<HTML>  <HEAD>  <meta http-equiv="content-style-type" content="text/css"> <LINK REL="stylesheet" TYPE="text/css" HREF="stylecourant.css">  <TITLE>Saut quantique</TITLE>   </HEAD>   <BODY>  <!-- PICOREDIRECT= "http://www.apsq.org/sautquantique/sts.html" -->   <BR><BR><BR><BR><BR> <TABLE WIDTH=90% BORDER=0 CELLPADDING=0 CELLSPACING=0 align="left">   <TR>      <TD height="2776">        <p class=titre1>Liens science-technologie-soci&eacute;t&eacute;</p>       <P class=courant><a href="sts_d.html#sts">Introduction de l'article &laquo;          Science, technologie et soci&eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo;</a> (<a href="mailto:jcsimard@globetrotter.net">Jean-Claude          Simard</a>, professeur de philosophie, C&eacute;gep de Rimouski, <a href="telechargement/sts.pdf">version          PDF</a>)</p>       <ul>         <li>            <p class="courant"><a href="sts_d.html#champ">Le champ STS</a></p>         </li>         <li>            <p class="courant"><a href="sts_d.html#rapport_ST">Le rapport traditionnel              entre science et technique</a></p>         </li>         <li>            <p class="courant"><a href="sts_d.html#naissance_techno">La naissance              de la technologie</a></p>         </li>         <li>            <p class="courant"><a href="sts_d.html#bombe">L'exemple de la bombe              atomique et du Projet Manhattan</a> </p>         </li>         <li>            <p class="courant"><a href="sts_d.html#changements">Les changements              apports aux relations STS</a></p>         </li>         <li>           <p class="courant">&laquo;&nbsp;<a href="telechargement/chaos.pdf">Quelques              lments de la thorie du chaos</a>&nbsp;&raquo;, et &laquo;&nbsp;<a href="telechargement/chaos_mathematica.pdf">&Eacute;tudes              des populations - Un exemple de chaos d&eacute;terministe</a>&nbsp;&raquo;              de <a href="mailto:etchecopar@globetrotter.qc.ca">Philippe Etchecopar</a>,              professeur de math&eacute;matiques, C&eacute;gep de Rimouski.</p>         </li>       </ul>       <p><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">FORMATION</font></b>        </p>       <p class=courant><a href="formation_d.html#compterendu">Comptes rendus de          visites industrielles</a> avec suggestions d'id&eacute;es d'activit&eacute;s          p&eacute;dagogiques et contacts (Petresa, Merck Frosst, Pioneer, Bombardier          A&eacute;ronautique, etc.).</p>       <p class=courant>Pr&eacute;sentation Power Point de la conf&eacute;rence          d'ouverture intitul&eacute;e &laquo;<a href="formation_d.html#compterendu">          Problmes contextualiss, essentiels aux apprentissages significatifs</a>&nbsp;&raquo;          de Barbara Bader, professeure de didactique des sciences de l'Universit          de Sherbrooke. Colloque coll&eacute;gial de l'APSQ 2002.</p>       <p class=courant><a href="formation_d.html#apsq2000">M&eacute;thode de l'&icirc;lot          de rationalit</a> facilitant une recherche en profondeur de tous les          lments (concepts scientifiques et techniques, aspects politiques, environnementaux,          sociaux, historiques, conomiques, etc.) en lien avec un sujet  caractre          scientifique ou technologique (ex. tlphone cellulaire). d'Emmanuelle          Goulet, professeure de physique, Cgep de La Pocatire. Pr&eacute;sentation          Power Point pr&eacute;sent&eacute;e au Colloque de l'APSQ 2000.</p>       <p class=courant><a href="formation_d.html#ologie">L'&eacute;pist&eacute;mologie,          la philosophie et l'&eacute;thique des sciences</a></p>       <p class=courant><a href="formation_d.html#histoire">Histoire des sciences</a>        </p>       <p class=courant><a href="formation_d.html#correspondance">Cours par correspondance          en science et technologie et en sciences de l'environnement</a></p>       <p class=courant><a href="formation_d.html#organiser">Trucs pour organiser          une activit&eacute; de formation</a> (Association qu&eacute;b&eacute;coise          pour la promotion de l'&eacute;ducation relative &agrave; l'environnement          (AQPERE), Fondation Riou-Delorme et Key foundation).</p>       <p class=courant><a href="formation_d.html#ressources">Personnes ressources</a></p>       <p class=courant><b>DOSSIERS</b></p>       <p class=courant><a href="dossiers_d.html#APP">Approche par probl&egrave;mes</a>          : une approche p&eacute;dagogique pouvant faciliter l'&eacute;tablissement          de liens entre la science, la technologie et la soci&eacute;t&eacute;          et d&eacute;velopper, en plus, des comp&eacute;tences. <a href="tresors_d_appintro.html#materiel">Plusieurs          exemples d'activit&eacute;s p&eacute;dagogiques STS</a>. </p>       <p><b><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">TR&Eacute;SORS          P&Eacute;DAGOGIQUES</font></b> </p>       <p class="courant"><a href="tresors_d.html#didactique">Activit&eacute;s          p&eacute;dagogiques multim&eacute;dias en sciences</a> (films, reportages          t&eacute;l&eacute;vis&eacute;s, NTIC, cmathematique.com, etc.).</p>       <p class="courant"><a href="tresors_d.html#integration">Dossiers <i>Objectif          00UU : int&eacute;gration des apprentissages</i></a> (liste de projets          de fin d'&eacute;tudes, certains font des liens STS).</p>       <p class="courant"><b>Coffre aux tr&eacute;sors p&eacute;dagogiques en sciences          au coll&eacute;gial (vol.1)</b></p>       <p class="courant"><a href="tresors_d.html#lumiere">Historique de la lumi&egrave;re<br>         </a><a href="tresors_d.html#culture">D&eacute;veloppement d'une culture          scientifique en sciences de la nature<br>         </a><a href="tresors_d.html#aveugles">Les Aveugles et l'atome<br>         </a><a href="tresors_d.html#caught">Caught in the act : Agents of evolutionary          change (L'&eacute;volution en flagrant-d&eacute;lit)<br>         </a><a href="tresors_d.html#trihalomethanes">Destruction des trihalom&eacute;thanes          dans l'eau potable par les ultrasons</a> </p>       <p class="courant"><b>Coffre aux tr&eacute;sors p&eacute;dagogiques en sciences          au coll&eacute;gial (vol.2)</b></p>       <p class="courant"><a href="tresors_d.html#afrique">L'Afrique a-t-elle un          avenir?</a><br>         <a href="tresors_d.html#clonage">R&eacute;flexion critique sur le clonage</a><br>         <a href="tresors_d.html#visites">Conf&eacute;rence et visites de laboratoires          de centres de recherche</a> <br>         <a href="tresors_d.html#centrale">Pour ou contre l'implantation d'une          centrale nucl&eacute;aire?</a><br>         <a href="tresors_d.html#Europe">Mission d'exploration sur Europe</a><br>         <a href="tresors_d.html#Fourier">Les Ondes, les s&eacute;ries de Fourier          et la musique</a><br>         <a href="tresors_d.html#actualites">Les Actualit&eacute;s astronomiques</a></p>       <p class="courant"><b>Logiciels inclus dans le c&eacute;d&eacute;rom accompagnant          le Coffre aux tr&eacute;sors p&eacute;dagogiques (vol. 2)</b></p>       <p class="courant"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Les          logiciels dans le c&eacute;d&eacute;rom sont la propri&eacute;t&eacute;          de Micro-Intel. Ils sont pr&ecirc;t&eacute;s &agrave; titre gracieux.          Il est interdit de modifier, d'adapter, de traduire, de louer, de c&eacute;der          en cr&eacute;dit-bail, de pr&ecirc;ter, de revendre, de distribuer, ou          d'installer en r&eacute;seau une partie ou la totalit&eacute; de ces produits.          </font><br>       </p>       <p class="courant"><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><a href="http://www.micro-intel.com/fr/enquete-description.html" target="_blank">&Eacute;CO-ENQUETE</a>          (Dans ce logiciel, six missions &agrave; caract&egrave;re environnemental          sont pr&eacute;sent&eacute;es par des mises en situation. Chaque probl&egrave;me          expos&eacute; doit &ecirc;tre r&eacute;solu en tenant compte de points          de vue divergents &eacute;mis par diff&eacute;rents intervenants. </font><font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Les          &eacute;l&egrave;ves pourront ainsi d&eacute;terminer les meilleures solutions          du point de vue &eacute;cologique, social, &eacute;conomique et &eacute;thique          favorisant un d&eacute;veloppement durable.)</font></p>       <P class=courant><BR>       <P class=courant><BR>       <P class=courant><a name="sts"></a>        <p class=titre2>Science, technologie et socit </P>       <p class=courant>(<a href="mailto:jcsimard@globetrotter.net">Jean-Claude          Simard</a>, professeur de philosophie, C&eacute;gep de Rimouski, <a href="telechargement/sts.pdf">version          PDF</a>)</P>       <p class=courant>Auparavant, les diffrentes disciplines collgiales de          sciences de la nature n'avaient gure  tenir compte dans leur enseignement          des rapports avec la technologie et la socit. Mais comme pour la dimension          historique, le nouveau programme de sciences de la nature leur en fait          maintenant une obligation, entre autres par le biais de son objectif 9          :</P>       <p class="courant"> Les lves doivent en effet tre en mesure d'&laquo;          tablir des liens entre la science, la technologie et l'volution de la          socit&nbsp;&raquo;. </p>       <p class="courant">On pourrait mme interprter en partie l'objectif 11          du mme programme (&laquo; Situer le contexte d'mergence et d'laboration          des concepts scientifiques&nbsp;&raquo;) comme une rfrence supplmentaire           une telle obligation, puisque de nos jours, les concepts scientifiques          peuvent difficilement &laquo; merger&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;s'laborer&nbsp;&raquo;          indpendamment de la technologie qui les rend possibles. Aussi ces deux          objectifs posent-ils plusieurs questions difficiles :</p>       <ul>         <li>            <p class="courant">Qu'est-ce d'abord que la technologie et que faut-il              entendre au juste par ce terme ? </p>         </li>         <li>            <p class="courant">Est-ce la mme chose que la technique ?</p>         </li>         <li>            <p class="courant">Quel est exactement son rapport  la science ? </p>         </li>         <li>            <p class="courant">Sont-elles sparables ou celle-ci a-t-elle expressment              besoin de celle-l ? </p>         </li>         <li>            <p class="courant">Comment comprendre au juste le lien entre la science              et la socit ? ou encore entre la technologie et la socit ? </p>         </li>       </ul>       <p class="courant">Beaucoup de questions qu'il faut d'abord tenter de dbroussailler          quelque peu si l'on veut tre en mesure de viser ces deux objectifs exigeants.          Nous chercherons ici  poser quelques jalons sur cette voie. Nous esp&eacute;rons          ainsi apporter notre modeste contribution au double travail qui attend          les enseignantes et enseignants de sciences de la nature : la clarification          et l'appropriation de ces deux objectifs particuliers.<BR>         <A NAME="champ"></A> </p>       <p class=titre2>Le champ STS </p>       <p class=courant>Lorsqu'on prend connaissance des recherches contemporaines          sur les sciences et les techniques, on peut <i>grosso modo</i> les classer          en trois catgories. La premire d'entre elles propose une rflexion de          type formel et elle est mene en gnral par des philosophes (ou parfois          les scientifiques eux-mmes) sous le nom d'<a href="epistemologie_d.html">pistmologie</a>.          Un second secteur tudie plutt le dveloppement des sciences et le fonctionnement          actuel de la communaut scientifique sous l'gide de l'histoire ainsi          que d'une discipline assez rcente, la sociologie des sciences. Nous avons          eu l'occasion de prsenter brivement cet autre domaine dans le texte          intitul&eacute; &laquo; <a href="histoire_d.html">Histoire des sciences          et p&eacute;dagogie</a>&nbsp;&raquo;. Enfin, un troisime centre d'intrt,          plus fluide et moins facile  cerner, se penche activement sur les rapports          entre la science et la technique, sans oublier leur impact commun sur          diffrents aspects de la socit ou celui de la socit sur elles, lesquels          peuvent tre analyss sous divers angles, plus ou moins complmentaires.          Interdisciplinaire, ce domaine est volontiers explor par des gens de          tous les horizons, qu'ils soient philosophes, praticiens des sciences          de la nature, historiens, sociologues, voire mme politologues ou conomistes.          Je propose de lire les noncs des objectifs 9 et 11 du programme <i>Sciences          de la nature</i> dans cette optique. Ce secteur a beaucoup volu au cours          du sicle dernier.  partir des annes 1960, environ, il est mme devenu          un champ de recherche en soi, qu'on symbolise couramment par le sigle          STS (pour Science, Technologie, Socit). C'est ce qui sera tudi brivement          ici. Prcisons d'entre de jeu que ce domaine d'investigation inclut habituellement          aussi une dimension lie  l'thique. Mais cet aspect sera laiss de ct          pour deux raisons. Tout d'abord, un autre des objectifs du nouveau programme,          le dixime, porte explicitement sur ce point : l'lve, y prcise-t-on,          doit &laquo; dfinir son systme de valeurs &nbsp;&raquo;. Par ailleurs,          certains objectifs de programme peuvent tre atteints en priorit par          le biais des cours de la formation gnrale et c'est le cas de celui-ci,          puisque le troisime cours de philosophie, le cours d'thique, adapt          aux familles de programme dans la plupart des collges, le vise explicitement.          On peut donc sans problme faire ici l'conomie de cette dimension particulire          des rapports STS. <BR>         <A NAME="rapport_ST"></A> </p>       <p class=titre2>Le rapport traditionnel entre science et technique</p>       <p class=courant>La rflexion sur les rapports entre science et technique          a longtemps gravit autour de distinctions utiles et assez classiques          (<a href="#1">1</a>). Pour les situer correctement, il faut d'abord rappeler          une vidence. L'tre humain fonctionne  deux niveaux : c'est un tre          qui pense et qui agit. Le premier niveau est plus thorique, le second,          plutt pratique. Au plan thorique, la technique peut tre vue comme l'adjuvant          dont se sert la science pour comprendre le monde. On peut alors l'associer           l'instrumentation, laquelle se prsente en gnral sous deux grands          types : les instruments d'observation et les instruments de mesure. Les          premiers donnent accs  de nouvelles rgions de la ralit et facilitent          la dcouverte de phnomnes indits. C'est par exemple le cas du tlescope          de Galile ou du microscope de Leeuwenhoek, qui, aux XVIe et XVIIe sicles,          ouvrent respectivement les mondes de l'infiniment grand et de l'infiniment          petit (<a href="#2">2</a>). Quant aux instruments de mesure, ils permettent          pour leur part d'obtenir des rsultats  la fois prcis et objectifs.          On songe, pour prendre une fois encore de clbres exemples historiques,          au baromtre de Torricelli ou  la balance de Lavoisier. </P>       <p class=courant>Si on suit cette ligne de pense, la science serait donc          essentiellement thorique et aurait une vise objective, le savant tant          en principe dsintress, alors que la technique, extension de la science,          ne serait pour sa part que pratique, c'est--dire foncirement utilitaire.          Pour reprendre une expression clbre du philosophe Bachelard, on peut          dire qu'en ce sens, une technique serait de la thorie matrialise. C'est          d'ailleurs ainsi que les Grecs concevaient ce rapport, et cette hirarchie          les a pousss  ngliger la technique qu'ils ont peu dveloppe, bien          qu'ils aient t les authentiques crateurs de la science. En effet, ils          se voyaient d'abord comme des thoriciens, et c'est l'idal qu'ils se          fixaient. Ce qui signifie videmment que ce qu'on a coutume d'appeler          la science exprimentale, c'est--dire un mariage troit de la thorie          et de l'exprimentation qu'on associe spontanment de nos jours  l'ide          mme de science, est en fait une invention rcente dans l'histoire, qu'on          ne peut gure faire remonter plus loin qu' la fameuse Rvolution des          XVIe-XVIIe sicles (<a href="#3">3</a>). De sorte que, pour les Grecs,          la technique tait au mieux un amusement, au pis, un abaissement. Ce qui          a videmment limit et mme handicap leurs recherches. </P>       <p class=courant>Pourtant, cette premire distinction sur le rle de la          technique, toute conforte par l'exemple illustre des Grecs soit-elle,          se heurte immdiatement  une objection incontournable : la technique          apparat en effet trs longtemps avant la science elle-mme. Pour exprimer          la chose en termes palontologiques, Homo faber a prcd <i>Homo sapiens</i>.           tel point d'ailleurs que, pour les anthropologues, la technique accompagne          l'mergence mme de l'tre humain. De sorte que la dcouverte d'artefacts          est l'un des plus srs moyens de savoir si l'on est en prsence d'un authentique          humain ou simplement d'un autre type de primate. La technique est donc          consubstantielle  l'<i>Homo faber</i> et, par dfinition, elle a le mme          ge que lui. Ce n'est gure surprenant, tant donn que l'homme possde          une constitution physique qui lui laisse peu de chance face  un environnement          hostile : il court lentement, ne nage pas, ne vole pas, n'a ni griffes,          ni carapace, etc. Son arme principale, c'est par consquent son cerveau          volu et cratif. Ds l'origine, la technique joue donc pour lui un rle          de soutien : elle supple ses carences corporelles dans une lutte froce          pour l'existence. Dans ces conditions, comment pourrait-elle bien constituer          une simple application de la science ? Ce qui nous amne justement  la          dimension pratique de l'tre humain que nous voquions tout  l'heure.          Et, de ce second point de vue, la technique peut tre considre comme          l'adjuvant dont se sert l'homme pour agir sur l'environnement et le transformer          afin qu'il rponde  ses besoins. On peut alors l'associer aux outils          primitifs - la roue, le levier (<a href="#4">4</a>), etc. - ou encore,          plus rcemment,  la machine proprement dite (<a href="#5">5</a>). Les          Grecs ont travaill sur les premires machines  l'poque hellnistique.          Mais c'est  la Renaissance qu'elles apparaissent vraiment, et lors de          la Rvolution industrielle qu'elles prennent dfinitivement leur essor.          En ce sens, le prototype de la technique agissant sur le monde est la          machine  vapeur. Contrairement aux instruments de mesure ou d'observation,          son but n'est pas d'aider  la comprhension de la nature, mais de faciliter          la production. Dans son cas, par exemple, il s'agit de maximiser le travail.          Dans une telle optique, et prenant appui sur la prsance historique de          la technique, on a parfois pu prsenter la science comme son simple prolongement          thorique. C'est par exemple la thse de Bergson dans <i>L'volution cratrice</i>.          En effet, fait-il valoir, la gomtrie (en grec, <i>geo-metrein</i>, mesure          de la terre) est d'abord apparue chez les gyptiens pour dlimiter les          champs aprs les crues annuelles du Nil, l'observation astronomique pour          aider  prdire le Destin chez les Babyloniens, l'alchimie pour changer          le plomb en or, etc. Cependant, disons-le, cet ordre historique d'apparition,          certes avr, n'impose pas pour autant un renversement du lien de subordination          habituel entre science et technique, car jamais une pratique empirique,          quelle qu'elle soit, ne suffira  expliquer l'apparition d'une dmonstration          thorique, essence mme de toute science. Les deux sont tout simplement          d'un autre ordre (<a href="#6">6</a>). </P>       <p class=courant>On se trouve donc en prsence de deux grands types de techniques,          chacune ayant sa fonction propre. Les premires chronologiquement, antrieures           la science, sont destines, non  notre comprhension du monde, mais           sa matrise et  sa transformation : ce sont les outils, les armes et          les machines. Quant aux autres, troitement associes  la science, thories          matrialises, elles sont surtout destines  faciliter la recherche grce           la mesure ou  l'observation des phnomnes : il s'agit des instruments          scientifiques. </P>       <p class=titre2><a name="naissance_techno"></a></P>       <p class=titre2>La naissance de la technologie </P>       <p class=courant>Assez classique, cette vision des choses n'est videmment          pas fausse, mais elle est un peu trop tranche pour rendre correctement          compte de la nature des relations actuelles entre science, technologie          et socit. Sans l'abandonner, il faut l'toffer quelque peu. Car, nous          l'avons mentionn dj, notre comprhension des rapports STS a subi des          changements majeurs au cours du XXe sicle. Pour deux raisons videntes          : d'abord l'volution de la socit, devenue, en partie grce  la technique,          d'une trs grande complexit. Ensuite,  cause de la naissance mme de          la technologie, qui impose une nouvelle vision des rapports entre science          et technique, mais aussi, on le verra, entre elles deux et la socit.        </P>       <p class=courant>Qu'est-ce donc alors que la technologie ? Comment la dfinir          ? Et qu'est-ce exactement qui la diffrencie de la technique au sens courant          du terme ? </P>       <p class=courant>Essayons d'clairer quelque peu ces questions, nettement          plus ardues. Le terme <i>technologie</i> nous vient de l'anglais. De nos          jours, par contamination linguistique, beaucoup de gens l'emploient comme          synonyme de <i>technique</i>. Mais  notre avis, il y a avantage  maintenir          la distinction. Lorsqu'il est apparu en franais, le terme <i>technologie</i>          signifiait simplement une tude raisonne de la technique, un domaine          de recherche qui la prenait comme objet et tudiait entre autres les moyens          les plus efficaces de la mettre en uvre. Ce sens s'est conserv et il          est encore utilis aujourd'hui. Mais peu  peu,  mesure que progressait          le XXe sicle, une autre acception du terme, nouvelle et importante, en          a considrablement largi la porte. Pour la saisir correctement, revenons          brivement aux annes 1900, peu avant la Premire Guerre mondiale. L'aviation          avait alors commenc  se dvelopper. Ds 1897, le Franais Ader avait          fait voler sur quelques mtres un premier appareil, l'<i>Avion </i>(<a href="#7">7</a>)          et, six ans plus tard  peine,  Kitty Hawk en Caroline du Nord, les frres          Wright, avec un tout autre type de mcanisme, quittaient eux aussi le          sol sur une courte distance. Bref, l'avenir s'annonait prometteur. Cependant,          malgr l'audace des prcurseurs et la curiosit du public qui y voyait          la possibilit de raliser un vieux rve de l'humanit, les progrs de          l'aronautique demeuraient trs lents. Ce qui a tout chang, ce sont les          annes 1914-1918. Les chancelleries et l'arme ont en effet compris que          cette nouvelle invention pouvait donner un avantage dcisif  une nation          en guerre (<a href="#8">8</a>). En fait, ds 1909, peu aprs que Blriot          et travers la Manche en solitaire, le gnral Brun, alors ministre de          la Guerre dans le gouvernement franais, avait dj command des appareils          pour l'arme (<a href="#9">9</a>). Et, grce au premier conflit mondial,          les amliorations se sont succdes  un rythme foudroyant. L'aviation          cesse alors d'tre une simple invention parmi d'autres pour devenir un          exemple de technologie  part entire. Qu'est-ce  dire ? Une technologie          suppose tout d'abord une action concerte, souvent des hommes d'tat et          du pouvoir militaire, en vue d'un dveloppement mthodique. Ainsi, l'avion          devient vite utile pour l'observation des troupes ennemies et la reconnaissance          des positions, puis pour l'attaque - ce qui mne  la naissance du bombardier          et, en contrepartie, de la dfense antiarienne, la DCA. Une industrie          lourde s'organise, de sorte que, en quatre ans  peine, la flotte franaise          passe de 200  3 500 appareils. Ensuite, une technologie s'approprie un          ensemble de techniques mises  sa disposition et les intgre progressivement,          par exemple, dans le cas du nouvel appareil, la mitrailleuse,  l'origine          monte sur les tourelles, ensuite un systme de synchronisation avec l'hlice          (<a href="#10">10</a>), etc. Elle fait enfin volontairement et systmatiquement          appel aux connaissances scientifiques modernes, par exemple, dans le cas          qui nous occupe, celles sur la mcanique des fluides et la rsistance          de l'air (<a href="#11">11</a>). Dveloppement mthodique, mariage de          nombreuses techniques et utilisation des connaissances scientifiques,          ce sont l des ingrdients suffisants pour parler d'un nouveau phnomne,          de <i>technologie</i>. Dans le cas de l'aviation, c'est le conflit mondial          qui a ainsi fait passer une technique prometteuse  un tout autre niveau,          mais ce n'est pas toujours le cas. Par exemple, on peut certes considrer          la naissance du chemin de fer et de l'automobile au XIXe sicle comme          d'authentiques exemples de technologie, mais ce n'est pas la guerre qui          a men  leur exploitation mthodique. Cependant, il y a eu l aussi concertation          des entreprises et de l'tat : dans le cas du chemin de fer, en Angleterre          dans la premire moiti du XIXe sicle, par le biais de la premire Rvolution          industrielle, et dans le second cas, celui de l'automobile en Allemagne          dans la seconde moiti du XIXe sicle, par ce qu'on pourrait appeler la          seconde Rvolution industrielle (celle qui a men au raffinage de l'essence          et au moteur  explosion). Rservons le terme pour un type de cration          particulire marque par une srie de facteurs trs spcifiques. Leur          liste exacte ne fera sans doute jamais l'unanimit, mais on peut considrer,          me semble-t-il, les trois dj identifis comme assez significatifs. Appelons          par consquent <i>technologie</i> un systme constitu d'un ensemble de          techniques simples ncessaires  son fonctionnement et qu'il intgre efficacement          (<a href="#12">12</a>), qui incorpore en outre des connaissances scientifiques          (<a href="#13">13</a>), et qui, enfin, est mthodiquement dvelopp, que          ce soit par les gouvernements, les entreprises ou l'arme (<a href="#14">14</a>).          Prise en ce sens, la technologie constitue une nouvelle tape dans la          longue histoire des techniques. Elle ne nat vritablement qu'au XIXe          sicle, et c'est au XXe qu'elle explose littralement, marquant profondment          notre poque. Essayons  prsent de voir en quel sens prcisment. <BR>         <BR>         <A NAME="bombe"></A> </P>       <blockquote>&nbsp;</blockquote>       <p class=titre2>L'exemple de la bombe atomique et du Projet Manhattan </P>       <p class=courant>La premire moiti du XXe sicle a engendr une vritable          floraison technologique : aviation militaire, char d'assaut, sous-marin,          radar, radio, tlvision, avion  raction, ordinateur, fuse, tissus          synthtiques, automates domestiques, etc., la liste est presque interminable.          Mais l'une de ces inventions se dtache des autres  cause de sa force          de suggestion, de sa capacit  frapper les esprits et  susciter des          images de puissance illimite. Il s'agit videmment de la bombe atomique.          Pourquoi cet exemple spcifique ? Ce qui s'tait pass durant la Premire          Guerre mondiale avec l'aviation s'est reproduit, mais sur une chelle          beaucoup plus vaste encore, lors de la Deuxime. En fait, on pourrait          presque dire que 1914-18 fut une rptition gnrale avant la reprsentation          de la pice vritable. Et la technologie elle-mme a chang d'chelle.          En effet, la bombe atomique est une arme. Mais c'est surtout un haut fait          technologique et scientifique qui a amen une tape supplmentaire dans          leur dveloppement mutuel. En fait, la matrise de l'nergie atomique          a profondment transform l'volution des connaissances, comme aussi la          faon de mener la guerre et, on va le constater, la socit elle-mme          (<a href="#15">15</a>). </P>       <p class=courant>On se souvient des vnements qui ont men  sa cration.          En 1938, Hahn et Strassmann dcouvrent la fission nuclaire. Peu aprs,          Meitner et Frisch en font la thorie et, ds 1939, Frdric Joliot-Curie          prouve exprimentalement qu'une raction en chane est possible  partir          du dgagement des neutrons. En juillet de la mme anne, Lo Szilard,          exil hongrois d'origine juive et physicien de renom, rdige en collaboration          avec Teller et Wigner une lettre au prsident Roosevelt. Il y affirme          que ces travaux rcents montrent qu'une nouvelle forme d'nergie exceptionnellement          puissante pourrait sans doute tre tire de la matire fissile. Il le          prie instamment de mettre sur pied un groupe de travail qui pourrait tudier          et, ventuellement, matrialiser cette possibilit. Afin de donner de          la crdibilit  sa lettre, il la fait signer par Einstein en personne,          avec qui il est li depuis plusieurs annes dj. Ds le mois d'octobre,          l'administration amricaine met sur pied un Comit consultatif de l'uranium,          lequel se penchera sur la question. Durant les deux annes qui suivent,          Szilard et Fermi vont ainsi travailler  la mise au point d'une pile           uranium-graphite. Le 16 dcembre 1941, neuf jours  peine aprs Pearl          Harbour, le Top Policy Group, qui comprend le prsident amricain lui-mme,          dcide d'arrter les travaux sur la recherche civile pour concentrer toutes          les ressources sur la production d'une bombe base sur la libration de          l'nergie nuclaire. C'est alors que les tats-Unis vont se lancer dans          le plus ambitieux projet scientifique et technologique de l'histoire.          Le nom de code de cette entreprise sans prcdent sera le <i>Projet Manhattan</i>.          Elle s'tendra sur prs de quatre annes, pendant lesquelles les forces          vives de la nation seront mises  contribution. Pour donner une ide de          l'ampleur des travaux, rappelons que, selon P. Radvanyi et M. Bordry (<a href="#16">16</a>),          en 1945, &laquo; l'activit nuclaire atteindra un volume similaire           celui de toute l'industrie de l'automobile amricaine  la mme poque&nbsp;&raquo;.          Aprs quarante-trois mois de recherches et d'essais, le 16 juillet 1945,          une premire explosion avait lieu  Alamogordo, dans le dsert du Nouveau-Mexique.          C'est alors qu'Oppenheimer, directeur scientifique du projet, pronona          sa fameuse phrase : &laquo;&nbsp;Scientists have sinned&nbsp;&raquo;.           l'ombre de ce terrible prsage, l're atomique venait brutalement de          s'ouvrir. </P>       <p class=courant>Lorsqu'on examine le droulement de cette opration, on          peut dire que les trois caractristiques habituelles de la technologie          y sont prsentes, mais sur une chelle jamais atteinte auparavant dans          l'histoire humaine. On estime que le nombre de personnes impliques dans          le projet Manhattan a avoisin les 140 000 (<a href="#17">17</a>). De          plus, les connaissances scientifiques ncessaires taient d'un niveau          exceptionnellement lev. Enfin, les Amricains avaient mis sur pied,           Los Alamos au Nouveau-Mexique, une ville entire,  la fois entreprise          et laboratoire de recherche fondamentale et industrielle, destine  la          ralisation du projet. Tout cela est dj remarquable. Mais en plus de          l'chelle qui, bien qu'elle soit proprement stupfiante, relve du domaine          purement quantitatif, on doit noter une nouveaut qualitative importante          qui, indpendamment des rsultats ou des retombes que provoqua la ralisation          de la bombe, en fait une date cl dans l'histoire des connaissances ou          des techniques, voire dans l'histoire humaine. C'est que non seulement          on fit appel  des techniciens pour dvelopper et appliquer les connaissances          scientifiques, comme cela avait t le cas pour l'automobile, l'aviation          et les technologies antrieures, non seulement des employs de l'tat          ou des entreprises travaillrent-ils l encore  son dveloppement systmatique,          mais, pour la toute premire fois, la science universitaire offrit d'un          seul bloc son troite collaboration. En fait, on conscrit la crme des          savants du sicle et ils formrent la plus formidable quipe de cerveaux          jamais runie.  telle enseigne qu' un moment ou  un autre, Szilard,          Fermi, Oppenheimer, Teller, Wigner, Lawrence, Compton, Bethe, Feynman,          Bohr, Chadwick, Von Neumann, Weiskopf, Urey, et j'en passe, bref, une          partie apprciable du gratin mondial dans le domaine de la physique ou          mme des mathmatiques et de la chimie, fut associe aux travaux. Ce fut          en somme  la fois un changement d'chelle et une mutation qualitative.          C'est pourquoi on a parl  ce propos de l'acte de naissance de la &laquo;&nbsp;Big          Science&nbsp;&raquo;<a name="changements"></a></P>       <p class=titre2>&nbsp;</P>       <p class=titre2>Les changements apports aux relations STS</P>       <p class=courant>videmment, une telle entreprise ne pouvait qu'entraner          de multiples consquences et le visage de la science, autant que ses rapports          avec la technologie ou la socit, en fut modifi de faon profonde et          durable. En fait, on peut identifier au moins quatre changements majeurs          apports aux rapports STS par l'entre en scne de la &laquo;&nbsp;Big          Science&nbsp;&raquo;. </P>       <p class=courant>Premirement, le Projet Manhattan a compltement boulevers          les rapports entre la science et la technique. Si l'on excepte quelques          grands esprits comme Hawking, une chose telle que la pense pure a-t-elle          encore quelque poids aujourd'hui ? Ou l'ancienne raison thorique n'est-elle          pas devenue essentiellement instrumentale ? En tout cas, science et technique          sont  prsent difficilement sparables et on parle avec raison de technoscience.          Il y a l un mouvement analogue  celui qui a men au XIXe sicle  l'apparition          de la technologie. Celle-ci a peu  peu abandonn l'image classique de          la technique comme simple application de la science. De nos jours, plutt          qu' la science fondamentale, son dveloppement est d davantage  un          facteur endogne comme l'ingnierie ou encore  des facteurs exognes          comme l'conomie, la recherche militaire, voire la politique. De faon          analogue, peut-on dire, la technoscience laisse derrire elle la conception          classique de la science exprimentale. En fait, la science est entre          dans une re nouvelle et un rgime STS indit s'est install. Autrefois,          le savant faisait progresser les connaissances thoriques et ces avances          entranaient ensuite d'ventuelles applications pratiques. C'tait l'ge          bni de la neutralit scientifique et de ses retombes bnfiques. Prsentement,          la technique prcde au contraire la science ou se dveloppe en parallle,          la plupart du temps indpendamment d'elle. Beaucoup de chercheurs croient          mme que, plus que jamais, elle est autonome, voluant selon sa rationalit          propre et chappant par consquent au contrle de l'tre humain. C'est          la thse dite du technicisme, laquelle est un retour, sous un autre mode,           la conception bergsonienne. C'est dans un tel contexte qu'il faut situer          l'extension massive du mouvement dit de recherche-dveloppement (R&D),          c'est--dire de la technologie qui pousse au progrs de la thorie dans          le but avou d'accompagner sa propre croissance. C'est ainsi que des hypothses          neuves mergent des applications. Un bon exemple est la thorie du chaos,          ne de l'utilisation de l'informatique. Sans l'ordinateur et la possibilit          de modliser les systmes sensibles aux conditions initiales, jamais elle          n'aurait pu voir le jour (<a href="#18">18</a>). </P>       <p class=courant>En second lieu, on peut dire que le Projet Manhattan a          dtermin le sort de la science moderne au sens o il lui a servi de modle.          Depuis, les grands projets technoscientifiques suivent  peu de choses          prs la voie qu'il a trace. La conqute de l'espace par exemple, une          autre illustration majeure de la &laquo;&nbsp;Big Science&nbsp;&raquo;          contemporaine, a ml indissolublement objectifs politiques, science fondamentale,          technologie, ingnierie, armement et considrations gostratgiques (<a href="#19">19</a>).          On peut mme dire que, dans la plupart des cas, de tels liens vont aujourd'hui          de soi et ils sont visibles dans tous les grands projets en cours, celui          des biotechnologies n'tant que le dernier en date  les rendre manifestes          (<a href="#20">20</a>). C'est d'ailleurs pour dcrire cette nouvelle ralit          qu'Eisenhower avait forg  l'poque la fameuse expression de &laquo;&nbsp;complexe          militaro-industriel&nbsp;&raquo;, laquelle a fait fortune. Encore une          fois, l'informatique peut servir d'illustration. L'ordinateur n'est-il          pas n avec la Seconde Guerre mondiale (<a href="#21">21</a>), tandis          qu'Internet voyait le jour dans le contexte de la guerre froide (<a href="#22">22</a>)&nbsp;?        </P>       <p class=courant>Troisimement, le Projet Manhattan a amen une volution          majeure de la socit. Il a acclr la fin de la Seconde Guerre (<a href="#23">23</a>)          et, en ouvrant l're atomique, il a impos, grce  la dissuasion nuclaire,          un quilibre de la Terreur sur lequel s'est ensuite appuye la guerre          froide. C'est ce que le sigle anglais M.A.D., la <i>Mutual Assured Destruction</i>,          traduit fort bien. J'affirmais ci-dessus que la Premire Guerre avait          servi de rptition gnrale pour la Seconde. On peut en voir un symbole          loquent dans le fait suivant. C'est l'aviation, dveloppe durant le          premier conflit, qui a rendu possible la destruction massive des populations          civiles. Et c'est encore elle qu'on a utilise pour larguer la bombe,          fine pointe de l'avancement technoscientifique, et raser les villes d'Hiroshima          et Nagasaki. Dans le pass, la technique avait toujours influenc le devenir          des socits, mais elle se limitait  certains domaines plus spcifiques.          C'tait par exemple le cas, en conomie, du secteur de la production,          largement dvelopp depuis la Rvolution industrielle. Aujourd'hui, elle          est au contraire devenue un facteur majeur d'volution des mentalits          parce que la technoscience cre un environnement artificiel qui se superpose           l'univers social. </P>       <p class=courant>En brouillant la frontire entre recherche civile et impratifs          guerriers, en faisant de la science une institution parmi d'autres et,           ce titre, une condition de la puissance, non seulement conomique (ce          qu'elle tait dj depuis la Rvolution industrielle), mais militaire,          la Seconde Guerre a dfinitivement fait de la connaissance un instrument          au service de la politique (<a href="#24">24</a>). De sorte que, devenues          omniprsentes, la science et la technique envahissent  prsent tous les          secteurs de l'activit humaine (<a href="#25">25</a>) et crent une puissante          pression de changement.  titre d'exemple, et pour demeurer dans le champ          conomique, le secteur tertiaire, celui des biens et services, fait maintenant          l'objet d'une frnsie technologique attribuable en grande partie  l'informatisation.          Certains voquent mme  ce propos une Troisime Rvolution industrielle,          au sens o, traditionnellement, la technique servait  entrer en relation          avec la nature, alors qu'aujourd'hui, grce aux moyens de communication,          elle permet aussi d'entrer en contact avec les autres humains, sans videmment          se limiter au domaine conomique. Cette impulsion occasionne par l'univers          technoscientifique est aussi particulirement vidente dans les socits          non industrialises o la pression exerce par l'arrive des techniques          occidentales affecte en profondeur les valeurs et les mentalits. C'est          ce que le philosophe Jean Ladrire appelle les &laquo;effets de dstructuration&nbsp;&raquo;          (<a href="#26">26</a>) . Par exemple, l'adoption de la motoneige par les          Inuits a rapidement men  l'abandon du traneau  chien et a compltement          modifi les techniques traditionnelles de chasse, entranant du mme coup          un choix difficile entre le maintien des traditions ou l'adoption d'un          mode de vie tranger  cette culture. Et la situation n'est pas trs diffrente          dans les socits capitalistes avances. On sait le rle jou depuis deux          sicles par la machine dans le domaine conomique : l'industrialisation          tend  remplacer les travailleurs manuels et  dplacer la structure des          emplois du secteur primaire vers les secteurs secondaire et tertiaire.          Ce mouvement, bien connu et souvent analys par les conomistes et les          sociologues, se poursuit aujourd'hui dans de nombreux domaines, dont les          secteurs forestier ou des pcheries. En pareille matire et bien qu'on          en parle moins, le champ social n'est pourtant pas en reste. Aprs la          guerre, par exemple, alors que les usines amricaines tournaient  plein          rgime, l'usage gnralis de l'automobile, devenue un vritable mythe          (<a href="#27">27</a>), a entran une modification majeure du tissu urbain,          favorisant l'talement des villes et la cration des banlieues. </P>       <p class=courant>Enfin, quatrime et dernire consquence majeure, l'entre          dans l're atomique a compltement boulevers les rapports entre la socit          et la science. La perception de celle-ci, et par voie de consquence,          du scientifique lui-mme, s'en est trouve transforme en profondeur.          Le dchanement de l'nergie atomique a sidr les hommes, qui, comme          toujours, se sont inclins devant la puissance. Ayant perdu son innocence          traditionnelle (songeons une fois encore au terrible mot d'Oppenheimer),          la science est devenue <i>mana </i>pour une partie du public, et son image          a cristallis une forme d'ambivalence habituelle dans ce genre de situation,          c'est--dire  la fois une admiration sans borne et une crainte superstitieuse.          Une telle admiration a entre autres gnr un idal discutable, celui          de la technocratie lie  l'extension de la R&D - aprs tout, se disent          certains, nous vivons sous le rgne du spcialiste et de son expertise.          Dans un tel contexte s'est accrue l'importance de la transmission de l'information          aux profanes, c'est--dire la vulgarisation (<a href="#28">28</a>).           cet aspect positif (du moins pour certains), il faut cependant adjoindre          la dimension ngative de l'ambivalence, c'est--dire la crainte devant          ce qui nous dpasse. L'aprs-guerre a ainsi vu se rpandre le mythe du          savant fou et de la science dboussole. Son exploitation massive par          la culture populaire (entre autres la bande dessine, la science-fiction          et le cinma (<a href="#29">29</a>)) n'a videmment pas tard. </P>       <p class=courant align="center">* * *</P>       <p class=courant>Ce double visage de la technoscience, alternativement bienveillante          ou malveillante, traduit la distance qui s'est tablie dans l'esprit du          public entre ses capacits prodigieuses et la vague comprhension qu'il          en possde. D'o l'importance d'une solide culture scientifique, que ce          soit pour l'homme de la rue ou le futur expert. En ce sens, il faut se          fliciter de l'inclusion dans le programme collgial <i>Sciences de la          nature</i> de nombreux objectifs destins  dvelopper une rflexion approfondie          sur la grandeur, mais aussi les limites de la science et de la technologie.          J'ai propos de mener une telle rflexion sur trois plans, l'pistmologie,          l'histoire et la sociologie des sciences ainsi que les rapports STS, qui          ont chacun fait l'objet d'un texte destin au site du Saut quantique.          Par sa brve analyse, &laquo;&nbsp;Science, technologie et socit&nbsp;&raquo;          a voulu prendre spcialement en considration les objectifs 9 et 11 du          nouveau programme collgial et clore ainsi le cycle. Comme les deux textes          prcdents, il vise  jeter un peu de lumire sur un dbat vaste et difficile          qui nous concerne tous, qu'on le veuille ou non. Car l'irruption massive          de la technologie et de la technoscience sur la scne de nos socits          en a chang durablement le visage. Aussi ces trois niveaux, distincts          mais complmentaires, constituent-ils  mon humble avis les volets souhaitables          d'une culture scientifique entendue en un sens large. Seule leur conjonction          troite est apte  proposer une image d'ensemble de phnomnes aussi complexes          et, en dernire analyse,  en prendre la mesure.<BR>       </P>       <blockquote>&nbsp;</blockquote>       <p class=titre2>Notes <a name="1"></a>        <p class=courant> (1) Pour circonscrire quelque peu la discussion, nous          entendrons surtout ici <i>technique</i> au sens restreint, c'est--dire          comme objet fabriqu par l'homme aux fins d'agir sur la nature ou de la          comprendre.  titre d'illustration, songeons aux outils, aux armes ou          aux instruments destins  satisfaire les besoins humains. Mais il est          vident que le mot a aussi un sens beaucoup plus tendu, et il s'applique          galement aux connaissances et aux procds contrls et mis en uvre          pour obtenir un rsultat, mme si ceux-ci n'aboutissent pas forcment           une cration matrielle ou instrumentale. Dvelopp par l'homme ds          le nolithique, l'levage est par exemple l'un des plus importants moyens          par lesquels il a assur sa survie. C'est incontestablement une technique          au sens large du terme, puisqu'il satisfait des besoins fondamentaux -          alimentation, vtement, etc. - et est rductible  des connaissances empiriques          et  des processus dtermins, c'est--dire  un ensemble d'oprations          successives et transmissibles. Malgr quoi on s'accordera sans doute pour          dire que, contrairement  l'agriculture, qui nat  la mme poque, l'levage          ne donne naissance  aucun instrument ou outil prcis ( moins de considrer          l'animal lui-mme comme un instrument servant  la satisfaction du besoin          humain, mais c'est l une extension smantique assez discutable). Je ne          conteste pas que cette acception plus large du mot technique soit elle          aussi tout  fait lgitime. Cependant, tout en n'tant jamais vraiment          absente des pages qui suivent, elle n'y sera pas voque directement et          on limitera surtout le propos au sens restreint du terme. <a name="2"></a>       <p class=courant>(2) Un exemple rcent et remarquable de cet accs  de          nouveaux univers grce  la technique s'est produit lors de l'invention          de l'ordinateur. Par ses capacits de calcul, mais aussi de mise en images,          il rend possible une modlisation extensive de divers phnomnes vanescents,          par exemple la prvision mtorologique. Comme la science a toujours t          un processus de rationalisation du rel, l'ordinateur ouvre ainsi de nouvelles          possibilits de comprhension et modifie en profondeur les rapports entre          thorie et pratique. (Voir  ce propos le n 53 des <i>Cahiers de Science          & Vie</i>, oct. 1999, intitul <i>Comment l'ordinateur transforme les          sciences</i>.) <a name="3"></a>        <p class=courant>(3) En ralit, on trouve ici et l dans le pass des priodes          o un tel mariage tait dj pratiqu. Par exemple,  l'poque hellnistique,          certains combinaient sur une base rgulire thorie et exprimentation.          Songeons par exemple aux uvres d'Archimde, d'ratosthne, d'Archytas          de Tarente, de Hron d'Alexandrie, et de tant d'autres minents scientifiques          de l'poque. Cependant, ces grands esprits semblent avoir constitu des          exceptions. <a name="4"></a>       <p class=courant>(4) C'est ce que, dans les traits de mcanique ancienne,          on appelait les &laquo;&nbsp;machines simples&nbsp;&raquo;. Les Grecs          en avaient identifi cinq : outre la roue et le levier, il s'agissait          de la poulie, du coin et, enfin, de la vis sans fin, plus rcente et que          la tradition attribuait  Archimde. Ce fut leur combinaison dans divers          systmes qui permit de raliser tous les grands travaux de l'Antiquit,          depuis les pyramides d'gypte jusqu'au Parthnon ou au Colise de Rome.          <a name="5"></a>       <p class=courant>(5) Notons au passage que l'outil et la machine ont tous          deux fonction d'agir sur le monde. Mais ce qui distingue la machine de          l'outil, c'est sa complexit ; elle est en principe constitue d'un ensemble          de mcanismes simples mis en relation fonctionnelle : roues, poulies,          leviers, ressorts, bielles, chaudires, etc. <a name="6"></a>        <p class=courant>(6) Voir  ce propos, dans le texte &laquo;&nbsp;<a href="histoire_d.html">Histoire          et pdagogie des sciences</a>&nbsp;&raquo;, la diffrence entre condition          ncessaire et condition suffisante. <a name="7"></a>        <p class=courant>(7) Ader semble bien tre l'inventeur du terme. <a name="8"></a>        <p class=courant>(8) Le lien entre les inventions et la guerre est aussi          ancien que l'humanit et, chez les premiers humains, il est parfois bien          difficile de distinguer les simples outils des armes destines  la dfense          du territoire ou  la chasse. <a name="9"></a>        <p class=courant>(9) Ader, voulant sans doute mousser la production de son          invention, crit d'ailleurs la mme anne un ouvrage intitul <i>L'aviation          militair</i>e o il s'applique  montrer les possibilits du nouvel appareil          pour la guerre. Voir  ce propos &laquo;&nbsp;Ader, vite dbauch par          les militaires&nbsp;&raquo;, Historia, mars-avril 1998, n spcial sur          <i>Les grandes inventions qui ont chang l'Histoire</i>, p. 68-72. <a name="10"></a>        <p class=courant>(10) Il fallait  tout prix faire en sorte que les tirs          dirigs vers l'avant cessent de frapper les pales <a name="11"></a>        <p class=courant>(11) Nous avons dj voqu l'apparition de l'ordinateur.          Dans le mme esprit, faut-il rappeler les liens entre cette naissance          et la thorie de l'information de Von Neumann ou, aujourd'hui, les dveloppements          concomitants de l'intelligence artificielle et des sciences cognitives          ? <a name="12"></a>        <p class=courant> (12) Il est donc, comme l'indique d'ailleurs son vocable,          en lien direct avec la technique. <a name="13"></a>        <p class=courant>(13) Par ce biais, on rejoint le sens originel du terme          issu de l'anglais, puisqu'une telle inclusion suppose une rflexion approfondie          sur la technologie en question. <a name="14"></a>        <p class=courant>(14) Ce qui suppose videmment la cration de vastes laboratoires,          industriels ou militaires, lesquels apparaissent  la fin du XIXe sicle,          et vont peu  peu se substituer aux laboratoire universitaires ou privs.          Voir  ce propos le n 51 des<i> Cahiers de Science & Vie</i> consacr          aux <i>Premier grands laboratoires</i>, juin 1999. <a name="15"></a>        <p class=courant>(15) Cette apprciation thorique ne s'accompagne videmment          en aucun cas d'une valorisation thique <a name="16"></a>        <p class=courant>(16) &laquo; Les multiples chemins d'un projet dmesur&nbsp;&raquo;,          dans <i>Le Projet Manhattan</i>, <i>Cahiers de Science et Vie</i>, n          7, fv. 1992, p. 34. Je signale que cette livraison, exclusivement consacre           ce sujet, est une vritable mine de renseignements concernant ce projet          dmesur. <a name="17"></a>        <p class=courant>(17) <i>Le Projet Manhattan</i>,<i> ibid</i>. <a name="18"></a>        <p class=courant>(18) On sait que c'est en travaillant avec son Royal McBee          sur les prvisions mtorologiques que Lorenz a pu, tout  fait par hasard,          jeter les bases de cette nouvelle approche qui, au-del du trs mdiatique          &laquo;&nbsp;effet papillon&nbsp;&raquo;, s'est maintenant rpandue dans          presque toutes les branches du savoir. Voir  ce propos, &laquo;&nbsp;<a href="telechargement/chaos.pdf">Quelques          lments de la thorie du chaos</a>&nbsp;&raquo;, et &laquo;&nbsp;<a href="telechargement/chaos_mathematica.pdf">&Eacute;tudes          des populations - Un exemple de chaos d&eacute;terministe</a>&nbsp;&raquo;          de Philippe Etchecopar. <a name="19"></a>        <p class=courant>(19) Il va sans dire que les grands projets actuels lis          plus ou moins directement  la conqute spatiale suivent eux aussi un          chemin analogue, qu'il s'agisse de la Guerre des toiles ou de la station          spatiale internationale. <a name="20"></a>        <p class=courant>(20) La nature, matire inerte, tait dj depuis deux          sicles objet d'industrialisation. La matire vivante, et ventuellement          la nature humaine, est en voie de suivre le mme chemin, avec toutes les          consquences que cela risque d'entraner. <a name="21"></a>        <p class=courant>(21) Sur le contexte qui a men  cette naissance, voir          <i>Qui a invent l'ordinateur</i> ?, <i>Cahiers de Science & Vie</i>,          n 36, dc. 1996. <a name="22"></a>        <p class=courant>(22) C'est pour protger le systme de dfense amricain          contre une ventuelle attaque sovitique que l'on procda aux premires          mises en rseau des ordinateurs. Sur les troits rapports contemporains          entre technique, guerre et politique, voir les travaux de Paul Virilio,          par exemple <i>Vitesse et politique </i>(Paris, Galile, 1977), lequel,          parmi ses ouvrages crits dans un style souvent hermtique et rbarbatif,          est peut-tre le plus accessible. <a name="23"></a>        <p class=courant>(23) Cependant, signalons-le, la lgitimit de l'utilisation          de l'arme atomique sur le Japon a t souvent conteste. <a name="24"></a>        <p class=courant>(24) Comme l'affirment  qui mieux mieux les patrons actuels,          qui ont adapt cette prise de conscience  l're postmoderne, &laquo;&nbsp;l'information,          c'est le pouvoir !&nbsp;&raquo; <a name="25"></a>        <p class=courant>(25) Ce qui, tant donn la complexit des relations actuelles,          occasionne parfois des retombes sociales tout  fait inattendues. Un          bon exemple en est le tflon dcouvert en 1939 par Roy Plunkett dans le          cadre de son travail  l'emploi de la compagnie amricaine Du Pont. C'est          en entendant parler des proprits remarquables de ce nouveau matriau          que le gnral Groves, administrateur responsable du Projet Manhattan,          en ordonna la fabrication sur une large chelle. Le tflon s'avrait en          effet fort utile pour la protection des systmes d'extraction des matires          fissiles, qui taient soumis  des ractions hautement corrosives. C'est          beaucoup plus tard seulement que cet tonnant matriau fut utilis en          mdecine et pour les ustensiles de cuisine. Pour un rcit dtaill de          cette dcouverte et de ses nombreuses applications ultrieures, voir Jean-Ren          Roy, <i>Les hritiers de Promthe</i>, Qubec, PUL, 1998, p. 22 sq. <a name="26"></a>        <p class=courant>(26) Jean Ladrire, <i>L</i><i>es enjeux de la rationalit          - Le dfi de la science et de la technologie aux cultures</i>, Montral,          Liber, 2001, chap. 4, pp. 85-104. <a name="27"></a>        <p class=courant> (27) L'mergence de l'adolescence sur la scne sociale          ou comme march cible pour les entreprises n'a-t-elle pas t fortement          favorise par l'idologie de la bagnole ? <a name="28"></a>        <p class=courant>(28) Dont les exigences sont si astreignantes qu'elles          finissent parfois par dvorer certains des chercheurs qui y cdent. Ils          sont alors littralement happs par la frnsie mdiatique et cessent          toute recherche. Ces dernires annes, le domaine francophone en a vu          deux exemples malheureux : Hubert Reeves et Albert Jacquard. Heureusement,          l'importance d'une vulgarisation de qualit compense sans aucun doute          de telles pertes <a name="29"></a>        <p class=courant>(29) On sait  quel point Hollywood en a entre autres fait          ses choux gras, transformant le thme en vritable filon        <p class=courant>&nbsp;        <p class=courant><b><!-- eStat -->          <script language="JavaScript"> <!-- var _UJS=0; //--> </script>         <script language="JavaScript" src="http://perso.estat.com/js/m.js"></script>         <script language="JavaScript"> <!-- if(_UJS) _estat('237037136325','sts','dossiers'); //--> </script>         <!-- /eStat --></b>      </TD>    </TR>  </TABLE>      </BODY> </HTML> 
