<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <HTML> <HEAD>   <META name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 5.0">   <META name="Author" content="accademiacorsa.org">   <!-- Generated by the Home Page Wizard -- CompuServe Inc. --  Last Updated   : Jul 17, 1997  12:19 ->  <html>  <!-- The following HTML tags are the header   and title tags.  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Nous en parlerons   &eacute;videmment aux termes d&#146;une derni&egrave;re partie. Auparavant,   une place sera consacr&eacute;e &agrave; la jeunesse de Louis-Napol&eacute;on   au cours de laquelle naquit et s&#146;&eacute;tendit une ambition naissante   dans l&#146;ombre de son oncle Napol&eacute;on 1er. Nous essaierons ensuite   de faire revivre le brillant regain du Bonapartisme que Louis-Napol&eacute;on   ne cessa jamais d&#146;appeler de ses v&#156;ux et d&#146;encourager. Dans   l&#146;&eacute;pilogue enfin nous &eacute;voquerons la chute du Second Empire   et ses cons&eacute;quence pour la Corse et le bonapartisme.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   En guise d&#146;avant-propos, il para&icirc;t n&eacute;cessaire de rappeler   tr&egrave;s bri&egrave;vement ce que fut l&#146;existence de ce souverain   au destin le plus fertile en rebondissements de l&#146;Histoire, puis de   brosser un rapide tableau de son caract&egrave;re dominant.   <P ALIGN=Justify>   Neveu de Napol&eacute;on 1er, petit-fils de l&#146;Imp&eacute;ratrice   Jos&eacute;phine, fils du Roi et de la Reine de Hollande, Altesse Imp&eacute;riale   sous le Premier Empire, coll&eacute;gien bavarois et Prince Louis-Napol&eacute;on   Bonaparte en exil, patriote italien faisant le coup de feu avec les &#147;   carbonari &#148; contre les troupes papales, inventeur d&#146;une machine   lance-pierre, capitaine de cavalerie de la garde nationale de Bologne, rebelle   anti-autrichien, capitaine artilleur suisse, commandant le corps des pompiers   de Sallenstein, pr&eacute;tendant au tr&ocirc;ne, aventurier pris deux fois   en France les armes &agrave; la main, ouvrier ma&ccedil;on pour   s&#146;&eacute;vader, h&eacute;ros d&#146;un drame romantique, comte   d&#146;Arenenberg circulant sous de nombreux noms d&#146;emprunt, constable   anglais, d&eacute;put&eacute; fran&ccedil;ais &eacute;lu &agrave; la fois   par plusieurs d&eacute;partements, &#147; citoyen Bonaparte &#148; puis &#147;   prince Louis &#148;, pr&eacute;sident de la deuxi&egrave;me R&eacute;publique,   Empereur des Fran&ccedil;ais, g&eacute;n&eacute;ral en chef vaincu, prisonnier   de guerre en Allemagne et souverain exil&eacute; en Angleterre !   <P ALIGN=Justify>   Au physique, Louis-Napol&eacute;on se pr&eacute;sentait comme un homme un   peu trop &#147; envelopp&eacute; &#148;. Dot&eacute; de petites jambes, il   prenait, &agrave; cheval, une ind&eacute;niable allure, mais d&egrave;s   qu&#146;il descendait de sa monture, l&#146;illusion disparaissait. Son visage,   orn&eacute; de moustaches effil&eacute;es, le menton prolong&eacute; par   une barbiche en pointe, lui donnait une physionomie tellement originale que   tous les hommes de Second Empire s&#146;empress&egrave;rent de l&#146;imiter.   <P ALIGN=Justify>   Ayant v&eacute;cu &agrave; l&#146;&eacute;tranger, cherchant souvent ses   mots, il parlait &#147; allemand comme un suisse, anglais comme un fran&ccedil;ais   et fran&ccedil;ais comme un allemand &#148;. Peu expansif, il apparaissait   comme un personnage &eacute;nigmatique - un &ecirc;tre somnambulesque, disait-on   - un regard qui endort, &eacute;trange et immobile.   <P ALIGN=Justify>   Notons le trait d&#146;esprit que la princesse Mathilde (qui manqua de   l&#146;&eacute;pouser) fit &agrave; sa cousine ; &#147; Moi, si je l&#146;avais   &eacute;pous&eacute;, il me semble que je lui aurais cass&eacute; la t&ecirc;te   pour savoir ce qu&#146;il y avait dedans ! &#148;.   <P ALIGN=Justify>   Courageux et ambitieux, il &eacute;tait tr&egrave;s intelligent en d&eacute;pit   de ce regard gris, inexpressif, qu&#146;il posait avec froideur sur les   &ecirc;tres et les choses. Toutefois, derri&egrave;re cette apparente   indiff&eacute;rence, il &eacute;coutait, observait et ne cessait   d&#146;&ecirc;tre attentif.   <P ALIGN=Justify>   Charmeur, il connaissait l&#146;art d&#146;attirer les sympathies et m&ecirc;me   les amiti&eacute;s car sa bont&eacute; &eacute;tait exquise et d&eacute;licate.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Center>   L&#146;AMBITION NAISSANTE DANS L&#146;OMBRE   <P ALIGN=Center>   DE NAPOLEON 1ER   <P ALIGN=Justify>   Notons que, malgr&eacute; son jeune &acirc;ge et comme l&#146;a souvent   soulign&eacute; son pr&eacute;cepteur Philippe Le Bas, Louis-Napol&eacute;on   avait d&eacute;j&agrave; &#147; l&#146;art de plaire et une rare facult&eacute;   d&#146;adaptation &#148;. Plus tard, en 1821, ayant appris douloureusement   la mort de son oncle &agrave; Sainte-H&eacute;l&egrave;ne, il adressa &agrave;   sa m&egrave;re une lettre tr&egrave;s &eacute;mouvante dans laquelle il   d&eacute;clarait notamment &#147; ...il me semble sentir en moi une ombre   qui me dit de me rendre digne du nom de Napol&eacute;on &#148;. Il avait   alors treize ans et &eacute;tait d&eacute;j&agrave; enclin &agrave; rapprocher   ses id&eacute;es des th&egrave;ses de l&#146;Empereur. Aussi, quand parut   le M&eacute;morial de Sainte-H&eacute;l&egrave;ne suivi du r&eacute;cit de   O&#146;Meara, commen&ccedil;a-t-il &agrave; r&ecirc;ver et entretenir une   foi br&ucirc;lante, un id&eacute;al qu&#146;il traduisit, en 1832, dans une   brochure de quelques pages modestement intitul&eacute;es &#147; R&ecirc;veries   politiques &#148; dans lesquelles &eacute;taient en germe tout un avenir,   une m&eacute;thode, un programme et des principes fondamentaux de gouvernement.   Chateaubriand, que l&#146;on consid&eacute;rait pourtant comme le   porte-&eacute;tendard des l&eacute;gitimistes, en prit connaissance avec   grand int&eacute;r&ecirc;t et &eacute;crivit &agrave; Louis-Napol&eacute;on   une lettre enthousiaste dans laquelle il d&eacute;clarait notamment : &#147;   Vous savez, Prince, que mon jeune roi (Le Duc de Bordeaux - Henri V- en exil   &agrave; Edimbourg avec Charles X) est un Ecosse, que tant qu&#146;il vivra   il ne peut y avoir pour moi d&#146;autre roi de France que lui ; mais si   Dieu, dans ses imp&eacute;n&eacute;trables conseils, avait rejet&eacute;   la race de Saint-Louis, si les m&#156;urs de notre patrie ne lui rendaient   pas l&#146;Etat r&eacute;publicain possible, il n&#146;y a pas de nom qui   aille mieux &agrave; la France que le v&ocirc;tre... &#148;   <P ALIGN=Justify>   Chateaubriand avait touch&eacute; juste. Ces lignes &eacute;taient pour le   jeune exil&eacute; mieux qu&#146;un encouragement : une sorte de passeport   pour un avenir passionn&eacute;ment convoit&eacute;, mais fort improbable.   Il avait d&#146;autant plus de force qu&#146;il &eacute;tait venu sous la   plume d&#146;un &eacute;crivain admir&eacute; par l&#146;Europe enti&egrave;re.   <P ALIGN=Justify>   Pour Louis-Napol&eacute;on, cette rencontre avait donc valeur de symbole   et traduisait assez bien l&#146;opinion que le futur empereur voulait donner   de lui-m&ecirc;me et de son habilet&eacute; &agrave; s&eacute;duire.   <P ALIGN=Justify>   Ernest Renan dira de lui : &#147; Nature profonde, r&ecirc;veuse,   embarrass&eacute;e, mais forte et obstin&eacute;e, incapable d&#146;&ecirc;tre   distraite de son id&eacute;e fixe, il avait la volont&eacute; inflexible   du croyant, la gaucherie de l&#146;obstin&eacute; renferm&eacute; &agrave;   la mani&egrave;re d&#146;un somnambule dans un monde fantastique, hant&eacute;   d&egrave;s lors de cette esp&egrave;ce d&#146;hallucination du spectre   napol&eacute;onien. &#148;   <P ALIGN=Justify>   Les s&eacute;natus-consultes du 28 flor&eacute;al de l&#146;An XII et 5 frimaire   de l&#146;An XIII pr&eacute;voyaient qu&#146;&agrave; d&eacute;faut de   descendance m&acirc;le dans la famille de Napol&eacute;on 1er la dignit&eacute;   imp&eacute;riale passerait dans la famille de Joseph Bonaparte, &agrave;   d&eacute;faut dans celle de Louis Bonaparte.   <P ALIGN=Justify>   Napol&eacute;on II (Roi de Rome, puis Duc de Reichstadt) &eacute;tant mort   de phtisie en 1832 et Joseph Bonaparte n&#146;ayant pas eu de fils, ce fut   dont &agrave; bon droit que Louis-Napol&eacute;on se posa en pr&eacute;tendant   au tr&ocirc;ne imp&eacute;rial d&#146;autant que ses deux fr&egrave;res   a&icirc;n&eacute;s, Napol&eacute;on-Charles et Napol&eacute;on-Louis,   &eacute;taient morts pr&eacute;matur&eacute;ment.   <P ALIGN=Justify>   N&eacute; &agrave; Paris le 20 avril 1808, Louis-Napol&eacute;on, comme tous   les Napol&eacute;onides, dut s&#146;exiler pendant la Restauration avec sa   m&egrave;re laquelle, s&eacute;par&eacute;e de fait du roi Louis, misanthrope,   misogyne et cruellement jaloux, choisit pour r&eacute;sidence le canton de   Thuringe en Suisse, o&ugrave; le jeune gar&ccedil;on re&ccedil;ut une   &eacute;ducation s&eacute;rieuse notamment au ch&acirc;teau d&#146;Arenenberg.   <P ALIGN=Justify>   Ce jeune homme n&#146;ayant pour tout bagage que son c&eacute;l&egrave;bre   patronyme et l&#146;hypoth&eacute;tique h&eacute;ritage de son oncle, ne   doutait pas de sa r&eacute;ussite le jour o&ugrave; l&#146;occasion lui serait   donn&eacute;e de remettre en valeur le nom des Bonaparte alors presque   oubli&eacute;s.   <P ALIGN=Justify>   Pour r&eacute;aliser ce r&ecirc;ve, Louis-Napol&eacute;on n&#146;avait pas   de meilleure alli&eacute;e que sa m&egrave;re, laquelle approuvait et   encourageait toute initiative susceptible d&#146;attiser la flamme des Bonaparte   dans l&#146;esprit de son jeune fils. Hortense, comme tous les Beauharnais,   avait pourtant la fibre l&eacute;gitimiste, mais elle avait assez collabor&eacute;   &agrave; l&#146;&eacute;pop&eacute;e imp&eacute;riale pour se sentir, par   destination, intimement li&eacute;e au bonapartisme. De surcro&icirc;t, cette   nostalgie de l&#146;Empire semblait conna&icirc;tre un certain regain dans   l&#146;esprit des fran&ccedil;ais et se constituer progressivement gr&acirc;ce   &agrave; l&#146;ind&eacute;niable d&eacute;clin de la Restauration. Aussi,   lorsque le Duc de Reichstadt mourut en 1832, elle consid&eacute;ra de facto   que son fils &eacute;tait d&eacute;sormais port&eacute; au premier rang de   sa famille et que d&#146;immenses perspectives pouvaient ainsi s&#146;ouvrir.   <P ALIGN=Justify>   Soulignons que, l&#146;ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente et en d&eacute;pit   de la loi d&#146;exil toujours en vigueur frappant les Napol&eacute;onides,   Hortense fut exceptionnellement autoris&eacute;e &agrave; s&eacute;journer   &agrave; Paris avec son fils. A cette occasion, le 5 mai 1831, jour du   dixi&egrave;me anniversaire de la mort de l&#146;Empereur, Louis-Napol&eacute;on   &eacute;prouva l&#146;une des plus grandes &eacute;motions de son existence   : des fen&ecirc;tres de sa chambre, il vit une grande foule s&#146;assembler   spontan&eacute;ment sur la Place Vend&ocirc;me et se recueillir intens&eacute;ment   au pied de la colonne dite de la Grande Arm&eacute;e dont le bronze provient   de la fonte de 1.200 canons pris &agrave; l&#146;ennemi.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Center>   LE REGAIN DU BONAPARTISME   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Right>   &#147; Quand on a l&#146;honneur d&#146;&ecirc;tre &agrave; la t&ecirc;te   du peuple fran&ccedil;ais,   <P ALIGN=Right>   il y a un moyen infaillible de faire le bien, c&#146;est de le vouloir. &#148;   <P ALIGN=Right>   Napol&eacute;on III   <P ALIGN=Justify>   Comme l&#146;ont souvent remarqu&eacute; les historiens dans leurs analyses   politiques, ce dont la Corse a besoin ce n&#146;est pas tellement que l&#146;on   croie en elle, c&#146;est d&#146;abord qu&#146;elle croie en elle m&ecirc;me.   Pr&eacute;cis&eacute;ment, la voici &agrave; l&#146;heure de la grande mutation   psychologique qui voit s&#146;&eacute;difier la l&eacute;gende   napol&eacute;onienne : la Corse, qui a longtemps m&eacute;connu son grand   homme, le d&eacute;couvre une fois qu&#146;il est terrass&eacute;. Ce nouveau   sentiment s&#146;&eacute;veille lentement vers 1830 pour prendre toute son   ampleur en 1840 lors du triomphal retour des Cendres de Napol&eacute;on 1er.   Contrairement &agrave; ce que croyait la classe politique dominante de   l&#146;&eacute;poque, le peuple de Paris gardait la nostalgie du grand empereur   et le montra bien lorsque, par centaines de milliers, ce jour glacial du   15 d&eacute;cembre, il se massa pour assister &agrave;   l&#146;&eacute;v&eacute;nement et manifester ainsi, dans le recueillement   et la dignit&eacute;, son attachement &agrave; la l&eacute;gende   napol&eacute;onienne. Dans les dix jours qui suivirent, neuf cent mille personnes   d&eacute;fil&egrave;rent devant le catafalque, celles l&agrave; m&ecirc;me   qui, en 1836, avaient accus&eacute; Louis-Philippe d&#146;avoir sabot&eacute;   l&#146;inauguration de l&#146;Arc de Triomphe de l&#146;Etoile   c&eacute;l&eacute;br&eacute;e &#147; &agrave; la sauvette &#148;, par M.   Thiers, le vingt neuf juillet............&agrave; sept heures du matin !   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Pendant ce temps, la Corse, qui douta longtemps d&#146;elle-m&ecirc;me, prend   maintenant conscience de son destin. Elle fait sienne l&#146;&eacute;pop&eacute;e   napol&eacute;onienne et, puisqu&#146;elle est capable d&#146;enfanter des   h&eacute;ros, elle se sait en mesure de compter dans le monde. Sans renoncer   &agrave; ses divisions internes, &agrave; retardement, mais avec passion,   elle est bonapartiste avant tout.   <P ALIGN=Justify>   Ce sentiment sera d&#146;abord raviv&eacute; lorsque, en ao&ucirc;t 1830,   accoste au port d&#146;Ajaccio le brick Santa-Maria arborant au fa&icirc;te   de son grand m&acirc;t un drapeau tricolore. La Corse apprend alors les   &eacute;v&egrave;nements parisiens de juillet (les trois Glorieuses) et la   chute des Bourbons. Ces Bourbons qui, en 1815, avaient &eacute;t&eacute;   ramen&eacute;s sur le tr&ocirc;ne avec notamment le pr&eacute;cieux concours   de Pozzo di Borgo et qui viennent donc de retomber un peu par la faute dudit   Pozzo, du moins si l&#146;on en croit les affirmations quelque peu   exag&eacute;r&eacute;es de Chateaubriand.   <P ALIGN=Justify>   Cette fameuse ann&eacute;e de 1830, ann&eacute;e charni&egrave;re, fut   d&eacute;terminante pour le bonapartisme car toute la France, sous la Monarchie   de juillet red&eacute;couvre l&#146;Empereur transfigur&eacute; par l&#146;exil   et la l&eacute;gende, &#147; un Bonaparte tout neuf, non seulement g&eacute;nial   et victorieux, mais lib&eacute;ral et europ&eacute;en, d&eacute;fenseur des   hommes et des peuples, un Bonaparte pour les statuaires et les imagiers &#148;   (R. Sedillot)   <P ALIGN=Justify>   Il faut souligner que les r&eacute;cents &eacute;v&egrave;nements qui   &eacute;cart&egrave;rent les Bourbons ont fait resurgir chez les patriotes   le souvenir des jours de grandeur et de gloire, sentiment qui s&#146;empare   de toutes les couches de la soci&eacute;t&eacute;. Partout, dans les   th&eacute;&acirc;tres, dans les livres, dans la rue, on c&eacute;l&egrave;bre   le culte imp&eacute;rial et le gouvernement lui-m&ecirc;me, devant tant de   ferveur quasi unanime, s&#146;y associe en repla&ccedil;ant l&#146;Empereur   sur la colonne Vend&ocirc;me, puis en d&eacute;cidant le retour des Cendres.   Les po&egrave;tes s&#146;en m&ecirc;lent: &#147; Sire, vous revenez dans   votre capitale. &#148;.   <P ALIGN=Justify>   D&egrave;s lors, comment la Corse ne communierait-elle pas dans cette   apoth&eacute;ose du premier de ses fils ?   <P ALIGN=Justify>   En 1834 d&eacute;j&agrave;, l&#146;avocat ajaccien Jean-Fran&ccedil;ois Costa,   originaire de Bastelica, appela les Corses &agrave; demander, par voie de   p&eacute;tition, l&#146;abrogation de la loi d&#146;exil des Bonaparte, ce   qui fut fait &agrave; l&#146;av&egrave;nement de la deuxi&egrave;me   R&eacute;publique en 1848 et inspira aux ajacciens &#147; L&#146;Ajaccienne   &#148; qui, sur une musique de Giacobini, devint l&#146;hymne des jours de   f&ecirc;te dans lequel ils n&#146;h&eacute;sitent pas &agrave; d&eacute;ifier   leur h&eacute;ros comme ils sanctifient sa famille.   <P ALIGN=Justify>   D&eacute;cid&eacute;ment, cette ann&eacute;e 1848 sera d&eacute;terminante   pour la cause napol&eacute;onienne et pour les Corses qui ne demandent   qu&#146;&agrave; reporter leur enthousiasme de l&#146;oncle sur le neveu,   sur Louis-Napol&eacute;on seul pr&eacute;tendant &agrave; la couronne   imp&eacute;riale. Sans vouloir entrer dans le d&eacute;tail de sa vie politique   ant&eacute;rieure qui, dans cette &eacute;tude, serait hors de propos, il   est n&eacute;anmoins indispensable de rappeler bri&egrave;vement que, d&egrave;s   1832, voulant tirer parti du d&eacute;c&egrave;s de l&#146;Aiglon,   Louis-Napol&eacute;on se consid&eacute;ra comme le v&eacute;ritable chef   du parti bonapartiste en 1839, cette ambition l&#146;am&egrave;nera &agrave;   ourdir &agrave; Strasbourg, contre la Monarchie de juillet, une premi&egrave;re   conspiration qui &eacute;chouera et l&#146;am&egrave;nera &agrave; s&#146;exiler   d&#146;abord aux Am&eacute;riques, puis en Angleterre. La seconde tentative   se fera &agrave; Boulogne, en 1840, &agrave; la faveur du retour des Cendres   de son oncle. Elle &eacute;chouera &agrave; nouveau et lui vaudra   d&#146;&ecirc;tre emprisonn&eacute; au fort de Ham, dans la Somme. Il y restera   six longues ann&eacute;es avant de s&#146;&eacute;vader en Angleterre   rev&ecirc;tu des habits d&#146;un ma&ccedil;on du nom de Badinguet, surnom   qui lui restera.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Mais revenons &agrave; cette fameuse ann&eacute;e 1848 qui voit   l&#146;av&egrave;nement de la deuxi&egrave;me R&eacute;publique, laquelle   organise son fonctionnement, d&#146;abord par des &eacute;lections   l&eacute;gislatives, puis par des &eacute;lections pr&eacute;sidentielles.   <P ALIGN=Justify>   Aux l&eacute;gislatives, comme le permettait curieusement la loi &eacute;lectorale   de l&#146;&eacute;poque, Louis-Napol&eacute;on r&eacute;ussit &agrave; se   faire &eacute;lire en Corse, mais aussi en Charente-inf&eacute;rieure, en   Moselle, dans la Seine et dans l&#146;Yonne ! Cette brillante r&eacute;ussite   il la devait essentiellement au prestige de son nom, mais aussi &agrave;   diverses man&#156;uvres politiques fort habiles qui l&#146;amen&egrave;rent   d&#146;abord &agrave; retourner en Angleterre pour revenir &agrave; Paris   &agrave; un moment des plus opportuns, c&#146;est-&agrave;-dire apr&egrave;s   que l&#146;intraitable G&eacute;n&eacute;ral Cavaignac, Ministre de la Guerre,   ait r&eacute;prim&eacute; dans le sang une importante insurrection   ouvri&egrave;re. Volontairement absent de France lors de ce grave et impopulaire   &eacute;v&eacute;nement, Louis-Napol&eacute;on gagnait ainsi la sympathie   des vaincus, c&#146;est-&agrave;-dire du peuple sur lequel il s&#146;appuya   pour progresser vers le pouvoir. Il arriva donc &agrave; Paris le 24 septembre   et s&#146;installa Place Vend&ocirc;me, &agrave; l&#146;H&ocirc;tel du Rhin.   <P ALIGN=Justify>   Apr&egrave;s trente ans d&#146;exil, il rentrait d&eacute;finitivement en   France. Il avait alors quarante ans, la loi de proscription de Louis-Philippe   &eacute;tait abolie, il &eacute;tait d&eacute;put&eacute; alors que, pour   la premi&egrave;re fois dans l&#146;Histoire de son pays, le Pr&eacute;sident   de la R&eacute;publique devait &ecirc;tre &eacute;lu au suffrage universel   &agrave; l&#146;issue d&#146;un scrutin fix&eacute; au 10 d&eacute;cembre.   <P ALIGN=Justify>   Louis-Napol&eacute;on entra en lice le 12 octobre &eacute;valuant encore   ses chances sur la c&eacute;l&eacute;brit&eacute; de son nom connu jusqu&#146;au   fond des campagnes, ce nom du martyr de Sainte-H&eacute;l&egrave;ne dont   le retour des Cendres, on l&#146;a vu, avait magnifi&eacute; le souvenir   devenu une l&eacute;gende prestigieuse. Avant m&ecirc;me que ne   commen&ccedil;&acirc;t la campagne des pr&eacute;sidentielles, le neveu pesait   lourd dans l&#146;opinion, ce que refusaient de croire les autres postulants.   A ce propos, comme il est de coutume en France, chaque faction ou parti politique   avait son candidat : les socialistes avaient Raspail, les r&eacute;publicains   soutenaient Ledru-Rollin, un groupuscule tenait pour Lamartine, tandis que   le centre pla&ccedil;ait ses espoirs sur Cavaignac. De son c&ocirc;t&eacute;,   Louis-Napol&eacute;on avait choisi de ne s&#146;inf&eacute;oder a aucune   faction puisque, comme il l&#146;avait depuis longtemps d&eacute;cid&eacute;,   il ne voulait pas que le bonapartisme f&ucirc;t autre chose qu&#146;une   id&eacute;e et non un parti structur&eacute;.   <P ALIGN=Justify>   Les &eacute;v&egrave;nements, une fois de plus, lui donn&egrave;rent amplement   raison car, contre toute attente et &agrave; la stup&eacute;faction de tous,   il fut &eacute;lu &agrave; une &eacute;crasante majorit&eacute; avec pr&egrave;s   de 5.600.000 voix, laissant Cavaignac, son principal concurrent, &agrave;   la deuxi&egrave;me place avec un peu plus de 1.460.000 suffrages. Les autres   arriv&egrave;rent loin derri&egrave;re : Ledru-Rollin avec 180.000 bulletins,   Raspail ses 37.000 et enfin Lamartine avec un score ridicule de moins de   20.000 voix ! Louis-Napol&eacute;on &eacute;tait donc &eacute;lu Pr&eacute;sident   de la R&eacute;publique avec 73 % des suffrages, dont 95 % en Corse. Une   fois encore, il avait vu juste en ne tablant son &eacute;ventuelle victoire   que sur son nom. Il faut toutefois souligner que la campagne fut magistralement   organis&eacute;e avec la collaboration d&#146;hommes de grand talent et que   Louis-Napol&eacute;on, de surcro&icirc;t, b&eacute;n&eacute;ficia d&#146;une   aide mat&eacute;rielle de deux millions que sa ma&icirc;tresse britannique,   Miss HOWARD, lui avait avanc&eacute;s d&#146;entr&eacute;e de jeu apr&egrave;s   avoir r&eacute;alis&eacute; toute sa fortune.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   L&#146;&eacute;lection d&#146;un nouveau Bonaparte, de par son caract&egrave;re   &eacute;clatant, fut per&ccedil;u en Corse comme un bienfait du ciel. Ajaccio   pavoise, crie d&eacute;j&agrave; &#147; Vive l&#146;Empereur &#148; et   c&eacute;l&egrave;bre un &#147; Te Deum &#148; sur la place du Diamant. A   Tallone, &agrave; Cervione, &agrave; Tomino, &agrave; Sermano, &#147; le   vin coule dans les caves comme l&#146;eau coule aux fontaines &#148;. A   Mo&iuml;ta, l&#146;orgie dure trois jours et trois nuits. A Piedigriggio,   on prom&egrave;ne dans le village le portrait du Prince-Pr&eacute;sident.   Cependant qu&#146;&agrave; Paris, Louis-Napol&eacute;on prend possession   de l&#146;Elys&eacute;e en attendant secr&egrave;tement les Tuileries.   <P ALIGN=Justify>   Le 2 d&eacute;cembre 1851, c&#146;est l&#146;apoth&eacute;ose : le coup   d&#146;Etat qui, du Pr&eacute;sident, fait un Empereur, appara&icirc;t aux   corses comme une juste r&eacute;paration. Au scrutin sur le r&eacute;tablissement   de l&#146;Empire, l&#146;&icirc;le r&eacute;pond par 56.549 oui contre 39   non et &agrave; Ajaccio 3.208 oui contre ............4 non ! ! !   <P ALIGN=Justify>   Toujours &agrave; Ajaccio, la ville se pare de monuments prestigieux &agrave;   la gloire du martyr de Sainte-H&eacute;l&egrave;ne. C&#146;est ainsi que,   sur la place des Palmiers (alors dite place du March&eacute;, l&agrave; o&ugrave;   fut jadis la porte g&eacute;noise), &agrave; la place d&#146;un jeune arbre   de la libert&eacute; plant&eacute; en 1848 par la R&eacute;publique, on   &eacute;rige une statue de marbre blanc figurant le Premier Consul drap&eacute;   dans une toge romaine. Sur la place du Diamant est inaugur&eacute; un grand   ensemble statuaire repr&eacute;sentant, entour&eacute; de ses quatre   fr&egrave;res, Napol&eacute;on 1er &agrave; cheval, encore en costume romain,   tenant dans sa main droite le globe du monde surmont&eacute; d&#146;une victoire,   le tout fondu dans le bronze de canons autrichiens pris durant la campagne   d&#146;Italie. Dans la rue du Borgo, devenue plus tard la rue Fesch, une   chapelle, construite en pierre de Saint-Florent, accueille dans sa crypte   les d&eacute;pouilles de L&eacute;tizia et du cardinal Fesch, ramen&eacute;es   d&#146;Italie. Bastia, qui ne veut pas &ecirc;tre en reste, &eacute;rige   aussi sur sa plus grande place une statue de Napol&eacute;on, drap&eacute;   &agrave; la romaine, en marbre blanc.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   En 1860, &agrave; l&#146;apog&eacute;e de sa gloire, Napol&eacute;on III   se rend dans l&#146;&icirc;le qui lui r&eacute;serve un accueil des plus   enthousiastes. C&#146;est lui qui inaugure alors la Chapelle Imp&eacute;riale,   lui qui d&eacute;clare :&#147; la Corse est pour moi une famille &#148;.   Puis, en 1865 et 1869, l&#146;Imp&eacute;ratrice Eug&eacute;nie parcourt   deux fois le d&eacute;partement sous des acclamations chaleureuses. A son   second voyage, revenant des c&eacute;r&eacute;monies qui ont marqu&eacute;   l&#146;ouverture du Canal de Suez, elle d&eacute;barque &agrave; Macinaggio   et la route qu&#146;elle emprunte pour se rendre &agrave; Rogliano gardera   le nom du &#147; Chemin de l&#146;Imp&eacute;ratrice &#148;. Accompagn&eacute;e   par le Prince Imp&eacute;rial, qui est &acirc;g&eacute; de treize ans, elle   se rend &agrave; Ajaccio, rue Malerba (devenue rue Bonaparte avant de devenir   rue Saint-Charles) dans la maison historique qui est pass&eacute;e de la   famille Ramolino &agrave; la branche de Joseph, puis &agrave; Napol&eacute;on   III. Les ajacciens sont ravis et louent la grandeur d&#146;&acirc;me de   l&#146;Imp&eacute;ratrice qui a tenu &agrave; faire co&iuml;ncider sa visite,   en ce jour du 15 ao&ucirc;t 1869, avec le centenaire de l&#146;Empereur.   Cette &eacute;mouvante attention lui fit imm&eacute;diatement gagner   l&#146;affection des corses qui lui vou&egrave;rent une profonde reconnaissance   jusqu'&agrave; sa mort survenue en 1920, &agrave; l&#146;&acirc;ge canonique   de quatre vingt quatorze ans.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Ainsi qu&#146;il aimait &agrave; le r&eacute;p&eacute;ter pour bien affirmer   sa d&eacute;pendance totale &agrave; la cause du bonapartisme, Napol&eacute;on   III voyait en la Corse une famille pour laquelle il ne pouvait   qu&#146;&eacute;prouver reconnaissance et sollicitude. Aussi, c&#146;est   avec une g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; sans limite que, dans ladite famille,   il recrutera une foule de ministres, g&eacute;n&eacute;raux et autres dignitaires   de haut rang. Par contre, on peut toutefois s&#146;&eacute;tonner que   l&#146;Empereur ait pr&eacute;f&eacute;r&eacute; nommer en Corse des   pr&eacute;fets continentaux : Thuillier en 1852, Montois en 1856, Segaud   en 1860, Gery en 1861 et Boyer en 1870. Cette attitude n&#146;est pourtant   pas paradoxale car l&#146;Empereur entendait que le gros travail qui attendait   en Corse le corps pr&eacute;fectoral f&ucirc;t confi&eacute; &agrave; de   hauts fonctionnaires r&eacute;put&eacute;s pour leur neutralit&eacute; et   leur ind&eacute;pendance par rapport aux repr&eacute;sentants des grandes   familles dans l&#146;&icirc;le. Bien que n&#146;ayant jamais v&eacute;cu   en Corse, Napol&eacute;on III savait que les corses en place, notamment dans   les conflits d&#146;int&eacute;r&ecirc;ts, subissaient de leurs administr&eacute;s   des pressions auxquelles il leur &eacute;tait trop souvent difficile de   r&eacute;sister. Il faut souligner que l&#146;Empereur avait encore vu juste   car les pr&eacute;fets continentaux accomplirent en toute libert&eacute;   la t&acirc;che difficile qui leur &eacute;tait assign&eacute;e.   <P ALIGN=Justify>   Quoi qu&#146;il en soit, d&egrave;s 1852, l&#146;Empereur prend pour Garde   des Sceaux Jacques-Pierre-Charles Abbatucci dont le fils a&icirc;n&eacute;   est &eacute;lu &agrave; la l&eacute;gislative, dont le fils cadet est   d&eacute;put&eacute; de Corse et dont la petite-fille devient la bru de   Thouvenel, Ministre des Affaires Etrang&egrave;res.   <P ALIGN=Justify>   Aussi, apr&egrave;s les Pozzo di Borgo et les Sebastiani, ce sont les Abbatucci   qui constituent le clan insulaire le plus influent. Les &eacute;trangers   le comprirent rapidement au d&eacute;but des ann&eacute;es 1860, L&eacute;onard   de Saint-Germain, qui vient r&eacute;sider &agrave; Zicavo dans la maison   natale des Abbatucci, &eacute;crit que cette dynastie &#147; jouit de longue   date de l&#146;estime publique, les Corses la consid&eacute;rant &agrave;   cause de sa probit&eacute; et de son d&eacute;vouement &#148;. En 1868,   c&#146;est au tour de Miss Campbell, c&eacute;l&egrave;bre journaliste   &eacute;cossaise, de venir s&#146;amuser avec le mouflon apprivois&eacute;   de Madame Abbatucci dont elle dit, dans un ouvrage : &#147; J&#146;ai   &eacute;t&eacute; re&ccedil;ue de la mani&egrave;re la plus courtoise et   la plus hospitali&egrave;re par Madame Abbatucci, femme du d&eacute;put&eacute;   alors &agrave; Paris. &#148;   <P ALIGN=Justify>   Mais revenons &agrave; Paris pour rappeler que Joseph-Marie Pietri est   pr&eacute;fet de police, poste pr&eacute;alablement occup&eacute; par son   fr&egrave;re a&icirc;n&eacute; ; le Ministre de l&#146;Int&eacute;rieur est   le polytechnicien Arrighi De Casanova, deuxi&egrave;me Duc de Padoue ; le   m&eacute;decin personnel de sa Majest&eacute; est son cousin Prosper Pietrasanta   ; le Gouverneur des Invalides n&#146;est autre que J&eacute;r&ocirc;me Bonaparte,   oncle de l&#146;Empereur, plus jeune fr&egrave;re de Napol&eacute;on 1er,   ancien Roi de Westphalie. A ce m&ecirc;me emploi prestigieux succ&egrave;de   le cousin de l&#146;Empereur, l&#146;avocat ajaccien Charles Conti ; le   ma&icirc;tre de c&eacute;r&eacute;monies de la Chapelle Imp&eacute;riale   est Pierre-Paul de Cuttoli ; le secr&eacute;taire particulier de Sa Majest&eacute;   est Tito Franceschini-Pietri, originaire de Monticello, qui deviendra, par   la suite, secr&eacute;taire particulier de l&#146;Imp&eacute;ratrice   Eug&eacute;nie.   <P ALIGN=Justify>   A partir de 1864, l&#146;Ambassade de France &agrave; Berlin est confi&eacute;e   &agrave; Vincent Benedetti, diplomate bastiais dont on parlera plus tard   &agrave; propos de la c&eacute;l&egrave;bre affaire de la d&eacute;p&ecirc;che   d&#146;EMS laquelle sera, en 1870, &agrave; l&#146;origine du d&eacute;clenchement   de la guerre franco-allemande.   <P ALIGN=Justify>   Au sein des arm&eacute;es, le G&eacute;n&eacute;ral Carbuccia meurt du   chol&eacute;ra en Crim&eacute;e alors que le colonel De Montera mourra au   combat devant S&eacute;bastopol. De son c&ocirc;t&eacute;, Antoine-Dominique   Abbatucci, deuxi&egrave;me fils du Garde des Sceaux, engag&eacute; comme   deuxi&egrave;me classe dans l&#146;arm&eacute;e et qui, &agrave; l&#146;issue   d&#146;une carri&egrave;re exceptionnelle, deviendra g&eacute;n&eacute;ral   de division, mourra dans son lit &agrave; Nancy en 1878. Ce grand soldat   fut gravement bless&eacute; &agrave; la poitrine et &agrave; l&#146;&#156;il   gauche en Crim&eacute;e, puis de nouveau bless&eacute; gri&egrave;vement   &agrave; S&eacute;bastopol. Notons que, lors de ces combats, ce corse courageux   verra deux de ses chevaux &ecirc;tre tu&eacute;s sous lui.   <P ALIGN=Justify>   Quant aux Ornano, ils donnent &agrave; la France un nouveau mar&eacute;chal   : Philippe-Antoine, Gouverneur des Invalides de 1853 &agrave; 1863. Mari&eacute;   &agrave; Marie Walewska, ancienne ma&icirc;tresse de Napol&eacute;on 1er,   il repose aux Invalides.   <P ALIGN=Justify>   C&#146;est donc dans ce complexe corsophile que le Second Empire, sous la   f&eacute;rule de Napol&eacute;on III, pourra multiplier ses r&eacute;alisations   sociales et &eacute;conomiques dans l&#146;&icirc;le. Cela fera donc   l&#146;objet du chapitre suivant.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Center>   LA SOLLICITUDE DU SECOND EMPIRE   <P ALIGN=Center>   A L&#146;EGARD DE LA CORSE   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Justify>   Apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s de Napol&eacute;on 1er, la Corse traversa   une p&eacute;riode difficile avec les d&eacute;sordres, divisions et tribulations   que l&#146;on sait, malgr&eacute; les efforts r&eacute;els de la Restauration   pour arracher l&#146;&icirc;le &agrave; ses probl&egrave;mes internes et   l&#146;inciter &agrave; prendre conscience de ses possibilit&eacute;s en   mati&egrave;re &eacute;conomique.   <P ALIGN=Justify>   Le premier progr&egrave;s, bien timide eu &eacute;gard &agrave;   l&#146;immensit&eacute; des probl&egrave;mes &agrave; r&eacute;soudre, fut   enregistr&eacute; en 1830 avec la mise en service, depuis le continent, des   bateaux &agrave; vapeur &#147; Liamone &#148; et &#147; Golo &#148;, lesquels   sont loin de faire l&#146;unanimit&eacute; puisque, ici comme ailleurs, le   progr&egrave;s technique porte pr&eacute;judice &agrave; de nombreux   int&eacute;r&ecirc;ts particuliers.   <P ALIGN=Justify>   En 1836, l&#146;essor des communications se r&eacute;alise gr&acirc;ce aux   projets que l&#146;on devait aux ing&eacute;nieurs de la Monarchie de juillet,   lesquels avaient dessin&eacute; les voies ma&icirc;tresses pour la base du   r&eacute;seau routier (Ajaccio &agrave; Bastia et &agrave; Bonifacio, Bastia,   Saint-Florent, Sagone &agrave; A&iuml;tone) et les avaient compl&eacute;t&eacute;es   dans trois directions : Bastia &agrave; Bonifacio par le littoral oriental,   Ajaccio &agrave; Saint-Florent par Carg&egrave;se et Calvi, Aleria &agrave;   Porto par Corte.   <P ALIGN=Justify>   Dans le m&ecirc;me temps, l&#146;industrie ne progresse gu&egrave;re et,   si de son c&ocirc;t&eacute;, l&#146;artisanat perp&eacute;tue de vieilles   traditions d&#146;adresse manuelle, ce n&#146;est certainement pas ainsi   que la Corse peut trouver les voies de la prosp&eacute;rit&eacute;. A cette   &eacute;poque, certains observateurs d&eacute;plorent s&eacute;v&egrave;rement   &#147; le morcellement des propri&eacute;t&eacute;s &#148;, &#147;   l&#146;insalubrit&eacute; des mar&eacute;cages &#148;, &#147; les habitudes   vicieuses &#148;. Ils trouvent les Corses surtout &#147; avides de places   &#148;, divis&eacute;s, agit&eacute;s, corrompus et incapables de travailler   r&eacute;guli&egrave;rement. Le fait est que les insulaires mendient sans   honte les subventions et les secours. Tel cet habitant de Lano qui sollicite   de Louis-Philippe en ces termes : &#147; Sire, mon d&eacute;partement est   le plus pauvre de France ; mon arrondissement est le plus pauvre du   d&eacute;partement ; mon canton est le plus pauvre de mon arrondissement   ; ma commune est la plus pauvre du canton ; et moi je suis le plus pauvre   de ma commune, par cons&eacute;quent le plus pauvre des fran&ccedil;ais !   &#148;   <P ALIGN=Justify>   Dans ce concert d&#146;impressions, le ni&ccedil;ois Adolphe Blanqui regrette   l&#146;oisivet&eacute; des habitants de &#147; cette terre de pr&eacute;dilection   capable de nourrir un million d&#146;hommes dans le climat le plus pur et   le plus doux de l&#146;Europe. &#148; Et il conclut : &#147; Si l&#146;on   veut sinc&egrave;rement faire sortir la Corse de l&#146;&eacute;tat de torpeur   o&ugrave; elle est rest&eacute;e plong&eacute;e durant tant de si&egrave;cles,   il faut achever par l&#146;art ce que ce beau pays a re&ccedil;u de la nature.   &#148;   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Parvenu au pouvoir supr&ecirc;me, Napol&eacute;on III, qui donnait toujours   ce qu&#146;il promettait, ne manqua pas de faire b&eacute;n&eacute;ficier   la Corse de sa sollicitude. Il voulait montrer de mani&egrave;re ostensible   qu&#146;il prenait grand soin du pays d&#146;o&ugrave; la dynastie tirait   son origine. Ses actions en faveur de la Corse vont donc se porter vers des   r&eacute;formes profondes touchant tous les secteurs socio-&eacute;conomiques.   Ainsi d&eacute;termin&eacute;, l&#146;Empereur ordonne diverses enqu&ecirc;tes   tendant &agrave; d&eacute;finir avec pr&eacute;cision toutes les r&eacute;formes   n&eacute;cessaires au d&eacute;veloppement de l&#146;&icirc;le.   <P ALIGN=Justify>   L&#146;Empereur savait aussi que tous ces changements ne pouvaient   s&#146;op&eacute;rer qu&#146;avec l&#146;appui massif et sinc&egrave;re de   la bourgeoisie lib&eacute;rale corse, cette classe sociale de haut niveau   qui avait &eacute;t&eacute; outrageusement rabaiss&eacute;e sous les monarchies   constitutionnelles et au sommet de laquelle se distinguaient les juristes   du barreau et de la robe particuli&egrave;rement bien repr&eacute;sent&eacute;s   dans la soci&eacute;t&eacute; insulaire. C&#146;est d&#146;ailleurs de ce   monde &#147; de la basoche &#148; que sortent les nouveaux cadres qui vont   repr&eacute;senter la Corse &agrave; la Constituante : Xavier de Casabianca,   Denis Gavini, Pierre-Marie Pietri et Etienne Conti qui si&egrave;gent avec   Louis Blanc &eacute;lu en Corse. A leurs c&ocirc;t&eacute;s se signalent   &eacute;galement Gian Vito Grimaldi du Niolo, Pierre-Paul Pompei de la Porta   et les animateurs de Pertidone de Corte qui avait regroup&eacute;   l&#146;opposition populaire contre les Mariani et les Arrighi sous la Monarchie   de juillet.   <P ALIGN=Justify>   Cette bourgeoisie, majoritairement form&eacute;e de riches propri&eacute;taires   terriens, craignait la progression des troubles et de   l&#146;ins&eacute;curit&eacute; dans les campagnes. Dans ce climat, il va   de soi que son ralliement &agrave; l&#146;Empire garant du maintien de   l&#146;ordre se fit le plus naturellement, pour se fondre m&ecirc;me dans   un mouvement plus large engendrant, par le canal desdits notables, une   r&eacute;elle adh&eacute;sion populaire.   <P ALIGN=Justify>   Dans cette ambiance favorable, pouvaient &ecirc;tre entreprises et men&eacute;es   &agrave; leur terme sans d&eacute;semparer les r&eacute;formes qui vont   &ecirc;tre sommairement d&eacute;crites ci-apr&egrave;s.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Sur le vu du rapport de l&#146;expert Balland r&eacute;dig&eacute; en 1852,   le pays prend conscience des m&eacute;faits de la malaria qui trouve son   origine dans les eaux dormantes de certaines parties du littoral : embouchure   du Golo o&ugrave; les marais sont ass&eacute;ch&eacute;s pour faire la place   &agrave; cinq grandes p&eacute;pini&egrave;res ; environs de Calvi, de   Saint-Florent, d&#146;Ajaccio (Campo dell&#146;Oro), de Porto-Vecchio, de   Biguglia et autres points mar&eacute;cageux de l&#146;&icirc;le qui sont   autant de foyers d&#146;insalubrit&eacute;.   <P ALIGN=Justify>   Il va de soi que l&#146;effort sanitaire se poursuit partout o&ugrave; le   besoin se fait sentir : &agrave; Ajaccio, une saine alimentation en eau par   le canal de la Gravona ; &agrave; Bastia, un abattoir mod&egrave;le pour   pallier les abattages clandestins ; &agrave; Piana, une imposante fontaine   d&#146;eau de source etc...   <P ALIGN=Justify>   Notons aussi un effort budg&eacute;taire particulier en faveur du thermalisme   notamment pour les eaux d&#146;Orezzo, de Baracci et de Guagno-les-Bains.   Napol&eacute;on III et l&#146;Imp&eacute;ratrice Eug&eacute;nie, tous deux   adeptes du thermalisme ne pouvaient en effet oublier ce secteur   d&#146;activit&eacute; int&eacute;ressant la sant&eacute; publique.   <P ALIGN=Justify>   Sur le plan administratif, les communes sont remodel&eacute;es en tenant   compte du glissement des populations vers les plaines d&#146;alluvions et   en supprimant l&#146;imbrication des enclaves. L&agrave; o&ugrave; les bergers,   selon les lois de la transhumance, disposent d&#146;un double logis (en montagne   et en plaine), l&#146;agglom&eacute;ration d&#146;en bas est s&eacute;par&eacute;e   de celle d&#146;en haut, souvent lointaine, pour &ecirc;tre &eacute;rig&eacute;e   en commune. Ainsi naissent Ghisonaccia, disjointe de Ghisoni, Monaccia   d&#146;Aull&egrave;ne, Caldarello de Zerubia, Sotto de Serra etc...   <P ALIGN=Justify>   On peut donc dire que la commune-fille est &eacute;mancip&eacute;e de la   commune-m&egrave;re. De m&ecirc;me naissent, sur la c&ocirc;te occidentale,   Coti-Chiavari ou Propriano et sur la c&ocirc;te orientale Aghione, Tallone   et m&ecirc;me Aleria, la vielle capitale romaine qu&#146;avait   d&eacute;peupl&eacute;e la fi&egrave;vre des marais et qui commence &agrave;   recouvrer des habitants et des cultures.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   On peut consid&eacute;rer que le Second Empire a pleinement r&eacute;ussi   dans deux domaines. D&#146;abord dans celui du banditisme, en 1853, une loi   interdit le port d&#146;arme &#147; de quelque nature qu&#146;elle soit &#148;.   La gendarmerie, r&eacute;organis&eacute;e en 1851 et &eacute;quip&eacute;e   d&#146;un armement plus moderne, quadrille le terrain et le parcourt sans   rel&acirc;che ; les receleurs sont pourchass&eacute;s ; la d&eacute;lation   (monnay&eacute;e) augmente ; les tribunaux sont de plus en plus   s&eacute;v&egrave;res.   <P ALIGN=Justify>   On s&#146;attaque aussi &agrave; deux causes du mal : la vaine p&acirc;ture,   qui est le droit de laisser pa&icirc;tre les animaux apr&egrave;s   l&#146;enl&egrave;vement des r&eacute;coltes et le libre parcours des troupeaux.   <P ALIGN=Justify>   R&eacute;sultat : en 1854, il ne reste que six bandits en activit&eacute;   (contre 148 en 1852). Il s&#146;agit bien entendu du banditisme de m&eacute;tier   car la violence des m&#156;urs continue avec le &#147; vendette &#148; qui   am&egrave;nent quelques irr&eacute;ductibles &agrave; tenir encore le maquis,   dont Antoine Bonelli, dit &#147; Bellacoscia &#148;, qui ne se rendra qu&#146;au   bout de quarante quatre ans de maquis et mourra dans son lit apr&egrave;s   avoir &eacute;t&eacute; acquitt&eacute; !   <P ALIGN=Justify>   Le deuxi&egrave;me domaine o&ugrave; se concr&eacute;tise, en Corse, la bonne   fortune du Second Empire, c&#146;est l&#146;embellissement des villes qui   voit Ajaccio se tailler la part du lion. Outre les mouvements d&eacute;j&agrave;   signal&eacute;s, on construit l&#146;Ecole Normale, l&#146;hospice,   l&#146;&eacute;v&ecirc;ch&eacute;, tandis qu&#146;on ouvre le Cours Gzanval   et qu&#146;on prolonge le Cours Napol&eacute;on vers le nord. Dans le m&ecirc;me   temps le port est consid&eacute;rablement am&eacute;lior&eacute;.    <P ALIGN=Justify>   Bastia, bien que moins favoris&eacute; par le r&eacute;gime, &eacute;l&egrave;ve   son palais de justice et son coll&egrave;ge, commence l&#146;am&eacute;nagement   de la Place Saint-Nicolas et entreprend la construction du nouveau port,   tandis que l&#146;Ile Rousse ach&egrave;ve le sien.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Commenc&eacute;, on l&#146;a vu, sous la Monarchie de juillet, le   d&eacute;veloppement des routes de toutes natures se poursuit   g&eacute;n&eacute;reusement sous le Second Empire en m&ecirc;me temps   qu&#146;&eacute;voluent consid&eacute;rablement les communication maritimes.   <P ALIGN=Justify>   Au titre des voies terrestres, les chemins vicinaux, commenc&eacute;s en   1847, sont poursuivis par le Second Empire de sorte que la plupart des villages   et hameaux de l&#146;&icirc;le furent convenablement desservis par un   r&eacute;seau de 400 kilom&egrave;tres. Dans le m&ecirc;me temps, on ach&egrave;ve   le r&eacute;seau des routes principales qui est port&eacute; &agrave; 1.000   kilom&egrave;tres et l&#146;on inaugure un troisi&egrave;me r&eacute;seau,   lui aussi d&#146;importance capitale, celui des routes foresti&egrave;res   (14 routes pour 511 kilom&egrave;tres). Cette derni&egrave;re r&eacute;alisation   faisait de la Corse le seul d&eacute;partement &agrave; poss&eacute;der des   routes de cette cat&eacute;gorie, lesquelles mirent en notable valeur le   bois, c&#146;est-&agrave;-dire la ressource qui paraissait alors devoir rendre   le plus de services imm&eacute;diats. Notons que la longueur de ces routes   foresti&egrave;res n&#146;a jamais vari&eacute; depuis cette &eacute;poque.   <P ALIGN=Justify>   Le chemin de fer, on le sait, &eacute;tait l&#146;une des grandes   pr&eacute;occupation de Napol&eacute;on III qui, sur le continent, avait   cr&eacute;&eacute; environ 10.000 kilom&egrave;tres de grandes lignes   reli&eacute;es &agrave; Paris et &agrave; peu pr&egrave;s 9.000 kilom&egrave;tres   de r&eacute;seau secondaire. Ce r&eacute;seau ferroviaire ne tarda pas &agrave;   d&eacute;passer celui de l&#146;Angleterre qui &eacute;tait alors, en Europe,   &agrave; la pointe du progr&egrave;s.   <P ALIGN=Justify>   Sur cette lanc&eacute;e, l&#146;Empereur ordonna pour la Corse de multiples   &eacute;tudes confi&eacute;es &agrave; des ing&eacute;nieurs de premier plan,   lesquels rivalis&egrave;rent d&#146;ing&eacute;niosit&eacute; pour la   cr&eacute;ation d&#146;un r&eacute;seau ferr&eacute; extraordinaire.    <P ALIGN=Justify>   Ce projet, qui ne vit jamais le jour, consistait en la r&eacute;alisation   d&#146;un &#147; chemin de fer sardo-corse, ayant pour but de rapprocher   les distances entre l&#146;Europe et l&#146;Afrique en passant par la Corse   et la Sardaigne &#148; ! Bien entendu, en utilisant le littoral oriental,   l&#146;id&eacute;e &eacute;tait d&#146;abord de relier Bastia &agrave; Bonifacio.   Finalement, il fallut attendre la loi de Freycinet du 4 ao&ucirc;t 1879 pour   doter la Corse d&#146;un chemin de fer dont le trac&eacute; est celui que   nous connaissons encore de nos jours.   <P ALIGN=Justify>   Dans cette description consacr&eacute;e aux moyens de communication, il nous   faut enfin &eacute;voquer les relations maritimes qui contribu&egrave;rent   grandement &agrave; l&#146;essor &eacute;conomique de l&#146;&icirc;le et   ce fut une belle r&eacute;ussite pour l&#146;&eacute;poque.   <P ALIGN=Justify>   Fond&eacute;e en 1840, la compagnie bastiaise Valery comptait 7 bateaux en   1846 et 23 en 1867. Tous ces navires touchaient non seulement les ports   insulaires ou continentaux, mais aussi d&#146;autres ports &eacute;trangers   comme Porto-Torres en Sardaigne. De ce fait, la Corse sort de son isolement   et s&#146;int&egrave;gre de plus en plus &agrave; l&#146;&eacute;conomie   fran&ccedil;aise. Et son propre commerce cro&icirc;t en proportion : de 1827   &agrave; 1834, le tonnage total passe, pour les seules exportations, de 21.500   tonneaux &agrave; 198.000, tandis que Bastia, en 1861, procure cinq fois   plus de recettes douani&egrave;res qu&#146;Ajaccio. Toujours &agrave; Bastia,   dans la seule premi&egrave;re quinzaine d&#146;avril 1872, juste apr&egrave;s   l&#146;Empire, le port voit entrer 36 b&acirc;timents et en sortir 31. Tout   cela est &eacute;videmment modeste, mais atteste assur&eacute;ment un   progr&egrave;s certain.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   De son c&ocirc;t&eacute;, le domaine industriel reste quelque peu d&eacute;cevant   par rapport aux esp&eacute;rances que nourrissait l&#146;Empereur &agrave;   son sujet. Ce qui existe est modeste en quantit&eacute; et qualit&eacute;   (moulins &agrave; huile, minoteries, savonneries, tanneries, filatures, scieries,   chantiers navals) et souvent on assiste &agrave; une r&eacute;gression comme   aux savonneries et filatures de Bastia. Quant aux industries   m&eacute;tallurgiques, malgr&eacute; la pr&eacute;sence dans l&#146;&icirc;le   de gisements nombreux (houille, fer, amiante, antimoine, cuivre), elles   p&eacute;riclitent, &agrave; l&#146;exception des hauts fourneaux de Toga   et le Solenzara qui devront n&eacute;anmoins fermer leurs portes apr&egrave;s   1870, victimes de la concurrence ext&eacute;rieure.   <P ALIGN=Justify>   Dans l&#146;ensemble, les activit&eacute;s industrielles de la Corse se mirent   &agrave; r&eacute;gresser &agrave; partir de 1863 ainsi qu&#146;en attestent,   au plan g&eacute;n&eacute;ral, l&#146;&eacute;norme diff&eacute;rence entre   importations et exportations. Cette situation finit par poser un probl&egrave;me   crucial car, dans le m&ecirc;me temps, la population augmentait tr&egrave;s   sensiblement.    <P ALIGN=Justify>   A cette &eacute;poque les optimistes tomb&egrave;rent de haut et   &eacute;prouv&egrave;rent d&#146;am&egrave;res d&eacute;sillusions. Tel   l&#146;&eacute;crivain Conte-Granchamp qui vit dans son ouvrage paru en 1859   un avenir socio-&eacute;conomique des plus florissants. Cet ouvrage portait   un titre significatif : &#147; La Corse. Sa colonisation et son r&ocirc;le   dans la M&eacute;diterran&eacute;e ! &#148;   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Tirant parti de l&#146;assainissement de son littoral, la Corse va essayer   d&#146;am&eacute;liorer son agriculture en se tournant vers des productions   nouvelles comme celles du tabac ou m&ecirc;me du coton qu&#146;un industriel   mulhousien entreprend de d&eacute;velopper sur une grande &eacute;chelle,   mais aussi en modernisant les techniques pour am&eacute;liorer   l&#146;&eacute;levage et favoriser les prairies pour les c&eacute;r&eacute;ales   et le fourrage. La vigne conna&icirc;t ainsi un essor si remarquable que   la production de vin se trouve exc&eacute;dentaire &agrave; partir de 1863.   Les p&eacute;pini&egrave;res d&#146;Ajaccio, Calvi, Arena et Sart&egrave;ne   distribuent des plantes pour les vergers (pommiers, poiriers, amandiers etc...)   La culture du c&eacute;drat s&#146;accentue tandis que l&#146;on introduit   dans l&#146;&icirc;le l&#146;eucalyptus qui peut cro&icirc;tre de dix   m&egrave;tres en trois ans. On inaugure aussi une &#156;uvre, discut&eacute;e   aujourd&#146;hui, mais alors accueillie avec faveur : l&#146;&eacute;tablissement   de p&eacute;nitenciers &agrave; Casabianda et Coti-Chiavari qui sont en   m&ecirc;me temps des fermes-mod&egrave;les.   <P ALIGN=Justify>   Organis&eacute;e sous l&#146;impulsion du pr&eacute;fet Lantivy dans les   ann&eacute;es 1820, la culture du m&ucirc;rier pour l&#146;&eacute;levage   du ver &agrave; soie se poursuit &agrave; tel point que, dans les ann&eacute;es   1850, on pouvait se demander si la Corse n&#146;allait pas devenir un grand   d&eacute;partement s&eacute;ricicole. H&eacute;las, ici comme ailleurs, une   d&eacute;cadence se dessina &agrave; cause de la concurrence des soies   gr&egrave;ges d&#146;Extr&egrave;me-Orient que l&#146;ouverture du Canal   de Suez permettait de lancer sur les march&eacute;s de l&#146;Europe Occidentale.   Les rigueurs de la comp&eacute;tition internationale frapperont bient&ocirc;t   toutes les autres productions car les bl&eacute;s du continent, les huiles   coloniales, les vins d&#146;Alg&eacute;rie et de Tunisie arrivaient en Corse   &agrave; des prix modiques et tels que l&#146;effort de l&#146;&icirc;le   ne pouvait y faire face. Ce marasme ne tardera pas &agrave; provoquer la   reprise de l&#146;immigration vers le continent ou au del&agrave;.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   A cette &eacute;poque et dans l&#146;ensemble, l&#146;&eacute;conomie corse   a progress&eacute; dans bien des domaines. Si l&#146;on pouvait alors se   f&eacute;liciter de cette expansion nouvelle, la soci&eacute;t&eacute; insulaire,   au plan du niveau de vie g&eacute;n&eacute;ral, souffre toujours du clivage   social qui ne s&#146;att&eacute;nue pas. Plus que jamais, c&#146;est le   r&egrave;gne des &#147; signori &#148; des &#147; sgi&ocirc; &#148;. En effet,   aux &#147; laiss&eacute;s pour compte de ladite expansion &#148;, il reste,   plus encore qu&#146;auparavant, la qu&ecirc;te du &#147; poste &#148; stable   dans l&#146;administration ou l&#146;arm&eacute;e, dispens&eacute; par les   nouveaux ma&icirc;tres de la vie politique (les Abbatucci, Gavini, Mariani,   Pietri, Arrighi de Casanova, Conti, Bacciochi etc...) qu&#146;une opposition   naissante ne parvient pas &agrave; inqui&eacute;ter.   <P ALIGN=Justify>   Quoiqu&#146;il en soit, la Corse enregistrera une pouss&eacute;e   d&eacute;mographique non n&eacute;gligeable. De 1851 &agrave; 1866, la population   passe de 230.000 &agrave; 260.000 habitants. Toutefois, fait plus remarquable,   la mortalit&eacute; progresse sous le Second Empire, ce qui est un signe   r&eacute;v&eacute;lateur de mauvaises conditions de vie. Sans entrer dans   le d&eacute;tail et tout compte fait, ce furent les villes qui profit&egrave;rent   de l&#146;&eacute;volution d&eacute;mographique et du progr&egrave;s   &eacute;conomique. Nous venons de voir que le d&eacute;peuplement affectera   les campagnes et ce mouvement, nous savons, ne fera que   s&#146;acc&eacute;l&eacute;rer sous les R&eacute;publiques.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Center>   EPILOGUE   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Justify>   Avec le Second Empire, le rayonnement de la France est &agrave; son apog&eacute;e.   L&#146;&eacute;conomie est florissante, le paup&eacute;risme a   r&eacute;gress&eacute;, le progr&egrave;s social atteint un niveau   inesp&eacute;r&eacute;. A l&#146;ext&eacute;rieur, la gloire militaire ne   manque pas &agrave; l&#146;Alma, &agrave; Magenta, &agrave; Solferino...   L&#146;Italie doit &agrave; Napol&eacute;on III son unit&eacute; et le lointain   Mexique sa libert&eacute;. L&#146;Empire colonial est largement constitu&eacute;.   Pourtant, le 2 septembre 1870, le Second Empire s&#146;&eacute;croule &agrave;   Sedan dans ce qu&#146;il est convenu d&#146;appeler un d&eacute;sastre.   <P ALIGN=Justify>   D&eacute;sastre pour la France qui entra&icirc;nera, notamment pour la Corse,   de f&acirc;cheuses et graves cons&eacute;quences.   <P ALIGN=Justify>   A l&#146;encontre de l&#146;&icirc;le, la presse continentale et les   r&eacute;publicains se d&eacute;cha&icirc;nent aussit&ocirc;t orchestrant   une campagne de d&eacute;nigrement contre ses habitants pr&eacute;sent&eacute;s   pour &ecirc;tre &#147; les supp&ocirc;ts du bonapartisme d&eacute;chu &#148;   ? C&#146;est ainsi qu&#146;un journal lyonnais propose de donner la Corse   &agrave; la Prusse afin de &#147; r&eacute;cup&eacute;rer l&#146;Alsace et   la Lorraine &#148;. A l&#146;Assembl&eacute;e, Cl&eacute;menceau demande   que l&#146;&icirc;le &#147; cesse imm&eacute;diatement de faire partie de   la R&eacute;publique Fran&ccedil;aise &#148;, tandis que Rochefort sugg&egrave;re   de la vendre pour un franc ! Bien entendu ? Victor Hugo, rentr&eacute;   d&#146;exil, s&#146;acharne &agrave; ruiner jusqu&#146;au souvenir de &#147;   Napol&eacute;on le Petit &#148; et soutient m&ecirc;me que &#147; la Corse   est un boulet attach&eacute; &agrave; la France &#148;. R&eacute;sultat,   &agrave; partir de 1870, les corses sont jug&eacute;s s&eacute;v&egrave;rement   et m&ecirc;me insult&eacute;s par la presse fran&ccedil;aise : &#147; Le   corse est naturellement mouchard et assassin &#148; tonne Jules Vall&egrave;s   dans Le Cri du Peuple ; &#147; La Corse est la vraie patrie des assassins   gag&eacute;s &#148; s&#146;&eacute;crie Louis Noir dans l&#146;Intransigeant   etc... Notons aussi que, dans le c&eacute;l&egrave;bre Petit Journal, qui   tirait &agrave; un million d&#146;exemplaires, le voyage officiel du   Pr&eacute;sident Sadi-Carnot en Corse suscita un article intitul&eacute;   &#147; Le Pr&eacute;sident chez les sauvages &#148;. Dans ce concert de   r&eacute;probations, Jules Michelet, autre victime du coup d&#146;&eacute;tat   du 2 d&eacute;cembre , d&eacute;clare que la Corse n&#146;est plus qu&#146;un   &#147; petit rocher sanglant &#148;.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Dans le m&ecirc;me temps et jusqu'&agrave; la fin de la Grande Guerre, les   pouvoirs publics r&eacute;publicains se d&eacute;tournent de la Corse des   Bonaparte et la n&eacute;gligent d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment.   <P ALIGN=Justify>   Ainsi les routes sont m&eacute;diocrement entretenues et deviennent bient&ocirc;t   de mauvais chemins jalonn&eacute;s de fondri&egrave;res. Apr&egrave;s quarante   ans de R&eacute;publique, en 1911, trois cent dix villages restent toujours   &agrave; d&eacute;senclaver et ne sont desservis que par des pistes   muleti&egrave;res, tels Asco, Orsano, Zuani, Lento, Canavaggia et Rutali   qui, pourtant, ont chacun plus de cinq cents habitants.   <P ALIGN=Justify>   Le chemin de fer &agrave; voie &eacute;troite reste mesquin, malgr&eacute;   les incomparables paysages qu&#146;il offre aux voyageurs. Il est construit   avec une lenteur d&eacute;sesp&eacute;rante, alors que d&eacute;j&agrave;   le rail couvre tous les d&eacute;partements continentaux. Les lignes   Ajaccio-Propriano et Porto-Vecchio-Bonifacio seront ray&eacute;es des plans   et, finalement, seule sera men&eacute;e &agrave; bien la ligne de Bastia   &agrave; Ajaccio, avec son embranchement de Ponte-Leccia &agrave; Calvi que   nous utilisons encore de nos jours. Cela se fit avec les pires difficult&eacute;s   puisque, sur les 157 kilom&egrave;tres de Bastia &agrave; Ajaccio, il fallut   percer 37 tunnels, lancer 28 viaducs et 31 ponts et faire grimper le rail   &agrave; plus de 900 m&egrave;tres d&#146;altitude &agrave; Vizzarona. On   se heurta aussi &agrave; d&#146;autres probl&egrave;mes : &agrave;   caract&egrave;re financier d&#146;abord puisque le kilom&egrave;tre de voie   revint &agrave; un prix variant entre 150.000 et 350.000 francs-or, ensuite   avec les propri&eacute;taires et les agriculteurs qui protest&egrave;rent   sur tous les plans. Le rail trouble les habitudes et d&eacute;place les trafics.   Une c&eacute;l&egrave;bre complainte contre &#147; le train de Bastia &#148;   assure alors qu&#146;il fait pleurer les charretiers, g&eacute;mir les bergers   et qu&#146;il ruine les aubergistes.   <P ALIGN=Justify>   Finalement, le r&eacute;seau ferr&eacute; ne stimulera pas l&#146;&eacute;conomie   de l&#146;&icirc;le et n&#146;emp&ecirc;chera pas le d&eacute;peuplement   des villages qu&#146;il dessert.   <P ALIGN=Justify>   La Corse, malgr&eacute; les r&eacute;els espoirs n&eacute;s sous le Second   Empire, ne deviendra jamais un d&eacute;partement industriel : la production   de fonte p&eacute;riclite, les hauts fourneaux s&#146;&eacute;teignent les   uns apr&egrave;s les autres, tandis que les derni&egrave;res forges de Toga   sont abandonn&eacute;es. Restent quelques mines d&#146;antimoine (&agrave;   Meria, Luri, Ersa), quelques scieries, des fabriques d&#146;extraits tannants   et de petites entreprises produisant les fromages et les spiritueux.   <P ALIGN=Justify>   A Bonifacio, l&#146;industrie du bouchon s&#146;&eacute;tiole du jour o&ugrave;   l&#146;Am&eacute;rique cesse d&#146;acheter le li&egrave;ge. L&#146;artisanat   lui-m&ecirc;me d&eacute;cline parce que ses techniques primitives ne lui   permettent gu&egrave;re de r&eacute;sister &agrave; la concurrence des articles   venus du continent. Les p&ecirc;cheurs, ne disposant pas du mat&eacute;riel   moderne n&eacute;cessaire, sont d&eacute;courag&eacute;s, tandis que les   ports somnolent, leur maigre trafic &eacute;tant insuffisant pour esp&eacute;rer   un jour relancer l&#146;&eacute;conomie.   <P ALIGN=Justify>   La Corse, abandonn&eacute;e &agrave; son sort par la Troisi&egrave;me   R&eacute;publique, stagne dans la routine. Le drame de l&#146;&icirc;le est   que les besoins progressent plus vite que ses moyens et que le monde   ext&eacute;rieur conna&icirc;t un essor plus rapide que l&#146;&icirc;le   d&eacute;laiss&eacute;e.   <P ALIGN=Justify>   Quoiqu&#146;il en soit, sous le Second Empire, elle n&#146;en a pas moins   connu un changement qualitatif que la simple honn&ecirc;tet&eacute;   intellectuelle oblige &agrave; mettre au cr&eacute;dit de celui que   l&#146;histoire r&eacute;cente tend &agrave; r&eacute;habiliter et &agrave;   laver de presque tous les p&ecirc;ch&eacute;s dont l&#146;accablaient les   R&eacute;publicains.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Au lendemain de Sedan, Napol&eacute;on III reste d&#146;abord prisonnier   de l&#146;ennemi et r&eacute;side sous bonne garde au ch&acirc;teau de   Wilhelmsh&ouml;he, dans le land allemand du Hesse. En mars 1871, il est   autoris&eacute; &agrave; vivre exil&eacute; en Angleterre dans la petite   ville de Chislehurst o&ugrave; il d&eacute;c&eacute;dera, &agrave;   l&#146;&acirc;ge de soixante cinq ans apr&egrave;s avoir souffert, pendant   de longues ann&eacute;es, d&#146;un &eacute;norme calcul form&eacute; dans   la vessie et qui avait fortement endommag&eacute; son syst&egrave;me r&eacute;nal.   Cette pierre, de la taille d&#146;un &#156;uf de pigeon, fut   r&eacute;cup&eacute;r&eacute;e, lors de l&#146;autopsie, par Sir Henry Thomson,   m&eacute;decin de la Reine Victoria, qui d&eacute;clara : &#147; Il faut   que cet homme ait &eacute;t&eacute; h&eacute;ro&iuml;que pour demeurer cinq   heures en selle &agrave; Sedan &#148;.   <P ALIGN=Justify>   L&#146;Empereur fut expos&eacute; dans une chapelle ardente v&ecirc;tu de   son uniforme de g&eacute;n&eacute;ral de division. Ses mains &eacute;taient   crois&eacute;es sur un crucifix de nacre. Il avait &agrave; la main gauche   son anneau de mariage ainsi que la bague de son oncle &agrave;   Sainte-H&eacute;l&egrave;ne. Il re&ccedil;ut alors l&#146;hommage de la Famille   Imp&eacute;riale au grand complet, des membres de la famille royale   d&#146;Angleterre et des cours europ&eacute;ennes, tandis que vingt mille   personnes d&eacute;fil&egrave;rent devant le catafalque. L&#146;on vit   m&ecirc;me, dans cette foule, des communards r&eacute;fugi&eacute;s en Angleterre   venus rendre un dernier hommage &agrave; celui qui s&#146;&eacute;tait toujours   pench&eacute; sur le sort des ouvriers.   <P ALIGN=Justify>   Le 15 janvier, jour des fun&eacute;railles, l&#146;assistance &eacute;tait   encore plus dense. D&#146;ancien dignitaires et serviteurs du r&eacute;gime,   pr&eacute;fets, ministres, conseillers d&#146;&eacute;tat, diplomates,   d&eacute;put&eacute;s, g&eacute;n&eacute;raux et officiers, des fran&ccedil;ais   sans fonction et sans grade de tous les corps de m&eacute;tier, de toute   condition, avaient travers&eacute; la Manche.   <P ALIGN=Justify>   La d&eacute;pouille de l&#146;Empereur fut inhum&eacute;e dans la crypte   de l&#146;&eacute;glise Sainte-Marie de Chislehurst, dans un tombeau en granit   d&#146;Aberdeen offert par la Reine Victoria. Elle y resta jusqu&#146;en   1888 pour &ecirc;tre d&eacute;finitivement transf&eacute;r&eacute;e &agrave;   Farnborough, dans le Hampshire.   <P ALIGN=Justify>   De m&ecirc;me que son oncle, Napol&eacute;on III reposait en terre   &eacute;trang&egrave;re. Mais le mort de Sainte-H&eacute;l&egrave;ne &eacute;tait   revenu dans sa patrie. Il avait pour tombeau la coupole dor&eacute;e des   Invalides, des mar&eacute;chaux et des g&eacute;n&eacute;raux pour escorte.   <P ALIGN=Justify>   Napol&eacute;on III &eacute;tait seul.   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Eug&egrave;ne-Louis Bonaparte, le Prince Imp&eacute;rial, eut dix-huit ans   le 16 mars 1874. Selon la loi dynastique, il &eacute;tait majeur. C&#146;est   pourquoi, deux jours apr&egrave;s, huit mille bonapartistes vinrent &agrave;   Chislehurst c&eacute;l&eacute;brer son &#147; av&egrave;nement &#148;. Il   &eacute;tait pour eux Sa Majest&eacute; l&#146;Empereur Napol&eacute;on IV.   Ceux qui n&#146;avaient pu se d&eacute;placer avaient envoy&eacute;, par   dizaines de milliers, leurs f&eacute;licitations et attestations de   d&eacute;vouement. On avait dress&eacute; dans un parc de vastes tivolis   d&eacute;cor&eacute;s de drapeaux, convoqu&eacute; des fanfares anglaises   et &eacute;cossaises qui jouaient des airs patriotiques. Comme aux obs&egrave;ques   du d&eacute;funt Empereur, toutes les classes sociales &eacute;taient   m&ecirc;l&eacute;es, le laboureur coudoyant le bourgeois. Certains avaient   consacr&eacute; leurs maigres &eacute;conomies dans le voyage. Tous les   d&eacute;partements fran&ccedil;ais &eacute;taient repr&eacute;sent&eacute;s.   <P ALIGN=Justify>   Ce fut la derni&egrave;re f&ecirc;te imp&eacute;riale, et la plus   &eacute;mouvante. Napol&eacute;on IV, comme Napol&eacute;on III, n&#146;eut   qu&#146;un r&egrave;gne fictif et bref. A Paris les journaux r&eacute;publicains   saluaient son &#147; av&egrave;nement &#148; par les sobriquets de &#147;   Napol&eacute;on trois et demi &#148; et de &#147; V&eacute;locip&egrave;de   IV &#148; ! !   <P ALIGN=Justify>   Estimant qu&#146;il appartenait &agrave; une race de soldats et &eacute;tant   aussi obstin&eacute; que son p&egrave;re, il voulait &#147; grandir &#148;   pour d&eacute;cupler les forces du parti bonapartiste et se faire   reconna&icirc;tre &#147; par le fer &#148;. Aussi, il entreprit une   carri&egrave;re militaire &agrave; l&#146;acad&eacute;mie royale de Woolwich   en qualit&eacute; d&#146;&eacute;l&egrave;ve &eacute;tranger qui lui   d&eacute;cerna le grade m&eacute;rit&eacute; de lieutenant. Engag&eacute;   volontaire pour une mission p&eacute;rilleuse au sein de la Royal Horse Artillery   charg&eacute;e de r&eacute;primer en Afrique une sanglante r&eacute;volte   des zoulous, il tomba perc&eacute; de coups de sagaies le 2 juin 1879. Cette   fin h&eacute;ro&iuml;que, les armes &agrave; la main, dans les hautes herbes   d&#146;Afrique du Sud, &eacute;tait digne d&#146;un Bonaparte.   <P ALIGN=Justify>   Le Prince Imp&eacute;rial rejoignit son p&egrave;re dans la crypte de   Chislehurst. Sa m&egrave;re, folle de douleur, assista pourtant aux   obs&egrave;ques soutenue par la Reine Victoria et le Prince de Galles en   personne et v&eacute;cut d&eacute;sormais comme un fant&ocirc;me vivant,   sous ses voiles noirs, jusqu&#146;&agrave; sa mort en 1920.   <P ALIGN=Justify>   Etrange pr&eacute;monition, la veille de son d&eacute;part pour l&#146;Afrique,   le Prince Imp&eacute;rial r&eacute;digea son testament, avec ce codicille   : &#147; Je n&#146;ai pas besoin de recommander &agrave; ma m&egrave;re de   ne rien n&eacute;gliger pour d&eacute;fendre la m&eacute;moire de mon Grand-Oncle   et de mon p&egrave;re. Je la prie de se souvenir que, tant qu&#146;il y aura   des Bonaparte, la cause imp&eacute;riale aura des repr&eacute;sentants. Les   devoirs de notre Maison ne s&#146;&eacute;teignent pas avec ma vie : moi   mort, la t&acirc;che de continuer l&#146;&#156;uvre de Napol&eacute;on 1er   et de Napol&eacute;on III incombe au fils a&icirc;n&eacute; du Prince   Napol&eacute;on...... &#148; (le Prince J&eacute;r&ocirc;me)   <P ALIGN=Center>   ***   <P ALIGN=Justify>   Injustement discr&eacute;dit&eacute;e de nos jours encore, malgr&eacute;   les efforts m&eacute;ritoires de nombreux esprits &eacute;clair&eacute;s   tendant &agrave; sa r&eacute;habilitation, l&#146;&#156;uvre de Napol&eacute;on   III eut le m&eacute;rite de faire entrer la France dans l&#146;&egrave;re   moderne.   <P ALIGN=Justify>   Chevaleresque et g&eacute;n&eacute;reux, il voulait le bonheur des hommes.   La France restait pour lui la grande nation porteuse de lumi&egrave;re et   de libert&eacute; selon la conception r&eacute;volutionnaire et   napol&eacute;onienne. Trop en avance sur son temps, ce fut une sorte de   Prom&eacute;th&eacute;e, un m&eacute;lange d&eacute;tonnant de pragmatisme   et d&#146;irr&eacute;alisme, de ruse et de loyaut&eacute;.   <P ALIGN=Justify>   Ce fut surtout un solitaire, s&#146;astreignant au secret parce que,   n&#146;apercevant ni le fond de sa pens&eacute;e, ni l&#146;horizon lointain   de l&#146;avenir des peuples, son entourage le desservait par manque   d&#146;efficacit&eacute;.   <P ALIGN=Justify>   Son extraordinaire destin&eacute;e fut celle d&#146;un h&eacute;ros romantique   sur lequel t&eacute;moign&egrave;rent de grandes c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s   de son &eacute;poque.   <P ALIGN=Justify>   Citons d&#146;abord Ernest Renan qui r&eacute;digea ce jugement : &#147;   L&#146;Empereur aimait le vrai et le bien. Son nom restera attach&eacute;   &agrave; quelques unes des plus grandes choses de l&#146;histoire du monde.   Son r&egrave;gne fera &eacute;poque et devra servir &agrave; bien des   &eacute;gards de le&ccedil;on aux politiciens de l&#146;avenir &#148;.   <P ALIGN=Justify>   A son tour, Emile Zola, r&eacute;pondant ainsi &agrave; Victor Hugo,   &eacute;crivit : &#147; Le Napol&eacute;on III des &#147; Ch&acirc;timents   &#148; c&#146;est un croquemitaine sorti tout bott&eacute; et tout   &eacute;peronn&eacute; de l&#146;imagination de Victor Hugo. Rien n&#146;est   moins ressemblant que ce portrait.... sorte de statue de bronze et de boue   &eacute;lev&eacute;e par le po&egrave;te pour servir de cible &agrave; ses   traits ac&eacute;r&eacute;s, disons le mot, &agrave; ses crachats... Non   ! l&#146;Empereur : un brave homme, hant&eacute; de r&ecirc;ves   g&eacute;n&eacute;reux, incapables d&#146;une action m&eacute;chante, tr&egrave;s   sinc&egrave;re dans l&#146;in&eacute;branlable conviction qui le porte &agrave;   travers les &eacute;v&egrave;nements de sa vie et qui est celle d&#146;un   homme pr&eacute;destin&eacute;, &agrave; la mission absolument   d&eacute;termin&eacute;e, in&eacute;luctable, l&#146;h&eacute;ritier du nom   de Napol&eacute;on et de ses destin&eacute;es. Toute sa force vient de l&agrave;,   de ce sentiment des devoirs qui lui incombent... ! &#148;.   <P ALIGN=Justify>   D&#146;autre part, le grand Louis Pasteur eut le courage d&#146;&eacute;crire   ces quelques lignes au Mar&eacute;chal Vaillant : &#147; Je me souviendrai   &eacute;ternellement des bout&eacute;s de l&#146;Empereur et de   l&#146;Imp&eacute;ratrice et je resterai jusqu'&agrave; mon dernier jour   fid&egrave;le &agrave; leur m&eacute;moire.... Malgr&eacute; les vaines et   stupides clameurs de la rue et toutes les l&acirc;ches d&eacute;faillances   de ces derniers temps, l&#146;Empereur peut attendre avec confiance le jugement   de la post&eacute;rit&eacute; : son r&egrave;gne restera l&#146;un des plus   glorieux de notre Histoire. &#148;   <P ALIGN=Justify>   Dans son hom&eacute;lie prononc&eacute;e lors des obs&egrave;ques de   l&#146;Empereur, l&#146;abb&eacute; Godard, qui officiait, eut le bon go&ucirc;t   de rappeler une anecdote fort significative : &#147; Qu&#146;il nous soit   permis, dit-il, de soulever le voile du pass&eacute;, de puiser des consolations   dans le souvenir des bonnes &#156;uvres de celui qui n&#146;est plus. On   raconte qu&#146;&eacute;tant enfant il rentra un jour chez sa m&egrave;re   sans souliers. La reine Hortense lui demanda : &#147; Louis, qu&#146;as-tu   fait de tes souliers ? &#148; &#147; M&egrave;re, j&#146;ai rencontr&eacute;   un petit pauvre, il n&#146;avait pas de souliers, je lui ai donn&eacute;   les miens &#148;.   <P ALIGN=Justify>   Cette histoire de l&#146;enfant est l&#146;histoire de l&#146;homme tout   au cours de sa vie.&nbsp;    <P ALIGN=Right>   <BIG>Paul ANTONINI</BIG>   <P ALIGN=Right>   <BIG>Mars 2000</BIG>   <P ALIGN=Center>   * * * * * * * *   <P ALIGN=Center>   * * * * * *   <P ALIGN=Center>   * * * *    <P ALIGN=Center>   * *   <P ALIGN=Center>   <P ALIGN=Justify>   BIBLIOGRAPHIE   <P ALIGN=Justify>   A. Albitreccia &#147; La Corse dans l&#146;Histoire &#148; Archet 1939   <P ALIGN=Justify>   P. Antonetti &#147; Histoire de la Corse &#148; Paris 1973   <P ALIGN=Justify>   G. Bordonove &#147; Napol&eacute;on III &#148; Pygmalion 1998   <P ALIGN=Justify>   R. Colonna d&#146;Istria &#147; Histoire de la Corse &#148; France-Empire   1995    <P ALIGN=Justify>   J.A. Galletti &#147; Histoire illustr&eacute;e de la Corse &#148; 1863   <P ALIGN=Justify>   F. Pomponi &#147; Histoire de la Corse &#148; 1979   <P ALIGN=Justify>   G. Pradalle &#147; Le Second Empire &#148; P.U.F.1969   <P ALIGN=Justify>   R. Sedillot &#147; La grande aventure des Corses &#148; Fayard 1969   <P ALIGN=Justify>   Ph. Seguin &#147; Louis-Napol&eacute;on le Grand &#148; Grasset 1990   <P ALIGN=Justify>   M. Verge-Franceschi &#147; Histoire de la Corse du XVII&egrave;me si&egrave;cle   &agrave; nos jours &#148; F&eacute;lin 1996   <P>   <P ALIGN=Right>   &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;   &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;   &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;   &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;   &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;   &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;   &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;  </CENTER> <CENTER>   <A HREF="mailto:poli@accademiacorsa.org"><IMG SRC="images/3demail43.gif"       ALT="Email to the association" NOSAVE BORDER="0" height="60" width="55" align="ABSCENTER"></A>   <P>   <a Bulletin-Text="Retour  la page gnrale" Bulletin-Date="Tue, 08-Feb-00 22:26:51" href="index.htm"><IMG SRC="images/logo.gif" NOSAVE       HEIGHT="68" WIDTH="36" BORDER="0"></a> </CENTER> </BODY></HTML> <!-- The following HTML tag is the body tag.  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