<HTML> <!-- Copyright (c) 1995-9 by Michel Fingerhut, auteurs, diteurs --> <HEAD> <TITLE>Alexandre Szombati: "Des Nazis parlent. La mmoire sans dfaillance des boureaux"  Le Monde Diplomatique 1988. Ressources documentaires sur le gnocide nazi / Documentary Resources on the Nazi Genocide  Michel Fingerhut, auteurs et diteurs, 1996-2000 </TITLE>  <link rel="stylesheet" TYPE="text/css" HREF="../style.css"> <script language="javascript" src="../notes.js"></script> <TITLE>Alexandre Szombati: "Des Nazis parlent.  La mmoire sans dfaillance des bourreaux". Le Monde diplomatique  Le Monde diplomatique 1988</TITLE> </HEAD> <body bgcolor=#ffffff link=#5500CC vlink=#5500CC onLoad="reload('index.html', false)"> <IMG SRC=/images/logo-mf-short.gif ALIGN=LEFT ALT=" Michel Fingerhut 1995-9"> <A HREF=/textes/ TARGET=_top><IMG SRC=/images/blue_top.gif ALIGN=RIGHT ALT="^"></A> &nbsp; <P> &nbsp; <P> <H1 ALIGN=CENTER> <!--AUT--> Alexandre Szombati: <BR> <!--TIT--><I>Des Nazis parlent. <BR> La mmoire sans dfaillance des bourreaux</I> <BR> <FONT SIZE=2> in <I>Le Monde diplomatique</I> (mars 1988)  Le Monde diplomatique 1988 <BR> <FONT COLOR=RED SIZE=2> Reproduction interdite sauf pour usage personnel - <I>No reproduction except for personal use only</I> </FONT> </FONT> </H1> <HR> Nous remercions <A HREF=http://www.monde-diplomatique.fr TARGET=_top>Le Monde diplomatique</A> de nous avoir autoriss  reproduire ce texte. <HR> <span class="notes-dyn" id="affnotenote1"> L'article 47 du code pnal militaire allemand, dition du 10 octobre 1940, dicte notamment que <I>"le subordonn qui a obi est passible d'une sanction  titre de participation: (...) s'il savait que l'ordre de son suprieur impliquait un acte criminel ou dlictieux, dans le sens gnral ou dans le sens militaire du terme"</I>. Voir dans <I>le Monde Dimanche</I> du 8 mai 1983 <I>"Klaus Hornig et l'article 47"</I>, par Alexandre Szombati. </FONT> </span> <BLOCKQUOTE class=abstract> Dans une longue enqute sur le gnocide des juifs durant la seconde guerre mondiale, Alexandre Szombati a consult les archives et recherch les tmoins en Autriche et en Allemagne. Il a rencontr les magistrats qui avaient instruit les procs des criminels de guerre. Surtout, il a retrouv, non sans difficults, de hauts responsables nazis et d'anciens bourreaux des camps. Beaucoup ont refus toute entrevue. Mais d'autres, en toute libert de choix, ont accept de lui parler. Il a aussi reu le tmoignage d'hommes courageux - un mdecin d'Auschwitz, un policier, - qui devant l'horreur de ce qu'ils voyaient ont, au pril de leur vie - et pour l'honneur du peuple allemand, - refus de participer au gnocide. Pour eux, comme pour les magistrats et, plus nettement encore, pour les responsables nazis, condamns ou non, nier l'existence des chambres  gaz est une pure et simple aberration. </BLOCKQUOTE> <P ALIGN="JUSTIFY"> La lvre suprieure gauche balafre, chauve, les yeux perants et scrutateurs, de taille moyenne, l'homme qui est assis en face de moi, dans ce restaurant de la rue Weiburg  Vienne,  est une ancienne &nbsp;toile&nbsp; de la Gestapo: Othmar Trenker fut <I>Hauptsturmfhrer</I> (lieutenant-colonel SS) dans l'arme du Reich. Dans l'Autriche de l'aprs-guerre,  &nbsp;premire victime de l'agression nazie&nbsp;, il porte le titre de conseiller principal du gouvernement, qui fut aussi en Allemagne celui du comte Yorck Von Wartenburg, tortur par les soins de Trenker puis pendu pour sa participation  l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Fils d'un policier autrichien,  docteur en droit, Trenker, nazi &nbsp;historique&nbsp;, fut commandant adjoint de la Gestapo  Munich, puis envoy en Pologne en 1940. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> En mars 1944, devenu une sorte d'ambassadeur itinrant de la Gestapo, quand l'Allemagne envahit la Hongrie, il utilisa les listes tablies par le lieutenant-colonel Wilhelm Httl, du contre-espionnage, dirigea l'arrestation de tous les hommes connus pour leur hostilit  Hitler et les dporta en Allemagne. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> En juillet 1944, Kaltenbrunner, chef suprme de la Gestapo, le fit venir  Berlin pour participer  la recherche et aux interrogatoires des conjurs de l'attentat du 20 juillet. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Les mains qui manient devant moi couteau et fourchette ont peut-tre inflig d'horribles souffrances. Je pose la question. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Que dites-vous l?</I> s'exclame-t-il.  <I>Moi, torturer quelqu'un de mes propres mains? J'tais trop haut plac pour me livrer  de tels travaux manuels. D'autant plus que, sur l'ordre du Fhrer, il fallait aller trs vite. On trimait jour et nuit. Vous ne vous rendez pas compte de ce que cela reprsente comme responsabilit et comme tension nerveuse... J'aurais voulu vous voir  ma place... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Je ne pense pas que torturer des gens aurait pu tre mon ambition. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> -  <I>Ce sont des &nbsp;gens&nbsp; pour vous? Des criminels qui ont tent d'assassiner le chef de l'Etat! Ils n'ont eu que ce qu'ils mritaient. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Depuis 1940 vous vous trouviez en Pologne. Vous avez donc tout vu. Ainsi avez-vous assist au traitement inflig  la population juive. Avez-vous vu fonctionner les chambres  gaz  Treblinka ou  Auschwitz? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Non. Pourquoi cette question?</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Parce que certains &nbsp;historiens&nbsp; mettent en doute l'existence des chambres  gaz... </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>J'en ai en effet entendu parler. C'est pure dbilit mentale. En ce qui me concerne, je n'ai rien eu  rechercher dans les camps d'extermination, j'ai constamment vu fonctionner les camions que nous appelions les &nbsp;chambres  gaz roulantes&nbsp;. Je n'ose pas mentionner de chiffres, mais il ne fait aucun doute que des dizaines de milliers de personnes sont passes de vie  trpas par ces camions. Hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux taient entasss dans ces vhicules hermtiquement ferms. Lorsqu'ils roulaient, le gaz introduit infligeait  ces gens une mort atroce.</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - En mars 1944, quand votre organisation procda  la dportation en masse des juifs hongrois, vous n'aviez donc aucun doute quant  la destination de ces gens, c'est--dire les chambres  gaz? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>A question prcise, rponse prcise. Je n'ai jamais ni le rle que j'avais jou dans la Gestapo. Charg de l'limination de l'ennemi politique, je ne me suis pas occup de la question juive. Celle-ci tait du ressort d'Adolf Eichmann. Cela dit, je n'avais aucune raison de douter de la parole de ce collgue qui, tout en nous rvlant la destination des transports, nous rappela l'ordre strict de camouflage. A toute question nous devions rpondre que &nbsp;les vacus allaient travailler&nbsp; et ainsi &nbsp;contribuer  l'effort de guerre allemand&nbsp;. Notre devoir tait de dmentir catgoriquement les fausses rumeurs de la radio anglaise concernant les prtendus camps de la mort.... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Etait-il possible de berner tout le monde? Je pourrais vous citer une douzaine de phrases dans lesquelles il est clairement dit quel sort Hitler rservait aux juifs... </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Moi aussi; pourtant il y avait des cas absolument ahurissants. Le gnral SS Winskelmann, notre suprieur  Budapest, tait charg des contacts avec l'amiral Horthy,  rgent de Hongrie. Ce dernier voulait absolument savoir ce qui arriverait  ses concitoyens hongrois dports. Ne sachant que rpondre, le gnral appela Eichmann, qui rassura son suprieur et, par son truchement, le rgent: on les ammne travailler. Tout le reste est propagande ennemie... Vous auriez d voir le visage hilare d'Eichmann quand il nous rapporta cette histoire.</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Eichmann vous a-t-il dit quel tait le nombre de juifs extermins? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Pas  moi, mais  mon ami Wilhelm Httl, qui me l'a rapport un ou deux jours plus tard. Posez-lui la question</I> (voir plus loin la dclaration de Wilhelm Httl).  <I>Il vous rpondra peut-tre...</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Vous n'aviez donc aucun doute quant au sort rserv aux prtendus &nbsp;vacus&nbsp;? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Parlons clairement, il y avait des millions de juifs en Pologne et ils ont disparu  vue d'oeil. D'autres millions y ont t amens dans des wagons  bestiaux en provenance de nombreux pays et ils se sont volatiliss. O voulez-vous qu'ils soient alls?&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Du doigt, il montre le plafond, et il rit. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> &nbsp;Vous avez t un des grands chefs de la Gestapo de 1939  1945. Avez-vous jamais t inquit de ce fait? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Jamais, je n'ai fait que mon devoir. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - N'aviez-vous jamais piti de l'une ou l'autre de vos victimes? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Piti? Qu'est-ce que c'est?</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Quel souvenir gardez-vous de ces sept annes de votre vie? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Das waren Zeiten!&nbsp;</I> (Quelle poque merveilleuse!) </P> <A NAME=1> <H2 ALIGN=CENTER>&nbsp;Il fallait inventer un systme moins sanglant&nbsp;</H2> </A> <P ALIGN="JUSTIFY"> Dans cette mme Autriche, un autre lieutenant-colonel n'est pas du mme avis. N en Silsie, il vit actuellement dans un chalet au Tyrol. Policier, juriste et catholique, comme il se dcrit, Klaus Hornig fut, ds le dbut de la guerre, vers dans la police militaire charge de massacrer les civils derrire le front. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Au risque de sa vie, le lieutenant Hornig, se rfrant  l'article 47 du code militaire, refusa de participer  ces tueries<font size=-1><sup><a href="javascript:void()" onMouseOver="ouvrirNote(event, 'affnotenote1')"onMouseOut="fermerNote(true)" class="fnote">1</a></sup></font>. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Himmler le fit enfermer au camp de Buchenwald o il devait rester jusqu' sa libration  la fin de la guerre. Aprs quoi, pendant des annes, il dut lutter avec les autorits de Francfort pour faire reconnatre ses droits tout en gagnant sa vie comme chauffeur de taxi. Il fut enfin pensionn avec le grade de lieutenant-colonel. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;L'isolation des chambres  gaz roulantes tait faite avec de la tle fixe par des rivets</I>, dit-il.  <I>La tle brillait sous le soleil. On aurait dit des cercueils d'argent. Cela se passait derrire le front de Pologne, et j'ai vu de mes propres yeux des membres du Service de scurit (SD), en uniforme SS avec le triangle SD sur le bras, pousser les malheureux  coups de crosse et de baonnette dans les camions. Je n'ai pas assist au dchargement des cadavres, mais certains de mes hommes l'ont vu et en ont fait le rcit. C'tait horrible. Des mres serraient si fort leur bb dans leurs bras qu'ils taient comme souds. C'est ainsi que l'on a brl leurs cadavres... Mais, du point de vue de Himmler,  l'emploi des chambres  gaz roulantes tait prfrable aux massacres par fusillades, cette mthode exigeant moins d'effectifs. Quelques &nbsp;durs&nbsp; suffisaient pour le chargement, le dchargement tant excut, de force bien entendu, par les futures victimes qui,  jusqu' la dernire minute, espraient un miracle.</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Mme si vous et votre bataillon n'y avez pas particip, vous tiez tmoins de fusillades. Quels en furent les effets sur les excutants? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Le bataillon de police voisin a t pendant des semaines occup  l'extermination de le population juive. Celle-ci fut amene dans les champs de bl et fauche par des salves de pistolet mitrailleur. C'taient des journes de douze  quatorze heures. A la nuit tombe, la troupe rentrait  la caserne de Zamosz. Elle tait si dmoralise qu'il fut impossible de la renvoyer en permission en Allemagne. Le gnral de police Winkler, qui sigeait  Cracovie, a envoy ces hommes pendant quatre semaines dans les villes de cure de Krynica et Zakopane. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Il fallait inventer un systme moins sanglant et moins voyant, si l'on peut dire. Mme Leni Riefenstahl, metteur en scne et artiste favorite du Fhrer, avait clat en sanglots (une photo en tmoigne) en voyant massacrer des femmes, des hommes et des enfants en Pologne. Et quand Himmler lui-mme faillit s'vanouir en voyant la tuerie, il accepta l'ide de passer  l'assassinat par le gaz.&nbsp;</I> </P> <A NAME=2> <H2 ALIGN=CENTER>Visite aux juges des procs de Treblinka... </H2> </A> <P ALIGN="JUSTIFY"> A Dsseldorf, se sont drouls plusieurs procs ayant pour objet l'&nbsp;action Reinhard&nbsp;, ainsi nomme  cause du grand matre de la &nbsp;solution finale&nbsp;,  Reinhard Heydrich. Entre autres, celui du camp d'extermination de Treblinka. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Pour le chef du parquet, le procureur gnral Norbert Blazi, l'existence des chambres  gaz est une ralit, au. mme titre que les assassinats perptrs par les. terroristes d'aprs-guerre qu'il poursuit aujourd'hui. La mettre en. doute relve de la fantaisie pure.  <I>&nbsp;Il y aura toujours des gogos pour croire  n'importe quelle normit&nbsp;</I>, dit-il. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Je lui exprime mon dsir d'interroger Kurt Franz. Le tribunal du Land de Dsseldorf a condamn  la prison  vie le principal accus de Treblinka, le cuisinier Kurt Hubert Franz, n le 17 janvier 1914. pour meurtre d'&nbsp;au moins&nbsp; trois cent mille personnes, et pour meurtre d'&nbsp;au moins&nbsp; cent trente-neuf personnes, ainsi que pour tentatives de meurtre. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Les cent trente-neuf meurtres, il les a commis en dehors des meurtres par le gaz; par excs de zle...&nbsp;&#187</I>, explique le procureur gnral. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Il m'autorise  parler au prisonnier, mais il est trs sceptique sur le rsultat de ma dmarche. Jusqu' prsent, Kurt Franz a, en effet,  strictement dclin toute tentative de rencontre... Il se mfie de tout le monde. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Le procureur gnral appelle M. Wermke, directeur de la prison de Rheimscheid-Lttringhausen. Je demande  ce dernier de transmettre le message suivant:  <I>&nbsp;Je n'ignore pas que vous avez jusqu' prsent toujours refus d'accorder le moindre entretien  qui que ce soit. Mais il s'agit cette fois de rtablir une vrit historique. Jusqu' maintenant, des personnalits aussi importantes du troisime Reich que le Hauptsturmfhrer Dr Othmar Trenker, l'un des chefs de la Geheime Staatspolizei, et le Sturmbahnfhrer SD Dr Wilhelm Httl,  l'un des chefs du contre-espionnage pendant la guerre, m'ont fait confiance.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Une demi-heure plus tard, j'ai Kurt Franz au tlphone. D'abord, il veut savoir si j'ai des preuves crites de ce que j'affirme. Je les montre au procureur gnral Blazi, qui confirme. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Que voulez-vous savoir?</I> demande Franz. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Il y a des gens qui mettent en doute l'existence des chambres  gaz...&nbsp; </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Silence, puis: </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Ce sont des btises. Les chambres  gaz ont fonctionn alors que j'tais en service aussi bien  Belsec qu' Treblinka., a ne se discute mme pas. Je voudrais plutt vous parler du fait que j'ai t condamn illgalement par un tribunal allemand pour des faits que j'aurais commis en dehors des frontires du Troisime Reich... Si vous tes dispos  imprimer cela, je veux bien vous parler des chambres  gaz aussi longtemps que vous le dsirez. Au revoir.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Le procureur gnral a un geste dsabus  <I>&nbsp;Kurt Franz a tort. Selon la loi allemande, tout citoyen allemand ayant son domicile sur le territoire allemand peut tre poursuivi pour des faits commis  l'tranger.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Mais, avant mme d'aller voir Franz dans sa prison, je voulais entendre le tmoignage des magistrats qui ont instruit les procs des bourreaux du camp d'extermination de Treblinka. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Treblinka... Un terrain entour de barbels, de dimensions tonnamment rduites: 600 mtres de long et 400 mtres de large.  En un an et demi,  <I>&nbsp;pas moins d'un million de personnes y terminrent leur vie d'une manire violente&nbsp;</I>,  ont constat les autorits judiciaires allemandes. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Kurt Rainisch Schwedersky, ancien juge d'instruction des procs de Treblinka, vit en retraite en Rhnanie. Il sourit des tentatives rvisionnistes des <I>&nbsp;blanchisseurs des mains ensanglantes&nbsp;</I> . </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;C'est moi qui ai conduit l'enqute prliminaire contre les deux commandants successifs de Treblinka, Franz Stangl et Kurt Franz. A aucun moment ils n'ont song  nier l'existence des chambres  gaz et des meurtres en masse, ni  tenter de mettre en doute ces touffoirs aliments par le gaz d'un moteur Diesel d'origine sovitique... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;L'attitude des accuss?... Le commandant de Treblinka, Franz Stangl, avec son accent et son charme typiquement viennois, voulait me faire croire que le fait d'avoir port le titre de commandant du camp n'avait t qu'une simple formalit. Il n'aurait t responsable que de la rcupration des dents en or arraches aux cadavres et des valeurs que l'on pouvait dcouvrir sur eux; or, pierres prcieuses, etc. Quant  Kurt Franz, il a toujours ni avoir t le second de Stangl et, aprs le dpart de celui-ci,  matre absolu du camp. Aujourd'hui encore, dans sa prison, il nie l'vidence, confirme cependant par ses co-accuss et par les tmoins survivants... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;L'infirmier SS Otto Horn, responsable de l'incinration des corps des victimes, se considrait calmement comme innocent. Il a dit tout ce qu'il savait et n'a pas dout qu'il serait acquitt. Ce qui fut fait. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Y avait-il rellement des innocents? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Bien sr. Le SS Booz, par exemple,  surnomm &nbsp;der Furunkel SS&nbsp;, voyant ds son arrive ce qui se passait, dcida de ne pas participer aux gazages. Il grattait ses furoncles pour qu'ils ne gurissent pas. Il est finalement arriv  ses fins et fut envoy au front. Lors de l'instruction, qui se termina par un non-lieu, il m'a racont les horreurs dont il fut tmoin. Il ajoutait que le jour le plus heureux fut, pour lui, celui o il fut envoy au front pour se battre comme un soldat.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Le procureur gnral de Wuppertal, M. Alfred W. Spiesz,  soutenait l'accusation aux deux procs de Treblinka. A l'issue de ma visite, je lui ai demand de rsumer par crit ce qu'il pensait de la discussion au sujet des chambres  gaz. Voici sa lettre: </P> <BLOCKQUOTE> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Suite  notre conversation de ce jour, je vous dclare ce qui suit d'aprs les constatations faites par les tribunaux allemands lors des procdures se rapportant aux crimes commis par le rgime national-socialiste, il ne subsiste pas le moindre doute que l'assassinat des juifs dans les camps d'extermination a t effectu dans des chambres  gaz. Lors de son procs en 1970 devant le tribunal de Dsseldorf, l'ancien Hauptsturmfhrer Franz Stangl a admis,  entre autres, que, en priode de &nbsp;grande affluence&nbsp;, lorsque beaucoup de transports arrivaient,  jusqu' 18&nbsp;000 (dix-huit mille) juifs furent tus chaque jour. Le massacre tait effectu  l'aide de gaz manant d'un moteur de char d'assaut russe du type T.34. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>ALFRED SPIESZ.&nbsp;</I> </P> </BLOCKQUOTE> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Nous n'avons eu besoin que de cent vingt hommes au total pour raliser l'action Reinhard,  c'est--dire l'extermination d'au moins 1&nbsp;750&nbsp;000 personnes dans les trois camps de Treblinka, Sobibor et Belsec&nbsp;</I>, m'avait dit M. Spiesz. <I>&nbsp;Nous&nbsp;</I> et non pas <I>&nbsp;eux&nbsp;</I>, le visage d'Alfred Spiesz reflte la douleur et la gne. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Je ressens devant lui la mme impression que devant M. Schwedersky, comme s'ils avaient t clabousss par les crimes, et comme si leur propre innocence tait en quelque sorte mise en doute. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Comme vous le savez, pendant le IIIe Reich,  il tait strictement interdit de parler ouvertement de l'extermination des juifs</I> [...]. <I>Pourtant,  ma grande surprise, je suis tomb sur un document dans lequel il est ouvertement question du transport des juifs franais  Auschwitz, ainsi que du but de cette dportation. Dans ce document,  il est dit que &nbsp;le lieutenant-gnral de la Wehrmacht K..., stationn  Paris, se montre fort coopratif et se dclare d'accord avec l'extermination  100 % des juifs.&nbsp; Ainsi, le fait d'avoir port l'uniforme de l'arme rgulire allemande ne signifie pas que l'on n'ait pas particip  l'action qui avait pour but le gazage des juifs...&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> A propos de Kurt Franz, M. Spiesz me rapporte l'incident suivant: </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;En automne 1943, l'action Reinhard acheve et les armes sovitiques se rapprochant, il fut dcid de faire disparatre les camps d'extermination de Treblinka, Sobibor et Belsec. Tous les prisonniers furent gazs,   l'exception de quelques-uns dont on avait besoin pour transformer ces camps de la mort en de paisibles paysages. On fit sauter le seul btiment construit en dur, celui des chambres  gaz, action que Franz a photographie</I> (voir photo page 6) <I>. Il ne restait qu'une seule baraque, celle du commandant, que l'on devait transformer en un logement  l'intention d'un paysan ukrainien. Quand le travail fut achev, et que les fleurs commenaient dj  pousser, on a dit aux derniers prisonniers que leur fin tait arrive. C'est alors qu'une femme juive a demand comme dernire faveur de ne pas tre excute par le commandant Kurt Franz. Il lui inspirait une telle horreur qu'elle ne voulait pas recevoir la mort de sa main... Son dsir fut exauc.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Dans son compte rendu du procs, l'hebdomadaire  <I>Der Spiegel</I> rapporte que, selon Eichmann lui-mme,  <I>&nbsp;Treblinka fut la chose la plus terrible que j'aie vue de ma vie&nbsp;</I>&nbsp;; et le journal ajoute que, selon les observateurs allemands,  <I>&nbsp;Kurt Franz tait l'individu le plus effrayant de tous les accuss&nbsp;</I> . </P> <A NAME=3> <H2 ALIGN=CENTER><I>Kurt Franz, &nbsp;au moins&nbsp; 300&nbsp;000 morts</I></H2> </A> <P ALIGN="JUSTIFY"> Malgr l'introduction du procureur gnral Blazi, j'ai d assurer au directeur de la prison que je n'avais nullement l'intention de poser  son prisonnier <I>&nbsp;des questions agressives ou inquisitoriales&nbsp;</I> . </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Inform du temprament extrmement colrique du prisonnier, je me dclarai trs satisfait de la prsence de deux fonctionnaires dans le bureau durant l'entretien. L'un d'eux me prvint de ne pas m'tonner si, aprs les premires minutes, le prisonnier se levait et me quittait. Comme les autres condamns du procs de Treblinka qui purgent leur peine dans cette prison, il se dclare totalement innocent. Lors du procs, il n'a jamais fait le moindre aveu, mme lorsque ses co-accuss lui ont dit en face ce qu'ils savaient de son rle dans le camp. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> L'homme est grand, bien en chair, chauve: d'allure dcide. Il me regarde droit dans les yeux. Aprs quelques secondes d'immobilit, il me tend une grande et lourde main, puis s'asseoit. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Je vous ai dj dclar au tlphone</I>, dit-il,  <I>que les chambres  gaz dans lesquelles on a gaz les juifs ont bel et bien exist. J'ignore le nombre exact de gazs car je ne les ai pas compts. D'autant moins que je n'ai pas particip personnellement  ces actions. Moi, je n'ai gaz personne, ni  Treblinka ni  Belsec, l'autre camp d'extermination o j'ai fait mon service auparavant. Dans les deux camps, j'tais le commandant des troupes de scurit. Il y avait en effet des partisans dans les environs, qui menaaient de nous attaquer... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Vous me dites que vous avez commenc votre service  Belsec. Y avait-il une raison spciale  votre mutation  Treblinka? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Bien sr, bien sr... Un jour, une femme juive nue s'est approche de moi et, se jetant  genoux, m'a dit qu'elle tait prte  tre gaze mais elle m'implorait de sauver sa fille. Celle-ci m'a suppli de sauver la vie de sa mre. Elles taient trs belles toutes les deux. J'ai donn l'ordre  mon ordonnance l'Ukrainien Alexief Pior de leur procurer des vtements et de les placer dans les cuisines de SS, pour qu'elles y pluchent des pommes de terre. J'ignore pourquoi Pior, toujours si obissant, n'a pas excut mon ordre. Sans doute persuad que je tenais  la vie de ces deux femmes, il a pris une dcision folle: il les a fait sortir du camp, a pris avec elles le train pour la ville, en pensant probablement pouvoir les y placer. Par malchance, les gendarmes ont contrl les voyageurs. L'Ukrainien, ne pouvant justifier sa prsence dans le train, fut souponn de vouloir rejoindre les partisans et reconduit au camp. Les deux femmes furent immdiatement gazes et mon ordonnance tu sur place, d'une balle de revolver, par le commandant. Furieux, car j'apprciais beaucoup l'Ukrainien, qui cirait admirablement mes bottes, je me suis plaint auprs de Christian Wirth. C'tait un homme terrible: premier commandant de Belsec, Himmler l'avait nomm inspecteur des trois camps d'extermination: Belsec,  Sobibor et Treblinka. Aprs m'avoir entendu, il fut saisi d'une crise de rage et me frappa au visage. Il m'a ensuite mut  Treblinka, que dirigeait alors Franz Stangl</I> . </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Je n'ai trouv nulle part trace de cette histoire... </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Rien d'tonnant. C'est la premire fois que je la raconte. Je n'ai plus honte d'avoir t frapp au visage... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Avez-vous vraiment eu piti de ces deux femmes?&nbsp; </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Il hausse les paules. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> &nbsp;Pourtant, vous n'tiez pas particulirement rput pour votre clmence  l'gard des prisonniers. Lors de votre procs,  plusieurs tmoins ont relat que, bien que commandant supplant et puis commandant, vous vous tes vous-mme charg d'excuter des bastonnades qui, dans la plupart des cas, finissaient par la mort des supplicis. On a mme rapport le cas d'un mdecin juif polonais qui, de crainte d'tre cravach par vous, avait pris du poison. Vous lui ftes faire un lavage d'estomac, avant de le battre de toutes vos forces. L'homme tait dj mort que vous continuiez encore d'abattre sur lui votre cravache.&nbsp; </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Il m'coute calmement en regardant la table, puis: </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;On a racont tant de choses contre moi au cours du procs! On a dit aussi que, galopant  cheval  travers le camp, j'ai tu des prisonniers  coups de revolver en m'amusant follement. Et le reste! On a dit aussi que je fus d'abord commandant supplant, puis commandant du camp. Ce n'est pas vrai. Il est pourtant un fait que je ne nie pas. Il arrivait quelquefois  Stangl de partir en ville, et il me demandait alors de me charger de la surveillance en son absence, ce que je faisais, bien entendu. J'ai aussi dirig les travaux de dmolition de Treblinka,  aprs le soulvement des dports, lequel d'ailleurs a entran le dpart de Stangl... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Pourquoi fallait-il faire disparatre ce camp d'extermination? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Les Russes approchaient dangereusement. On ne voulait pas qu'ils apprennent  quoi ce camp avait servi... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Vous avez t flicit pour votre excellent travail par Himmler, lors de sa visite au camp, visite dont le rsultat fut votre promotion. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Je n'ai vu Himmler qu'une seule fois, et ce fut  Berlin. Avec sa peau fonce, il m'a fait l'impression de quelqu'un de mal soign. Il tait insignifiant, tout comme Adolf Eichmann, qui tait en civil quand je l'ai rencontr en 1943  Treblinka. Il venait s'assurer de ce qu'il advenait des juifs qu'il avait fait venir. En voyant le gazage, il tait plutt ple... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Avez-vous fait jouer des airs d'oprettes afin que l'on n'entende pas les hurlements des gens suffoquant dans les chambres  gaz? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>C'est possible,  mais je ne les ai pas gazs moi-mme. Pourtant on m'a condamn pour avoir gaz au moins 300&nbsp;000 personnes. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Aprs la guerre, vous avez vcu pendant quatorze ans sans tre inquit. Qu'avez-vous fait pendant ce temps? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>J'ai deux mtiers. Je suis cuisinier et boucher. Je suis retourn  mon mtier de cuisinier. Au moment de mon arrestation, le 2 dcembre 1959, j'tais chef dans le fameux restaurant Schmoller, place Graf-Adolf  Dsseldorf. Il parat que je ne fais pas mal la cuisine franaise. Je n'aime pas mentionner que je suis galement boucher, cela ne fait pas bonne impression. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - A la premire page de l'album de photographies que la justice a saisi chez vous, vous aviez inscrit: &nbsp;Les plus belles annes de ma vie.&nbsp; </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Il hausse les paules. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Je ne me souviens pas d'avoir crit cette phrase...&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Je dpose devant lui un plan portant l'inscription <I>&nbsp;Camp d'extermination de Treblinka&nbsp;</I>, et lui demande de me dcrire la procdure de l'extermination. Il me montre au bas de la feuille l'arrive des transports. Je lui tends mon crayon et lui demande d'inscrire le mot &nbsp;Arrive&nbsp;. Il met ses lunettes et crit: <I>&nbsp;Ankunft&nbsp;</I> . Puis explique: </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>&nbsp;Voyez-vous, aprs cela, les femmes taient diriges  gauche, les hommes  droite... </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Et les enfants? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Avec les femmes. Les hommes passaient  ct du puits et entraient dans la baraque de dshabillage. Les femmes, nues, passaient dans la partie suprieure de la baraque pour que les coiffeurs leur coupent les cheveux. Ensuite, les hommes devaient passer par le corridor, le &nbsp;Schlauch&nbsp;, surnomm &nbsp;Himmelfahrtstrasse&nbsp;, &nbsp;le chemin du ciel&nbsp;. Sa premire partie avait 30 mtres de long. Puis le corridor tournait  droite et, 50 mtres plus loin,  se trouvait l'entre des chambres  gaz. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Combien de temps durait le gazage? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>De trente  quarante-cinq minutes. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - C'est une ternit, ne trouvez-vous pas? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>En effet. Mais moi je ne participais pas personnellement au gazage. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Voulez-vous me le confirmer par crit? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Volontiers...&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Sur le dos du plan, il crit: <I>&nbsp;Je n'ai rien eu  faire avec les gazages des juifs ni  Treblinka ni ailleurs. J'tais uniquement commandant de compagnie charg d'assurer la scurit dans ce territoire des partisans. - Kurt Franz.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Je dpose devant lui la photo trouve dans son album, le montrant souriant, les mains sur les hanches, auprs de son suprieur Stangl. Ce dernier, en tunique blanche impeccable, cravache  la main, comme toujours,  discute avec son collaborateur. Franz regarde la photo et dit avec nostalgie: </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;J'tais encore jeune et svelte...&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Il est strictement interdit de photographier dans la prison. Je lui demande alors s'il ne possde pas une photo rcente. Accompagn du sous-directeur de la prison, il va chercher et me remet une photo le montrant en compagnie de sa femme. Le clich a visiblement t pris en dehors de la prison. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;En effet, de temps en temps j'ai un cong de huit jours, que je passe  Dsseldorf avec ma femme, gravement malade... Venez donc nous voir lors d'un de mes prochains congs... Je vous invite.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Incarcr depuis dcembre 1959, Kurt Franz espre tre graci et bientt libr, en raison de la maladie incurable de sa femme. Comme le fut son co-accus dans le procs de Treblinka, Kurt Miete, condamn  perptuit et libr pour... snilit. </P> <A NAME=4> <H2 ALIGN=CENTER><I>Un mdecin d'Auschwitz</I></H2>  </A> <P ALIGN="JUSTIFY"> A Ludwigsburg, prs de Stuttgart, sige l'Office central des services judiciaires,  charg des enqutes sur les crimes commis sous le national-socialisme. L'un des magistrats, M. Willi Dressen, soutenu par le parquet de Francfort, n'a pargn aucun effort afin que je puisse parler  trois des condamns des procs d'Auschwitz encore emprisonns dans le Land de Hesse: Oswald Kaduk,  Joseph Klehr et Joseph Erber. Tous trois ont particip aux gazages d'Auschwitz et ont t condamns  perptuit. Aprs avoir hsit, ils ont refus de me rencontrer, comme ils y taient autoriss. Leurs dfenseurs, ayant introduit des recours en grce, avaient estim opportun que leurs clients se fassent oublier. Restait donc  trouver un autre tmoin participant actif, et non une victime survivante. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Camp d'extermination et camp de travaux forcs, Auschwitz fut galement un camp d'extermination mdicale et de vivisection sur une grande chelle. Y svissait, entre autre, le docteur Mengele, toujours recherch. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Dans un livre publi en langue allemande sous le titre  <I>Unmenschliche Medizin</I> (&nbsp;Mdecine inhumaine&nbsp;), le Comit international d'Auschwitz, dont le sige se trouve  Varsovie, numre tous les accuss de crimes contre l'humanit commis dans le seul camp d'Auschwitz. L'accus n 65 est un certain docteur Hans Mnch. On peut lire  son sujet la notice suivante: </P> <BLOCKQUOTE> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;65., Hans Mnch, n le 11/5/1911, SS Untersturmfhrer, docteur en mdecine,  activits  l'institut d'hygine  partir de 1943 ou 1944, jug au procs de Cracovie. Libr de crime et de chtiment.&nbsp;</I> </P> </BLOCKQUOTE> <P ALIGN="JUSTIFY"> Qu'un mdecin d'Auschwitz ait t  <I>&nbsp;libr de crime et de chtiment&nbsp;</I>, c'est--dire acquitt lors des procs de Cracovie, dmontre de faon irrfutable qu'il tait possible d'avoir un comportement irrprochable, mme dans cette usine du meurtre. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Le docteur Mnch, gyncologue, vit dans un village perdu  la frontire germano-autrichienne. Il ne s'tonne gure de ne pas tre apprci de ses anciens camarades SS. Tout a son prix, y compris le serment d'Hippocrate. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;Ce qui s'est pass et dont j'ai t le tmoin est tellement horrible qu'il n'est pas tonnant que certains jeunes refusent de le croire</I>, dit-il. <I>Ils doutent, et nous voyons que le doute, tout comme la foi, peut aussi dplacer des montagnes... Moi-mme, membre du parti, officier du corps d'lite SS, j'aurais t incapable d'imaginer ce qui se passait si je n'avais t mis face  la ralit. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Vous avez t acquitt par le tribunal de Cracovie. Pouvez-vous me dire quel tait le motif de votre acquittement? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>J'ai refus la slection. C'est--dire d'envoyer des tres humains  la mort. Un certain nombre d'anciens prisonniers sont venus tmoigner au tribunal que je leur avais sauv la vie, aprs avoir refus la slection. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Pourriez-vous me donner quelques indications sur vos origines? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Mon pre tait professeur de pathologie des plantes  l'universit de Munich, et ma mre issue du mme milieu. Mon pre ne s'intressait pas du tout  la politique, ma mre tait farouchement antinazie. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;En 1933,  j'tais tudiant en mdecine  Tbingen. Pas de service militaire, tendances pacifistes, mais sans activit militante. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> <I>&nbsp;En 1937, je suis entr au Parti national-socialiste. Il m'tait impossible, sans cela,  d'obtenir le poste d'assistant  l'universit. Je me suis particulirement intress  la bactriologie et  la microbiologie. En 1938, j'ai entre autres, collabor  l'Institut d'hygine de Munich. En automne 1942, j'ai t engag par la Waffen SS. Aprs une courte priode d'instruction, je fus repris par l'institut en tant que bactriologiste et fus bientt mut  Auschwitz. L'hygine du camp devait tre amliore et il s'agissait, plus spcialement, de matriser les pidmies. En automne 1943, le camp est surcharg et transform en camp d'extermination sur une grande chelle. Les quarante-quatre mdecins, sans exception, reurent l'ordre d'effectuer les slections. Je fus le seul  refuser de dcider de la vie ou de la mort des malheureux arrivants. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - A quel moment avez-vous dcid de ne pas participer au gazage des prisonniers? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> -  <I>Je m'en souviens trs bien. J'tais, un jour,  la porte du camp au moment o des groupes de prisonniers revenaient de travaux  l'extrieur. Au milieu de ces hommes d'un aspect terrible, j'ai reconnu mon ami d'enfance et compagnon d'tudes, Leo Oppenheimer. Je courus trouver mon suprieur direct, le docteur Weber, autre camarade d'tudes, et je lui dis; &nbsp;Oppenheimer est l, notre ami Leo! Il ne faut pas qu'il meure! Aide-moi  le retrouver.&nbsp; Il eut un geste dsabus: &nbsp;Folie! Tu ne le retrouveras plus jamais. Ds que tu le chercheras, ses camarades le cacheront, certains que tu veux l'envoyer directement vers les chambres  gaz. Par contre, toi, tu vas certainement t'attirer des ennuis!&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Vous avez abandonn vos recherches? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Non, mais je ne l'ai pas retrouv. Toutefois, ma dcision tait prise. Le jour o l'on m'a donn l'ordre de me rendre  la rampe de slection, j'ai immdiatement dit &nbsp;non&nbsp;. Sans attendre, et  l'insu du docteur Weber, je me suis rendu  Berlin auprs de mon chef de la section &nbsp;hygine&nbsp;, et je lui ai fait part de mon refus. A ma grande surprise, il accepta ma dcision et communiqua son accord  mon suprieur immdiat, le docteur Weber. Un vritable conflit s'ensuivit entre les deux hommes, diffrend dont j'ai profit. Dpositaire d'un secret d'Etat, je ne pouvais tre dplac. Mais je ne fus plus jamais inquit: celui qui bnficiait de la protection du professeur Mugrovsky, le grand patron, jouissait de l'immunit absolue. Il faut pourtant savoir que Mugrovsky, en me couvrant, a risqu sa propre tte... Aprs la guerre,  cependant, il fut condamn  mort pour expriences criminelles, et excut.&nbsp;</I> </P> <A NAME=5> <H2 ALIGN=CENTER><I>Les chiffres d'Eichmann et ceux de Himmler</I></H2> </A> <P ALIGN="JUSTIFY"> La coquette auberge bavaroise o je djeune a reu des htes clbres. C'est ici mme qu'Ernst Kaltenbrunner, chef suprme de la Gestapo, a pris un dernier repas avant de se cacher dans les montagnes avoisinantes, dans le vain espoir d'chapper aux troupes amricaines. C'est dans ces mmes montagnes qu'il aurait, selon certains, fait cacher les trsors vols par les SS au cours de la guerre. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> Adolf Eichmann aussi, l'organisateur infatigable de l'extermination du peuple juif, a djeun ici le 5 mai 1945,  <I>&nbsp;un homme au front troit sans cervelle, un excuteur d'ordres reus&nbsp;</I>, ainsi que me le dcrira Wilhelm Httl, un des grands patrons du contre-espionnage allemand pendant la deuxime guerre mondiale. C'est lui que je suis venu rencontrer dans ce &nbsp;rduit alpin&nbsp;, prvu comme dernier refuge de Hitler et des dirigeants du Reich aux abois. Wilhelm Httl, en relation avec les Amricains, a contribu  prserver la rgion des ultimes combats. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> D'une mfiance extrme, il observe,  l'aide de longues jumelles militaires,  le visiteur qui s'approche sur un sentier dcouvert. On n'arrive chez cet ancien chef du contre-espionnage de la Gestapo, qui fut tmoin  charge contre Kaltenbrunner, qu'aprs une enqute approfondie et sur recommandation d'un ancien dignitaire du rgime. </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> &nbsp;Je suis venu chez vous pour connatre le contenu exact de votre dernire conversation avec Adolf Eichmann. Vous tes vous-mme historien de profession, et vous comprendrez aisment que, du point de vue historique, il est particulirement intressant de savoir ce qu'Eichmann vous a dit. Aprs la guerre,  Nuremberg, vous avez fait des rvlations dans ce sens. Aujourd'hui, aprs quarante ans, j'aimerais savoir si vous maintenez, changez ou,  ventuellement, retirez ces dclarations... </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Je suis  la fin de ma vie, et je n'ai intrt ni  salir ni  blanchir l'Allemagne hitlrienne, que j'ai servie fidlement jusqu'au bout. Si j'ai accept de vous parler, c'est pour tre utile  la seule cause qui me tienne  coeur: la vrit historique. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Fin aot en tant que responsable de l'organisation dirige par Kaltenbrunner, vous avez reu dans votre appartement,  situ place Disz, n7,  Budapest, Adolf Eichmann qui travaillait dans la mme organisation et dont vous saviez qu'il dirigeait l'extermination des juifs... </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>C'est exact Les Roumains venaient de nous trahir en quittant notre alliance et en se joignant aux Russes. Eichmann organisait la dportation des juifs hongrois. Fin juillet 1944, avec l'aide efficace de la gendarmerie hongroise, l'vacuation des 600&nbsp;000 juifs de la province hongroise tait dj acheve. Restait encore le transfert des juifs de Budapest vers Auschwitz, pour qu'il y soient liquids. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Eichmann vous a-t-il prcis comment taient opres ces liquidations? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Clairement. Par le gaz, sans lequel la solution finale n'aurait jamais pu tre ralise... L'industrialisation de la mort tait indispensable; question de productivit. Nous l'appelions la &nbsp;guerre silencieuse&nbsp;; elle se droulait derrire les barbels des camps, en opposition  la &nbsp;guerre bruyante&nbsp; qui faisait rage sur les fronts. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - L'explosion des bombes fait naturellement plus de bruit que l'chappement du gaz Zyklon B... </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Cela va de soi. Devant la dportation de centaines de milliers de personnes - la Hongrie fut vide de sa population juive, - la question se posait: quel tait le nombre total de juifs dj extermins? Vous savez que tout ce qui concernait la &nbsp;solution finale&nbsp; tait secret d'Etat, non seulement l'extermination en tant que telle, mais davantage encore ses bilans: Eichmann, qui tait galement autrichien et mon camarade de lutte depuis toujours, me tmoignait la confiance la plus totale. Il savait lui aussi que la guerre tait perdue pour nous et qu'il devrait rpondre de ses crimes. Il n'ignorait pas que les Allis le considraient comme l'un des principaux criminels de guerre. Il devait partir en mission prilleuse en Roumanie, et tenait pour certain qu'il n'en reviendrait pas. Il m'a rvl que, peu avant, Himmler lui avait demand un rapport sur le nombre exact de juifs dj extermins. Dans sa rponse, Eichmann a indiqu que quatre millions de personnes avaient t tues dans les camps, tandis que deux millions avaient t massacres par les commandos de la mort, par fusillades. Himmler n'tait pas satisfait de ce rapport. Il jugeait que le nombre exact tait plus lev. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Lequel, selon vous, tait le plus comptent? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Je n'ai pas toujours t de cet avis mais,  toutes rflexions faites, c'tait certainement Himmler. Pour des raisons videntes: il avait une vue d'ensemble. Eichmann tait plus comptent sur le nombre de personnes dplaces et transportes vers les camps d'extermination. Himmler recevait aussi les rapports directs des commandos de la mort, qui svissaient en Pologne et en Russie. Himmler avait alors dcid d'envoyer un statisticien qualifi auprs d'Eichmann pour qu'ils laborent un nouveau rapport sur le nombre exact des victimes. C'tait important pour le compte rendu qu'Himmler voulait remettre au Fhrer. </I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - Que pensez-vous des &nbsp;rvisionnistes&nbsp; qui mettent en doute la vracit de votre conversation avec Eichmann? </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> - <I>Ils mettent tout en doute: l'hostilit de Hitler  l'gard des juifs, l'existence des camps d'extermination, la ralit des chambres  gaz... Ce sont des farceurs, qui s'attachent  falsifier l'histoire. Malheureusement pour eux, il y a encore des tmoins vivants.&nbsp;</I> </P> <P ALIGN="JUSTIFY"> (Copyright <I>le Monde diplomatique</I> et Alexandre Szombati) </P> <H3>Personnes rencontres au cours de cette enqute:</H3> <P ALIGN="JUSTIFY"> <B>Norbert Blazi</B>, procureur gnral de Dsseldorf; <BR> <B>Willi Dressen</B>, procureur  l'Office central des services judiciaires  Ludwigsburg; <BR> <B>Kurt Franz</B>, ancien commandant du camp d'extermination de Treblinka, condamn aux travaux forcs  vie; <BR> <B>Wilhelm Httl</B>, officier SS, l'un des chefs du contre-espionnage de la Gestapo; <BR> <B>Klaus Hornig</B>, lieutenant de la police militaire; <BR> <B>Dr. Hans Mnch</B>, mdecin Waffen SS dans le camp d'Auschwitz; <BR> <B>Kurt Rainisch Schwedersky</B>, juge d'instruction des procs de Treblinka; <BR> <B>Alfred Spiesz</B>, procureur gnral de Wuppertal, accusateur dans les deux procs de Treblinka; <BR> <B>Alfred Streim</B>, procureur gnral de l'office central de Ludwigsburg; <BR> <B>Othmar Trenker</B>, ancien &nbsp;ambassadeur itinrant&nbsp; de la Gestapo. </P> <P CLASS=ni> <FONT SIZE=2>____________________________<BR> <P CLASS=ni> <B><A HREF=/index.html TARGET=_top>Server / <I>Server</I></A>  Michel Fingerhut 1996-2001</B> - document mis  jour le  05/12/2000  15h29m41s.<BR> Pour crire au serveur (PAS  l'auteur)/<I>To write to the server (NOT to the author):</I> <A HREF=/send.html>MESSAGE</A></FONT>  </BODY> </HTML> 
