<HTML> <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 2.0 Mac">   <TITLE>8h15 6 AOUT 1945 : Hiroshima</TITLE> </HEAD> <BODY BACKGROUND="fond/stucco.gif">  <P><A HREF="sommaire.html">Retour sommaire</A></P>  <P ALIGN=CENTER>&nbsp;</P>  <P ALIGN=CENTER><IMG SRC="images_hiroshi/image_hiroshima_1.gif" WIDTH="283" HEIGHT="229" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"><BR> <BR> </P>  <P ALIGN=CENTER><B><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+4>L'atome au service de la guerre</FONT></B></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+2>Jamais une d&eacute;couverte scientifique n'a &eacute;t&eacute; si rapidement appliqu&eacute;e, jamais de tels moyens financiers et humains n'ont &eacute;t&eacute; mis au service d'une aventure techno-scientifique. Tout cela dans un seul but: la bombe atomique.</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Ce 6 ao&ucirc;t 1945 &agrave; 2 heures 30 locale, la m&eacute;t&eacute;o sur Hiroshima &eacute;tant satisfaisante, le bombardier B 29 <I>Enola Gay </I>d&eacute;colle de l'a&eacute;roport militaire am&eacute;ricain de Tinian, dans les &icirc;les Mariannes. Le commandant Tibbets, qui s'entra&icirc;ne depuis des mois &agrave; cette mission, est le seul de l'&eacute;quipage &agrave; conna&icirc;tre la nature de la bombe de quatre tonnes qu'il transporte dans ses soutes.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>A 8 h 15, la bombe est largu&eacute;e sur Hiroshima; elle explose quarante-cinq secondes plus tard, &agrave; 600 m d'altitude au-dessus du centre de la ville. Les deux blocs d'uranium 235 qu'elle contient sont violemment projet&eacute;s l'un contre l'autre par l'explosif ; la masse critique de combustible nucl&eacute;aire &eacute;tant atteinte, la r&eacute;action en cha&icirc;ne se propage en un &eacute;clair. Les premiers noyaux d'uranium &eacute;clatent projetant des neutrons qui vont casser les noyaux voisins, qui &eacute;mettent &agrave; leur tour des neutrons qui d&eacute;clenchent de nouvelles fissions... La puissance nucl&eacute;aire s'emballe: 10*24 noyaux d'uranium fissionnent en une cascade de &quot;g&eacute;n&eacute;rations&quot;, soit en moins d'un millioni&egrave;me de seconde. Pour la premi&egrave;re fois dans l'histoire humaine, la mati&egrave;re se m&eacute;tamorphose en une colossale &eacute;nergie. La destruction d'un peu plus d'un kilogramme d'uranium lib&egrave;re 60 000 joules, l'&eacute;quivalent de 13 000 tonnes de TNT concentr&eacute; dans un tout petit espace La temp&eacute;rature atteint plusieurs centaines de millions de degr&eacute;s, la pression plusieurs millions d'atmosph&egrave;res. La premi&egrave;re bombe atomique, que les Am&eacute;ricains ont baptis&eacute; <I>Little- Boy </I>(petit gar&ccedil;on), a recr&eacute;&eacute; les conditions qui r&egrave;gnent &agrave; l'int&eacute;rieur du Soleil. Mais c'est un soleil de mort.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>L'&eacute;nergie n&eacute;e de la fission nucl&eacute;aire se lib&egrave;re de trois fa&ccedil;ons: 35 % sous forme d'&eacute;nergie thermique, 50 % emport&eacute; par l'onde de choc et le souffle, et 15 % &eacute;mis sous forme de radiations nucl&eacute;aires. D&egrave;s le premier millioni&egrave;me de seconde, l'&eacute;nergie thermique est emport&eacute;e, dans un flash de lumi&egrave;re blanche &eacute;blouissante, par des rayons X qui transforment l'air en une boule de feu - d'environ un kilom&egrave;tre de rayon et de plusieurs millions de degr&eacute;s - planant quelques secondes sur Hiroshima, et par une onde thermique qui se propage &agrave; la vitesse de la lumi&egrave;re, br&ucirc;lant tout sur son passage. Au sol, la temp&eacute;rature atteint plusieurs milliers de degr&eacute;s sous le point d'impact; dans un rayon de 1 km, tout est instantan&eacute;ment vaporis&eacute; et r&eacute;duit en cendres. Jusqu'&agrave; 4 km de l'&eacute;picentre, b&acirc;timents et humains prennent feu spontan&eacute;ment ; les personnes situ&eacute;es dans un rayon de 8 km souffrent de br&ucirc;lures du 3&egrave;me degr&eacute;.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Engendr&eacute;e par la ph&eacute;nom&eacute;nale surpression due &agrave; l'expansion des gaz chauds, une onde de choc se forme et progresse &agrave; pr&egrave;s de 1000 km/h, semblable &agrave; un mur d'air solide de forme sph&eacute;rique. Accompagn&eacute;e de vents d'une violence inou&iuml;e qui projettent les d&eacute;bris et entretiennent des temp&ecirc;tes de feu, elle r&eacute;duit tout en poussi&egrave;res dans un rayon de 2 km. Sur les 90 000 b&acirc;timents de la ville, 62 000 sont enti&egrave;rement d&eacute;truits.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Le troisi&egrave;me effet de l'explosion nucl&eacute;aire, le plus sp&eacute;cifique mais pas le moins meurtrier, est le rayonnement. Les radiations issues directement des fissions nucl&eacute;aires sont constitu&eacute;es principalement de neutrons et rayons gamma. Outre leurs redoutables effets sur les organismes vivants, ils contaminent diff&eacute;rents &eacute;l&eacute;ments - tels que l'iode, le sodium, le strontium - qui deviennent eux-m&ecirc;mes radioactifs. Ce rayonnement secondaire, tr&egrave;s peu connu il y a cinquante ans, est d'autant plus terrifiant que ses effets (cancers, leuc&eacute;mies... ) n'apparaissent que des jours, des mois, voire des ann&eacute;es apr&egrave;s l'explosion.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Le 9 ao&ucirc;t 1945, une deuxi&egrave;me bombe nucl&eacute;aire, au plutonium cette fois, &eacute;crase la ville de Nagasaki. Le lendemain 10 ao&ucirc;t, l'empereur du Japon Hiro Hito capitule sans conditions. Selon les estimations, &agrave; la fin de l'ann&eacute;e 1945 la bombe d'Hiroshima avait tu&eacute; 140 000 personnes, celle de Nagasaki 70 000. Des dizaines de milliers de bless&eacute;s devaient succomber au cours des ann&eacute;es suivantes.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Les premi&egrave;res r&eacute;actions de l'opinion, r&eacute;v&eacute;l&eacute;es par la presse de l'&eacute;poque, ont parfois de quoi surprendre, voire choquer l'homme d'aujourd'hui. La population am&eacute;ricaine est en liesse. &quot;Une r&eacute;volution scientifique&quot; titre <I>Le Monde </I>du 8 ao&ucirc;t; &quot;Une r&eacute;volution strat&eacute;gique&quot; annonce <I>Le Parisien lib&eacute;r&eacute; </I>du m&ecirc;me jour. Mais il faut se replacer dans le contexte : la bombe atomique, c'est d'abord la fin de la guerre et la victoire sur les Japonais. L'horreur atomique n'appara&icirc;tra qu'en suite. En ao&ucirc;t 1945, on ne dispose que des informations am&eacute;ricaines, on ignore encore l'effet des radiations et surtout on sort &agrave; peine de six ann&eacute;es de guerre, de privations, d'atrocit&eacute;s et de bombardements parfois terriblement meurtriers : l'aviation britannique, en d&eacute;truisant Dresde, avait fait environ 200 000 victimes en une nuit. Le bombardement de Tokyo avait tu&eacute; pr&egrave;s de 100 000 personnes, et le gouvernement japonais refusait toujours de capituler. Officiellement, la d&eacute;cision d'utiliser les bombes atomiques, prise par le Pr&eacute;sident am&eacute;ricain Truman seul, &eacute;tait motiv&eacute;e par le souci d'&eacute;pargner les vies humaines qu'aurait co&ucirc;t&eacute; l'invasion du Japon. D'autres raisons, moins avouables, s'y sont bien entendu ajout&eacute;es : faire une d&eacute;monstration &agrave; l'URSS de la puissance militaire am&eacute;ricaine, et aussi utiliser ces armes si r&eacute;volutionnaires et si efficaces qui avaient co&ucirc;t&eacute; deux milliards de dollars aux Etats-Unis.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>&quot;Une r&eacute;volution scientifique&quot;, la bombe d'Hiroshima fut sans doute &eacute;galement cela, &quot; aussi importante que l'invention du feu &quot;, dira m&ecirc;me le physicien Louis de Broglie. Le plus impressionnant est qu'il a fallu moins de six ans pour domestiquer ce feu nucl&eacute;aire. Treize ans avant Hiroshima, la structure du noyau de l'atome &eacute;tait inconnue ; sept ans avant, on ignorait tout de la fission nucl&eacute;aire ! La construction de bombes &agrave; l'&eacute;chelle industrielle, quelques mois seulement apr&egrave;s la d&eacute;couverte de la r&eacute;action en cha&icirc;ne, constitue un exploit technique in&eacute;gal&eacute;, qui ne fut probablement r&eacute;alisable, h&eacute;las, qu'au nom d'un enjeu militaire majeur.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Le compte &agrave; rebours commence en 1932, avec la d&eacute;couverte, par l'anglais James Chadwick, du neutron, qui d&eacute;voile la structure du noyau atomique: celui-ci est compos&eacute; de deux types de particules, les protons et les neutrons. En 1934, Ir&egrave;ne et Fr&eacute;d&eacute;ric Joliot-Curie s'aper&ccedil;oivent qu'en bombardant des noyaux avec des particules on peut en fabriquer de nouveaux, plus lourds et instables: c'est la radioactivit&eacute; artificielle. L'Italien Fermi se met alors &agrave; bombarder syst&eacute;matiquement tous les noyaux jusqu'au plus lourd connu, l'uranium. Ce faisant, Fermi est, sans le savoir, le premier &agrave; faire fissionner l'uranium !</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Il faut attendre d&eacute;cembre 1938 pour que la physicienne allemande Lise Meitner et son neveu Otto Frisch, r&eacute;fugi&eacute;s en Su&egrave;de, comprennent que le noyau d'uranium, bombard&eacute; de neutrons, se casse en deux en lib&eacute;rant une &eacute;nergie consid&eacute;rable: l'&eacute;nergie nucl&eacute;aire. L'effet produit par cette d&eacute;couverte chez les physiciens est non moins &eacute;norme ! Et, imm&eacute;diatement, appara&icirc;t la possibilit&eacute; d'une r&eacute;action en cha&icirc;ne, avec ses deux usages possibles: la production d'&eacute;nergie - si cette r&eacute;action est contr&ocirc;l&eacute;e - et la bombe - si on ne la ma&icirc;trise pas. D&egrave;s mai 1939, Joliot et ses collaborateurs d&eacute;posent des brevets sur la production d'&eacute;nergie &agrave; partir de l'uranium. Mais le physicien hongrois L&eacute;o Szilard, &eacute;migr&eacute; aux Etats-Unis, pressent aussit&ocirc;t le pouvoir d&eacute;vastateur de ces d&eacute;couvertes et, conscient de la menace nazie et du haut niveau scientifique de l'Allemagne, persuade Einstein d'alerter le Pr&eacute;sident des Etats Unis. Dans sa fameuse lettre dat&eacute;e du 2 ao&ucirc;t 1939, Einstein informe Roosevelt de l'existence d'une nouvelle forme d'&eacute;nergie utilisable dans des bombes, et lui conseille de chercher &agrave; se procurer de l'uranium et d'encourager les recherches.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Roosevelt est convaincu: il faut fabriquer la bombe avant l'Allemagne. Un Comit&eacute; de l'uranium est constitu&eacute;, et les recherches se poursuivent dans plusieurs laboratoires am&eacute;ricains. Deux voies se dessinent pour la fission nucl&eacute;aire. Tout d'abord, celle de l'uranium: le danois Niels Bohr a calcul&eacute; qu'un seul isotope relativement rare, l'uranium 235, fissionne ; par cons&eacute;quent il faut s&eacute;parer celui-ci du reste de l'uranium. Mais comment s&eacute;parer des isotopes chimiquement identiques ? L'obstacle para&icirc;t presque infranchissable. L'autre piste est celle du plutonium : ce nouvel &eacute;l&eacute;ment, qui n'existe pas dans la nature, vient d'&ecirc;tre obtenu en bombardant de l'uranium 238 (l'isotope le plus abondant), et s'av&egrave;re fissionner tr&egrave;s facilement. Reste &agrave; le produire en quantit&eacute; suffisante.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Les &eacute;v&eacute;nements s'acc&eacute;l&egrave;rent &agrave; la fin de 1941. Entre temps, en effet, les travaux des physiciens ont montr&eacute; que quelques kilogrammes d'uranium 235 suffisent pour fabriquer une bombe et qu'il est possible de s&eacute;parer les isotopes de l'uranium par diff&eacute;rentes m&eacute;thodes physiques. La recherche atomique est totalement r&eacute;organis&eacute;e et, en ao&ucirc;t 1942, la fabrication de l'arme atomique est confi&eacute;e &agrave; un d&eacute;partement plac&eacute; sous le contr&ocirc;le de l'arm&eacute;e, avec &agrave; sa t&ecirc;te le colonel Groves. Son nom de code: projet Manhattan. D'&eacute;normes cr&eacute;dits sont engag&eacute;s, un programme et un calendrier &eacute;tablis, et on recrute des milliers d'ing&eacute;nieurs, techniciens et scientifiques, parmi lesquels de nombreux &eacute;migr&eacute;s d'Europe.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>D&egrave;s le 2 d&eacute;cembre 1942, &agrave; Chicago, Fermi construit l&agrave; premi&egrave;re pile atomique du monde, en superposant des briques d'uranium et de graphite, et la premi&egrave;re r&eacute;action en cha&icirc;ne produit un demi-watt d'&eacute;nergie ! Trois grandes piles, industrielles celles-l&agrave;, sont alors mises en chantier pour la production de plutonium, ainsi que trois usines chimiques pour s&eacute;parer ce plutonium. Ces constructions emploient 45 000 personnes.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>L'autre grand but - la s&eacute;paration de l'uranium 235 - est poursuivi de front. En 1943, on construit dans le Tennessee des dizaines d'unit&eacute;s de s&eacute;paration &eacute;lectromagn&eacute;tique, une usine de diffusion gazeuse (voir photo) et une installation de diffusion thermique comprenant plus de 2 000 colonnes de 15 m de haut. Mais c'est &agrave; Los Alamos (Nouveau-Mexique) que sont calcul&eacute;es et con&ccedil;ues les futures bombes. Dans cet immense laboratoire construit de toutes pi&egrave;ces au milieu du d&eacute;sert travailleront, dans l'urgence et le plus grand secret, des centaines de physiciens dont plus de 20 prix Nobel ou futurs prix Nobel, sous la direction de J.R. Oppenheimer.</FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><B><FONT SIZE=+1>Pour quelques grammes d'uranium 235 de plus</FONT></B> <TABLE WIDTH="491" BORDER="0" CELLSPACING="2" CELLPADDING= "0" HEIGHT="232"> <TR> <TD WIDTH="62%">&nbsp;<IMG SRC="images_hiroshi/image_hiroshima_1_3.gif" WIDTH="259" HEIGHT= "204" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="38%">&nbsp;<B>Dans un effort industriel sans pr&eacute;c&eacute;dent, les am&eacute;ricains ont, durant l'ann&eacute;e 1943, construit en quelques mois plusieurs usines de s&eacute;paration isotopique pour obtenir, &agrave; l'&eacute;t&eacute; 1945, quelques kilogrammes d'uranium 235. Ici, &agrave; Oak Ridge, dans le Tennessee, l'usine K25 de s&eacute;paration par diffusion gazeuse.</B></TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>Le 16 juillet 1945, la premi&egrave;re bombe au plutonium est exp&eacute;riment&eacute;e &agrave; Alamogordo, en plein d&eacute;sert; c'est la r&eacute;plique de celle qui sera l&acirc;ch&eacute;e sur Nagasaki. Il n'y aura pas de &quot;r&eacute;p&eacute;tition&quot; pour la bombe &agrave; uranium, les stocks d'uranium 235 sont tout juste suffisants pour la bombe d'Hiroshima.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Depuis le d&eacute;but de 1944, il &eacute;tait &eacute;vident que, la d&eacute;faite de l'Allemagne &eacute;tant proche, la bombe changeait de destination: le Japon devenait sa cible. Certains scientifiques, comme L&eacute;o Szilard, exprim&egrave;rent leur opposition &agrave; son utilisation ; d'autres, tel Niels Bohr, tent&egrave;rent de convaincre Churchill et Roosevelt d'instaurer un contr&ocirc;le international. Un conseil scientifique, constitu&eacute; d'Oppenheimer et de trois prix Nobel, Fermi, Compton et Lawrence, est au contraire d'avis d'utiliser la bombe contre le Japon, pour convaincre le monde du danger qu'elle repr&eacute;sente. Mais les sentiments des scientifiques importent peu ; la d&eacute;cision du Pr&eacute;sident Truman (qui vient de succ&eacute;der &agrave; Roosevelt) est prise. A partir de f&eacute;vrier 1945, les &eacute;l&eacute;ments des deux bombes sont achemin&eacute;s secr&egrave;tement vers l'&icirc;le de Tinian. On conna&icirc;t la suite.</FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><B><FONT SIZE=+1>R&eacute;p&eacute;tition g&eacute;n&eacute;rale<BR> </FONT></B><IMG SRC="images_hiroshi/image_hiroshima_1_4.gif" WIDTH="254" HEIGHT="189" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"><BR> <TABLE WIDTH="502" HEIGHT="135" BORDER="0" CELLSPACING="2" CELLPADDING= "0"> <TR> <TD WIDTH="47%" HEIGHT="128">&nbsp;<IMG SRC="images_hiroshi/anim_hiroshima.gif" WIDTH="203" HEIGHT="109" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="53%"><B>&nbsp;Test&eacute; dans le plus grand secret le 16 juillet 1945, dans le d&eacute;sert Alamogordo, au Nouveau-Mexique, la toute premi&egrave;re bombe au plutonium, baptis&eacute;e Trinity, est identique &agrave; celle qui d&eacute;truira Nagasaki quelques semaines plus tard. Son explosion, d'une puissance &eacute;quivalente &agrave; 20 000 tonnes de TUT, a &eacute;t&eacute; film&eacute;e par les scientifiques.</B></TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>Depuis le 9 ao&ucirc;t 1945, il n'y a plus eu d'attaque nucl&eacute;aire. Est-ce l'effet de la dissuasion - cette strat&eacute;gie de l'absurde qui veut que l'on accumule une force terrible pour ne pas oser s'en servir, tout en persuadant l'adversaire qu'on l'utilisera en cas d'attaque ? La menace, elle, n'a jamais cess&eacute;. D&egrave;s 1954, la premi&egrave;re bombe H thermonucl&eacute;aire (fond&eacute;e sur la fusion) explose sur l'atoll de Bikini, avec une puissance de 15 m&eacute;gatone, 1000 fois sup&eacute;rieure &agrave; celle d'Hiroshima. Depuis, les armes se sont multipli&eacute;es, diversifi&eacute;es, perfectionn&eacute;es, et les vecteurs aussi. Apr&egrave;s la fin de la guerre froide, le nombre de pays d&eacute;tenteurs de l'arme nucl&eacute;aire s'est accru, et la situation strat&eacute;gique est devenue confuse et instable, si bien que la lutte contre la prolif&eacute;ration est plus urgente que jamais. M&ecirc;me si les arsenaux ont un peu diminu&eacute; gr&acirc;ce aux accords de d&eacute;sarmements, l'esp&egrave;ce humaine a encore tr&egrave;s largement les moyens de se suicider. Saura-t-elle ma&icirc;triser ce pouvoir-l&agrave;, comme elle a su ma&icirc;triser la puissance de l'atome ? </FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT SIZE=+1>H&Eacute;L&Egrave;NE GUILLEMOT<BR> <I>Science &amp; Vie n&deg; 935 ao&ucirc;t 1995</I></FONT></P>  <P><A HREF="sommaire.html">Retour sommaire</A></P>  <P>&nbsp;</P>  <P>&nbsp;</P>  <P ALIGN=CENTER><B><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+4>Les ravages de la bombe A</FONT></B></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+2>De la mort imm&eacute;diate aux cancers, la diversit&eacute; des effets de la bombe ne permet toujours pas de d&eacute;nombrer les victimes avec pr&eacute;cision. &quot;Little Boy&quot; tue encore...</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Selon les estimations officielles, 350 000 personnes &eacute;taient pr&eacute;sentes &agrave; Hiroshima le 6 ao&ucirc;t 1945. La quasi-totalit&eacute; de celles qui se trouvaient dans un rayon de 1 km autour du point d'explosion sont d&eacute;c&eacute;d&eacute;es, sur le coup ou dans les quatre mois qui ont suivi. La bombe aurait fait quelque 140 000 victimes jusqu'en d&eacute;cembre 1945. Un chiffre tr&egrave;s approximatif, &eacute;tant donn&eacute; le d&eacute;sordre qui r&eacute;gnait alors. Apr&egrave;s cette date, les recensements sont plus d&eacute;licats &agrave; &eacute;tablir, et le nombre total des victimes ne sera jamais connu.</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+2>Des effets &agrave; court terme...</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>La premi&egrave;re manifestation de l'explosion: un &eacute;clair qui rend aveugle (au moins temporairement) jusqu'&agrave; plusieurs kilom&egrave;tres &agrave; la ronde ceux qui regardent dans sa direction. L'onde thermique qui se propage ensuite entra&icirc;ne la vaporisation imm&eacute;diate des corps humains non prot&eacute;g&eacute;s les plus proches de l'hypocentre. Un peu plus loin, c'est la carbonisation int&eacute;grale, l'&eacute;vaporation des visc&egrave;res, et enfin des br&ucirc;lures plus ou moins graves, essentiellement limit&eacute;es aux endroits du corps expos&eacute;s &agrave; la chaleur radiante. Les autres br&ucirc;lures surviennent au cours des incendies et tornades de feu qui se d&eacute;clenchent dans les secondes qui suivent: l'embrasement de la ville est total dans la demi-heure. La destruction par le feu s'&eacute;tend sur 13 km2.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>L'effet de souffle est la principale cause de d&eacute;c&egrave;s &agrave; courte distance, &eacute;liminant &agrave; coup s&ucirc;r ceux qui auraient surv&eacute;cu &agrave; l'onde thermique ou au rayonnement nucl&eacute;aire initial (voir plus loin). Les effets les plus importants sont dus &agrave; la chute des b&acirc;timents. Viennent s'y ajouter les effets directs qui l&egrave;sent les poumons soumis &agrave; l'effet de compression et d'aspiration caract&eacute;ristique du souffle. Plus loin, l'effet de souffle cause des l&eacute;sions du thorax et de l'abdomen et des fractures. Jusqu'&agrave; 3 km de l'hypocentre, le souffle provoque la rupture des tympans.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Au voisinage de l'hypocentre, le rayonnement ionisant initial provoque un choc imm&eacute;diat et mortel. Jusqu'&agrave; 1 km de distance, les victimes souffrent du &quot;mal des rayons&quot;, qui se manifeste par des vomissements, des naus&eacute;es, une anorexie et des diarrh&eacute;es sanguinolentes. Un &eacute;tat de malaise g&eacute;n&eacute;ral s'ensuit. La mort survient en moins de dix jours. De nombreuses victimes sont atteintes de troubles c&eacute;r&eacute;braux, convulsions et d&eacute;lires. Les h&eacute;morragies sont fr&eacute;quentes. L'irradiation de la moelle osseuse, en d&eacute;truisant les cellules productrices des globules blancs, entra&icirc;ne un d&eacute;ficit immunitaire important, qui laisse la porte ouverte &agrave; de nombreuses infections (les globules blancs sont en effet les &quot;&eacute;boueurs&quot; de notre syst&egrave;me sanguins). La production de plaquettes est aussi compromise, ce qui perturbe la coagulation. Autres sympt&ocirc;mes caract&eacute;ristiques : la calvitie et le purpura (h&eacute;morragie cutan&eacute;e), qui commencent entre une et quatre semaines plus tard chez les personnes les moins touch&eacute;es. Ces sympt&ocirc;mes sont ressentis jusqu'&agrave; 5 km de distance et plus. La fi&egrave;vre commence au cours des cinq premiers jours et peut durer plusieurs semaines. L'irradiation peut aussi, &agrave; des doses plus faibles, provoquer la st&eacute;rilit&eacute; et des ulc&eacute;rations de la peau. L'ingestion de particules radioactives (iode 131) entra&icirc;ne une hypothyro&iuml;die qui peut &eacute;voluer vers un cancer de la thyro&iuml;de.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Enfin, le chaos qui suit l'explosion provoque une stupeur et une incapacit&eacute; &agrave; prendre des d&eacute;cisions. La plupart des survivants ne pensent qu'&agrave; fuir. Le sentiment d'&ecirc;tre un mort vivant, la honte d'avoir surv&eacute;cu sont des handicaps s&eacute;rieux &agrave; la r&eacute;insertion d'un grand nombre de survivants.</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+2>... et &agrave; long terme</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Les effets &agrave; long terme sur la sant&eacute;, mis &agrave; part les probl&egrave;mes psychologiques que nous venons d'&eacute;voquer, sont essentiellement li&eacute;s &agrave; l'irradiation et aux retomb&eacute;es radioactives. Car les cons&eacute;quences de la bombe se font encore sentir aujourd'hui. Cependant, leur &eacute;valuation n'est pas simple. En effet, les survivants ont &eacute;t&eacute; atteints de fa&ccedil;on tr&egrave;s h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne. Ainsi, selon que certains se sont baign&eacute;s dans des eaux contamin&eacute;es ou en ont ingurgit&eacute;, les doses re&ccedil;ues et les organes touch&eacute;s ne sont pas les m&ecirc;mes. Une corr&eacute;lation pr&eacute;cise dose-effet reste donc difficile &agrave; &eacute;tablir.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>On sait cependant que l'irradiation cr&eacute;e des anomalies chromosomiques directement proportionnelles &agrave; la dose. Mais les techniques de g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique n'&eacute;taient pas connues &agrave; l'&eacute;poque ; de plus, les anomalies en question sont autor&eacute;par&eacute;es par les cellules, ce qui interdit de les mesurer &agrave; long terme. Enfin, les anomalies chromosomiques qui pourraient subsister ne provoquent pas n&eacute;cessairement des maladies; et ces maladies ne sont pas directement pr&eacute;visibles.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Plut&ocirc;t que de prendre en compte les doses, les chercheurs ont pr&eacute;f&eacute;r&eacute; s'appuyer sur l'&eacute;pid&eacute;miologie, c'est-&agrave;-dire le suivi d'une partie des survivants et la comparaison de leur &eacute;tat de sant&eacute; avec une population qui n'a pas &eacute;t&eacute; irradi&eacute;e. Une comparaison parfois biais&eacute;e par des facteurs d'environnement mineurs, qui peuvent pourtant modifier les donn&eacute;es. Ainsi, le mode de vie entre en jeu; par exemple, la consommation de tabac, qui fausse les r&eacute;sultats sur les cancers du poumon, ou l'irradiation des personnes vivant dans des sites naturellement pollu&eacute;s par le radon.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Quelques certitudes se d&eacute;gagent cependant. Dans les dix ans suivant l'explosion, on observe un pic de leuc&eacute;mies et de my&eacute;lomes (cancers de la moelle osseuse) significatif. Ce n'est que trente ans apr&egrave;s l'explosion que se manifeste un surcro&icirc;t de tumeurs solides, en particulier du sein, de la peau, des poumons, de la vessie, de la thyro&iuml;de, des ovaires.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>L'irradiation a-t-elle caus&eacute; des anomalies g&eacute;n&eacute;tiques h&eacute;r&eacute;ditaires ? Il est pratiquement impossible de r&eacute;pondre &agrave; cette question. En effet, les femmes enceintes en ao&ucirc;t 1945 se sont presque toutes fait avorter, et les jeunes d'alors, consid&eacute;r&eacute;es comme des pestif&eacute;r&eacute;es, ont rarement trouv&eacute; un conjoint - et encore moins eu un enfant. </FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT SIZE=+1>PAR PHILIPPE CHAMBON<BR> <I>Science &amp; Vie n&deg; 935 ao&ucirc;t 1995</I></FONT></P>  <P><A HREF="sommaire.html">Retour sommaire</A></P>  <P>&nbsp;</P>  <P ALIGN=CENTER><B><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+4><BR> Une bombe antisovi&eacute;tique?</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+2>Entretien avec Jean-Pierre Rageau, historien, auteur de l'Atlas strat&eacute;gique. <BR> <BR> </FONT><B><I><FONT SIZE=+1>Sciences et Avenir: Eviter un d&eacute;barquement co&ucirc;teux en vies humaines au Japon, est-ce la seule raison qui a pouss&eacute; les Etats-Unis &agrave; se servir de la bombe?</FONT></I></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Cette th&egrave;se &eacute;tait surtout destin&eacute;e &agrave; donner bonne conscience &agrave; l'opinion publique am&eacute;ricaine. C'est le b&eacute;n&eacute;fice strat&eacute;gique de l'utilisation de la bombe qui est important. Pour les Am&eacute;ricains, il fallait finir la guerre le plus vite possible. Parce que, d&egrave;s le 8 ao&ucirc;t, l'URSS, conform&eacute;ment aux accords de Yalta, allait d&eacute;clarer la guerre au Japon. Hiroshima, le 6 ao&ucirc;t, suivi de Nagasaki, le 9, mettent le Japon &agrave; genoux,<B> </B>limitant les gains territoriaux sovi&eacute;tiques dans cette r&eacute;gion. L'&eacute;tat-major am&eacute;ricain s'avoue d'ailleurs stup&eacute;fait par l'avanc&eacute;e de l'arm&eacute;e sovi&eacute;tique: ne trouvant rien devant elle, elle d&eacute;ferle sur la Mandchourie et, en une semaine, elle est en Cor&eacute;e! Enfin, sans les bombes, les Sovi&eacute;tiques se seraient aussi battus sur l'archipel, et il aurait fallu partager le pays en zones d'occupation. Apr&egrave;s les explosions atomiques, les Sovi&eacute;tiques joueront la carte de la sagesse: ils se contenteront de r&eacute;cup&eacute;rer l'aire d'influence perdue par la Russie en 1904.</FONT></P>  <P><B><I><FONT SIZE=+1>Comment, &agrave; ce moment, la bombe modifie-t-elle les rapports entre les deux grands ?</FONT></I></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Depuis 1942, les Am&eacute;ricains savent que la guerre ne peut &ecirc;tre gagn&eacute;e sans les Russes et qu'il faudra partager. Apr&egrave;s la capitulation de l'Allemagne, le 8 mai, les Sovi&eacute;tiques, s&ucirc;rs de leur puissance, se sont jou&eacute;s des accords de Yalta: ils ont absorb&eacute; les trois pays Baltes, occup&eacute;s en partie l'Iran, install&eacute; un gouvernement &agrave; leur d&eacute;votion en Pologne et mis plus ou moins la main sur la Bulgarie et la Roumanie. Alors, quand Truman apprend, le 16 juillet, en pleine conf&eacute;rence de Potsdam, que l'essai de la premi&egrave;re bombe &agrave; Alamogordo est une r&eacute;ussite, les conversations changent du tout au tout: il n'est plus n&eacute;cessaire de faire des concessions &agrave; Staline. On peut dire que les Etats-Unis disposent alors d'une avance technique qui r&eacute;tablit un certain &eacute;quilibre et permet de figer les positions pour un temps.</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT SIZE=+1>Science et Avenir n&deg;582 ao&ucirc;t 1995</FONT></P>  <P><A HREF="sommaire.html">Retour sommaire</A> </BODY> </HTML> <!-- --> </noscript> <SCRIPT LANGUAGE="JavaScript" TYPE="text/javascript"> <!-- var rnd = Math.floor(Math.random() * 9) + 1 ;  if (rnd <= 1) {  window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/adsl','pubadsl','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=468,height=560'); } else if(rnd <= 2) { window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/under','pubunder','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=451,height=300'); } else if(rnd >= 5) { window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/autre','pub250','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=250,height=250'); } else { window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/default','pub468','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=470,height=120'); } // --> </SCRIPT>  <script language="JavaScript" type="text/javascript"> WEBO_ZONE=122; WEBO_PAGE=1; weboplus_ok=0; </script> <script language="JavaScript" type="text/javascript" src="http://js.libertysurf.fr/chez/weborama/weboscopeplus.js"></SCRIPT> <script language="JavaScript" type="text/javascript">if(weboplus_ok==1){weboplus_zp(WEBO_ZONE,WEBO_PAGE);} </script> 
