<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0//EN" "http://www.w3.org/TR/REC-html40/strict.dtd"> <HTML> <HEAD> 	<META NAME="generator" CONTENT="BBEdit 6.5.2"> 	<meta name="webpublisher" content="tsbah@fuuta-jalon.net"> 	<meta name="author" content="Ernest Noirot"> 	<meta name="editeur" content="Calman-Levy. Paris"> 	<meta name="description" content="Recit de la mission envoyee en 1881 par le gouvernement francais pour signer un traite de protectorat de la France sur le Fouta-Diallon. Mission dirigee par Bayol, seconde par Noirot"> <meta name="keywords" content="Fouta-Diallon, France, Paris, ambassade, traite, protectorat, Almamy, Islam, religion, Soriya, Alfaya, Timbo, Boke, Labe, Fougoumba, Bouria, miside, foulasso, rounde, Rio Nunez, Cap Vert, Tinguilinta, Bambaya, Timbi, Pita, Thierno Madiou, Almamy Ibrahima Sory Dara, Donhol-Fella, Sokotoro, enseignement, Koran, Pular, Modi Diogo, Bokar-Biro, Mamadou Pate, Modi Abdoulaye, coutumes, moeurs, mariage, funerailles, bapteme, maladie, sante, economie, culture, elevage, tapades, lougan, histoire, Karamoko Alfa, Mohamadou-Saidou, conseiller, senat, Etat, theocratie, fete, ramadam, jene, hydrographie, ethnographie, rivieres, fleuves, justice, tribunal, execution, punitions, diplomatie, griot, coordonnier, tisserand, potiere, cuisine, coiffure, fonte, forgeron, montagnes, Tamgue, fello, pelle, tyangol"> </HEAD>  <TITLE>webFuuta/Taariika/E. Noirot/A travers le Fouta-Diallon et le Bambouc/Mauvais pr&eacute;sages</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FF9966"> <CENTER><B>webFuuta<br>Taariika</B>  </CENTER>    <hr size=3>   <center><b>Ernest Noirot<br>  A travers le Fouta-Diallon et le Bambouc (Soudan occidental)</b><br><FONT SIZE="-1">Paris. Librairie Marpon et Flammarion. 1882. 248 p.</FONT> </center>  <hr size=3>   <P><CENTER> <TABLE border="0" cellpadding="0" cellspacing="2" width="200"> <TR> 	<TD width="80" align="center"><A href="03_boke.html"> 	<IMG SRC="previous.gif" HEIGHT="30" WIDTH="30" BORDER="0" ALT="Previous"></A></TD> 	 <TD width="80" align="center"><A href="tdm.html"> 	<IMG src="home.gif" height="30" width="30" border="0" alt=Home></A></TD>  	<TD width="80" align="center"><A href="05_tinguilinta.html"> <IMG src="next.gif" height="30" width="30" border="0" alt=Next></A></TD> </TR> </TABLE> </CENTER></P>  <hr size=3> <p> <center><b>IV<br>Mauvais pr&eacute;sages</b></center></p>  <p> Le mardi 17 mai, &agrave; six heures du matin, au grand complet, la mission est r&eacute;unie dans la vaste cour del&agrave; factorerie Verminck.<br> Les mulets sont charg&eacute;s, les chevaux sell&eacute;s. Chacun essaie de reconna&icirc;tre sa charge.<br> &#151; Cette charge est &agrave; moi.<br> &#151; Non !<br> &#151; Si !<br> &#151; Non ! etc.<br> C'est un tohu-bohu indescriptible.<br> A l'instant du d&eacute;part, un essaim d'abeilles, qui s'abat dans la cour, met le comble au d&eacute;sordre. La plupart de ces noirs, douillets comme des jeunes filles, se sauvent de tous c&ocirc;t&eacute;s. Plusieurs, qui sont piqu&eacute;s, rentrent chez eux ; impossible de les rallier et quatorze charges restent sans porteurs.<br> A sept heures, sachant que les noirs ne sont jamais press&eacute;s de partir et ne voulant pas compromettre le d&eacute;part, le <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/gouverneurs/bayol/index.html">docteur Bayol</a> monte &agrave; cheval et ouvre la marche.<br> Quand nous passons devant le poste, qui salue de deux coups de canon le pavillon de la mission, le commandant, le m&eacute;decin et toute la garnison nous serrent une derni&egrave;re fois la main.<br> Suivant la direction de l'Est, nous ne tardons pas &agrave; entrer dans la for&ecirc;t, que nous ne quitterons plus qu'&agrave; de rares intervalles. Notre caravane n'a rien d'une colonne; marchant en d&eacute;sordre, nous tenons une longueur de trois kilom&egrave;tres.<br> Il est vrai que le sentier est &eacute;troit et rocheux, embarrass&eacute; de racines, d'arbres renvers&eacute;s, ce qui rend la marche difficile. A chaque instant il faut, &agrave; l'aide de la hache et du sabre d'abatis, &eacute;largir le chemin afin de permettre aux mulets de passer.<br> Les Ouolofs, qui n'ont pas l'habitude de porter sur la t&ecirc;te et qui habitent un pays o&ugrave; il n'y a que du sable, trouvent les roches ferrugineuses peu de leur go&ucirc;t ; ils murmurent et s'arr&ecirc;tent &agrave; chaque instant. Les autres porteurs, Kraomans, Landoumans et Peuhls, marchent sans se plaindre. S'ils n'ont pas plus que le poids r&eacute;glementaire sur la t&ecirc;te, la nature du sol leur importe peu, ils ont l'habitude des roches; aussi se moquent-ils des Ouolofs qui font piteuse mine.<br> La fa&ccedil;on de marcher de ces gens qui font m&eacute;tier de porteurs, est assez curieuse. Ayant assujetti leur charge dans une grosse corbeille, &eacute;troite et longue, faite avec les lianes de la brousse, tenant &agrave; la main un b&acirc;ton en bambou de leur taille, la charge bien assise sur leur t&ecirc;te, les porteurs courent pendant un quart d'heure environ et, avisant un arbre au tronc peu &eacute;lev&eacute; et fourchu, ils y posent leur ballot en &eacute;quilibre et le soutiennent avec leur b&acirc;ton. De cette fa&ccedil;on, lorsqu'ils se  remettent en route, ils n'ont besoin d'aucun secours pour se recharger. Tout le long du sentier, &agrave; droite ou a gauche, on rencontre des arbres, &agrave; l'&eacute;corce us&eacute;e, qui servent de ch&egrave;vre-&agrave;-porteur.<br> A midi, par une chaleur de 37&deg; centigrades, apr&egrave;s avoir travers&eacute; d'&eacute;pais taillis, des plaines d&eacute;nud&eacute;es, sem&eacute;es de pierres ferrugineuses, franchi &agrave; gu&eacute; deux cours d'eau assez larges, je rejoins le docteur, qui, arriv&eacute; depuis une heure &agrave; la station, a fait installer le campement.<br> Contre notre attente, il n'y a pas la moindre trace de village &agrave; Bantam-Koutou. C'est une clairi&egrave;re qui tire son nom d'un &eacute;norme fromager (bombas Bint&eacute;nier), sur lequel le tonnerre est d&eacute;j&agrave; tomb&eacute; deux fois ; un petit torrent coule au pied du bint&eacute;nier. Bantan-Koutou signifie Bint&eacute;nier du tonnerre.<br> Le voyage s'annon&ccedil;a mal. M. Billet, en proie &agrave; un violent acc&egrave;s de fi&egrave;vre, est &eacute;tendu &agrave; l'ombre d'un gourbi dress&eacute; &agrave; la h&acirc;te. Il pr&eacute;voit qu'il ne pourra supporter les fatigues de la route et demande &agrave; rentrer en France. Comme M. Billet est charg&eacute; de la partie scientifique de la mission, ses services nous feront grand d&eacute;faut. Mais il n'y a pas &agrave; h&eacute;siter, sa forte constitution n'est pas faite pour ces chauds climats. Son d&eacute;part est d&eacute;cid&eacute; et demain, avant le jour, escort&eacute; de trois hommes, il retournera &agrave; Bok&eacute; <a href="#n1">1</a>.<br> Au passage d'un ruisseau, appel&eacute; Hor&eacute;-Maoba, l'embarras de la rive oppos&eacute;e nous contraint &agrave; d&eacute;charger les mulets. Celui qui porte mon bagage photographique ne peut franchir ce passage et tombe pour ne plus se relever.<br> Pourtant, si la route nous semble p&eacute;nible, pour les indig&egrave;nes ce n'est qu'un jeu. Un homme, parti de Bok&eacute; &agrave; dix heures, est arriv&eacute; ici &agrave; midi. II nous apporte quelques pains qui nous font grand plaisir, car notre cuisine n'est pas encore install&eacute;e.<br> Les Ouolofs, qui d&eacute;cid&eacute;ment sont de mauvais porteurs, arrivent tous en retard : ce n'est qu'&agrave; deux heures que les tra&icirc;nards rejoignent le campement.<br> Pour nous reposer des fatigues de cette premi&egrave;re marche, une violente tornade, qui dure deux heures, nous inonde.<br> Comme nous n'avons plus de moyens de transport, il est d&eacute;cid&eacute; que mon bagage de photographie retournera &agrave; Bok&eacute;. Les noirs de l'int&eacute;rieur n'auront pas leur portrait aussi ressemblant que nature !<br> Apr&egrave;s notre frugal d&icirc;ner, chacun s'installe de son mieux pour dormir. Une couverture &eacute;tendue sur la terre humide nous sert de matelas ; abrit&eacute;e de la pluie par un auvent de paille, notre chambre &agrave; coucher laisse bien &agrave; d&eacute;sirer ... mais en voyage ! Cependant, la fatigue est un excellent somnif&egrave;re et chacun de nous ne tarde pas &agrave; dormir.<br> A quatre heures du matin, je me r&eacute;veille, un peu courbatur&eacute;. Profitant du d&eacute;part de M. Billet, je le charge de quelques lettres. Le pauvre gar&ccedil;on nous quitte avant le jour ; en nous disant adieu, il pleure &agrave; chaudes larmes.<br> A six heures et demie, nous levons le camp.<br> Parcourant un chemin encore plus mauvais que la veille, montant, descendant, traversant, port&eacute; sur le dos d'un noir, deux ruisseaux assez profonds, au sortir d'une belle for&ecirc;t, &agrave; onze heures et demie, j'arrive sur un plateau d&eacute;nud&eacute;.<br> &#151; Pompo ! me dit master Rider, notre interpr&egrave;te. Encore une d&eacute;ception, pas de village. Ombrag&eacute;s par quelques arbres, trois gourbis servant de campement aux caravanes. Voil&agrave; Pompo! On tue un b&oelig;uf pour deux jours de rations. Messieurs les noirs n'ont pas besoin du concours d'un boucher pour tuer, d&eacute;pecer et diviser tr&egrave;s proprement une t&ecirc;te de b&eacute;tail, quelle qu'elle soit.<br> En ma qualit&eacute; d'officier de gamelle, je garde pour nous filet, cervelle, foie, rognons, plus un morceau de culotte pour le pot-au-feu. Jacques, notre cuisinier, nous fait un d&eacute;jeuner succulent. &Ccedil;a manque bien un peu d'assaisonnement, mais quand on a faim ! Du reste, loin de se plaindre, mes compagnons complimentent mossieu Jacques pour sa bonne cuisine, et le ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel pour son menu vari&eacute;.<br> Notre camp a une physionomie pittoresque. O&ugrave;, ce matin, il n'y avait que trois cases d&eacute;labr&eacute;es, on voit un vrai village, compos&eacute; de gourbis de toutes les formes.<br> Les noirs sont r&eacute;unis par groupes et les marmites fument. Malheureusement, une violente tornade qui &eacute;teint les feux vient jeter un peu de d&eacute;sarroi dans notre ville passag&egrave;re. Les feux de nuit allum&eacute;s, les sentinelles plac&eacute;es, nous soupons, puis nous nous endormons.<br> Il &eacute;tait &eacute;crit que les d&eacute;buts de notre voyage seraient h&eacute;riss&eacute;s de difficult&eacute;s. Le jeudi la mai, partant en t&ecirc;te de la caravane, je n'avais pas fait trois kilom&egrave;tres qu'un envoy&eacute; de <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/gouverneurs/bayol/index.html">Bayol</a> venait me pr&eacute;venir de retourner au campement. Croyant &agrave; une erreur de route, je reviens en toute h&acirc;te, entra&icirc;nant les hommes qui m'avaient suivi. Je trouve notre camp sens dessus dessous. Brusquement, le <a href="http://www.guinee.net/etat/executif/gouverneurs/bayol/index.html">docteur Bayol</a> m'annonce que la mission est termin&eacute;e, parce que les porteurs peuhls, pleins de mauvaise volont&eacute;, laissent &agrave; terre les charges les plus indispensables.<br> &#151; Du reste, ajoute-t-il, Moustier vient de le d&eacute;clarer, lui-m&ecirc;me, avec ces gens-l&agrave; nous n'atteindrons pas Bambaya et nous courons le risque de manquer de vivres en pleine brousse. J'ai donc d&eacute;cid&eacute; que les porteurs, la plus grande partie des bagages, Moustier et vous, alliez retourner &agrave; Bok&eacute;, Quant &agrave; moi, je continuerai le voyage avec le strict n&eacute;cessaire en hommes et en marchandises. </p>  <p> Malgr&eacute; toute la peine que me cause cet ordre f&acirc;cheux, je ne r&eacute;plique rien. En sa qualit&eacute; de chef de mission, le docteur avait une grande responsabilit&eacute; ; je devais donc me soumettre a sa d&eacute;cision. Le c&oelig;ur navr&eacute;, j'allai m'asseoir dans un coin de la case. J'&eacute;tais livr&eacute; &agrave; mes regrets, quand le docteur me dit :<br> &#151; Vous comprendrez, mon cher Noirot, le sentiment qui me fait prendre cette d&eacute;cision &agrave; votre &eacute;gard. Moustier n'a pas confiance dans les porteurs qu'il a recrut&eacute;s, mais il n'a pas trouv&eacute; mieux. Pour lui, nous courons &agrave; notre perte. Nous ne pouvons gu&egrave;re compter que sur nos Ouolofs qui, s'ils sont braves, sont de d&eacute;testables porteurs. Eh bien ! au nom de l'amiti&eacute; que je vous porte, au nom de votre famille, de vos amis, je ne veux pas assumer la responsabilit&eacute; de votre existence. Si je devais rentrer en France sans vous, les personnes qui vous aiment me bl&acirc;meraient de vous avoir entra&icirc;n&eacute;.<br> &#151; Docteur, lui dis-je, c'est apr&egrave;s de m&ucirc;res r&eacute;flexions que j'ai entrepris ce voyage. Le jour o&ugrave;, sur votre proposition, M. le ministre de la marine a d&eacute;cid&eacute; que j'&eacute;tais attach&eacute; &agrave; votre mission, j'ai fait le sacrifice de ma vie, sachant tr&egrave;s bien quelles &eacute;taient les difficult&eacute;s d'un pareil voyage. Pour moi, le retour est une honte et, je vous le dis franchement, je pr&eacute;f&egrave;re laisser ma vie dans les brousses que de rentrer si t&ocirc;t.<br> &#151; Parfait ! je vous ai pr&eacute;venu ; si vous consentez &agrave; m'accompagner, venez. Mais, je me d&eacute;gage de toute responsabilit&eacute; envers vous et les v&ocirc;tres.<br> Il est donc d&eacute;cid&eacute; que je continuerai a suivre la mission. R&eacute;duisant notre personnel &agrave; trente-trois Ouolofs, dix Landoumans, dix Kraomans, cinq Foulahs, Hamadou-Ba, John Rider, Alfa Oumarou, Boubakar, l'envoy&eacute; de Youra, Soul&eacute;man et ses deux fr&egrave;res comme guides, plus  trois femmes, nous ne gardons que les marchandises strictement n&eacute;cessaires et deux caisses de provisions de bouche.   <br>        M. Moustier retournera &agrave; Bok&eacute;, avec quarante porteurs, nos vivres conserv&eacute;s et des ballots trop embarrassants, qui pourraient nous &ecirc;tre envoy&eacute;s plus tard.<br> La journ&eacute;e s'ach&egrave;ve tristement. Mais, le soir, profitant de la cl&eacute;mence du ciel, qui ne nous envoie pas de tornade, nos Ouolofs, en v&eacute;ritables sans-soucis, font bruyamment tam-tam. </p>   <p> <font size="-1"><b>Note</b><br> <a name="n1">1</a>. De retour en France, M. Billet fut attach&eacute;, en qualit&eacute; d'astronome, &agrave; la mission du docteur Crevaux, charg&eacute;e d'explorer le rio de La Plata. La mission, on le sait, fut compl&egrave;tement massacr&eacute;e par les Indiens Tobas.</font> </p>  <p> <HR SIZE="3"> <CENTER> <FONT SIZE=-1> [ <a href="../../../index.html">Home</A> | <A HREF="../../../intro.html">Hunorde</A> | <a href="../../index.html">Taariika</A> | <A HREF="../../../Diiwe/diiwe.html">Diiwe</A> | <A HREF="../../../Pular/index.html">Pular</A> | <A HREF="../../../Bibliography/index.html"> Defte</A> | <A HREF="../../../Memoriam/yaafagol.html"> Yaafagol</A>  | <A HREF="../../../search.html">Recherche</A> | <A HREF="../../../feedback.html">Feedback</A> ]  </FONT> </center> <HR SIZE="3"> <CENTER> <FONT SIZE=-1> Contact: <A HREF="mailto:info@fuuta-jalon.net">info@fuuta-jalon.net</A><br> <FONT COLOR="#D00B1D" SIZE=-2>Copyright &copy; 1997-2002 </FONT> <FONT SIZE=-2><A HREF="../../../about_A-A.html">AfriQ*Access, Inc.</A> </FONT> <FONT COLOR="#D00B1D" SIZE=-2>All rights reserved. </FONT></center> </BODY> </HTML> 
