<!doctype html public "-//W3C//DTD HTML 3.2//EN"> <HTML> <HEAD> <TITLE> homestudio - revue audiolab </TITLE>  <META HTTP-EQUIV="Content-Language" CONTENT="fr"> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=ISO-8859-1">  <META NAME="description" CONTENT=""> <META NAME="keywords" CONTENT="">    </HEAD>  <BODY BGCOLOR="#66CCFF" TEXT="#000000" LINK="#0000EE" VLINK="#6699FF" ALINK="#FFFF00"> <IMG SRC="../../img/revue/5.GIF" BORDER="0" WIDTH="200" HEIGHT="48"> <BR> <BR> <BR><HR NOSHADE>  <a href="asr2.html">Table des mati&egrave;res</a>  <hr size=3 width=30%> <br><br> <IMG width=203 height=97 border=0 Align=center SRC="asr.gif" alt="Titre"> <br><br><br><br> </CENTER> <blockquote> <b>Un certain Pierre Schaeffer...</b><p> <A HREF="#frba">Fran&ccedil;ois Bayle</A><p> ____________________________________________<p> <b><p> </b><p> <p> 	Dans un dessin caricatural, qui orne la couverture de ses <i><A HREF="#note1">Machines &agrave; Communiquer</A></i>, et<b><i> </i></b>o&ugrave; l'on voit de petits personnages s'effor&ccedil;ant d'embo&icirc;ter l'un dans l'autre deux &eacute;normes objets, l'un rond, l'autre carr&eacute;... Pierre Schaeffer se r&eacute;v&egrave;le. <p> 	Vanit&eacute; des visions de la v&eacute;rit&eacute; et de leur accord incertain, n&eacute;cessit&eacute; de la communication et compromis de leur interface.., on pourrait dans bien des lectures possibles retrouver la le&ccedil;on schaefferienne, o&ugrave; l'humour et le sens concret de la vie ont &agrave; &lt;&lt;&nbsp;vacciner&nbsp;&gt;&gt;, comme il aimait &agrave; dire, la technicit&eacute; et la science des sp&eacute;cialistes (qu'il d&eacute;testait autant qu'il utilisait).<p> 	Que Pierre Schaeffer soit entr&eacute; dans l'Histoire pour avoir invent&eacute; un art nouveau et &eacute;tonnant - la <i>musique concr&egrave;te</i> - constitue un fait suffisamment remarquable d&eacute;j&agrave; pour honorer sa m&eacute;moire. Mais ce serait r&eacute;duire &agrave; son ombre rapport&eacute;e au seul plan esth&eacute;tique le profil essentiellement pluridisciplinaire d'un tel personnage.<p> 	Novateur il apparut au m&ecirc;me titre qu'un John Cage, dans le geste scandaleux d'&eacute;largir le domaine musical jusqu'au monde g&eacute;n&eacute;ral des bruits.<p> Mais novateur il fut, et en profondeur, lorsqu'il eut imm&eacute;diatement conscience de promouvoir une mode sans lendemain si elle ne se r&eacute;v&eacute;lait comme le fruit fertile d'un concept plus riche: la <i>recherche musicale</i>, au carrefour des moyens de synth&egrave;se et des objets de perception.<p> 	De l'&eacute;tude de leurs corr&eacute;lations infinies il fut et restera le grand pr&eacute;curseur. Son imposant <i><A HREF="#note2">Trait&eacute; des Objets Musicaux</A> </i>paru en 1966 demeure l'ouvrage notoirement le plus cit&eacute; dans les bibliographies des chercheurs.<p> 	Cependant ceci n'est encore que le portrait d'un certain Pierre Schaeffer. Tr&egrave;s exactement celui qui avec une poign&eacute;e d'oeuvres et quelques ouvrages primordiaux boucla en une petite douzaine d'ann&eacute;es (1948-54, puis 58-60, 64-68 enfin) une r&eacute;volution musicale qu'aucun des grands compositeurs de notre &eacute;poque n'aurait eu l'audace de concevoir et dont seul Olivier Messiaen sut reconna&icirc;tre et soutenir imm&eacute;diatement l'entreprise d'une &lt;&lt; musique la plus g&eacute;n&eacute;rale qui soit &gt;&gt;.<p> 	Le personnage complet ne saurait &ecirc;tre saisi sous un seul angle. En fait Schaeffer visait plusieurs cibles, notamment la plus large, celle de la relation humaine, o&ugrave; pouvoir et communication s'entrelacent, o&ugrave; concret et abstrait se r&eacute;pondent, art et technique s'opposent et s'alternent, comme guerre et paix.<p> 	La musique alors, c'&eacute;tait dans les moments de repli, le jardin secret des exp&eacute;riences en r&eacute;duction, tout autant que la m&eacute;taphore sup&eacute;rieure, l'horizon chim&eacute;rique.<p> 	Ce conflit permanent avec lui-m&ecirc;me lui tenait lieu de discipline et de morale. Il avait &agrave; coeur de propager cette inqui&eacute;tude mobilisatrice et de la mettre au service de l'intelligence. Toute son activit&eacute; dans le secteur public fut d&eacute;vou&eacute;e &agrave; promouvoir la recherche dans son questionnement, toujours au bord de l'&eacute;chec, jug&eacute; par lui comme plus fructueux souvent que la r&eacute;ussite -- ce qui &eacute;tait parfois difficile &agrave; vivre par ses collaborateurs.<p> 	Apr&egrave;s avoir dans les ann&eacute;es 50 invent&eacute; <i>l'art radiophonique</i>, il fut l'instigateur d'une forme de t&eacute;l&eacute;vision diff&eacute;rente, dans le cadre d'un <i>Service de la Recherche</i> qu'il a cr&eacute;&eacute; et anim&eacute; de 1960 &agrave; 1975.<p> 	Ainsi, convoquant r&eacute;guli&egrave;rement de grands &eacute;crivains, philosophes, scientifiques, t&eacute;moins du XXdeg. si&egrave;cle, Cl. Levi Strauss, R. Oppenheimer, G.Lukacs, F. Ponge.., il donnait &agrave; voir et &agrave; entendre dans sa c&eacute;l&egrave;bre s&eacute;rie d'<i>Un certain regard</i> une dimension critique de l'aventure moderne.<p> 	L'art musical n'&eacute;tait pas oubli&eacute;, avec K. Stockhausen, E. Var&egrave;se, O. Messiaen, H. Scherchen, B. Maderna, ou encore Cecil Taylor ou Pierre Henry.<p> 	Ni l'humour extravagant des <i>Shadocks </i>de Jacques Rouxel, ses personnages hilarants, habitants de plan&egrave;tes d&eacute;glingu&eacute;es, et explorateurs des trous noirs de la logique...<p> 	On a souvent - et &agrave; tort - compar&eacute; Schaeffer &agrave; Mac Luhan, dont il ne partageait ni le positivisme anglo-saxon ni l'optimisme futuriste.<p> 	C'est que, marqu&eacute; par un go&ucirc;t religieux de la tradition, il souhaitait entrer dans l'<i>Avenir &agrave; reculons </i>-- pour reprendre le titre d'un de ses livres (et l'expression de P. Valery) -- sans troquer les valeurs vitales de nos h&eacute;ritages culturels pour la pacotille moderniste et mortif&egrave;re dont l'engouement m&eacute;diatique l'exasp&eacute;rait.<p> 	Il reste encore &agrave; dire de l'homme Schaeffer le pouvoir de l'&eacute;loquence et de l'&eacute;criture. <p> 	Capable comme les Barthes et Lacan des S&eacute;minaires, de tenir en haleine des heures durant son auditoire hebdomadaire, il &eacute;tonnait par ses synth&egrave;ses d&eacute;rangeantes. Ceux qui ont particip&eacute; &agrave; ces s&eacute;ances se souviendront toujours de cette voix magn&eacute;tique, s&eacute;duisante de bon sens et d'ironie, et qui lui causa aussi de si tenaces inimiti&eacute;s.<p> 	Homme de la communication orale, animateur, organisateur, strat&egrave;ge, o&ugrave; trouvait-il le temps d'&ecirc;tre aussi dramaturge, romancier, essayiste, p&eacute;dagogue ? L'ensemble imposant de ses &eacute;crits et de ses ouvrages -- dont le rassemblement est entrepris par l'Universit&eacute; fran&ccedil;aise et l'Institut national de l'audiovisuel -- fournira aux chercheurs, l'espace des dimensions de cet auteur, multim&eacute;dia avant la lettre, qui avait adopt&eacute; et mis en pratique le c&eacute;l&egrave;bre &lt;&lt; je trouve d'abord, je cherche ensuite &gt;&gt; (attribu&eacute; &agrave; Picasso).<p> 	On recommandera parmi ses livres, le savoureux <i><A HREF="#note3">Faber et Sapiens</A></i>, l'un de ses derniers t&eacute;moignages...<p> 	Mais peu &agrave; peu son indiscipline lucide et la constante port&eacute;e critique de ses analyses souvent cinglantes &eacute;carteront de la sc&egrave;ne un acteur respect&eacute; mais surtout craint pour son esprit d&eacute;stabilisateur. Depuis quelques ann&eacute;es, emmur&eacute; dans le mutisme de la maladie, d&eacute;j&agrave; Pierre Schaeffer nous avait discr&egrave;tement quitt&eacute;...<p> 	Sa disparition lib&egrave;re aujourd'hui la consid&eacute;rable port&eacute;e de ses id&eacute;es et de ses entreprises, dont cependant la musique fut et restera le <i>coeur r&eacute;v&eacute;lateur.</i><p> <p> <b><i><p> ________________________________________<p> <B><I>N O T E S</I></B></i></b><p> <A NAME="note1">1</A> <i>Machines &agrave; communiquer </i>; tome 1 : Gen&egrave;se des simulacres, 1970; tome&nbsp;2: Pouvoir et communication, 1972 (&Eacute;ditions du Seuil, Paris).<p> <A NAME="note2">2</A> <i>Trait&eacute; des objets musicaux </i>; 1966 (&Eacute;ditions du Seuil, Paris).<br> Le Groupe de recherches musicales fond&eacute; en 1958, en fut le laboratoire, puis le Service de la recherche de la Radiot&eacute;l&eacute;vision fran&ccedil;aise et maintenant l'INA, Institut national de l'audiovisuel. L'Ina-GRM et l'Ircam constituent en France les hauts lieux de recherche musicale internationalement reconnus o&ugrave; se sont d&eacute;ploy&eacute;es des g&eacute;n&eacute;rations de chercheurs et de cr&eacute;ateurs.<p> <A NAME="note3">3</A> <i>Faber et Sapiens</i> ; 1985 (&Eacute;ditions Belfond, Paris).<p> <br><br> <A NAME="frba"><hr size=2 width=50%></A> <br><br> Fran&ccedil;ois Bayle -- Collaborateur de la premi&egrave;re heure de P. Schaeffer au Service de la recherche (1960), il se voit confi&eacute; le GRM en 1966, qu'il dirige ensuite au sein de l'INA depuis 1975. Compositeur, chercheur, il y anime personnellement de nombreuses activit&eacute;s, cycles de concerts, s&eacute;ries radiophoniques, s&eacute;minaires et publications, et notamment dans le cadre de l<i>'Acousmath&egrave;que </i>qu'il a cr&eacute;&eacute;e, une collection CD de renomm&eacute;e interna tionale (40 compositeurs, 100 oeuvres, dont l'oeuvre compl&egrave;te de <i>Pierre Schaeffer et P. Schaeffer-P.Henry</i> en un coffret de 4 CD, accompagn&eacute; d'un livre).<p> </blockquote> <CENTER> <br><br> <br><br>  <a href="asr2p15.html">Page suivante - <I>Next Page</I></a> <br><br> <br><br> <hr size=3 width=30%>  <a href="asr2.html">Table des mati&egrave;res</a>  <br><br>  </FONT> </CENTER> <BR>  <BR> <P><HR ALIGN=LEFT NOSHADE></P>  <P>R&eacute;f&eacute;rence: </P>  <P><HR ALIGN=LEFT NOSHADE></P>  <P><BR> <BR> <BR> <HR ALIGN=LEFT NOSHADE>  </BODY> </HTML> 
