<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//IETF//DTD HTML//EN"> <html>  <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 2.0">  <meta name="DC.Title" content="Quebec History"> <meta name="DC.Creator.PersonalName" content="Blanger, Claude">  <meta name="DC.Subject" content="(SCHEME=LCSH) Quebec (Province) - History"> <meta name="DC.Subject" content="(SCHEME=LCSH) Quebec (Province)">  <meta name="DC.Subject" content="(SCHEME=LCSH) Quebec (Province) - History - 1867-">  <meta name="DC.Subject" content="(SCHEME=DDC) 971.4"> <meta name="DC.Contributor.PersonalName" content="Yu, Cabot">  <meta name="DC.Type" content="Text.Homepage"> <meta name="DC.Format" content="(SCHEME=IMT) text/html">  <meta name="DC.Identifier" content="http://www2.marianopolis.edu/"> <meta name="DC.Language" content="(SCHEME=ISO639-1) en">  <meta name="DC.Language" content="(SCHEME=ISO639-1) fr"> <meta name="DC.Date.X-MetadataLastModified" content="(SCHEME=ISO8601) 2000-08-23">  <title>Le social et le national. Sur des id&eacute;es de Pierre Trudeau et R&eacute;ginald Boisvert - Documents on the 1949 Asbestos Strike - Quebec History</title> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF" ONLOAD=""> <div align="left"><TABLE BORDER="0" CELLPADDING="2" CELLSPACING="1" WIDTH="610"><TR><TD COLSPAN="2"><FONT FACE="Arial, Helvetica, sans-serif" SIZE="2"><IMG SRC="../../images/marimain.gif" NAME="Title" ALT="Quebec History" BORDER="0" USEMAP="#TitleMap" WIDTH="598" HEIGHT="73"><MAP NAME="TitleMap"><AREA SHAPE="rect" COORDS="443,5,593,68" HREF="http://www.marianopolis.edu" ALT="Marianopolis College" TITLE="Marianopolis College"></MAP></FONT></TD></TR> <TR><TD WIDTH="120" VALIGN="TOP">&nbsp;</TD><TD WIDTH="490" VALIGN="TOP"><A HREF="../../index.htm"><IMG SRC="../../images/home.gif" HEIGHT="16" ALT="Home" WIDTH="121" BORDER="0"></A><A HREF="../../about.htm"><IMG SRC="../../images/about.gif" HEIGHT="16" BORDER="0" ALT="About this site" WIDTH="121"></A><A HREF="http://www2.marianopolis.edu/quebechistory/search.htm"><IMG SRC="../../images/search.gif" HEIGHT="16" BORDER="0" ALT="Site Search"></A><A HREF="http://www2.marianopolis.edu"><IMG SRC="../../images/library.gif" HEIGHT="16" BORDER="0" ALT="Marianopolis College Library" WIDTH="121"></A></TD></TR><TR><TD WIDTH="120" VALIGN="TOP">&nbsp;</TD><TD WIDTH="490" VALIGN="TOP" ALIGN="LEFT"><FORM METHOD="POST">  <P><SELECT NAME="D1" SIZE="1"><OPTION SELECTED>Select from the list below</OPTION><OPTION VALUE="../../readings/index.htm">Readings  in Quebec History</OPTION><OPTION VALUE="../index.htm">Documents of Quebec History</OPTION><OPTION VALUE="../../stats/index.htm">Statistical  Materials and Charts</OPTION><OPTION VALUE="../../chronos/index.htm">Chronologies  of Quebec History</OPTION><OPTION VALUE="../../bios/index.htm">Biographies of  Prominent Quebec Historical Figures</OPTION><OPTION VALUE="../../maps/index.htm">Maps  of Quebec</OPTION><OPTION VALUE="../../events/index.htm">Events, Issues and Concepts  of Quebec History</OPTION><OPTION VALUE="../../pictures/index.htm">The Picture  Gallery of Quebec History</OPTION><OPTION VALUE="../../sites/index.htm">Internet  Resources for Quebec and Canadian History</OPTION><option VALUE="../../federal/index.htm">Studies  on the Canadian Constitution and Canadian Federalism</option></SELECT><FONT SIZE="2" FACE="Arial, Helvetica, sans-serif"><INPUT TYPE="button"   NAME="select" VALUE="Go!" ONCLICK="loadPage(this.form.elements[0])"></FONT></P></FORM></TD></TR><TR><TD WIDTH="120" VALIGN="TOP"><P><FONT FACE="Arial, Helvetica, sans-serif" SIZE="2"><B><BR>Documents  in Quebec History</B></FONT></P><P>&nbsp;</P><P><FONT FACE="Arial, Helvetica, sans-serif" SIZE="2">Last  revised:<BR>           20 August 2001</FONT></P>       </TD><TD WIDTH="490" VALIGN="TOP">         <P><BR>           <font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif"><b><a href="index.htm">Documents            sur la grve de l&#146;amiante de 1949 / </a></b></font><a href="index.htm"><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif"><b>Documents            on the 1949 Asbestos Strike</b></font></a></P>         <p><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size=2>Le social et le            national. Sur des ides de Pierre Trudeau et Rginald Boisvert</font></b></p>         <p><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">par            Pierre De Grandpr&eacute;</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">D'une            &nbsp;communaut&eacute;&nbsp; canadienne fran&ccedil;aise est en train            de se d&eacute;gager sous nos yeux une moderne &nbsp;soci&eacute;t&eacute;&nbsp;            canadienne-fran&ccedil;aise. Voil&agrave; le fait capital qu'expriment            en d'autres termes, les pages d'essai de Pierre-Elliott Trudeau et de            R&eacute;ginald Boisvert dans <i>La gr&egrave;ve de l'amiante</i>.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">L'in&eacute;vitable            accent pol&eacute;mique de ces pages demeure malgr&eacute; tout serein.            Elles ont un ton de recherche sinc&egrave;re auquel ne peuvent qu'&ecirc;tre            sensibles ceux-l&agrave; m&ecirc;mes qu'elles prennent &agrave; partie.            Et nous ne serons pas quittes envers elles tant que la nouveaut&eacute;            de leur message n'aura pas &eacute;t&eacute; parfaitement assimil&eacute;e.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Oui,            notre peuple a grandi vite. A peu pr&egrave;s toute la r&eacute;volution            lib&eacute;rale et sociale -- ou disons industrielle -- qu'ont connue            la plupart des nations occidentales, a pass&eacute; dans ses moeurs            en moins d'une cinquantaine d'ann&eacute;es. Et le v&ecirc;tement id&eacute;ologique            qui recouvre ce grand corps est devenu mal ajust&eacute;. La conscience            collective, la mentalit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale, la pens&eacute;e,            tout ce qui, avec certaines conditions mat&eacute;rielles et g&eacute;ographiques,            influe sur les oeuvres de cette civilisation dans les domaines &eacute;conomique,            juridique, politique, spirituel et culturel, tout cela est demeur&eacute;            en effet plus ou moins stationnaire, s'est immobilis&eacute; sur une            voie de &nbsp;garage&nbsp;, a bifurqu&eacute; par rapport aux r&eacute;alit&eacute;s            que cet univers mental aurait pour fonction normale de vivifier et d'orienter.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Pierre            Elliott Trudeau, directeur de l'enqu&ecirc;te et auteur de l'article            introductif, qui est une &eacute;tude d'ensemble sur l'&eacute;tat de            la province au tournant du demi-si&egrave;cle, voit dans la gr&egrave;ve            de l'amiante &nbsp;une &eacute;tape de la r&eacute;volution industrielle            au Qu&eacute;bec&nbsp;. II croit pouvoir y d&eacute;couvrir, en outre,            le signe le plus clair qui nous soit apparu que quelque chose de fort            important est en train de s'effondrer, de c&eacute;der du terrain au            sein de la collectivit&eacute; canadienne-fran&ccedil;aise. &nbsp;Qu'est-ce            qui a &eacute;clat&eacute; ?&nbsp; demande Jean-Charles Falardeau dans            sa pr&eacute;face.  &nbsp;Notre monolithisme id&eacute;ologique,&nbsp;            r&eacute;pond l'essai de Trudeau. Et si ce dernier s'en prend surtout            au &nbsp;nationalisme&nbsp;, c'est qu'il fut &nbsp;l'axe principal            autour duquel a gravit&eacute; presque toute la pens&eacute;e sociale            des Canadiens fran&ccedil;ais&nbsp;. Car ce souci national fut en d&eacute;finitive            au d&eacute;triment d'une pens&eacute;e sociale r&eacute;aliste, autonome,            comp&eacute;tente, n&eacute;e de ses motivations propres et poursuivant,            avec un outillage intellectuel ad&eacute;quat, ses fins particuli&egrave;res.</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;Communaut&eacute;&nbsp;            et &nbsp;soci&eacute;t&eacute;&nbsp;</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Le            premier moteur de l'histoire, c'est l'esprit, la volont&eacute;, la            libert&eacute; modifiant les d&eacute;terminismes. Ce qui &nbsp;marque            une &eacute;tape&nbsp;, ce qui constitue une &nbsp;plaque tournante&nbsp;            dans la vie du Canada fran&ccedil;ais contemporain, ce n'est sans doute            pas en soi la gr&egrave;ve d'Asbestos de 1949, comme le veut cet ouvrage,            pas plus que ce ne fut la </font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">gr&egrave;ve            du textile de 1937 ni tel ou tel autre mouvement pr&eacute;cis de revendication            ouvri&egrave;re. Ce qui, en revanche, est de la plus haute importance,            c'est la prise de conscience qui s'est d&eacute;velopp&eacute;e &agrave;            partir de ces &eacute;v&eacute;nements, et singuli&egrave;rement &agrave;            partir du conflit de l'amiante, et dont l'essai que nous commentons            est &agrave; l'heure pr&eacute;sente l'une des plus importantes manifestations.            Prise de conscience dont le principal r&eacute;sultat sera vraisemblablement            de porter au grand jour, avec une nettet&eacute; de plus en plus grande,            ce ph&eacute;nom&egrave;ne majeur de notre &eacute;volution collective            : le Canada fran&ccedil;ais ach&egrave;ve de passer d'une existence            plus ou moins communautaire &agrave; la vie multiple, diversifi&eacute;e,            rationalis&eacute;e d'une vraie soci&eacute;t&eacute; de type moderne.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Il            serait vain pour notre propos de marquer une pr&eacute;f&eacute;rence            &agrave; l'&eacute;gard de l'un des deux &eacute;tats de civilisation&nbsp;:            celui que nous quittons progressivement et celui dans lequel graduellement            nous entrons. L'intelligence n'a &agrave; opter qu'en faveur de la lucidit&eacute;.            Et si elle constate une &eacute;volution humainement irr&eacute;versible,            sa t&acirc;che essentielle est de m&eacute;nager les voies de la libert&eacute;            &agrave; l'int&eacute;rieur d'un donn&eacute; en perp&eacute;tuelle            transformation.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">C'est            &agrave; l'Allemand Tonni&euml;s, qui concluait d'ailleurs th&eacute;oriquement            &agrave; la sup&eacute;riorit&eacute; de la &nbsp;communaut&eacute;&nbsp;,            que nous empruntons les deux termes de notre opposition. Mais c'est            une distinction que l'on retrouve avant et apr&egrave;s lui chez un            grand nombre de sociologues, par exemple chez Spencer, Comte, L&eacute;vy-Bruhl,            Tarde, Durkheim, Weber, Oppenheimer, m&ecirc;me si le vocabulaire est            diff&eacute;rent (ici l'on oppose &nbsp;communaut&eacute;&nbsp; &agrave;            &nbsp;&Eacute;tat&nbsp;, l&agrave; &nbsp;culture&nbsp; &agrave;            &nbsp;civilisation&nbsp;, etc.). C'est toujours le m&ecirc;me fonds            d'observations antith&eacute;tiques que l'on place en regard les unes            des autres.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Disons,            <i>grosso modo</i>, que le type de la soci&eacute;t&eacute; communautaire            serait caract&eacute;ris&eacute; par une sorte de coh&eacute;sion biologique,            sentimentale, o&ugrave; les liens du sang, de la parent&eacute; p&eacute;n&egrave;trent            l'ensemble du m&ecirc;me esprit protecteur dont s'entourent certaines            familles chez qui l'affectivit&eacute; est intense. L'&eacute;conomie            y est g&eacute;n&eacute;ralement simple, domin&eacute;e par le travail            de la terre et l'artisanat. Le droit, comme d'ailleurs l'&eacute;conomie,            est familial, coutumier, corporatif, p&eacute;n&eacute;tr&eacute; par            la foi religieuse. Habitudes, usages, spiritualit&eacute;, tout est            en commun et tout est organiquement int&eacute;gr&eacute; en fonction            de la collectivit&eacute; tout enti&egrave;re. L'individu importe peu            comme tel et la mentalit&eacute; est, dans son ensemble, imperm&eacute;able            &agrave; l'esprit positif et &agrave; la science.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">La            &nbsp;soci&eacute;t&eacute;&nbsp; est au contraire un type d'association            qui appara&icirc;t lorsque les groupements sont nombreux, &eacute;tendus            et lorsque les relations, cette fois <i>entre individus, </i>sont plus            pens&eacute;es et con&ccedil;ues qu'affectivement senties et v&eacute;cues.            En mati&egrave;re &eacute;conomique, ou juridique, ou morale, s'introduisent            les activit&eacute;s et les connaissances d'ordre sp&eacute;culatif.            La religion est plus personnellement v&eacute;cue; c'est plus une exigence            de l'&acirc;me et de l'esprit qu'une pression sociologique totalement            uniformisante. Peu &agrave; peu se d&eacute;gagent des &nbsp;valeurs&nbsp;            humaines, abstraites, g&eacute;n&eacute;rales. Commerce, industrie,            science, vie intellectuelle, possibilit&eacute; d'un r&ocirc;le international,            ce sont l&agrave; les principaux r&eacute;sultats de cette &eacute;volution            . . . Mat&eacute;rialiste ? non pas, au contraire; mais &eacute;volution            &nbsp;rationaliste&nbsp;, &agrave; n'en pas douter.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Peut-&ecirc;tre            le premier type de soci&eacute;t&eacute;, donnant plus de part &agrave;            l'affectivit&eacute; et au sentiment, est-il mieux adapt&eacute; &agrave;            la &nbsp;dur&eacute;e&nbsp; d'un peuple minoritaire, &agrave; sa survie.            Mais tout &eacute;panouissement, tout r&ocirc;le r&eacute;el, tout rayonnement            ext&eacute;rieur du Canada fran&ccedil;ais ne pourraient que suivre            une diff&eacute;renciation et une rationalisation de sa pens&eacute;e            et de ses structures. Il semble que Trudeau pressente la complexit&eacute;            du probl&egrave;me lorsqu'il conc&egrave;de : &nbsp;Parce que mon examen            portera surtout sur l'&eacute;conomique et le social, je n'aurai gu&egrave;re            l'occasion de dire par quels aspects cette pens&eacute;e (la pens&eacute;e            nationaliste) fut valable. Mais ce serait une erreur de conclure que            je minimise les services qu'elle a pu rendre. Peut-&ecirc;tre fallait-il            d'abord sauver la race pour que d'autres puissent ensuite savoir ce            qu'il fallait sauver dans l'homme ?&nbsp;</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">L'apport            positif de nos penseurs sociaux</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Le            fait capital des derniers lustres est que se d&eacute;veloppe parmi            les intellectuels canadiens-fran&ccedil;ais une pens&eacute;e accueillante            &agrave; une transformation non seulement des institutions mais aussi            de nos cat&eacute;gories mentales elles-m&ecirc;mes. Peut-&ecirc;tre            un instinct, aussi s&ucirc;r que celui qui nous dictait jadis des attitudes            s&eacute;curitaires et protectionnistes, commence-t-il &agrave; nous            crier l'urgence de br&ucirc;ler les &eacute;tapes, de rompre le cordon            ombilical qui nous relie au &nbsp;monolithisme id&eacute;ologique&nbsp;,            d'assumer les t&acirc;ches du peuple adulte que nous sommes en voie            de devenir.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Diversification,            &eacute;changes, libert&eacute; int&eacute;rieure, autonomie de la personne,            instauration de &nbsp;diff&eacute;rences compl&eacute;mentaires&nbsp;,            telles sont les r&eacute;clamations nouvelles par lesquelles s'instaure            progressivement, sur la base de l'ancienne et actuelle &nbsp;communaut&eacute;&nbsp;            sociale canadienne-fran&ccedil;aise, une &nbsp;organisation&nbsp;            sociale consciente, de mieux en mieux d&eacute;gag&eacute;e du &nbsp;globalisme&nbsp;            et de la &nbsp;soumission infantile&nbsp;&nbsp;: nous empruntons cette            fois (1) au vocabulaire du num&eacute;ro sp&eacute;cial d'<i>Esprit</i>            sur le Canada fran&ccedil;ais (ao&ucirc;t-septembre 1952, article du            R. P. Ernest Gagnon, s.j. : &nbsp;Visage de l'intelligence&nbsp;;            on se souvient de la formule finale : au Canada fran&ccedil;ais, &nbsp;un            masque devient visage&nbsp;). Pierre Elliott Trudeau lui-m&ecirc;me            r&eacute;sume, au moment de conclure son premier essai, un autre texte            du P&egrave;re Gagnon allant dans le m&ecirc;me sens : &nbsp;Soumission            morbide, passivit&eacute; qui ignore les probl&egrave;mes, &ecirc;tres            d'emprunt, n&eacute;gation de ce qui froisse les habitudes . . . Voil&agrave;            ce qu'il importait d'&eacute;crire, et surtout de d&eacute;montrer,            au seuil de l'ensemble de monographies qui forment le pr&eacute;sent            livre&nbsp; . . . &nbsp;D'un bout &agrave; l'autre du pays, avait            dit le P. Gagnon, et m&ecirc;me chez nos intellectuels, une fois bris&eacute;            le vernis des mots creux, l'id&eacute;al semble &ecirc;tre que tous            pensent et disent la m&ecirc;me chose, et, autant que possible, qu'ils            l'expriment de la m&ecirc;me fa&ccedil;on . . . Rien n'est &agrave;            soi, ni ses id&eacute;es, ni ses d&eacute;cisions, ni ses ardeurs, ni            sa foi m&ecirc;me . . . R&eacute;aliser, cr&eacute;er, faire quelque            chose en d&eacute;pit des difficult&eacute;s, c'est une attitude d'altitude.            Nous pr&eacute;f&eacute;rons nous plaindre . . .&nbsp;</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">De            nouvelles &nbsp;structures mentales&nbsp;</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Pens&eacute;e            standardis&eacute;e, passivit&eacute;, soumission, &ecirc;tres d'emprunt,            autant de ph&eacute;nom&egrave;nes corollaires du &nbsp;monolithisme            id&eacute;ologique&nbsp;. Un paragraphe sur ce sujet d'une port&eacute;e            tr&egrave;s g&eacute;n&eacute;rale que glisse Trudeau dans son &eacute;pilogue            rev&ecirc;t &agrave; nos yeux une importance primordiale.</font></font></p>         <blockquote>            <p><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size=2>&nbsp;Le conservatisme,              &eacute;crit-il, qui impr&eacute;gnait nos id&eacute;ologies sociales,              caract&eacute;risait &eacute;galement les attitudes officielles devant              tous les probl&egrave;mes qu'un monde nouveau posait dans les domaines              de la pens&eacute;e, de l'exp&eacute;rience religieuse, de l'expression              artistique, des structures &eacute;conomiques, des r&eacute;formes              politiques, etc.&nbsp;</font></p>         </blockquote>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">L'essentiel            de la th&egrave;se de Trudeau, c'est que l'id&eacute;alisme nationaliste,            dans ses mots d'ordre th&eacute;oriques, dans son orthodoxie abstraite,            dans sa fa&ccedil;on d'aborder la vie comme du &nbsp;tout fait&nbsp;,            comme quelque chose qui se conforme aux doctrines, fut bien incapable            de diriger les fluctuations du r&eacute;el, et d'&eacute;laborer en            particulier une pens&eacute;e sociale apte &agrave; s'incarner dans            les faits.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Au            lieu d'aborder les probl&egrave;mes dans leur r&eacute;alit&eacute;            autonome, on les portait d'embl&eacute;e au niveau de la &nbsp;doctrine&nbsp;,            on les examinait &agrave; ce crible, puis de deux choses l'une&nbsp;:            ou bien on les &eacute;cartait, ou bien on leur ajustait des solutions            toutes pr&ecirc;tes, mais d'une autre essence que ces probl&egrave;mes,            et n'ayant en cons&eacute;quence qu'une tr&egrave;s faible prise sur            le r&eacute;el. Ne citons que l'un des nombreux exemples qu'en donne            Trudeau dans son impitoyable revue des &nbsp;id&eacute;es&nbsp; et            des &nbsp;institutions&nbsp; canadiennes-fran&ccedil;aises : &nbsp;Les            mis&egrave;res ouvri&egrave;res ne sont apparues &agrave; nos sociologues            que le jour o&ugrave; leur nationalisme les amena &agrave; d&eacute;noncer            les unions internationales.&nbsp; L&agrave; o&ugrave; il fallait en            tout premier lieu l'inspiration g&eacute;n&eacute;reuse, &eacute;clair&eacute;e,            un seul puissant mobile chez nous : la x&eacute;nophobie . . .</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Si            nos ouvriers se sont tourn&eacute;s en grand nombre du c&ocirc;t&eacute;            des unions am&eacute;ricaines, c'est qu'elles eurent longtemps sur la            C.T.C.C., &eacute;crit R&eacute;ginald Boisvert, &nbsp;l'avantage de            poser en termes &eacute;conomiques un probl&egrave;me avant tout &eacute;conomique&nbsp;.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Tel            est, &agrave; mon avis, ce qu'il y a de plus profond, de plus recevable,            dans les id&eacute;es et les jugements qu'agitent les auteurs de cette            enqu&ecirc;te, en marge de leur sujet principal et plus limit&eacute;.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Des            aspirations plus hautes, plus audacieuses que la seule survie nous sollicitent.            Des besoins de cr&eacute;ation, d'invention, s'&eacute;veillent, bougent,            comme si notre groupe &eacute;tait appel&eacute; &agrave; une mutation            brusque. Nous avons toujours v&eacute;cu environn&eacute;s de menaces;            la pire aujourd'hui serait sans doute de nous fermer &agrave; ces appels,            de nous replier, en un sentiment de fausse s&eacute;curit&eacute;, sur            une vie qui ne pourrait plus que se &nbsp;d&eacute;faire&nbsp; si            elle se figeait dans une immobilit&eacute; contre nature.</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&Eacute;viter            la confusion</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Et            l'un des premiers besoins, dans tous les domaines, est de rajuster le            tir de la pens&eacute;e. Cela peut se faire, pour tous ceux qui se donnent            la t&acirc;che de r&eacute;fl&eacute;chir, en s'exer&ccedil;ant m&eacute;thodiquement            &agrave; &eacute;viter la confusion, qui nous est trop habituelle, des            divers ordres de la r&eacute;alit&eacute;. Cette fusion sentimentale            de tous les probl&egrave;mes, ce curieux &nbsp;syncr&eacute;tisme&nbsp;,            cette sorte de &nbsp;mystique&nbsp; un peu floue dirigeant comme instinctivement            l'action, tout cela caract&eacute;risait un m&ecirc;me r&eacute;flexe            d&eacute;fensif; tout cela &eacute;tait li&eacute; &agrave; un stade            de notre vie en voie de d&eacute;passement. Et par exemple, de m&ecirc;me            que l'heure est venue de poser en termes &eacute;conomiques et sociaux            les probl&egrave;mes &eacute;conomiques et sociaux, il importe de poser            en termes culturels, litt&eacute;raires, artistiques, les probl&egrave;mes            d'ordre culturel, litt&eacute;raire, artistique. La valeur, la qualit&eacute;            des r&eacute;alisations, dans quelque domaine que ce soit, est &agrave;            ce prix. On pourrait presque dire que le grand probl&egrave;me canadien-fran&ccedil;ais            &agrave; l'heure actuelle est &nbsp;de culture&nbsp;, d'apprentissage,            de maturation d'une vie autonome de l'esprit. C'est &agrave; cette condition            que, sur les plans les plus divers, le nationalisme, pour reprendre            une expression de R&eacute;ginald Boisvert, ne fera pas &nbsp;&eacute;chec            &agrave; sa propre cause&nbsp;. Le souci national garde sa place, et            une place n&eacute;cessairement centrale dans la situation expos&eacute;e            qui est la n&ocirc;tre. Mais il nous faut ma&icirc;triser un affolement            qui s'empare trop ais&eacute;ment des facult&eacute;s de r&eacute;flexion&nbsp;:            nous ne devrons poser &nbsp;en termes nationaux&nbsp; que les probl&egrave;mes            nationaux et donner aux autres champs de la pens&eacute;e tout le soin            particulier qu'ils r&eacute;clament. C'est ainsi que toute la nation            sera renforc&eacute;e de l'int&eacute;rieur, et non pas maintenue ensemble            par une carapace id&eacute;ologique de plus en plus brillante, dure            et r&eacute;sistante peut-&ecirc;tre, mais malgr&eacute; cela de plus            en plus &eacute;videmment impuissante &agrave; arr&ecirc;ter l'alt&eacute;ration            et la liqu&eacute;faction du corps social. &nbsp;Pour sauver la soci&eacute;t&eacute;,            &eacute;crit encore Boisvert, il fallait redonner &agrave; la personne            le primat sur la soci&eacute;t&eacute;. En &eacute;levant la soci&eacute;t&eacute;            canadienne-fran&ccedil;aise au rang d'un absolu, notre nationalisme            avait entrepris de brimer les personnes.&nbsp;</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Ceci            nous ram&egrave;ne bien &agrave; notre distinction du d&eacute;but&nbsp;:            &agrave; la p&eacute;riode o&ugrave; tout s'organisait en fonction du            salut du groupe, une &egrave;re est en train de succ&eacute;der o&ugrave;            l'&eacute;panouissement lui-m&ecirc;me du groupe sera tributaire du            degr&eacute; de libre &eacute;panouissement des individus.</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Quelques            flottements, lacunes et incertitudes</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Les            r&eacute;serves que l'on petit faire sur l'essai de Trudeau, ce v&eacute;ritable            pamphlet &nbsp;universel&nbsp;, lanc&eacute; contre tout le pass&eacute;            id&eacute;ologique canadien-fran&ccedil;ais, seront peu de chose en            comparaison de l'important apport positif que nous venons de consigner.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Que            le lecteur me permette cependant de reprendre une observation que j'ai            d&eacute;j&agrave; faite dans Le Devoir (2). Tout le chapitre initial            de Trudeau vise &agrave; d&eacute;montrer &nbsp;le peu de place qu'avaient            pris ces valeurs (nationalistes) dans la d&eacute;termination de notre            destin&eacute;e &eacute;conomico-sociale&nbsp;. Elles ne servirent            tout au plus, en effet, continue Trudeau, qu'&agrave; rendre notre pense            sociale &nbsp;id&eacute;aliste. . . a prioriste . . . &eacute;trang&egrave;re            aux faits . . . futile.&nbsp; Malgr&eacute; une br&egrave;ve allusion            rappelant que chaque temps pose ses probl&egrave;mes, et que ceux d'hier            ne pouvaient pas &ecirc;tre ceux d'aujourd'hui, il me semble que l'auteur            se donne trop beau jeu en d&eacute;montrant l'inanit&eacute; du contenu            <i>&eacute;conomico-social</i> d'une doctrine &eacute;labor&eacute;e            avant l'industrialisation, et dirig&eacute;e en partie contre l'industrialisation,            comme il nous le montre assez lui-m&ecirc;me. L'auteur pouvait-il aboutir            &agrave; autre chose qu'&agrave; un constat de pauvret&eacute; ? Ce            qu'il ne discute pas c'est la sagesse, la prudence qui, &agrave; un            certain moment, ont pu faire croire au salut de notre peuple par la            seule vie campagnarde, et &agrave; la quasi fatale assimilation de notre            groupe ethnique au sein de la vie urbaine. Sagesse apparente ? Prudence            excessive ? Et surtout vanit&eacute; de cette sagesse et de cette prudence            contre la pouss&eacute;e irr&eacute;versible des faits ? Mais quelles            chances de survie ethnique offre le monde renouvel&eacute; o&ugrave;            nous sommes entr&eacute;s ? C'est ce dont on aimerait bien entendre            parler, au moins de fa&ccedil;on allusive. Le lecteur moyen sainement            constitu&eacute; a un int&eacute;r&ecirc;t tr&egrave;s vivant pour des            questions auxquelles on se demande avec un peu d'inqui&eacute;tude si            l'auteur ne pr&eacute;tend pas leur conf&eacute;rer une totale inexistence.            &nbsp;A la d&eacute;charge des nationalistes d'alors, &eacute;crit            plus justement Boisvert, disons qu'ils ignoraient &agrave; peu pr&egrave;s            tout des probl&egrave;mes concrets qu'allait poser la r&eacute;volution            industrielle.&nbsp;</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">L'on            aper&ccedil;oit bien, certes, que Trudeau ne veut se poser, en cette            circonstance, aucune question o&ugrave; se marquerait un souci national.            Mais c'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette attitude qui ne me para&icirc;t            gu&egrave;re naturelle. Coquetterie de sp&eacute;cialiste ? pose ? syst&egrave;me            ? -- ou indiff&eacute;rence v&eacute;ritable, aveuglement r&eacute;el            &agrave; certaine face des questions ? Il me semble que la protestation            du &nbsp;r&eacute;alisme&nbsp; d&eacute;passe en l'occurrence quelque            peu le but, et que &nbsp;l'intelligence du r&eacute;el&nbsp;, pour            une fois, laisse une impression d'incompl&eacute;tude. Ce n'est pas            se livrer &agrave; une confusion des ordres que d'accorder aux pr&eacute;occupations            nationales leur part, &agrave; tout le moins au moment o&ugrave; l'on            en fait le sujet m&ecirc;me de son enqu&ecirc;te critique.</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Id&eacute;ologie            et r&eacute;alit&eacute;s</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Je            me rends bien compte que l'auteur n'a voulu que faire le bilan d'une            p&eacute;riode de d&eacute;sadaptation. II a voulu attirer l'attention            sur les retards de l'id&eacute;ologie par rapport &agrave; des r&eacute;alit&eacute;s            rejointes comme d'instinct par la masse du peuple, et sur le fait que            &nbsp;le progr&egrave;s mat&eacute;riel dans le Qu&eacute;bec ne s'est            op&eacute;r&eacute; qu'&agrave; notre corps et &agrave; notre esprit            d&eacute;fendant&nbsp;. L'essentiel de son message est en somme ceci            : consentons &agrave; l'industrialisation, puisqu'elle est d&eacute;j&agrave;            un fait, et un fait en in&eacute;luctable progression, et consentons            enfin &agrave; &nbsp;penser&nbsp; notre monde tel que l'industrialisation            l'a transform&eacute; autour de nous. Aussi n'insisterais-je pas sur            une vue quelque peu irritante parce que partielle, syst&eacute;matique,            fragmentaire des probl&egrave;mes soulev&eacute;s, si n'&eacute;tait            apparue dans notre milieu une cat&eacute;gorie de th&eacute;oriciens            qui &eacute;cartent tr&egrave;s &nbsp;aristocratiquement&nbsp; toute            pens&eacute;e ayant trait au destin national des Canadiens fran&ccedil;ais.            Il est ennuyeux que Trudeau puisse donner &agrave; plusieurs de ses            lecteurs l'impression qu'il croit &agrave; l'existence de quelque contradiction            fondamentale entre le &nbsp;social&nbsp; et le &nbsp;national&nbsp;.            Que signifie au juste cette formule, par exemple, que &nbsp;les fondements            de la soci&eacute;t&eacute; qu&eacute;b&eacute;coise&nbsp; pourraient            avoir &eacute;t&eacute; &nbsp;&eacute;branl&eacute;s &agrave; Asbestos&nbsp;            ? Parmi les fondements de notre soci&eacute;t&eacute;, je mentionnerais            volontiers pour ma part la volont&eacute; de demeurer fran&ccedil;ais,            la volont&eacute; d'un futur &eacute;panouissement de civilisation fran&ccedil;aise            au Canada. Et il est de fait que certains croient aujourd'hui apercevoir            dans cette volont&eacute; une entrave au progr&egrave;s mat&eacute;riel            (comme tel et tel collaborateur, justement, de <i>Cit&eacute; Libre</i>).            Mais je ne vois en aucune mani&egrave;re de quelle fa&ccedil;on les            &eacute;v&eacute;nements d'Asbestos pourraient leur donner raison. Voil&agrave;            donc, peut-&ecirc;tre, un &nbsp;fondement&nbsp; de sauv&eacute; ?            Et, de toute mani&egrave;re, tous ceux qui introduisent une confusion            suppl&eacute;mentaire dans les esprits en mettant en balance ou en opposant            fallacieusement les progr&egrave;s mat&eacute;riels et quelques-unes            de nos plus hautes raisons de vivre et d'&eacute;prouver notre dignit&eacute;            d'hommes (la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; soi est un des plus constants            attributs de la &nbsp;vie&nbsp; en &eacute;volution elle-m&ecirc;me),            nous trouveront toujours sur leur chemin. Tous les appels &agrave; nous            d&eacute;passer nous-m&ecirc;mes finiront toujours par mettre d'accord            ceux des nationalistes qui r&eacute;fl&eacute;chissent. Mais aucun appel            &agrave; nous renier nous-m&ecirc;mes, quel que soit le brillant de            l'expos&eacute; et quelle que soit la bassesse ou la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;            (myope) des mobiles, ne leur para&icirc;tra jamais digne de l'attention            qu'il faut accorder aux pens&eacute;es constructives.</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&Eacute;mulation,            oui, mais pas abandon</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Je            me suis demand&eacute; &agrave; quoi pouvait bien rimer chez Trudeau            une prise de position contre le principe de l'autonomie provinciale            (p. 27), sous pr&eacute;texte que nos int&eacute;r&ecirc;ts seraient            mieux servis par certains &nbsp;entrepreneurs&nbsp; de l'administration            d'Ottawa, plus ouverts au monde, para&icirc;t-il, plus &eacute;clair&eacute;s            et plus exp&eacute;riment&eacute;s que les n&ocirc;tres. Comme si le            savoir-faire d'autrui, au lieu d'inciter &agrave; l'&eacute;mulation,            devait conduire logiquement &agrave; l'abandon par un groupe ethnique            des pouvoirs qu'il d&eacute;tient d'orienter sa vie !</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">C'est            sacrifier bien l&eacute;g&egrave;rement, n'est-ce pas ? le permanent            &agrave; l'accidentel. Nous nous gouvernons mal ? Pensons &agrave; nous            mieux gouverner. Pensons-y vraiment ! Mais ceux qui conseillent de jeter            le manche apr&egrave;s la cogn&eacute;e, par d&eacute;go&ucirc;t &nbsp;des            attitudes r&eacute;trogrades qui ont toujours caract&eacute;ris&eacute;            la politique sociale qu&eacute;b&eacute;coise&nbsp;, sont des ma&icirc;tres            &agrave; penser qui manquent par trop de sang froid et de fermet&eacute;            dans les desseins. Car je veux bien imaginer que le sort des Canadiens            fran&ccedil;ais <i>comme entit&eacute;</i> <i>collective </i>ne laisse            pas indiff&eacute;rent le directeur de <i>Cit&eacute; Libre</i>. Et            n'a-t-il pas lui-m&ecirc;me la bont&eacute; de conc&eacute;der&nbsp;:</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;La            recherche du <i>self-government </i>est une d&eacute;marche admirable,            bien s&ucirc;r, -- &agrave; condition qu'on ait effectivement l'intention            de se gouverner.&nbsp; Cette intention, on la lui souhaite comme &agrave;            tous ceux dont on peut attendre une influence utile sur la vie publique.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">D'ailleurs,            si on lit tr&egrave;s attentivement cette &eacute;tude, on peut d&eacute;couvrir            ici et l&agrave; quelques phrases qui rassurent sur l'existence d'un            sentiment de solidarit&eacute; ethnique qui prouve bien que le &nbsp;social&nbsp;            et le &nbsp;national&nbsp; peuvent faire excellent m&eacute;nage,            sans se chevaucher ind&ucirc;ment ni s'alt&eacute;rer l'un l'autre,            dans un m&ecirc;me esprit. Voyez par exemple ce reproche fait, au milieu            des compliments les mieux m&eacute;rit&eacute;s, &agrave; la Facult&eacute;            des Sciences sociales de Laval : &nbsp;. . . on n'y pr&ecirc;ta pas            suffisamment d'attention au probl&egrave;me de la destin&eacute;e <i>politique            </i>de notre peuple : dans ce domaine, il n'&eacute;mana de l'&eacute;cole            de Laval qu'une pens&eacute;e abstraite et floue, et des tendances surtout            faites d'opposition au monolithisme nationaliste.&nbsp;</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Une            synth&egrave;se qui s'impose</font></b></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Je            me demande donc pourquoi Trudeau, commentant une id&eacute;e d'Andr&eacute;            Laurendeau (&nbsp;Le Social et le national se pr&eacute;sentent actuellement            comme s'ils &eacute;taient deux ennemis . . . Il s'agit de savoir si            nous saurons op&eacute;rer &agrave; temps la synth&egrave;se&nbsp;,            <i>Action nationale, </i>juin 1948),<i> </i>tient &agrave; mettre en            doute la possibilit&eacute; de semblable synth&egrave;se.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">II            y tient si bien qu'il le fait au prix d'une bien &eacute;tonnante m&eacute;sinterpr&eacute;tation            d'une autre id&eacute;e de Laurendeau. II est bien entendu qu'un nationaliste            qui ne r&eacute;agit pas socialement n'en est pas moins nationaliste.            Mais c'est mal raisonner que d'en induire quoi que ce soit contre la            possibilit&eacute; de nationalistes &nbsp;de gauche&nbsp; et donc            d'une synth&egrave;se, parfaitement concevable, du &nbsp;national&nbsp;            et du &nbsp;social&nbsp;. &Agrave; preuve la tendance qui est en train            de se cristalliser et que symbolisent on ne peut mieux les r&eacute;centes            prises de position de M. Jacques Perrault.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Nos            penseurs &nbsp;sociaux&nbsp; n'&eacute;prouveraient-ils pas quelque            regret &agrave; devoir se ranger &agrave; l'avis tr&egrave;s simpliste            de M. L&eacute;opold Richer : &nbsp;le nationalisme de gauche . . .            en plus d'&ecirc;tre une contradiction dans les termes . . . est une            b&ecirc;tise en soi et une id&eacute;ologie extr&ecirc;mement p&eacute;rilleuse.            Le nationalisme de gauche est une id&eacute;e qui a &eacute;t&eacute;            con&ccedil;ue par des cerveaux br&ucirc;l&eacute;s qui veulent &agrave;            la fois exploiter le nationalisme et le gauchisme, deux doctrines qui            se contredisent historiquement et en elles-m&ecirc;mes&nbsp; ? (3)</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Au            fond, je ne pense r&eacute;ellement pas que soient bien nombreux parmi            nous ceux qui ne se veulent que &nbsp;sociaux&nbsp;, &nbsp;humanitaires&nbsp;,            et qui se d&eacute;sint&eacute;ressent absolument de la question de            l'avenir du peuple canadien-fran&ccedil;ais comme entit&eacute; originale.            Je vois seulement des hommes de ma g&eacute;n&eacute;ration qui r&eacute;pugnent            &agrave; r&eacute;p&eacute;ter de vieilles antiennes inop&eacute;rantes,            qui vont &agrave; la question sociale et au probl&egrave;me industriel            parce qu'ils disposent d'une &eacute;nergie avide de s'exercer sur un            champ r&eacute;el d'action et de combat, qui s'efforcent de substituer,            dans tous les ordres, des r&eacute;alit&eacute;s hautement humaines            &agrave; l'ubiquit&eacute;, &agrave; l'imp&eacute;rialisme et &agrave;            l'inanit&eacute; des seules &nbsp;bonnes intentions&nbsp;. Les valeurs            auxquelles est li&eacute; notre destin collectif, les &nbsp;fondements&nbsp;            m&ecirc;mes de notre soci&eacute;t&eacute; (et pr&eacute;cisons : la            foi spiritualiste et la culture fran&ccedil;aise), je pense que leur            id&eacute;e profonde est de les tenir &agrave; bout de bras, de leur            faire franchir sans phrases les obstacles, -- les vrais&nbsp;! Ils auront            su aiguiser leurs regards pour d&eacute;couvrir les plus secr&egrave;tes            et les plus puissantes entraves, qui sont en nous-m&ecirc;mes. Elles            r&eacute;sident dans toutes les illusions contre lesquelles ces penseurs            ne s'acharnent tant, nous voulons le croire, que parce qu'elles nous            emp&ecirc;chent de grandir et d'assumer notre vraie taille.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Entre            nationalistes &agrave; oeill&egrave;res et antinationalistes sectaires,            <i>L'Action nationale</i>, pour sa part s'est d&eacute;j&agrave; prononc&eacute;e            &agrave; plusieurs reprises. Contentons-nous de quelques affirmations            r&eacute;centes : &nbsp;Nationalisme&nbsp; et &nbsp;justice sociale&nbsp;            n'ont rien qui s'oppose&nbsp; (&Eacute;ditorial du num&eacute;ro de            mars dernier). Et Jean-Marc L&eacute;ger &eacute;crivait, en janvier            dernier&nbsp;:</font></font></p>         <blockquote>            <p><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size=2>&nbsp;Dans la situation              o&ugrave; nous sommes, les aspirations sociales et les revendications              nationales vont de pair . . . Tout nationalisme v&eacute;ritable,              dans le Canada fran&ccedil;ais d'aujourd'hui, ne saurait &ecirc;tre              qu'intens&eacute;ment social, que d'abord social . . . Dans les conditions              o&ugrave; se trouve la nation canadienne-fran&ccedil;aise, le nationalisme              est exactement aux antipodes du conservatisme et de la stagnation              . . . Il doit se trouver &agrave; la pointe du combat pour l'&eacute;mancipation              populaire qui, dans le m&ecirc;me temps, est l'&eacute;mancipation              nationale.&nbsp;</font></p>         </blockquote>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">En            toute sinc&eacute;rit&eacute;, ces phrases me semblent irradier la lumi&egrave;re            d'une &eacute;vidence humaine imm&eacute;diate et ramasser tout ce qu'un            homme qui a les id&eacute;es claires et le coeur bien accroch&eacute;            peut &eacute;crire de plus raisonnable sur la question.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">(1)            --Rappelons que l'abondance des citations est exig&eacute;e par la nature            m&ecirc;me de notre enqu&ecirc;te : nous &eacute;tudions notre civilisation            dans et par la production intellectuelle.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">(2)             &nbsp;La province de Qu&eacute;bec au tournant du demi-si&egrave;cle            -- &Eacute;volutions de la pens&eacute;e sociale", <i>Le Devoir, </i>9            juin 1956.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">(3)             &nbsp;J'ai repris ma libert&eacute;&nbsp;, sept., <i>Notre Temps</i>.</font></font></p>         <p align="JUSTIFY"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Source&nbsp;:            Pierre de Grandpr&eacute;, &nbsp;Notre civilisation. Le social et le            national. Sur des id&eacute;es de Pierre Trudeau et R&eacute;ginald            Boisvert&nbsp;, dans <i>Action nationale</i>, Vol. 46, octobre 1956,            pp.126-141. Quelques erreurs typographiques mineures ont &eacute;t&eacute;            corrig&eacute;es. Le texte a aussi &eacute;t&eacute; reformat&eacute;.</font></font></p>         <p align="CENTER"><font face="Arial"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&copy;            2001 Pour l&eacute;dition sur le web, Claude B&eacute;langer, Marianopolis            College</font></font></p> </TD></TR> </TABLE><P>&nbsp;</P></div> </body> </html> 
