<html>  <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage Express 2.0"> <title>REPRENDRE  ZRO - PIERRE LAGRANGE</title> </head>  <body background="toptxtr.gif">  <p align="center"><em>Cet article de Pierre Lagrange est une longue et importante remise en cause de l'approche sociopsychologique rductionniste applique au phnomne OVNI</em></p>  <p align="center">************************</p>  <p align="center"><font size="4">REPRENDRE  ZRO</font></p>  <p align="center"><font size="4">POUR UNE SOCIOLOGIE IRRDUCTIONNISTE DES OVNIS <sup>1</sup></font></p>  <p align="center"><font size="2">(A lire aussi </font><font color="#000000" size="2">&quot;</font><a href="http://greguti.free.fr/ovni/lagrange-bifrost.htm"><font color="#000000" size="2">Comment tordre le cou  quelques ides reues  propos des soucoupes volantes</font></a><font color="#000000" size="2">&quot; sur le site de Gregory Gutierez)</font></p>  <p align="center"><a href="mailto:lagrange@gulliver.fr"><em>Pierre LAGRANGE</em></a><em> </em></p>  <p align="center"><em>Inforespace (revue trimestrielle de la </em><a href="http://www.sobeps.org"><em>SOBEPS</em></a><em> ) - n100 - Juin 2000</em></p>  <hr>  <p align="center"><em> Il n'y a pas, il n'y a jamais eu la science d'une part, et les mythes de l'autre. La part de savoir pertinent, dans un mythe donn, une tradition millnaire, une pense sauvage, est probablement aussi grande que la part de mythologie qu'enveloppe avec elle une science donne. Nous en savons quelque chose, nous autres Occidentaux, gorgs de science depuis des millnaires, et encombrs de toutes parts des farces et attrapes glisses sous ce vocable. </em></p>  <p align="center">Michel Serres, in <em>La Traduction</em>, p. 258 <sup>2</sup>.</p>  <hr>  <p>Les sciences sociales ne peuvent-elles tudier les ovnis qu'aprs les avoir rangs au rang d'illusions, d'erreurs de perception ? C'est ce qu'ont cru certains ufologues  partir de la fin des annes soixante-dix. Je voudrais montrer dans cet article qu'ils ont eu tort et que la sociologie des ovnis peut trs bien - mieux ! doit - se faire sans rduire l'ovni  un pur phnomne sociopsychologique. La sociologie des soucoupes doit passer du rductionnisme  l'irrductionnisme. Faute de quoi cette sociologie demeure une controverse ufologique, rien de plus. Dans un ouvrage rcent, Mheust a contest l'usage abusif de l'explication psycho-sociale dans le cas de la vague d'ovnis survenue en Belgique en 1989-90. En compagnie de Mheust et d'Anne Vve, j'avais publi il y a une douzaine d'annes, sur un ton lger, une critique du rductionnisme en ufologie. Dans une srie de textes publis dans des revues d'anthropologie et inspirs par l'volution rcente de la rflexion en sociologie (mais passs inaperus des ufologues), j'ai propos une autre critique, plus srieuse, des analyses rductionnistes. Non seulement je partage la critique de Mheust, mais je veux montrer qu'on peut aller beaucoup plus loin : il ne s'agit pas de dire que l'HPS (hypothse psychosociologique) ne s'applique pas dans tous les cas, il s'agit de montrer qu'elle ne s'applique  aucun cas.</p>  <p>l. Je vais dcrire rapidement les conditions dans lesquelles l'explication sociopsychologique des ovnis est apparue et je rappellerai le dbat qui a suivi.</p>  <p>2. Je montrerai ensuite que l'HPS ne tient pas compte de l'volution des sciences sociales, notamment en histoire (culture populaire) et en anthropologie (pense sauvage).</p>  <p>3. et surtout de l'apparition de la sociologie des sciences.</p>  <p>4. Je proposerai enfin de renverser le cadre d'analyse de l'HPS afin de raliser une sociologie irrductionniste des ovnis.</p>  <p><strong>1. La nouvelle ufologie</strong></p>  <p>A la fin des annes 70, un nouveau courant d'ides merge au sein de l'ufologie (l'tude des ovnis) : la nouvelle ufologie. Courant n d'un doute, celui de Michel Monnerie, un des rdacteurs de la revue <em>Lumires dans la Nuit</em> (LDLN). Monnerie tait  l'origine d'une tentative tout  fait originale pour tenter de capturer sur la plaque photographique des phnomnes ovnis : le Rsufo, un rseau de surveillance photographique anim par des enquteurs et lecteurs de LDLN qui devaient prendre des clichs du ciel selon des instructions prcises. Le but tait de crer une couverture du territoire et de prendre ainsi dans les mailles d'ventuels phnomnes ariens. Charg d'analyser les clichs photographiques qui lui taient soumis dans le cadre du programme Rsufo <sup>3</sup>, Monnerie avait t troubl par deux faits (en plus de l'extraordinaire difficult  discipliner les participants pour qu'ils effectuent les tches ncessaires au bon fonctionnement du rseau). D'une part par l'absence de documents photographiques troublants parmi ceux qui lui taient prsents, d'autre part par le fait que le caractre trange, non identifi, de certains phnomnes rvls par les clichs tait souvent li  des renseignements errons sur les conditions de prise de vue. Mauvaises dates, informations fausses sur la portion du ciel vis, etc...</p>  <p>Au moment mme o le doute gagnait Monnerie, la revue <em>Lumires dans la Nuit</em> laissait s'installer dans ses colonnes des dbats d'un genre nouveau sur la nature du phnomne ovni. Un enquteur, Pierre Viroudy, proposa d'expliquer les ovnis comme des manifestations parapsychologiques. Un autre ufologue, Jean-Jacques Jaillat, interprta le phnomne  la lueur des thories du psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Dans d'autres publications ufologiques comme <em>La Revue des Soucoupes Volantes</em>, des enquteurs comme Josiane et Jean d'Aigure proposrent une lecture psychanalytique des affaires d'enlvements. Pensant qu'il allait se faire doubler par un de ces auteurs frus de psychologie ou de psychanalyse, Monnerie rdigea en hte un ouvrage - <em>Et si les Ovnis n'existaient pas ?</em> <sup>4</sup> - dans lequel il liquidait les soucoupes comme autant de mprises et proposait une explication psychologique du phnomne. Influencs par le mythe extraterrestre, les tmoins confondaient, selon Monnerie, des objets banals de leur environnement avec des soucoupes volantes. L'effet de surprise fut total. Au dbut, le dbat fut courtois <sup>5</sup>. Mais il changea rapidement de ton : les ufologues et les lecteurs des revues ufologiques firent bientt un sort  l'auteur de <em>Et si les Ovnis n'existaient pas ?</em> <sup>6</sup>. Si l'on excepte les analyses minutieuses de Jacques Scornaux <sup>7</sup>, la critique fut en gnral lapidaire. Les ufologues partisans de l'ide que les ovnis ne se rsument pas  des mprises et renvoient  la manifestation d'une intelligence non humaine ont trs mal ragi  cette arrive de l'HPS parmi les explications. Jusqu'alors, seuls les contradicteurs rationalistes affirmaient que les ovnis n'existaient pas. Il tait facile de mettre un terme  la discussion en expliquant qu'ils ne connaissaient rien au dossier Dsormais la contradiction venait de l'intrieur de l'ufologie; elle venait d'ufologues qui connaissaient parfaitement la casuistique. Les revues et bulletins soucoupiques ont commenc  se remplir d'articles discutant l'HPS et cette nouvelle soucoupologie sceptique.</p>  <p>Certains ufologues trs critiques  l'gard des thses de Monnerie, comme Thierry Pinvidic <sup>8</sup>, mirent plusieurs annes  accepter l'hypothse psychosociologique comme hypothse de travail lgitime. C'est la publication des travaux de l'Italien Paolo Toselli <sup>9</sup> sur le rle des facteurs psychologiques dans l'observation des ovnis qui les fit changer d'attitude. Dans ses analyses, Toselli se basait sur une lecture attentive de la littrature sur la psychologie de la perception dont Monnerie ignorait l'existence. Finalement, le mouvement est all en s'amplifiant. Des revues comme <em>Inforespace</em> ou <em>Ovni-prsence</em> <sup>10</sup> acceptrent de publier des discussions sur cette nouvelle hypothse malgr ses implications et des ufologues de plus en plus nombreux ont fini par s'y intresser.</p>  <p>Un nouveau clivage est alors apparu, non plus entre ufologues et rationalistes mais entre ufologues et nouveaux ufologues. Malheureusement, les ufologues classiques n'ont que trs rarement fait l'effort d'analyser le contenu des arguments de la nouvelle ufologie <sup>11</sup>. Ils ont rduit souvent les nouveaux ufologues  des amateurs d'ovnis convertis au rationalisme par dception ou par dsir d'tre reconnus, ce qui revient  passer trs rapidement sur l'intrt indniable de leurs arguments et sur les divergences, aussi nombreuses que fines, qui existent entre eux. Peut-on assimiler les ides des anctres du mouvement, Monnerie, Barthel et Brucker  celles des reprsentants de la nouvelle ufologie des annes quatre-vingt ? Peut-on rduire les conceptions de Jacques Scornaux  celles de Thierry Pinvidic <sup>12</sup> ? Les travaux de Bertrand Mheust ont- ils quoi que ce soit  voir avec la nouvelle ufologie ? Ces diffrences ne se rsument pas  des points de dtail. Si les ufologues classiques faisaient l'effort de rentrer dans le contenu des discours qu'ils critiquent, ils pourraient non seulement y trouver des ides susceptibles de les intresser et d'enrichir leur rflexion, mais aussi et surtout, ils pourraient donner beaucoup plus de poids  leurs critiques. En refusant en quelque sorte une controverse dans les rgles, ils contribuent  marginaliser l'ufologie. A leur dcharge, il faut tout de mme noter que certaines des critiques qui ont t adresses par les nouveaux ufologues aux anciens ont parfois revtu un ton si outrancier qu'il tait difficile d'esprer convaincre ou mme seulement ouvrir le dbat <sup>13</sup>. Au niveau de la forme des dbats, les nouveaux ufologues ont montr qu'ils n'taient pas si diffrents des anciens. Aux prjugs des premiers s'opposaient simplement les nouveaux prjugs des seconds.</p>  <p><strong>2. Hypothse psychosociologique et sciences sociales</strong> </p>  <p>Les anciens et les nouveaux ufologues sont proches sur un autre point. Les premiers,  croyants , comme les seconds,  sceptiques , confondent deux choses : d'une part les sciences humaines, d'autre part l'HPS, qui est une hypothse ufologique. Car les sciences humaines ne commencent pas  Monnerie, ne finissent pas avec lui et n'en tiennent, il faut bien le dire, aucun compte. Michel Monnerie n'est pas psychosociologue. Il est vrai que la sociologie a derrire elle une longue tradition de  dvoilement des illusions . Il est vrai que certains sociologues, comme Jean-Nol Kapferer et Bernard Dubois <sup>14</sup>, traitent la question des ovnis comme une  croyance  (au sens pjoratif du terme) en considrant a priori qu'ils n'existent pas et qu'il s'agit donc de rendre compte d'une erreur, d'une dviation, d'une forme d'irrationnel. Les analyses par Kapferer et Dubois des causes de l'ignorance des Franais en science  partir de conceptions sur la pense pr-rationnelle des  Sauvages  sont calques sur celles des folkloristes du sicle dernier au sujet des  superstitions  <sup>15</sup>. Mais la pertinence de tels exercices de sociologie critique est de plus en plus discute. Les sciences sociales ont beaucoup volu, passant d'une sociologie critique  une sociologie de la critique. Les historiens Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel ont montr, dans un article demeur clbre <sup>16</sup>, comment, au sicle pass, les lettrs ont commenc par censurer la culture populaire avant de l'tudier. Auteur, en 1854, de la premire tude sur les livres de colportage. Charles Nisard fut avant tout le secrtaire d'une  commission d'examen des livres de colportages  qui contribua  interdire la diffusion de nombre de ces livrets populaires qui contrariaient l' ordre , la  morale  et la  religion . Bref, le travail scientifique a tourn  l'autopsie. Ce texte de de Certeau, Julia et Revel reste la meilleure rponse  opposer  ceux qui voudraient se pencher sur la  culture populaire soucoupique  aprs lui avoir donn le coup de grce.</p>  <p>Les nouveaux ufologues se trouvent donc dans une drle de passe. En voulant assimiler de faon volontaire ou involontaire, l'HPS  une pratique sociologique. ils ont oubli que cette discipline a bien chang depuis Nisard. Le folklore n'est plus rduit  un ramassis d'expriences psychologiques influences par un mythe <sup>17</sup>. Attribuer a priori aux expriences dcrites dans les folklores le statut d'erreurs et dtailler les mcanismes de production de ces erreurs ne suffit plus  les expliquer. Une des meilleures raisons est peut-tre  chercher dans le fait que les catgories de  populaire  et de  folklorique , ont suscit ces dernires annes de nombreux dbats. Certains historiens, et non parmi des moindres, ont montr qu'on ne pouvait plus croire  l'existence de cultures  savante  et  populaire  nettement diffrencies a priori. Aussi, bon gr mal gr, comme l'crit Roger Chartier, <em>  la qute, souvent due, d'une culture spcifiquement et exclusivement populaire doit donc tre substitue l'identification des usages culturellement diffrencis de matriaux communs </em> <sup>18</sup>. Avec la liquidation du partage entre savant et populaire, c'est  la fin d'autres partages - comme ceux entre sauvage et civilis <sup>19</sup>, rationnel et irrationnel (voir la citation de Serres place en exergue). profane et expert, croyance et savoir <sup>20</sup>, etc... - que nous assistons. Comme l'exprime l'anthropologue britannique Jack Goody, les sociologues, ethnologues et historiens, mettent de plus en plus <em> en doute que le recours aux partages dichotomiques ait quelque pertinence quand on se propose d'tudier le dveloppement des formes de connaissance, les diffrences des modes de pense, les progrs du savoir </em> <sup>21</sup>. Si les classifications dichotomiques s'effondrent, le partage erreur/vrit devient moins vident  tracer. A tout le moins, dmontrer l'erreur ne suffit plus  expliquer les sociologiques de l'ufologie. En parlant de folklore, de mythes, les nouveaux ufologues ont effectivement apport quelque chose de neuf  l'ufologie. Mais ils n'ont rien appris de plus aux anthropologues et ils ont souvent fait de ces termes une utilisation qui tourne dlibrment le dos  l'volution actuelle de la recherche en histoire et en anthropologie.</p>  <p><strong>3. L'mergence de la sociologie des sciences</strong> </p>  <p>Nous venons de voir que les sciences sociales ont connu une volution qui empche de se livrer  une sociologie rductionniste. Il nous faut maintenant insister tout particulirement sur une discipline, la sociologie des sciences, dont l'volution rcente force l'analyse des ovnis - et des  parasciences  en gnral -  sortir du rductionnisme. Au moment o l'hypothse psycho-sociologique a fait son apparition en ufologie, la sociologie des sciences a connu un profond renouvellement, notamment avec les travaux de l'cole de Bath, de celle d'Edimbourg et du Centre de Sociologie de l'Innovation de l'cole des mines de Paris (Latour, Callon). Elle a d faire face  deux obligations. Tout d'abord, l'obligation d'tudier les sciences avec les outils de l'ethnographie la plus classique. En effet, pourquoi certains savoirs seraient-ils hors d'atteinte ?</p>  <p>Des sociologues se sont rendus dans les laboratoires pour se pencher sur le travail des scientifiques afin de comprendre le fonctionnement des institutions de recherche et la production des savoirs <sup>22</sup>. Exactement de la mme faon qu'on tudie la magie ou la sorcellerie dans les autres cultures <sup>23</sup>. Deuxime obligation : dcrire non seulement la socit scientifique, le milieu des chercheurs, mais galement la production des faits scientifiques, en montrant qu'il s'agit de faits sociaux et de constructions sociales mais sans les rduire  des faits sociaux ou  des constructions sociales au sens ou l'on emploie trop souvent ces termes. Pour dire les choses autrement, il s'agissait d'tendre la notion de fait social aux faits scientifiques sans ramener ces faits (trous noirs, endorphines, etc.)  de simples constructions sociales,  de simples effets de consensus. La sociologie des sciences ne remet aucunement en question la validit des dcouvertes scientifiques; elle ne rduit pas les faits  des artefacts. En redfinissant ainsi la notion de social et de socit, en l'tendant aux faits scientifiques, en transformant ces faits en acteurs sociaux, la sociologie passe du rductionnisme  l'irrductionnisme. Il devient possible de traiter sur un pied d'galit les vrits et les erreurs scientifiques <sup>24</sup>. La sociologie des sciences permet la mise en symtrie des sciences et des autres formes de connaissance. Attitude qui peut paratre irrespectueuse pour les sciences.</p>  <p><strong>La dfinition rductrice que l'on se donne de la sociologie</strong></p>  <p>Celle nouvelle dfinition de la sociologie a du mal  tre accepte par certains porte-parole de la science comme les rationalistes. Habitus  une conception rductrice de la sociologie, qu'ils utilisaient volontiers pour liquider les ovnis, les rationalistes sont inquiets face  ces sociologues qui prtendent tudier les faits scientifiques. La sociologie des sciences sme la panique dans les rangs rationalistes o l'on ne parvient pas  l'interprter autrement que comme une tentative de rduction. Comment interprter autrement une dmarche sociologique qui entend tudier sur un pied d'galit vrits et erreurs scientifiques, sciences et  parasciences . Comment croire, lorsqu'on est habitu  l'ide d'une sociologie de l'erreur, que la sociologie des sciences fasse autre chose que de rduire les faits scientifiques  une collection d'artefacts ?</p>  <p>L'astrophysicien et rationaliste Evry Schatzman applaudit lorsque les ufologues Barthel et Brucker sociologisent la vague d'observations de soucoupes de 1954 <sup>25</sup> mais il s'inquite que des sociologues puissent envisager d'tudier la production des savoirs scientifiques <sup>26</sup>. De mme, le journaliste scientifique Michel Rouz propose qu'on remette au sociologue les soucoupes, puisque <em> c'est trs intressant comme phnomne psychologique et sociologique </em> <sup>27</sup>, mais il s'inquite de la parution, dans <em>La Recherche</em>, des chroniques d'histoire des sciences de Pierre Thuillier <sup>28</sup>. Pour les rationalistes, seuls les scientifiques pourraient parler avec comptence des sciences. Derrire cette opposition  la sociologie des sciences, on trouve l'ide que le caractre social des sciences les rendrait moins vraies;  tout le moins elles seraient entches d'impurets. Cette image de la sociologie tient au fait que jusqu'ici, les facteurs sociaux n'taient censs entrer en ligne de compte que lorsque les scientifiques s'garent, commettent des erreurs. L'intrusion des facteurs sociaux seraient le signe d'une dviation par rapport  la ligne droite de la pense scientifique <sup>29</sup>. Comment comprendre que l'on puisse demeurer dans le droit chemin de la pratique scientifique tout en tant social de part en part ?</p>  <p><strong> La socit fait du bien aux sciences </strong></p>  <p>Pourtant, un certain nombre d'tudes sociales des sciences ont montr que les facteurs sociaux, contrairement  l'ide courante, ne jouent pas simplement un rle dans la mise en place de raisonnements errons. Les scientifiques ne ralisent pas leurs dcouvertes en s'isolant par rapport  l'influence de la culture ou d'autres facteurs extra-scientifiques; pas plus que les grandes erreurs ne sont dues  l'intrusion de ces facteurs. Le mythe du savant fou-gnial isol du monde permet peut-tre de produire de passionnants rcits de Blake et Mortimer, pas d'expliquer le travail des scientifiques. Mais un tel rsultat a fait souponner les sociologues : s'ils expliquent avec tant de complaisance comment la science se construit, en exposant par le menu les dtails de construction, n'est-ce pas pour l'affaiblir ? Pour la relativiser ? N'est-il pas vident que si les facteurs sociaux jouent un rle dans l'acceptation comme dans le rejet des phnomnes paranormaux, que s'il n'y a donc pas, comme on l'a cru longtemps, une profonde diffrence de forme de pense entre les deux domaines, cela rehausse les parapsychologues ou les ufologues au dtriment des  vritables  scientifiques ? Tant de relativisme ne risque-t-il pas de produire un effet de sape ?</p>  <p>Non, pour une bonne et simple raison : cela reviendrait automatiquement  enlever toute valeur  la sociologie <sup>30</sup>. En effet, de deux choses l'une : ou bien les facteurs sociaux jouent un rle dans tous les cas, et alors le sociologue n'y chappe pas; ou bien le sociologue y chappe, on se demande bien comment, mais ds lors il rtablit le Grand Partage - non plus entre science et paranormal, mais entre les sciences dures et la sociologie - auquel il prtendait tordre le cou, ce qui invalide du mme coup ce qu'il dit contre l'idologie de ce Grand Partage. Affaiblir la pratique scientifique par le recours  des explications sociologiques serait tout bonnement idiot et suicidaire. Si l'on a pu croire que les sociologues des sciences se livraient  ce genre d'exercice, c'est  la suite d'une mauvaise lecture de leurs travaux.</p>  <p>La sociologie des sciences tudie donc les faits scientifiques sans les rduire. Elle permet aussi de rparer une injustice. En effet, avant l'arrive de la sociologie des sciences, on utilisait souvent les explications sociales pour expliquer - liquider - les parasciences comme l'ufologie. La sociologie des sciences a contribu  modifier cette situation. Elle s'est rvle tre un outil formidable pour tudier des sujets comme les soucoupes ou le paranormal car elle oblige le chercheur  ne pas disqualifier l'objet d'tude, ce qui est la grande dificult en sciences sociales o l'on est habitu, par une longue tradition,  dnoncer les illusions,  mettre en vidence les influences qui s'exercent sur nous  notre insu. Dans la foule des tudes sur les controverses scientifiques, certains sociologues ont commenc  se pencher sur les controverses autour des faits  paranormaux . Rien en effet ne permettait de distinguer a priori une controverse sur les neutrinos ou les ondes gravitationnelles et une controverse sur les soucoupes ou les phnomnes parapsychologiques. Il s'agissait toujours de disputes entre chercheurs (professionnels ou amateurs, peu importe), de faits dont on devait dcider l'intgration ou le rejet. Pourquoi donc une tude sociologique de l'ovni ou des savoirs ufologiques devrait-elle passer obligatoirement par une liquidation du sujet, par une rduction de celui-ci  un pur phnomne psychosociologique au lieu de dcrire les situations et de suivre les controverses autour de leur existence ? Le sociologue doit donc laisser tomber ses opinions sur l'(in)existence des ovnis. Il ne doit pas considrer qu'il a la solution de l'nigme avant les acteurs. Appliqus aux soucoupes, les outils de la sociologie des sciences ne les rendent pas plus relles mais ils ne les disqualifient pas non plus. Bref, l'analyse est possible sans tre conditionne par les catgories classiques des sociologues et des anthropologues lorsqu'ils abordent des thmes aussi &quot; peu srieux &quot; (imaginaire, irrationnel, etc.). </p>  <p>Les tudes publies par Westrum, Collins et Pinch et quelques autres sur les controverses paranormales sont devenues des classiques. En France, le mouvement a pris beaucoup plus tard malgr le fait que quelques-uns des pionniers de la sociologie des sciences aient t des Franais (Callon, Latour) et malgr la traduction d'un article fondateur de Collins et Pinch dans une anthologie de textes <sup>31</sup>, il a fallu attendre le dbut des annes quatre-vingt dix pour que des articles sur la sociologie des parasciences commencent  paratre <sup>32</sup>. </p>  <p><strong>4. Pour une sociologie irrductionniste des ovnis</strong> </p>  <p>Aprs avoir montr que la sociologie des soucoupes devait suivre l'volution des sciences humaines vers plus de symtrie, encore faut-il pouvoir concrtement mettre en pratique cette dmarche sur l'exemple des ovnis. Il ne suffit pas de dire que la sociologie des ovnis doit tre irrductionniste, il faut montrer en quoi cela change nos explications.Aprs avoir critiqu les explications rductionnistes des rationalistes et des nouveaux ufologues, il faut les remplacer par des explications sociologiques simples et convaincantes, et qui ne liquident pas les soucoupes. Au lieu d'expliquer comment les gens dforment la ralit, il faut dmontrer qu'ils ne la dforment pas. Au lieu d'expliquer que les tmoins sont influencs par un mythe extraterrestre, il faut montrer qu'ils ne sont pas plus influencs qu'un chercheur tudiant des faits scientifiques. Au lieu de montrer que les tmoins sont nafs, il faut montrer que ce sont les conceptions des sceptiques qui sont naves.</p>  <p>Exercice difficile. Exercice d'autant plus difficile que s'il y a une ide qui runit tout le monde,  sceptiques  et  croyants , qui met tout le monde d'accord, c'est l'ide selon laquelle non seulement une partie au moins des observations est due  des mprises mais surtout l'ide complmentaire selon laquelle ces mprises mettent en jeu des phnomnes de l'esprit comme la croyance ou le mythe. Tout d'un coup les sceptiques ne sont plus seuls. Dans son bel essai sur la vague belge dj cit, dans lequel il critique les thses des sceptiques, Bertrand Mheust est pourtant d'accord avec eux sur un point : la psychologie permet de rendre compte de certains dossiers. Mme s'il n'y a pas que a, il y a bien, malgr tout, de la distorsion soucoupisante. Mheust n'est pas seul  le penser Les plus ardents dfenseurs de l'hypothse extraterrestre le pensent aussi. Il suffit d'interroger un partisan (ou ex-partisan) de l'hypothse extraterrestre comme Jean Sider : il rserve aussi une part de la casuistique au psychologue et au sociologue. Mme le regrett Jimmy Guieu acceptait l'ide qu'il y ait besoin d'explications psychologiques pour certaines observations. La diffrence entre ces thoriciens de la soucoupe et les &quot; nouveaux ufologues &quot; n'est pas de nature, elle est simplement de degr : Monnerie se contente de pousser l'hypothse jusqu'au bout. Au lieu de rserver l'explication psychologique pour certains cas, les ovis (objets volants identifis), il tend le modle  tous les cas en supposant que les ovnis sont des ovis qui s'ignorent. Les dtails rvls par les cas d'ovis tant les mmes que ceux rvls dans les cas d'ovnis, Monnerie considre qu'il est plus conomique de conclure qu'il s'agit d'ovis dans tous les cas que de supposer l'existence de phnomnes irrductibles.</p>  <p><strong>Une explication bien peu conomique</strong></p>  <p>Ainsi, on a pu lire que l'HPS, en accord avec les exigences de la dmarche scientifique, avait l'avantage d'tre une explication conomique. L'HPS rendrait compte en termes simples des phnomnes perus alors que l'HET extensible  souhait, mythifierait le phnomne en faisant appel  l'inconnu. Aprs la publication des livres de Monnerie, l'Italien Paolo Toselli affine le modle. Comme Monnerie, Toselli ne veut avoir recours qu' des processus simples pour expliquer les ovis. Malheureusement, Toselli retire d'une main la simplicit qu'il accorde de l'autre. Il crit : <em> Sans devoir supposer l'existence d' tats altrs de conscience  chez le tmoin, nous pensons que l' exprience  ovi est - mme en considrant sa nature rptitive et collective - un processus humain, commun, auto-produit, gnr principalement par des vnements psychologiques, psychophysiques et sociaux de base avec l'aide du folklore et du mythe entourant le sujet ovni dans son entier. [Without having to introduce the assumption of an  altered state of consciousness  or other  pathological  processes in the witness, we think that the IFO  experience  is - even considering its repetitive and collective nature - a very common, selfdevelopped, human process, principally generated by some basic psychological, psychophysical and social events with the cooperation of the folklore and the myth surrounding the whole UFO subject.] </em> <sup>33</sup>. D'un ct Toselli explique l'observation d'ovnis par des mcanismes trs simples, mais de l'autre il rserve ces mcanismes  l'explication de l'erreur et d'elle seule. Comme si les gens qui ne font pas d'erreurs ne percevaient pas selon les mmes mcanismes. Or, l'ide selon laquelle tout ou partie des observations d'ovnis seraient dues  l'intervention de mcanismes psychologiques particuliers est tout sauf conomique. Pour deux raisons :</p>  <p>1) l'explication par des mprises systmatiques est aussi conomique que l'explication par les pierres volcaniques propose avant Biot pour expliquer les mtorites. Si quelque chose d'autre que des mprises est  l'origine de certains ovnis, l'HPS permet simplement de reculer le moment de la dcouverte. A ce tarif on ne ralise qu'une conomie de dcouverte ! Bien sr, contrairement aux mtorites, rien ne permet de dire de faon vraiment convaincante que les ovnis sont autre chose que des mprises mais il y a une deuxime raison qui conduit  remettre en question le caractre conomique de l'HPS.</p>  <p>2) Elle oblige  croire  l'existence de toute une srie d'entits mystrieuses et mal dfinies comme les mythes, les lgendes, les rumeurs, les croyances qui ont fait l'objet de nombreuses critiques par les historiens et les anthropologues. Elle oblige  croire  de mystrieux changements dans les mentalits,  des explications psychologiques,  des phnomnes qu'on ne rencontre que chez les tmoins d'ovnis, pas chez le scientifique,  des mcanismes qui n'interviennent que lorsqu'on observe des soucoupes, pas lorsqu'on observe une toile dans un tlescope.</p>  <p>Ces explications psychologiques sont bien trop compliques. Supposer des diffrences entre la psychologie des tmoins d'ovnis et celle des scientifiques, voil qui est trop lourd. Pour prendre une comparaison, l'HPS est  la nouvelle ufologie ce que l'HET est  l'ancienne. La thorie du  mythe extraterrestre  est tout aussi infalsifiable que celle du complot gouvernemental. Le mythe ET est aussi introuvable que la soucoupe du Hangar 18 de l'U.S. Air Force. Et l'absence de dialogue que l'on rencontre avec la thorie du complot ( Les arguments que vous employez prouvent bien que vous faites partie du complot ) se retrouve chez les nouveaux ufologues. Monnerie explique  l'avance les rsistances des critiques :<em>  Vous risquez de l'accepter moins bien, prouvant par l-mme que le mythe est ncessaire ! </em> <sup>34</sup>. Bref, celui qui n'est pas d'accord est hors-jeu, exclu du dbat, son comportement tant  l'avance expliqu par la thorie. Il perd son statut d'interlocuteur. L'HPS explique trop. Qui trop embrasse...</p>  <p>Une explication conomique et falsifiable doit dcri re en termes simples pourquoi les gens voient des ovnis; elle doit expliquer dans les mmes termes pourquoi certains voient des ovnis et pourquoi d'autres n'en voient pas, ou voient autre chose (comment des astronomes observent le ciel par exemple); elle doit faire appel non  des changements dans les esprits, dans les mentalits, entre des faons de penser, mais  des changements dans l'organisation matrielle des perceptions, entre des faons de voir et de reprsenter le rel. Bref, on doit pouvoir prouver ou rfuter aisment ce que j'avance sans devoir voquer de mystrieuses causes.</p>  <p>Prenons un exemple. Lorsque l'anthropologue Jack Goody tudie les diffrences entre pense occidentale et pense  sauvage , il refuse de faire appel  des diffrences de mentalit, entre la faon dont les  sauvages  et les Occidentaux pensent. Il cherche une cause simple, une diffrence matrielle fine dont les consquences permettent de rendre compte du foss apparent entre pense occidentale et pense sauvage. Cette cause c'est l'invention de l'criture. Cette invention permet d'expliquer de faon plus simple et convaincante que le recours  des changements dans les mentalits pourquoi on est pass de la pense  sauvage   la pense scientifique. Elle permet de dcrire comment on a domestiqu la pense sauvage.</p>  <p>Lorsque le sociologue Bruno Latour s'est retrouv cooprant en Afrique, il a t surpris par les explications que donnaient ses collgues ethnologues des rsultats des Noirs aux tests. Alors qu'ils avaient recours  des explications en termes de Grand Partage,  la limite du racisme, Latour ne voyait que des diffrences en termes d'apprentissage, de niveaux de scolarisation. De la mme faon, lorsque Cole et Scribner se penchent sur l'inaptitude des paysans russes  raisonner par syllogismes, ils ne dcouvrent pas, comme leurs prdcesseurs, des diffrences en terme de  capacits cognitives  mais en termes de nombre d'annes de scolarit. <em> Il n'y a aucune preuve que diffrentes espces de raisonnement existent; nous ne pouvons pas mettre en vidence une  pense primitive </em> <sup>35</sup>.</p>  <p>La situation est la mme avec les ovnis. Si nous voulons produire une analyse sociologique aussi performante que celles de Goody, de Latour ou de Cole et Scribner, il nous faut trouver autre chose que des explications en terme de croyance, de mythe, de mentalit soucoupique.</p>  <p><strong>Comment astronomes et tmoins d'ovnis regardent le ciel</strong></p>  <p>O trouver une explication qui rende compte de ce qui se passe, qui explique dans les mmes termes la faon d'observer d'un tmoin et celle d'un astronome, qui explique sans liquider ? Puisque la discussion sur les erreurs commises par les tmoins d'ovnis est encombre de prjugs sur leur mentalit soucoupique et sur l'influence qu'ils subissent de la part du mythe ET, commenons par nous demander comment les astronomes regardent le ciel. Au lieu de se demander pourquoi les tmoins se trompent, il vaut mieux se demander ce qui permet aux scientifiques d'observer correctement la nature. Nous verrons si nous pouvons expliquer de la mme faon leur regard et celui du tmoin d'ovni.</p>  <p>On croit volontiers que les tmoins sont sous l'influence de leur croyance en observant le ciel el en se montrant incapables d'y reconnatre des phnomnes aussi banals que la Lune ou un ballon-sonde.</p>  <p>Mais ce qui est totalement bizarre, c'est la faon dont les scientifiques observent le ciel el la nature.</p>  <p>Tandis que les tmoins se contentent de suivre les indications fournies par leurs cinq sens, de puiser dans leurs lectures et leur culture gnrale pour interprter les bizarreries du ciel (ce que nous faisons tous dans la mme situation : ne voyons-nous pas tous les jours le soleil  se lever  et  tourner autour de la Terre  ?), les scientifiques ne cessent de se plaindre de ces erreurs en se gardant bien de dcrire les instruments qui leur permettent de ne pas se tromper (et qui sont parfois aussi  l'origine d'erreurs lourdes de consquences). Ils accusent les tmoins de s'illusionner, de ne pas tre rationnels, de ne pas penser scientifiquement, et dans le mme moment ils oublient de faire la liste de tous les instruments qui leur permettent de  penser  : tlescopes, chambres de Schmidt, observatoires, laboratoires, etc.</p>  <p>Les scientifiques dcalent leur regard des choses vers les instruments, des instruments vers les traces produites par ceux-ci. Les astronomes ne se contentent pas d'observer les choses telles qu'elles sont, ils construisent leur regard. Ils ont bien peu de choses dans la tte et beaucoup d'instruments  disposition pour construire et structurer leurs perceptions. Au lieu de se demander quels mythes influencent les tmoins, posons la mme question que pour les astronomes.</p>  <p>Comment les tmoins regardent-ils ?</p>  <p><strong>Objets lus </strong><em><strong>versus</strong></em><strong> objets perus</strong></p>  <p>Selon les nouveaux ufologues, certains tmoins ne savent tout simplement pas regarder le ciel. Ds qu'ils lvent le nez, ils voient des soucoupes. Ignorants en astronomie, ils sont incapables de reconnatre des objets aussi banals que la Lune ou un satellite et, influencs par le mythe ET, ils les soucoupisent. Monnerie crit : <em> influenc par le mythe-ovni, le tmoin transpose son observation et les dtails selon ses connaissances conscientes ou non du phnomne </em> <sup>36</sup>. Paolo Toselli note de son ct que les tmoins semblent incapables de reconnatre des objets aussi banals qu'un ballon-sonde ou Vnus : <em> Ainsi l'vnement vcu s'carte de plus en plus du stimulus rel pour se conformer bien davantage aux rumeurs ovni omniprsentes dans notre socit. </em> <sup>37</sup>. Evoquant <em> la perte de facult d'appeler les choses par leur nom </em>, Toselli crit encore : <em> Est-il possible que tout un chacun ait oubli ces temps-ci l'existence des mtorites, fuses, ballons, satellites, etc..., au point de cataloguer comme ovni pratiquement tout ce qui bouge - ou semble bouger - dans le ciel ? </em> <sup>38</sup>. L'astrophysicien Andr Brahic rsume une opinion rpandue lorsqu'il affirme que <em> si l'on en croit certains rapports, tout se passe comme si les extraterrestres ne se montraient qu' ceux qui n'ont aucune culture scientifique </em> <sup>39</sup>.</p>  <p>Les tmoins sont-ils ignorants ? Non. Comme nous tous, ils sont mme trs cultivs. Ils savent dcrire des objets comme Vnus ou des satellites. Si on leur demande de dessiner ces objets, ils en sont capables. Mais ce qu'ils dessinent, ce que nous dessinons tous, ce sont ces objets tels qu'on les voit dans les livres et non tels qu'on peut les voir dans le ciel. Au lieu de nous tonner de l'ignorance des gens ou de leur caractre influenable, nous devons nous pencher sur les faons dont les objets que l'on confond avec des soucoupes sont habituellement reprsents dans les livres (car la culture scientifique est avant tout une culture livresque). Rarement tels qu'on pourrait les voir dans le ciel. Dans le ciel rel, les satellites sont des petits points blancs qui traversent la vote toile, alors que dans les livres et  la tlvision ce sont de gros insectes aux ailes mtalliques. Dans le ciel rel, les fuses ou les objets spatiaux traversent le champ visuel sous forme de gerbe de flamme alors qu' la tlvision ils s'lvent bruyamment de leur pas de tir ou glissent silencieusement dans l'espace. Dans le ciel rel, la Lune apparat de diverses couleurs, masque par des nuages qui la griment en vaisseau mystrieux alors que dans les livres elle apparat sous forme de carte couverte des noms de hros de l'histoire.</p>  <p>Il est trs rare que, dans un livre, on nous montre un satellite sous la forme de points blancs passant dans le ciel nocturne. Mme lors du lancement de Spoutnik en 1957, alors que les gens ne pouvaient esprer voir qu'un point brillant traverser le ciel, les couvertures des magazines proposaient en Une non cette illustration conforme  la perception mais des points de vue en contre-plonge o aucun des dtails du satellite ne manquait (voir la couverture de <em>Paris-Match</em> consacre  l'vnement). Certes la presse expliqua au public ce qu'il devait s'attendre  voir mais avec le temps ces paroles se sont estompes dans la mmoire et ce qui est rest des satellites ce sont ces couvertures et ces montages photographiques spectaculaires  la Star Wars. Donc le problme n'est pas que les gens connaissent peu les satellites : au contraire ils les connaissent trop bien. Mais ils ne les voient jamais dans les livres tels qu'ils pourraient les percevoir dans le ciel. Mme chose pour la Lune, cette source frquente de confusion avec un ovni d'aprs les enqutes de Dominique Caudron et du CNEGU <sup>40</sup>. Combien de fois avons-nous vu reprsente dans les magazines la Lune telle qu'on peut rellement la voir dans le ciel ? On peut y voir des cartes de la Lune, des photos rapproches, mais pas la Lune dforme par les nuages, filant le long des routes en accompagnant les voitures. Comment s'tonner que les gens ne reconnaissent pas la Lune lorsqu'on peut constater aussi aisment qu'on ne la leur montre jamais telle qu'elle est ? Ce qui serait surprenant, c'est qu'ils la reconnaissent aussi spontanment !</p>  <p>Dans les villes, lorsqu'on veut voir le ciel, il est inutile de lever la tte; soit il est invisible, cach par les immeubles, soit il est rose (ou d'autres couleurs) tant les lumires et pollutions des villes se projettent sur le ciel. Il vaut bien mieux ouvrir des livres ou regarder la tlvision. Or le ciel que nous montrent ces mdiateurs n'a que peu de choses  voir avec le ciel qu'on peut exprimenter plant dans un champ au milieu de la campagne. A la tlvision, les ciels qu'on nous offre sont des ciels vulgariss : ni ciel scientifique (ces images en ngatif et ces courbes de points sur des graphiques qui servent au travail scientifique), ni ciel de l'exprience perceptive, il est entirement reconstitu de faon abstraite et ne correspond quasiment jamais au ciel que l'on peut voir  la campagne. Par ailleurs, les rares fois o l'on donne  voir des reprsentations du ciel rel et de ces phnomnes, c'est le plus souvent sous la forme d'images photographiques qui ne restituent ni le mouvement, ni les tailles apparentes et la dimension  exprientielle . Un ciel sur une page de magazine n'a rien  voir, mme si on le reconstitue  la mme taille apparente que le ciel rel, avec le mme ciel expriment lors d'une nuit d't  la campagne.</p>  <p>Rsultat : si on demande aux tmoins de dcrire une fuse ou un satellite ils dcrivent un satellite insectode, pas un point blanc passant dans le ciel de nuit; si on leur demande de dcrire une fuse, ils dcrivent une fuse avec ses tuyres et ses hublots, pas une trane jauntre en train de se dsintgrer dans l'atmosphre. Car les fuses et les satellites que nous voyons sont des maquettes, des dessins ou des reconstitutions en dcors factices lors des reportages tlviss, et non ces objets tel qu'on peut les percevoir dans les conditions qui se prsentent aux tmoins. La diffrence n'est donc pas entre des gens qui sont sous l'influence du mythe ovni et des gens qui observent les choses telles qu'elles sont, mais entre des objets thoriques, rsultats d'une connaissance livresque ou tlvisuelle et des objets perus dans leur cadre naturel.</p>  <p><strong>Relier objet peru et objet lu</strong></p>  <p>Ceux qui accusent les tmoins d'ignorance pourront toujours faire remarquer que, mme si le point discut ci-dessus est pertinent, il n'en demeure pas moins que, s'ils taient aussi cultivs que je le prtends, les tmoins devraient comprendre qu'il y a quivalence entre l'objet peru et l'objet lu/vu dans les livres. S'ils n'y parviennent pas, c'est soit parce qu'ils sont incultes, soit parce qu'ils sont sous l'influence du mythe (soit les deux). Mais cet argument ne tient pas. Ce n'est ni le manque de connaissance scientifique, ni l'influence d'un mythe ovni qui est  la source de l'erreur du tmoin, mais le fait qu'on ne lui a jamais appris  relier un objet livresque et un objet peru. A moins d'avoir suivi des cours d'astronomie d'amateur, il est impossible de reconstituer les tapes qui sparent les objets thoriques et abstraits de nos livres et missions de vulgarisation, des phnomnes que l'on peut voir dans le ciel les rares fois o l'on se trouve confront  ce ciel rel.</p>  <p>Pour accuser les tmoins d'tre ignorants, il faut tre soi-mme ignorant, primo, des diffrences entre le fait de regarder la photo d'un objet dans un livre et le fait d'observer le mme objet dans le ciel, de nuit, et secundo, des comptences que demandent l'tablissement d'un tel lien. Pour pouvoir s'tonner du fait que les gens ne reconnaissent pas ces objets, il faut refuser de voir le prix  payer pour tablir une quivalence  automatique  entre une photo d'un ballon-sonde et un ballon-sonde dans le ciel. Sans apprentissage, il n'y a absolument aucun moyen de faire le lien entre ces diffrentes reprsentations des mmes objets. Ce serait le contraire qui serait tonnant. Non seulement le mme phnomne se prsente sous des aspects compltement diffrents mais en plus les conditions de perception ne sont absolument pas identiques. Lire un article illustr sur les satellites chez soi, confortablement install, et observer un phnomne cleste auquel on n'est pas prpar, dans un lieu tranger c'est autre chose. Il suffit de dcrire le travail ncessaire  un astronome amateur pour apprendre  se reprer dans le ciel, les outils qu'il utilise pour ne pas tre perdu face  la vote cleste, pour comprendre que lorsqu'on n'a pas ces outils, on est facilement bloui. Les amateurs observent dans des conditions tout  fait particulires, aprs s'tre prpars, aids par des outils qui cadrent leurs perceptions.</p>  <p>Pour dmontrer que le fait de relier un objet thorique et un objet peru n'a rien d'vident, il suffit de prendre l'exemple des astronomes professionnels : ils n'observent pas le ciel mais des traces transmises par des instruments. Rsultat : lorsqu'ils se trouvent parfois dans une situation d'observation du ciel rel, tel que nous pouvons tous l'exprimenter les nuits d't, ils n'ont aucun moyen de reconnatre ce qu'ils observent. lls connaissent trs bien les toiles mais ils ne savent pas les reconnatre dans le ciel -  moins d'tre galement astronomes amateurs. Pourtant, il ne viendrait  personne l'ide de traiter un astronome d'ignorant !</p>  <p><strong>Illusions d'optique scientifiques</strong></p>  <p>Afin d'illustrer la distance entre l'observation visuelle et la perception scientifique ainsi que les difficults pour relier les deux, prenons un dernier exemple. Dans l'ouvrage qu'il a sign avec Jean-Claude Bourret, Jean-Jacques Velasco voque ce phnomne bien connu qui nous fait voir la Lune plus grosse  l'horizon qu'au znith. Velasco explique que la lune parat plus grosse  l'horizon en raison d'un phnomne de rfraction <sup>41</sup>. Cette explication, tout astronome amateur le sait, est fausse. Le phnomne voqu n'a rien  voir avec un quelconque phnomne de rfraction. Il s'agit en fait d'une illusion d'optique ( propos de laquelle diffrentes explications ont t proposes). Pourtant, mme en sachant qu'il s'agit d'une illusion d'optique, chaque fois qu'on observe la Lune dans ces conditions, on a l'impression qu'elle est plus grosse  l'horizon qu'au znith. Pour pouvoir considrer le phnomne comme une illusion d'optique, il faut construire un dispositif qui met en vidence l'illusion. Dispositif qui n'a rien de naturel. Il s'appuie sur des calculs de taille apparente de l'astre au znith et  l'horizon qui exigent de doubler l'oeil d'instruments. Il s'appuie aussi sur des reconstitutions graphiques qui permettent de reporter cte  cte les deux mesures de la Lune au znith et  l'horizon alors qu'on ne voit jamais en mme temps la Lune dans les deux positions. Il est ncessaire de recrer sur le papier la situation et d'y reporter les mesures prises grce  des instruments pour qu'apparaisse alors une illusion qui ne peut apparatre dans la situation relle.</p>  <p>A une situation d'observation directe on oppose des reconstitutions graphiques. C'est  ce moment-l que l'illusion apparat. Il suffit de regarder les illusions prsentes par Michel Bougard dans le Hors Srie n 1 d'<em>Inforespace</em> ou par le psychologue Roger N. Shepard dans <em>L'oeil qui pense</em> (Le Seuil) pour constater que leur mise en vidence ncessite des dispositifs graphiques et leur annulation l'emploi d'autres dispositifs. La perception d'une illusion n'a que peu  voir avec la faon dont on pense, ou plutt il n'y pas besoin de faire des hypothses compliques sur des diffrences de pense pour comprendre qu'on soit victime d'illusions d'optique. Pour percevoir de faon  scientifique , il suffit d'tre constamment reli aux dispositifs qui permettent de corriger la vue. Un instant d' inattention  et l'on se remet  voir en fonction d'autres critres. La science, la technique ne sont pas des faons naturelles de penser; elles exigent un apprentissage qui doit sans cesse tre maintenu et renouvel. La grande navet ce n'est pas de faire des erreurs, c'est de croire que la manire scientifique de voir est lie  une forme de pense particulire alors qu'elle doit tout  de minutieux dplacements du regard des choses vers leurs reprsentations en milieu contrl. Il est amusant de voir Jean-Jacques Velasco opposer aux erreurs commises par les tmoins et les ufologues la  froide raison  <sup>42</sup> scientifique alors qu'il lui aurait suffi d'opposer  son erreur de perception un simple dispositif graphique qui lui aurait permit d'conomiser un trs improbable phnomne de rfraction atmosphrique.</p>  <p><strong>Point de vue de l'observateur et contraintes graphiques</strong></p>  <p>Nous avons expliqu pourquoi les gens ne peuvent faire le lien entre un objet vu dans le ciel et la reprsentation du mme objet dans un livre. Mais il reste une nigme : pourquoi les tmoins d'ovis ont-ils tendance  soucoupiser ce qu'ils observent ? Pourquoi les gens soucoupisent-ils leurs rcits ?  A cause de l'influence qu'exerce sur eux le mythe  rpondent les partisans de l'HPS. Explication trop complique. Il y a une explication plus simple. Tout d'abord, il convient de prciser que trs peu de tmoins dforment ce qu'ils observent. La plupart se contentent de rapporter ce qu'ils ont vu sans exagrations. Ensuite, pour ceux qui ont tendance  voquer les mots d'ovnis ou de soucoupes volantes et  quelque peu soumettre leur description  ce strotype, il faut prendre en compte deux choses :</p>  <p>1) La diffrence entre le point de vue d'un lecteur et celui d'un observateur.</p>  <p>2) Les contraintes exerces par le fait de devoir dcrire ce qu'on a vu, tout particulirement lorsqu'il s'agit de le dessiner.</p>  <p>Prenons le premier point. Lorsqu'il observe un ovni/ovi, le tmoin est dans une situation tout  fait diffrente que lorsqu'il lit ou regarde la tlvision. Or nous avons vu que les objets qu'ils doit reconnatre ne sont pas reprsents tels qu'il peut les voir mais de faon abstraite. Lorsqu'on reprsente un satellite ou Vnus, c'est de faon abstraite. On se contente de montrer l'objet et pas cet objet tel qu'on pourrait rellement l'observer si on surprenait son passage dans le ciel. Les fuses reprsentes dans les livres ne correspondent pas  ce qu'on peut voir si l'on en voit effectivement passer une (il s'agit alors d'une rentre atmosphrique), elles sont dessines sous forme d'un plan ou d'un corch. Et quand elles sont ralistes, elles mettent en scne une fuse sur son pas de tir, une situation que l'on a peu de chance de croiser par hasard dans un champ de lavande des Alpes de Haute-Provence. Par contre, les soucoupes sont quasi toujours reprsentes de faon concrte, du point de vue d'un observateur, planant au-dessus des arbres, dans un paysage rappelant celui dans lequel les tmoins peuvent observer un ovni. Il est donc tout  fait normal que les tmoins aient du mal  associer telle lumire ovode avec la Lune cache par des nuages car ils n'ont jamais vu cela dans aucun magazine d'astronomie. Il est tout naturel, par contre, qu'ils fassent le lien avec un ovni puisqu'ils ont au contraire trs souvent l'occasion de voir des rprsentations de soucoupes sous forme d'ovales lumineux en rase campagne au-dessus d'une haie d'arbres. Par ailleurs, un rcit fait du point de vue d'un observateur impose des contraintes quant  sa mise en forme. On ne dcrit pas de la mme faon un objet vu dans un livre et un objet observ en extrieur, dans le ciel. Ces constats nous permettent galement d'clairer la fameuse concidence entre les rcits de science-fiction populaire et les tmoignages d'observations d'ovnis mise en vidence par Bertrand Mheust dans <em>Science-fiction et soucoupes volantes</em> (1978). Cette concidence n'est pas due au fait que les tmoins auraient trop lu de SF mais  la convergence entre la structure des rcits de SF populaire et celle des tmoignages.</p>  <p>Passons maintenant au deuxime point : la tendance de certains tmoins  soucoupiser leur dessin. Pourquoi les tmoins ont-ils tendance  dessiner des soucoupes et non pas tout simplement ce qu'ils voient ? D'abord, remarquons qu'ils ne dessinent pas tant de soucoupes que cela. Mais admettons. Au lieu de s'interroger sur les raisons pour lesquelles les gens dessinent des soucoupes, comme s'ils taient hypnotiss par les films de SF vus  la tlvision. s'est-on interrog sur le processus matriel du dessin, sur les contraintes graphiques qui s'exercent sur un dessinateur, surtout lorsque celui-ci est peu dou (comme c'est le cas de la plupart d'entre nous) ? Un exemple : en 1987, des ufologues italiens ont ralis une exprience intressante lors d'un congrs ufologique  Lyon. Pendant un court instant ils ont projet une diapositive au milieu d'autres diapositives. Elle reprsentait une srie de carrs et de formes lumineuses sur fond noir. Premier problme : comment dcrire d'une formule ces formes sans employer l'expression SV vu l'agencement des formes lumineuses entre elles et le contexte de la projection (une convention soucoupique) ? Puis l'expos s'est poursuivi comme si de rien n'tait, comme si la diapositive tait une erreur du montage. Mais  la fin, ils ont demand aux participants de prendre une feuille et de dessiner ce qui figurait sur la diapositive.</p>  <p>Tandis que certains reproduisaient les formes vues sans chercher  leur donner de structure, la plupart des participants rajoutaient des contours  ces formes comme si elles manquaient de structure, y compris ceux d'entre eux qui taient &quot; nouveaux ufologues &quot;. Rsultat : de nombreux dessins montraient des soucoupes alors qu'il n'y avait aucune soucoupe sur la diapositive. Les nouveaux ufologues taient-ils donc, eux aussi, sous l'emprise du mythe extraterrestre ? Se livraient-ils tout d'un coup  quelque exercice de distorsion soucoupisante ? Je crois qu'on peut expliquer tout cela beaucoup plus simplement par les contraintes imposes par le fait de devoir excuter un dessin. La plupart d'entre nous ne savons pas dessiner. Nous ne savons pas construire un dessin en jouant sur les ombres ou sur les gris. Nous remplaons ce manque de technique par le recours  des formes frustes,  des contours strotyps, mal dessins sans doute du point de vue d'un artiste mais comprhensibles dans une situation qui ncessite un change immdiat d'information. Bref, les choses ne se passent pas dans la tte du tmoin, influenc par un mythe ou une rumeur mais sur la feuille de papier, en raison de contraintes imposes par la situation.</p>  <p><strong>Conclusion : la navet des sceptiques</strong></p>  <p>Rcapitulons. Il est inutile de faire appel  des explications psychologiques pour rendre compte des observations d'ovnis. Ce qui se passe n'a rien  voir avec de mystrieuses structures mentales ou  d'insaisissables mythes, mais avec des reprsentations, des images, de l'imprim-tlvis. Ce que nous appelons mythe, rumeur, renvoie  des oprations matrielles trs prcises. Pour comprendre les soucoupes, il ne faut pas lire Eliade ou Jung mais Goody ou Latour; pour faire la sociologie des ovnis, il est inutile d'en appeler  des modifications dans les mentalits mais il est ncessaire de dcrire les oprations matrielles qui permettent de transformer des perceptions, des tmoignages, en donnes scientifiques. Il faut comprendre comment notre civilisation a compltement chang notre environnement et a recr les cadres de nos perceptions en les peuplant d'objets nouveaux construits sur mesure. Rseau recouvrant la plante, la civilisation forme une toile d'araigne dont les routes relient chacun des noeuds ou points. C'est le long des axes routiers, le long des lignes de chemin de fer, le long des couloirs ariens que nous pouvons nous retrouver en contact avec la nature et le monde non construit ou modifi par l'homme. C'est donc l que nous nous trouvons, et l seulement, dans la situation d'un observateur du ciel rel. Et ce que nous pouvons voir alors ne correspond absolument pas  ce que nous avons appris.</p>  <p>En remplaant les explications asymtriques par d'autres plus symtriques, qu'avons-nous gagn ? O est l'intrt d'une telle dmarche ? Son intrt principal est de laisser ouverte la possibilit qu'il existe des phnomnes nouveaux  dcouvrir Si le tmoin d'un ballon est soumis  des contraintes graphiques, le tmoin d'un ventuel phnomne inexpliqu y sera aussi soumis. Nous ne sommes donc pas obligs de liquider la possible existence de phnomnes inexpliqus sous prtexte que le tmoin  soucoupise  et ne dcrit pas en termes scientifiques son observation - ce serait le contraire qui serait tonnant. Simplement, l'analyse sociologique met en vidence le prix  payer pour parvenir  une connaissance scientifique. Le prix  payer n'est pas de penser mieux mais de se doter des outils qui permettent de traduire ces perceptions en faits scientifiques. Si l'on veut en savoir plus sur un ventuel phnomne il faut donc inventer des procdures qui permettent de faire passer le phnomne en science, c'est--dire qui permettent de passer des outils culturels aux outils scientifiques. Ce n'est pas par un changement de pense ou de mentalit qu'on inventera une ufologie mais par une srie de petits dplacements aussi fins que lourds de consquence qui, en se dotant d'outils, de murs, etc., de toutes ces causes matrielles de changement, permettront d'insrer l'ovni dans un autre contexte, enfin scientifique.</p>  <p>On peut trs bien prendre au srieux les perceptions soucoupiques, leur attribuer le droit  la ralit sans abdiquer la rigueur du raisonnement. On peut tenir les deux bouts ensemble : les perceptions des tmoins et la dmarche scientifique. On n'a nul besoin de marginaliser les tmoins pour avoir accs  la science. On peut expliquer dans les mmes termes les savoirs scientifiques et les croyances soucoupiques. Il n'y a plus de savoirs opposs  des croyances, et le ciel ne nous tombe malgr tout pas sur la tte.</p>  <p>Le bilan de la nouvelle ufologie est-il ngatif ? Oui et non. En effet, la nouvelle ufologie a eu le mrite, immense, de s'intresser srieusement aux sciences sociales et de tester ses modles sur les ovnis. Auparavant, la discussion se bornait souvent  exclure la question culturelle et  chercher  dmontrer que les tmoins n'avaient pas t influencs. Si la nouvelle ufologie a vers dans le rductionnisme, tous les torts ne lui reviennent pas. En effet, en sciences sociales, la plupart des tudes sur le paranormal sont galement rductionnistes. Ce que l'on peut regretter, c'est qu'elle n'ait pas tir toutes les consquences de son intrt pour les sciences sociales.</p>  <p>Les ufologues intresss par les sciences sociales avaient pourtant bien amorc le tournant mais ils sont tombs dans les sciences sociales au lieu de nager dessus. On aurait pu penser au tout dbut des annes 80, que se dessinait en ufologie une tentative pour faire de l'ovni un objet d'tude sociologique. Non pas  travers les publications de Monnerie, qui ne camouflait sous un vocabulaire inspir de la psychologie qu'une descente en flamme des ovnis, mais des recherches comme le Projet Magonia de Pinvidic, des approches comme celle du bulletin Magonia en Angleterre, des ouvrages comme celui de Hendry, ou des travaux comme ceux de Toselli auraient pu conduire  une sociologie symtrique. Le point de rupture a eu lieu  Montluon en 1982. Un an avant, lors d'une runion organise par Thierry Pinvidic au Bugue (en Dordogne), tout tait encore possible pour une socio-ufologie non rductrice. Les ufologues avaient alors amorc une approche sociologique pleine de promesses car elle n'tait pas encore subordonne  l'incroyance aux ovnis. Les avis n'taient pas fixs sur l'inexistence des ovvnis. Un an aprs,  Montluon, les sciences sociales taient devenues les allies d'une tentative de liquidation des ovnis.</p>  <p>Par ailleurs. si l'on relit les travaux remarquables de Toselli, on constate qu'il a t en fait trs peu suivi au sein mme de la nouvelle ufologie. Son travail a t certes trs souvent lou et cit, mais l'interprtation qui en a souvent t donne est marque par un retour des hypothses lourdes, compliques, comme celle du mythe prgnant universel, l o les analyses de Toselli insistent avant tout sur la simplicit, la banalit des mcanismes en jeu dans la perception d'un ovni. Son travail aurait pu ouvrir la voie  une srie d'analyses trs fines des processus perceptifs bases sur des tudes de cas, mais au lieu de cela, elle a suscit des gnralisations htives. On a peut-tre trop lu Toselli en pensant aux thses de Monnerie (or Toselli ne cite pas ce dernier et ce n'est peut-tre pas un hasard). Il suffirait d'un peu de symtrie, il suffirait de cesser de croire que ce qui arrive au tmoin est quelque chose de bizarre qui demande une explication spciale. Quand le nouvel ufologue nous explique la psychologie du tmoin d'ovni, il croit dcrire un phnomne trs particulier mais il ne fait que dcrire des traits qui sont communs  tous, y compris les scientifiques au travail. Il se livre au mme exercice dcal que lorsque Claude Piplu nous dcrit un expert comptable en expliquant qu'il est un vertbr, mammifre, bipde, anthropode, etc. Mais personne n'a apparemment saisi l'humour des nouveaux ufologues -  commencer par les nouveaux ufologues eux-mmes.</p>  <p>II suffit aussi d'un peu d'asymtrie pour que les nouveaux ufologues occupent la place du naf. Les sceptiques s'tonnent de la navet avec laquelle des tmoins confondent la Lune, les satellites, Vnus avec un ovni. En tirant les consquences de ce que nous avons dit plus haut sur la difficult  tablir une quivalence entre la description des objets lus dans les livres et celle des mmes objets vus dans le ciel, on pourrait tout aussi bien s'tonner de la navet avec laquelle les nouveaux ufologues peuvent confondre ce que les tmoins dcrivent avec des satellites, des rentres dans l'atmosphre, la Lune ou la plante Vnus ! On reproche aux tmoins de se livrer  des  laborations projectives ; mais il faut avoir l'esprit sacrment tordu - sans doute en raison de l'influence des mythes sur la science vhiculs par les magazines comme <em>Science &amp; Vie</em> - pour identifier un point qu'on voit passer dans le ciel avec ce gros insecte de mtal dcrit dans les livres sous le nom de satellite ! Ds que l'on renverse la perspective, on n'est plus sr que les plus sujets aux fantasmes soient les tmoins d'ovnis !</p>  <hr>  <p align="center"><strong>NOTES ET REFERENCES</strong></p>  <p>1. Une premire version de ce texte a t rdige voici plus d'une dizaine d'annes  la suite de nombreuses discussions avec Thierry Pinvidic. Claude Maug, Jacques Scornaux et Bertrand Mheust. Alors que Pinvidic, Maug et Scornaux (Mheust tait beaucoup plus mitig) considraient que l'tude sociologique des soucoupes aboutissait  liquider l'ide qu'il y ait des phnomnes irrductibles, je prtendais que la sociologie ne permettait pas un tel rductionnisme. Je pensais aussi que la sociologie des ovnis devait commencer par la sociologie du scepticisme. Il fallait passer d'une sociologie critique  une sociologie de la critique. J'avais dcouvert la sociologie  travers la sociologie des sciences qui, en prnant l'tude de la production des savoirs scientifiques, renouvelait l'approche de phnomnes controverss comme les ovnis et interdisait de les liquider comme de simples erreurs. Les nouveaux ufologues connaissaient la sociologie des sciences mais je dcouvris rapidement qu'ils faisaient une lecture trs personnelle et bien peu en accord avec ce que cette sociologie enseignait. D'o l'mergence d'une polmique aussi confidentielle que nourrie entre le noyau dur de la nouvelle ufologie et le petit tudiant que j'tais alors. A l'poque, proccup par l'obtention de mes diplmes en sociologie, j'ai laiss ce texte de ct. Aujourd'hui, aprs la publication du remarquable essai de Mheust sur la vague belge (<em>Retour sur l'&quot;Anomalie belge&quot;</em>, Marseille, Le Livre bleu, 2000), je pense qu'il est temps de ressortir et de complter ce texte un peu poussireux mais dont les ides n'ont pas vieilli pour la simple raison qu'elles n'ont jamais vraiment t discutes.</p>  <p>2. Paris, Ed. de Minuit, 1974.</p>  <p>3. Cf. M. Monnerie,  Le rseau de surveillance photographique du ciel &quot;Resufo&quot; , in F. Lagarde (d.), <em>Mystrieuses soucoupes volantes</em>, Paris, Ed. Albatros, 1973. pp. 263-270.</p>  <p>4. Michel Monnerie, <em>Et si les OVNIS n'existaient pas ?</em>, Paris, Les Humanodes Associs, 1977.</p>  <p>5. Cf. les analyses de Fernand Lagarde in <em>Lumires dans la Nuit</em>, n 175, mai 1978, pp. 29-30 et de Gilles Smiena, <em>ibid.</em>, pp. 32-33.</p>  <p>6. Cf. la  Lettre ouverte d'un tmoin  parue in <em>Lumires dans la Nuit (LDLN)</em>, n 176, juin-juillet 1978, pp. 25, 32-33, qui mettait dans le mme panier Jaillat, Viroudy et Monnerie, et les rponses du Groupe de Psycho.Ufologie (anim par Jaillat) in <em>LDLN</em>, n 179, novembre 1978, pp. 35-36, et de Monnerie in <em>LDLN</em>, n 180, dcembre 1978, pp. 8, 33-34.</p>  <p>7. Jacques Scornaux,  Et si Michel Monnerie n'avait pas tout  fait tort , <em>Lumires dans la Nuit</em>, n 177, aot-septembre 1978, pp. 4-10 et n 178, octobre 1978, pp. 8-21 [texte paru galement dans <em>Inforespace</em>, n 39, mai 1978, pp. 14-17; n 40, juillet1978, pp. 25-30; n 41, septembre 1978, pp. 21-34; n 42, novembre 1978, pp. 24-27];  Du &quot;monnerisme&quot; et de son bon usage , <em>Info-Ovni</em>, n 7-8, 1981.</p>  <p>8. Thierry Pinvidic,  Quelques remarques sur les priorits de la recherche , <em>Inforespace</em>, n 6 hors srie, 1982.</p>  <p>9. Paolo Toselli,  Examining the IFO Cases : the Human Factor , in R. Farabone (ed.), <em>Proceedings of the International UPIAR Colloquium on Human Sciences and UFO Phenomena</em>, 1983, pp. 21-49 [Trad. franaise in <em>Ovni-prsence</em>, n 33-34, dcembre 1985, pp. 42-58].</p>  <p>10. On se rapportera par exemple aux billets d'humeur de Serge Leuba dans le <em>Bulletin de l'AESV</em> et <em>Ovni-Prsence</em>.</p>  <p>l1. Voir par exemple les articles de Jean Sider dans <em>Lumires dans la Nuit</em>. Sans qu'aucun d'eux n'ait vraiment t consacr  une analyse de l'HPS, ils y font  peu prs tous allusion. Cf. aussi : Jol Mesnard,  Le scepticisme... le vrai , <em>LDLN</em>, n 296, mars-avril 1989, pp. 3-6.</p>  <p>12. Cf. le dbat entre Scornaux et Pinvidic in  Les Contes d'un scieur de branches , <em>Dossier Ovni-Prsence</em>, n 4, avril 1988.</p>  <p>13. Cf. T. Pinvidic,  De l'amateurisme et du professionnalisme ou le regard du zoologue sur l'homo ufologicus , <em>Ovni-Prsence</em>, n 27, septembre 1983, pp. 4-24, 28.</p>  <p>14. Jean-Nol Kapferer et Bernard Dubois, <em>Echec  la science, la survivance des mythes chez les Franais</em>, Paris, Nouvelles Editions Rationalistes (NER), 1980.</p>  <p>15. Il me semble  cet gard particulirement problmatique que cet ouvrage puisse tre dfendu comme il l'est de la part de rationalistes comme l'astrophysicien Evry Schatzman. Ce dernier se plaint des attaques contre la culture que peuvent reprsenter les parasciences et, au mme moment, il dfend un ouvrage qui est une totale ngation du long travail de comprhension des difrences culturelles effectu par des gnrations d'ethnologues et de sociologues. Le discours de Kapferer et Dubois sur les  Primitifs , leurs  modes de pense  et leur  survivance   travers les mythes des Franais contemporains est plus proche de <em>France-Dimanche</em> que de l'ethnologie. Voir sur cet ouvrage les critiques justifies de Michel Callon in <em>Pandore</em>, n 19, juin 1982, pp. 39-44.</p>  <p>16. M. de Certeau, D. Julia &amp; J. Revel,  La beaut du mort , in M. de Certeau, <em>La Culture au pluriel</em>, Paris, Christian Bourgois, 198?, pp. ?.</p>  <p>17, C'est pourtant une telle dfinition qu'on rencontre mme jusque chez des auteurs comme Thierry Pinvidic (cf.  Les contes d'un scieur de branche , <em>Dossier Ovni-Prsence</em>, n 4, p. 23) qui n'hsite pas par ailleurs  faire largement rfrence  la sociologie et  l'histoire des sciences, et  expliquer en des termes simples et convaincants le peu d'intrt des sciences sociales pour l'ovni. Rappelons  ce sujet que c'est toujours aprs qu'on trouve ncessaire d'expliquer pourquoi on ne s'intressait pas auparavant  tel ou tel sujet.</p>  <p>18. Voir l'article  Culture populaire  de Roger Chartier in Andr Burguire (d.), <em>Dictionnaire des sciences historiques</em>, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, pp. 174-179.</p>  <p>19. Cf. Jack Goody, <em>La Raison graphique, la domestication de la pense sauvage</em>, Paris, Editions de Minuit, 1979.</p>  <p>20. G. Lenclud,  Vues de l'esprit, art de l'autre , <em>Terrain, Carnets du Patrimoine ethnologique</em>. n 14, mars 1990.</p>  <p>21. J. Goody, <em>op. cit.</em>, p. 245.</p>  <p>22. Cf. par exemple : Michel Callon et Bruno Latour (d.), <em>La Science telle qu'elle se fait</em>, Paris, Pandore, 1982; <em>L'Anne Sociologique</em>, 1985 (numro spcial dirig par Bernard-Pierre Lcuyer).</p>  <p>23. Un tel rapprochement entre ethnographie des sciences et ethnographie de la sorcellerie est souvent considr comme dvalorisant. Mais pour le considrer comme tel, il faut adopter soi-mme une vue dvalorisante des  ethno-savoirs , ce qui en dit plus long sur l'ethnocentrisme de certains que sur le soi-disant mpris des sociologues  l'gard des sciences.</p>  <p>24. Voir par exemple la thse de Michel Bougard sur le chimiste prlavoisien Nicolas Lemery qui traite son travail sans le rduire  un  savoir prim  (<em>La Chimie de Nicolas Lemery</em>, Turnhout, Brepols, 1999).</p>  <p>25. E. Schatzman, Prface  G. Barthel et J. Brucker, <em>La Grande peur martienne</em>, Paris, NER, 1979.</p>  <p>26. E. Schatzman, <em>La Science menace</em>, Paris, Ed. Odile Jacob, 1989.</p>  <p>27. M. Rouz,  Lueurs sur les soucoupes volantes , <em>Cahiers de l'AFIS</em> n 48, octobre 1974, p. 1; cf. galement du mme auteur :  Nouvelles lueurs sur les soucoupes volantes , <em>Cahiers de l'AFIS</em> n 94, fvrier 1980, pp. l-17 (cf. notamment les mots de conclusion, p. 17).</p>  <p>28. M. Rouz, <em>AFIS-Science</em> et <em>Pseudo-Sciences</em>, n 174, juillet-aot 1988, pp. 31-34.</p>  <p>29. B. Latour, <em>La Science en action</em>, <em>op. cit.</em>, p. 441.</p>  <p>30. Par ailleurs, des historiens comme Steven Shapin sont tout  fait clairs : <em> L'une des difficults traditionnelles qui s'oppose  une approche sociologique des connaissances scientifiques repose sur la conception que le pouvoir et la validit de la science sont garantis par son indpendance vis--vis de toute  influence sociale . Selon ce point de vue, les considrations sociales n'interviennent que pour corrompre la vraie science; le spcialiste convaincu de la haute valeur de la science et soucieux de la dfendre contre les agressions doit donc prendre de grandes prcautions avant de montrer la prsence d'intrts sociaux dans l'acitivit scientifique. Les auteurs appartenant  cette tradition ont tendance  interprter les exposs sociologiques sur les connaissances scientifiques comme des calomnies, quel que soit le mal que se donnent les sociologues pour noncer les choses diffremment. Mais on a livr cette bataille tant de fois qu'ii est inutile ici de faire plus que de se rpter : la raison pour laquelle les exposs sociologiques n'ont aucune rpercussion sur les conceptions qu'on souhaite avoir de la science, c'est qu'il n'y a aucune conception particulire dont ils souhaitent se venger </em>, Steven Shapin,  L'histoire sociale des sciences est-elle possible ? , in M. Callon et B. Latour (d.), <em>Les Scientifiques Et leurs allis</em>, Paris, Pandore, 1985, chapitre 6, pp. 220-221. D'autres auteurs, nombreux, expriment la mme ide. Cf. par exemple le tout rcent <em>Life among the scientists</em>, pp. l1-12.</p>  <p>31. Collins H. M. et Pinch T. J., 1979,  The Construction of the Paranormal : Nothing Unscientific Is Happening , in Wallis (d.), 1979, pp. 237-270 [tr. franaise :  En parapsychologie, rien ne se passe qui ne soit scientifique... , in Callon et Latour (ds.), <em>La Science telle qu'elle se fait</em>, Paris, Pandore, 1982, pp. 249-289]</p>  <p>32. Dans les revues <em>Communications</em> (n 51, 1990), <em>Terrain</em> (n 14, mars 1990), <em>Ethnologie franaise</em> (septembre 1993).</p>  <p>33. PaoloToselli,  Examining the IFO Cases: the Human Factor , in R. Farabone (ed.), <em>Proceedings of the International UPIAR Colloquium on Human Sciences and UFO Phenomena</em>, op. cit, p. 21.</p>  <p>34. Michel Monnerie, <em>Et si les ovnis n'existaient pas ?</em>, op. cit, p. 204.</p>  <p>35. Cit par Latour in  Les vues de l'esprit , <em>Culture technique</em>, n 14, juin 1985, p. 7.</p>  <p>36. Michel Monnerie, <em>Le Naufrage des extraterrestres</em>, <em>op. cit.</em>, p. 15.</p>  <p>37. Paolo Toselli,  Le facteur humain dans les observations d'ovis , <em>Ovni-prsence</em>, n 33-34, dcembre 1985, p. 53.</p>  <p>38. Paolo Toselli,  Le facteur humain dans les observations d'ovis , op. cit., p. 54.</p>  <p>39. Andr Brahic, <em>Enfants du soleil</em>, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 313.</p>  <p>40. Voir les articles publis par D. Caudron dans <em>Recherches ufologiques</em>, le bulletin du GNEOVNI, en 1978-79, ainsi que le dossier publi par le CNEGU sur l'Opration SAROS (1994).</p>  <p>41 . J.-C. Bourret et J.-J. Velasco, <em>Ovni, la science avance</em>, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 58.</p>  <p>42. J.-C. Bourret et J.-J. Velasco, <em>op. cit.</em>, p. 215.</p>  <hr>  <p align="center"><a href="dossiers.htm"><font size="4">DOSSIERS</font></a><font size="4"> - </font><a href="index.shtml"><font size="4">ACCUEIL</font></a></p> </body> </html> 
