<html> <title> Julien Napolon HATON DE LA GOUPILLIERE (1833-1927) </title> <body bgcolor="#ffffff"> <p> <h2> Julien Napolon HATON DE LA GOUPILLIERE (1833-1927) </h2> <p> <center><a href="../images/haton1.jpg"><img src="../images/haton2.jpg"></a></center> <p> <i>Publi dans le LIVRE DU CENTENAIRE (Ecole Polytechnique), 1897, Gauthier-Villars et fils, TOME I, pp. 450 et suiv.</i> <p> M. HATON DE LA GOUPILLIRE est n en 1833 et a fait partie de la promotion de 1850 de Polytechnique. Aujourd'hui directeur de l'Ecole suprieure des Mines, il a publi de nombreux travaux de Mcanique rationnelle, ainsi qu'une nouvelle et intressante thorie de la <i>Gomtrie des masses</i> ou Gomtrie de l'<i>espace htrogne</i>, runissant en un corps de doctrine autonome, d'abord les rgles relatives  l'intgration d'un ordre dtermin de fonctions, ensuite les thories du centre de gravit, du moment d'inertie et du potentiel. Le Trait gnral des mcanismes, o la classification est fonde sur le mouvement relatif des organes mis en communication, le Cours de machines, o la question des machines  vapeur est tudie  fond, le Trait thorique et pratique des engrenages, enfin le Cours d'exploitation des Mines, constituent les principales publications didactiques de M. Haton de la Goupillire. Il a pris, en outre, une part importante aux travaux de la Commission du <i>grisou</i>. <p> <h3> Rsum de la carrire de Julien Napolon HATON DE LA GOUPILLIERE </h3> <i> N le 25/7/1833  Bourges <br> Dcd le 7/1/1927  Pau <br> Polytechnique (1850), Corps des Mines (1852), Docteur es sciences mathmatiques (1857) <br> Charg des cours prparatoires de l'Ecole des mines dans diffrentes disciplines : Chimie gnrale (1855-56), Mcanique et machines (1855-1862), Mcanique et analyse (1856-1875) <br> Professeur de topographie  l'Ecole des mines (1857-1862) <br> Professeur supplant puis Professeur d'exploitation des machines  l'Ecole des mines (1872-1888) <br> Professeur supplant  la facult des sciences de Paris en Mcanique physique et exprimentale (1861-67) <br> Examinateur d'admission  Polytechniaue (1862-79) <br> Directeur de l'Ecole des mines (1887-1900) <br> Membre du conseil de perfectionnement de plusieurs coles (Polytechnique, Arts et mtiers) <br> Prsident de la commission du grisou (1887) <br> Prsident de la socit d'encouragement pour l'industrie nationale (1888-1892) <br> Prsident de la socit mathmatique de France (1890) <br> Vice-prsident du conseil gnral des mines (1900-1903) <br> Grand officier de la Lgion d'honneur (1900) <br> <a href="libres.html">Membre libre</a> de l'Acadmie des Sciences (1884). </i> <p><hr width=30%><p>  <center><h3> PAROLES   PRONONCES   AUX   OBSQUES de M. HATON DE LA GOUPILL1RE, <br> INSPECTEUR   GNRAL   DES   MINES, <br> MEMBRE   DE   L'iNSTITUT, <br> DIRECTEUR   HONORAIRE    DE   L'COLE   NATIONALE   SUPRIEURE   DES   MINES, ANCIEN   VICE-PRSIDENT   DU   CONSEIL   GNRAL   DES   MINES, <br> le 13 janvier 1927. </h3></center> <p> <b>Publi dans <i>Annales des Mines</i>, 1927 (12e srie, tome 11).</b> <p> <h4> I.  - DISCOURS  DE M. D'OCAGNE, <br> Inspecteur Gnral des Ponts et Chausses, Membre de l'Institut, <br> AU NOM DE L'ACADMIE DES SCIENCES. </h4> <p> C'est avec une douloureuse motion que l'Acadmie des sciences a reu la nouvelle du dcs de son vnr doyen, - doyen, tout  la fois, d'ge et d'lection, car M. Haton de la Goupillire, qui vient de disparatre dans sa quatre-vingt-quatorzime anne, appartenait  l'Acadmie depuis tout prs de quarante-trois ans. <p> A partir du moment o il y fut admis, on le vit, pendant une longue priode, en suivre les sances avec une parfaite assiduit ; mais  dater du jour o, croyant venue pour lui l'heure du repos, il fixa loin de Paris sa principale rsidence, ses confrres eurent le vif regret de ne plus l'y voir que de loin en loin,  l'poque des beaux jours. En ces dernires annes, mme, l'tat de sa sant ne lui permettant plus les longs dplacements, il cessa malheureusement tout  fait de venir occuper sa place parmi eux. <p> En mme temps que de l'Acadmie des Sciences, M. Haton de la Goupillire, unique survivant des promotions antrieures au second Empire, tait, en ses derniers jours, le doyen des polytechniciens. Particularit curieuse, il avait, par contre,  ses dbuts, t le plus jeune d'entre eux, tant entr, en 1850,  l'cole,  l'extrme limite d'ge infrieure. D'avoir t ainsi,  l'aurore et au crpuscule de sa carrire, le plus jeune et le plus vieux de tous les polytechniciens vivants, c'est sans doute un exemple unique. <p> N  Bourges, le 28 juillet 1833, M. Haton de la Goupillire tait le fils d'un prsident  la Cour d'Appel de Paris et de la fille du gnral baron Petit, celui-l mme que, devant le front de ses grenadiers en larmes, Napolon avait embrass pour eux tous au moment des <a href="http://www.milartgl.com/HTML/les_adieux_de_fontainebleau.htm">adieux de Fontainebleau</a> ; souvenir sacr, qui tait profondment enracin au coeur de M. Haton de la Goupillire, et que perptuait  son foyer le drapeau du 1er rgiment des grenadiers de la Garde, glorieuse relique lgitimement reste en la possession du gnral Petit. <p> Sorti de l'cole Polytechnique en 1852, le second de sa promotion, dans le Corps des Mines, il devait y accomplir une carrire des plus brillantes, parvenant aux deux situations les plus leves du Corps, celle de <a href="http://annales.org/archives/dirparis.html">directeur de l'cole</a> et celle de vice-prsident du Conseil gnral des Mines (dont la prsidence appartient au ministre des travaux publics). <p> Mais, bien que les travaux trs distingus de science applique  entrepris  par   M.  Haton  de la Goupillire,  l'occasion   de  ses   fonctions  dans   le  Corps des   Mines, n'aient pas t trangers, et loin de l,  son lection  l'Acadmie des Sciences, ce n'est pas au dlgu de cette Acadmie qu'il appartient de les rappeler ici, alors qu'un reprsentant qualifi du Corps des Mines doit assumer ce soin. <p> Mais, tout en poursuivant ces tudes du plus haut intrt, M. Haton de la Goupillire, qui avait, comme il n'est pas rare chez les polytechniciens, conserv un got trs vif pour la recherche mathmatique, n'a jamais cess de s'y livrer avec un plein succs en des domaines confinant principalement  la mcanique rationnelle et  la gomtrie.   Ses travaux  sur les dveloppes et dveloppodes successives   des   courbes   planes,   sur  les   mthodes  de transformation en gomtrie et en physique mathmatique, sur la gomtrie des masses,  etc., ont obtenu les suffrages des meilleurs juges, de <a href="http://annales.org/archives/x/jbertrand.html">Joseph Bertrand</a>, en particulier, qui les regardait comme propres  fournir  l'tudiant l'occasion de s'initier aux  mthodes les plus dlicates et les plus leves  de la science de cette poque. Au  surplus, les   qualits   dont il fit preuve  dans  ses travaux  dsignrent M.  Haton de la Goupillire   pour remplir    successivement      l'cole    Polytechnique   les fonctions de rptiteur de mcanique (de 1855  1862) et celles d'examinateur d'admission (de 1861  1879). Des unes et des autres il s'acquitta avec une distinction dont le souvenir n'est pas perdu. <p> Toutefois, cet attrait persistant qu'exerait sur le savant ingnieur la thorie pure ne faisait pas tort chez lui  un got dcid pour les applications. Barr de Saint-Venant le flicitait de possder  un esprit juste qui savait s'appliquer  des rsultats utiles . C'est cette heureuse tendance qui l'a conduit aux recherches approfondies qu'on lui doit sur la thorie gnrale des mcanismes, envisags tant sous le rapport dynamique que sous le rapport cinmatique, et qui resteront comme une des parties principales de son oeuvre. <p> Confin en sa lointaine retraite, M. Haton de la Goupillire n'a jamais cess de s'intresser au mouvement scientifique. Je puis en tmoigner personnellement, tant all, il y a un peu plus de  trois ans,  lors d'un passage par Pau, saluer notre vnr confrre, et m'tant merveill de constater  quel point ce vieillard de quatre-vingt-dix   ans  avait   conserv sa  souplesse   d'esprit  et une curiosit   toujours   veille sur   les dernires nouveauts de la science, y compris celles qui, en   provoquant les discussions de principes les plus dlicates, sont venues remettre en question les fondements mmes de la mcanique classique. Et, de plus, j'avais retrouv chez cet minent confrre le mme souriant accueil que par le pass, la mme inaltrable bienveillance, la mme parfaite courtoisie que l'on sentait chez lui si vritablement inne, et qui ne cesseront de  marquer sa personnalit dans le souvenir de tous ceux qui l'auront connu. <p> Au dclin de sa longue existence, M. Haton de la Goupillire a puis le plus grand rconfort dans la foi chrtienne qui avait t nagure son soutien au milieu des cruelles preuves dont, hlas, sa vie a t endeuille  plusieurs reprises. Puisse cette mme foi aider ceux qu'il laisse aprs lui  surmonter la profonde douleur o les plonge sa disparition. Qu'ils veuillent bien aussi accueillir l'hommage des condolances dont l'Acadmie des Sciences m'a donn mission de leur apporter ici la respectueuse et sincre expression. <p> <h4> II.-  DISCOURS  DE <a href="http://annales.org/archives/x/chesneau.html">M.  CHESNEAU</a>, <br> Inspecteur gnral des Mines, Directeur de l'cole nationale suprieure des Mines de Paris  <br> AU   NOM   DE  L'COLE   NATIONALE SUPRIEURE   DES   MINES DE   PARIS. </h4> <p> Messieurs, <p> Au nom de l'cole nationale suprieure des Mines de Paris, je viens apporter un suprme tmoignage d'affectueux respect  celui que nous tous, ses anciens lves et ses collgues, considrions comme le gnie tutlaire de notre cole. <p> On vous a dcrit, en termes loquents, la magnifique carrire du grand mathmaticien qu'a t M. Haton de la Goupillire : qu'il me soit permis, avant de lui adresser un dernier adieu, d'voquer devant vous les immenses services qu'a rendus  notre cole et  l'industrie minire, le grand ingnieur, le professeur incomparable et l'minent directeur que fut ce noble et grand franais, inlassablement dvou aux intrts de son pays. <p> Entr comme lve-ingnieur  l'cole des Mines en 1852, Haton ne l'a quitte - bien  contre-coeur - que dans les deux dernires annes de sa belle et longue carrire, pour prendre la prsidence du Conseil gnral des Mines,  laquelle l'avait appel en 1901 le ministre des travaux publics : c'est donc pendant quarante-neuf ans que, sans aucune interruption, avec le seul souci dsintress de l'enseignement et de la science, Haton a consacr la plus grande partie de son activit  l'cole des Mines. <p> Toujours le premier de sa promotion durant ses trois annes d'cole comme lve-ingnieur, il avait tellement frapp ses professeurs par la clart lumineuse de ses exposs et sa remarquable aptitude  rendre accessibles dans tous les domaines les questions les plus difficiles, que, ds sa sortie de l'cole en 1855, il tait charg, aux cours prparatoires de l'cole des Mines, de la chaire de Chimie gnrale et des leons de Physique, qu'il changeait bientt contre un cours, correspondant mieux  ses gots personnels, celui de Mcanique et Analyse, qu'il a gard jusqu'en 1875 ; entre temps, il tait en outre charg, de 1857  1861, des cours de Topographie et de lever de plans. <p> Dans ces divers enseignements, de  natures   pourtant fort diffrentes, Haton s'tait montr  d'une telle  supriorit que, en 1872, le titulaire du cours  d'Exploitation des Mines et de Machines, l'illustre ingnieur des mines <a href="callon.html">Callon</a>, ayant d tre suppl  titre provisoire, le Conseil de l'cole n'hsita pas  porter  l'unanimit son choix sur Haton,   bien   que celui-ci et  pour concurrents plusieurs ingnieurs, dj rompus  la pratique du mtier si complexe des mines; trois  ans aprs,  le Conseil confirmait dfinitivement  son choix en le dsignant  encore  l'unanimit comme  successeur   de  Callon, qu'une  mort soudaine venait de frapper. En agissant ainsi, le Conseil de l'Ecole affirmait sa certitude que le jeune professeur, dont il connaissait la parfaite conscience et les facults exceptionnelles d'assimilation, saurait mettre rapidement ses connaissances techniques au niveau de sa valeur professorale : l'avenir a montr que son diagnostic avait t trs sr. <p> C'est en effet dans son cours d'Exploitation des Mines qu'Haton a donn la vritable mesure de son admirable talent de professeur, guide aussi lumineux dans les applications pratiques, qu'initiateur incomparable aux thories les plus ardues. Pour accomplir cette parfaite synthse, il n'avait pas hsit  tudier longuement sur place et dans les moindres dtails toutes les difficults de l'art des mines; et nous, ses anciens lves, une fois aux prises avec ces difficults, nous avons t merveills de la justesse avec laquelle notre matre avait su les prvoir toutes,   et   nous   en   apprendre     l'avance l'exacte solution. <p> C'est ainsi que, pendant quinze ans, M. Haton de la Goupilliere a form cette belle pliade d'ingnieurs et d'exploitants de mines, qui ont t, et dont quelques-uns sont encore, a la tte de nos grandes industries houillres. <p> En 1887,  Haton atteignait le sommet de sa carrire dans   l'enseignement   technique,  par sa  nomination  de directeur de l'cole nationale  suprieure des mines de Paris. Dans ces nouvelles fonctions, il s'est montr aussi bon administrateur qu'il avait t professeur hors de pair. Sa grande nettet d'esprit, sa clairvoyance, une possession    de   soi   remarquable,  son    affable   courtoisie,   lui donnrent rapidement sur ses collaborateurs l'autorit et l'ascendant ncessaires pour la bonne marche et les progrs d'une cole de haut enseignement technique. Sous son habile direction, furent inaugurs les cours de Chimie et d'lectricit industrielles, dont la ncessit lui tait apparue comme rpondant au dveloppement croissant des industries minires et mtallurgiques ; et c'est galement sous sa direction claire qu'ont t labors les projets d'autonomie financire et de personnalit civile de l'Ecole, grce auxquels - aprs  leur sanction lgale  - ont pu tre crs, par la suite, de nombreux laboratoires, conservant  l'cole des Mines le prestige qu'elle possde,  juste titre, dans le monde des ingnieurs : si nous, ses successeurs, avons beaucoup rcolt, c'est quelui, Haton, avait   dj  sem,  et   largement  sem,   dans une  terre admirablement prpare. <p> Au rle minent qu'a rempli M. Haton de la Goupilliere comme ingnieur et professeur, se rattachent troitement les services non moins importants qu'il a rendus  l'exploitation des mines et  la scurit des ouvriers mineurs, d'abord comme rapporteur gnral de la premire Commission du grisou, institue en 1877 aprs les grandes catastrophes du puits Jabin et des Mines de Graissessac, puis comme prsident, jusqu' la fin de sa carrire, de la seconde Commission du grisou rtablie en 1887. Son admirable rapport d'ensemble, publi en 1880, sur  les moyens propres  prvenir les explosions de grisou , qui est la premire tude complte sur cette matire, a t le point de dpart de tous les travaux poursuivis ultrieurement en France, puis  l'tranger, contre ce terrible flau de nos houillres : Haton a pris ainsi une part considrable  l'amlioration de la scurit dans nos mines, et cette part s'est encore accrue grandement, dans la longue priode de 1887  1901, durant laquelle il a, comme prsident, dirig les discussions et guid les recherches de la Commission du grisou, si fructueuses dans la voie nouvelle des explosifs de sret, et dans l'organisation de la grisoumtrie. <p> Je ne saurais clore ce rapide expos de la magnifique carrire de M. Haton de la Goupilliere dans notre cole sans rappeler ici qu' sa valeur exceptionnelle de professeur et d'administrateur, il joignait des qualits de coeur et de droiture que ne pourront jamais oublier ceux qui, comme moi, ont eu le bonheur d'tre en relations intimes avec lui : que dire de l'affectueuse bienveillance avec laquelle il accueillait et encourageait ses collaborateurs, et des services qu'il savait rendre  ses lves, en orientant leur carrire avec une sret de jugement, toujours vrifie par les rsultats de ses conseils ! <p> On peut dire en toute vrit que M. Haton de la Goupilliere a eu la destine pour laquelle il tait rellement fait, et c'est pourquoi notre regrett matre, constamment fidle au trs haut idal chrtien dont sa vie a t pntre, a eu, dans sa longue retraite, cette belle srnit d'me, que peut seule donner la conscience d'avoir parfaitement, et de faon complte, rempli la mission dont on a t charg sur cette terre. Et dans cette retraite, au milieu de la belle harmonie de sa  vie familiale, il n'a jamais cess de penser  sa chre cole des Mines, dont il aimait  me rappeler,  de loin en loin, les vnrables traditions,  ou les fastes glorieux : nagure encore, lors de la remise de la croix de guerre  notre cole, il m'crivait que son coeur serait avec nous dans  cette mouvante crmonie. <p> Notre coeur,  nous qui vous pleurons, cher Matre, conservera toujours pieusement votre souvenir. Aux jours difficiles, nous n'oublierons jamais les prcieux exemples de justice, d'honneur et de devoir que nous a laisss, si nombreux, votre trs belle vie, et vous continuerez ainsi  rester toujours le gnie tutlaire de votre chre cole, que vous avez tant aime! <p> <h4> III.- DISCOURS DE M.  <a href="http://annales.org/archives/x/walckenaer.html">WALCKENAER</a>, <br> Inspecteur gnral des mines, Vice-Prsident du Conseil gnral des mines. <br> AU   NOM  DU   MINISTRE   DES   TRAVAUX   PUBLICS ET   AU   NOM   DU   CORPS   NATIONAL   DES   MINES. </h4> <p> Madame, <p> Mesdames, Messieurs, <p> Monsieur le ministre des travaux publics, dans la lettre par laquelle il m'a charg de prsider la dputation de son Administration et du  Corps des Mines aux obsques de notre illustre et vnr matre, prsident  et ami, a ajout ces lignes que je ne puis mieux faire que de lire : "Je vous prie, tant empch d'assister  cette crmonie,  de vouloir bien  m'y  reprsenter   et de joindre l'expression de mes regrets personnels aux condolances que vous adresserez  la famille de M. Haton de la Goupillire au nom du Ministre des travaux publics et du Corps national des mines que le dfunt, au cours de sa longue et fconde carrire, a hautement honors." <p> Aucune mission ne pouvait mieux rpondre au dsir de mon coeur. Dans l'motion de ce deuil que je ressens profondment, ce m'est une consolation d'apporter ici un hommage d'admiration pour l'minent mathmaticien, gomtre et technicien, de respect, et de reconnaissance pour l'ancien chef, d'affection pour l'homme excellent que nous pleurons. <p> Ses travaux scientifiques, d'une si noble qualit, ses inoubliables services comme professeur et comme directeur de l'cole suprieure des Mines viennent de vous tre magistralement retracs. Il me reste  rsumer brivement les services qu'il a rendus  l'Administration proprement dite des travaux publics. Mais ce que je voudrais surtout, souligner, c'est l'lvation et la puret des sources de son inspiration, la beaut de son caractre, 1'unit de sa vie dans le culte de l'idal. <p> Il avait de qui tenir. Sans remonter jusqu'aux origines de   sa   famille,   connue   depuis   le   commencement   du XVIe sicle, il est indispensable, pour expliquer sa formation morale, de rappeler d'un mot ce que furent ses deux grands-pres et son pre. <p> Son grand-pre paternel, Louis Haton de la Goupillire, n en 1770, n'avait pas encore vingt-cinq ans lorsque,  l'poque de la Terreur, Garnier de Saintes tant venu faire sur la place publique du Mans une harangue qui rvolta ce jeune homme, celui-ci, qui faisait partie du poste de la garde nationale, s'lana sur l'estrade et, l'coutant que son indignation et son courage, soufleta l'orateur ; il ne dut son salut qu' une ruse de ses camarades. <p> Son grand-pre maternel fut le gnral Petit, engag volontaire en 1792, qui prit part  toutes les guerres de la Rvolution et de l'Empire. M. d'Ocagne rappelait tout  l'heure que, en 1814, tant gnral de brigade et commandant le 1er rgiment de grenadiers de la Vieille Garde, Petit reut devant sa troupe, dans la cour du chteau de Fontainebleau, les adieux et l'accolade de Napolon. J'ajouterai qu'il reprit son commandement durant les Cent jours et que le soir de Waterloo, lorsque le gnral Drouet se porta au galop vers lui et lui demanda :  Peux-tu tenir encore et emmener l'empereur? , il rpondit:  Nous tiendrons , forma le carr, mit l'empereur au centre et se retira lentement sous la canonnade. <p> Quant au fils et gendre de ces hros, c'est sous la toge du magistrat qu'il ajouta de nouveaux titres  l'honneur de la famille. Nomm en 1835,  trente-deux ans, conseiller  la Cour de Bourges, il fit dans cette ville jusqu'en 1843, puis  Paris pendant plus de vingt ans, une belle carrire de prsident d'assises et de prsident de chambre. La fermet de son caractre, la sollicitude et l'autorit de sa direction paternelle eurent une influence profonde sur la formation morale et intellectuelle de son fils. <p> Il est utile de rappeler que c'est seulement aprs l'achvement de ses tudes littraires que celui-ci se tourna vers les sciences. Initi par Harant, en quelques mois, aux mathmatiques lmentaires, il fit sa classe de spciales comme externe au Lyce Saint-Louis et, examin pour l'cole polytechnique par Lefbure de Fourcy et Hermite, alors qu'il n'avait pas encore dix-sept ans, il y fut reu vingt-huitime (promotion de 1850). Il en sortit second aprs avoir obtenu la note 20  ses cinq examens de fin d'anne. <p> Entr avec le n 2  l'cole des Mines, il en sortit avec le n 1 et son premier contact avec les fonctions administratives fut le stage d'un an qu'il fit alors en qualit d'ingnieur attach au secrtariat du Conseil gnral des mines. Il y trouva l'occasion de prendre la connaissance des matires administratives et de mrir sa prparation professionnelle au contact d'hommes tels que <a href="cordier.html">Cordier</a>, <a href="dufrenoy.html">Dufrnoy</a>, <a href="elie.html">Elie de Beaumont</a>, pour ne citer que les inspecteurs gnraux de premire classe. <p> Les sciences et l'enseignement l'absorbent ensuite. On vient de dire, mieux que je n'aurais su le faire, quelle fut dans ce double domaine la somme de son labeur. Je n'ajouterai  ce sujet qu'une indication statistique. Dans son seul rle d'examinateur, il a calcul lui-mme qu'il avait fait passer, jusqu' l'poque (1887) o il fut nomm directeur de l'cole des Mines, 10.000 examens aux candidats  l'cole polytechnique, 6.000 examens  l'intrieur de cette mme cole, 1.300 examens d'entre  l'cole forestire, 3.500 examens divers  l'cole des Mines, 400  la Facult des Sciences ; au total, plus de 21.000 examens. <p> C'est seulement  partir de 1879 que les services proprement dits du Ministre des travaux publics firent de nouveau appel  sa science,  son exprience des hommes et des choses et  son infatigable dvouement. <p> En 1879, il est nomm membre de la Commission centrale des machines  vapeur, dont il fera partie durant vingt-quatre ans, jusqu' sa retraite, et qu'il prsidera  partir de 1901. Qu'il me soit permis de donner un souvenir tout particulier  la largeur de mthode et  la sagesse d'apprciation avec lesquelles il a dirig les travaux de cette Commission. J'en tais alors le rapporteur, et les entretiens que nous avions pour la prparation des affaires ont t pour beaucoup dans les sentiments de confiance et d'attachement qui m'ont, depuis lors, indissolublement li  lui. <p> En 1885, promu au grade d'inspecteur gnral, il fut successivement charg de la division minralogique du Sud-Ouest et de celle du Centre. Mais il ne remplit pas longtemps les fonctions de l'inspection rgionale : elles cessrent pour lui  la fin de 1887, lorsqu'il fut appel  la direction de l'cole suprieure des Mines. <p> Il continua toutefois  faire partie du Conseil gnral des Mines. Lorsque, en 1900, une inexorable maladie loigna <a href="vicaire.html">Vicaire</a> du fauteuil de la prsidence, M. Haton de la Goupillire fut dcharg de la direction de l'cole, qu'il ne quitta pas sans regret, et nomm vice-prsident du Conseil gnral des mines. <p> Il exera cette prsidence jusqu' sa retraite, c'est--dire durant trois annes, au cours desquelles, en outre de la multitude des affaires courantes, furent traites, au rapport de MM. <a href="http://annales.org/archives/x/aguillon.html">Aguillon</a>, <a href="http://annales.org/archives/x/zeiller.html">Zeiller</a>, Duporcq, <a href="http://annales.org/archives/x/nivoit.html">Nivoit</a> et autres, nombre de questions d'importance, telles que celles relatives  la rglementation de l'emploi de la dynamite dans les exploitations souterraines,  l'emmagasinement des explosifs,  la situation gnrale des mines de fer, aux accidents de grisou,  l'tude des dgagements instantans d'acide carbonique, aux conditions d'tablissement des chemins de fer miniers,  l'application de la loi sur les retraites des ouvriers mineurs. <p> Il faut me borner. Mais tout ce qui a t dit n'puise pas encore la liste des services rendus par M. Haton de la Goupillire. Il a pris une part active  l'oeuvre des comits d'organisation, des jurys, des congrs internationaux, lors des Expositions universelles de 1889 et de 1900. Lorsque fut institue par dcret du 9 novembre 1891, comme suite aux voeux mis par deux des Congrs de l'Exposition de 1889, la Commission des mthodes d'essai des matriaux de construction, M. Haton de la Goupillire et le gnral Borius furent les deux vice-prsidents de cette Commission, dont le prsident tait Alfred Picard.  <p> Je dois une mention spciale  la participation de M. Haton de la Goupillire aux travaux de la Socit d'encouragement pour l'industrie nationale. Membre du Comit des arts mcaniques de cette socit depuis le 9 juillet 1869, auteur de nombreux rapports tablis au nom de ce comit, il fut lu en 1888 prsident de la socit elle-mme ; ses prdcesseurs depuis la fondation taient Chaptal, Thnard, J.-B. Dumas et Becquerel. En vertu d'une modification apporte au rglement avant la prsidence de Becquerel, le prsident ne peut tre lu que pour trois ans ; ce fut donc seulement de janvier 1889  janvier 1892 que M. Haton de la Goupillire exera la prsidence effective de la Socit d'encouragement ; mais il en resta ensuite non seulement le prsident honoraire, mais un collaborateur inlassable. Il prsida le Comit des arts mcaniques de 1892  1915 et laissa dans la socit un tel souvenir que, lorsque, le 9 juillet 1919, cinquante ans jour pour jour se furent couls depuis son entre au Conseil d'administration de la socit, une sance spciale du conseil fut tenue  l'occasion de ce cinquantenaire qui mritait si bien d'tre honor. <p> Que dirai-je enfin des vingt-trois annes qui s'coulrent aprs que M. Haton de la Goupillire eut pris sa retraite, depuis l'ge de soixante-dix jusqu' celui de quatre-vingt-treize ans? Ce fut un long et beau soir, tout envelopp de srnit, tout consacr au bien, tout clair de cette foi catholique qui avait t la loi de sa vie et son soutien dans les preuves. Plusieurs de ses belles tudes de gomtrie analytique furent les fruits des nobles loisirs de sa vieillesse. <p> Il conserva, dans l'ge le plus avanc et jusqu'au dernier instant, la merveilleuse lucidit de son intelligence et l'activit agissante de sa bont. Le jour o il vit venir la mort, il l'accepta chrtiennement, s'y prpara pieusement, et, cela fait, Dieu servi, il crivit trois lettres d'affaires pour tout laisser ici-bas parfaitement en ordre. Magnifique exemple de cette fermet d'me et de cette haute conception du devoir, dont il ne se dpartit jamais et dont le souvenir est laiss  sou pouse tendrement aime,  ses enfants et petits-enfants, tous si dignes de lui, comme le plus prcieux des legs et la seule consolation. <p> 
