<html> <head> <!-- #BeginEditable "doctitle" --> <title>Michel Claessens / Ma&icirc;trise sociale des sciences</title> <!-- #EndEditable -->  <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF"> <a name="top"></a> <table width="100%" height="60" cellpadding="7">   <tr>      <td><font face="Arial, verdana, sans serif" size="5" color="#800000"><em><b>Forum        Ma&icirc;trise sociale des sciences</b></em></font></td>   </tr> </table> <table border="0" width="100%" cellpadding="7">   <tr bgcolor="#ffcc00">      <td><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="5" color="#660033"><b><font size="3" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Contresciences</font></b></font></td>   </tr> </table> <table border="0" width="100%" cellpadding="7">   <tr>      <td>        <p><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Par <b>Michel Claessens</b>,          Direction gnrale de la recherche de la Commission europenne, Unit          communication. 28 Novembre 2000. <i>Il y a dsquilibre entre la technoscience,          souvent au service des groupes industriels, et la recherche, dvie de          sa fonction naturelle de connaissance: beaucoup d'efforts pour d'inutiles          innovations, et des avances trop modestes vis--vis des problmes fondamentaux          (dont les dcisions appartiennent au politique): d'o une asymtrie des          relations science-socit. Entre son rle de conseiller en stratgie conomique          et la demande des politiciens, le scientifique voit souvent reporte sur          lui la responsabilit des problmes mondiaux. Il est ncessaire de rtablir          la transparence de sa fonction. <a href="01127claessens_en.htm">(voir          traduction anglaise)</a></i></font></p>       <p><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><img src="Illustrations/forum-sm.gif" width="31" height="20"></font>          <font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">&nbsp; </font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Le paysage scientifique          des pays industrialiss a t profondment boulevers au cours de ces          dernires annes par l'&quot;instrumentalisation&quot; croissante de la          technoscience, de plus en plus asservie  des objectifs industriels, stratgiques          voire politiques. Suite  cette tendance lourde, le poids relatif des          deux activits de base du chercheur s'est compltement invers : la recherche          a recul au profit du dveloppement et le faire est valoris au dtriment          du savoir. Presque compltement soumise  la rsolution de problmes pratiques          voire contingents, la recherche s'est - ou a t - dtourne dans sa quasi-totalit          de la contemplation et de la comprhension des phnomnes naturels. Avec,          dans certains cas, la bndiction voire la complicit de nos dirigeants          : au-del du rle qu'a jou la science dans le dveloppement des technologies          militaires et des totalitarismes au XXe sicle, de nombreux projets de          haute technologie n'ont pas eu d'autre but que de servir de formidables          (et coteuses) vitrines technologiques pour les pays qui les ont entrepris.          Citons ici un seul exemple de cette volution : celui de l'industrie pharmaceutique,          qui met sur le march un nombre non ngligeable de produits n'ayant aucun          effet notable. Ces substances que, du coup, on hsite  qualifier de mdicaments,          servent  traiter des gens qui ne sont pas malades. La frontire s'estompe          entre pharmacie et cosmtique.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Du dveloppement ingal          des deux facettes de l'activit scientifique- rsolution de problmes          concrets et prservation d'un no man's land de la recherche - dcoule          une profonde asymtrie des relations science-socit. Autant la recherche          et le dveloppement technologique sont promptes  gnrer de nouveaux          produits et procds, autant les progrs sont laborieux sur nombre de          grands chantiers tels que le cancer et les maladies infectieuses. On doit          mme s'tonner que nos concitoyens ne dnoncent pas davantage l'indcence          des efforts consacrs  la mise au point de gadgets et d'innovations constituant          de belles rponses  des questions qu'il reste  inventer alors que, d'un          autre ct, les avances ne sont que trop modestes sur le front de toute          une srie de problmes fondamentaux pour l'avenir de l'humanit, et ceci          en dpit des montants considrables investis dans la recherche.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">L'asymtrie des relations          science-socit s'observe galement au niveau des acteurs : concevoir          les nouveauts du futur est surtout le fait des entreprises ; rsoudre          les problmes du pass est essentiellement l'affaire des pouvoirs publics.          Dans ces conditions, et contrairement  ce qu'crivait rcemment Le Monde,          on ne saurait voir dans l'accroissement de l'effort de recherche du secteur          priv une compensation de la baisse des crdits publics : les objectifs          sont pour l'essentiel incomparables. </font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Aux intrts propres          du chercheur s'ajoute une troisime motivation, trs matrielle celle-l          : le financement de la recherche, que, de plus en plus, il doit assurer          lui-mme. Consquence: un scientifique porte aujourd'hui trois casquettes          - acteur de la recherche fondamentale (qui lui apporte sa crdibilit),          expert (obligation morale) et chasseur de crdits(et  ce titre  employ           des pouvoirs politique et conomique). </font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Cette multiplicit          des rles est source de confusion et de conflits. En particulier, elle          explique pourquoi la science, pour nombre de Franais, est assimile           l'univers du pouvoir politique, social et conomique, ainsi que l'a bien          mis en vidence Daniel Boy. Doit-on s'tonner, dans ces conditions, que          les chercheurs voient se reporter sur eux les sentiments qui sont prouvs           l'gard de nos dirigeants?</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Cette dimension politique          de la science est du reste revendique par les chercheurs, qui ne ratent          pas une occasion pour rappeler que les dcisions doivent reposer sur des          donnes scientifiques solides. Proposition  laquelle nul ne trouvera           redire. La ralit est cependant tout autre. Le problme n'est pas tant          un manque de science qu'un trop de sciences. Dans le champ de l'expertise,          la technoscience, devenue la rfrence et la pense uniques, limite les          choix et force les dcisions, clipsant les contributions des autres formes          de savoir et de savoir-faire, comme l'a rappel rcemment Jacques Testart.          </font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Une situation qui          se retourne in fine contre les chercheurs. Rappelons ces paroles, prononces          en 1948 par le physicien Robert Oppenheimer, pre du projet Manhattan          :  Au sens le plus strict du mot, qu'aucune trivialit, aucun humour          ni aucun sous-entendu ne pourra jamais totalement balayer, les physiciens          ont pch. Et ce pch restera grav en eux pour toujours.  On l'a vu          galement dans le cas des affaires hyper-mdiatises de la vache folle          et du sang contamin. L'opinion publique, droute par la notion de controverse          scientifique, ne fait pas la distinction entre le chercheur et l'expert,          qui sont souvent les mmes personnes. Une confusion parfois exploite,          inconsciemment au moins, par les responsables politiques lorsqu'ils se          retranchent derrire les dbats d'experts et se servent de la science          comme d'un paravent. A l'occasion de la transmission au gouvernement britannique,          le 26 octobre dernier, du rapport de la commission d'enqute officielle          sur la crise de la vache folle, le Financial Times dplore que  Trop          souvent, des actions qui auraient d tre prises par les ministres ont          t retardes parce que celles-ci ont t prsentes d'abord aux comits          de scientifiques. Ensuite, l'avis a t accept de faon trop peu critique.          Dans  L'Omerta franaise, Sophie Coignard et Alexandre Wickham rapportent          des extraits d'une note que le conseiller Jean-Paul Jean a adresse           son ministre, Claude Evin, au sujet du sang contamin :  Je pense qu'il          vaut mieux pour l'instant que ce soit les sommits qui parlent sur ce          sujet. Le ministre, lui, pourrait plutt dire :  Les experts pensent          qu'il tait impossible  l'poque d'viter ces contaminations.  A l'heure          actuelle, l'hypersensibilit et le malaise des autorits gouvernementales          se traduisent par des surenchres politiques sur le principe de prcaution.          </font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Une plus grande transparence          des scientifiques dans leurs rles et fonctions est souhaitable et ncessaire.          Certaines revues mdicales imposent d'ailleurs  leurs auteurs de citer          les sources de leurs financements. Pour clarifier les choses, je prfre          aussi parler de &quot;conseiller&quot; plutt que d'expert, un mot charg          de plusieurs connotations dans la langue franaise. Dans l'article dj          cit, le Financial Times crivait justement :  L'une des leons [de la          crise de la vache folle] est que les avis scientifiques et les dcisions          politiques doivent rester spars.  Mais il faut aller plus loin. Bnfique           certains gards, le &quot;cumul&quot; des scientifiques n'est pas dnu          d'effets secondaires. Peut-on accepter qu'un professeur d'universit,          pay par la socit pour conduire sa charge  plein-temps soit aussi le          conseiller d'une grande entreprise et sige dans plusieurs comits d'experts?          En tant  la fois juges et parties, en dveloppant des intrts diffrents          voire divergents, les scientifiques brouillent leur image et celle de          la science ; ils diluent voire annihilent leurs messages ventuels. Or          je constate que bon nombre de chercheurs, au mieux, sont dpasss par          ce constat et, au pire, refusent de l'admettre. Mais en s'autoproclamant          comme les mdecins de la plante, les scientifiques risquent d'apparatre          comme les principaux responsables des problmes de l'humanit, actuels          et  venir, et de l'chec des traitements imposs.</font></p>       <p><font size="2" face="Arial, Helvetica, sans-serif">Texte crit par Michel          Claessens.</font> </p>       <p align="left"></p>       </td>   </tr> </table> <table width="100%" cellpadding="7">   <tr>      <td width="50%" height="15">        <p align="center"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif"><a href="index.html" target="_top"><img src="Illustrations/x_socscience.gif" width="50" height="50" border="0" alt="Retour &agrave; la page d'accueil du forum"></a></font><br>         <font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Retour accueil ma&icirc;trise          sciences</font></p>     </td>     <td width="50%" height="15">        <p align="center"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><a href="forum_12_fr.htm" target="middle"><img src="Illustrations/forum.gif" width="62" height="38" alt="Retour &agrave; la liste des derni&egrave;res interventions" border="0"></a></font><font face="Arial, Helvetica, sans-serif"><br>         <font size="2">Retour liste interventions</font></font></p>     </td>   </tr> </table> <table width="100%">   <tr>     <td height="148">        <p align="center">         <hr color=#800000 noShade size=1>       <p align="center"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="1"><a href="#top"><img src="Illustrations/x_upage.gif" width="12" height="10" border="0"></a>           2000 Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire. Tous          droits rservs.</font> </p>       <p align="center"><font  face="Arial, verdana, sans serif"><img src="Illustrations/x_oldlogo.gif" width="50" height="86"></font>        </p>     </td>   </tr> </table> </body> </html> 
