<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//IETF//DTD HTML//EN"> <html>  <head> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 3.0"> <title>Napoleon Bonaparte</title>  <meta name="Microsoft Theme" content="expeditn 011"> </head>  <body background="_themes/expeditn/exptextb.jpg" bgcolor="#FFFFFF" text="#000000" link="#993300" vlink="#666600" alink="#CC3300"><!--mstheme--><font face="Book Antiqua, Times New Roman, Times">  <p align="center"><font color="#FF0000" size="4" face="times new roman"><strong>LITTER</strong></font></p>  <p align="center"><font color="#0000FF" size="4"><strong>Multilingual literary magazine</strong></font></p>  <p><strong><font color="#FF0000">LES RFUGIS DE LA GORGONA</font> par Napoleon Bonaparte*</strong></p>  <p><strong><font color="#0000FF"><big>JE m'tais</big></font> embarqu  Livourne pour me rendre en Espagne lorsque les vents contraires nous obligrent de relcher  la Gorgona.La Gorgona est un rocher escarp qui peut avoir une demi-lieue de circuit. Il n'y avait aucun bon refuge mais, dans la ncessit o nous tions, nous fmes comme nous pmes, vu que notre navire faisait eau de plusieurs cts. </strong></p>  <p><strong>Il est peu de situations aussi pittoresques que la position de cette le, loigne de toute terre par des bras de mer immenses, environne de rochers contre lesquels les vagues se brisent avec fureur. Elle est quelquefois le refuge du ple matelot contre les temptes, mais plus souvent la Gorgona n'est pour eux q'un cueil o bien des navires ont souvent fait naufrage. Fatigu des temptes que nous avions essuyes, je dbarquai aussitt avec des matelots. Ils n'avaient jamais vu cette le et ne savaient pas si elle tait habite. Arrivs  terre, j'emploie le peu de force qui me restait  la parcourir et ne tardai pas  me convaincre que jamais crature humaine n'avait habit un si strile sjour. Je me trompais toutefois et je revins de mon erreur lorsque j'entrevis des pans de murailles demi-ruines par le temps. Ils paraissaient avoir t btis depuis plusieurs sicles. Le lierre et d'autres arbrisseaux de cette espce avaient tellement cr  leur abri qu'il tait difficile d'apercevoir les pierres. </strong></p>  <p><strong>Je fis dresser une tente dans cette enceinte o avaient t jadis des maisons, pour pouvoir y passer la nuit. Les matelots couchrent  bord et je me trouvai seul dans cette rgion. Cette ide m'occupa assez agrablement pendant une partie de la soire. Je me trouvais, je puis le dire, dans un petit monde o bien certainement il y avait de quoi pourvoir  mon entretien,  l'abri des sductions des hommes, de leurs jeux ambitieux, de leurs passions phmres. A quoi ne tenait-il que je n'y vcusse sinon heureux, du moins sage et tranquille ?... </strong></p>  <p><strong>Je m'endormis dans ces ides et l'on peut croire que je m'galai plusieurs fois  Robinson Cruso. Comme lui j'tais roi de mon le. Je n'avais pas encore achev on premier somme quand la clart d'un flambeau et des cris de surprise me rveillrent. Mon tonnement se changea en crainte quand j'entendis que l'on criait en langue italienne : Malheureux ! tu priras... </strong></p>  <p><strong>Je n'avais pour toute arme que ma canne. Je l'empoigne en me jetant en bas de mon matelas. Je cherchais la porte que je trouvais embarrasse. Je rflchissais au parti que je devais prendre lorsqu'on mit le feu  la tente en s'criant : Ainsi prissent tous les hommes ! L'accent avec lequel tait prononce cette horrible imprcation me glaa d'pouvante. Je me fis courage cependant et, demi touff par les tourbillons de fume, je parvins  me dbarrasser et  me mettre hors d'atteinte du feu. Je cherchai alors le lche ennemi qui m'avait voulu sacrifier aussi inhumainement, mais je ne vis personne et n'entendis aucun bruit.</strong></p>  <p><strong>Que l'on se figure ma situation ! </strong></p>  <p><strong>Le coeur encore saisi du danger auquel je venais d'chapper..., alarm de ceux que je pouvais encore courir et que je ne pouvais prvoir..., nu, expos  un vent des plus violents, les maux de ma situation taient encore augments par le mugissement des vagues et l'obscurit de la nuit. Je voyais,  la lueur de la flamme qui consumait mon habitation, les ruines o j'avais assis ma demeure. Elles semblaient me dire que tout prit dans la nature et qu'il fallait que je prisse.&nbsp; ... Je ne restai pas un quart d'heure dans cette situation que j'entendis du bruit et, un moment aprs, je vis arriver deux hommes. Je l'avoue, sans armes, je me cachai derrire la demeure en attendant que je pusse comprendre pourquoi ils taient si cruels, car je ne pouvais m'imaginer qu'ils fussent si anims contre les hommes sans quelque forte raison. </strong></p>  <p><strong>Quel fut mon tonnement quand les paroles suivantes frapprent mes oreilles : Ma fille, sur le bord de sa tombe, tu as livr ton pre aux cuisants remords. O Dieu ! entends les gmissements de cette dplorable victime. Il invoque l'Eternel qui, depuis tant d'annes, soutient notre vie. Ma fille, qu'as-tu fait ? Peut-tre as-tu immol aux mnes de nos compatriotes un compatriote mme. Peut-tre est-ce un de ces Anglais vertueux qui protgent encore nos fugitifs citoyens... Non ! non ! mon me ne peut y survivre. J'ai support les malheurs de ma patrie, ceux de ma famille, les miens, tant que l'innocence a rgn dans mon coeur, mais ces cheveux blancs souills par le crime... Adieu, ma fille... J'expie ton crime. Oui, flammes ardentes, purifiez... Ma fille, je te pardonne. Vis pour me venger et ne pardonne jamais aux tyrans de la patrie... Impute-leur jusqu' ce nouveau crime. Impute-leur la mort de ton pre. </strong></p>  <p><strong>Ce discours me fit renatre... De pareilles situations sont difficiles  peindre... Je me prcipite aux pieds du vertueux vieillard.&nbsp; Oui, mon pre, lui dis-je, je suis Anglais et Anglais de vos amis. Ce que je viens d'entendre me console de l'accident malheureux qui a failli me coter la vie. Aprs l'expression d'allgresse, le vieillard me conduisit dans la caverne qu'il habitait :</strong></p>  <p><strong>Sois bienvenu, Anglais. Vous rgnez ici. La vertu a le droit d'tre vnre en tous lieux. Je ne finirais jamais si je voulais rapporter tous les rcits que nous tnmes. Je lui demandai le rcit des vnements qui l'avaient port  fuir la socit de l'homme et il commena en ces termes : </strong></p>  <p><strong>J'ai puis la vie en Corse et avec elle un violent amour pour mon infortune patrie et pour son indpendance. Nous languissions alors dans les chanes des Gnois. Ag encore que de vingt ans, je dployai le premier l'tendard de la libert et mon bras jeune et dsespr remporta sur les tyrans des avantages que mes compatriotes chantaient encore il y a dix ans... Quelques annes aprs, nos tyrans appelrent  leur secours les Allemands. Qu'avions-nous fait aux Allemands pour qu'ils vinssent nous faire la guerre ? Ils en furent la dupe toutefois et nous vmes plusieurs fois l'aigle impriale fuir devant nos agiles montagnards... Les mchants dans ce monde ont des amis et les Franais vinrent  leur secours. Les Franais aprs avoir t<br> battus nous battirent. Les plaines et les villes se soumirent. Pour moi, je me rfugiais avec ceux de mes compagnons qui avaient jur de ne pas survivre  la libert de la patrie. </strong></p>  <p><strong>Aprs diverses vicissitudes, Paoli di Rostino fut fait premier magistrat et gnral. Nous chassmes nos tyrans. Nous tions libres, nous tions heureux, losque les Franais, que l'on dit tre ennemis des hommes libres, vinrent arms du fer et du flambeau et, en deux ans, contraignirent Paoli de s'en aller et la nation  se soumettre. Quant  moi, avec mes amis et parents nous soutnmes la guerre pendant huit ans. Je vis, pendant cet intervalle, quarante de mes compagnons terminer leur vie par le supplice du criminel. Un jour que nous rsolmes de nous venger, nous descendmes prs de soixante - c'tait le triste reste des dfenseurs de la libert ! Dans les plaines nous prmes plus de cent Franais. Nous les conduisions  notre demeure lorsque<br> nous fmes avertis que les tyrans s'en taient empars. Je quittai mes gens pour voler au secours de mon infortun pre que je trouvai nageant dans son sang. Il n'eut que la force de me dire : Mon fils, venge-moi. C'est la premire loi de la nature. Meurs comme moi, n'importe, mais ne reconnais jamais les Franais pour matres. Je continuais mon chemin pour aller savoir des nouvelles de ma mre lorsque je trouvai son corps nu, charg de blessures et dans la posture la plus rvoltante. Ma femme, trois de mes frres avaient t pendus sur les lieux mmes. Sept de mes fils, dont trois ne passaient pas cinq ans, avaient eu le mme sort. Nos cabanes taient brles, le sang de nos brebis tait confondu avec celui de mes parents. Je cherchais ma fille et ne la trouvai pas ; furieux, gar, transport par la rage, je voulais voler mourir par les coups de ces brigands qui avaient fait prir tous les miens. Retenu cependant par mes compagnons, nous enterrmes tous les corps de nos infortuns parents et nous rsolmes... O Dieu ! que ne rsolmes-nous pas !... Mais enfin nous prmes le parti de quitter une le proscrite o des tigres rgnaient. Notre btiment dbarque  la Gorgona. Je trouvai le paysage conforme  mon humeur et j'y restai. Je ne gardai que trois fusils et quatre barils de poudre. Mes compagnons continurent leur cours vers l'Italie. Je vis partir le navire sans chagrin.</strong></p>  <p><strong>J'avais des nourritures pour trois jours. Je sais qu'il est peu d'endroits sur la terre o il n'y ait de quoi nourrir l'homme. Les btiments o vous tiez sont les ruines d'un ancien monastre et la citerne existe encore. Les poissons et les insectes de la mer, les glands des chnes verts que vous voyez me servent de nourriture. Je me regarde ici comme le dictateur d'une rpublique. Les oiseaux sont nombreux sur ces rochers, mais je n'en tue jamais. Ce sont mes sujets. Mais comment pourrais-je en tuer puisque je n'en vois jamais ?... Les malheurs qui ont empoisonn mes jours m'ont rendu la clart du soleil importune. Il ne luit jamais pour moi. Je ne respire l'air que la nuit et mes regrets ne sont pas renouvels par l'aspect des montagnes o vcurent<br> mes anctres. La petite fort de pins que vous voyez ici  ct nous donne du bois plus que nous n'en avons besoin et ce bois nous claire. </strong></p>  <p><strong>C'est  la lueur de ces flambeaux que nous vivons. Nos courses, nos pches sont claires par cet astre, qui, s'il n'est pas aussi brillant que le vtre, n'claire du moins que des actions justes.&nbsp; Je passai une anne sans aucun vnement, lorsque environ  cette heure-ci, un jour, dans le mois de dcembre, j'aperus du ct de la citerne des feux qui m'annonaient l'arrive de quelques hommes. Je me glissai avec le moins de bruit qu'il me fut possible et je vis sept Turcs qui tenaient trois hommes enchans. Je les vis les dlier, en tuer un, et donner la libert aux autres en ne leur donnant aucune nourriture. Aprs cet vnement, ils se rembarqurent. Quand je me fus assur que les deux nouveaux dbarquants n'taient pas Franais, je rsolus de leur donner refuge. Pour cela faire, je retournai &nbsp; ma demeure et allumai un grand feu. Attirs par la lueur, ils y vinrent. Quelle fut ma surprise, je reconnus ma fille. L'autre tait un jeune Franais. En considration de ma fille je lui accordai la vie. Monsieur, lui dis-je, vous saurez que je suis un ennemi de votre nation, et j'ai jur sur mes autels, par le Dieu qu'ils ont outrag, de venger, de massacrer tous ceux qui tomberaient en ma<br> puissance. je vous exempte toutefois en considration de ma fille. Cherchez une demeure dans cette le qui soit loigne de celle-ci. Ne sortez jamais que lorsque le soleil est sur l'horizon. Je vous laisse vivre. A dfaut de quoi votre mort s'ensuivrait.</strong></p>  <p><strong>Trois ans se passrent ainsi sans que j'eusse eu la curiosit de voir s'il vivait toujours. J'y allai au bout de ce terme et ne trouvai aucun vestige de son corps. J'ignore ce qu'il peut tre devenu. Je bnis toutefois le ciel qui m'a dlivr de ce mchant homme.&nbsp; </strong></p>  <p><strong>Il y a six ans que je fus rveill par le bruit de plusieurs coups de canon et de mousqueterie. Le soleil s'tait lev. Je ne voulus pas, quoique j'en eusse bien envie, trahir mon serment et j'attendis la nuit. Elle n'avait pas plutt rpandu ses voiles que j'allumai un grand feu et me mis  faire la tourne de mon royaume. Je vis sept hommes couchs  terre, tendus sur des couvertures, et quatre autres qui les soignaient. Les quatre vinrent  moi. Insens ! je n'eus pas l'esprit de me dfendre. Ils me tirrent ma barbe, me battirent, me bafourent, m'appelrent sauvage. Ils voulurent m'obliger  dire o il y avait de l'eau. Je ne voulus jamais pour les punir de leurs mauvais traitements. C'taient d'ailleurs des Franais. Ma fille qui me suit presque toujours vint</strong></p>  <p><strong>bientt. Elle ne me vit pas plutt dans l'tat o j'tais tir qu'elle tua d'un coup de fusil deux de ces brigands. Les deux autres se sauvrent. La frgate tait  une certaine distance. Elle ne pouvait pas approcher  cause des rochers. Je leur criai de venir prendre leurs malades. Ils envoyrent trois hommes qui vinrent  la nage. Je leur permis  tous de s'embarquer. O ingratitude affreuse ! Ils ne furent pas plutt arrivs  leur frgate qu'ils tirrent quelques coups de canon contre les restes des ruines qu'ils prirent pour mon habitation. </strong></p>  <p><strong>Depuis ce temps-l, j'ai jur de nouveau sur mon autel de ne plus pardonner  aucun Franais. Il y a quelques annes que j'ai vu prir deux btiments de cette nation. Quelques bons nageurs se sauvrent dans l'le, mais nous leur donnmes la mort. Aprs les avoir secourus comme hommes, nous les tumes comme Franais. L'anne passe, un des bateaux qui font la correspondance de l'le de Corse avec la France vint chouer ici. Les cris pouvantables de ces malheureux m'attendrirent. Je me suis souvent reproch cette faiblesse depuis, mais que voulez-vous, monsieur, je suis homme et avant d'avoir le coeur d'un roi ou d'un ministre, il faut bien avoir touff ces sentiments qui nous lient  la nature et je n'tais roi que depuis onze ans. J'allumai donc un grand feu vers l'endroit o ils pouvaient aborder et, par ce moyen, je les sauvai. Vous vous attendez peut-tre que leur reconnaissance... Eh ! non ! Ces monstres,  peine arrivs ici, tranchrent des matres. Deux cavaliers escortaient un criminel qu'ils laissrent  bord. Je demandai ce qu'il avait fait. Ils me rpondirent que c'tait une canaille de Corse, que ces gens mritaient tous d'tre pendus. Ma colre fut grande. Mais que devais-je faire ? Ils me reconnurent comme Corse et prtendirent me conduire avec eux. J'tais un coquin qu'il fallait rouer. Ils firent plus : ils m'enchanrent. Ils prtendaient que l'on avait promis une rcompense pour ceux qui me livreraient. J'tais perdu. J'allais expier par les supplices ma fcheuse mollesse. Mes anctres irrits se vengeaient de ce que j'avais trahi la vengeance due  leurs mnes... Cependant le ciel, qui connaissait mon repentir, me sauva. Le btiment fut retenu sept jours. Au bout de ce terme, ils manqurent d'eau. Il fallait savoir o l'on pourrait en puiser. Il fallut me promettre la libert. L'on me dlia. Je profitai de ce moment et j'enfonai le stylet de la vengeance dans le coeur de deux de ces perfides. Je vis alors pour la premire fois l'astre de la nature. Que sa splendeur me parut brillante mais,  Dieu ! comment pouvait-il contempler de pareilles trahisons ! </strong></p>  <p><strong>Cependant ma fille tait  bord, garrotte ainsi que je l'avais t. Heureusement que ces hommes brutaux ne s'taient pas aperus de son sexe. Il fallait aviser au moyen de la dlivrer. Aprs y avoir longtemps rv, je me revtis de l'habit d'un des soldats que j'avais tus. Arm de deux pistolets que je trouvai sur lui, de son sabre, de mes quatre stylets, j'arrivai au btiment. Le patron et un mousse furent les premiers qui sentirent le glaive de mon indignation. Les autres tombrent galement sous les coups de ma fureur. Je recueillis tous les meubles qui pouvaient appartenir  l'quipage. Nous tranmes leurs corps aux pieds de notre autel et l, nous les consummes. Ce nouvel encens parut tre favorable  la divinit... </strong></p>  <p><font color="#FF0000"><strong>Empereur de France&nbsp; (n.1769-m.1821) </strong></font></p>  <p><strong><a href="index.htm">HOME</a>&nbsp;&nbsp; <a href="french.htm"><font color="#0000FF">FRANCAIS</font></a></strong></p>  <p>&nbsp;</p>  <p><strong>&nbsp;</strong> &nbsp; &nbsp;</p> <!--mstheme--></font></body> </html> 
