<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>   <style type="text/css"> BODY {font-family:; color: #000000; font:;}  A:link {color:#000000;}  A:visited {color: #000000 ;}  A:hover {color: #0000cc;}  A{text-decoration:none}  BODY {  scrollbar-face-color: #DED6C6;   scrollbar-shadow-color: #E7E7D6;   scrollbar-highlight-color: #DED6C6;   scrollbar-3dlight-color: #E7E7D6;   scrollbar-darkshadow-color: #000099;   scrollbar-track-color: #000071;   scrollbar-arrow-color: #000000;   } </style>    <title>Florilegium</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#000000" vlink="#000000" alink="#000000" background="bg15.gif">  <b></b>&nbsp;<b></b> <center> <p><b>La Devinette Du B&eacute;n&eacute;dicit&eacute; et Les Distiques du Pseudo-Caton:</b> <br><b>Observations sur la Parodie M&eacute;di&eacute;vale</b> <br>Bruno Roy</center>  <p><br> <p>Demande:&nbsp; Pourquoy ne dist on jamais benedicite a la souppe? <p>Response:&nbsp; Pour tante que cieulz qui le diroit, <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sa part tandis perdre pourroit; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et on dit dusage qua la soupe, <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Son ne tappelle, se ty boute. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette devinette, contenue dans le recueil manuscrit Chantilly 654,1 occupe une place sp&eacute;ciale parmi les textes comiques du Moyen &acirc;ge.&nbsp; Elle est en effet triplement parodique, et vise dun seul coup trois aspects importants de laxiomatique m&eacute;di&eacute;vale:&nbsp; les biens&eacute;ances de table, la sagesse des proverbes, et la morale transmise par les institutions scolaires.&nbsp; Ce derneir aspect, un peu dissimul&eacute; &agrave; premi&egrave;re vue, appara&icirc;t mieux d&egrave;s quon a reconnu, dans la citation qui termine la devinette, deux vers tir&eacute;s dune parodie fran&ccedil;aise du manuel scolaire connu sous le nom de Disticha Catonis.&nbsp; Lanalyse du m&eacute;canisme parodique mis en oeuvre dans la devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; (1) nous conduira dabord &agrave; la situer dans un groupe pr&eacute;cis de devinettes (2); nous dirons un mot du r&ocirc;le des proverbes dans certaines devinettes (3), et une derni&egrave;re section pr&eacute;sentera le texte complet du po&egrave;me parodique cit&eacute; (4).&nbsp; On esp&egrave;re donner en conclusion un aper&ccedil;u sur quelques probl&egrave;mes g&eacute;n&eacute;raux par cette singuli&egrave;re parodie (5). <p>1. Les biens&eacute;ances renvers&eacute;es. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La question pos&eacute;e dans la devinette &eacute;tonne :&nbsp; elle prend en effet le contrepied kun pr&eacute;cepte bien connu des Contenances de table m&eacute;di&eacute;vales.&nbsp;&nbsp; Nemo cibum capiat donec benedictio fist,&nbsp; telle est la recommandation du po&egrave;me didactique bien connu&nbsp; Quisquis es in mensa. 2&nbsp; Plusieurs versionns fran&ccedil;aises de ce po&egrave;me circulaient &agrave; la fin du Moyen &acirc;ge : <br>&nbsp;v ande nulz main ne mette <br>Jusques la beneisson soit faitte.3 <p>&nbsp;in&ccedil;ois fais benedicite <br>Que prennes ta necessit&eacute;.4 <p>Enfant, dy benediciteEt faiz le signe de la croix <br>&nbsp;ins que tu prens riens, se men crois, <br>Qui te soit de necessit&eacute;.5 <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La question de la devinette &eacute;tant ainsi formul&eacute;e parodiquement &agrave; la mani&egrave;re dun &eacute;tat de fait, dune pr&eacute;tendue coutume qui contredit les recommandations et habitudes re&ccedil;ues ( on ne dit jamais le b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; ),6 reste &egrave; fournir une r&eacute;ponse dans la m&ecirc;me veine.&nbsp; Le trait desprit du d&eacute;but de la r&eacute;ponse consiste &egrave; prndre le contrepied dune autre recommandation sure laquelle les Contenances de table sont tr&egrave;s pointilleuses :&nbsp; &eacute;viter la pr&eacute;cipitation et attendre calmement que le repas commence :&nbsp;&nbsp; Donec sint posita tibi fercula mandere vita, 7 <br>Ne mangue mie, je te commande, <br>Avant que on serve de v ande, <br>Car il sembleroit que tu feusses <br>Trop glout, ou que trop fain e&uuml;sses.8 <br>&nbsp; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La situation d&eacute;crite dans cette devinette est celle kun renversement complet de toutes les biens&eacute;ances.&nbsp; On pourrait le reformuler ainsi :&nbsp; la raison pour laquelle on ne dit pas la pri&egrave;re au d&eacute;but du repas, cest quil faul se pr&eacute;cipiter sur les plats.&nbsp; Le comique est ainsi doublement efficace du fait que non seulement deux pr&eacute;ceptes parodiques sont introduits, mais que lun sert dexplication &agrave; lautre. <p>2. Armature des devinettes causales <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Larticulation de ces deux &eacute;nonc&eacute;s parodiques dans le cadre dune devinette appelle quelques explications.&nbsp; En effet la pr&eacute;sence dun raisonnement causal liant l&eacute;nonc&eacute; de la question et celui de la r&eacute;ponse fait que cette devinette ne trouve pas place parmi les onze vari&eacute;t&eacute;s de questions &eacute;nignatiques &eacute;tablies par A. Taylor.9&nbsp; De m&ecirc;me les &eacute;tudes les plus importantes de ces derni&egrave;res ann&eacute;es ont n&eacute;glig&eacute; plusieurs devinettes comme celle-ci pour se concentrer sur les devinettes descriptives, celled m&ecirc;mes quavait classifi&eacute;es Taylor :&nbsp; on les consid&egrave;re &agrave; juste titre comme &eacute;tant les plus riches pour la compr&eacute;hension de tout le genre &eacute;nigmatique.10 <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Or la collection de devinettes m&eacute;di&eacute;vales dans laquelle appara&icirc;t la devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; comprend aussi dautres devinettes qui &eacute;chappent &agrave; lid&eacute;e de description (ou de &laquo; definition dialogu&eacute;e, &raquo; comme les appelle justement Todorov) :&nbsp; ce sont des devinettes qui raisonnent sur le pourquoi et le comment des choses, ou sur leur situation dans le temps et le lieu.&nbsp; Devinettes causales, modales, temporelles ou locales :&nbsp; leur nom importe peu, mais plut&ocirc;t le type dapproche du monde quelles proposent.11 <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la devinette cit&eacute;e au d&eacute;but, qui appatient &agrave; la classe que nous appeleons causale, celui qui pose la question invite son interlocuteur &agrave; justifier causalement un &eacute;nonc&eacute; d&eacute;claratif ou constatif.&nbsp; Le premier crit&egrave;re qui vient &agrave; lesprit pour juger les &eacute;nonc&eacute;s de ce genre est celui de leur v&eacute;rit&eacute; ou de leur fausset&eacute;.&nbsp; On constate dabord que, des deux &eacute;nonc&eacute;s qui composent ces devinettes, tous deux sont vrais; do&nbsp; vient que le r&eacute;sultat de leur assemblage soit faux, donc comique?&nbsp; La devinette&nbsp; Pourquoi pisse-t-on contre les murs?  Parce quon ne peut pas pisser par-dessus&nbsp; (77) est faite de deux constats &eacute;vidents :&nbsp; a)&nbsp; on pisse contre les murs, et b)&nbsp; on ne peut pas pisser par-dessus les murs.&nbsp; Bien que chacun de ces deux constats soit indiscutable, le fait de les rapprocher entra&icirc;ne une disparit&eacute; qui confine &agrave; lobscurit&eacute;, sinon &agrave; lincoh&eacute;rence.&nbsp; Il en est ainsi des autres devinettes causales, par exemple : <p>&nbsp;Pourquoi met-on un coq sur les clochers?  Parce quune poule y casserait ses oeufs (575). <br>&nbsp;Pourquoi les nouveaux-n&eacute;s pleurent-ils?  Parce que leur m&egrave;re nest plus pucelle (130). <br>&nbsp;Pourquoi Dieu prit-il chair humaine?  Parce quil ne se souciait pas de celle de Normandie ou de Picardie (343). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; On&nbsp; pourrait mettre lincoh&eacute;rence comique de ces devinettes sur le compte de lill&eacute;gitimit&eacute; du lien causal qui en relie les deux &eacute;l&eacute;ments; mais ceci ne nous avance gu&egrave;re, car &agrave; ce compte le questionn&eacute; pourrait r&eacute;pondre nimporte quoi, ce qui nest jamais le cas.&nbsp; En r&eacute;alit&eacute;, le second constat, qui affecte dexpliquer le premier, s&eacute;tablit sur un sens cach&eacute; quil sagit de d&eacute;courvrir.&nbsp; Le lien causal, dabord mis en question, retrouve sa l&eacute;gitimit&eacute; du fait quil explique un &eacute;nonc&eacute; implicite, cach&eacute; dans les replis de la question.&nbsp; Il ny a pas incoh&eacute;rence, mais &eacute;clatement du premier &eacute;nonc&eacute; et expoitation dune nouvelle isotopie : <p>1* - On pisse contre les murs (usage) : <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (capacit&eacute;) :&nbsp; on ne peut pas pisser par-dessus <p>1.&nbsp;  On met un coq sur le clocher (effigie) : <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (animal vivant) :&nbsp; une poule y casserait ses oeufs. <p>2.&nbsp;  Les nouveaux-n&eacute;s pleurent (peine physique) : <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (peine morale) : leur m&egrave;re a perdu son pucelage. <p>3.&nbsp;  Dieu prit chair humaine (lincarnation) : <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ( du Maine ) :&nbsp; il ne se souciait pas d&ecirc;tre normand ou picard. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Malgr&eacute; les quelque cinq cents ans qui nous s&eacute;parent de la culture qui a &eacute;mis ces devinettes, plusieurs dentre elles nous sont encore directement accessibles; mais pour comprendre les autres, on ne r&eacute;ussit &agrave; &eacute;carter le tissu des isotopies qu&agrave; la condition dentrer profond&eacute;ment dans lunivers m&eacute;di&eacute;val.&nbsp; Cest ainsi par exemple que le r&eacute;seau d&eacute;changes entre les hommes et les animaux fournit un principe e&eacute;n&eacute;ral de substitutions :&nbsp; il suffit de remplacer le comportement animal par un comportement humain :12 <br>- le chien se tourne avant de se coucher&nbsp;&nbsp; pcq.&nbsp;&nbsp; il cherche son chevet (56) <br>- le chien salue son ma&icirc;tre de la queue&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; "&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; il na pas de chapeau (57) <br>- la vache se couche au pr&eacute;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; "&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; elle ne peut sy asseoir (303) <br>- les &acirc;nes ont de grandes oreilles&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; "&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; leur m&eacute;re ne leur a pas mis de bonnet (576) <br>- on pend les loups&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; "&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ils nont pas dargent (533). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais les exemples 2 et 3 cit&eacute;s plus haut &eacute;taient fond&eacute;s sur un syst&egrave;me de valeurs qui nous est encore plus &eacute;tranger.&nbsp; Dans le premier cas, expliquer le vagissment des d&eacute;b&eacute;s par la perte de la virginit&eacute; de leur m&eacute;re nest possible que dans une soci&eacute;t&eacute; qui survalorise la virginit&eacute;.13&nbsp; Quant &agrave; la devinette sur Dieu, elle se rattache &agrave; un univers religuiux omnipr&eacute;sent dont on retient sinon lessentiel, du moins les &agrave;-c&ocirc;t&eacute;s &eacute;tranges et les expressions toutes faites : <br>- Dieu&nbsp; prend les bons&nbsp; (bonds)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; pcq.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; il ne se soucie pas des vol&eacute;es (344). <br>- les crucifix ne sont pas galeux&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; "&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ils ne sauraient se gratter (345). <br>- on pisse&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; "&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; pour les tr&eacute;pass&eacute;s&nbsp; (= traits pass&eacute;s) (76). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La situation peut &ecirc;tre plus complexe, comme dans la devinette :&nbsp;&nbsp; Pourquoi est-il d&eacute;fendu aux pr&ecirc;tres de coucher avec les femmes?  De peur quavant de chanter la messe, ils ne boivent&nbsp; (426).&nbsp; La r&eacute;ponse montre r&eacute;trospectivement que lassociation des deux images disparates, pr&ecirc;tre et acte sexuel, dans lhypoth&egrave;se culturelle du c&eacute;libat eccl&eacute;siastique, a mis en march un train de trois isotopies dont une seule, la plus obvie, restera sans r&eacute;ponse ; lambigu&iuml;t&eacute; du boire m&eacute;di&eacute;val (= boire et respirer)14 permettra de&nbsp; couvrir&nbsp; dun seul coup les deux autres : <br>pr&ecirc;tre + co&iuml;t <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; obligation du c&eacute;libat : <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; c&eacute;l&eacute;bration de la messe :&nbsp; rupture du je&ucirc;ne eucharistique <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; boire <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; inconv&eacute;nients du co&iuml;t : danger de respirer un pet <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quant &agrave; la devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute;, elle offre comme qestion un &eacute;nonc&eacute; vrai, mais par antiphrase.&nbsp; Cet &eacute;nonc&eacute; est d&eacute;j&agrave; comique en lui-m&ecirc;me, non plus somme amorce dune ambigu&iuml;t&eacute; &agrave; d&eacute;masquer et &agrave; exploiter, mais comme r&eacute;sultat dune dissociation d&eacute;j&agrave; accomplie.&nbsp; Le questionneur a d&eacute;j&agrave; choisi son contexte :&nbsp; cest que le contraire dun pr&eacute;cepte est par hypoth&egrave;se aussi vrai que le pr&eacute;cepte lui-m&ecirc;me.&nbsp; Il suffira dont au questionn&eacute;, le changement disotopie ayant d&eacute;j&agrave; eu lieu, davancer &agrave; son tour un anti-pr&eacute;cepte du m&ecirc;me ordre, en &eacute;tant toutefois attentif &agrave; le choisir en fonction de la qualit&eacute; de linf&eacute;rence : <br>la b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (il faut&nbsp; le dire)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; et&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (il ne faut pas se presser) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; il ne faut pas le dire [question]&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; pcq.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; il faut se presser [r&eacute;ponse] <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une autre devinette causale relative aux coutumes de table peut &ecirc;tre rapproch&eacute;e de celle du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute;; cette fois l ambigu&iuml;t&eacute; du mot-clef (mains) permet non seulement de justifier lanti-pr&eacute;cepte, mais aussi de saboter le pr&eacute;cepte lui-m&ecirc;me, dissimul&eacute; dans lintertexte: <p>Pourquoy en nul temps de lan nest nulz reprine (r&eacute;primand&eacute;) sil effondre (engloutit) ung past&eacute; a mains deslav&eacute;es (sales)? <br>- Pour tant que les mains lav&eacute;es sont les mains nettes (34). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lensemble revient &agrave; dire quil est tout aussi biens&eacute;ant de manger un p&acirc;t&eacute; avec les mains sales (anti-pr&eacute;cepte) quavec les mains propres (pr&eacute;cepte),15&nbsp; car de toute fa&ccedil;on (pour quiconque sexprime in moyen fran&ccedil;ais), les mains propres sont les moins propres. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; pourrait &ecirc;tre comp&egrave;te, une fois &eacute;nonc&eacute; le second pr&eacute;cepte parodique.&nbsp; Mais le travail de sape est bien lanc&eacute;, et it ne sarr&ecirc;tera pas en si bon chemin.&nbsp; La devinette sera maintenant port&eacute;e &agrave; un plus haut niveau comique par ladjoncion de deux autres traits parodiques :&nbsp; a)&nbsp; on affecte de citer un proverbe, et b)&nbsp; ce faux proverbe est lui-m&ecirc;me tir&eacute; dun texte parodique. <p>4. Lautorit&eacute; des proverbes <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le rapport &eacute;troit existant entre les devinettes et les proverbes est bien connu.16&nbsp; Dans le corpus des devinettes fran&ccedil;aises du Moyen &acirc;ge, le cas le plus fr&eacute;quent est celui de la dislocation dun proverbe en question-r&eacute;ponse :&nbsp; Quele beste chasse le loup hors du bois par n&eacute;cessit&eacute;? -- Famine (53).17&nbsp; Ce type de devinette se situe au niveau le plus bas dans la hi&eacute;rarchie comique des devinettes, car pour peu que le destinataire connaisse le proverbe, il aura vite fait de reconstituer en r&eacute;ponse la partie manquante. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un cas plus difficile se pr&eacute;sente quand la demande exige quun proverbe soit cit&eacute; en r&eacute;ponse.&nbsp; A ce compte, la devinette acquiert sa pleine fonction de mettre linterlocuteur dans lembarras, comme dans cette devinette o&ugrave; la r&eacute;ponse accumule cinq proverbes : <p>Que vous semble il de ce monde, somme toute, pour le temps pass&eacute;, pour le pr&eacute;sent et pour le futur?  <br>Dieu dispose  Fortune regne  Ami pour autre veille  Ennemi ne dort  Tout fut a autrui, tout est a autrui, tout sera a autrui, jusques en fin (209). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il peut se faire que le proverbe soit soumis &agrave; un d&eacute;guisement, sous la forme dune d&eacute;rivation parodique.&nbsp; Dans ce cas, la partie tronqu&eacute;e et parodi&eacute;e qui sert de question doit &ecirc;tre compl&eacute;t&eacute;e dans le m&ecirc;me style parodique par linterlocuteur.&nbsp; Cest le cas pour le proverbe tel cousteau, tel fourreau, quon trouvera ainsi reformul&eacute; en divinette causale : <br>Pourquoi dist len par coustume :&nbsp; cousteau de femme, mal trenchant ou enroulli&eacute; (rouill&eacute;) --&nbsp; Pour tant quelles ont leurs gaynes moistes (humides) le plus du temps (14). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute;, la difficult&eacute; particuli&eacute;re de la r&eacute;ponse vient de ce que le trait qui y est cit&eacute; comme proverbial, cest-&agrave;-dire connu de tous et faisant autorit&eacute;, sav&eacute;rera n&ecirc;tre pas autre chose quun passage de deux vers emprunt&eacute; &agrave; un obscur po&egrave;me dont lunique manuscrit conserv&eacute; atteste le peu de c&eacute;l&eacute;brit&eacute;.&nbsp; La formule on dit dusage renvoie &agrave; une modalit&eacute; assertive bien connue des lecteurs de textes m&eacute;di&eacute;vaux.18&nbsp; Le recours &agrave; largument dautorit&eacute; pour justifier un pr&eacute;cepte parodique &eacute;tant une entreprise d&eacute;licate, on ne s&eacute;tonnera donc pas quaucun proverbe v&eacute;ritable ne soit cit&eacute;; le seul fait de renvoyer &agrave; un proverbe constitue ainsi une parodie de largument dautorit&eacute;,19 a fortiori&nbsp; sil sagit dun proverbe inexistant. <p>5. Lanti-Caton <p>Et on dit dusage qu a la soupe, <br>Son no tappelle, se ty boute. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces deux vers cit&eacute;s comme proverbiaux dans la devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; sont tir&eacute;s dun petit po&egrave;me qui parodie les Disticha Catonis.&nbsp; Cette oeuvre didactique est une des mieux connues du Moyen &acirc;ge, car elle servait de manuel scolaire pour les cours de grammaire &eacute;l&eacute;mentaire20  en m&ecirc;me temps dailleurs quun po&egrave;me sur les contenances de table.21&nbsp; Les Disticha ont &eacute;t&eacute; traduits en franc&ccedil;ais d&egrave;s le XIIe si&egrave;cle, et parmi les nombreuses traductions faites au si&egrave;cle suivant, la plus r&eacute;pandue est celle dadam de Suel.22&nbsp; Le po&egrave;me parodique fran&ccedil;ais, qui porte le titre latin de Auedam dicta Catonis per antifrasim exposita, ne d&eacute;rive pas directement de loriginal latin, mais de la traduction dAdam de Suel, comme la montr&eacute; son &eacute;diteur, Ernspeter Ruhe.23 <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme tout texte scolaire, a fortiori sil est de facture gnomique, les Disticha ont &eacute;t&eacute; pastich&eacute;s et parodi&eacute;s durant tout le Moyen &acirc;ge par des g&eacute;n&eacute;rations d&eacute;tudiants.24&nbsp; Les attestations les plus nombreuses qui nous sont parvenues de la verve &eacute;tudiante consistent dans le simple rappel, en contexte comique, dun passage du manuel scolaire.&nbsp; Au cours dun jeu-parti entre Jean Bretel et Jean de Marli, ce dernier rappelle lautorit&eacute; de Caton, dans un contexte o&ugrave; tous les arguments sont sophistiques et les comparaisons boiteuses : <p>Sire Bretel, chil est petit sen&eacute;s, <br>&nbsp;Che dit Chatons, qui cache et riens ne prent.25 <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le plus souvent, une citation des premiers mots offre le double avantage d&eacute;voquer toute loeuvre, comme le voulait la pratique m&eacute;di&eacute;vale, eet d&ecirc;tre compris m&ecirc;me des cancres : <p>Cum animadverterem, dicit Cato. <br>Quis me redarguit de peccato? <br>Laudem et honorem canimus <br>&nbsp;Nostro hospiti, cui bonus est animus.26 <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce passage des Carmina Burana, laccumulation parodique de lincipit des Disticha, dun passage biblique (Jean, 8 :46), dun d&eacute;but dhymne27 et de lincipit du livre I de Caton (Si deus est animus nobis . . .), lui-m&ecirc;me portant en intertexte le d&eacute;but des M&eacute;tamorphoses d Ovide,28 pouvait atteindre une tr&egrave;s grande efficacit&eacute; comique.&nbsp; Un r&eacute;sultat analogue &eacute;tait sans doute atteint par lassociation du s&eacute;v&egrave;re Caton avec V&eacute;nus : <p>Cum animadverterem, <br>Venerando Venerem . . .29 <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais si on cherche des parodies quelque peu cons&eacute;quentes du Caton, lhorizon se r&eacute;tr&eacute;cit vite :&nbsp; ces productions irrespectueuses sont en g&eacute;n&eacute;ral des pi&egrave;ces de circonstance, demandent de lapplication et du courage, et rares sont celles qui ont franchi le seuil de la censure ou de l&eacute;criture.&nbsp; Cest pr&eacute;cis&eacute;ment ce qui fait lint&eacute;r&ecirc;t du po&egrave;me que nous pt&eacute;sentons :&nbsp; aucune autre parodie fran&ccedil;aise de Caton nest connue.&nbsp; Parmi les productions m&eacute;di&eacute;vales en dautres langues, on a signal&eacute; un texte allemand et un texte anglais, mais qui ne sont pas de v&eacute;ritables parodies.30&nbsp; Le texte qui se rapproche le plus de notre Caton par antiphrase est un po&egrave;me latin de lhumaniste Prospero Acrimati, imprim&eacute; en 1539.31&nbsp; Ce po&egrave;me applique aussi le principe de lantiphrase, mais le m&egrave;tre choisi entra&icirc;ne une pr&eacute;dominance de la paraphrase sur la parodie : <br>Caton&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Acrimati <br>Quod satis est dormi (19)&nbsp;&nbsp; Quod nimis est dormi, tibi sic doctrina <br>Diuitiae, laudes, sic quoque sanus eris. <br>Nihiltemere credideris (24)&nbsp;&nbsp; Omnia credideris temere, temerarius omnia <br>Effice, sis semper credulus, atque leuis. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le po&egrave;me fran&ccedil;ais est conserv&eacute; dans un manuscrit unique,32 dont nous avons la chance de conna&icirc;tre le possesseur :&nbsp; c&egrave;&eacute;tait ma&icirc;tre Nicolas Du Plessy, bailli de Sens (C. 1380-1446).33&nbsp; Ce manuscrit servait de registre pour les actes officiels du bailliage de Sens,34 mais durant les cinquante ans sur lesquels s&eacute;chelonne sa confection (1392-1442), il en est venu &agrave; constituer une sorte de compendium de la culture et de la contre-culture m&eacute;di&eacute;vales.&nbsp; En plus de contenir des pi&egrave;ces dinspiration courtoise comme des demandes damour ou des ballades sur les vertus de la nobless, des pi&egrave;ces politiques comme le Ditti&eacute; sur Jeanne dArc de Christine de Pisan, le manuscrit offre le texte de plusieurs classiques &eacute;difiants comme le Purgatoire de s. Patrice, le Voie de Paradis, une exposition de la mess, mais aussi quelques po&egrave;mes religieux que ne sont pas autrement attest&eacute;s.35&nbsp; Beaucoup de pi&egrave;ces qui y sont rassembl&eacute;es &eacute;voquent irr&eacute;sistiblement lid&eacute;e dun recyclage litt&eacute;raire.&nbsp; Au niveau le plus &eacute;l&eacute;mentaire de cette circulation des textes, nous trouvons le manuel scolaire Floretus, copi&eacute; en fran&ccedil;ais puis en latin, une traduction du Facetus et du po&egrave;me Quisquis es in mensa.&nbsp; Un autre type de r&eacute;cup&eacute;ration se pr&eacute;sente par la transposition religieuse dun texte m&eacute;dical :&nbsp; la traduction fran&ccedil;aise du Regimen contra epidimiam de Jean le Li&egrave;vre ( 1418) est accompagn&eacute; dun &eacute;difiant Rem&egrave;de contre limpedimie de pechi&eacute;. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les nobreuses pi&egrave;ces comiques contenues dans le manuscrit couvrent plusieurs facettes de lhumour m&eacute;di&eacute;val :&nbsp; devinettes, &eacute;nigmes, pi&egrave;ces bas&eacute;es sur des quiproquos (la Riote du monde) ou sur des antith&egrave;ses (LEvangile aus femmes), proverbes et dictons antif&eacute;ministes, parodies.&nbsp; Dans ce dernier gentre, il faut citer une parodie du Pater que Jacques Pr&eacute;vert e&ucirc;t aim&eacute; conna&icirc;tre (Notre P&egrave;re qui &ecirc;tes aux cieux / Restez-y . . .) : <p>Pater noster qui est len haut, <br>In celis, hors de nostre voye, <br>En verit&eacute; riens ne nous fault . . . . <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et la parodie des Distiques de Caton.&nbsp; Une analyse des passages dat&eacute;s du manuscrit a montr&eacute; que cette derne&egrave;re pi&egrave;ce a d&ucirc; &ecirc;tre copi&eacute;e dans les ann&eacute;es 1404-1421.36&nbsp; Il nest pas impossible quelle soit loeuvre du bailli de Sens lui-m&ecirc;me&nbsp; ou dun groupe de ses amis de jeunesse; auquel cas la devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; serait aussi &agrave; situer dans le m&ecirc;me milieu et vers les m&ecirc;mes dates. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bien que le texte de po&ecirc;me ait &eacute;t&eacute; r&eacute;cemment &eacute;dit&eacute;, il appaira&icirc;t n&eacute;cessaiure de le reproduire int&eacute;gralement, et dans un appareil synoptique qui fasse ressortir les rapports quil entretient avec ses mod&egrave;les direct et indirect, le Chaton en rommans dAdam de Suel et les Disticha Catonis.37&nbsp; Parmi les commentaires abondants quune telle pi&egrave;ce peut susciter, nous nous limiterons aux seules observations n&eacute;cessaires &agrave; notre propos [voir pp. 206-211]. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La&nbsp; synopse fait dabord appara&icirc;tre que lintention parodique du texte fran&ccedil;ais sapplique surtout aux Breves sententiae, sorte dintroduction abr&eacute;g&eacute;e aux Disticha qui prtait aussi le titre de Parvus Cato.&nbsp; Dans quelques cas, la parodie touche des passages du livre I (v. 16-17, 30-31, 36-37, 63, 69-73) et exceptionnellement du livre II (v. 26-29).&nbsp; Le cadre de la parodie &eacute;tant ainsi bien d&eacute;limit&eacute;, il est &eacute;tonnant de voir que le seul accroc qui lui est fait se produit au d&eacute;but du po&egrave;me.&nbsp; En effet, apr&egrave;s un vers qui pastiche le leitmotiv sapientiel Beau filz . . . . (Adam de Suel, v. 51, 73, 107, 175, 333, 623, etc.), les deuxi&egrave;me et trois&egrave;me vers nous reportent &agrave; la toute fin des Disticha (IV, 19).&nbsp; Sachant que le seul t&eacute;moin manuscrit du po&egrave;me est dorigine s&eacute;nonaise, il est tenant dutiliser cette information pour expliquer la d&eacute;rogation initiale (v. 3) au plan densemble : <p>Folie vault trop mieulx que Sens . . . <p>Le proc&eacute;d&eacute; parodique quentend suivre lauteur, tel que d&eacute;clar&eacute; dans le titre, est lantiphrase.&nbsp; Le sermo e contrario intelligendus, comme le d&eacute;finissait Isidore, d&eacute;limite les deux p&ocirc;les de cette entreprise textuelle :&nbsp; n&eacute;gation maximale du mod&egrave;le et modifications minimales. <p>Sequntur quedam dicta Catonis per&nbsp;&nbsp; Adam de Suel&nbsp;&nbsp;&nbsp; Caton <br>antifrasin exposita&nbsp; (MS. Bern 205)&nbsp; (&eacute;d. J. Ulrich)&nbsp;&nbsp; (&eacute;d. M. Boas) <br>1&nbsp; Beux filz, ce dit Catons, aprens Beau filx, ce dist Chaton li <br>sages . . . (175) <br>2&nbsp; Et entens mes enseignemens. Apren, amis, amis, apren;&nbsp; (IV, 19) <br>3&nbsp; Folie vault trop mieulx que sens. Nul avoir ne vault mieulx de <br>sen. (687-8) <br>4&nbsp; Couce toy des le point du jour, Dors a mesure et a raison,&nbsp; Quod satis est <br>dormi. (19) <br>5&nbsp; Et te lievez apres mi jour&nbsp; Quant le dormir est en saison. (81-2) <br>6&nbsp; Premiers tu te dois desiuner Primes doiz a Dieu soupploier Deo supplica. <br>(1) <br>7&nbsp; Ain&ccedil;ois que voises au moustier. Et doucement merci proier. (59-60) <br>8&nbsp; Gardes ne salue la gent :&nbsp; Salue volontiers les gens;&nbsp; Saluta <br>libenter. (9) <br>9&nbsp; De ce soies bien diligent.&nbsp; Nen soies onques negligent. (83-84) <br>10&nbsp; Garde que ta bouche ne cesse Ne boire mie tant de vin&nbsp; Vino tempera. <br>(22) <br>11&nbsp; De boire vin; quelle ne seiche. Quil te face estre fol devin. (93-94) <br>12&nbsp; Tue ton pere et puis ta mere, Aime ton pere et puis ta mere; Parentes ama. <br>(2) <br>13&nbsp; Et puis ta seur et puis ton frere Qui ce ne fait, il le compere. (61-62) <br>14&nbsp; Hey tes parens et si les fuy; Tes parens sers et si les aime,&nbsp; Cognatos cole. <br>(3) <br>15&nbsp; Ne te fais amer de nulluy.&nbsp; Et cousins et amis les claime.&nbsp; (63-64) <br>16&nbsp; Beaux filz, ce dit Catons le saige, Beau filx, ce dist Chatons li sages, (I, 1) <br>17&nbsp; Croy tousdiz lomme au fol&nbsp; Vers Dieu soit torn&eacute; ton. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; couraige.&nbsp;&nbsp;&nbsp; courage. (175-7) <br>18&nbsp; Et se tu veulz estre honnorez, Li jeux de tables et des dez,&nbsp; Aleam fuge. <br>(37) <br>&nbsp;Suy tavernes et jeux de dez&nbsp; Cilz te soit de par moi veez. (145-6) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (vers ajout&eacute; en marge) <br>20&nbsp; Fuy le moustier, va aux tavernes, Vai o les bons, ju te comant,&nbsp; Cum bonis <br>ambula. (6) <br>21&nbsp; Et par nuit va brisant lanternes. Et les mavais va eschivant. <br>&nbsp;(69-70, le&ccedil;on de A) <br>22&nbsp; Soyes orguilleux et . . .&nbsp; Vergondeux soies et doubtez;&nbsp; Verecundiam <br>serva. (12) <br>&nbsp;En tous lieux tien toy li&nbsp; Ne parler pas com effrontez. (95-96) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; plus grans, <br>24&nbsp; Et ne tien compte de nulluy; Soies sou&euml;f et debounaire&nbsp; Blandus esto. <br>(29) <br>25&nbsp; Son se descouvre, couvre toy. Vers toute gent; ce dois tu faire. (117-8) <br>26&nbsp; Quant verras tan&ccedil;on ou meslee, Ja de tenson ne de meslee&nbsp; (II, 15) <br>27&nbsp; Par toy ne soit ja racordee; Puis quelle sera trespassee; <br>28&nbsp; Et se tu vois que pays si boute, Mal en diras fole parole : <br>29&nbsp; Si boute le feu es estouppes. Ce font la gent de male escole. (413-6) <br>30&nbsp; Ayme toy par dessus tous autres, Lautre gent aime en tel mesure (I, 11) <br>31&nbsp; Et ne tien compte de nulz autres. Que sur tous aiez de toi cure. (213-4) <br>32&nbsp; Garde la chose com te donne, Garde la chose con te donne&nbsp; Datum serva. <br>(4) <br>&nbsp;Mais quelle soit et belle&nbsp;&nbsp; Quelquelle soit, ou povre <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; et bonne.&nbsp;&nbsp;&nbsp; ou bonne. (65-66) <br>34&nbsp; Ce quon te promectra requiers, Rent volentiers ce quon te preste; Mutuum da. <br>(16) <br>35&nbsp; Et ne le rens pas voulentiers. Garde que nen faces moleste (71-72) <br>36&nbsp; Et se tu ois nouvelles dire,&nbsp; Naies soing de nouvelle espandre;&nbsp; (I, 12) <br>37&nbsp; Va le parmi la ville dire.&nbsp; Mauvais los i pourroies prendre. (217-8) <br>38&nbsp; Se vois gens ensemble parler, Se vois gens ensemble parler,&nbsp; Antequam <br>(se :&nbsp; le&ccedil;on de Br. et M.)&nbsp; voceris ne accesseris. (7) <br>&nbsp;Boute ty sans toy appeler; <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (ty correction] te toy MS) <br>&nbsp;Et se tu vois faire une souppe, <br>&nbsp;Son ne tappelle, si ty boute. Son ne tappelle, ni aler. (75-76) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (tappelle] ty appelle MS <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chantilly 654) <br>42&nbsp; A ton mangier toudiz parole, A ton maingier petit parole;&nbsp; Pauca in <br>convivio <br>loquere. (51) <br>43&nbsp; Et quaultrui de toy ne parole. Ce doiz tu tenir de mescole. (157-8) <br>44&nbsp; Quant tu de toy meilleur verras, Quant un meilleur de toi verras, Maiori <br>concede. (10) <br>45&nbsp; Fay le lever, si te serras.&nbsp; De la te lieve ou tu sierras. (87-88) <br>&nbsp;Naime ton maistre&nbsp;&nbsp; Aime ton maistre et porte honneur, Magistratum <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ne porte honneur,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; metue. (11) <br>&nbsp;Point ne le crain :&nbsp; cest&nbsp;&nbsp; Et si le crain com ton seigneur. (91-92) <br>deshonneur.&nbsp; (crain] se ajout&eacute; et ray&eacute;) <br>48&nbsp; Se tu veulz ouvrer sagement, Maine ta vie honnestement&nbsp; Virtute utere. <br>(35) <br>49&nbsp; Esgarde a mon commandement. Et si te contien sagement. (79-80) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (commandement correction] commancement MS) <br>50&nbsp; Et quant vouldras faire une chose, Quant tu dois faire aucune rien, Tu te consule. <br>(40) <br>51&nbsp; Fais la tost, ny pense ne glose. Conseille ten, si feras bien (119-20) <br>&nbsp;Beaulz filz, ne garde a&nbsp; Beau filz, de ta mesnie pense,&nbsp; Familiam <br>ta despense,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; cura. (15) <p>&nbsp;Et de ta mesnie ne pense.&nbsp; Quant devant toi as ta despense (107-8) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (mesnie correction] pensee MS) <br>54&nbsp; Bas et roille tresbien ta femme, Aime et honnooure bein ta fame, Coniugem <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (Bas] s &eacute;crit sur z)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ama. (20) <br>55&nbsp; Tu soiez sires, non elle dame. Tu soies sire et elle dame. (85-86) <br>56&nbsp; Aprens tes enfans et enseigne Apren tes enfans et enseingne&nbsp; Liberos erudi. <br>(28) <br>57&nbsp; Que tres nicement se&nbsp;&nbsp; Comment chascun deulz se <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; contiennent.&nbsp;&nbsp; contieigne. (113-14) <br>58&nbsp; Aux povres gens ne donne rien, Aux povres gens fai bien,ce garde; Bono <br>benefacito. (39) <br>59&nbsp; Mais aux riches donne le tien. Cilz fait moult bien qui <br>les resgarde. (115-16) <br>60&nbsp; Ne garde en ton cuer ta pensee, Retien en ton cuer &auml;esmance;&nbsp; Existima- <br>tionem retine. (42) <br>61 Mais fay que tost soit demonstree.&nbsp; Fous est qui son panser avance. <br>&nbsp;(125-6 :&nbsp; le&ccedil;on de B, A.) <br>62&nbsp; Quant tu dois faire aucune rien, Quant tu dois faire aucune rien, Tu te consule. <br>(40) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&nbsp; Conseille ten, si feras bien (119-20) <br>63&nbsp; Parles toudiz incessamment, Retien ta lengue et ta parole;&nbsp; (I, 3) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&nbsp; . . .&nbsp; Quant tu dois parler, si parole. (183-84) <br>64&nbsp; Vas aux plaiz et aux parlemens,&nbsp; Vas aus plaiz et aus parlemens Ad pretorium <br>stato. (33) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .&nbsp; Pour aprendre les jugemens. (127-28) <br>65&nbsp; Garde qua nulluy droit ne faces, Juge mieulx que pourras a droit; Aequum <br>iudica. (43) <br>66&nbsp; Mais toudiz ton grant tort pour- Ne fausser ja en nul endroit. (136-37) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; chasses. <br>67&nbsp; Beaux filz, a mesure te tien Beau filz, a mesure te tien;&nbsp;&nbsp; Cui des <br>videto. (17) <br>68&nbsp; Quant auras despendu le tien. Garde cui donrras le tien. (73-74) <br>69&nbsp; Se Dieu te donne enfans avoir Se Dieux te doune enfans avoir&nbsp; (I, 28) <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (donne] donne plus MS) <br>70&nbsp; Et tu nayes assez davoir, Et tu nas pas assez davoir, <br>71&nbsp; Ne les dois pas mectre a mestier, Tu les dois a tel mestier mectre <br>72&nbsp; Mais les dois duire et enseigner Dont chascun se sache entremettre. <br>(281-84) <br>&nbsp;De tolir, rober et embler. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Expliciunt quedam dicta Catonis <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Per antifrasin exposita. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette double&nbsp; exigence a d&ucirc; sappliquer dabord au choix des distiques &agrave; parodier :&nbsp; cest la face cach&eacute;e du texte, quaucune arch&eacute;ologie ne nous restituera.&nbsp; Faut-il aussi penser que le vers demeur&eacute; incomplet (v. 22) et les trois monostiques (v. 62, 63, 64) sond des aveux dimpuissance de lauteur plut&ocirc;t que des rat&eacute;s dans la transmission textuelle?&nbsp; Il est difficle den juger.&nbsp; Quoi quil en soit, ce lambeau nous parvient dans un &eacute;tat qui permet quelques constations utiles.&nbsp; Nous ne d&eacute;gagerons ici que les plus &eacute;videntes. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un petit nombre de cas, lauteur s&eacute;carte de lantiphrase.&nbsp; Pour la parodie de la premi&egrave;re sentence de Canton (Deo supplica), quil ne pouvait pcontredire dans le contexte culturel que &eacute;tait le sien, lauteur choisit de trivialiser l&eacute;nonc&eacute; au lieu de le nier.&nbsp; On peut voir dans ce choix la limite &eacute;thique de son entreprise. <br>&nbsp;Le distique qui pr&eacute;c&egrave;de (v. 4-5) est un des rares qui nont aucun contact lexical avec le mod&egrave;le.&nbsp; Le pr&eacute;cepte porte sur une modalit&eacute; (Dors a mesure et a raison), que lauteur ne pouvait que minimiser, ou exag&eacute;rer (Couche toy des le point du jour . . .). <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfin le passage sur la soupe (v. 38-41), cit&eacute; comme proverbe dans la divinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute;, resulte dune n&eacute;gation du mod&egrave;le, enrichie dune interpolation. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Loscillation voulue par le parodiste entre lidentit&eacute; et l&eacute;cart se chiffre le plus souvent comme suit:&nbsp; le premier vers dun distique est conserv&eacute; tel quel ou tr&egrave;s peu modifi&eacute;, et l&eacute;cart touche le second vers; cependant les m&ecirc;mes mots sont conserv&eacute;s &agrave; la rime: <p>Garde la chose com te donne&nbsp;&nbsp; Garde la chose con te donne <br>Mais quelle soit et belle et bonne.&nbsp;&nbsp; Quelquelle soit, ou povre ou bonne. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un retour &lt; la synopse ci-dessus permettra dappr&eacute;cier lampleur de ce proc&eacute;d&eacute;, qui nous semble repr&eacute;senter pour lauter la r&eacute;alisation optimale de lantiphrase.&nbsp; On pourrait invoquer un indice suppl&eacute;mentaire &agrave; lappui de cette appr&eacute;ciation.&nbsp; Les vers qui appiquent ce proc&eacute;d&eacute; de la fa&ccedil;on la plus &eacute;clantate ont en effet &eacute;t&eacute; choisis pour terminer la po&egrave;me, qui par ailleurs ne suit aucunement lordre de son mod&egrave;le.&nbsp; Lauteur r&eacute;ussit &agrave; saccaparer tout un quatrian dAdam de Suel en conservant intacts les deux premeirs vers, en ne modifiant dans le troisi&egrave;me que les mots n&eacute;cessaires pour en inverser le signe; il lui suffiera dinventer les deux derniers vers (cinq vers sont-il la parodie dun quatrain? . . .) pour terminer en une apoth&eacute;ose de la mauvaise conduite. <p>Un cas de para-subversion <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le lecteur qui sest laiss&eacute; conduire dune section &agrave; lautre de cette &eacute;tude sattendre &agrave; &ecirc;tre r&eacute;compens&eacute; de sa fatigue, sous la forme dun principe unificateur tir&eacute; comme par magie des soutes de la sp&eacute;culation.&nbsp; Il nen sera malheureusement rien, du moins aussi longtemps que linventaire des formes du comique m&eacute;di&eacute;val naura pas &eacute;t&eacute; fait.&nbsp; Il y a cependant une conclusion quil faut &eacute;viter de tirer :&nbsp; ce serait de penser quun quatrain comique m&eacute;di&eacute;val nest compr&eacute;hensible que moyenant quize pages de gloses. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le mat&eacute;riel historique r&eacute;colt&eacute; en cours danalyse se r&eacute;duit en fait &agrave; peu de choses :&nbsp; quune devinette copi&eacute;e &agrave; Bruges ou &agrave; Gand dans le dernier tiers du XVe si&egrave;cle avait &eacute;t&eacute; fabriqu&eacute;e &agrave; Sens une cinquantaine dann&eacute;es auparavant; quelle provient de milieux d&eacute;tudiants.&nbsp; Cette maigre r&eacute;cole historique peut &agrave; son tour susciter deux questions, touts deux insolubles :&nbsp; quel comique pouvait avoir la fin de notre devinette pour un Gantois, si le texte qui y est cit&eacute; n&eacute;tait compr&eacute;hensible que pour des potaches de Sens?&nbsp; Et peut-on supposer que le devinette a connu une version courte do&ugrave; la citation de Caton &eacute;tait absente? <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais la cascade de parodies dont est faite cette devinette pose un probl&egrave;me beaucoup plus s&eacute;rieux :&nbsp; celui, causal, du pourquoi.&nbsp; Comment interpr&eacute;ter les avanies que subissent ici les mani&egrave;res de table, lautorit&eacute; des proverbes et celle dun manuel scolaire?&nbsp; Notons abord quil nest pas indiff&eacute;rent que tout cela nous arrive sous la forme dune devinette.&nbsp; En effet sil est exact, comme la montr&eacute; Todorov,38 que la devinette sinstaure comme un renversement des trismes, et quelle force linterlocuteur &agrave; remplacer un lieu commun par une invraisemblance, une tautologie par un paradoxe ou un enthym&egrave;me par une contradiction, &agrave; ce compte la devinette devient un lieu d&eacute;lection pour la parodie.39&nbsp; Dans le cas qui nous occupe, la devinette du b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; se chiffre par un passage du niveau conventionnel au niveau parodique, passage au cours duquel deux ordres de valeurs sont vis&eacute;s :&nbsp; les biens&eacute;ances et lautorit&eacute; sapientielle : <br>&nbsp; <p><u>Convention&nbsp;</u>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <u>Les biens&eacute;ances</u>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <u>La sagesse</u> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; dire le&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (et)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ne pas se&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (et) proverbe pr&eacute;ceptes <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; b&eacute;n&eacute;dicite&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; presser&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; de Caton <br>Parodie&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ne pas dire&nbsp; (parceque) se pr&eacute;cipiter&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; et)40 faux&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; parodie de <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; le b&eacute;n&eacute;dicit&eacute;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; sur les plats&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; proverbe Caton <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; QUESTION&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; R&Eacute;PONSE <br>&nbsp; <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La charge n&eacute;gative de ce texte est-elle assez accus&eacute;e pour quon doive le lire dembl&eacute;e dans une perspecive &eacute;thique :&nbsp; projet corrosif, perfidie?&nbsp; Cest &agrave; ce d&eacute;tour que nous attendent les parodiestes m&eacute;di&eacute;vaux.&nbsp; La question est&nbsp; ouverte; mais en attendant quelle soit r&eacute;gl&eacute;e, il nous semble pr&eacute;matur&eacute; dinvoquer des vis&eacute;es extra-litt&eacute;raires comme fondement dune herm&eacute;neutique.&nbsp; Il serait trop facile en effet, pour y arriver, de faire l&eacute;conomie de deux concepts imm&eacute;diatement pertinents &agrave; la question. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le premeir de ces concepts est celui danti-code.&nbsp; Lapplication quen a faite Paul Zumthor &agrave; l&eacute;tude de la fatrasie est utile ici, la fatraie &eacute;tant un genre plus &agrave; gauche que la parodie en ce quelle sattaque au langage lui-m&ecirc;me. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le non-sens fatrasique est pur :&nbsp; il proc&egrave;de par simple juxtaposition de d&eacute;signations incompossibles.&nbsp; Il ne rejette pas le code, mais constitue un anti-code, &agrave; laide des &eacute;l&eacute;ments ed des lois du code impos&eacute;.41 <p>&nbsp;La notion danti-code sinterpose donc entre le texte parodique et ce que nous croyons trop facilement &ecirc;tre lintention de lauteur.&nbsp; Elle qualifie, mais ne juge pas; elle sugg&egrave;re m&ecirc;me que deux extr&ecirc;mes que co&iuml;ncident, loin de sexclure, se renforcent mutuellement.&nbsp; L&eacute;tude des &eacute;l&eacute;ments de notre devinette a pr&eacute;cis&eacute;ment montr&eacute; comment un anti-pr&eacute;cepte &eacute;nonc&eacute; comme question entra&icirc;nait la reconstitution dune s&eacute;rie coh&eacute;rente d&eacute;nonc&eacute;s antiphrastiques.&nbsp; Le jeu de lantiphrase na rien pour d&eacute;truire la phrase, au contraire.&nbsp; Les partisans de la th&egrave;se subversive pourront d&egrave;s ici opter pour l&eacute;cart contre lidentit&eacute;, en all&eacute;guant quune contestation peut &ecirc;tre dautant plus efficace quelle &eacute;pouse les formes de ce quelle conteste.&nbsp; Mais un second concept barre la rout &agrave; ce raccourci :&nbsp; cest celui de glose m&eacute;di&eacute;vale. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; On sait quen logique aristot&eacute;licienne, pour conna&icirc;tre la d&eacute;finition r&eacute;elle dune chose, il est aussi n&eacute;cessaire de conna&icirc;tre son contraire, car si lessence dun &ecirc;tre sexprime par son genre prochain et sa diff&eacute;rence sp&eacute;cifique, les seules diff&eacute;rences qui soient vraiment sp&eacute;cifiques sont les contraires.42&nbsp; Jean de Meun, qui connaissait bien sa logique, sen est souvenu &agrave; la fin du Roman de la Rose (v. 21543-6, &eacute;d. Lecoy) : <br>Ainsinc va des contreres choses : <br>Les unes sunt des autres gloses; <br>Et qui lune an veust definir, <br>De lautre li doit souvenir. <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce passage, d&eacute;j&agrave; signal&eacute; par G. Par&eacute;,43 Marc-Ren&eacute; Jung en a r&eacute;cemment g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; lapplication &agrave; plusieurs passages du second Roman de la Rose.&nbsp; Pour lui, ce proc&eacute;d&eacute; culmine dans la description par Jean de Meun de lanti-jardin de D&eacute;duit, description qui serait une glose par contre-all&eacute;gorie.44 Cette id&eacute;e est dautant plus s&eacute;duisante quelle rejoiint des constations qui ont &eacute;t&eacute; faites sur la glose comme forme &eacute;pist&eacute;mologique et esth&eacute;thique.&nbsp; Toute la science m&eacute;di&eacute;vale est issue de gloses,45 et du c&ocirc;t&eacute; esth&eacute;tique tout la musique,46 y compris la polyphonie.47&nbsp; On a pu voir aussi dans larchitecture gothique un reflet de la dialectique scolastique de pro et contra,48 (voir fig. 1).&nbsp; Si la dialectique colle de si pr&egrave;s &agrave; l&eacute;pist&egrave;me m&eacute;di&eacute;vale, il nen faut pas plus pour faire appara&icirc;tre la parodie sous un jour plus serein, celui dune glose par antiphrase.50&nbsp; Nous avons d&eacute;j&agrave; trop tendance &agrave; projeter sur les textes m&eacute;di&eacute;vaux la conscience toute fra&icirc;che de nos ali&eacute;nations.&nbsp; En tout cas, la parodie de Caton na pas emp&ecirc;ch&eacute; Nicolas du Plessy de devenir bailli de Sens. <p>Institut d&eacute;tudes m&eacute;di&eacute;vales, <br>Universit&eacute; de Montr&eacute;al <br>&nbsp; <center> <p><b>Notes:</b></center>  <p><br> <p>1&nbsp; Editions:&nbsp; J. W. Hassell, Jr., Amorous Games.&nbsp; A Critical Edition of Les adevineaux amoureus (Austin-Londres 1974) 170 (no 745); B. Roy, Devinettes fran&ccedil;aises du moyen &acirc;ge (Montr&eacute;al-Paris 1977) 155 (no 488).&nbsp; (Toutes les devinettes cit&eacute;es ci-apr&egrave;s portent les num&eacute;ros dordre de mon &eacute;dition.) <p>2&nbsp; Editions:&nbsp; F. Novati, Carmin medii aevi (Florence 1883) 49-50; S. Glixelle, Les contenances de table, Romania (47 (1921) 28-29; C. H. Haskins, Studies in Mediaeval Culture (Oxford 1929) 79.&nbsp; Sur ces coutumiers, voir S. Gieben, Robert Grosseteste and Medieval Courtesy-Books, Vivarium 5 (1967) 47-74. <br>&nbsp; <p>3&nbsp; Editions:&nbsp; Mme de Saint-Surin, Lh&ocirc;tel de Cluny au moyen &acirc;ge (Paris 1835) 66; F. Wolf, Kleinere Schriften (1890) 232; S. Glixelle, Les contenances . . . , 31. <p>4&nbsp; Editions:&nbsp; Mme de Saint-Surin, Lh&ocirc;tel . . . , 4; S. Glixelle, Les contenances . . . , 31. <p>5&nbsp; Editions:&nbsp; A. De Montaiglon, Recueil de po&eacute;sies fran&ccedil;oises des Xve et XVIe si&egrave;cles, I, 186; S. Glixelle, Les contenances . . . , 37. <p>6&nbsp; La coutume de dire la pri&egrave;re au d&eacute;but des repas nest pas seulement objet de pr&eacute;ceptes, elle est aussi corrobor&eacute;e par les coyances populaires:&nbsp; Qui ne fait dire le benedicite a son disner, le dyable invisiblement siet a celle table et y boit et mengue (Les Evangiles des Quenouilles, III, 15, &eacute;d. P. Jannet, 1855). <p>7&nbsp; Comme supra, n. 2.&nbsp; Dans le po&egrave;me Stans puer ad mensam, le pr&eacute;cepte est formul&eacute; comme suit (S. Gieben, Grossetest 57).&nbsp; Fercula donec sint posita, pani parce meroque, / Ne fame captus dicaris sive gulosus. <p>8&nbsp; Comme supra, n. 3. <p>9&nbsp; A. Taylor, English Riddles from Oral Tradition (Los Angeles 1951). <p>10&nbsp; Cf. R. A. Georges et A. Dundes, Toward a Structural Definition of the Riddle, Journ. Of American Folklore 76 (1963) 111-18; E. K&ouml;ng&auml;s-Maranda, Structure des &eacute;nigmes, LHomme 9 (1969) 5-48; C. T. Scott, Some Approaches to the Study of the Riddle, dans E. G. Atwood et A. A. Hill, Studies in Language, Literature and Culture of the Middle Ages and Later (Austin 1969) 111-27; T. Todorov, analyse du discours:&nbsp; lexemple des devinettes, Journ. de psychologie norm. et pathologique 70 (1973) 135-55 (repris dans T. Todorov, Les genres du discours (Paris 1978) 223-45). <p>11&nbsp; Sur les 575 devinettes r&eacute;unies dans le recueil des Devinettes fran&ccedil;aises du Moyen &acirc;ge, la proportion des devinettes non-descriptives par rapport &agrave; lensemble d&eacute;passe 26%: <p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; pourquoi? 69 <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; quand? 46 <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; comment? 33 <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; o&ugrave;?&nbsp;&nbsp;&nbsp; 7 <p>Le faible repr&eacute;sentativit&eacute; des questions sur le lieu a de quoi &eacute;tonner; mais au fait, que savons-nous de la perception du lieu au Moyen &acirc;ge?&nbsp; Le grand nombre de questions sur le pourquoi et le comment confirme exellemment la grande vogue des genres didactiques au Moyen &acirc;ge. <p>12&nbsp; Voir, en ce sens, les &eacute;tudes &eacute;dit&eacute;es par L. Poliakov, Hommes et b&ecirc;tes.&nbsp; Entretiens sur le racisme (Paris-La Haye 1975) ou N. Deschamps et B. Roy, Le bestiaire perdu, Etudes fran&ccedil;ases 10 (1974), no 3. <p>13&nbsp; Voir M. Bugge, Virginitas:&nbsp; An Essay in the History of a Medieval Ideal (La Haye 1975) 80-110 (Virginity Sexualized). <p>14&nbsp; Plusieurs devinettes m&eacute;di&eacute;vales (353, 426, 431, 511) tablent sur ce double sens du boire, qui nous est devenu &eacute;tranger.&nbsp; Sur les donn&eacute;es de lanthropologie antique (Lambivalence du poumon) qui expliquent cette ambiu&iuml;t&eacute;, voir R. B. Onians, The Origins of European Thought about the Body, the Mind, the Soul, the World, Time and Fate (Cambridge 1954) 23-43; J. P. Audet, De son ventre couleront des fleuves deau. La soif, leau et la parole, Revue biblique 66 (1959) 379-86. <p>15&nbsp; Le pr&eacute;cepte est:&nbsp; Illotis manibus escas ne sumpseris unquam, du po&egrave;me Stans puer ad mensam cit&eacute; au d&eacute;but. <p>16&nbsp; Cf. M. Hain, Sprichwort und R&auml;tsel, Deutsch. Philol. Im Aufriss 3 (1962) 2727-54; J. W. Hassell, Jr., Proverbs in Riddles Proverbium, no 15 (1970) 51 (467)  53 (469). <p>17&nbsp; La forme la plus souvent attest&eacute;e du proverbe est celle-ci:&nbsp; La faim enchace le loup dou bois (J. Morawski, Proverbes fran&ccedil;ais ant&eacute;rieurs au Xve si&egrave;cle [Paris 1925] no 1000). <p>18&nbsp; J. et B. Cerquiglini, L&eacute;criture proverbiale, Revue des sciences humaines 41 (1976) 360-66. <p>19&nbsp; Sur ce sujet, voir la remarquable &eacute;tude de M. L. Ollier, Proverbe et sentence:&nbsp; Le discours dautorit&eacute; chez Chr&eacute;tien de Troyes, Revue des ec. humaines 41 (1976) 329-57. <p>20&nbsp; Edition:&nbsp; M. Boas, Disticha Catonis (Amsterdam 1952).&nbsp; Bibliographie:&nbsp; E. Ruhe, Untersuchungen zu den altfranz&ouml;sischen &Uuml;bersetzungen der Disticha Catonis (Munich 1968) 245-50 (sigle:&nbsp; Ruhe). <p>21&nbsp; Cf. M. Boas, De librorum Catonianorum historia atque compositione, Mnemosyne 42 (1914) 17-46; F. Bonaventure, The Teaching of Latin in Later Mediaeval England, Medieval Studies 23 (1961) 1-20; A. L. Gabriel, The Preparatory Teaching in the Parisian Colleges during the XIVth Century, Rev. De lUniversit&eacute; dOttawa 21 (1951) 449-83 (reproduit dans idem, Garlandia (Notre Dame 1969) 97-124): R. Bultot, Grammatica, Ethica et Contemptus mundi aux XIIe et XIIIe si&egrave;cles, dans Arts lib&eacute;raux et philosophie ou Moyen &acirc;ge (Montr&eacute;al-Paris 1969) 815-27. <p>22&nbsp; Edition:&nbsp; J. Ulrich, Romanische Forschungen 15 (1904) 107-40 et 143-49. <p>23&nbsp; Ruhe, 236-44. <p>24&nbsp; Sur la parodie au Moyen &acirc;ge, voir F. Novati, Studi critici e letterari (Turin 1889) 177-310; E. Ilvonen, Parodies de th&egrave;mes pieux dans la po&eacute;sie fran&ccedil;aise du Moyen &acirc;ge (Helsingofors 1914); P. Lehmann, Die Parodie im Mittlelalter (Stuttgart 1963); R. Cassell-Hoffman, Aspects th&eacute;oriques de la parodie, avec application particul&egrave;re aux sottes chansons, th&egrave;se de Ph. D., Univ. de Chicago 1976. <p>25&nbsp; Ed. A. Langfors, A. Jeanroy, L. Brandin, Recueil g&eacute;n&eacute;ral des jeux-partis fran&ccedil;ais (Paris 1926), no LXXV, v. 25-26.&nbsp; Ce passage est un rappel du d&eacute;but des Disticha, accompagn&eacute; de la glose dAdam de Suel: <p>Quar autretant scet de plait faire <br>Li homs qui list et rien nentent <br>Com cilz qui chace et rien ne prent (v. 56-58). <p>26&nbsp; Carmina Burana, &eacute;d. Schmeller, p. 253. <p>27&nbsp; Comparer les hymnes Laus, honor, virtus (Anal. hymnica 49), Laus et honor pueris (AH 33), Laudis opus et honori (AH 23), Laus, honor benedictio (AH 28), etc. <p>28&nbsp; Cf. M. Boas, Disticha Catonis, 34-35.&nbsp; Les rappels de lincipit des M&eacute;tamorphoses (In nova fert animus) sont innombrables au Moyen &acirc;ge; c&eacute;tait le manuel de mythologie par excellence.&nbsp; Cf. P. Lehmann, Die Parodie, 155-57. <p>29&nbsp; G. M. Dreves, Analecta hymnica Medii aevi (Leipzig) 21 (1895) 109.&nbsp; Comparer Carmina Burana 116 (&eacute;d. Hilka-Schumann I, 2, p. 192): <p>Ubera, cum animadverterem, <br>Optavi, manus ut involverem, <br>&nbsp;Simplicibus mammis ut alluderem. <br>Sic cogitando traxi Venerem. <p>30&nbsp; Cf. Ruhe, 236, n. 2. <p>31&nbsp; Edition:&nbsp; M. Boas, Een latijnsche metrische Cato-paraphrase met parodie (Het Boek) 16 (1927) 243-62. <p>32&nbsp; Bern, B&uuml;rgerbibliothek, 205:&nbsp; manuscrit de papier, 297 x 215 mm., 570 folios.&nbsp; Plus du tiers des folios manque:&nbsp; fols. 1-6, 83-102, 127, 167, 168, 201, 324-364, 393, 395-412, 414-519, 547-550.&nbsp; Les folios 155-166 viennent apr&egrave;s les fol. 376, et le fol. 394 apr&egrave;s 413.&nbsp; Plusieurs notices ont &eacute;t&eacute; consacr&eacute;es &agrave; ce manuscrit, mais aucune ne lui rend justice.&nbsp; Cf. J. R. Sinner, Catalogus codicum Bernensium, Berne, I (1760) 23; II (1770) 577; III (1722) 412 et 555; H. Hagen, Catalogus codicum Bernensium (Bibliotheca Bongarsiana) (Berne 1875) 653; G. C. Keidel, Note sur le manuscrit 205 de Berne, Rev. des langues romanes 38 (1895) 278-81; C. De Roche et G. Wissler, Documents relatifs &agrave; Jeanne dArc et &agrave; son &eacute;poque, dans Fetschrift Louis Gauchat (Aarau 1926) 330-32. <p>33&nbsp; Cf. F. Olivier-Martin, Le livre de chevet de Me Nicolas du Plessy, dans Institut de France, Publications diverses de lann&eacute;e 1940 (Paris 1940) 25-35. <p>34&nbsp; Cf. Keidel, 280. <p>35&nbsp; J. Sonet, R&eacute;pertoire dincipit de pri&egrave;res en ancien fran&ccedil;ais (Gen&egrave;ve-Lille 1956) nos 464, 969, 986, 2199. <p>36&nbsp; Keidel, 280; Ruhe, 239. <p>37&nbsp; Le texte a &eacute;t&eacute; relu sur le manuscrit (Bern 205, fol. 116r-116v), et notre &eacute;dition se situe comme suit par rapport &agrave; celle de E. Ruhe (Ruhe, 236-44):&nbsp; aucune divergence de lecture; ponctuation l&eacute;g&egrave;rement modifi&eacute;e; deux corrections sugg&eacute;r&eacute;es (v. 49 et 53) en plus de celles propos&eacute;es par Ruhe (v. 39 et 69).&nbsp; Lhypoth&egrave;se dune lacune au v. 22 est de Ruhe; pour celle des trois lacunes apr&egrave;s 62, 63 et 64, seule la premi&egrave;re est de Ruhe.&nbsp; La distribution en strophes est du nous; pour les parall&egrave;les avec A. Suel, nous diff&eacute;rons dopinion avec Ruhe quant aux vers 17, 20-21, 48-49, 59, 63. <p>38&nbsp; T. Todorov, 150. <p>39&nbsp; On pense imm&eacute;diatement aux devinettes bas&eacute;es sur le latin d&eacute;glise (de type con-cul-ca-vit):&nbsp; voir Devinettes fran&ccedil;aises, nos 55, 166, 395, 405, 497, 498. <p>40&nbsp; La marque de d&eacute;crochement (et) seffectue ici comme une r&eacute;duplication du lein de causalit&eacute;, ce qui amplifie la parodie. <p>41&nbsp; P. Zumthor, Langue, texte, &eacute;nigme (Paris 1975) 84.&nbsp; Italiques dans le texte. <p>42&nbsp; Voir par example Gilles G. Granger, Le th&eacute;orie aristot&eacute;licienne de la science (Paris 1976) 235-49. <p>43&nbsp; G. Par&eacute;, Le Roman de la Rose et la scolastiue courtoise (Paris-Ottawa 1941) 38. <p>44&nbsp; M. R. Jung, Jean de Meun et lall&eacute;gorie, Cahiers de lAss. Inctern. des &eacute;tudes fran&ccedil;aises, 1976, no 28, 21-36. <p>45&nbsp; Voir entre autres M. D. Chenu, La th&eacute;ologie comme science au XIIIe si&eacute;cle (Paris 1957) 351-65; B. Sandk&uuml;hler, Die fr&uuml;hen Danteskommentaire und ihr Verh&auml;ltnis zur mittelalterlichen Kommentartradition (Munich 1967). <p>46&nbsp; Voir J. Chailley, Les tropes, dans Roland-Manuel, Histoire de la musique, Paris, I (1960) 719-26. <p>47&nbsp; Cf. M. F. Bukofzer, Speculative Thinking in Medieval Music, Speculum 17 (1942) 165-80. <p>48&nbsp; E. Panofsky, Gothic Architecture and Scholasticism (1951; rpt. New York 1957).&nbsp; Application &agrave; lesth&eacute;tique de l&eacute;criture dans R. Marichal, L&Eacute;criture latine, dans LEcriture et la psychologie des peuples (Paris 1963) 233-41. <p>49&nbsp; Oxford, Bodleian MS. Rawlinson G. 185, fol. 81v (Psautier de Stephen de Derby, prieur de la cath&eacute;drale de Dublin, vers 1368). <p>50&nbsp; Pour les compl&eacute;ments th&eacute;oriques qui confirment cette interpr&eacute;tation, voir L. Hutcheon, Ironie et parodie:&nbsp; strat&eacute;gie et structure, Po&eacute;tique 36 (novembre 1978:&nbsp; Ironie) 467-77.</ul>  </body> </html> 
