<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html;"> <LINK REL=STYLESHEET TYPE="text/css" HREF="./../../style.css"> </HEAD> <BODY>  <CENTER> <H1>Le Gouvernement omnipotent</H1> <H2>De l'&Eacute;tat totalitaire &agrave; la guerre mondiale</H2> <P>&Eacute;ditions politiques, &eacute;conomiques et sociales &#151; Librairie de M&eacute;dicis &#151; Paris (1947)</P> </P> </CENTER> <P ALIGN="RIGHT">par <B>Ludwig von Mises</B> <P ALIGN="RIGHT">traduit par M. de Hulster  <CENTER> <H3>Conclusion</H3> <H4>I</H4> </CENTER>  <P>Les lib&eacute;raux du XVIIIe si&egrave;cle avaient pleine confiance dans la perfectibilit&eacute; humaine. Tous les hommes sont, d'apr&egrave;s eux, &eacute;gaux et dou&eacute;s de la facult&eacute; de saisir le sens de d&eacute;ductions compliqu&eacute;es. C'est pourquoi ils comprendront les enseignements de la philosophie &eacute;conomique et sociale&nbsp;; ils se rendront compte que c'est seulement dans une &eacute;conomie de march&eacute; libre que les int&eacute;r&ecirc;ts bien compris (c'est-&agrave;-dire &agrave; longue &eacute;ch&eacute;ance) de tous les individus et de tous les groupes d'individus peuvent &ecirc;tre en harmonie compl&egrave;te. Ils r&eacute;aliseront l'utopie lib&eacute;rale. L'humanit&eacute; est &agrave; l'aube d'un &acirc;ge de prosp&eacute;rit&eacute; durable et de paix &eacute;ternelle parce que la raison sera d&eacute;sormais supr&ecirc;me.</P>  <P>Cet optimisme &eacute;tait enti&egrave;rement bas&eacute; sur l'hypoth&egrave;se que tous les individus de toutes les races, toutes les nations et tous les pays sont assez avis&eacute;s pour comprendre les probl&egrave;mes de la coop&eacute;ration sociale. Il n'est jamais arriv&eacute; aux anciens lib&eacute;raux de douter de cette hypoth&egrave;se. Ils &eacute;taient convaincus que rien ne pouvait emp&ecirc;cher les progr&egrave;s des lumi&egrave;res et la diffusion de la pens&eacute;e lib&eacute;rale. Cet optimisme &eacute;tait la cause de la confiance de Lincoln dans le principe que <I>vous ne dupez pas tout le monde tout le temps</I>.</P>  <P>Les th&eacute;ories &eacute;conomiques sur lesquelles est bas&eacute;e la doctrine lib&eacute;rale sont irr&eacute;futables. Pendant plus de cent cinquante ans, tous les efforts d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s faits pour r&eacute;futer les enseignements de ce que l'un des plus grands pr&eacute;curseurs du totalitarisme et du nazisme, Carlyle, a d&eacute;crit comme la <I>science sinistre</I>, ont &eacute;chou&eacute; lamentablement. Tous ces soi-disant &eacute;conomistes ne purent &eacute;branler la th&eacute;orie ricardienne du commerce ext&eacute;rieur ou les enseignements concernant les effets de l'ing&eacute;rence &eacute;tatique dans une &eacute;conomie de march&eacute;. Personne n'a r&eacute;ussi dans les essais pour rejeter la d&eacute;monstration selon laquelle aucun calcul &eacute;conomique n'est possible dans un syst&egrave;me socialiste. La d&eacute;monstration que dans une &eacute;conomie de march&eacute; il n'y a aucun conflit entre les int&eacute;r&ecirc;ts bien compris n'a pu &ecirc;tre r&eacute;fut&eacute;e.</P>  <P>Mais tous les hommes auront-ils une juste compr&eacute;hension de leurs propres int&eacute;r&ecirc;ts&nbsp;? Qu'arrivera-t-il s'ils ne l'ont pas&nbsp;? L&agrave; est le point faible du plaidoyer lib&eacute;ral pour un monde libre de coop&eacute;ration pacifique. La r&eacute;alisation du plan lib&eacute;ral est impossible parce que &#151; tout au moins &agrave; notre &eacute;poque &#151; les hommes n'ont pas la capacit&eacute; intellectuelle de comprendre les principes d'une &eacute;conomie saine. La plupart des hommes sont trop born&eacute;s pour suivre des encha&icirc;nements logiques compliqu&eacute;s. Le lib&eacute;ralisme a &eacute;chou&eacute; parce que les capacit&eacute;s intellectuelle de l'immense majorit&eacute; sont insuffisantes pour ce travail de compr&eacute;hension.</P>  <P>Il est vain d'attendre un changement dans le futur imm&eacute;diat. Les hommes ne sont quelquefois m&ecirc;me pas capables de voir les faits les plus simples et les plus &eacute;vidents. Rien ne devrait &ecirc;tre plus facile &agrave; comprendre que la victoire ou la d&eacute;faite sur le champ de bataille&nbsp;; et pourtant des millions d'Allemands sont fermement convaincus que ce ne furent pas les alli&eacute;s mais l'Allemagne qui fut victorieuse dans la premi&egrave;re guerre mondiale. Aucun nationaliste allemand n'a jamais admis que l'arm&eacute;e allemande a &eacute;t&eacute; battue sur la Marne en 1914 et en 1918. Si de telles choses sont possibles avec les Allemands, comment pouvons-nous esp&eacute;rer que les Hindous, adorateurs de la vache, comprennent les th&eacute;ories de Ricardo et de Bentham&nbsp;?</P>  <P>Dans un monde d&eacute;mocratique, m&ecirc;me la r&eacute;alisation des plans socialistes d&eacute;pendrait du fait que la majorit&eacute; reconnaisse leur opportunit&eacute;. Mettons pour l'instant de c&ocirc;t&eacute; tous les doutes sur la viabilit&eacute; &eacute;conomique du socialisme. Admettons, pour les besoins du raisonnement, que les socialistes aient raison d'approuver la planification socialiste. Marx, imbu de mysticisme h&eacute;g&eacute;lien du <I>Weltgeist</I>, &eacute;tait convaincu qu'il existe quelques facteurs dialectiques agissant dans l'&eacute;volution des affaires humaines, qui poussent les prol&eacute;taires &#151; l'immense majorit&eacute; &#151; vers la r&eacute;alisation du socialisme, &eacute;videmment sa propre conception du socialisme. Il admettait tacitement &agrave; la fois que le socialisme est ce qui convient le mieux aux int&eacute;r&ecirc;ts du prol&eacute;tariat et que les prol&eacute;taires le comprennent. Franz Oppenheimer, jadis professeur de l'Universit&eacute; &agrave; tendance marxiste de Francfort, pr&eacute;tendait&nbsp;: <I>Les individus se trompent souvent dans la poursuite de leurs int&eacute;r&ecirc;ts&nbsp;; une classe ne se trompe jamais &agrave; la longue</I> <A HREF="#note1">[1]</A>.</P>  <P>Les marxistes r&eacute;cents ont abandonn&eacute; ces illusions m&eacute;taphysiques. Ils doivent faire face &agrave; cette situation&nbsp;: quoique le socialisme soit dans de nombreux pays la croyance politique de la grande majorit&eacute;, il n'y a aucune unanimit&eacute; en ce qui concerne la cat&eacute;gorie de socialisme qui doit &ecirc;tre adopt&eacute;e. Ils ont appris qu'il existe beaucoup de cat&eacute;gories diverses de socialisme et que beaucoup de partis socialistes se combattent &acirc;prement. Ils n'esp&egrave;rent plus qu'un type unique de socialisme puisse rencontrer l'approbation de la majorit&eacute; et que leur propre id&eacute;al soit soutenu par le prol&eacute;tariat entier. Ces marxistes sont maintenant convaincus que seule une &eacute;lite a la possibilit&eacute; intellectuelle de comprendre les bienfaits du socialisme v&eacute;ritable. Cette &eacute;lite &#151; qui se qualifie elle-m&ecirc;me d'avant-garde du prol&eacute;tariat et non de la masse &#151; a le devoir sacr&eacute;, conclurent-ils, de prendre le pouvoir par une action violente, d'exterminer tous ses adversaires et d'&eacute;tablir le mill&eacute;naire socialiste. Sur cette question de proc&eacute;dure, il y a accord complet entre L&eacute;nine et Werner Sombart, entre Staline et Hitler. Ils ne diff&egrave;rent que sur la question de savoir o&ugrave; est l'&eacute;lite.</P>  <P>Les lib&eacute;raux ne peuvent accepter cette solution. Ils ne croient pas qu'une minorit&eacute;, m&ecirc;me si elle repr&eacute;sentait la v&eacute;ritable &eacute;lite de l'humanit&eacute;, peut durablement r&eacute;duire au silence la majorit&eacute;. Ils ne croient pas que l'humanit&eacute; peut &ecirc;tre sauv&eacute;e par la contrainte et l'oppression. Ils pr&eacute;voient que les dictatures doivent aboutir &agrave; des conflits interminables, &agrave; des guerres, &agrave; des r&eacute;volutions. Un gouvernement stable exige le libre consentement des gouvern&eacute;s. La tyrannie, m&ecirc;me la tyrannie de despotes bienveillants, ne peut apporter la paix durable et une prosp&eacute;rit&eacute;.</P>  <P>On ne dispose d'aucun rem&egrave;de si les hommes sont incapables de discerner ce qui convient le mieux &agrave; leur bonheur. Le lib&eacute;ralisme est impraticable parce que la plupart des hommes sont encore trop peu &eacute;clair&eacute;s pour comprendre son sens. Il y avait une erreur psychologique dans le raisonnement des vieux lib&eacute;raux. Ils surestimaient &agrave; la fois la capacit&eacute; intellectuelle de l'homme moyen et l'aptitude de l'&eacute;lite &agrave; convertir ses concitoyens moins avertis &agrave; des id&eacute;es saines.</P>  <CENTER> <H4>II</H4> </CENTER>  <P>Les questions essentielles des probl&egrave;mes internationaux actuels peuvent &ecirc;tre ainsi r&eacute;sum&eacute;es&nbsp;:</P>  <P>1 Une paix durable n'est possible qu'avec un capitalisme parfait, jusqu'&agrave; maintenant et nulle part totalement tent&eacute; ou r&eacute;alis&eacute;. Dans un monde &agrave; la Jefferson d'&eacute;conomie libre de march&eacute;, le domaine des activit&eacute;s gouvernementales est limit&eacute; &agrave; la protection des vies, de la sant&eacute; et de la propri&eacute;t&eacute; des individus contre l'agression violente ou frauduleuse. Les lois, l'administration et les tribunaux traitent de fa&ccedil;on &eacute;gale nationaux et &eacute;trangers. Aucun conflit international ne peut survivre&nbsp;: il n'y a aucune cause &eacute;conomique de guerre.</P>  <P>2 La libre majorit&eacute; de la main-d'oeuvre tend &agrave; une &eacute;galisation de la productivit&eacute; du travail et par l&agrave; &agrave; celle des taux de salaires &agrave; travers le monde entier. Si les travailleurs des r&eacute;gions relativement peu peupl&eacute;es cherchent &agrave; conserver leur niveau de vie plus &eacute;lev&eacute; par des barri&egrave;res &agrave; l'immigration, ils ne peuvent &eacute;viter de nuire aux int&eacute;r&ecirc;ts des travailleurs des r&eacute;gions relativement surpeupl&eacute;es (&agrave; la longue, en outre, ils nuisent aussi &agrave; leurs propres int&eacute;r&ecirc;ts).</P>  <P>3 L'intervention &eacute;tatique dans la vie &eacute;conomique et les politiques syndicales font monter de pair les co&ucirc;ts nationaux de production et diminuent ainsi la puissance de concurrence des industries nationales. C'est pourquoi elles n'atteindraient pas leurs fins m&ecirc;me &agrave; court terme si elles n'&eacute;taient pas compl&eacute;t&eacute;es par des barri&egrave;res de migration, la protection des industries nationales et &#151; dans le cas des industries d'exportation &#151; par le monopole. Comme toute d&eacute;pendance du commerce ext&eacute;rieur limite n&eacute;cessairement le pouvoir de l'&Eacute;tat sur le contr&ocirc;le de l'industrie nationale, l'interventionnisme aspire in&eacute;luctablement &agrave; l'autarcie.</P>  <P>4 Le socialisme, quand il n'est pas appliqu&eacute; sur une &eacute;chelle mondiale, est imparfait si le pays socialiste d&eacute;pend d'importations venant de l'&eacute;tranger et s'il doit donc encore produire des marchandises &agrave; vendre sur le march&eacute;. Il importe peu que les pays &eacute;trangers &agrave; qui se font les achats et les ventes soient socialistes ou non. Le socialisme aussi doit aspirer &agrave; l'autarcie.</P>  <P>5 Protectionnisme et autarcie signifient discrimination contre la main-d'oeuvre et le capital &eacute;trangers. Ils ne diminuent pas seulement la productivit&eacute; du travail humain et donc le niveau de vie de toutes les nations, mais ils cr&eacute;ent des conflits internationaux.</P>  <P>6 Il y a des nations qui, par manque des ressources naturelles n&eacute;cessaires, ne peuvent nourrir et habiller leurs membres &agrave; l'aide de leurs ressources nationales. Ces nations ne peuvent poursuivre l'autarcie qu'en s'engageant dans une politique de conqu&ecirc;te. Pour elle, caract&egrave;re belliqueux et soif d'agression sont la cons&eacute;quence de leur adh&eacute;sion aux principes de l'&eacute;tatisme.</P>  <P>7 Si un gouvernement national fait obstacle &agrave; l'usage le plus productif des ressources de son pays, il nuit aux int&eacute;r&ecirc;ts de toutes les autres nations. Le retard &eacute;conomique d'un pays poss&eacute;dant de grandes ressources naturelles l&egrave;se tous ceux dont la situation pourrait &ecirc;tre am&eacute;lior&eacute;e par une exploitation plus efficace de cette richesse naturelle.</P>  <P>8 L'&eacute;tatisme vise &agrave; l'&eacute;galit&eacute; du revenu &agrave; l'int&eacute;rieur du pays&nbsp;; mais il conduit d'autre part &agrave; la prolongation des in&eacute;galit&eacute;s qui se sont d&eacute;velopp&eacute;es au cours de l'histoire entre les nations pauvres et les nations plus riches. Les m&ecirc;mes consid&eacute;rations qui, &agrave; l'int&eacute;rieur d'un pays orientent les masses vers une politique d'&eacute;galit&eacute; du revenu, poussent les peuples des pays relativement surpeupl&eacute;s vers une politique d'agression dirig&eacute;e contre les pays relativement peu peupl&eacute;s. Ils ne sont pas dispos&eacute;s &agrave; supporter ind&eacute;finiment leur pauvret&eacute; relative simplement parce que leurs anc&ecirc;tres n'ont pas &eacute;t&eacute; assez malins pour s'emparer des r&eacute;gions mieux dot&eacute;es par la nature. Ce que les &quot;progressistes&quot; affirment en ce qui concerne les affaires int&eacute;rieures &#151; que les id&eacute;es traditionnelles de libert&eacute; ne sont qu'une duperie en ce qui concerne le pauvre et que la v&eacute;ritable libert&eacute; signifie l'&eacute;galit&eacute; du revenu &#151; les porte-parole des nations &quot;have-nots&quot; le d&eacute;clarent au sujet des relations internationales. Aux yeux des nationalistes allemands, il n'y a qu'une libert&eacute; qui compte&nbsp;: <I>Nahrungsfreiheit</I> (libert&eacute; des denr&eacute;es alimentaires), c'est-&agrave;-dire une situation o&ugrave; la nation pourrait produire &agrave; l'int&eacute;rieur de ses fronti&egrave;res toute la nourriture et les mati&egrave;res premi&egrave;res dont elle a besoin afin de jouir du m&ecirc;me niveau de vie que les nations les plus favoris&eacute;es. C'est leur notion de libert&eacute; et d'&eacute;galit&eacute;. Ils se peignent comme des r&eacute;volutionnaires luttant pour leurs droits imprescriptibles contre les int&eacute;r&ecirc;ts de la multitude des nations r&eacute;actionnaires.</P>  <P>9 Un gouvernement socialiste mondial pourrait aussi supprimer les in&eacute;galit&eacute;s historiques entre les citoyens des r&eacute;gions relativement surpeupl&eacute;es et ceux des r&eacute;gions peu peupl&eacute;es. Cependant, les forces qui ont contrecarr&eacute; les essais des anciens lib&eacute;raux pour abattre toutes les barri&egrave;res emp&ecirc;chant la libre mobilit&eacute; de la main-d'oeuvre, des marchandises et du capital feront une opposition violente &agrave; cette cat&eacute;gorie de direction socialiste. Il est plus vraisemblable que dans les pays faiblement peupl&eacute;s, la main-d'oeuvre abandonne les privil&egrave;ges dont elle a h&eacute;rit&eacute;. Il y a peu de chances que les travailleurs acceptent une politique qui pendant une longue p&eacute;riode de transition diminuerait leur niveau de vie et n'am&eacute;liorerait la situation mat&eacute;rielle que des nations d&eacute;favoris&eacute;es. Les travailleurs de l'Occident attendent du socialisme une augmentation imm&eacute;diate de leur bien-&ecirc;tre. Ils rejetteraient &eacute;nergiquement tout plan tendant &agrave; &eacute;tablir un syst&egrave;me d&eacute;mocratique de gouvernement mondial dans lequel leurs votes seraient d&eacute;pass&eacute;s en nombre par ceux de l'immense majorit&eacute; des peuples d&eacute;favoris&eacute;s.</P>  <P>10 Un gouvernement f&eacute;d&eacute;ral ne peut fonctionner que dans une &eacute;conomie de march&eacute; libre. L'&eacute;tatisme exige un gouvernement strictement centralis&eacute; s'il n'y a pas de barri&egrave;re douani&egrave;re isolant les &Eacute;tats membres les uns des autres. C'est pourquoi les plans actuels d'une f&eacute;d&eacute;ration mondiale ou m&ecirc;me seulement d'une f&eacute;d&eacute;ration des d&eacute;mocraties occidentales, sont illusoires. Si on refuse d'abandonner l'&eacute;tatisme, on ne peut &eacute;viter le fl&eacute;au du nationalisme &eacute;conomique qu'en confiant tout le pouvoir &agrave; un gouvernement unitaire supranational du monde ou d'une union des nations d&eacute;mocratiques. Mais malheureusement les int&eacute;r&ecirc;ts de groupes puissants s'opposent &agrave; une telle renonciation de la souverainet&eacute; nationale.</P>  <P>Il est inutile de se laisser aller aux r&ecirc;veries. Le contr&ocirc;le &eacute;tatique de la vie &eacute;conomique engendre des conflits auxquels on ne peut apporter aucune solution pacifique. Il &eacute;tait facile d'emp&ecirc;cher des hommes non arm&eacute;s et des marchandises de franchir les fronti&egrave;res&nbsp;; il est beaucoup plus difficile d'emp&ecirc;cher des arm&eacute;es de le tenter. Les socialistes et autres &eacute;tatistes purent d&eacute;daigner ou r&eacute;duire au silence les cris d'avertissement des &eacute;conomistes. Ils ne purent d&eacute;daigner ou r&eacute;duire au silence le grondement du canon ou la d&eacute;tonation des bombes.</P>  <P>Tout l'art oratoire des d&eacute;fenseurs de l'omnipotence &eacute;tatique ne peut supprimer le fait qu'il n'y a qu'un seul syst&egrave;me assurant une paix durable&nbsp;: une &eacute;conomie de march&eacute; libre. Le contr&ocirc;le &eacute;tatique conduit au nationalisme &eacute;conomique et aboutit ainsi au conflit.</P>  <CENTER> <H4>III</H4> </CENTER>  <P>Beaucoup de personnes se consolent en disant&nbsp;:</P>  <BLOCKQUOTE> <P>Il y a toujours eu des guerres. Il y aura aussi des guerres et des r&eacute;volutions &agrave; l'avenir. Les r&ecirc;ves du lib&eacute;ralisme sont illusoires&nbsp;; mais il n'y a pas lieu de s'alarmer. L'humanit&eacute; a tr&egrave;s bien progress&eacute; dans le pass&eacute; en d&eacute;pit de luttes presque continues. La civilisation ne p&eacute;rira pas si des conflits continuent dans l'avenir. Elle peut prosp&eacute;rer dans des conditions moins parfaites que celles qui ont &eacute;t&eacute; d&eacute;crites par les utopistes lib&eacute;raux. Beaucoup furent heureux sous le r&egrave;gne de N&eacute;ron ou de Robespierre, &agrave; l'&eacute;poque des invasions barbares ou de la guerre de Trente ans. La vie continuera&nbsp;; on se mariera et on aura des enfants, on travaillera et on c&eacute;l&eacute;brera des f&ecirc;tes. De grands penseurs et po&egrave;tes passent leur vie dans des conditions d&eacute;plorables, mais cela ne les emp&ecirc;chent pas de poursuivre leur oeuvre. Les troubles politiques pr&eacute;sents ou futurs n'emp&ecirc;cheront pas les g&eacute;n&eacute;rations &agrave; venir d'accomplir de grandes choses.</P> </BLOCKQUOTE>  <P>Cependant une telle fa&ccedil;on de pens&eacute;e est fallacieuse. L'humanit&eacute; n'est pas libre de retourner d'un niveau plus &eacute;lev&eacute; de division de travail et de prosp&eacute;rit&eacute; &eacute;conomique &agrave; un niveau plus bas. Cons&eacute;quence de l'&acirc;ge capitaliste, la population du globe est maintenant beaucoup plus importante qu'au d&eacute;but de l'&egrave;re capitaliste et les niveaux de vie sont beaucoup plus &eacute;lev&eacute;s. Notre civilisation est bas&eacute;e sur la division internationale du travail. Elle ne peut survivre avec l'autarcie. &Eacute;tats-Unis et Canada souffriraient moins que d'autres pays mais m&ecirc;me pour eux, l'isolement &eacute;conomique provoquerait une terrible baisse de prosp&eacute;rit&eacute;. L'Europe, unifi&eacute;e ou divis&eacute;e, serait condamn&eacute;e dans un monde o&ugrave; chaque pays serait ind&eacute;pendant au point de vue &eacute;conomique.</P>  <P>Nous devons en outre consid&eacute;rer la charge de la pr&eacute;paration continue de la guerre qu'un tel syst&egrave;me &eacute;conomique exige. Par exemple, afin d'&ecirc;tre en mesure de repousser des invasions venant d'Asie, l'Australie et la Nouvelle-Z&eacute;lande devraient &ecirc;tre transform&eacute;es en camps militaires. Leur population enti&egrave;re &#151; moins de dix millions &#151; serait une force &agrave; peine suffisante pour d&eacute;fendre leurs c&ocirc;t&eacute;s jusqu'&agrave; l'arriv&eacute;e de renforts des pays anglo-saxons. Elles devraient adopter un syst&egrave;me copi&eacute; sur la vieille <I>Milit&auml;rgrenze</I> autrichienne ou sur la vieille fronti&egrave;re am&eacute;ricaine, mais adapt&eacute; aux conditions beaucoup plus complexes de l'industrialisme moderne&nbsp;; mais ces courageux Croates et Serbes qui d&eacute;fendirent l'empire des Habsbourgs et donc l'Europe contre les Turcs &eacute;taient des paysans menant une vie autarcique sur leurs fermes h&eacute;r&eacute;ditaires. C'&eacute;tait aussi le cas des frontaliers am&eacute;ricains. C'&eacute;tait pour eux un moindre mal quand ils devaient veiller aux fronti&egrave;res au lieu de cultiver leur sol&nbsp;; femmes et enfants prenaient soin de leurs fermes en leur absence. Une communaut&eacute; industrielle ne peut fonctionner dans de telles conditions.</P>  <P>La situation sera l&eacute;g&egrave;rement meilleure dans d'autres r&eacute;gions&nbsp;; mais pour toutes les nations la n&eacute;cessit&eacute; d'&ecirc;tre pr&ecirc;tes &agrave; se d&eacute;fendre imposera une lourde charge. Non seulement les conditions &eacute;conomiques, mais aussi les conditions politiques et morales seront affect&eacute;es. Le militarisme remplacera la d&eacute;mocratie&nbsp;; les libert&eacute;s civiles dispara&icirc;tront partout o&ugrave; la discipline militaire doit &ecirc;tre souveraine.</P>  <P>La prosp&eacute;rit&eacute; des derniers si&egrave;cles &eacute;tait conditionn&eacute;e par un d&eacute;veloppement continuel et rapide de l'accumulation de capital. Beaucoup de pays d'Europe sont d&eacute;j&agrave; sur la pente descendante de la consommation et de l'effritement du capital. D'autres pays suivront. d&eacute;sint&eacute;gration et appauvrissement en r&eacute;sulteront.</P>  <P>Depuis le d&eacute;clin de l'empire romain l'Occident n'a pas fait l'exp&eacute;rience des cons&eacute;quences d'une r&eacute;gression de la division du travail ou d'une diminution du capital disponible. Notre imagination est incapable de d&eacute;crire l'avenir.</P>   <CENTER> <H4>IV</H4> </CENTER>  <P>Cette catastrophe affecte l'Europe en premier lieu. Si la division internationale du travail doit se d&eacute;sint&eacute;grer, l'Europe ne peut plus nourrir qu'une partie de sa population actuelle et encore avec un niveau de vie beaucoup plus bas. L'exp&eacute;rience quotidienne, bien comprise, apprendra aux Europ&eacute;ens les cons&eacute;quences de leur politique&nbsp;; mais profiteront-ils de la le&ccedil;on&nbsp;?</P>   <P>&nbsp;</P> <P> <B>Note</B> </P>  <P><A NAME=note1>[1] F.&nbsp;Oppenheimer, <I>System der Soziologie</I> (Jena, 1926), II, 559.</P>  <P>&nbsp;</P>  <BR> <CENTER>  <A HREF="./GO_12_6.htm">Chapitre pr&eacute;c&eacute;dent</A>    &nbsp;|&nbsp;  <A HREF="./GO_TDM.htm">Table des mati&egrave;res</A>    &nbsp;|&nbsp;  <A HREF="http://herve.dequengo.free.fr">Page d'accueil</A> </CENTER>  </BODY> </HTML> 
