<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0//EN" "http://www.w3.org/TR/REC-html40/strict.dtd"> <HTML> <HEAD> 	<META NAME="generator" CONTENT="BBEdit 6.5.2"> 	<meta name="webpublisher" content="tsbah@fuuta-jalon.net"> 	<meta name="author" content="Ernest Noirot"> 	<meta name="editeur" content="Calman-Levy. Paris"> 	<meta name="description" content="Recit de la mission envoyee en 1881 par le gouvernement francais pour signer un traite de protectorat de la France sur le Fouta-Diallon. Mission dirigee par Bayol, seconde par Noirot"> <meta name="keywords" content="Fouta-Diallon, France, Paris, ambassade, traite, protectorat, Almamy, Islam, religion, Soriya, Alfaya, Timbo, Boke, Labe, Fougoumba, Bouria, miside, foulasso, rounde, Rio Nunez, Cap Vert, Tinguilinta, Bambaya, Timbi, Pita, Thierno Madiou, Almamy Ibrahima Sory Dara, Donhol-Fella, Sokotoro, enseignement, Koran, Pular, Modi Diogo, Bokar-Biro, Mamadou Pate, Modi Abdoulaye, coutumes, moeurs, mariage, funerailles, bapteme, maladie, sante, economie, culture, elevage, tapades, lougan, histoire, Karamoko Alfa, Mohamadou-Saidou, conseiller, senat, Etat, theocratie, fete, ramadam, jene, hydrographie, ethnographie, rivieres, fleuves, justice, tribunal, execution, punitions, diplomatie, griot, coordonnier, tisserand, potiere, cuisine, coiffure, fonte, forgeron, montagnes, Tamgue, fello, pelle, tyangol"> </HEAD>  <TITLE>webFuuta/Taariika/E. Noirot/A travers le Fouta-Diallon et le Bambouc/Bok&eacute;</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FF9966"> <CENTER><B>webFuuta<br>Taariika</B>  </CENTER>    <hr size=3>   <center><b>Ernest Noirot<br>  A travers le Fouta-Diallon et le Bambouc (Soudan occidental)</b><br><FONT SIZE="-1">Paris. Librairie Marpon et Flammarion. 1882. 248 p.</FONT> </center>  <hr size=3>   <P><CENTER> <TABLE border="0" cellpadding="0" cellspacing="2" width="200"> <TR> 	<TD width="80" align="center"> 	<A href="02_rionunez.html"> 	<IMG SRC="previous.gif" HEIGHT="30" WIDTH="30" BORDER="0" ALT="Previous"></A></TD> 	 <TD width="80" align="center"> 	 <A href="tdm.html"> 	<IMG src="home.gif" height="30" width="30" border="0" alt=Home></A></TD>  	<TD width="80" align="center"><A href="04_presages.html"> <IMG src="next.gif" height="30" width="30" border="0" alt=Next></A></TD> </TR> </TABLE> </CENTER></P>  <hr size=3> <p> <center> <b>III<br> <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/prefectures/boke/boke.html">Bok&eacute;</a></b> </center> </p>  <p> Je crois int&eacute;ressant de placer ici une longue lettre dat&eacute;e de Bok&eacute;, adress&eacute;e &agrave; mon ami le docteur Paul Labarthe. Ecrite sur l'impression du moment, elle vaudra mieux qu'un r&eacute;cit fait de souvenir. La voici :     &laquo; Poste de <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/prefectures/boke/boke.html">Bok&eacute;</a> (<a href="http://www.guinee.net/etat/executif/prefectures/boke/boke.html">Rio-Nunez</a>, 17 mai, quatre heures du matin.<br> Encore quelques heures et notre mission, au complet cette fois, quittera Bok&eacute; pour l'inconnu. Je viens de passer cette derni&egrave;re nuit &agrave; mettre en ordre mes bagages et &agrave; &eacute;crire quelques lettres, que le commandant veut bien se charger de faire parvenir &agrave; leur adresse. J'ai fait un agr&eacute;able s&eacute;jour &agrave; Bok&eacute;, c'est pourquoi je te donne les d&eacute;tails suivants :<br> Nous sommes arrives &agrave; Bok&eacute;, le 9 mai, au soir. D&egrave;s le lendemain, chacun de nous s'est mis &agrave; la besogne, afin de partir avant les grandes pluies. Voulant avoir le plus de chances possibles de succ&egrave;s, le docteur <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/gouverneurs/bayol/index.html">Bayol</a> a demand&eacute; &agrave; M. Marius Moustier, chef de la factorerie Verminck, s'il voulait bien faire partie de notre mission. M. Moustier a accept&eacute;. Nous en sommes tr&egrave;s heureux, car, habitant Bok&eacute; depuis neuf ans, il est en rapport avec beaucoup d'indig&egrave;nes de l'int&eacute;rieur qui viennent faire des &eacute;changes &agrave; sa factorerie.<br> Tu ne peux, cher ami, te faire une id&eacute;e de la quantit&eacute; et de la diversit&eacute; des marchandises n&eacute;cessaires pour un voyage semblable. Aux burnous, &eacute;charpes, coraux, ambres, armes, que nous avons emport&eacute;s de France, il faut joindre des cotonnades bleues et blanches, des indiennes, des verroteries, de la coutellerie, des aiguilles, des boutons, etc., et enfin de l'argent monnay&eacute;. Nous avons cinq mille francs en pi&egrave;ces de cinq, de deux, et de un franc, de cinquante et de vingt centimes. Ajoute &agrave; toute cette pacotille nos bagages particuliers, la cantine de cuisine, les instruments d'astronomie et de photographie, la pharmacie, nos provisions de vivres conserv&eacute;s (25 caisses) et rends-toi compte du personnel qu'il faut adjoindre &agrave; nos quatre mulets pour porter cela.<br> La saison des pluies, dans laquelle nous entrons, rend le recrutement tr&egrave;s difficile. Cependant nous avons tout notre monde. Aux Ouolofs que nous avons pris &agrave; Dakar et qui forment notre garde du corps, nous ajoutons dix Landoumans, vingt Foulahs, quinze Kraomans, deux interpr&egrave;tes : Alfa Oumarou et Master Kider, trois guides, deux bergers charg&eacute;s de conduire quatre petits boeufs, l'envoy&eacute; du roi des Nalous : Boubakar et son domestique ; enfin, avec deux femmes qui accompagnent leurs maris, nous formons une caravane de cent vingt personnes, quatre chevaux et quatre mulets.<br> Malgr&eacute; tout ce monde, nous sommes oblig&eacute;s de laisser tentes, hamacs et vivres trop encombrants. </p>    <p> La r&eacute;p&eacute;tition du d&eacute;part a eu lieu ; je crois que cela marchera tr&egrave;s bien.<br> Pendant que ces messieurs se sont occup&eacute;s de l'installation, j'ai fait de la photographie. Malheureusement mes efforts n'ont pas &eacute;t&eacute; couronnes de succ&egrave;s, j'ai eu moins de chance qu'&agrave; Dakar. La forte chaleur qu'il fait ici, 37&deg;, a d&eacute;truit tous mes clich&eacute;s, sauf une douzaine que j'ai pu sauver, un jour o&ugrave; une pluie torrentielle avait consid&eacute;rablement rafra&icirc;chi l'atmosph&egrave;re. &#151; Je crois t'avoir dit, dans mon pr&eacute;c&eacute;dent courrier, qu'un sh&eacute;rif, Mohamed-Ben-Nachir, devait nous accompagner et faciliter notre marche dans l'int&eacute;rieur. C'est un farceur qui s'est jou&eacute; de nous ! Maintenant qu'il est &agrave; Bok&eacute;, il pr&eacute;tend qu'il est trop vieux pour nous accompagner et qu'il ne pourrait supporter les fatigue d'un voyage pendant la saison des pluies.<br> J'ai recueilli des renseignements sur les moeurs des habitants de Bok&eacute;, appel&eacute; aussi Kakandy, qui est le centre d'un tout petit Etat habit&eacute; par les <b>Landoumans</b>.<br> Sarah, le roi de cette nation, y a &eacute;tabli sa r&eacute;sidence. Bien que n'ayant rien d'une capitale, ce village n'en est pas moins un point commercial important. Construit sur le versant d'une colline, au point extr&ecirc;me du Rio-Nunez navigable et au confluent de ce fleuve avec le Batafon, ruisseau tr&egrave;s ombrag&eacute;, Bok&eacute;, jouissant d'un climat relativement salubre, &eacute;tait tout indiqu&eacute; aux n&eacute;gociants europ&eacute;ens, qui allaient au-devant des producteurs, comme station o&ugrave; les transactions devaient &ecirc;tre avantageuses.<br> Il y a longtemps d&eacute;j&agrave; que les blancs &eacute;changent les productions europ&eacute;ennes contre le caoutchouc, les amandes de palmes, les arachides, le s&eacute;same, les peaux, l'ivoire, le caf&eacute; et l'or, que les habitants de l'int&eacute;rieur apportent de tr&egrave;s loin.<br> Tout n'&eacute;tait pas ros&eacute;, pour ces n&eacute;gociants vivant au milieu d'une population demi sauvage, qui ne trouvait d'avantageux dans le voisinage des blancs que les liqueurs fortes qu'ils leur fournissaient. Souvent un n&eacute;gociant &eacute;tait battu, son magasin pill&eacute; et ruin&eacute;, il n'avait plus qu'&agrave; quitter le pays.<br> Ce fut pour faire cesser cet &eacute;tat de choses, dont plusieurs de nos nationaux avaient &eacute;t&eacute; victimes, que le g&eacute;n&eacute;ral Faidherbe, alors gouverneur du S&eacute;n&eacute;gal, songea &agrave; &eacute;lever &agrave; Bok&eacute; un poste fortifi&eacute;.<br> Aujourd'hui, Bok&eacute; est devenu une r&eacute;sidence presque agr&eacute;able. Au blockhauss primitif on a adjoint un pavillon &agrave; un &eacute;tage, qui sert d'habitation aux officiers. Une autre construction, n'ayant qu'un rez-de-chauss&eacute;e, abrite les sous-officiers et les soldats europ&eacute;ens. Le blockhauss sert de caserne aux tirailleurs indig&egrave;nes c&eacute;libataires ut deux chambres sont r&eacute;serv&eacute;es aux &eacute;trangers de passage.<br> Les cuisines, la prison, les magasins, le parc aux bestiaux, compl&egrave;tent l'ensemble du fort qui est entour&eacute; de foss&eacute;s.<br> C'est vraiment un plaisir pour le Fran&ccedil;ais qui remonte le Rio-Nunez de voir, au dernier d&eacute;tour du fleuve, flotter notre drapeau sur cette coquette maison blanche qui domine la rivi&egrave;re. </p>  <p> Une route assez rapide, traversant un jardin tr&egrave;s soign&eacute;, plant&eacute; sur le flanc de la colline, conduit &agrave; l'entr&eacute;e du fort. Au milieu de la cour, orn&eacute;e d'orangers et de citronniers, une pyramide quadrangulaire est &eacute;lev&eacute;e &agrave; la m&eacute;moire du voyageur Ren&eacute; Caill&eacute;. Deux plaques de bronze, scell&eacute;es sur deux des faces du monument, portent ces inscriptions :   <blockquote> &laquo; Parti de ce lieu le 19 avril 1827, Ren&eacute; Caill&eacute; arriva le 7 septembre 1828 &agrave; Tanger, apr&egrave;s avoir pass&eacute; &agrave; Tombouctou.<br> Sous le r&egrave;gne de Sa Majest&eacute; Napol&eacute;on III, M. le marquis de Chasseloup-Laubat &eacute;tant ministre de la marine et des colonies, et M. le g&eacute;n&eacute;ral Faidherbe, gouverneur du S&eacute;n&eacute;gal et d&eacute;pendances, ce monument a &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; &agrave; la m&eacute;moire de l'illustre voyageur Ren&eacute; Caill&eacute;. &raquo; </blockquote>   Deux pi&egrave;ces de quatre sur les glacis, un vieux canon en fonte absolument hors d'usage et qui inspire cependant une vive terreur aux habitants, voil&agrave; toute l'artillerie du fort.<br> Des glacis du poste, la vue est tr&egrave;s belle. En regardant le couchant, aussi loin que la vue peut s'&eacute;tendre, on suit les nombreux d&eacute;tours du Rio-Nunez qui court vers la mer au milieu des magnificences de la v&eacute;g&eacute;tation toujours verte, toujours fleurie! Du c&ocirc;t&eacute; de l'Est, la vue s'&eacute;tend sur le plateau du mont Saint-Jean et s'arr&ecirc;te sur la for&ecirc;t qui borne l'horizon.<br> Non loin du poste, dans un fouillis de bananiers et de fromagers, on aper&ccedil;oit le sommet des cases, une vingtaine, qui forment le village habit&eacute; par les tirailleurs indig&egrave;nes mari&eacute;s.<br> Le poste et la factorerie Verminck sont les seuls b&acirc;timents construits &agrave; l'europ&eacute;enne. Quelques autres factoreries moins importantes, b&acirc;ties sur le bord du fleuve, sont construites soit en argile, soit en bois. De nombreuses cases rondes, sem&eacute;es &ccedil;a et l&agrave;, sans sym&eacute;trie, constituent le pittoresque village de Bok&eacute;, que tu connais maintenant aussi bien que moi. </p>  <p> Mercredi dernier, le 11 mai, nous avons eu la premi&egrave;re tornade. Ah ! mon ami, selon l'exclamation c&eacute;l&egrave;bre: que d'eau! Pendant deux heures ce fut un vrai d&eacute;luge ; la pluie tombait en colonnes grosses comme le petit doigt. Il para&icirc;t que le moins qui puisse nous arriver, c'est de recevoir une averse pareille tous les jours pendant sept mois. C'est engageant. Pour changer, jeudi et vendredi nous avons eu la pluie toute la journ&eacute;e. Ce n'est pas d&eacute;sagr&eacute;able, quand l'on est abrit&eacute; ; la temp&eacute;rature est moins p&eacute;nible.<br> En compagnie de M. Keffer, le m&eacute;decin du poste, j'ai fait quelques promenades dans les environs. J'ai &eacute;t&eacute; p&eacute;niblement impressionn&eacute; en voyant, au milieu de la plaine, quelques pierres tombales &agrave; moiti&eacute; enfouies sous la terre : c'est le cimeti&egrave;re des blancs.<br> Deux m&eacute;decins, un officier, quelques n&eacute;gociants dorment l&agrave; du dernier sommeil. Mais dire sous quelle pierre chacun repose est impossible ; pas la moindre inscription ! Ayant demand&eacute; au docteur comment les noirs enterrent leurs morts, il me conduisit &agrave; un cimeti&egrave;re indig&egrave;ne. Sur le bord du chemin quelques tumulus charg&eacute;s de pierres et d'&eacute;pines, pour prot&eacute;ger les cadavres contre les animaux f&eacute;roces, et c'est tout. Une fosse &agrave; moiti&eacute; d&eacute;fonc&eacute;e laisse voir des d&eacute;bris de cadavres ; cela sent bien mauvais.<br> Pour enterrer leurs morts, les Landoumans creusent une fosse de deux ou trois pieds de profondeur, &eacute;talent au fond un lit de cailloux, couchent le cadavre dessus, puis, afin de l'isoler, posent des traverses faites de branches d'arbres tout le long de la fosse, et recouvrent avec la terre sortie du trou. Il arrive que pendant la saison des pluies, la terre s'effondre, et parfois une partie du cadavre est &agrave; d&eacute;couvert.<br> Longeant au retour un petit bois charmant, je m'enfonce dans les taillis &agrave; la poursuite d'un engoulevent. J'arrive au milieu d'un vaste berceau de verdure o&ugrave; la v&eacute;g&eacute;tation est si touffue que le soleil y p&eacute;n&egrave;tre &agrave; peine. Tout autour de la place des petits morceaux de bois fa&ccedil;onn&eacute;s, des queues de mouton, des cornes de ch&egrave;vre, sont accroch&eacute;s aux branches. Au pied d'un &eacute;norme fromager, quatre tams-tams (tambourins faits d'un tronc d'arbre creus&eacute; et recouvert d'une peau de boeuf) sont d&eacute;pos&eacute;s.<br> Surpris, j'appelle le docteur qui me dit : &laquo; Nous sommes dans le bois sacr&eacute; des Simos; il faut d&eacute;camper au plus vite, car si les sectateurs de cette religion nous surprenaient, ils nous feraient un mauvais parti. &raquo; <br> Il parait m&ecirc;me que tout profane surpris dans le bois sacr&eacute; est mis &agrave; mort !... </p>  <p> Les Landoumans sont g&eacute;n&eacute;ralement f&eacute;tichistes ; peu d'entre eux professent la religion musulmane. Aussi le vin de palme, les liqueurs fortes sont en grand honneur dans la contr&eacute;e, o&ugrave; il n'est pas rare de rencontrer des pochards. Les Simos forment l'une des nombreuses sectes religieuses du pays, et la plus importante. C'est une sorte de franc-ma&ccedil;onnerie, dont le grand-ma&icirc;tre porte le nom de la soci&eacute;t&eacute; : Simo. Il est &agrave; la fois juge et l&eacute;gislateur. Les initi&eacute;s et m&ecirc;me les profanes ont pour lui une grande v&eacute;n&eacute;ration. Il habite au milieu des bois et, quand il est appel&eacute; pour des initiations, il ne se montre que d&eacute;guis&eacute; avec des peaux de b&ecirc;tes, ou couvert de branches d'arbre de la t&ecirc;te aux pieds. Il annonce sa pr&eacute;sence par des hurlements et, seuls, les initi&eacute;s peuvent le regarder. Les profanes croient qu'ils mourraient imm&eacute;diatement, si leurs yeux se reposaient sur le Simos. Les initiations n'ont lieu que deux ou trois fois par an.<br> Les candidats doivent avoir de douze a treize ans. Les parents qui d&eacute;sirent faire initier leurs enfants aux myst&egrave;res du Simo avertissent le grand chef qui, d&eacute;guis&eacute;, se rend &agrave; l'endroit indiqu&eacute;, pour circoncire les nouveaux venus. A cette occasion a lieu une grande f&ecirc;te qui dure plusieurs jours et dont les parents font tous les frais.<br> Les f&ecirc;tes termin&eacute;es, le Simo emm&egrave;ne ses adeptes au milieu des bois, o&ugrave; ils restent de sept &agrave; huit ann&eacute;es, temps n&eacute;cessaire &agrave; leur &eacute;ducation. Ils vont presque nus, habitent de petites huttes et vivent dans l'oisivet&eacute; la plus compl&egrave;te, avec les pr&eacute;sents faits au grand ma&icirc;tre.<br> Quand le Simo ou ses initi&eacute;s rencontrent un homme dans les bois, ils lui demandent le mot de passe ; s'il r&eacute;pond juste, ils le laissent passer ; dans le cas contraire, ils le frappent &agrave; coup de fouet ou de b&acirc;ton et l'emm&egrave;nent avec eux ; s'il veut recouvrer sa libert&eacute;, il doit payer ran&ccedil;on. Les Simos ne brillent  pas par la galanterie. S'ils rencontrent une femme profane, ils la battent tellement que parfois mort s'ensuit.<br> An bout des huit ann&eacute;es consacr&eacute;es aux &eacute;tudes (je n'ai pu avoir aucun renseignement sur ces fameuses &eacute;tudes), si les parents veulent reprendre leur enfant, ils envoient des pagnes neufs, une ceinture garnie de petits grelots de cuivre pour le jeune homme, et des liqueurs fortes, du tabac, des &eacute;toffes pour le grand chef. Le jour o&ugrave; a lieu la f&ecirc;te du retour dans la famille, le Simo annonce par des hurlements qu'il sera visible pour tout le monde. Ses adeptes soufflent dans des cornes   boeuf et font un vacarme effrayant.<br> Tous les initi&eacute;s, par&eacute;s de leurs plus beaux v&ecirc;tements, vont, musique en t&ecirc;te, chercher le grand ma&icirc;tre au milieu des bois ; il est amen&eacute; au village en grande pompe. Les tams-tams r&eacute;sonnent, les chants retentissent, les battements de main &eacute;clatent ; puis, comme aucune f&ecirc;te n'est compl&egrave;te s'il n'y a banquet, on tue moutons, boeufs, etc. Le vin de palme coule &agrave; flots, les liqueurs fortes circulent, on chante et tout le monde est content.<br> En r&eacute;compense du beau cadeau que la famille de l'adepte lui a fait, le grand chef donne &agrave; son &eacute;l&egrave;ve un long pieu en bois, o&ugrave; flotte un lambeau d'&eacute;toffe. Ce pr&eacute;cieux talisman pr&eacute;servera l'initi&eacute; de toutes les calamit&eacute;s : plant&eacute; devant sa porte, il mettra en fuite les voleurs, gu&eacute;rira toutes les maladies et, quand l'adepte aura du chagrin, il n'aura qu'&agrave; invoquer son Simo pour faire tomber toutes les difficult&eacute;s.<br> Sous le rapport de la superstition, les <b>Landoumans</b> n'ont rien &agrave; nous envier et les grands-pr&ecirc;tres de Bok&eacute; en tirent de gros b&eacute;n&eacute;fices.<br> Malgr&eacute; toutes ces c&eacute;r&eacute;monies grotesques, je suis port&eacute; &agrave; croire que cette secte est guid&eacute;e par des sentiments plus grands et plus nobles qu'on ne pourrait croire. Je tiens de la personne qui m'a donn&eacute; ces renseignements que les captifs qui se r&eacute;fugiaient chez le Simos &eacute;taient initi&eacute;s et cessaient d'&ecirc;tre esclaves.<br> J'ai eu l'honneur, ces jour&raquo; pass&eacute;s, de d&eacute;jeuner avec Dinah, fils de Youra, roi des Nalous. Cet aimable prince, que j'avais d&eacute;j&agrave; entrevu &agrave; bord du Castor, est venu faire visite au nouveau commandant, qui l'a retenu &agrave; d&eacute;jeuner. J'ai &eacute;t&eacute; surpris de la bonne tenue de ce moricaud. Il joue de la serviette, du couteau et de la fourchette comme un gentleman. Il se mouche dans un mouchoir ! Fervent Musulman, il ne boit que de l'eau ; par cons&eacute;quent, il ne se grise pas ; de plus, il a sur nous cette grande sup&eacute;riorit&eacute; qu'il peut manger avec ses doigts, et proprement, ce dont je d&eacute;fie un blanc. Tr&egrave;s famili&egrave;re, son Altesse, en me tutoyant, me dit : <br> &#151; Ta m&egrave;re va bien? <br> &#151; Parfaitement. </p>  <p> Il y a deux jours, <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/gouverneurs/bayol/index.html">Bayol</a> re&ccedil;ut un billet ainsi con&ccedil;u :<br> &laquo; Monsieur Boucher invite monsieur le docteur Bayol et ses employ&eacute;s (sic) &agrave; assister au tam-tam qu'il donne ce soir. &raquo; </p>  <p> Apr&egrave;s d&icirc;ner, nous nous rend&icirc;mes &agrave; l'invitation de ce n&eacute;gociant. D&eacute;j&agrave; la f&ecirc;te &eacute;tait commenc&eacute;e et le bruit des tams-tams, le chant des femmes appelaient les retardataires. </p>  <p> M. Boucher nous fit asseoir autour d'une table charg&eacute;e de rafra&icirc;chissements. Dans un vaste cercle form&eacute; par la population, toujours avide de ces spectacles, un grand feu de paille que l'on alimentait sans cesse &eacute;clairait la sc&egrave;ne. </p>  <p> A notre arriv&eacute;e, la danse cessa un instant. &Eacute;tait-ce l'&eacute;motion que causait &agrave; ces vierges noires la venue des visages p&acirc;les? Non. C'&eacute;tait par respect pour le commandant qui, dans ces pays, jouit d'un pouvoir absolu. </p>  <p> Deux musiciens, si toutefois des tambours sont des musiciens, sont accroupis pr&egrave;s du foyer.<br> Quatre jeunes filles du plus beau noir, si l&eacute;g&egrave;rement v&ecirc;tues que mieux vaut dire qu'elles ne le sont pas, nous donnent l'impression de superbes statues de bronze.<br> Si court qu'il soit, le pittoresque costume des danseuses Landoumans m&eacute;rite une description.<br> Un madras, n&eacute;gligemment nou&eacute; sur la t&ecirc;te, enveloppe les cheveux. Un petit masque, tress&eacute; en perles de couleur, cache le front et les yeux. Des colliers de perles diverses, de coraux, de boules d'ambre, o&ugrave; pendent des grigris, entourent le cou. Quatre &agrave; cinq colliers de perles blanches en fa&iuml;ence entourent la chute des reins et retiennent un petit tablier en perles de couleur, garni de petits grelots.<br> Quelques tresses de coton noir, portant &agrave; leur extr&eacute;mit&eacute; une sonnette en cuivre, sont attach&eacute;es &agrave; la ceinture et pendent jusqu'aux genoux.<br> Des bracelets en argent, en fer ou en perles, selon la fortune de la danseuse, ornent les bras et les chevilles et compl&egrave;tent ce costume aussi original que succinct.    <br> Les tambourins, les chants, les battements de main retentissent de nouveau. Une des quatre danseuses se d&eacute;tache du groupe et, abaissant son masque sur les yeux, elle pose un genou en terre et salue les musiciens. Se relevant par un mouvement brusque, la danseuse rejette ses bras en arri&egrave;re, agite f&eacute;brilement ses mains, glisse lentement en parcourant le diam&egrave;tre du cercle. Ses pieds ne quittent pas le sol, un tremblement g&eacute;n&eacute;ral agite son corps; ses mains se crispent, quand la batterie des tambourins redouble d'intensit&eacute; ; son torse se d&eacute;hanche, fr&eacute;mit, ses bras se nouent sur sa t&ecirc;te...<br> La jeune vierge a dans&eacute;. Le corps ruisselant de sueur, elle regagne sa place et, aussi ais&eacute;ment que si elle buvait de l'eau, elle avale un grand verre de geni&egrave;vre.<br> La danse continue. Une autre jeune fille, aux traits presque europ&eacute;ens, aux formes sculpturales, entre en sc&egrave;ne. C'est toujours le m&ecirc;me pas. Suivant le conseil de mon voisin, je pose ma coiffure sur la t&ecirc;te de cette danseuse. Alors son pas devient vertigineux. Il parait que c'est un grand honneur, pour une danseuse, d'&ecirc;tre ainsi coiff&eacute;e par un homme. La danse termin&eacute;e, cette jeune personne vient &agrave; moi, pose un genou &agrave; terre et me rend mon chapeau. Admirant cette beaut&eacute; brune comme la nuit, je la prends la main pour la relever...<br> Pouah ! elle sent le rance !<br> La f&ecirc;te ne devant se terminer qu'&agrave; une heure tr&egrave;s avanc&eacute;e, nous prenons cong&eacute; de ces vierges Landoumans, dont la danse, pour me servir de l'appr&eacute;ciation de <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/gouverneurs/bayol/index.html">Bayol</a>, est pudiquement lascive. </p>  <p> Tu vois, cher ami, que j'ai fait un agr&eacute;able s&eacute;jour &agrave; Bok&eacute;. J'en aurais encore long &agrave; te conter, mais le temps me manque et puis, dans la suite, j'aurai d'autres sujets d'&eacute;tude peut-&ecirc;tre plus int&eacute;ressants... </p>  <p> <HR SIZE="3"> <CENTER> <FONT SIZE=-1> [ <a href="../../../index.html">Home</A> | <A HREF="../../../intro.html">Hunorde</A> | <a href="../../index.html">Taariika</A> | <A HREF="../../../Diiwe/diiwe.html">Diiwe</A> | <A HREF="../../../Pular/index.html">Pular</A> | <A HREF="../../../Bibliography/index.html"> Defte</A> | <A HREF="../../../Memoriam/yaafagol.html"> Yaafagol</A>  | <A HREF="../../../search.html">Recherche</A> | <A HREF="../../../feedback.html">Feedback</A> ]  </FONT> </center> <HR SIZE="3"> <CENTER> <FONT SIZE=-1> Contact: <A HREF="mailto:info@fuuta-jalon.net">info@fuuta-jalon.net</A><br> <FONT COLOR="#D00B1D" SIZE=-2>Copyright &copy; 1997-2002 </FONT> <FONT SIZE=-2><A HREF="../../../about_A-A.html">AfriQ*Access, Inc.</A> </FONT> <FONT COLOR="#D00B1D" SIZE=-2>All rights reserved. </FONT></center> </BODY> </HTML> 
