<html>  <head> <meta http-equiv="Content-Language" content="fr"> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 5.0"> <meta name="ProgId" content="FrontPage.Editor.Document"> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=windows-1252"> <title>Le Lot, cong !</title> </head>  <body stylesrc="../../default.htm" bgcolor="#D5D0C8">  <p align="justify"><font face="Palatino Linotype"><b><font size="4">Rappel : </font></b><font size="3">j'cris tout au jour le jour et quand a me chante; je  modifie et je biffe, je rajoute et je fais ce que je veux; rien n'est dfinitif  ou alors je le dis.&nbsp;</font></font></p> <hr><font FACE="Palatino Linotype"> <p align="justify"><font size="5"><b>Note : </b></font>il s'agit l de vieilles  pages de carnets et de cahiers divers, voire de feuilles volantes, crites au  Bic de 85  87. Certaines sont dactylographies, soit sur la mcanique rouge   Miguel, soit sur une Canon lectronique, que j'avais achete pour sa modernit  et le confort de frappe [ceci dit, je frappe toujours comme un malade sur les  claviers; je ne leur fais pas de cadeau et ils ne durent pas longtemps.]</p> <p align="justify">J'ai tout gard dans le jus... enfin presque. Les  modifications et les rajouts ultrieurs sont entre crochets; puis j'ai tout  remis dans l'ordre... </p> <p align="justify">Les trois  signalent que j'ai l'intention de revenir  bosser sur cette partie de texte...</p> <p align="justify"><b><a href="#bas de page" style="text-decoration: none">Vers  le bas de page</a></b></p> <p align="justify">On retrouve une grande partie de ces personnages dans <a href="../../coup_de_rouge/coupderouge01.htm" style="text-decoration: none; font-weight: 700"> Coup de Rouge</a> , roman.</font></p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p align="center">*</p> </font><font FACE="Times New Roman"><hr> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> </font><font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Paris.</p> </font><font FACE="Times New Roman"> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Coinc dans la grande ville. Comme  chaque retour de voyage,  c'est comme si la ville refusait de me lcher. Je boycotte le mtro depuis des  mois dj, je ne supporte plus de mettre mon nez dans ce tunnel torride qui pue  la sueur de fonctionnaire. a limite srieusement mes dplacements. Avant, je  prenais le vlo par tous les temps, c'tait assez apprciable, mais Benot a  revendu le sien  Jean-Claude, alors c'est trek dans Paris. En fait, depuis une  semaine je ne bouge quasiment plus de Charonne. Faut dire que c'est assez  confortable et scurisant. J'ai fini mon parcours dans Paris. Je n'ai pas envie  d'en voir plus. Le regard des gens m'indispose, quelque chose de pas clair,  indfinissable... Je ne les comprends pas, le contact ne se fait pas. Pas la  peine d'insister</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je n'en pouvais plus de plaquer mon regard sur ce mur infini  de bton gris.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Il fallait que je parte.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Le poids du ciel, la rumeur continue des autos l-bas, dans  la rue, sur le pav du boulevard, jusqu'au del de mes frayeurs intimes  saisissaient mes tripes d'un trange sentiment.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je devais quitter la ville.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Entre deux voyages au loin je dprissais dans ce coin de  ville froide et humide, rien  voir avec le grand air ces qui emplissait mes  poumons lors de mes sjours dans la haute montagne.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je rencontrais <b><font color="#800000"> <a href="../../personnages/roger.htm" style="text-decoration: none">Roger</a></font></b>;  il vivait en Dordogne.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">-Viens t'arer un peu, qu'il me dit, ici, t'as une sale  gueule, et puis t'en as fait le tour, de cette ville, plus rien  y faire.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Le Moustier / chez Roger et Bernadette / Mars 86 / descendre  en stop / Charles Durot / tudiant en linguistique  Tbingen RFA [il a une main  en plastique]/ causer politique / train  Brive / la gare du lardin, la  papeterie, rien autour, tout droit la route, pas de chef de gare, je demande au  concierge de la papeterie qui me regarde d'un air incrdule et mfiant, la nuit   pied sur la route, je regarde mes pieds / samedi soir / les voitures sont  rares, je comprends tout de suite qu'aucune d'elles ne me prendra, je marche,  mes pieds dans le noir en cadence sur le goudron bord de traits blancs  pointills, les arbres se dtachent sur le ciel bleu nuit d'acier / je ne compte  pas, convaincu que les voitures ne s'arrteront pas, des kilomtres dans  l'infini et la chaleur, ds que je m'arrte pour pisser ou souffler c'est le  froid de la nuit de Mars et je redcolle illico, ne pas penser, juste avancer,  allure maximum,  la limite du souffle et du coeur / le goudron m'est agrable /  la terre se dplace, tourne sous le battement alternatif de mes pieds, la sac au  dos ne m'enfonce pas comme d'habitude dans le goudron; la nuit, le croissant de  lune horizontal, Orion, les arbres sur la droite, puis les collines toutes  proches, toutes petites, des himalayas miniatures, mais des collines, des  falaises, des buissons et des champs et soudain  l'horizon des lampes  la  lueur orange, de celles qui tuent les couleurs, de celles qui empchent de lire  les cartes, de celles qui accentuent le froid, et je marche sous elles, le  panneau Montignac, les rues et les voitures / dedans les imbibs du samedi soir  titubent sur leur pneus et pensent  m'effrayer / je le vois et puis j'ai dcid  ce soir de m'en foutre / ne pas penser / et juste avancer / de loin par derrire  la lumire jaune des phares pousss  fond pour mieux me contempler, mieux me  voir et me dvisager sans risque d'tre reconnu et sans penser  la fragilit  des pupilles, de mes pupilles / mais je m'en fous / et mme si a fait mal aux  yeux et aux passions / qu'on laisse en bandoulire, / oh oh j'avance sans plus y  penser / et c'est un hameau / je sais que ce n'est pas le Moustier alors je ne  regarde pas, le suivant sera le bon, je le sais, je l'ai vu sur la carte.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">Le pont sur la Vzre</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">la boucle en haut du virage</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">la ferme carre</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">le chemin</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">le chien au bout de sa chane</p> </font> <p ALIGN="CENTER">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">la lumire...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Pour une belle mob, faut dire, elle a de l'allure. Modle  Ciao Vespa 49 CC, cadre noir et selle rouge. Il en veut cher, le gars de  Montignac. Je marchande un minimum et je l'enfourche. Avec Roger et Bernadette,  c'est la bande des mobs, maintenant. Supermarch, cageots de bouffe sur le  porte-bagages. Demain, je peux partir dans le Lot.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Il pleut, soixante-dix bornes sous la flotte froide d'Avril.  Cape de pluie et gants de plastique rose pour la vaisselle. Pas un rat? Voil,  c'est dans le Lot que je vais habiter.</p> <p ALIGN="center"><a href="../../images/crobard-solange.jpg"> <img border="2" src="crobard-solange_small.jpg" xthumbnail-orig-image="../../images/crobard-solange.jpg" alt="Le crobard de Solange... si tu sais pas en faire un, ne vas pas vivre dans le Lot." width="100" height="141"></a></p> <p ALIGN="JUSTIFY">D'abord, voir les copains de Solange, la liste mouille dans  la poche et la Michelin au 200 000ime qui veut pas se dplier sans se dchirer.  Greg et Fafou en haut du dpartement, c'est les premiers. Je suis un tantinet  congel, les mains raides. Faudra que je pense  passer mon permis de conduire,  en attendant j'ai pas le rond. Je me plante, des lieux-dits <i>Ramounette</i>,  c'est est plein la carte. Une grosse ferme, le fiston est l avec sa jambe  casse, m'accueille et me donne le plan pour tomber sans problme sur la vraie  Ramounette. Il pleut toujours. Dix degrs juste aprs l'hiver d'enfer qu'on  vient de se taper. Froid aux couilles, pas moyen de pisser, il faut tirer sur  une riquiqui-queue qui veut pas sortir de ses plis mouills, je vibre au rythme  du moteur. Trois heures que je roule,  quarante de moyenne sur le plat, juste  la fort avec de petites ctes vicieuses qui font tout pour teindre le moteur.  Mais a va, je me suis pas fait eu : la mob rsiste.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Crassac, passer devant l'glise, prendre  gauche, passer la  pompe  jus, premier goudron  gauche juste aprs l'cole, nids de poules et  rustines sur route  tracteurs sinuant entre les prs, fermes et fort,  carrefour miniature, descente, fourche et l, petit panneau dans la ronce :   gauche la Ramounette. Mobylette pas aimer monte raidosse. Hameau en vue. Mignon  en pierre jaune, tilleul, crucifix et poubelle. A droite, entre deux maisons un  goudronnet avec trace pour deux pneus, deux cent mtres et bote aux lettres,  maison.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Des annes que je voulais plus vivre en ville, et, il faut  dire que Paris, comme ville, il n'y a pas mieux. la VILLE! Bordel de merde, la  ville.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Comme ville, on fait pas mieux, enfin : en France. Ailleurs,  oui, mais ailleurs, c'est leur problme. Qu'ils s'y collent,  leurs murs  chris, ceux qui aiment. C'est pas mon cas.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Puis, que ceux qui aiment les villes le lisent pas, ce livre  : je l'cris pas pour eux.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Il est ddi  ma mob, puis  la voiture, ensuite au caf du  coin.</p> <p ALIGN="CENTER">Et  la fort,</p> <p ALIGN="CENTER">*!!!!!!!!!!!!!!*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">-Eh, Greg, y a quelqu'un, dehors, en mobylette...</p> <p ALIGN="JUSTIFY">-Chuis un copain de Solange qui est au Npal, je dis, je  viens dire bonjour de sa part, c'est moi qui vais habiter chez elle tant qu'elle  est pas l...</p> <p ALIGN="JUSTIFY">-Bon rentre, laisse ta cape de pluie l...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Pas moyen au bout d'une heure de me sortir le museau du verre  de rouge, du douzime ou quelque chose dans le genre. Pas moyen de dcaniller,  et que je te raconte pour la trois centime fois les aventures kathmandouites de  la Solange et de son gang de ftards.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">-Et quoi donc tu viens faire dans le Lot?</p> <p ALIGN="JUSTIFY">-Je me tire de Paris, voil : j'y viens pour y vivre...</p> <p ALIGN="JUSTIFY">-C'est que nous deux on se tire en Australie en Juillet,  alors, si a te dis, tu peux reprendre la location de la maison...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Tope-l, c'est conclu : Ramounette-ma-maison.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">J'tais l'expat', l'expatri, le parisien de l'entre-deux  voyages,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">voil que je radine : salut je suis l de retour,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">pour un bail et pour long!</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> </font> <p ALIGN="center"><a href="../../images/ramounette_pluie.jpg"> <img border="2" src="ramounette_pluie_small.jpg" xthumbnail-orig-image="../../images/mespou_pluie.jpg" alt="La Ramounette sous la pluie..." width="100" height="68"></a></p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">C'est la fin du voyage? Pas sr en fait, rien ne permet de le  dire... Bien sr il y a la maison, la vieille chienne plie sur son coin de lino  dans la cuisine,  ct de la statue en pltre, celle qu'on appelle Marianne. En  ralit, Marianne est la reproduction en pltre d'une statue grecque antique,  elle rside dans un coin entre le buffet et la chemine, je pense que je lui  trouverai bientt un endroit plus appropri, mieux en vue.</p> <p ALIGN="center"><a href="../../images/dolly-ramounette.jpg"> <img border="2" src="dolly-ramounette_small.jpg" xthumbnail-orig-image="../../images/dolly-ramounette.jpg" alt="dolly" width="100" height="154"></a></p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je ne suis rendu compte avant de partir de Paris que j'avais  assez de pognon pour me tirer aux USA tenter l'aventure du fric, et puis j'ai  finalement dcid de venir ici. Le calme, j'ai encore du mal  m'y faire, mais  a ne m'angoisse pas, tout au contraire, c'est plutt agrable de se rveiller  quand on en a envie, de ne rien foutre, ne pas s'agiter en vain, laisser les  mninges en repos. laisser la lie se dcanter, le liquide se clarifier.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Un p'tit peu de folklore d'Afrique, l sur la platine dans la  cassette. Un chant du Mandingue qui sonne sur la kora, et la voix de la femme,  si forte et si claire qui reprend et domine l'instrument  cordes, l'instrument  qui brode et dlire et invente des rythmes moyengeux, et continue doucement   faiblir pour laisser la voix, la grande voix de la chanteuse dont j'ai oubli le  nom mais dont je garderai la puret du ton  toujours dans la mmoire de mes  oreilles.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette, tard le soir et la tl marche dans mon dos, je  m'obstine  la rparer, j'ai l'impression que lorsque je l'aurais enfin mise au  point plein de choses vont se dnouer pour moi. J'en ai le pressentiment comme  un gamin qui se dfonce la tte  tenter de marcher sur les bords d'un caniveau  en s'imaginant que le filet d'eau est un ravin immense avec au fond un torrent  furieux. la vieille Dolly roupille sur le tapis, j'ai rat mon permis de  conduire pour une connerie contestable, depuis j'ai pris ce con d'inspecteur en  grippe et il occupe la place du bouc missaire ordinaire de ma haine  quotidienne.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">J'ai reu une lettre de lanzmann [Jacques] ce matin, il  m'invite  faire une ballade  pinces avec lui, sans touristes. Aurait-il  compris mon urgence du moment qui est de me promener sans mes pax [ = <i> passenger</i> = touriste, pour une agence de voyage] chris et encombrants,  qu'ils ont coup en moi toute envie de voyage et que je me laisserai bien vivre  peinard  la maison avec des sous qui tombent  intervalle rgulier, et puis par  moment j'ai envie de bouger, terriblement, plus que jamais, aller ailleurs que  ce que je connais.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je sche toujours sur mon bouquin, mais j'ai trouv la fin,  que j'emprunte  une tranche de vie de Roger qui j'espre ne m'en voudra pas. Il  m'a bigophon l'autre soir pour me causer de Thrse, elle dormait dans la  piaule d'o Roger tenait le combin, il m'a parl du problme insoluble et  chiant qu'elle lui posait, de ses plans foireux et pnibles, de tout ce que j'ai  pu constater quand elle est passe chez moi. L'histoire est intressante, la  voil depuis le premier jour. On s'est rencontrs lors d'un trek au Garhwal,  dans le nord de l'Inde, j'tais le guide et elle un des deux clients. C'tait  une copine de lavesse [le salopard qui s'occupait alors,  Terres d'Aventures,  du secteur Asie et Himalaya, mon boss, quoi...], il me l'avait fourre dans un  groupe pour faire du poids et aussi pour qu'elle lui ramne un rapport sur la  rgion. L'autre mec, surnomm Kounkounou [l'empot] par le sirdar tait un  triste sire, un monsieur fort goste et blas; elle tait largement plus sympa,  connaissant bien l'Himalaya et bonne trekkeuse par dessus le march. Elle n'est  pas jolie, plutt prs du carrment moche, grandes lunettes sur des petits yeux  pochs, corps de petite fille pas grandie, un mtre cinquante  tout casser,  trente-cinq, trente-six ans, sape ultra nulle.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Les mots n'ont pas de sens, les mots n'ont aucun but.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Ils ne sont l que pour former des phrases.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Que pour impressionner le client, effrayer l'ordinaire,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">dfrayer la chronique.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ils racontent des histoires  n'en plus finir, des histoires  varies et drolatiques qui amusent les enfants et laissent les grands hausser  les paules : ils n'y croient pas du tout ou bien pensent que ce sont des  foutaises auxquelles il vaut mieux ne pas se fier.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ils racontent par exemple l'histoire de ce petit bouc de  quatre mois que nous avons tu moi et Greg hier aprs-midi.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">L'audience entire tait cure, mais ils sont tout de mme  venus voir son assassinat, ces curs sensibles et ces esprits pusillanimes, ils  sont venus voir quand on l'a attach au fil lectrique prs du tracteur orange,  le vieux tracteur. Ils ont zyeut quand on l'a tir au maximum en arrire pour  qu'il ne gueule pas et que a aille vite, le plus vite possible et que le  couteau de Greg a entam sa gorge, et que le sang a jailli d'un coup si fort, et  puis les soubresauts aussi ils ont regard en nous lanant des oeillades de  reproches, des regards assassins alors que c'tait nous les bourreaux soudain,  les boucs missaires de cette comdie rituel parfaitement orchestre par nous  deux. Le petit Tracy, fils de Michael [Chaplin] est ensuite venu lorsque la  chvre ft suspendue  deux ficelles dans le garage pour tre dcoupe et pele.  Les tripes sont ensuite sorties, je les ai laves sous le masque horrifi de  Jean-Claude qui a commenc  me dtester franchement pour avoir outrepass mon  image de gentil baba-cool. Ce Jean-Claude ne sait rien des choses du rel, son  monde est une grande ville d'o il aura certainement du mal  sortir[il a chang  depuis, d'ailleurs salut, Jean-Claude !]. Il faudrait d'abord qu'il vive sa vie  un peu plus fort et puis a lui ferait du bien de voyager, de changer de  continent, de faon de penser, mme pas capable de ragir diffremment qu'un  parisien en voyant notre carnage obligatoire, aucun recul juste de l'horreur et  de la dception dans ses yeux de merlan frit. Ensuite on a fait le boudin, ce  qui lui a encore plus soulev le cur, remplir le tuyau intestinal de pure de  sang vermillon, d'oignons hachs, de poivre et d'pices indiennes, de graisse et  de sel, puis le faire bouillir jusqu' l'explosion, les filles de Michael et  Patricia sont venues voir en faisant la moue, Dolly la grande punky mignonne en  a quand mme dgust un bout, les autres s'en sont soigneusement abstenues.  Patricia et Carmen qui sont vgtariennes ne nous ont pourtant pas fait de  tristes commentaires et nous avons termin la soire en bons amis.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Puis on est revenus en bagnole avec Greg, traverse dans le  noir de la valle de la Thze, si jolie avec ses falaises et le petit ruisseau  qui arrive  faire pousser tant de merveilleux bambous qu'on se croirait presque  dans un pays tropical. Les arbres dfilent et la nuit est si claire que je vois  des milliers d'toiles dans le pare-brise. Derniers ptards avec notre  chauffeur, deux bouteilles de rouge de chez Pascal sont descendues et la  conversation tourne autour des projets irraliss de Jean-Claude qui critique  absolument tout sans jamais rien faire et se plaint constamment de la connerie  universelle. Jamais vu un mec aussi misrabiliste sauf peut-tre certains  Indiens riches; famille d'alcoolos, engueulades depuis l'enfance, mre violente  et dbile, etc... Mais moi aussi j'aurais des raisons de me plaindre, de rler  et de vocifrer contre ce systme de merde qui a pour sale habitude de broyer  les faibles. Mais qu'est-ce qu'un faible? Sont-ce juste des plaignants ou des  tristes sires, rabat-joie ? Les seuls qui mritent le titre de faibles sont les  misrables bougres aux facults amoindries par les sicles d'ignorance,  incapables de raisonner en dehors de leurs schmas habituels. Les autres ne sont  que des imposteurs. Bien sr pour moi les ouvriers sinistrs de la Lorraine en  font partie, de ces rfugis politiques du monde du travail  qui on fait le  suprme pied de nez avant de les virer en prretraite because le monde ne  consomme plus beaucoup de ce bel acier bleu qu'ils ont faonn pendant deux  sicles  y perdre leur vie et leur sant. Et certains se plaignent de leur  bonheur!</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Et le soleil joue sur la porte... Et la musique retentit  depuis les haut-parleurs, pendant ce temps les cigales chantent et crissent dans  l'air frais de l'aprs-midi de juillet. Fela Kuti rsonne sur la platine, des  frissons parcourent mes bras, mes cheveux se hissent un peu. Le got amer est  dans ma bouche et jusqu'aux commissures des lvres. la scheresse est sur ma  langue, un peu de goudron brun parfume mes papilles, les fait vibrer aux  senteurs de l'Himalaya. Le got est dans la bouche, dans le gosier un  grattouillis me fait presque toucher, la musique se fait entendre  intervalles  rguliers, mes yeux courent dans tous les sens sur le clavier de la machine,  d'une manire un peu trop automatique. Le cerveau est endormi par les vapeurs du  joint de l'aprs-midi, de ce tcharass [haschisch] de printemps qui fuse dans les  veines. J'entends au loin rsonner une mobylette sur la petite route, petit  goudron d'en bas et soudain c'est la conscience claire comme de l'eau de source  qui frappe mes sens blouis. C'est un flash de joie qui m'illumine, c'est la  dprime qui se barre, les nuages bas de la torpeur me quittent peu  peu et  laissent un arrire-got de malaise, juste ce qu'il faut pour pouvoir prtendre  facilement n'tre pas parvenu encore au nirvna.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Et ce sont les heures qui dfilent et la chienne Dolly qui  roupille sur le lino de la cuisine et Thrse qui bouquine sur la pelouse en  qute de je ne sais pas quoi. Et Jean-Claude qui s'est clips, nous laissant  seuls dans la maison de Greg, cette maison que j'habite depuis une dizaine de  jours dlicieusement paresseux? Il n'y a plus de musique depuis une heure sur la  chane et je m'ennuie, je ne peux plus articuler que des fantasmes ressasss des  milliers de fois et qui ne m'apportent plus que de la frustration, de ces  fantasmes paresseux qui saisissent la nuit entre les deux draps et ne quittent  que le main, tard dans la matine quand on se lve  midi et que la nature a  dj trop chauff.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">J'ai mis du Cointreau [fait maison] dans mon verre plein de  glaons et je sirote la mixture trs lentement pour ne pas avoir l'air d'un  alcoolo; l'orange dlicatement pourrie a confr son got puissant  la chose et  c'est un vritable plaisir de dguster tranquillement.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je n'ose pas tlphoner  mon pre qui pourtant ne dsire que  cela pour s'teindre dans la paix du corps, pour se laisser consumer par les  mtastases et se laisser aller  l'invasion, s'oublier et mourir ou bien  renatre dans un suprme lan des dfenses de l'organisme. Et lui couch l-bas  sur son matelas de mousse  l'hpital de Schirmeck dans les Vosges, dans la  superbe fort qui accueille les mourants, ceux qui ont les poumons bouchs  d'avoir trop aval de fume, cet hpital si calme o personne ne s'poumone  jamais et o les infirmires sont rares, des fois rencontres subrepticement au  coin d'un couloir transportant des flacons d'urine ou des plateaux de seringues,  des fois  la vole en train de fumer une clope dans les chiottes, car elles ne  tiennent plus et s'usent leur jeunesse  soigner les vieux crotons condamns  pondus par les usines. Et les joues roses l-bas ne sont pas de rigueur, ce ne  sont que malades relis  leur tuyau d'oxygne, poussant leur bouteilles sur un  chariot  roulettes.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Paris Orly, dans le hall de l'aroport, l o se mlange  l'humanit du futur, enfonce dans ses manteaux ou laissant dpasser une tendre  paule du boubou de couleur, valises, malles ou bien gros sacs de jute. Les  comptoirs du vol d'Asie se remplissent de monde, on distribue les cartes qui  nous laisseront passer  bord du bel oiseau de fer aux ailes immobiles, l, sur  le taxiway. Mes narines ont frmi  l'odeur du krosne frachement brl dans  les tuyres. On entre dans les tuyaux qui se collent au Boeing, une htesse me  montre ma place. Ronronnement, chuintement, dcollage.  peine en l'air<i>  grosse rue sur les chiottes</i> , norme nuage de fume chez les fumeurs, dont  je suis; install dans le milieu de la carlingue, entre les ailes, les racks   bagages s'ouvrent comme des ptales, dgoulinant de vestes et d'oreillers.  Ensuite la longue routine des douanes indiennes, les queues  chaque contrle  inutile, les gros gomins qui tapotent nos noms sur un ordinateur antdiluvien  qui a tout l'air de ne pas fonctionner, enfin la salle aux bagages avec les  millions de valises parpilles ou amonceles avec des grosses tiquettes  annonant Dharan, Duba, Riyad et toutes les capitales du Golfe, les Hadjis  encalotts de frais revenant de la Mecque avec tous une norme montre au poignet  et un strocassette sous le bras. Je rcupre mon barda et je m'enfourne dans  le taxi qui s'empresse de m'arnaquer, ce que je tolre le premier jour. Et puis  je ne vais pas bien loin, juste chez l'ami Florent qui loge  Shantiniketan dans  un petit immeuble en ciment  peine  cinq bornes de l'aroport. Comme   l'habitude l'accueil est impeccable et trs vite l'appartement se remplit de  l'arme rsineux du meilleur haschisch du Kashmir, dans un coin le matre est  l, sur sa photo, avec son ardoise sur laquelle il rpond  nos questions et  nous cause de tout un tas de choses dont je n'ai pas le loisir de vous  entretenir dans l'immdiat. En attendant on cause de Bnars o Florent a tudi  le Sanskrit pendant cinq ans et o je fis les plus inoubliables rencontres qui  resteront hlas innarrables avant que je ne me sois chauff les doigts sur le  clavier, il faut dire que a caille rude et que j'ai perdu l'habitude de  fonctionner</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette / Juillet 86</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Le monde est  l'envers, le monde est en feu,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">coutez les rumeurs, les bruits de la terre</p> <p ALIGN="JUSTIFY">c'est l'incendie  n'en plus finir</p> <p ALIGN="JUSTIFY">des couleurs de soleil, des couleurs de peur,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">des instants de dlice et le temps de mourir</p> <p ALIGN="JUSTIFY">en paix la poitrine sur la bien-aime</p> <p ALIGN="JUSTIFY">au chant du soir le lit de mille cordes</p> <p ALIGN="JUSTIFY">les arbres qui se dandinent, la nuit, la belle nuit</p> <p ALIGN="JUSTIFY">mon cur est parti rver [d'un] ailleurs</p> <p ALIGN="JUSTIFY">dans les jungles d'Asie</p> <p ALIGN="JUSTIFY">dans les forts des villes</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> n'en plus finir,  se noyer</p> <p ALIGN="JUSTIFY">et c'est le vertige, le tournoiement....</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Le monde est  l'envers, le monde brle,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">mais pas autant que toi, pas autant que ta vie,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">celle qui se consume, celle qui te dsire,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">elle qui fait tourner les ans et viser les cheveux,</p> <p ALIGN="JUSTIFY">et jamais je ne rverais plus que toi</p> <p ALIGN="JUSTIFY">qui es inaccessible dans le fouillis</p> <p ALIGN="JUSTIFY">autour de moi, qui fais tomber les rideaux....</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">4 / 7 / 86</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Tlmatin le 29 Juillet 86  huit heures moins le quart, le  vainqueur amricain du tour de France, les incendies en Provence, les clips  vido, les nouvelles du temps, les invits, de diffrents speakers, la  speakerine qui bgaie, le vieux Jacques Anquetil qui radote, etc... etc...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je sors du train de la nuit, Toulouse-Paris, j'ai roupill  comme un loir et bu un grand crme sur le boulevard de Charonne, fum clope et  ptard, pens  tout ce qui vient de passer sous mes yeux ces jours derniers.</p> <p ALIGN="center"><a href="../../images/le-depart.jpg"> <img border="2" src="le-depart_small.jpg" xthumbnail-orig-image="../../images/le-depart.jpg" alt="Greg, Fafou et Juliette sur le dpart" width="100" height="151"></a></p> </font><font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Le Lot, c'est vraiment super, je suis maintenant chez moi  dans les meubles de Fafou et Greg qui sont partis lundi dernier en Australie (<i>the  land down under</i> en Anglais) . Fafou n'tait pas encore compltement sre  d'obtenir son visa en montant  Paris, Juliette sous le bras et sacs  bout de  bras. Elle m'a tlphon de Paris pour me donner la nouvelle, le moins qu'on  puisse dire c'est qu'elle tait vraiment mue. Greg est rest impassible  jusqu'au moment du dpart, toujours trs calme; British.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">LETTRE A <span style="text-transform: uppercase">Benot</span>,  JAMAIS ENVOYEE</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY"><i>Les filles vont bien et t'envoient des tas de  gracieusets. Pascaline a dcid de venir avec moi au Npal en novembre pour  voir comment a se passe dans un groupe. Aurait-elle l'intention de faire le  mme boulot que moi? Kina honaa! [pourquoi pas, en npalais] Welcome didi  [grande sur]. Je pars demain matin accompagner deux groupes au Zanskar coup sur  coup puis je reviens en France du 30 septembre au 4 octobre o je dirigerai mes  ailes vers le royaume de Bibi 5 fois Sri [NVDF : feu le roi Birendra, zigouill  par son fiston le premier juin 2001... une ordure]. Pour deux tours des  Annapurnas comme de bien entendu.</i></p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY"><i>Mumu bosse comme une dingue au Bellevue [un troquet qui  fut sympa,  Poulignac, autrefois], les affaires tournent mais le trio lamoureux  aimerait bien glander un peu avec les potes. Les potins des potes : Pascal est  parti aux USA aprs une fiesta d'enfer au Bru, laurent va bien et son gang  aussi, Alain Pothier te salue, les autres de mme. la ganja cru 86 promet d'tre  bonne; Georges baigne dans le ciment et les copeaux, Edith tchappe un max, du  coup on est copains, on a t voir Manu Dibango  Gourdon il y a trois jours et  hier on est alls en grande dlgation puy-l'vquoise au festival de Cauzac  dans le Lot-et-Garonne. Epope grandiose et nuit-blanchesque dont je ne suis pas  encore remis. Je crois que ces deux derniers jours n'en ont fait qu'un et mes  yeux sont trs rouges de fatigue et autre. a a commenc avant-hier matin par  une course au piston. Je m'explique : ma mob est en carafe depuis une semaine et  je cherche dsesprment un piston ad hoc. Pas moyen dans les parages immdiats,  le Lot est un trou paum, alors j'enfourche la mob de Pascaline (la Pistache) et  je fonce dans les gravillons jusqu' Cahors. L, pas de pot et encore moins de  piston. Bravement je fais demi-tour sur mon engin de mort et en arrivant  la  Ramounette pas moyen de dcoller de la selle. Sont-ce les amortisseurs qui ont  merd? Diagnostic rapide : sciatique! Ma premire...  deux jours du dpart!  Panique, coup de bigo  lavesse pour lui annoncer ma capitulation devant ce mal  atroce, baisse srieuse de moral, moi me traner lamentablement sur mes pognes  pli de douleur sous le regard stupide et fidle de la vieille Dolly, c'est pas  possible que a arrive l comme a aujourd'hui,  moi, horreur... C'est l que  le Lot est vraiment la terre des merveilles : je saisis le bigo et je lance le  SOS. Une demi-heure plus tard Greg le peintre dbarque dans son superbe carrosse  504 de chez Peugeot et me vhicule derechef chez le kin le plus proche. Je me  fais plier dans tous les sens sur la table de moleskine et a craque de partout,  on cause du Npal et du trek, le bonhomme me remet en place en beaut; je sors  sur mes deux pattes, en plus, il refuse que je le paie, la vie est belle et le  soleil frappe dur.</i></p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY"><i>C'est la scheresse dans tout le Sud et le Lot ayant t  pollu par une usine de Decazeville les paysans ne peuvent plus arroser.  Interdiction de baignade pendant quatre ans, c'est du cadmium et a ne pardonne  pas. Rationnement d'eau dans toute la rgion, a doit te rappeler le Npal. Il  n'a pas plu depuis dbut Juin. Il fait une moyenne de 29. Les vacanciers sont  aux anges. C'est la fin de la nuit du 28, a fait trois jours que j'ai pas  vraiment roupill, mais tout baigne dans l'huile, pas de panique, j'ai mon  billet d'avion, mon visa indien, mes nouvelles pompes de trek et des tas de  babioles inutiles au fond du sac  dos. Je me casse  Roissy dans moins d'une  heure, mes clients vont encore trouver que j'ai la tronche pas claire, je  pioncerai dans l'avion, no problem! la journe a t enfivre, Paris est une  ruche et les parisiens des abeilles speed. En plus la chaleur colle  la peau et  les yeux secs piquent le soir. J'ai couru de bureaux en agences de voyages pour  finir par extorquer deux malheureux tickets d'avion pour moi et un collgue.  J'ai  peine pu faire ce que j'avais prvu, entre autres l'expdition de deux  colis de bouffe et diverses babioles  l'intention de ta pomme de la part des  nnettes de Pouliviac, a doit arriver par le biais d'un groupe partant du Tibet  au dbut Aot et a arrivera  la librairie Franaise de Rajendra. J'ai charg  le <a title="g" href="../../glossaire.htm#Tour-Leader" style="text-decoration: none; font-weight: 700"> tour-leader</a> d'un groupe de te bigophoner en arrivant  <a title="glossaire" href="../../glossaire.htm#KTM" style="text-decoration: none; font-weight: 700"> KTM</a> mais vrifie quand mme avec Tushita [l'htel o se trouve le bureau de  GHA, l'agence npalaise, relais de Terres d'Av'  l'poque].</i></p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY"><i>la suite de mon programme c'est d'abord de guider deux &quot;<a title="glosaire, cong!" href="../../glossaire.htm#Zanskar" style="text-decoration: none; font-weight: 700">Zanskar</a>&quot;  jusqu' fin septembre puis je rentre trois jours au dbut octobre et je me tire  au Npal pour deux Tours des Annapurnas. Si tout va comme prvu je dbarque le 5  octobre par le vol PIA [Pakistan Airlines]. Vu que le Lot c'est super je ne  pense pas rester aprs les groupes, mais on ne sait jamais... Si tu veux  d'autres dlicatesses pour toi ou les autres tu peux m'envoyer un mot aux bons  soins de TERDAV avant le 30 septembre, pas de problme. Je tombe de sommeil et  j'ai encore tous mes bagages  empaqueter, c'est le foutoir le plus intgral.</i></p> <p ALIGN="center"><i>*</i></p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <blockquote>   <p ALIGN="JUSTIFY">[<font color="#FF0000">Note Venant Du Futur</font> :    l'infme lavesse m'a bien couillonn : aprs deux treks au Zanskar, il tait    prvu que j'en accompagne deux autres au Npal, mais que tchi, il a refil le    plan  un ... je me suis donc <i>mis en grve</i>, j'ai refus d'aller    m'inscrire  l'Assedic et de toucher le chmedu... j'organise ma survie  la    Ramounette J'ai tenu bon plus de six mois et j'ai gagn, en fin de compte...    en banque. Et mang des patates tout l'hiver. <font color="#FF0000">[11/10/02]</font>    Une histoire de cingl que cette grve; on peut en effet la considrer comme    la toute premire d'un petit mec tout seul, en CDD et sans syndicat au cul. Il    fallait tre gonfl, en fait :&nbsp; ]</p> </blockquote> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je suis revenu  Charonne le premier Octobre, on est  maintenant le neuf. En ce moment c'est <a href="../../personnages/maria.htm" style="text-decoration: none; font-weight: 700"> <font color="#800000">Maria</font></a> et Matias qui en sont les habitants.  Christophe vient de temps  autre pour passer la soire et la nuit. Maria a  quitt les Pyrnes et son ami Jean-Luc pour tenter un redmarrage parisien.  Elle a tout plaqu sur place. Matias est inscrit  l'cole depuis quatre ou cinq  jours. Il a pris son premier cours de judo hier aprs-midi. Ils ont l'air de  bien vouloir rester. Les nouvelles nous disent que l'atelier sera dmoli au  printemps de l'anne prochaine. la note de loyer est arrive et je ne sais pas  qui va la payer. Benot est parti chez moi dans le Lot et  l'air de bien s'en  accommoder. Miguel a qu'il passerait dans une ou deux semaines dans une ou deux  semaines, mais a fait des mois qu'il dit a. Samir est occup avec sa petite  famille et son boulot qui recommence bientt. <a href="../../personnages/victor.htm" style="text-decoration: none; font-weight: 700"> <font color="#800000">Victor</font></a> le punk est  Amsterdam avec la mme  Olga, son frre Christophe est de retour du Berry o il commenait  se faire  chier srieux. J'aurais d partir avec un de ses potes en voiture dans le Lot  pour tout dmnager samedi  midi, mais il est arriv une histoire  invraisemblable  son copain. Alors qu'il fallait payer une amende au  commissariat, les flics ont dcid de le transfrer  Fleury pour une affaire  mystrieuse. Je pense pas que je pourrais partir avec lui. Je recherche voiture  et chauffeur dsesprment, le plus vite possible.</p> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je commence  en avoir marre de rester ici  ne rien foutre  de constructif,  part taper deux ou trois feuillets tous les jours  la  machine, sans but aucun si ce n'est l'envie d'crire  l'tat pur. J'ai encore  de la peine  raliser que je ne travaille plus dans le tourisme [NVDF : l tu  te goures, Cyp, jusqu'en 94 tu en trimballeras, des pax], que peut-tre ma vie  approche un de ses tournants cruciaux. Ma dcision est nette et sans bavure,  elle ne me laisse aucun arrire-got amer de la gorge. Je suis parfaitement dans  mon droit. Simplement j'ai du mal  encaisser qu'on ait pu agir aussi rudement   mon gard. Je souhaite rparation. Ou de tomber sur un plan encore meilleur. Il  faut cependant que je sois prpar  affronter le pire : le dsespoir isol  la  campagne dans ma petite maison, coup des autres par l'hiver et un compte en  banque  la drive.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Enfin, en ce qui concerne la survie, je suis assez dou. Le  loyer est pay jusqu'en Juin prochain, il ne me reste plus qu' faire les  courses de temps en temps,  mettre du mlange dans la mob et  faire les  provisions de tabac et de vin. Sans imprvu je pourrais ainsi vgter au moins  un an, suffisamment pour pouvoir enfin penser  autre chose qu'aux groupes,   l'Asie,  la trilogie des transports : avion, bus, randonne. Je devrais parler  de la tyrannie des transports, en lieu de trilogie. Combien de journes et de  nuits blanches passes  me morfondre sur un sige de bus ou d'avion, combien   faire la queue dans les aroports et les gares. Courir sur le quai pour acheter  un vieux sandwich ultra-cher  l'escroc de service. Combien de fric en pourboire  pour les porteurs de bagages. C'est lamentable d'avoir  penser que j'aurais pu  me payer des fringues chic pour le prix que j'ai pay  me faire transbahuter  mes sacs de fripes. Et Herms, dieu des voyageurs me regarde d'en haut et se  fend la gueule, l-haut sur son nuage; il m'a bien eu, l'idole!</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">P C L 9 / 10 / 86</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">PARIS</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="center">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="left">$$$</p> <p ALIGN="JUSTIFY">J'ai gagn ma grve contre TERDAV... Maintenant je suis comme  vid, toute mon nergie est partie, cette bonne nergie de contestation qui  m'avait envahi, possd.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je me retrouve pantelant, dboyaut, mes tripes pendent   l'air, en plein jour et a pue. Je suis une fois de plus en attente de quelque  chose qui va dbloquer l'action. Le Yi-King m'avait t trs utile quant  la  stratgie  adopter pour gagner, maintenant il est muet, ne donnant plus que des  rponses vasives  des questions vagues.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je glande lamentablement  la maison, entour de l'ambiance  nonchalante de Benot et surtout de Daniel. Je suis en quelque sorte priv de la  concentration qui m'est ncessaire pour accomplir mes projets tranquillement.  Jamais je n'avais tant crit  la suite que lorsque j'tais seul, les quatre  seuls jours se solitude pour moi en 86, du 25 au 30 dcembre. Mais quoi faire?   vrai dire, j'en sais trop rien... Les jeter dehors, a serait le plus facile,  mais aussi le plus injuste; Benot n'a jamais hsit  me dpanner quand j'tais  dans la mouise, en plus c'est mon meilleur pote, a se fait pas comme a. Daniel  est lui aussi un mec super dans son genre, c'est pas leur personnalit qui me  gne, juste la prsence de quelqu'un alors que je voudrais tant tre seul. Seul;  je ne sais si c'est appropri, en fait je voudrais surtout me trouver une fille  avec qui vivre une fois de plus des relations intenses, sexuelles, amoureuses,  alors que a fait maintenant plus de deux ans que je n'ai pas senti le contact  d'une peau fine et parfume, alors que mes sens se meurent, alors que la  prsence fminine seule me permet de vivre vraiment.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ici comme  Charonne, je ne retrouve dans une ambiance de  caserne ou de sminaire, c'est selon. a suffit comme a, je craque  compltement, je me remets  faire des trucs dbiles juste pour remplir ce  manque qui m'est pire que celui de l'hro pour le junk. J'cris des lettres  enflammes  mes anciennes amantes, qui bien sr ne daignent mme pas rpondre.  Je me plante compltement, a me fait pas de bien, je le sens. Et les autres  filles qui se prsentent et me font du pied ou de l'oeil ne me branchent gure.  J'ai les fantasmes assez fixes dans ce domaine, difficile  changer, a  conditionne tout. Les seules qui m'attirent irrsistiblement sont hors de ma  porte; tant pis pour ma pomme, il faut que j'assume. En attendant le temps  coule, c'est le coeur de l'hiver, je n'en vois pas la fin... Dans un mois ou  deux peut-tre...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette, 10 / 1 / 87</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je me pte la tte au joint, au ptard, ma tronche, qui se  met  fumer,  scher, se fait prolixe, se raconte des histoires, se fait des  plans. J'aime le haschisch, c'est ma drogue, celle qui ensuque, me met minable  et me fait sauter les neurones. J'aime son effet, j'aime son nom, son odeur me  fait sursauter  chaque fois comme au premier jour, ses petits dessins qu'elle  imprime sur ma rtine me font toujours triper comme au dbut, sa nonchalance  associe au dbit acclr des ides qui se pressent, se bousculent, divergent  sans cesse me font un effet boeuf. Je m'arrterai peut-tre un jour de la fumer,  mais par par dgot, juste par trop-plein : au bout d'un temps, je finis par  tre pt en permanence, j'en suis pour ainsi dire imbib, dans le bon sens du  terme. Quand, au retour de mes voyages, il m'arrive de ne pas la fumer, je dors  tout aussi bien; merci  toi qui respecte tes usagers, ne les rend pas  dpendants de la dose, les laisse libres, libre-arbitre, libre comme l'air, de  penser comme ils veulent, faire idem, etc...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette 11 / 1 / 87</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette / Maison / hiver / Neige / chemin froid / oiseaux  gels / bouts de beurre devant la porte / Benot / Daniel / Edith / ils s'aiment  / Georges flippe / a du mal  encaisser / j'attends / lettres  lanzmann. Feu  dans la chemine / radio-tl-minitel / fin de la grve / moins dix au  thermomtre / courants d'air / lucarne dans la piaule / grand lit vide / soupirs   travers la cloison / tensions glauques / je dcide d'essayer une fois de plus  de rester cool / d'viter la guerre / coexistence pacifique  coup de bouteilles  de gnle et de ptards / Pascaline envoie une lettre d'Inde / Pistache amne ma  lettre-rponse / elle l'a reue hier / j'espre qu'elle prendra plaisir  la  lire / Je tlphone aux vieux amis / Dominique me donne l'adresse d'Aline / a  casse un vieux mythe / un fantasme / sans femme je ne vis pas vraiment / juste   moiti / difficult  digrer le calvaire Deborah / a dure / a persiste / je  suis pris par l'ide de me refoutre dans une telle situation / petit  petit,  j'analyse la situation, de mieux en mieux / en fait je me suis fait pomper par  cette fille instable, en besoin perptuel d'affirmer sa personnalit, besoin  d'interfrer brutalement sur ma faon de vivre, de penser, d'aimer, de concevoir  les choses. Pas toujours t cool moi-mme, du mal  raliser sur le coup, du  mal  dgommer gratuitement mais quels dgts en fin de compte /  chaque fois  que je pense aux femmes maintenant, ce souvenir pesant de domination me revient  plus fort  chaque fois / pas de calme / pas de rpit dans mes penses agites /  je tente en vain de me relaxer / le soir dans le lit / des fois a marche, des  fois pas du tout / alors c'est parti pour une nuit blanche / des ptards qui me  font gamberger les mninges / je fantasme comme un vieux fou / a me fait peur /  je me dcouvre sous un jour trange / got amer dans la gorge / boule d'angoisse  sous les ctes, je me suis fait avoir par un des plus minables plans que revt  l'illusion / la lecture du bouquin de Trungpa me refile la pche / il est clair  / il me reste  trouver le guru / je suis devenu mfiant comme un renard /  endurci de l'esprit / pas crdule / et pourtant, je sais qu'il me faudra en  passer par l / tous les jours je pense  Roger et Bernadette en retraite de  trois ans quelque part en Dordogne, je les encourage / le soir dans le lit /  quand j'allume le stick d'encens au Bouddha, devant les cailloux d'Himalaya et  d'ailleurs / hiver interminable / long et dsesprant / comme je voudrais tre  un peu sous les tropiques! / je veux repartir / mais je sais que Pascaline doit  venir au printemps / j'ai envie de l'attendre / mais je sais que je ne peux pas  compter dessus / les vnements se droulent selon un plan imprvisible / pas de  rponses  mes lettres, une rponse dtourne, mon imagination rejoint parfois  la ralit, je me demande si je ne deviens pas barjot, en fait non, mon esprit  fonctionne toujours  bon rendement, mais je manque d'nergie dcisive.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">16 / 1 / 87 P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette / neige dehors / froid intense / creux de l'hiver  / frustrations / lanzmann / Terdav / grve finie / en eau de boudin / Nadine /  incertitude / et pourtant / pas facile / femmes / besoin / Pascaline / elle  revient sans cesse dans mes penses / Deborah est trs loin de mon coeur / la  liaison est rellement termine / mais Pascaline... / la tl / perdre son temps  / le bouquin / a ne vient pas / dur / chmage mental / le bout de tcharass qui  diminue / alcool / whisky / les bouteilles dfilent et ne durent qu'un jour /  Benot / Daniel / tensions / solitude avorte / je me force  encaisser / amiti  / mais je voudrais tant tre seul pendant un temps / lire / <i>Tte de Turc </i> / <i>Gusar de Ling</i> / <i>Sur la Route</i> / manque d'Asie / lavesse/ Npal /  si loin / groupes? / une peu fini grill ce job / mais je vais repartir /  incertitude pour la suite du programme / minitel / angoisse de la facture /  Paris? / je ne sais pas si j'y vais bientt / penses pas claires / emmles /  touffues / pas ordonnes / manque d'inspiration / dsir d'crire / je tape pour  rien / trop de choses autour de moi pour que je puisse me concentrer / la neige  fond depuis trois jours / mobylette / pieds gels / papier / dictionnaire / mots  / Yi-King et tarot / clopes / sur clopes / bronches sales / coeur qui tape / dos  qui fait mal / dsespoir et espoir en mme temps / il faut que je m'associe avec  des gens dtermins / baba fini / action / rflexion / causette/ nergie et   d'autres moments je me laisse aller  la pire des torpeurs /</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">chmage des sens, comme c'est triste!</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">23 / 1 / 87</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> <p ALIGN="JUSTIFY">4 / 2 / 87</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Paris-Charonne Maria, Matias Patricia Marguerite. Je ne sais  plus quoi faire  Charonne, je m'ennuie, Paris n'est plus ma ville, je suis un  corps tranger, je gne et je me gne. Terdav. Jean-Franois. Daniel me salue  mais je ne lui rpond pas, pourquoi devrais-je le saluer quand il y a  peine  deux mois il me balanait tout le mpris du monde  la gueule? Jean-Franois  essaie de renouer ma sympathie : je ne marche pas non plus, Roger est pass   Charonne puis, coeur, il est reparti bosser dans le sud. Jean-Franois me  parle de Roger qui n'est pas en odeur de saintet dans le milieu tourisme. Roger  s'en fout compltement, je prends sa dfense.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">J'erre sans but dans les rues froides, j'ai hte de repartir  dans le Quercy. Actuel. Jean-Pierre Cercant et Pascal Dupont; interview, je fume  un ptos, je suis pas  l'aise; ils essaient de piger ma requte, de situer par  les questions le Npal et ses problmes, ses espoirs, etc... je sens le discours  de citadin qui n'entrave rien de la vie  l'air libre. Comme d'habitude! Je les  sens prts  me pomper l'ide,  s'en servir pour leur gloriole, leur maudit  salaire. Je suis au dsespoir! je n'ai plus de but, plus de raison de me battre,  plus de cause  dfendre : la mienne est en sale posture. Marie. Elle fait tout  pour ne pas se rappeler qu'elle me doit le fric du loyer de la rue de Charonne :  hypocrite! Pourtant elle ne peut l'ignorer, elle ne peut s'extraire a de la  mmoire, elle sait bien que je viens d'essuyer trois mois de grve et que je  suis rinc, mais elle a choisi de s'en foutre. Elle sait bien que c'est moi qui  lui ai trouv le boulot  Terdav mais a ne la fait pas changer d'avis. Maria.  C'est autre chose : Maria c'est ma grande soeur de dconnade. C'est la plus  doue des copines. Elle est la crme qui console les coeurs malheureux. Maria  est fauche, mais a n'est pas nouveau, Maria et Matias vont au judo; Maria  regarde Matias faire des prises, Matias fait des clins d'oeil  Maria.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Conversation au tlphone avec Vronique :</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Vronique est une jeune fille moderne, elle s'accommode de  tout et de tout le monde  l'aise. Tout va au mieux pour elle : elle fait des  tudes de sociologie sur un auteur strile dont j'ai ray le nom de ma mmoire,  elle coute de la musique lgre, elle est lgre. Elle m'invite  prendre le  caf chez elle demain, je sais pas si je vais y aller; je saurais pas quoi lui  dire... Je lui expose mes griefs contre le monde et la socit mal fichue dans  laquelle je me dbats pour bouffer le croton; a l'indispose d'entendre des  mecs aussi noirs et ngatifs que moi, elle fait mine d'entendre alors que je  sais qu'elle a pos le combin  ct et qu'elle rvise quelque leon en  vitesse, en douce. Vronique est est une jeune fille moderne et dans le sens du  vent, le vent en poupe. a ne m'intresse gure,  la lgret intolrable je  prfre lourdeur et profondeur d'un combat solitaire pour des causes pas  dfinies, qui torturent l'intrieur, le secouent indiciblement et le forcent   passer au del : la lgret des tres me parat triste et indigne d'tre vcue,  et tant pis si je ne suis pas suivi par des hordes de suiveurs : les suiveurs  sont une triste engeance!</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Paris Charonne P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette / retour de Paris. Douze fvrier quatre-vingt  sept. Il fait plutt moche mais le moral est au beau fixe. J'ai touch le coeur  d'une fe. De deux fes. Aline va venir faire un tour dans le Quercy, et  Samuella aussi, j'en crve d'impatience. Fini l'hiver des glandes, vive le  printemps des hormones!!!</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je suis torch  la vodka-orange, Benot s'agite les papilles  en bas dans sa chambre avec Edith, Pascaline de Fley est partie au Npal,  Solange dboule en France avec son pote et futur mari Nima au mois d'avril, j'ai  gagn ma grve avec Terres d'Av. Ma machine  crire fonctionne  merveille, je  suis ensuqu par le sirop d'orange et la gnle. Youpie a baigne dans l'huile. </p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Edith, Georges, Benot, Anita.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Edith est la femme de Georges, ils habitent  sept kilomtres  de chez nous. Edith tombe amoureuse de Benot, au dbut les choses se passent  bien, puis Georges encaisse de moins en moins, il se saoule de plus en plus,  fait la tronche  Benot, engueule Edith, la menace de la quitter, l'oblige   choisir entre lui et Benot. De jour en jour la situation se dgrade, parfois  les crises de Georges rejaillissent sur Anita, leur fille de onze ans; Benot ne  sait pas quoi faire, en fait a n'est pas si facile de bien faire dans ce genre  de situation.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Hier soir c'est la crise : Georges tlphone  la maison,  fait son cinoche de mari cocufi et mort de jalousie, et dbarque compltement  bourr une heure aprs, a tourne au vinaigre, il coince Edith, l'oblige  s'en  aller vivre ailleurs, bien que la maison lui appartienne, le camion de Georges  est embourb dans le champ de madame Cornichon, il y laisse de profondes  ornires? En fin de compte, Georges et Edith repartent ensemble chez eux, dans  la nuit.  deux heures du matin, Edith dbarque en pleurant : Georges l'a  menace d'un couteau et la force  le quitter. Elle passe la nuit  la maison.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Le lendemain matin Georges passe pour dsembourber le camion,  il revient une demi-heure plus tard pour nous confirmer,  <font FACE="Palatino Linotype">Benot </font><font FACE="Palatino Linotype">et </font>moi qu'il ne veut plus qu'Edith revienne chez lui, sauf pour chercher ses  affaires. Edith, compltement branle dcide d'aller vivre  lacapelle chez  Titi avec Anita, elle flippe srieux... suite au prochain pisode.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">16 / 2 / 87 P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Edith et Georges, suite.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Aprs la nuit agite d'hier, Edith prend ses dcisions : elle  se barre ailleurs. Elle a arrang le coup  lacapelle, Titi est d'accord pour la  loger avec Anita.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Edith ne veut pas revenir seule chez elle, elle a peur des  ractions violentes de Georges. Je l'accompagne pour faire le tampon. Georges  essaie une ultime fois de rabibocher la chose, mais elle ne se laisse pas faire  et prend quelques bagages pour lacapelle.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">En rentrant chez moi le soir je trouve Anita en plein dans  son cours d'Anglais, elle n'a pas l'air de flipper du tout, elle encaisse sans  coup frir. Aujourd'hui Georges tlphone chez moi pour Edith; il tente le coup  encore une fois. Mais elle l'envoie brouter ailleurs, le forant  raliser  qu'elle est bel et bien partie. Georges flippe et raconte n'importe quoi.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Il refuse de lui passer Anita.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Suite au prochain pisode.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">17 / 2 / 87 P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette 25 / 2 / 87</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je voulais tre seul pour pouvoir crire mon roman et je suis  seul : Benot est parti  Paris avec Edith et Anita jusqu' la fin de la  semaine. Mais je suis incapable d'crire : je sche compltement, je flippe et  je tape 3615 sur le minitel pour me trouver de l'inspiration, et a marche assez  bien il faut dire, mais a ne fait pas avancer mon bouquin, hlas! Et en plus a  cote la peau des fesses, et je me sens le roi des cons : je suis accro! Et  quand je pense que je critiquais les vrais accros d'autrefois, comme Claudine   Strasbourg! Quelle connerie! Et quel plaisir! Le plaisir de l'criture en  direct, avec facture d'enfer  la fin du mois.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Oh les muses! Rappliquez en quatrime : je meurs de  frustration! Hier soir j'ai dbarqu par hasard chez Corinne et Tioul, en  revenant de Cahors sur ma mob. Ils taient en train de prparer une fiesta. Je  suis rest et je suis reparti le premier, oppress que j'tais par le trop-plein  de monde : j'en ai perdu l'habitude! Je deviens un tantinet misanthrope! Je suis  donc revenu  la Ramounette vers minuit et demi sur ma mob dont le pneu arrire  fuyait. Zig-zag sur le goudron dans les virages, je croyais que c'tait moi qui  tais trop rond : mais non, c'tait l'effet du pneu  moiti dgonfl qui  faisait chasser la roue arrire. Ce matin j'ai voulu rparer, mais plus de  rustines! Alors j'en ai rcupr une vieille sur la chambre  air foutue. Je  l'ai recolle par dessus mais  peine j'avais fini de refoutre le pneu en place,  que le gonflage laissait entendre  nouveau le sinistre chuintement du pneu  crev!</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Dcourag et bon  rien je suis rentr me faire rchauffer du  caf, fumer un clope, bouquiner un peu, zyeuter Mourousi  la tl, gratter le  dos de la vieille Dolly, essayer de taper un peu, avancer cote que cote, mais  pas moyen : aujourd'hui journe naze. a ira mieux demain j'espre.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette le 3 mai 87, je suis rentr de mon sjour le plus  court en Asie depuis quelques annes : trois semaines seulement. C'est peu. Je  suis rentr alors que je suis  peine sorti, alors que je m'tais  peine  habitu  la vie en France, et je ne sais plus quoi penser. Quand je suis arriv  au Npal, la premire chose qui m'a frapp, c'est que je m'y sentais chez moi,  que le pays ne me paraissait pas tranger. la familiarit, peut-tre, et aussi  le fait que je n'y tais pas all depuis un an, ce qui me donnait du recul sur  la chose.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Le groupe fut une galre, un groupe  problmes, un groupe  pas facile, et je ne connais pas encore aujourd'hui les rpercussions qui  peuvent se faire sentir sur mon <i>avenir professionnel</i>. Aprs ce que j'ai  os  Terdav, je sais pertinemment qu'ils peuvent utiliser cet argument pour me  foutre des btons dans les roues, qu'ils peuvent tout essayer pour me rouler  dans la boue, et que probablement ils vont le faire. Je verrais le 16 mai   Paris, d'ailleurs j'aurais d recevoir la lettre qui m'invite  la runion  d'accompagnateurs, mais rien n'est arriv au courrier, alors, vu que la lettre  de fin de grve que j'avais envoye au personnel de la bote a t subtilise  par X avant distribution, je me demande srieusement si a n'est pas la mme  chose ou la mme personne qui se dfonce  m'enfoncer, je ne sais et peut-tre  n'est-ce que de la parano.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Peut-tre seulement parce que je commence  bien mieux piger  qu'auparavant ce qui peut se tramer dans le cerveau d'un patron : de la bouillie  qui vous rduit peinardement  l'tat d'esclavage non dsir, sans que l'on s'y  attende le moins du monde. Quel est le moteur des patrons? C'est le fric et le  jeu du pouvoir qui les attire irrsistiblement vers l'abus de leur pouvoir.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Rentr en France, encore...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je ne sais plus quoi crire, mon manuscrit moisit sur la  table de la cuisine de la Ramounette, je suis en panne sche. Je suis seul,  enfin! Benot est parti vivre  Fley, je ne le vois presque plus, du coup Edith  ne vient plus, ceux que je vois le plus ces temps-ci c'est Muriel et laurent.  J'en sors ce soir, j'ai fini de leur rparer la tloche, a m'a pris un temps  fou mais j'y suis arriv sans aucun instrument de contrle, tout au feeling.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je suis seul oui mais maintenant la situation est plus nette  : je vois que jusqu' prsent j'tais dj seul mais isol au milieu de la  foule, au milieu du monde qui m'entourait et me dvorait. N'empche : je suis  plus solitaire que jamais, ooooh, il y a bien la vieille Dolly, toujours l et  mme en chaleur, malgr ses dix-neuf ans, mais je suis seul...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Pas envie de grand-chose, le projet que nous avions foment  avec le gang s'effondre lamentablement : Thrse a compltement flipp parce que  j'ai eu le malheur de ne pas lui causer du projet alors que je sortais de  l'avion. Elle tripe sur moi, est amoureuse de moi en secret, n'ose pas me le  dire mais c'est vident comme c'est pas permis, a saute aux yeux. On se tape  une conversation sur le projet  la Ramounette, il y a deux semaines, arross   la vodka. Elle s'effondre plusieurs fois  la limite des larmes, mais qu'est-ce  que j'y peux? Je ne suis pas du tout amoureux d'elle, et j'y peux rien. Dur-dur.  En plus elle a son caractre et ne peut supporter des types comme <a href="../../personnages/samir.htm" style="text-decoration: none; font-weight: 700"> Samir</a> avec ses projets  ct de la plaque, ou Jean-Claude avec son  caractre de cochon. Et puis Benot a lui aussi dcid de prendre un temps de  rflexion avant d'attaquer le projet. Il s'est inscrit  un stage d'ducateur  sportif. Moi je prends des leons de code en attendant la conduite, je flippe  tout doux dans ma fort, je suis en manque, srieusement, en manque de fminin.  Et je craque, je me fends. Je n'ai pas le got de grand-chose. Il fait un temps  assez moche, j'ignore si c'est l'habitude mais ici a commence  me porter sur  les nerfs. Je suis apathique au possible. Je veux tant crire, terminer mon  bouquin et je ne sais pas comment faire, o ajouter ou couper quoi et quel  passage, taillader dans la masse ou en rajouter au contraire, et puis o elle va  donc cette histoire? Hein? Je me le demande bien, c'est frustrant de savoir que  j'ai si facilement commenc et que maintenant a bloque sans prvenir, comme  a...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Les daknis sont parties, donc? Je n'en suis pas convaincu...  Elles doivent bien se planquer quelque part, dans l'espace infini qui est leur  domaine ou bien au creux de mes nerfs, comme le virus du sida, de l'herps,  maladie d'inspiration. Syndrome aigu de quelque chose, syndrome de panne.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Solange, Nima et Pascaline sont partis  Toulouse pour se  changer d'air. Tioul et Corinne se planquent chez eux, Muriel et laurent a ne  va pas trs bien; Muriel me parle de laurent qui n'a plus le got de  grand-chose, Alain Pothier glande et squatte chez tout le monde, le groupe de  reggae qu'il avait form avec les potes s'est spar pour cause de manque  d'imagination et de mgalomanie galopante, Georges s'est retap la grange pour y  habiter puisque a ne va pas du tout avec Edith. En bref c'est le cafard dans la  rgion... a n'est pas non plus la crise, c'est morne et morose, c'est tout.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">J'tais sens partir demain au Npal mais je me suis dsist,  j'ai invent une histoire avec lavesse comme quoi je m'tais clat le genou  gauche en cherchant des champignons, c'est pass comme une lettre  la poste; il  s'en fout apparemment, Marie la pute m'a envoy une maquette du futur catalogue  88 de Terdav : ils m'ont piqu deux ides sans me consulter : la grande  traverse de l'Himalaya et le titre d'un de mes treks : la <i>route du tchang</i>.  a me fout les glandes. J'ai de plus en plus l'impression de me faire traire.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Sinon, de quoi parler? De ce qui n'arrive pas  me sortir de  la tte : les trois mois que je viens de passer au Zanskar, trois mois qui m'ont  compltement immerg dans le trip, dans la montagne rouge et verte, dans les  mini drames humains, les maxi comdies que se sont joues les acteurs que nous  fmes : les touristes et le staff, les gens du coin qui m'ont vu passer et  repasser, aller et venir, toujours dans le mme sens et sur le mme trajet, ces  milliers de kilomtres et ces milliards de caillasses, ces odeurs fortes et  musques, ces buissons pineux bouffs par le soleil, les galres sans fin,  s'enchanant par sries, coup sur coup pour ne pas me laisser le temps de  rflchir, le walkman sur les oreilles avec la musique  fond pour soutenir mes  forces dfaillantes, pour ne pas couter mon souffle, refuser d'entendre mon  coeur battre  deux cent dans les montes, le groupe me talonnant, les mules  suantes et palpitantes, la piste qui n'en finit pas, le courage et le  dcouragement et la volont d'en finir en beaut, d'amener les pax de mon  dernier groupe tout en haut de cette montagne si belle au dessus de Photoksar;  et la joie d'en finir, de russir, la rogne en rentrant de ne pas tre cout,  de me faire voler par Marie du tcharass que j'avais ramen dans les tentes. la  rogne.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette le 24 / 10 / 87</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Nouvelles du Lot.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Georges a cass le pont arrire de sa 404 juste  son dpart  pour Paris. a entrane plusieurs choses : il va devoir rester plus longtemps  que prvu dans la rgion ce qui fait qu'Edith et Benot qui avaient prvu de  convoler pendant l'absence de Georges se retrouvent le bec dans l'eau... Ils  vont partir dans les Pyrnes pendant les vacances de la Toussaint, et ramener  Maria et Matias au retour.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Muriel et laurent s'entendent de moins en moins, a devient  lourdingue chez eux. Moi je me contente d'y aller rparer divers ustensiles  lectroniques et zyeuter des films en couleur sur la vido. Et observer tout ce  drame d'un oeil extrieur mais nanmoins concern. laurent lui tire positivement  la tronche. Muriel est bien emmerde. Elle n'ose pas le jeter dehors parce que  ce petit n'a nulle part o aller. Mais en fin de comte elle se cramponne  lui,  qu'on se demande lgitimement ce qui la retient. L'habitude, peut-tre...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Assis sur les grands tabouret du bar du Bellevue, Mumu m'a  confi qu'elle est maintenant seule; toutes ses amies sont parties, Pascaline et  Solange  Toulouse, les autres je ne les connais pas. C'est comme si Benot  s'tait compltement retir du jeu, parti loin ailleurs... Je comprends et  compatis. Mais je ne peux rien faire... Sinon, pas grand-chose  l'horizon; je  suis en plein trip permis de conduire, a me bouffe une bonne partie de mon  cerveau, ingurgiter tous ces panneaux bigarrs et ces lois stupides, ces  situations dbiles et ce truc mcanique. N'empche, je piaffe d'avoir une  caisse. Ras-le-cul intgral de la mob. Ces machins-l c'est pas fait pour rouler  vraiment, c'est en plastoche massif, a tombe tout le temps en panne, quoi qu'on  fasse. </p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Anecdote. Hier soir je rentrais peinard du supermarch de  Pouliviac quand mon phare est tomb en rade. Ampoule grille... Je me suis  arrt en plein cambrousse, pilant en catastrophe, j'ai dmont la chose,  miracle, j'avais une ampoule de rechange, manque de pot c'est ce moment dlicat  qu'un norme Doberman a choisi pour me foutre les foies en aboyant comme un  damn. Comme a se rapprochait dangereusement je me suis carapat en quatrime.  Dans la panique j'ai perdu une pice vitale au fonctionnement de l'organe  photogne. J'ai pendant un temps navigu dans le noir total, puis j'ai suivi une  fourgonnette  peu prs aussi pourrie que mon cheval de fer. Et le chauffeur  avait l'air vraiment bourr rien qu' le voir conduire, naviguer   contre-virage...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette le 30 / 10 / 87</p> <p ALIGN="JUSTIFY">P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Il est midi d'un rveil qui ne veut en finit avec le vaseux.  Incertitude et tte vide. C'est le thme de la journe, du matin qui hsite  se  faire l'aprs-midi. Nougaro chante dans les haut-parleurs, l'accordon de tous  les accordonistes sonne sur la membrane en papier fort, l'aimant vibre au fil  des volts. Il y a du vague  l'intersection de mes neurones, un flou rajout  encombre mes circuits; le coeur vide, tout vide, quoi faire? Mon bouquin moisit  sur la chaise. Incertain avenir et prsent flou, pas la dprime mais pas bien  loin, je me cramponne  la beaut intrinsque de la vie. Seul.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette le 1 / 11 / 87</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="center">*</p> </font> <p ALIGN="justify">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="justify">[Il s'est pass pas mal de chose, entre temps... </p> </font> <p ALIGN="left">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Tout doucement, la langueur de l'hiver s'installe dans la  maison, Jean-Claude est en haut, avec ses cheveux rass, Tracy Chapmann sur la  platine avec sa voix chaude qui raconte des histoires de flics et de misre. la  panne d'inspiration se prolonge et je ne sais pas encore quelle forme va prendre <i>les filles du Lot</i>.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">C'est la fivre.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Je ne suis pas habitu  taper sur une manuelle, il faut  enfoncer les touches  fond et j'ai un peu oubli les touches du clavier, mais  je force, je me sens mal de ne pas crire. Mon problme principal c'est que je  n'arrive pas  pondre une histoire cohrente qui soit de pure fiction, tout se  mlange dans ma tte, rien ne vient, je regarde la tl trs tard dans la nuit  et je n'arrive plus mme  lire.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Tl / Tard dans la nuit / deux  la Ramounette / Padam  qui ne vient pas / Edith / Benot / sdentaires / Solange qui flippe sur la  sienne, de sdentarit, qui repense  partir au Npal, qui craque / Nima a une  indigestion de France et de langue franaise / Deborah qui veut revenir et moi  qui ne dis pas non / Jean-Claude flippe, se laisse aller, tombe malade / Victor  a chopp le sida, en fait il est sropositif, Patricia reprend Charonne, cette  petite conne. Samir lui aussi flippe sur sa sdentarit, et moi c'est plutt  l'angoisse de savoir que dans cinq mois  peine je vais partir pour un an, et  pas pour n'importe quel trip, les ftes qui se succdent dans le Lot laissent un  got d'oblig, on se remue les fesses sans vraiment de conviction,</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ambiance face nord  la Ramounette; mon cher Jean-Claude, je  me casse. Y a rien  faire, tu flippes sur tout et n'importe quoi, alors, c'est  parce que je t'ai engueul ce matin  propos de la Mimiche [sa chatte]&nbsp; que  tu as balance du haut de l'escalier que tu me tires la tronche? C'est vraiment  que tu es un con.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Aprs Paris je suis rentr  la Ramounette, maintenant c'est  le retour de l't, en force et sans prvenir, tout le vert explose alors que  samedi dernier on pouvait encore ressentir les effets de ce printemps merdique  par cette infernale humidit qui imprgnait la maison au point que j'ai d  rallumer le pole jusqu' avant-hier. Nadine est venue par le train de dimanche,  la maison ne dsemplit pas : nous sommes venus  quatre dans la 4L de Samir,  avec Miguel et Pawel, par l'itinraire bis qui s'est rvl tre gnial et pas  plus long que la N 20. Je me suis install le soir mme dans le bungalow et  je vais y rester jusqu' mon dpart, de faon  m'insrer le plus  progressivement possible dans la nature. Le soir il y fait frais mais de moins  en moins, peut-tre est-ce le temps qui se rchauffe mais aussi est-ce le fait  qu'un humain y loge, qui sait?? Aline est au soleil du matin au soir mais elle  ne bouffe toujours strictement rien du tout  part de nombreuses thires  d'un th trop ple arros de lait en poudre. Elle est maigre  faire peur, sa  peau se recouvre petit  petit de squamosits pas ragotantes et elle ne parle  dsormais plus que de son chat de luxe avec lequel elle entretient une relation  exclusive. Son histoire n'a pas l'air d'voluer des masses, c'est ce qui se  dgage de ses trois dernires visites chez nous. Ceci dit elle n'a pas l'air  totalement flippe, mais je pense qu'elle dissimule bien son angoisse, tout en  laissant filtrer suffisamment d'indices pour nous tenir en haleine. A son gard  je n'ai maintenant plus du tout de sentiment amoureux, et je sais qu'elle [non  plus].</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Les bruits les plus divers courent sur le futur proche de la  plante en ces temps qui fleurent bon un vieux retour d'apocalypse. Les  prophtes de la fin du monde [ pas cher] sont  nouveau de sortie. Tous les  jours  la une des journaux de papier ou de ceux des ondes on s'entend dire que  la plante est en train de se modifier inexorablement  cause de l'espce  humaine, que nous sommes vraiment de grands pourris et de fichus saligauds de  laisser nos merdes traner derrire nous sans aucune proccupation pour ce  qu'elles pourraient contaminer. Le monde est mal foutu, on dirait. Enfin, je ne  me pose pas la question de savoir si je suis pour ou contre; en fait je suis  dedans jusqu'au cou et bien oblig de faire avec, pas d'autre alternative, et je  sais pertinemment que de me replier  la cambrousse ne me procure gure plus de  scurit cologique que de traner en ville. Mais je prfre de loin vivre o je  suis,  la Ramounette, loin des puanteurs citadines. En ce moment l'ambiance est  assez cool. Victor et Olga ont dbarqu quelques temps, juste ce qu'il faut pour  que Victor passe enfin son permis de conduire, qu'Olga fasse de la couture dans  le bungalow. Nous tirons la tronche  Jean-Claude qui est revenu de Paris  avant-hier. Il faut dire qu'il le mrite un peu, ce <i>rat-piat</i>. C'est que  pour lui faire t'offrir un coup  boire ou une taffe de ptard,  celui-l, il  faut se lever tt et s'y mettre  plusieurs. En plus avons dcouvert qu'il tait  loin d'tre rglo sur tout un tas de trucs, entre autre il ne paye quasiment  jamais sa part de bouffe et continue  puiser gaiement dans le frigo; non,  dcidment, Jean-Claude ne s'arrange pas. De plus en plus frustr qu'il doit  tre sans femme depuis je ne sais combien d'annes [bon, enfin,  la mme  priode, moi, a faisait trois ans que je vivais seul...], coinc de la queue,  il se venge comme il peut, enfin je ne sais pas si c'est la bonne technique. On  se demande. A part a les infirmires tournent  nouveau, une cliente toute  frache, une juteuse qui rapporte gros, vient de leur tomber dessus, une bonne  aubaine. Annie va enfin se dcider  tomber malade, ce sera pour la semaine  prochaine et je guette son arrive. Il faut que je fasse plein de trucs pour la  transhimalayenne mais je ne m'en sens pas l'nergie. En fait je me contente de  ronronner  la maison et  en foutre le moins possible ce qui pour sr n'est pas  trs malin</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Cathy hier soir, devant la table de la cuisine, autour de la  table Greg et Annie, Benot, Edith, Jean-Claude. Le vin dans le jerrycan qui  file  rythme rgulier dans la cruche, les verres, les estomacs. Minitel, une  sance d'Astroflash<sup></sup> o je lis pendant une heure  toute blinde ce  qui dfile sur l'cran, nos destins et nos vies [ soixante balles de  l'heure]... Cathy complice du vieux Cyp, Cathy qui aimerait bien et moi j'en  cause mme pas. Aline envoye par le train dans sa ville, le Paris, Aline  avant-hier soir et pas dormir, causer de pourquoi elle mange plus, qu'elle est  anorexique comme c'est si bien dcrit dans les manuels de mdecine, qu'on essaie  de gaver et elle de se purger de toute cette matire qu'elle tente par tous les  moyens d'vacuer, moi qui me rappelle la paire de nichons de Aline il y a dix  ans, la paire de nns qui m'a fait le plus bander de toutes celles que j'ai  contempl, et Aline maintenant : trente-cinq kilos, les bras d'os, le reste  planqu par des jupes mais on devine tout de mme, un soutien gorge que je me  demande si elle l'a pas bourr de coton tellement j'arrive pas  croire qu'il  lui reste un soupon de poitrine. Et Cathy qui me mate et me sourit, lit avec  avidit mon horoscope qui me rpte sans cesse que je vais devenir riche sans  trop d'efforts, que je suis libre comme l'air, fantasm comme un dauphin  lubrique.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Toucher de la peau de dauphin avant de mourir, c'est mon  dsir le plus cher, il parat que rien n'est plus doux et lisse. Me laisser  emporter dans un dlire aquatique, mon corps sans poids, poumons vides d'air et  pleins d'eau, de l'eau tide, en face de moi une sirne qui se frotte en  glissant  ma peau, moi qui laisse les penses en paix, juste un nectar  d'motions infinies. Elle qui coute, l'oreille distordue, dfiler par ma bouche  et sur l'cran,  cinq cent mots minute, le verdict du jour de ma naissance :  Verseau ascendant Verseau, signe complmentaire Lion. Edith morte de rire,  Benot silencieux  sa manire, qui rougit parfois quand l'Edith fait sonner ses  pets inoubliables, et Glenn Miller sur la platine, le vin, les clopes, deux  ptards de l'herbe du jardin et la mlancolie mle aux jeux de mots, l'humour  et la tchatche d'enfer que nous laissons fuser de nos bouches, un soir en plus   la Ramounette, moi qui suis seul quand tout le monde part, moi seul et a  faisait longtemps que a m'tait pas arriv : un mois  peu prs, et maintenant  c'est pour quelques jours seulement : aprs je pars bosser au Zanskar, un mois,  puis retour en France, un mois, puis Npal : deux mois. Ensuite c'est l'hiver  nuclaire. Et puis, et puis, mais aujourd'hui c'est maintenant, et je tape sur  le clavier alors que a faisait deux mois que a m'tait pas arriv : l'urgence  du dpart qui me stimule, srement. Va savoir. Moi qui ai fait la promesse  formelle et devant tmoins de vivre de mon criture dans les deux ans  venir,  et pas grand-chose qui sort de ma caboche, juste des phrases qui sont toujours  les mmes, et qui lit au hasard des bouquins qui me donnent l'envie d'crire. </p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ramounette : 25 JUILLET 89 <i>(Erreur, il doit s'agir de  88...)</p> </i> <p ALIGN="JUSTIFY">P C L</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Hier soir fte sur le causse pour le dpart de Patrick au  Burkina-Faso. Une fte de plus o je ne savais que faire, o je me suis senti  dphas par rapport  tous ces gens d'apparence joyeuse, se forant  sourire,  raconter des conneries, boire et fumer  outrance, -moi aussi-; s'crouler dans  un quasi-coma pas bienheureux, un brouillard ouat.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Les jours coulent comme une espce de poisse depuis mon  retour en avril. Je me lve tous les jours avec des poches sous les yeux,  because l'alcool de la veille qui frappe de plus en plus fort. C'est srement  parce que je suis de plus en plus seul chez moi, dans moi. Paradoxal, non? parce  que quand on voit les choses de l'extrieur je suis entour d'amis, je me fais  la Chouelle de temps  autre, pour mieux masquer ce qui me manque vraiment : la  copine d'enfer, celle qui  la fois me foute la paix la plus royale et celle  aussi qui prennent le risque de s'investir en moi alors que je ne suis pour  l'instant qu'un des cinq milliards de grouillots anonymes de cette plante, ce  que je ne compte pas rester encore longtemps. Oui, mais tout a, c'est juste un  bon vieux coup de mgalomanie, a fait au moins un mois que je n'ai pas repris  le clavier, juste tondu le gazon et bricol dans le ciment</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">Je suis all  Paris la semaine dernire pour prsenter mon  projet de transe himalayenne  Terdav; et aussi pour assister  la runion des  accompagnateurs de la bote. Je me suis tout d'abord fait recevoir trs  froidement, pour pas dire que a frisait l'accueil que rserve une face nord. Et  puis je sentais bien qu'on voulait pas me voir, que ma pomme n'tait pas trop  cote dans le secteur, que j'tais pas le bienvenu, bref, que j'avais perdu mon  temps et mon argent dans cette dbauche de kilomtres infernaux avals sur la  perfide nationale 20. Enfin, je crois qu'il faut toujours se garder de faire  comme on dit de faire, parce qu'au bout de la journe on a fini par tomber tous  d'accord et dans les bras les uns des autres, mme que a sentait le pas  naturel. Mme lavesse l'affreux a fini par consentir  faire le gentil et   craquer pour mon projet de traverse, c'est vous dire si a s'est bien pass! Je  suis rest tout ce temps-l chez Samir, c'est  dire en fait chez le frangin de  Samir, Karim.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="JUSTIFY">En fait pas grand-chose de nouveau sous le soleil de Cyprien  : juste l'ennui et la pesanteur du fil des jours qui se contentent de passer  tranquille-peinard,  flemmarder et pas foutre lourd, juste ce qu'il faut pour  me ruiner en beaut : le fric de nouveau  zro, ce qui m'tait pas arriv  depuis des lustres, mme que j'avais oubli comment a faisait, c'est vous dire  si je me suis encrot pendant ces deux dernires annes! Pas la gloire  assurment, l'histoire de la Chouelle qui se finit en eau de boudin, elle cuite   mort le soir o je suis revenu de Paris, et moi accabl de fatigue, dlirant  sous la fivre et le dgot, elle  poil vomissant tripes et boyaux dans une  cuvette en plastique jaune, nous deux dans le lit pliant pour pas coucher dans  celui de Roland, par un dernier acte de pudeur, elle qui dlire et pousse  bout  :</p> <p ALIGN="JUSTIFY">-Ouais, en fait tu viens pour tirer ton coup, alors,  enfile-moi a -une capote- et qu'on en finisse.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Moi qui pige pas trop bien, elle qui allume et teint aussi  sec, me dclare sa fougue pour Roland, et moi qui me sens soudain si con, au  fond du plumard avec sa barre d'acier tranchant qui scie le creux des genoux,  elle qui sue et sent fort la sueur, l'odeur d'aisselle, odeur aigre d'haleines  pinardeuses, vodka-mlange-malaise, regarder le plafond, elle qui ronfle, me  rveille  cinq heures du mat, le teint jaune, les yeux bouffis, et qui se  confond en excuses, qui me tte la queue pour finir par la tter, moi qui n'en  veut pas tant, le bibi pas  l'aise sur son polochon de coton qui sent l'autre  mec, pas moi, rien  faire ici,  jouer le nul dans ce couple qui a dcidment  besoin d'autre chose. Le matin au plus glauque sur l'chelle de Richter, rien   dire sinon que a se termine en sentant le pas bien frais et qu'on n'ose plus se  regarder en face...</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <font FACE="Palatino Linotype"> <p ALIGN="CENTER">*</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> </font> <p align="center"><font face="Palatino Linotype" size="5"> <a href="../mapomme.htm" style="text-decoration: none; font-weight: 700">Retour   Ma Pomme</a></font></p> <p align="center" dir="rtl"><b><font face="Palatino Linotype" size="5"> <a href="../../default.htm" style="text-decoration: none">Accueil</a></font></b></p> <p align="center"><font FACE="Palatino Linotype"><a name="bas de page"></a> </font></p> <p align="justify">&nbsp;</p>  </body>  </html> 
