egrave;me monde non pr&eacute;vu par la Shar&icirc;a. En effet, les Etats    arabes (au nombre de 22) et islamiques (57, y compris les Etats arabes) sont    aujourd'hui des Etats ind&eacute;pendants et souverains. Comme nous l'avons    vu pr&eacute;c&eacute;demment, le droit interne qui les r&eacute;git a aboli    la distinction entre infid&egrave;les et gens du Livre. Les constitutions reconnaissent    la libert&eacute; de conscience et les gens du Livre ne paient plus l'imp&ocirc;t    de capitation. De plus, ces Etats sont membres de l'organisation des Nations-Unies    qui interdit le recours &agrave; la force et r&eacute;git les rapports entre    Etats sur la base de la coop&eacute;ration internationale pacifique. En adh&eacute;rant    &agrave; cette organisation, les Etats arabes et islamiques ont, de jure, abandonn&eacute;    la distinction entre monde de l'islam et monde de la guerre. Ils l'avaient fait    bien avant : d&egrave;s la fin du moyen-&acirc;ge, en effet, les pays islamiques    ont cess&eacute; de propager l'islam par la violence. Ils ont &eacute;t&eacute;    depuis la fin du XIXe si&egrave;cle, plut&ocirc;t l'objet d'une violence adverse    coloniale que les sujets actifs d'une islamisation universelle du monde. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">De plus, les Etats occidentaux    ne peuvent plus &ecirc;tre assimil&eacute;s &agrave; une &quot; maison de la    guerre &quot;. De nombreuses minorit&eacute;s musulmans y vivent dans des conditions    diff&eacute;rentes du Moyen-Age. Ils jouissent plut&ocirc;t d'une libert&eacute;    de croyance, au point qu'ils se trouvent parfois pers&eacute;cut&eacute;s davantage    dans les pays musulmans qu'en Occident. L'un des intellectuels les plus en vue    actuellement en Europe, Tariq Ramadan, propose pour les Musulmans vivant en    Occident de consid&eacute;rer l'Occident comme une &quot;maison de t&eacute;moignage&quot;    o&ugrave; ils peuvent pratiquer leur islam pacifiquement. Seul le radicalisme    islamique continue &agrave; penser le monde selon l'ancienne distinction, faisant    de l'Occident, une maison de la guerre.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Nous pouvons &agrave; pr&eacute;sent    aborder le probl&egrave;me de la violence politique &agrave; partir de l'actualit&eacute;    de 11 Septembre: existe-t-il, en islam, une th&eacute;orie du meurtre politique    ? Si oui, l'&eacute;limination syst&eacute;matique des adversaires politiques    se justifie-t-elle? Y a-t-il, en islam, une &quot;essence&quot; dangereuse du    politique - analogue &agrave; celle dont parle Carl Schmitt - comme &eacute;tant    une discrimination entre amis et ennemis, sur la base d'une communaut&eacute;    existentielle qui l&eacute;gitime, plut&ocirc;t status religionis que status    naturalis, le droit donner la mort et de la recevoir ? </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Dans l'Islam on peut identifier    trois rationalisations diff&eacute;rentes de la violence. Les deux premi&egrave;res    sont li&eacute;es &agrave; la guerre sainte, la troisi&egrave;me &agrave; la    guerre d'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. Mais toutes les trois portent    le dispositif cognitif qui fabrique de l'ennemi. Ce dispositif est constitu&eacute;    de trois alternatives logiques: l'islam ou la mort, l'islam ou l'humiliation,    le repentir ou la mort.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><b><i>La rationalit&eacute;    pros&eacute;lytiste</i></b></font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Vis &agrave; vis des pa&iuml;ens,    infid&egrave;les et polyth&eacute;istes, l'alternative est exclusive: l'islam    ou la mort. On l'appellera la &quot; rationalisation pros&eacute;lyte &quot;    sur le mode coge entrare que Weber a compl&egrave;tement occult&eacute; au profit    de la seconde rationalit&eacute;: la rationalit&eacute; pr&eacute;bendale. <br>   <br>   En effet, contre les polyth&eacute;istes p&egrave;se le devoir de les tuer selon    une tradition bien &eacute;tablie. Elle se fonde sur de nombreux versets, notamment    celui de l'immunit&eacute; dit &eacute;galement &quot; de l'&eacute;p&eacute;e    &quot;. Les pa&iuml;ens ne devront la vie sauve que s'ils embrassent l'islam:    &quot;O Proph&egrave;te! Combats les incr&eacute;dules et les hypocrites ; sois    dur envers eux!&quot; (9: 73). Bien entendu, cet ordre se trouve contrebalanc&eacute;    par pr&egrave;s de 124 autres versets qui appellent les musulmans &agrave; la    patience, &agrave; la tol&eacute;rance, &agrave; l'amnistie et au pardon. N&eacute;anmoins,    ce verset est capital car il figure dans le chapitre neuf du Coran qui accorde    l'immunit&eacute; (bar&acirc;a) au proph&egrave;te qui avait d&eacute;j&agrave;    conclu une tr&ecirc;ve avec les infid&egrave;les de la Mecque: &quot;apr&egrave;s    que les mois se seront &eacute;coul&eacute;s, tuez les polyth&eacute;istes,    partout o&ugrave; vous les trouverez, capturez-les, assi&eacute;gez-les, dressez-leur    des embuscades&quot; (9 : 5). Il s'agit d'une lecture canonis&eacute;e par l'ex&eacute;g&egrave;se    classique qui estime que ce verset a abrog&eacute; entre 114 et 124 versets    sur la tol&eacute;rance et la lib&eacute;ralit&eacute; &agrave; l'&eacute;gard    des incr&eacute;dules. Ce sont d'ailleurs ces versets que font valoir les partisans    qu'on peut appeler &quot; spinozistes &quot;, favorables &agrave; une interpr&eacute;tation    charitable du Coran. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Int&eacute;ressons nous    d&egrave;s lors aux conditions historiques d'&eacute;nonciation de l'alternative.    Lors de la bataille dite de Bedr (624 A.D), le proph&egrave;te victorieux fit    quelques cinquante prisonniers parmi lesquels se trouvaient des membres de sa    famille et de nobles de koraysh, sa propre tribu, encore infid&egrave;le. Il    consulta ses compagnons. Omar lui recommande de les mettre &agrave; mort et    Abou Bakr de les &eacute;pargner. Le proph&egrave;te h&eacute;sita. Apr&egrave;s    avoir compar&eacute; Omar &agrave; No&eacute; et Mo&iuml;se qui implor&egrave;rent    leur seigneur pour an&eacute;antir leurs ennemis, ainsi qu'&agrave; Abraham    et J&eacute;sus qui plaid&egrave;-rent aupr&egrave;s de leur seigneur l'indulgence    et la mis&eacute;ricorde, il tran-cha pour la ran&ccedil;on pr&eacute;lev&eacute;e    sur les nobles koraychites au profit des convertis, pauvres et mis&eacute;reux.    Dieu intervint pour faire des re-proches &agrave; son envoy&eacute;. Quoi! tu    combats pour l'acquisition du butin et non &agrave; l'effet de rendre victorieuse    la religion d'Allah de toute autre ? Dans le texte, en effet, &quot;il n'appartient    pas &agrave; un proph&egrave;te de faire des captifs, tant que, sur la terre,    il n'a pas compl&egrave;tement vaincu les incr&eacute;dules&quot;. Dieu ajouta    : &quot;si une prescription de Dieu n'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; intervenu,    un terrible ch&acirc;timent vous aurait atteints &agrave; cause de ce dont vous    &ecirc;tes empar&eacute;s&quot; (8 : 67-68). Depuis, la tradition fixe les termes    de l'alternative pour les polyth&eacute;istes : l'islam ou la mort. Toutefois,    plus tard, les th&eacute;oriciens, s&ucirc;rement consciente de la brutalit&eacute;    du dilemme, le corrig&egrave;rent en ad-joignant au vainqueur d'autres possibilit&eacute;s,    se fondant sur la base d'un autre verset : il aura, &agrave; son avantage, le    choix entre leur mise &agrave; mort, exiger d'eux une ran&ccedil;on, en faire    des esclaves, ou enfin les gracier (47 : 4). </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Le chapitre neuf du Coran    est devenu une pi&egrave;ce ma&icirc;tresse du dispositif islamiste. C'est Sayyid    Qutb qui en fera la th&eacute;orie, en assimilant les Musulmans vivant en terre    d'islam &agrave; des infid&egrave;les vivant dans l'&acirc;ge paganique et polyth&eacute;iste.    C'est la th&eacute;orie dite de la nouvelle &quot;jahiliyya&quot; (paganisme    pr&eacute;-islamique) et qui justifie le meurtre du tyran comme Sadate, par    exemple. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><b><i>La rationalit&eacute;    des gens du Livre</i></b></font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">La seconde alternative p&egrave;se    sur les gens du Livre, les juifs et les chr&eacute;tiens auxquels on ajoutait    les Sab&eacute;ens, descendants de la reine de Saba, les Samaritains et les    perses Zoroastriens qui ont, dit-on, un &quot;semblant&quot; de Livre ou un    &quot; quasi-livre &quot;. Le fondement de ce statut est le Coran : &quot;combattez    ceux qui, parmi les hommes ayant re&ccedil;u des Livres r&eacute;v&eacute;l&eacute;s    ne croient pas en Allah ni au jour supr&ecirc;me, qui ne d&eacute;clarent point    interdire ce qu'Al-lah et son Ap&ocirc;tre ont d&eacute;clar&eacute; interdit    et qui ne professent point la religion de la v&eacute;rit&eacute;, jusqu'&agrave;    ce qu'ils versent la capitation de leurs propres mains et avec humiliation&quot;    (9 : 29). Le texte est clair, et son ex&eacute;g&egrave;se constante confirme    le devoir de combattre les gens du livre. La seule note positive consiste &agrave;    dire, de la part des interpr&egrave;tes, que l'humiliation signifie, par euph&eacute;misme,    que les prescriptions is-lamiques les r&eacute;gissent. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Alternative malheureuse    certes, mais une alternative non exclusive n&eacute;anmoins, qui emp&ecirc;che    de penser qu'on est devant une guerre totale &agrave; caract&egrave;re exterminateur.    Il faudra plut&ocirc;t parler d'une tol&eacute;rance r&eacute;siduelle sou-vent    consacr&eacute;e par des trait&eacute;s de protection entre les musulmans et    les gens du Livre. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Toutefois, le point de d&eacute;part    fut la guerre entre musulmans et juifs. En effet, &agrave; Yadhreb, future M&eacute;dine,    coexistaient deux tribus Arabes fra&icirc;chement islamis&eacute;es, mais en    comp&eacute;tition tribale an-cestrale : les Awz et les Khazrej, ainsi que trois    tribus juives : les Bani Qaynoq&acirc;, les Bani Nadh&icirc;r et les Bani Qorayzha.    Les deux premi&egrave;res furent chass&eacute;es entre 624 et 625, et la troisi&egrave;me    litt&eacute;ralement d&eacute;cim&eacute;e, deux ann&eacute;es apr&egrave;s.    L'historien Tabari raconte comment on se faisait la guerre, on mourrait, on    abdiquait, on se convertissait et on fuyait sans que la mont&eacute;e aux extr&ecirc;mes    n'aboutisse &agrave; une v&eacute;ritable extermination collective. Mais alors,    pourquoi un tel m&eacute;fait a-t-il &eacute;t&eacute; commis?<br>   En fait, on a reproch&eacute; aux juifs de s'&ecirc;tre compromis avec les Arabes    mecquois polyth&eacute;istes lors de la bataille du Foss&eacute; dite du Khandag    (627), du nom d'un foss&eacute; que les convertis avaient creus&eacute; pour    prot&eacute;ger Yadhreb (M&eacute;dine). Aussit&ocirc;t que les mecquois furent    repouss&eacute;s, soit l'apr&egrave;s-midi m&ecirc;me, le proph&egrave;te s'en    prit aux Bani Qorayzha. <br>   Cet ar-gument purement politique n'&eacute;puise pas la question puisque, d'apr&egrave;s    l'historien classique de l'islam, Tabari, le pro-ph&egrave;te a &eacute;t&eacute;    visit&eacute; par l'Ange Gabriel qui lui a enjoint de marcher sur les juifs    et l'a inform&eacute; que les Anges avaient d&eacute;cid&eacute; de ne pas d&eacute;poser    les armes . <br>   Le Coran fait &eacute;cho &agrave; cette victoire : &quot;il a fait descendre    de leurs forteresses ceux des gens du Livre ralli&eacute;s aux factions. Il    a jet&eacute; l'effroi dans leurs c&#156;urs. Vous avez alors tu&eacute; un    partie d'entre eux et vous avez r&eacute;duit les autres en captivit&eacute;&quot;    (33 : 26).</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Dans ces deux rationalit&eacute;s    pros&eacute;lyte et pr&eacute;bendale, les combattants ob&eacute;issent &agrave;    un jus in bellum, la loi de la guerre juste: l'ultimatum, le si&egrave;ge, l'utilisation    des moyens techniques n&eacute;cessaires &agrave; la victoire. La trahison,    la perfidie, l'emploi de fl&egrave;ches empoisonn&eacute;es, la destruction    massive des habitations, et autres moyens inadmissibles sont l'objet d'une discussion    entre juristes. Les uns les admettent, d'autres les prohibent. Au cours des    hostilit&eacute;s, l'ennemi doit, quoi qu'il en soit, &ecirc;tre trait&eacute;    avec justice (5:2), respect (6:109) et mis&eacute;ricorde (2: 195). En cas de    victoire, les non combattants, les femmes, les enfants, les vieillards, les    moines et la&iuml;cs, les domestiques et esclaves deviennent des prisonniers.    Ils font partie, avec leurs biens, du butin de guerre. Ils peuvent &ecirc;tre    graci&eacute;s, r&eacute;duits en esclavage, &ecirc;tre vendus, ou peuvent payer    une ran&ccedil;on contre leur libert&eacute;. S'ils sont monoth&eacute;istes,    ils versent l'imp&ocirc;t de capitation. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Il est n&eacute;cessaire    de rappeler que les gens du Livre (r&eacute;v&eacute;l&eacute;) avaient un double    statut : un statut th&eacute;ologique suspect et un statut l&eacute;gal de prot&eacute;g&eacute;s.    Th&eacute;ologiquement, ils &eacute;taient, &agrave; la fois des amis et des    ennemis. Amis du fait que leurs Livres, leurs croyances et leurs r&eacute;cits    sont des sources d'autorit&eacute;, d'inspiration, et des preuves scripturaires    indiscutables pour les Musulmans. Ennemis, ils &eacute;taient suspect&eacute;s    de travestir les Ecritures, et &eacute;taient assimil&eacute;s, p&ecirc;le-m&ecirc;le,    &agrave; des hypocrites, des menteurs, des injustes. L&eacute;galement, la consid&eacute;ration    &eacute;tait diff&eacute;rente selon qu'ils &eacute;taient arm&eacute;s ou d&eacute;sarm&eacute;s.    Arm&eacute;s, ils ob&eacute;issaient &agrave; la loi de la guerre: la mort des    combattants et la distribution du butin de guerre. D&eacute;sarm&eacute;s, ils    b&eacute;n&eacute;ficiaient du statut de &quot;protection&quot; : ils faisaient    partie de la maison de l'islam, sans faire partie de la communaut&eacute; des    musulmans. Ils payaient un imp&ocirc;t de capitation dit &quot;Jeziya&quot;,    un imp&ocirc;t personnel qui concerne les m&acirc;les saints d'esprit et &eacute;pargne    la femme, l'enfant, le d&eacute;ment, l'esclave et l'hermaphrodite douteux,    consid&eacute;r&eacute;s comme des appendices d&eacute;pourvus de personnalit&eacute;    juridique propre. En contrepartie, ils pouvaient s'adonner librement &agrave;    leur culte, dans l'inf&eacute;riorit&eacute; et l'humiliation. Protection, autonomie    et paiement de la capitation, telles sont donc les trois principes qui les r&eacute;gissent.    C'est ce qui a permis &agrave; l'islam m&eacute;di&eacute;val de g&eacute;rer    les ethnies et les minorit&eacute;s religieuses, lesquelles se sont maintenues    jusqu'&agrave; nos jours, un peu partout, au point qu'on a parl&eacute; de l'islam    comme d'une mosa&iuml;que d'ethnies, de minorit&eacute;s et de confessions.    Il faut attendre les Temps modernes, lorsque les pays islamiques adopt&egrave;rent    des chartes comme Khatt Homayun turc en 1834 et le pacte de 1957 en Tunisie,    sous la pression europ&eacute;enne, pour que soit reconnu aux gens du livre    le statut de citoyen &agrave; part enti&egrave;re, au m&ecirc;me titre que les    musulmans . </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Le feu de la guerre sainte,    cette &quot;&eacute;pop&eacute;e populaire musulmane type&quot; - pour reprendre    l'expression de Massignon -, va &ecirc;tre rallum&eacute; dans le second moment    du nationalisme, contre le colonisateur assimil&eacute; au nouveau crois&eacute;.    Une fois l'ind&eacute;pendance acquise, les r&eacute;gimes ont tent&eacute;    de d&eacute;placer le sens du djih&acirc;d vers la lutte contre la pauvret&eacute;    et le retard. De leur c&ocirc;t&eacute;, les ex&eacute;g&egrave;tes lib&eacute;raux    ont rappel&eacute; que le sens du djihad &eacute;tait, d'abord, l'effort contre    soi-m&ecirc;me en vue d'une perfection. Toutefois, ceci n'a pas pu calmer les    ardeurs et encore moins effacer de la religiosit&eacute; populaire ce mythe    du combattant qui s'offre en martyre, en h&acirc;te de rejoindre le Paradis    promis, sans avoir &agrave; rendre compte de la mani&egrave;re avec laquelle    il avait, sa vie durant, ob&eacute;i aux pr&eacute;ceptes.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">La guerre sera prise en    charge une troisi&egrave;me fois par l'islamisme radical. Une nouvelle &egrave;re    pour la &quot;s&eacute;dition confessionnelle&quot; commence. A titre d'exemple,    l'&eacute;mir du groupe terroriste &eacute;gyptien &quot;anath&egrave;me et    apostasie&quot;, devant la cour de s&ucirc;ret&eacute; de l'&eacute;tat, en    1977, r&eacute;pond avec une franchise d&eacute;concertante &agrave; une question    du juge : &quot;pour ce qui est de la guerre aux juifs, et du point de vue l&eacute;gal,    c'est un devoir impos&eacute; &agrave; la communaut&eacute; islamique et c'est    ce que nous ferons, si Dieu le veut, quand nous prendrons le pouvoir&quot; .    Ainsi se reforme une cha&icirc;ne de la guerre, du mouvement Hamas au GIA alg&eacute;rien,    en passant par le &quot;chi'isme mortif&egrave;re&quot; fascin&eacute; par le    sacrifice de l'imam Hussein . On a alors parl&eacute; de violence motiv&eacute;e    par le d&eacute;sespoir r&eacute;dempteur qui r&eacute;agit contre une soci&eacute;t&eacute;    plus attir&eacute;e par les plaisirs qu'&eacute;prise de rigueur protestante!    Probablement. En tout &eacute;tat de cause, le constat massif est l&agrave;    : des &eacute;trangers, des touristes, des religieux et coop&eacute;rants sont    assimil&eacute;s, p&ecirc;le-m&ecirc;le, aux gens du Livre, &agrave; des crois&eacute;s,    des profanateurs, supp&ocirc;ts d'un complot colonialiste . Et l'objectif avou&eacute;    est simple: la conversion de l'humanit&eacute; en &quot;oummanit&eacute;&quot;    .</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Certes, on peut l&eacute;gitimement    s'insurger contre la confusion op&eacute;r&eacute;e, par exemple, entre le touriste,    les gens du livre et les crois&eacute;s. Le statut de &quot;dhimmis&quot; (prot&eacute;g&eacute;s)    a disparu en islam contemporain et le s&eacute;jour des &eacute;trangers ob&eacute;it    aux dispositions du droit moderne. Mieux, l'islam classique sublimait la figure    de l'&eacute;tranger qui b&eacute;n&eacute;ficiait de l'hospitalit&eacute; quasi-l&eacute;gendaire    des Arabes, une sorte d'&eacute;thique de l'honneur b&eacute;douine, dite &quot;al-muruwa&quot;,    vis &agrave; vis du voyageur et du mendiant. Protection, honneur, revanche,    sacrifice, loyaut&eacute; et hospitalit&eacute;, tel est le contenu de la muruwa.    Goldziher, dont Weber s'inspira, ira jusqu'&agrave; voir dans la muruwa une    &eacute;thique chevaleresque, la virtus latine . Le sublime est atteint dans    la litt&eacute;rature notamment dans un texte de Tawh&icirc;di, auteur du 10&egrave;me    si&egrave;cle, sur l'&eacute;tranget&eacute; &agrave; soi-m&ecirc;me: &quot;l'&eacute;tranger    est celui qui est &eacute;tranger dans son &eacute;tranget&eacute; m&ecirc;me&quot;!    </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">N&eacute;anmoins, d&egrave;s    qu'on se situe sur le terrain juridique, la fi-gure mythique de l'&eacute;tranger    h&ocirc;te, s'&eacute;vanouit pour c&eacute;der la place ou bien au prot&eacute;g&eacute;    ou &agrave; l'ennemi crois&eacute;. Mais, si le prot&eacute;g&eacute; vient    &agrave; violer pacifiquement le contrat de capi-tation, en refusant de payer    le tribut, par exemple, il est, au meil-leur des cas graci&eacute; par l'imam    ou expuls&eacute; du territoire de l'islam au besoin manu militari, et au pire    des cas mis &agrave; mort ou r&eacute;duit en esclavage. La protection peut    s'&eacute;tendre &agrave; l'ennemi harb&icirc; (guerrier) pourvu que le musulman    lui consente l'am&acirc;n, un sauf-conduit qui prot&egrave;ge sa vie et ses    biens conform&eacute;ment au principe du respect de la parole donn&eacute;e    . Il peut s&eacute;journer, jusqu'&agrave; une ann&eacute;e, en terre d'islam    sans payer de tribut, mais sans pouvoir non plus b&eacute;n&eacute;ficier de    la protection due aux gens du Livre. Si l'un et l'autre, prennent les armes,    ils redeviennent ennemis. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Weber ne pouvait voir la    transformation, hic et nunc, de la rationalit&eacute; pr&eacute;bendale en vue    des butin en une rationalit&eacute; pros&eacute;lyte: l'islamisme radical est    plus obs&eacute;d&eacute; par la s&eacute;dition confessionnelle que par les    chances de gains &eacute;conomiques. Aujourd'hui la rh&eacute;torique de la    violence islamiste permet alors d'ex&eacute;cuter des innocents comme si les    croisades sont encore &quot;un chapitre d'histoire contemporaine&quot; . A l'&acirc;ge    classique, les choses &eacute;taient plus claires: les Francs, crois&eacute;s,    payaient de leur vie , ou bien ils &eacute;taient contraints de payer un droit    de passage , une ran&ccedil;on &agrave; l'ordre des assassins dont les adeptes    &eacute;taient - le paradoxe est suggestif - d&eacute;guis&eacute;s justement    en moines. S'agissant d'un usage, il arriva m&ecirc;me, d'apr&egrave;s Lewis,    que les assassins eux-m&ecirc;mes paient un tribut au chevaliers Francs ! <br>   Actuellement, la question est de savoir qui doit payer, et &agrave; qui, une    taxe de protection ou un droit de passage. Et &agrave; supposer que le non musulman    se hasarde &agrave; proclamer son ath&eacute;isme, il sort de la cat&eacute;gorie    des gens du Livre pour devenir un pa&iuml;en justiciable d'une mort licite!</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><b><i>La rationalit&eacute;    &eacute;tatique</i></b></font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">La troisi&egrave;me l&eacute;gitimation    de la violence s'ins&egrave;re dans la rationalit&eacute; &eacute;tatique w&eacute;b&eacute;rienne,    &agrave; savoir le monopole de la contrainte l&eacute;gitime de la part de l'&Eacute;tat.    Elle oppose les Musulmans &agrave; eux-m&ecirc;mes, l'orthodoxie aux sectes    ou pour employer le langage moderne, les dominants aux domin&eacute;s. Son alternative    est la mort ou le repentir. <br>   L'enjeu est similaire &agrave; celui-l&agrave; m&ecirc;me qui agite l'islam    aujourd'hui: l'ordre public et les vrais pr&eacute;ceptes de l'islam. L'histoire    des schismes en islam est parfois aussi compliqu&eacute;e qu'inutile. Pour nous    contenter des figures en rapport imm&eacute;diat avec l'actualit&eacute;, nous    en retiendrons trois: la transgression, la r&eacute;bellion et l'apostasie.    Except&eacute;, et ceci est essentiel, pour une compr&eacute;hension du statut    de la guerre: ces actes guerriers sont cens&eacute;s relever non de la guerre    sainte, mais des guerres d'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral ayant    pour but le r&eacute;tablissement de l'ordre public religieux. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Mais d'abord, &agrave; quel    ordre divin les Musulmans s'adossent-ils pour se faire la guerre? Le Coran est    d'un secours exemplaire : &quot;si deux groupes de croyants se combattent, r&eacute;tablissez    la paix entre eux. Si l'un des deux se rebelle encore contre l'autre, luttez    contre celui qui se rebelle, jusqu'&agrave; ce qu'il s'incline devant l'ordre    de Dieu&quot; (49: 9). Le Coran utilise le verbe baghat, c'est-&agrave;-dire    transgresse, se d&eacute;tourne de la concorde, sort des limites, alors que    la traduction utilise le verbe r&eacute;ducteur: se rebeller. <br>   Premier terme classique pouvant ainsi servir &agrave; qualifier ce que les pouvoirs    publics entendent aujourd'hui par les bandes h&eacute;r&eacute;tiques arm&eacute;es:    les gens de la transgression ou de la d&eacute;sob&eacute;issance (ahl al-bagha),    ceux qui d&eacute;sob&eacute;issent &agrave; l'autorit&eacute; centrale, non    &agrave; titre individuel, mais en bande. Certains vont jusqu'&agrave; proclamer    que le djih&acirc;d qui est men&eacute; contre les excessifs est &quot;aussi    valable, sinon davantage que celui conduit contre les infid&egrave;les&quot;    . En droit public, ils sont des ennemis, sauf, qu'en tant que Musulmans, la    guerre qui leur est opposable est d'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral.    S'agissant donc d'une guerre entre amis, une fois d&eacute;faits, ils sont ralli&eacute;s    &agrave; l'autorit&eacute;. Leurs biens sont restitu&eacute;s, leurs morts re&ccedil;oivent    les lotions, les pri&egrave;res d'usages et sont enterr&eacute;s dans les cimeti&egrave;res    d'islam. Certes, la pratique d&eacute;roge souvent &agrave; ce jus in bellum    entre fr&egrave;res. Toutefois, la formulation normative peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e    comme une garantie que certains pouvoirs publics ne sont pas actuellement en    mesure d'accorder aux gens de la transgression. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Deuxi&egrave;me argument    utilis&eacute; par le pouvoir pour r&eacute;tablir l'ordre public: la lutte    contre la r&eacute;bellion de la p&egrave;gre et des gangsters. A l'&acirc;ge    classique, on les appelait les muh&acirc;riboun, brigands et semeurs de troubles    qui portent atteinte &agrave; la libert&eacute; de circuler. La lutte contre    eux trouve une base l&eacute;gale dans un verset qui fixe contre ces r&eacute;fractaires    &agrave; l'ordre public le r&eacute;gime alternatif des quatre sanctions &agrave;    leur infliger : la mort, la crucifixion, l'amputation de la main droite et du    pied gauche et le bannissement (5: 33). En fait, le r&eacute;gime est interm&eacute;diaire    entre les trois formes de sanction et le repentir. Aujourd'hui, beaucoup d'Etats    arabes ont adh&eacute;r&eacute; &agrave; &quot;la convention contre la torture    et autres peines ou traitements cruels, inhumains et d&eacute;gradants&quot;    . Toutefois, cette adh&eacute;sion est formelle, donc non suivie d'application,    d'autant plus que la shar&icirc;'a demeure la norme fondamentale pour beaucoup    d'entre eux .</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Troisi&egrave;me cat&eacute;gorie:    l'apostasie. L'apostat est dit murtad ou ren&eacute;gat. Le Coran est muet sur    son statut ; mais d'apr&egrave;s une parole du proph&egrave;te, &quot; celui    qui sort de la religion tuez-le! &quot;. Ce dit est contest&eacute; et contestable    car il est fort possible qu'il ait &eacute;t&eacute; pr&eacute;fabriqu&eacute;    ex-post pour justifier la mort des premiers apostats. Ceux-ci furent des tribus    arabes islamis&eacute;es qui ont reni&eacute; l'islam aussit&ocirc;t que le    proph&egrave;te est d&eacute;c&eacute;d&eacute;. Le premier calife Abu Bakr    (632-634) leur mena une guerre sans merci (&quot;les guerres d'apostasie&quot;).    Le pr&eacute;c&eacute;dent devient autorit&eacute;, mais la cat&eacute;gorie    d'apostasie va s'&eacute;tendre d&eacute;mesur&eacute;ment.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">M. Kerrou a d&eacute;montr&eacute;    la logique de l'exclusion. A partir des fetwas (consultations) de blasph&egrave;mes    et d'apostasies &agrave; l'encontre de Salman Rushdie, l'universitaire Hamed    Abu Zeyd et le prix Nobel Mahfouz, il montre par quels m&eacute;canismes le    blas-ph&egrave;me contre Dieu, l'insulte au proph&egrave;te et l'apostasie se    trouvent apparent&eacute;s, par assimilation &agrave; l'infid&eacute;lit&eacute;    (kufr), et deviennent ainsi passibles de la peine de mort . On pourrait penser    qu'il ne s'agit que de cat&eacute;gories particuli&egrave;res si le reniement    de la foi ne s'&eacute;tendait d&eacute;mesur&eacute;ment : jeter un exemplaire    du Coran, s'habiller comme les infid&egrave;les, profaner, consid&eacute;rer    licites des choses interdites comme la consommation de l'alcool... </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Aujourd'hui, les ren&eacute;gats    sont des femmes c&eacute;libataires, des la&iuml;ques accultur&eacute;s, des    artistes prenant &quot; la vie &agrave; la l&eacute;g&egrave;re &quot; . C'est    ainsi que le Cheikh Ghazali, islamiste &eacute;gyptien t&eacute;moigne au nom    de la d&eacute;fense devant la Haute Cour &eacute;gyptienne de s&ucirc;ret&eacute;    de l'&Eacute;tat, charg&eacute;e d'instruire l'affaire de l'assassinat du la&iuml;c    F. Fouda par le Jih&acirc;d islamique, en 1992. Il d&eacute;clare alors que    la sentence &agrave; appliquer &agrave; un apostat est la mort &agrave; moins    qu'il ne se repente, et qu'il il n 'y a pas non plus de ch&acirc;timent pour    celui qui assassine un ren&eacute;gat, se substituant ainsi au pouvoir politique    jug&eacute; laxiste . Les r&eacute;gimes islamiques sont complices puisque &quot;la    d&eacute;claration des droits de l'homme en islam&quot;, faite dans le cadre    de l'OCI (l'organisation de la conf&eacute;rence islamique r&eacute;unissant    les Etats musulmans) en 1990, en Egypte, affirme, dans l'article 10, le m&ecirc;me    principe: l'interdiction de changer de religion tant que l'islam est la religion    &quot;naturelle&quot; (d&icirc;n al-fitra). On voit, encore une fois, comment    l'&Eacute;tat entre en comp&eacute;tition avec les radicaux pour l'appropriation    du domaine de la gr&acirc;ce et de l'&eacute;thique du salut. Imaginons un instant    les cons&eacute;quences d'une telle qualification: l'apostat ne peut avoir la    vie sauve par une quelconque compensation p&eacute;cuniaire; on ne mangera pas    les b&ecirc;tes qu'il &eacute;gorge; on ne s'alliera pas non plus &agrave; lui    par le lien du mariage, alors que toutes choses sont permises avec le prot&eacute;g&eacute;.    Civilement, il n'existe pas: son mariage est nul, il perd son droit &agrave;    la garde et au tutorat, il n'h&eacute;rite pas. M&ecirc;me les r&egrave;gles    de la juste guerre lui sont refus&eacute;es: on l'attaquera de face et de derri&egrave;re;    on ne lui accordera aucune tr&ecirc;ve; son sang peut &ecirc;tre l&eacute;galement    vers&eacute; au cours du combat et en tant que prisonnier; ses biens deviennent    butin de guerre; il ne m&eacute;ritera m&ecirc;me pas le statut d'esclave. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Finalement, bien qu'il s'agisse    d'une guerre d'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral, le sort de l'apostat    est pire que celui du polyth&eacute;iste. Le cercle de la violence se referme    de nouveau sur la mort. Les Etats ayant souscrit &agrave; la d&eacute;claration    des droits de l'homme en islam y ont-ils song&eacute;? Probablement pas, mais    les radicaux, s&ucirc;rement! Une telle approche englobe-t-elle le terrorisme,    quatri&egrave;me stade de l'&eacute;volution? La r&eacute;ponse n'est pas tranch&eacute;e.    Car il peut trouver sa place dans le cadre des trois rationalit&eacute;s t&eacute;l&eacute;ologiques,    tout en &eacute;mergeant de logique de la violence l&eacute;gitime.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"><b><i>La terreur islamiste</i></b></font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Aujourd'hui, l'islam, un    peu partout, est partag&eacute; entre deux camps rivaux, durs et irr&eacute;ductibles,    marginalisant une troisi&egrave;me force m&eacute;diane et mod&eacute;r&eacute;e    : les &eacute;radicateurs contre les islamistes radicaux. Deux questions nous    semblent fondamentales : peut-on mettre sur le m&ecirc;me pied les &eacute;radicateurs    et les terroristes? Et, existe-t-il, en islam, une th&eacute;orie du terrorisme?    La premi&egrave;re question est politique, la seconde est cognitive. Commen&ccedil;ons    par la premi&egrave;re, la plus imm&eacute;diate car elle conditionne, partiellement,    la seconde, l'enjeu th&eacute;orique. <br>   Refusant de se plier au verdict des urnes en cas de victoire, les extr&eacute;mistes    se pr&eacute;valent d'un mot d'ordre: &quot;pas de libert&eacute; pour les ennemis    de la libert&eacute;&quot; ou &quot;pas de tol&eacute;rance pour les intol&eacute;rants&quot;    . </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Les radicaux sont, pour    leur part, beaucoup plus difficiles &agrave; identifier. Sont-ils tous des terroristes?    Pas forc&eacute;ment. En tous cas, ce camp r&eacute;torque, dans l'agitation,    que le suffrage universel donne un droit &eacute;gal &agrave; la participation    politique pour tous, voire autorise la prise du pou-voir. Mot d'ordre alternatif    du discours &quot;islamo-d&eacute;mocrate&quot; : profiter des &eacute;lections    pour instaurer un Etat authentiquement islamique. On a maintes fois reproch&eacute;    aux deux camps leur duplicit&eacute;, comme si on avait les moyens de distinguer,    en politique, l'appara&icirc;tre de l'&ecirc;tre, l'hypocrisie de l'authenticit&eacute;    .</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Les islamistes au pouvoir,    instaureront-ils un Etat th&eacute;ocratique? Certains en doutent. Nombreux    sont ceux qui appellent &agrave; prendre un risque bien calcul&eacute;. D'abord,    l'exercice du pouvoir, disent-ils, mod&egrave;re les ambitions ; ensuite, le    danger peut toujours &ecirc;tre &eacute;loign&eacute; par une &quot;option Pinochet&quot;    nous dit Huntington ; enfin, l'islam n'est pas une alternative &agrave; &quot;la    fin de l'histoire&quot; . Poussant le cynisme &agrave; son terme, Haouri Lahouari    estime que l'accession de l'islam radical au pouvoir peut &ecirc;tre une &quot;r&eacute;gression    f&eacute;conde&quot; susceptible de donner aux forces d&eacute;mocratiques s&eacute;cularis&eacute;es    la base populaire qui leur manque ! L'impasse est r&eacute;elle. Au-del&agrave;    de la rationalit&eacute; de joueurs sou-cieux de pr&eacute;dire un coup gagnant,    des questions poli-tiques de fond demeurent. Faut-il se laisser abuser par &quot;les    casseurs de barbus&quot; ayant pour unique mot d'ordre: &quot;Moi ou les Ayatollahs&quot;?    Ghassan Salam&eacute; refuse en bloc cette compromission. <br>   Que faire? Distinguer les mod&eacute;r&eacute;s des terroristes? Passer de la    confrontation &agrave; une logique du dialogue en vue d'int&eacute;grer les    islamistes au jeu politique, par la cooptation ou la reconnaissance? En somme,    sortir du dilemme en imaginant &quot;une issue d&eacute;mocratique&quot; dont    les conditions ont &eacute;t&eacute; pos&eacute;es comme un affaiblissement    du centre, une d&eacute;marcation non rigide entre ligne dure et ligne mod&eacute;r&eacute;e    au sein de l'arm&eacute;e, un compromis &agrave; n&eacute;gocier sous la forme    d'un pacte entre r&eacute;formateurs au pouvoir et mod&eacute;r&eacute;s islamistes.    <br>   Le d&eacute;bat politique d&eacute;cisif pour les ann&eacute;es &agrave; venir    reste ouvert. <br>   Mais encore faut-il affronter l'enjeu th&eacute;orique: existe-t-il une th&eacute;orie    du terrorisme en islam? On en conviendra facilement, sans doute, l'islam n'est    pas l'islamisme et l'islamisme n'est pas le terrorisme. De plus, le terrorisme    est un &quot;concept fourre-tout&quot; dont l'extension d&eacute;mesur&eacute;e    risque de d&eacute;boucher sur une amal-game entre diverses formes de violence    extr&ecirc;me cibl&eacute;e et al&eacute;atoire (prises d'otages, attentats    contre soldats, kamikazes et autres actes criminels...) . Il est &eacute;galement    vrai que l'usage syst&eacute;matique du meurtre, l'homicide intentionnel et    d&eacute;personnalis&eacute;, est li&eacute; &agrave; des &eacute;v&eacute;nements    modernes : la terreur r&eacute;volutionnaire, le nationalisme et la d&eacute;mocratie    . Les Temps &quot; pr&eacute;-modernes &quot; connaissaient d&eacute;j&agrave;    quelques vari&eacute;t&eacute;s de l'homicide li&eacute; au corps politique,    essentiellement le tyrannicide dont le premier pr&eacute;c&eacute;dent remonte    au environs de 1200 avant J-C, au temps des Juges : Ehoud le benjamite lib&eacute;rant    Isra&euml;l des mains d'Egl&ocirc;n, roi de Moab, l'assassinat auquel s'adonn&egrave;rent    les z&eacute;lotes, les germains et les assassins de l'islam (auxquels on doit    le mot &quot; assassin &quot; moderne), et bien entendu la violence institutionnelle    de l'Eglise . </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Ce qui est nouveau avec    le terrorisme contemporain, c'est qu'il est irrationnel: il franchit le &quot;seuil    d'acceptabilit&eacute;&quot; de la violence ; il efface les fronti&egrave;res    entre l'agent et la cible et l'intention et la fin ; il instaure une rupture    du lien entre la violence et l'&eacute;thique que le tyrannicide, par exemple,    tient &agrave; &eacute;tablir et auquel il substitue une relation &eacute;thologique    de pr&eacute;dateur &agrave; proie. <br>   Actuellement, les terroristes, bandes arm&eacute;es diss&eacute;min&eacute;es    dans le monde, appartiennent au camp islamiste. Mais nous sommes d&eacute;sempar&eacute;s    car nous ne savons pas s'ils sont port&eacute;s en leur sein comme la m&egrave;re    porte les petits, ou bien s'ils viennent &agrave; la suite &agrave; son &eacute;chec    politique, ou enfin s'ils recourent au terrorisme pour &eacute;largir la zone    d'action jusqu'&agrave; se qu'elle &eacute;pouse les contours du monde! Certains    de leurs sympathisants d&eacute;noncent la &quot;terreur contre les terroristes&quot;    et vont jusqu'&agrave; imputer &agrave; la police d'&Eacute;tat la liquidation    d'intellectuels g&ecirc;nants ou de policiers pacifistes ! <br>   <br>   L'islam classique n'a pas de mot sp&eacute;cifique pour qualifier ce que les    Etats modernes nomment : extr&eacute;misme (tatarruf), terrorisme (irh&acirc;b)    et assassinat (ightiy&acirc;l). L'islam classique utilisait plut&ocirc;t le    terme ghuluw (l'exag&eacute;ration, l'exc&egrave;s). L'occurrence s'applique    &agrave; toute attitude en opposition avec un certain islam mod&eacute;r&eacute;    qui abhorre l'exc&egrave;s (2 : 143), de la pi&eacute;t&eacute; aux opinions    dissidentes. L'argument est simple : le proph&egrave;te est envoy&eacute; pour    rendre la vie plus facile et moins g&ecirc;nante au croyant . C'est l'esprit    m&ecirc;me du mesotos (wasat) et d'O&iuml;konomia (iqtis&acirc;d) qui a fait    la gloire du &quot; miror of Prince &quot; en islam. Politiquement, le mot ghuluw    se fixa pour d&eacute;signer les exc&egrave;s du shi'isme (ghul&acirc;t al-ch&icirc;'a).    A la diff&eacute;rence des simples shi'ites qui font de l'imam un h&eacute;ritier    du proph&egrave;te (par le Coran et le testament de Mohammed), cette faction    va au del&agrave; en d&eacute;fendant trois autres principes : l'incarnationisme    ou l'infusion (l'imam incarne l'esprit saint) ; la m&eacute;tempsycose de la    proph&eacute;tie (la proph&eacute;tie se transmet) ; et le libertinage (le refus    de pratiquer le culte). Ce fut le cas des assassins (hash&acirc;shins) qui avaient    proclam&eacute;, le 8/8/1164, la fin de la shar&icirc;a et l'av&egrave;nement    de la &quot;grande r&eacute;surrection&quot; (al-qiy&acirc;ma al-kobra) . En    prenant les pr&eacute;cautions d'usage qui consistent &agrave; contextualiser    les choses, ils s'&eacute;taient r&eacute;fugi&eacute;s dans une montagne inaccessible,    &agrave; Alamut, un peu comme Ben Laden l'a fait en Afghanistan.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">De l&agrave; &agrave; ordonner    l'assassinat, il n'y a qu'un pas que l'islam politique a saut&eacute;, et ce,    d&egrave;s l'origine. Non sans mal, il est vrai, car, si le Coran souscrit &agrave;    bien des formes de violence, il d&eacute;sapprouve l'assassinat, l'attentat    pr&eacute;m&eacute;dit&eacute; par tra&icirc;trise car &quot;Dieu n'aime pas    le tra&icirc;tre incr&eacute;dule&quot; (32 : 38). Ce verset a &eacute;t&eacute;    interpr&eacute;t&eacute; par les classiques comme interdisant l'assassinat (fatk    ou ightiy&acirc;l), sur la base des circonstances de sa r&eacute;v&eacute;lation    : les croyants avaient consult&eacute; Mohammed pour tuer les infid&egrave;les    par tra&icirc;trise; et le proph&egrave;te le leur avait interdit. Toutefois,    on d&eacute;nombre pas moins de sept meurtres par surprise et ruse contre cinq    juifs (dont une femme) et deux Mecquois infid&egrave;les qui ont blasph&eacute;m&eacute;    contre Mohammed &agrave; M&eacute;dine. L'ordre a-t-il &eacute;t&eacute; donn&eacute;    par Mohammed ? Ashmawy, en tant que la&iuml;c musulman, le nie . Les sources    classiques ram&egrave;nent l'assassinat &agrave; une rationalit&eacute; t&eacute;l&eacute;ologique    : il s'agirait d'une tactique de guerre employ&eacute;e par le proph&egrave;te    &agrave; M&eacute;dine avant que l'islam ne triomphe d&eacute;finitivement.    Le sc&eacute;nario assassin se d&eacute;roule d'une mani&egrave;re presque identique,    d'apr&egrave;s Tabari : choisir une ou deux personnes proches de la victime    pour gagner sa confiance, l'attirer dans un pi&egrave;ge de pr&eacute;f&eacute;rence    la nuit, et enfin l'ex&eacute;cuter pour jeter la terreur dans le c&#156;ur    de l'ennemi. Mais ce sc&eacute;nario exclut le suicide, le kamikaze (qu'il ne    faut pas confondre avec la mort au combat). <br>   Par ailleurs, l'interdiction du suicide d&eacute;coule du m&ecirc;me principe    du respect de la vie (4 : 29- 30) et de la responsabilit&eacute; de l'homme    &agrave; rendre compte de ses actes ( 74 : 38), et m&ecirc;me de ses propres    organes : &quot;il sera s&ucirc;rement demand&eacute; compte de tout : de l'ou&iuml;e,    de la vue et du c&#156;ur&quot; (17 : 36). Avec le triomphe d&eacute;finitif    de l'islam, le terrorisme a &eacute;t&eacute; exclu de la th&eacute;orie classique    de la guerre. .</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Seules les sectes h&eacute;t&eacute;rodoxes    pourchass&eacute;es vont, en fait, y recourir. Avec le kharijisme, sortis des    rangs d'Ali, le terrorisme devient une strat&eacute;gie de la r&eacute;volution    selon un mod&egrave;le s&eacute;quentiel qui passe, en fonction de la r&eacute;pression,    par quatre phases: l'&eacute;tat de d&eacute;vouement (la secte r&eacute;duite    au silence) ; l'&eacute;tat de secret (existence difficile) ; l'&eacute;tat    de r&eacute;sistance (la lutte arm&eacute;e) ; enfin l'&eacute;tat de gloire    quand la minorit&eacute;, se prenant pour la vraie maison de l'islam, triomphe    de la maison de la guerre. A l'inverse, les shi'ites, face &agrave; la r&eacute;pression    implacable, se retirent derri&egrave;re une th&eacute;orie de la dissimulation    (la taqiyya) qui consiste &agrave; cacher leur parti-pris pour Ali jusqu'&agrave;    ce que Khomeiny y mette fin, dans les ann&eacute;es soixante. <br>   Aujourd'hui, les assassinats politiques reprennent dans la seconde phase nationale.    Certes, les moyens orientaux ne sont ni plus sanguinaires, ni plus cruels que    d'autres peuples. Mais la liste des assassinats est assez fournie . Le radicalisme    sunnite contemporain du Djih&acirc;d, du Hamas, des Talibans et du GIA prend    le relais, dans les troisi&egrave;me et quatri&egrave;me phases. Toutefois le    terrorisme, dans la logique de ses adeptes, reste un moyen en vue d'une fin.    Mais son caract&egrave;re &quot;&eacute;thique&quot; demeure suspect, y compris    du point de vue d'une morale islamique &agrave; caract&egrave;re strat&eacute;gique.    La preuve nous est fournie par la difficult&eacute; que le clerg&eacute; shi'ite    du Hezbollah &eacute;prouve pour fournir une base religieuse &agrave; la prise    d'otages ou justifier la terreur qui s'est abattue sur les Twin Towers. Leurs    chefs pr&eacute;f&egrave;rent se retrancher derri&egrave;re des justifications    ad hoc telles que l'utilisation des victimes comme moyen de pression ou d'&eacute;change    de prisonniers . N&eacute;anmoins, au-del&agrave; la ruse qui consiste &agrave;    &eacute;viter de passer pour les commanditaires des actes assassins, l'usage    de moyens extraordinaires rentre dans le m&ecirc;me canon : la d&eacute;signation    de l'ennemi (les orgueilleux) et des amis (les d&eacute;sh&eacute;rit&eacute;s),    ainsi que la logique des moyens (la terreur) et de la finalit&eacute; (la r&eacute;publique    islamique).</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Sans doute, le terrorisme    islamique actuel a-t-il des causes sociologiques modernes que les condamnations    r&eacute;it&eacute;r&eacute;s des gouvernements islamiques, d&egrave;s lors    qu'ils en sont la cible et souvent une des causes propices, ne sont gu&egrave;re    en mesure d'effacer . Toutefois, entre les assassins d'hier et les commandos    d'aujourd'hui, un lien de sympathie existe, faisant dans &quot;le m&ecirc;me    d&eacute;sir anxieux et z&eacute;l&eacute; de purger la communaut&eacute; de    l'influence &eacute;trang&egrave;re&quot; , m&ecirc;me si, on ne le dira jamais    assez, la diff&eacute;rence est profonde entre les deux types d'extr&eacute;misme.    Au risque donc de transformer les affinit&eacute;s &eacute;lectives en un parall&egrave;le    rapide, les islamistes se pr&eacute;valent pour justifier l'&eacute;limination    physiques de leur adversaires des m&ecirc;mes pr&eacute;c&eacute;dents que ceux    du pass&eacute;. S'exilant dans un hors-lieu du monde impie, ils mettent en    &#156;uvre implacablement les r&egrave;gles de la guerre sainte, s'attaquent    aux biens mat&eacute;riels et aux innocents. Du tyrannicide au terrorisme, en    passant par la guerre sainte, ils parcourent toutes les s&eacute;quences de    l'histoire de la violence, presque indiff&eacute;rents au temps historique.    Peu nous importe alors si le terrorisme, en fin de compte, est inefficace &agrave;    renverser les r&eacute;gimes en place comme le prouve l'histoire. Cette strat&eacute;gie    d&eacute;cline en coups diss&eacute;min&eacute;s, &agrave; peine n&eacute;cessaires    &agrave; la survie des bandes arm&eacute;es.</font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Comment les id&eacute;es    r&eacute;sistent-elles &agrave; l'&eacute;preuve de l'histoire? Ni la g&eacute;n&eacute;alogie    de Nietzsche, ni l'arch&eacute;ologie de M. Foucault ne r&eacute;pondent &agrave;    la question. D&egrave;s les d&eacute;buts de l'islam, apparaissent les premi&egrave;res    et ultimes inqui&eacute;tudes de la religiosit&eacute;: sous quel mode se doit-on    de vivre son salut-d&eacute;livrance ? : par la seule profession de foi en Dieu    et en Mohammed ou, en plus de cela, par des devoirs imp&eacute;ratifs et une    opinion sp&eacute;culative d&eacute;termin&eacute;e ? Quelle est la diff&eacute;rence    entre la foi universelle (im&acirc;n) et l'islam, religion sp&eacute;cifique?    Toutes les th&eacute;ories sur l'islam lib&eacute;ral n'ont malheureusement    pas pu mettre fin &agrave; la surench&egrave;re qui agite l'islam. Du meurtre    des premiers califes (Othman et Ali) aux r&eacute;cents attentats, c'est toujours    le m&ecirc;me geste inaugural, servant &agrave; la fois comme mythe mobilisateur,    attente eschatologique et utopie r&eacute;alisatrice. </font></p> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">Toutes les explications    de la violence ne peuvent gu&egrave;re supprimer notre intuition : une soci&eacute;t&eacute;    est &agrave; m&ecirc;me de neutraliser &quot;la violence de conviction&quot;,    au lieu d'&ecirc;tre travaill&eacute;e par la pulsion destructrice. Wellhausen,    sur lequel s'appuie Weber, commence son histoire de l'Empire Arabe par le constat    que la religion est la marque sp&eacute;cifique de ces soci&eacute;t&eacute;s    . Or, selon le mod&egrave;le de l'interpr&eacute;tation du texte religieux de    Pier-Cesare Bori, le Texte grandit avec les lecteurs comme la m&egrave;re grandit    avec ses enfants . Pourtant, il semble que l'islam ayant fait de ce m&ecirc;me    religieux &quot;la raison d'&ecirc;tre de l'&Eacute;tat, le principe de l'unit&eacute;,    le Staatgedanke&quot; a diminu&eacute; avec la lecture. Ou, pour &ecirc;tre    optimiste, le Texte et les lecteurs ont mal grandi ensemble. La d&eacute;mocratie    s&eacute;cularis&eacute;e pourra-t-elle r&eacute;concilier l'islam et le monde?    En tout cas, il s'av&egrave;re aujourd'hui que l'islam peut de moins en moins    grandir avec le fondamentalisme radical, apr&egrave;s avoir vainement tent&eacute;    de le faire sans, voire contre lui.</font></p> <p align="center"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">***</font></p> <p></p> <p></p> <p></p> <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif"> </font> <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif">La tension entre l'ordre    politique et l'ordre hi&eacute;ocratique est aujourd'hui cruciale pour l'islam.    C'est cette tension qui fait que les fondamentalistes et les Etats c&eacute;saro-papistes    sont maintenant plus que jamais en comp&eacute;tition pour le monopole de la    gr&acirc;ce. Le l&eacute;galisme de la shar&icirc;a, au lieu d'&ecirc;tre un    droit th&eacute;ocratique qui fige les rapports commerciaux, est devenu chez    les fondamentalistes une passion anim&eacute;e par une rationalit&eacute; affectuelle    et nostalgique. C'est elle qui pousse les fondamentalistes &agrave; contester    les r&eacute;gimes islamiques et &agrave; assimiler les territoires de l'islam    &agrave; des territoires infid&egrave;les du fait qu'ils n'appliquent pas int&eacute;gralement    la shar&icirc;a. Les fetwas, quant &agrave; elles, sont devenues une v&eacute;ritable    cr&eacute;ation d'obligations juridiques imp&eacute;ratives et non plus une    justice de Cadi arbitraire, casuistique et subjective. Vis &agrave; vis des    non musulmans, la guerre sainte n'a plus pour but le payement du tribut ou la    conqu&ecirc;te de domaines f&eacute;odaux, mais elle est entreprise, comme le    furent les croisades, sous la devise augustienne: coge entrare. Le combattant    fondamentaliste de la foi n'est plus un guerrier anim&eacute; par les plaisirs    ing&eacute;nus de la vie ici-bas, mais un h&eacute;ros messianique et mortif&egrave;re    qui se sacrifie sur l'autel de Dieu, attir&eacute; par la promesse du salut    et de l'&eacute;ternit&eacute; de son &acirc;me dans le paradis. S'agit-il alors    d'un v&eacute;ritable salut, d'une r&eacute;demption, d'une pr&eacute;destination    ou encore d'une transfiguration n&eacute;gative de la logique de la d&eacute;livrance?    <br>   La question est maintenant ouverte.<br>   </font></p> <p><b><a href="http://www.la-science-politique.com/sommaire.php">RETOUR A L'ACCUEIL</a></b></p> </body> </html> 
