<HTML> <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 2.0 Mac">   <TITLE>Napoleon &amp; Bonaparte</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffffff">  <H1><A HREF="index.html"><IMG SRC="Images/ret.GIF" WIDTH="18" HEIGHT="29" ALIGN="MIDDLE" NATURALSIZEFLAG="3" BORDER="0"></A><A NAME="anchor110353"></A></H1>  <H1 ALIGN=CENTER><FONT COLOR="#1B3415">BONAPARTE ET NAPOLEON.</FONT></H1>  <P ALIGN=CENTER><FONT COLOR="#000000">En hommage &agrave; Fran&ccedil;ois FURET.</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><I><FONT COLOR="#000000">Fu vera gloria&nbsp;?<BR> Ai posteri l'ardua sentenza.<BR> Manzoni.</FONT></I></P>  <P><IMG SRC="cache1041179.gif" WIDTH="100%" HEIGHT="17" ALIGN="BOTTOM"  NATURALSIZEFLAG="0"></P>  <H4 ALIGN=RIGHT>Antoine-Marie GRAZIANI</H4>  <P>&nbsp;</P>  <P><FONT COLOR="#000000">&quot;&nbsp;L'Ancien R&eacute;gime &eacute;tait un m&eacute;lange de corruption, d'arbitraire et de faiblesse&nbsp;&quot;, note Benjamin Constant au d&eacute;but de ses &quot;&nbsp;Fragments sur la France du 14 juillet 1789 au 31 mars 1814&nbsp;&quot;. L'Ancien R&eacute;gime&nbsp;! La R&eacute;volution fran&ccedil;aise a baptis&eacute; ce qu'elle a aboli, comme le soulignait d&eacute;j&agrave; Alexis de Tocqueville. Elle a, par l&agrave;, d&eacute;fini ce qu'elle voulait &ecirc;tre, une rupture radicale avec un pass&eacute; honni.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#000000">Elle a aussi &eacute;t&eacute;, on l'oublie trop souvent, une affaire de g&eacute;n&eacute;ration. Ce sont des hommes nouveaux et jeunes qui emportent en quelques mois ce monde ancien, que condamnait Si&eacute;y&egrave;s avec le succ&egrave;s extraordinaire que l'on sait dans son Qu'est-ce que le Tiers-Etat. Les &quot;&nbsp;vieux&nbsp;&quot; Girondins Brissot et Vergniaud ont trente-cinq et trente-six ans en 1789, mais Boyer-Fonfr&egrave;de en a vingt-trois. Robespierre a trente et un ans lorsque commence la R&eacute;volution, il meurt &agrave; trente-six. Danton sera guillotin&eacute; &agrave; trente-cinq ans, Saint-Just &agrave; vingt-sept. On comprend mieux le propos de Fran&ccedil;ois Furet&nbsp;: &quot;&nbsp;Si l'on pense au destin qui l'attend, Bonaparte est n&eacute; &agrave; la bonne &eacute;poque&nbsp;: vingt ans avant la R&eacute;volution&nbsp;&quot;.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#000000">Il na&icirc;t &agrave; Ajaccio, dans une &icirc;le &quot;&nbsp;excentrique, tout r&eacute;cemment fran&ccedil;aise, et point si heureuse de l'&ecirc;tre&nbsp;&quot;, mais o&ugrave; la R&eacute;volution paoliste a fait souffler, vingt ans avant 1789, un vent de libert&eacute;. Stendhal, dans sa &quot;&nbsp;Vie de Napol&eacute;on&nbsp;&quot;, d&eacute;crira cette chance extraordinaire du jeune Bonaparte, n&eacute; dans un environnement favorable &agrave; celui qui veut comprendre son temps : &quot;&nbsp;Ainsi, par un bonheur &eacute;trange, et que les enfants des rois n'ont point obtenu, rien de mesquin, rien de petitement vaniteux n'agite les &ecirc;tres qui entourent le berceau de Napol&eacute;on&nbsp;&quot;. Et de le supposer fils d'un marquis de Picardie ou de Languedoc&nbsp;! Qu'aurait-il entendu autour de lui&nbsp;? Des &quot;&nbsp;choses mis&eacute;rables&nbsp;&quot;&nbsp;! Et Fran&ccedil;ois Furet de rappeler l'appr&eacute;ciation que le jeune Bonaparte aurait obtenu d'un de ses professeurs d'histoire&nbsp;:&nbsp;&quot;&nbsp;Corse de caract&egrave;re et de nation, ce jeune homme ira loin, s'il est favoris&eacute; par les circonstances&nbsp;&quot;. &nbsp;&quot;&nbsp;Corse de caract&egrave;re&nbsp;&quot;, Napol&eacute;on appara&icirc;t bien &eacute;loign&eacute; des moeurs de ses condisciples chez qui l'apprentissage mondain est d&eacute;terminant et qui, pour beaucoup d'entre eux, &eacute;migreront. &quot;&nbsp;Corse de nation&nbsp;&quot; aussi&nbsp;: les d&eacute;buts de la R&eacute;volution le voient sans v&eacute;ritable app&eacute;tence pour ce qui se passe en France. C'est un &quot;&nbsp;transplant&eacute;&nbsp;&quot;, uniquement pr&eacute;occup&eacute; par ce qui se fait dans l'&icirc;le, o&ugrave; il r&eacute;side d&egrave;s qu'un cong&eacute; se pr&eacute;sente. &quot;&nbsp;La rencontre avec la France n'est pas faite en 1789, et m&ecirc;me cette ann&eacute;e-l&agrave; ne l'op&egrave;re pas&nbsp;&quot; signale Fran&ccedil;ois Furet avec raison.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#000000">Sans doute est-il fils d'un pauvre gentilhomme ce qui lui a valu cette bourse pour Brienne &quot;&nbsp;passeport pour une carri&egrave;re en France&nbsp;&quot;, et une &eacute;ducation peut-&ecirc;tre trop rigoureuse, au sentiment de Stendhal, mais si rien n'indique d'enthousiasme pour la R&eacute;volution qui se passe en France, rien non plus ne rattache Bonaparte aux vaincus de la R&eacute;volution. Au fond, il n'a connu de cette soci&eacute;t&eacute; d'Ancien R&eacute;gime &quot;&nbsp;que des particules et des pr&eacute;jug&eacute;s&nbsp;&quot;.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#000000">Le reste, le passage &agrave; la R&eacute;volution, est affaire de fortune. L'insurrection paoliste de 1793 chasse les Bonaparte, engag&eacute;s localement dans le parti r&eacute;volutionnaire, hors de Corse, brisant leurs liens avec l'&icirc;le. Salicetti, repr&eacute;sentant en mission de la Convention dans le Sud-est, offre &agrave; ses compatriotes des ouvertures aupr&egrave;s d'un monde r&eacute;volutionnaire, dont les m&eacute;thodes et les moeurs s'accordent parfaitement avec le temp&eacute;rament du jeune Bonaparte. Et Furet de lister&nbsp;: la &quot;&nbsp;rudesse des moeurs&nbsp;&quot;, &quot;&nbsp;l'&eacute;nergie &agrave; l'antique du gouvernement&nbsp;&quot;, &quot;&nbsp;l'autorit&eacute; sans limites du pouvoir national&nbsp;&quot;, &quot;&nbsp;les grades ouverts au m&eacute;rite&nbsp;&quot;. Napol&eacute;on Bonaparte suit donc en s'engageant dans le camp de la R&eacute;volution devenue jacobine et robespierriste &quot;&nbsp;&agrave; la fois ses penchants et ses int&eacute;r&ecirc;ts&nbsp;&quot;. Il devient g&eacute;n&eacute;ral de brigade&nbsp;: il a vingt-cinq ans. Cet engagement jacobin lui vaut m&ecirc;me une courte disgr&acirc;ce, sous la forme d'un emprisonnement de quelques semaines au 9 Thermidor. Il n'en rebondira que mieux, &agrave; la suite de l'&eacute;meute de Vend&eacute;maire, sauvant le nouveau r&eacute;gime directorial aux abois.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#000000">Mais, ce plat r&eacute;gime du Directoire, m&eacute;lange &quot;&nbsp;de nomenklatura r&eacute;volutionnaire et d'argent-roi&nbsp;&quot; ne correspond pas plus au jeune g&eacute;n&eacute;ral insulaire que l'ancien gouvernement monarchique. Les r&eacute;volutionnaires parvenus des salons parisiens sourient de ce personnage au &quot;&nbsp;visage jaune, mang&eacute; par les yeux, encadr&eacute; de cheveux longs tombant sur les &eacute;paules en &quot;&nbsp;oreilles de chien&nbsp;&quot;&nbsp;&quot;. Mais, alors que les hommes du Directoire, repr&eacute;sentants de la bourgeoisie, recherchent, par ce que Stendhal appellera &quot;&nbsp;la vanit&eacute;&nbsp;&quot; l'argent et un mode de vie proche de celui de l'ancienne aristocratie, Napol&eacute;on a une autre ambition&nbsp;: celle de gouverner la R&eacute;volution. Une id&eacute;e que d'autres ont port&eacute; avant lui, mais sur lesquels il a diff&eacute;rents avantages. D'abord, il arrive alors que les passions retombent et que l'usure du pouvoir touche une classe politique d&eacute;ficiente. Ensuite et surtout il a cet avantage de &quot;&nbsp;vouloir faire de la passion r&eacute;volutionnaire un instrument d'autorit&eacute;&nbsp;&quot;. Comme le note Fran&ccedil;ois Furet, cette &quot;&nbsp;id&eacute;e n'aurait pas suffi &agrave; le porter o&ugrave; il allait si, &agrave; la gloire de la nation, il n'avait apport&eacute; un formidable &eacute;clat tir&eacute; de son g&eacute;nie propre&nbsp;&quot;.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#000000">Ce g&eacute;nie, ce sont ses campagnes italiennes qui en sont la repr&eacute;sentation la plus notable. La guerre, on l'oublie trop souvent, est consubstantielle &agrave; la R&eacute;volution depuis 1792. J'y vois le sens profond du propos du lib&eacute;ral Benjamin Constant au d&eacute;but de son &quot;&nbsp;De l'Esprit de conqu&ecirc;te et de l'Usurpation&nbsp;&quot;&nbsp;: &quot;&nbsp;Plusieurs &eacute;crivains, entra&icirc;n&eacute;s par l'amour de l'humanit&eacute; dans de louables exag&eacute;rations, n'ont envisag&eacute; la guerre que sous ses c&ocirc;t&eacute;s funestes. Je reconnais volontiers ses avantages&nbsp;&quot;. En v&eacute;rit&eacute;, le mouvement impuls&eacute; par les Girondins et continu&eacute; par Robespierre s'est perp&eacute;tu&eacute; sous le Directoire. L'id&eacute;e des r&eacute;volutionnaires confront&eacute;s &agrave; la guerre &eacute;trang&egrave;re est de construire d&eacute;sormais une grande R&eacute;publique face &agrave; l'Europe monarchique. Si les victoires de 1794 ont &eacute;limin&eacute; Robespierre et le gouvernement terroriste, c'est en &eacute;tendant hors des fronti&egrave;res une guerre r&eacute;volutionnaire devenue messianique que les R&eacute;volutionnaires de l'apr&egrave;s Neuf Thermidor sont &agrave; plusieurs reprises en &eacute;tat d'arr&ecirc;ter - mais l'arr&ecirc;ter ce serait se renier et perdre le pouvoir qu'ils poss&egrave;dent au nom des principes de 1789&nbsp;- ils cr&eacute;ent, de facto, les conditions de leur chute. En poursuivant la guerre, la R&eacute;volution ouvre la voie &agrave; l'ambition de Bonaparte. En r&eacute;conciliant les passions nationales, l'universalisme de plusieurs de ses dirigeants avec les ambitions d'une g&eacute;n&eacute;ration que Bonaparte repr&eacute;sente, s'ouvre une nouvelle p&eacute;riode&nbsp;que le retour triomphal de Napol&eacute;on Bonaparte de Fr&eacute;jus &agrave; Paris au lendemain de la campagne d'Egypte symbolise tout &agrave; fait. Revenu en ao&ucirc;t 1799 sur deux fr&eacute;gates, sans son arm&eacute;e, laiss&eacute;e &agrave; la garde d'un de ses g&eacute;n&eacute;raux, Kl&eacute;ber, Napol&eacute;on ram&egrave;ne avec lui, selon la formule de Fran&ccedil;ois Furet &quot;&nbsp;la gloire de la nation&nbsp;&quot;. Les Fran&ccedil;ais tiennent d&eacute;sormais, apr&egrave;s dix ans de r&eacute;volution, plus &agrave; la grandeur de la patrie qu'&agrave; la souverainet&eacute; du peuple. Ainsi comprend-on comment une g&eacute;n&eacute;ration enti&egrave;re d'hommes, pendant et m&ecirc;me surtout apr&egrave;s, communiera avec le Lucien Leuwen de Stendhal dans la soif de grandeur napol&eacute;onienne&nbsp;:<BR> &quot;&nbsp;A chaque tour dans la chambre, il d&eacute;tournait un peu les yeux sans s'arr&ecirc;ter pourtant&nbsp;: il regardait un canap&eacute;, et sur ce canap&eacute; &eacute;tait jet&eacute; un habit vert, avec passepoil amarante, et &agrave; cet habit &eacute;taient attach&eacute;es des &eacute;paulettes de sous-lieutenant.<BR> C'&eacute;tait l&agrave; le bonheur&nbsp;&quot;.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#000000">C'est en refusant les liaisons de cause &agrave; effet, mais aussi en niant de mani&egrave;re tout &agrave; fait incongrue le caract&egrave;re longtemps populaire de la politique de conqu&ecirc;te men&eacute;e par l'Empereur, qu'est n&eacute;e la distinction subtile apparue d&egrave;s la chute de Napol&eacute;on entre le g&eacute;n&eacute;ral r&eacute;volutionnaire et &quot;&nbsp;l'usurpateur&nbsp;&quot; qui culminera dans le Larousse du XIXe si&egrave;cle et dont nous avons h&eacute;rit&eacute;. La vie de Napol&eacute;on y est divis&eacute;e en deux articles, un article &quot;&nbsp;Bonaparte&nbsp;&quot; menant jusqu'au 18 Brumaire, et un article &quot;&nbsp;Napol&eacute;on&nbsp;&quot;, de 1799 &agrave; sa mort. &quot;&nbsp;Par une fiction que nos lecteurs ont bien comprise, &eacute;crit le narrateur de l'article &quot; Napol&eacute;on&nbsp;&quot;, nous l'avons m&ecirc;me envisag&eacute; (dans l'article &quot;&nbsp;Bonaparte&nbsp;&quot;) comme mort le 18 brumaire An VIII&nbsp;&quot;.</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT COLOR="#000000">Antoine-Marie GRAZIANI.</FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><A HREF="#anchor110353"><IMG SRC="Images/Haut.gif" WIDTH= "29" HEIGHT="18" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3" BORDER="0"></A> </BODY> </HTML> 
