<HTML> <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 2.0 Mac">   <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252">   <TITLE>LES INGENIEURS OUBLIES DE LA BOMBE</TITLE> </HEAD> <BODY BACKGROUND="fond/stucco.gif">  <P><A HREF="sommaire.html">Retour sommaire</A></P>  <P ALIGN=CENTER><B><FONT SIZE=+4><BR> </FONT><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+4>LES ING&Eacute;NIEURS OUBLI&Eacute;S <BR> DE LA BOMBE<BR> <BR> </FONT></B></P>  <P><B><FONT SIZE=+3>Le savoir-faire de l'industrie chimique a &eacute;t&eacute; au coeur du projet Manhattan</FONT></B></P>  <P><B><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+2>Le r&eacute;cit traditionnel de l'histoire du projet Manhattan r&eacute;serve les premiers r&ocirc;les aux grands noms de la physique nucl&eacute;aire. Mais comment, apr&egrave;s un demi-si&egrave;cle de recherche fondamentale, est-on pass&eacute; de la premi&egrave;re pile exp&eacute;rimentale en d&eacute;cembre 1942 aux bombes qui, moins de trois ans plus tard, explosent au-dessus d'Hiroshima et Nagasaki </FONT></B><FONT  COLOR="#FF0000" SIZE=+2>? <B>Comment a-t-on r&eacute;ussi &agrave; faire travailler ensemble des dizaines de milliers de personnes, &agrave; faire sortir de terre en quelques mois des usines g&eacute;antes, &agrave; ma&icirc;triser rapidement de nouvelles technologies </B>? <B>La culture industrielle n&eacute;cessaire n'est pas sortie du n&eacute;ant </B>: <B>elle a &eacute;t&eacute; forg&eacute;e au cours d'un demi-si&egrave;cle d'apprentissage de la production de masse dans l'industrie chimique, principalement chez Du Pont de Nemours.<BR> </B></FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>D&eacute;but ao&ucirc;t 1945, les flashs aveuglants qui d&eacute;vastent Hiroshima et Nagasaki font passer le projet Manhattan du secret absolu &agrave; la une de l'actualit&eacute;. Une semaine apr&egrave;s ces explosions atomiques, le portrait du charismatique J. Robert Oppenheimer orne la couverture de <I>Life Magazine. </I>Avec lui, les physiciens nucl&eacute;aires entrent dans l'histoire(1).</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Pourtant, le projet Manhattan ne fut-il qu'une affaire de recherche de pointe en physique nucl&eacute;aire ? N'a-t-il pas &eacute;t&eacute; &eacute;galement, &agrave; partir de 1943 surtout, un programme industriel, impliquant en particulier une grande firme chimique am&eacute;ricaine, Du Pont de Nemours ? Pourquoi les acteurs de l'&eacute;poque, comme les historiens, ont-ils mis l'accent sur ses aspects scientifiques et gard&eacute; un relatif silence sur ses aspects industriels ?</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Au moment o&ugrave;, fin octobre 1942, le g&eacute;n&eacute;ral Groves, r&eacute;cemment nomm&eacute; &agrave; la t&ecirc;te du projet Manhattan, prend contact avec les dirigeants de Du Pont pour leur parler d'un sujet <I>&quot; de grande importance militaire pour les Etats-Unis &quot;, </I>le projet atomique n'est pas tout &agrave; fait inconnu des dirigeants de la firme chimique. Depuis juillet, quelques ing&eacute;nieurs de Du Pont travaillent en effet au laboratoire m&eacute;tallurgique* de l'universit&eacute; de Chicago. jusque-l&agrave;, il ne s'agissait toutefois que de pr&ecirc;ts d'employ&eacute;s et non d'un engagement de la firme chimique en tant que telle.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Or, fin 1942, le projet Manhattan est &agrave; un tournant critique. La premi&egrave;re &eacute;tape, celle des petits comit&eacute;s et des &eacute;quipes de chercheurs dispers&eacute;es dans plusieurs universit&eacute;s, celle d'un r&ocirc;le discret de l'arm&eacute;e appuy&eacute;e par des firmes d'ing&eacute;nieurs-consultants, est en passe de s'achever. Inquiet, Groves s'interroge sur la faisabilit&eacute; de la bombe et l'organisation du projet. Il comprend vite que la production en quantit&eacute; significative de mat&eacute;riaux fissiles (uranium 235 et plutonium)* est une t&acirc;che industrielle de grande ampleur. Et il est convaincu qu'elle ne s'accomplira pas dans des laboratoires universitaires sous la gouverne des scientifiques, mais dans des usines qu'il faudra construire de toutes pi&egrave;ces, avec une main-d'oeuvre qu'il faudra organiser sous la houlette d'ing&eacute;nieurs et de managers exp&eacute;riment&eacute;s.</FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><TABLE WIDTH="590" HEIGHT="265" BORDER="0" CELLSPACING= "2" CELLPADDING="0"> <TR> <TD WIDTH="61%" HEIGHT="256">&nbsp;<IMG SRC="images/ombre_5.gif" WIDTH="312" HEIGHT="231" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="39%">&nbsp;<B>En 1946, quelques-uns des principaux </B>acteurs du projet Manhattan sont r&eacute;unis &agrave; l'occasion de la nomination d'Arthur Compton en tant que Chancelier de l'universit&eacute; de Washington &agrave; Saint Louis. Assis, de gauche &agrave; droite : G&eacute;n&eacute;ral L. R. Groves, Vannevar Bush, Enrico Fermi, Colonel K D. Nichols, George B. Pegram, Lyman J. Briggs. Debout : Charles Thomas, James B. Conant, Arthur Compton, Eger V. Murphree et Crawford H. Greenewalt. (Clich&eacute; Hagley Museum and Library)</TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>Pour passer &agrave; une &eacute;tape industrielle, il d&eacute;cide donc de faire entrer en sc&egrave;ne les grandes entreprises* qui disposent du savoir-faire n&eacute;cessaire. Du Pont est convoqu&eacute;e, au nom des int&eacute;r&ecirc;ts sup&eacute;rieurs du pays.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Fin 1942, l'issue de la guerre est tr&egrave;s incertaine, l'heure est grave, et nul ne peut ignorer les pressions patriotiques. Pourtant, c'est avec r&eacute;ticence que la firme chimique s'engage dans le projet. Ses dirigeants font valoir que Du Pont n'a aucune exp&eacute;rience en physique nucl&eacute;aire et qu'ils ne connaissent rien au plutonium. Groves r&eacute;pond que la seule entreprise capable de concevoir, de construire et d'op&eacute;rer une usine de production de plutonium est bel et bien Du Pont. N'est-elle pas la seule grande firme chimique qui, gr&acirc;ce &agrave; son d&eacute;partement d'ing&eacute;nierie, a prouv&eacute; qu'elle &eacute;tait capable de construire ses propres usines et &eacute;quipements ? Ce savoir-faire n'avait &eacute;videmment pas &eacute;chapp&eacute; &agrave; Groves, un ing&eacute;nieur du G&eacute;nie orf&egrave;vre en la mati&egrave;re (il avait supervis&eacute; la construction du Pentagone).</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Du Pont n'accepte de signer le contrat qu'&agrave; la condition de ne tirer aucun profit de l'op&eacute;ration. L'entreprise se verra rembours&eacute;e de ses frais, plus un dollar symbolique par an. Du Pont, qui avait gard&eacute; de tr&egrave;s mauvais souvenirs d'une commission d'enqu&ecirc;te du Congr&egrave;s sur ses &eacute;normes profits accumul&eacute;s pendant la Premi&egrave;re Guerre mondiale, estime n&eacute;cessaire de parer &agrave; toute critique future. On explique en effet aux dirigeants de la firme que la bombe en pr&eacute;paration serait d'une puissance inou&iuml;e, que les d&eacute;g&acirc;ts qu'elle causerait seraient irr&eacute;m&eacute;diables pour l'ennemi, et que sa fabrication m&ecirc;me n'est pas exempte de risques majeurs pour les employ&eacute;s et pour la population.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+2>Lorsque Arthur Compton informe ses coll&egrave;gues physiciens de l'entr&eacute;e de Du Pont dans le projet, il d&eacute;clenche une &quot; quasi r&eacute;bellion &quot;</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Le contrat que Du Pont signe avec l'arm&eacute;e am&eacute;ricaine, le 21 d&eacute;cembre 1942, stipule que l'entreprise est en charge de la construction et de l'op&eacute;ration de la future usine de plutonium. Mais lorsque Arthur Compton, le directeur du laboratoire m&eacute;tallurgique de l'universit&eacute; de Chicago, informe ses coll&egrave;gues physiciens de l'entr&eacute;e de Du Pont dans le projet, il d&eacute;clenche <I>&quot;une quasi r&eacute;bellion &quot;, </I>ainsi qu'il le rappelle dans ses m&eacute;moires(2). De nombreux physiciens estiment qu'ils sont tout &agrave; fait capables de s'occuper seuls des t&acirc;ches de d&eacute;veloppement et de construction. De surcro&icirc;t, Du Pont repr&eacute;sente &agrave; leurs yeux le <I>big business </I>le plus repoussant : une entreprise r&eacute;put&eacute;e cynique et &acirc;pre au gain. Crawford Greenewalt, &agrave; l'&eacute;poque ing&eacute;nieur et bient&ocirc;t pr&eacute;sident de la firme, se souvient du sentiment de nombreux physiciens &agrave; l'&eacute;gard de Du Pont : &quot;<I> Ils pensaient qu'on &eacute;tait l&agrave; pour les exploiter et faire de l'argent avec l'&eacute;nergie atomique</I>(3)<I>. &quot;</I></FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>La premi&egrave;re &eacute;tape consiste &agrave; s'organiser. Une nouvelle division, la division TNX, est cr&eacute;&eacute;e au sein de Du Pont (TNX est un nom de code). Deux grandes t&acirc;ches lui sont assign&eacute;es : d'une part la construction d'une usine-pilote destin&eacute;e &agrave; tester les proc&eacute;d&eacute;s, &agrave; Oak Ridge, dans le Tennessee ; d'autre part la construction de l'usine de production de plutonium, &agrave; Hanford, dans l'Etat de Washington, pour produire les quelques kilogrammes de mat&eacute;riau fissile n&eacute;cessaires &agrave; une bombe atomique.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>La capacit&eacute; d'organisation de Du Pont, caract&eacute;ris&eacute;e par une structure d&eacute;centralis&eacute;e et multidivisionnelle, est alors une r&eacute;f&eacute;rence pour toute l'industrie am&eacute;ricaine(4). Elle s'av&egrave;re tr&egrave;s ad&eacute;quate pour une collaboration entre partenaires militaires et civils. Une structure d&eacute;centralis&eacute;e permet en effet d'ajouter rapidement un d&eacute;partement ou une division en fonction du produit &agrave; fabriquer. Par ailleurs, TNX, &agrave; l'instar des autres divisions, est autonome et dot&eacute;e de son organisation propre, ce qui lui permet de fonctionner dans la plus grande discr&eacute;tion, &agrave; l'insu de qui n'est pas directement concern&eacute;. TNX est elle-m&ecirc;me s&eacute;par&eacute;e en deux sous-divisions: la division technique et la division fabrication(5).</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>La division technique, qui ne compte qu'une demi-douzaine d'ing&eacute;nieurs, parfois un peu plus, est en charge de maintenir des liens avec l'universit&eacute; de Chicago et d'interpr&eacute;ter les donn&eacute;es techniques n&eacute;cessaires au travail. Elle sert de liaison entre les physiciens et les ing&eacute;nieurs de la division fabrication. Car il faut bien traduire en langage d'ing&eacute;nieur les &eacute;quations des physiciens. Le manager de cette division est C. Greenewalt, un jeune ing&eacute;nieur chimiste qui passe effectivement la moiti&eacute; de son temps &agrave; Chicago. La division fabrication est en charge des aspects de conception et de construction des &eacute;quipements (usine, r&eacute;acteurs, etc.). Elle travaille en liaison &eacute;troite avec la division technique et le d&eacute;partement d'ing&eacute;nierie qui a pour fonction principale le recrutement et la formation du personnel. Le 1er f&eacute;vrier 1943, TNX compte 44 employ&eacute;s ; ils sont 90 le 1er mars, 200 &agrave; la fin de l'ann&eacute;e. Il faut y ajouter quelques centaines d'employ&eacute;s du d&eacute;partement d'ing&eacute;nierie, directement affect&eacute;s au projet Manhattan. En outre, 392 employ&eacute;s de Du Pont sont pr&ecirc;t&eacute;s &agrave; l'universit&eacute; de Chicago et son &quot; laboratoire m&eacute;tallurgique &quot;.</FONT></P>  <P><TABLE WIDTH="651" HEIGHT="288" BORDER="0" CELLSPACING="2" CELLPADDING= "0"> <TR> <TD WIDTH="67%">&nbsp;<IMG SRC="images/hommes_ombre_3.gif" WIDTH="397" HEIGHT="271" ALIGN= "BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="33%"><P>&nbsp;</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B>Quelques mois apr&egrave;s les explosions des bombes </B>dans le ciel japonais, Walter Carpenter, pr&eacute;sident de Du Pont (&agrave; droite), visite les installations de Hanford : tel un chef de clan, celui des Du Ponters, il pose avec ses hommes devant l'objectif du photographe. (Clich&eacute; Hagley Museum and Library)</TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>Les dirigeants de Du Pont choisissent leurs ing&eacute;nieurs d'&eacute;lite, aux comp&eacute;tences gestionnaires ou scientifiques reconnues. Dans les ann&eacute;es 1930, tous avaient travaill&eacute; sur des probl&egrave;mes physiques et physico-chimiques (transferts de chaleur, thermodynamique, s&eacute;paration chimique) li&eacute;s aux proc&eacute;d&eacute;s de chimie des hautes pressions qui interviennent dans la fabrication de l'ammoniac et des produits interm&eacute;diaires du nylon(I). Le d&eacute;veloppement du nylon, en particulier, leur avait fourni l'occasion de travailler ensemble et de d&eacute;velopper de nouvelles m&eacute;thodes gestionnaires et techniques. Ce savoir-faire trouve son emploi lors de la conception des r&eacute;acteurs nucl&eacute;aires et des usines aff&eacute;rentes. Ces ing&eacute;nieurs chimistes partagent la m&ecirc;me mani&egrave;re de consid&eacute;rer les<I> </I>probl&egrave;mes de production, le m&ecirc;me go&ucirc;t pour la formalisation scientifique. Ils sont s&ucirc;rs d'eux, fiers de leur capacit&eacute; &agrave; mener &agrave; bien des projets lourds. Gr&acirc;ce &agrave; leur exp&eacute;rience en chimie des hautes pressions, ils se trouvent, avec le nucl&eacute;aire, sur un terrain qui n'est pas enti&egrave;rement inconnu, m&ecirc;me si la radioactivit&eacute; et l'extr&ecirc;me toxicit&eacute; du plutonium soul&egrave;vent des probl&egrave;mes in&eacute;dits.</FONT></P>  <P><B><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+2>Le g&eacute;n&eacute;ral Groves se sent plus proche des ing&eacute;nieurs et de leurs m&eacute;thodes que des physiciens et de leur savoir &eacute;sot&eacute;rique</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>La question de la r&eacute;partition du travail entre ing&eacute;nieurs de Du Pont et physiciens de Chicago se pose sur le mode conflictuel d&egrave;s le d&eacute;but de leur partenariat. Le premier diff&eacute;rend porte sur le site de l'usine-pilote. Les scientifiques de Chicago souhaitent qu'il soit implant&eacute; &agrave; proximit&eacute; de Chicago, &agrave; Argonne. Enrico Fermi veut &eacute;galement conserver la pile d'essai (celle qui a servi &agrave; la premi&egrave;re r&eacute;action en cha&icirc;ne, le 1er d&eacute;cembre 1942) sur le campus de Chicago. Les ing&eacute;nieurs de Du Pont font valoir qu'une pile nucl&eacute;aire sur un campus universitaire est trop dangereuse, et qu'en outre le site de la for&ecirc;t d'Argonne est trop exigu pour l'usine-pilote. Un compromis est trouv&eacute; : la pile de Fermi d&eacute;m&eacute;nagera &agrave; Argonne tandis que l'usine-pilote sera install&eacute;e dans le Tennessee. Les travaux commencent le 22 f&eacute;vrier 1943 et progressent tout au long de l'ann&eacute;e1943. Le chantier est situ&eacute; dans un site isol&eacute;, &agrave; proximit&eacute; du lieu-dit de Oak Ridge, &agrave; une vingtaine de kilom&egrave;tres de Knoxville. L'ensemble des travaux est supervis&eacute; par les ing&eacute;nieurs et par une &eacute;quipe de physiciens de Chicago : celle-ci, initialement install&eacute;e au si&egrave;ge de Du Pont &agrave; Wilmington (Etat du Delaware) est transf&eacute;r&eacute;e dans le Tennessee en ao&ucirc;t 1943. Fin novembre 1943, l'usine-pilote commence &agrave; fonctionner. D&eacute;but 1944, les premiers grammes de plutonium peuvent &ecirc;tre envoy&eacute;s &agrave; Chicago et &agrave; Los Alamos*, l&agrave; o&ugrave; la conception des bombes est &eacute;tudi&eacute;e sous la direction d'Oppenheimer.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Parall&egrave;lement &agrave; l'usine-pilote, se profile le plat de r&eacute;sistance : la construction de la grande usine de production de plutonium. Le physicien Eugene Wigner veut s'occuper des plans. Greenewalt fait alors remarquer que telle n'est pas la pratique habituelle chez Du Pont : ce sont les ing&eacute;nieurs qui prennent en charge la construction, quitte &agrave; demander des informations aux scientifiques. Mais cela ne convient gu&egrave;re aux physiciens, convaincus que la bureaucratie de Du Pont paralysera le projet, que les ing&eacute;nieurs passent trop de temps sur les questions de s&eacute;curit&eacute; et que rien ne sera pr&ecirc;t &agrave; temps par leur faute. Mais ils se rendent rapidement compte que Du Pont ne l'entend pas du tout de cette oreille et que, de fait, le pouvoir change de mains. C'est du reste le souhait de Groves, qui se sent plus proche des ing&eacute;nieurs et de leurs m&eacute;thodes que des physiciens et de leur savoir &eacute;sot&eacute;rique. Pour Greenewalt, les physiciens n'ont pas &eacute;t&eacute; des partenaires faciles, ainsi qu'il le confie : &quot; <I>Szilard et Wigner souffraient d'une maladie commune chez les gens brillants, en particulier les physiciens : parce qu'ils sont brillants dans leur sp&eacute;cialit&eacute;, ils pensent qu'ils le sont en tout. Wigner n'aurait pas h&eacute;sit&eacute; un instant &agrave; nous expliquer comment g&eacute;rer Du Pont. En fait, tous les probl&egrave;mes - et il y en avait vraiment beaucoup - venaient du fait qu'ils pensaient &ecirc;tre plus savants que nous(6). &quot;</I></FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><TABLE WIDTH="574" HEIGHT="257" BORDER="0" CELLSPACING= "2" CELLPADDING="0"> <TR> <TD WIDTH="71%" HEIGHT="252">&nbsp;<IMG SRC="images/ombre_2.gif" WIDTH="369" HEIGHT="240" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="29%"><B>Les ouvriers du chantier sont log&eacute;s dans</B> plusieurs milliers de maisons pr&eacute;fabriqu&eacute;es, construites &agrave; quelques kilom&egrave;tres au sud des usines nucl&eacute;aires le climat est rude (&eacute;touffant l'&eacute;t&eacute;, glacial l'hiver) et les vents de sable fr&eacute;quents. (Clich&eacute; Hagley Museum and Library)</TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>Les rapports techniques des ing&eacute;nieurs de Du Pont doivent &ecirc;tre approuv&eacute;s par les scientifiques de Chicago. Des d&eacute;saccords surviennent fr&eacute;quemment et les rapports font la navette jusqu'&agrave; ce qu'un accord final soit conclu. Les ing&eacute;nieurs de Du Pont se plaignent r&eacute;guli&egrave;rement de ce que les physiciens <I>&quot; d&eacute;testent s'occuper des plans qu'on leur envoie &quot;. </I>L'ing&eacute;nieur s'exprime au moyen du plan, figuration du produit ou du proc&eacute;d&eacute; envisag&eacute;. Le plan &eacute;tablit une connivence entre ing&eacute;nieurs, il soude une communaut&eacute; technique et exclut ceux qui n'en parlent pas la langue. Les physiciens, quant &agrave; eux, s'expriment au moyen de calculs, de grappes d'&eacute;quations. Greenewalt se rappelle qu'en examinant les plans, Sam Allison, directeur adjoint du laboratoire de Chicago, &quot; <I>s'arrangeait</I> <I>toujours pour l&acirc;cher une remarque d&eacute;sobligeante &quot;. </I>Richard Feynman, le futur prix Nobel de physique, lui fait &eacute;cho en demandant &quot;<I> comment regarder une usine qui n'est pas encore construite ? je n'en sais rien !</I> <I>... je n'arrive pas &agrave; lire les plans(7), &quot; </I>C'est que le plan <I>ne dit rien </I>aux physiciens. Greenewalt observe justement que &quot; <I>les deux groupes ne parlaient pas le m&ecirc;me langage, et il fallait traduire, prendre les r&eacute;sultats de la recherche et les traduire pour le dessin des &eacute;quipements &quot;. </I>Mais ce travail de traduction ne rend pas justice aux physiciens du point de vue du contr&ocirc;le qui, justement, est conf&eacute;r&eacute; par la ma&icirc;trise du plan, de son langage propre. Le traducteur a ici une position strat&eacute;gique : l'apparente modestie de son travail masque en r&eacute;alit&eacute; un transfert de pouvoir. Si les ing&eacute;nieurs de <I>TNX </I>ont ici tant d'importance, c'est bien parce que, avec eux, le contr&ocirc;le des op&eacute;rations &eacute;chappe &agrave; Chicago pour s'effectuer &agrave; partir de Wilmington.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>En outre, le plan a pour effet de figer les caract&eacute;ristiques de la construction consid&eacute;r&eacute;e, par opposition aux calculs qui peuvent &ecirc;tre repris en permanence. Le calcul demeure mall&eacute;able tandis que le plan arr&ecirc;te, g&egrave;le les choix techniques. Pour les ing&eacute;nieurs de Du Pont, il faut, aussi rapidement que possible, commencer la construction. Quitte &agrave; pr&eacute;voir des marges de s&eacute;curit&eacute; un peu partout, il faut d&eacute;marrer sans disposer n&eacute;cessairement de toutes les donn&eacute;es. D'o&ugrave; le ressentiment accru des physiciens qui ont l'impression d'&ecirc;tre d&eacute;poss&eacute;d&eacute;s du projet. M&ecirc;me la construction de l'usine-pilote n'a pas leur assentiment initial. Greenewalt leur explique pourtant que Du Pont en a l'habitude, qu'une usine-pilote avait &eacute;t&eacute; construite lors du d&eacute;veloppement du nylon, que c'est une proc&eacute;dure efficace pour d&eacute;tecter pr&eacute;cocement les probl&egrave;mes techniques. Les scientifiques n'en acceptent le principe qu'&agrave; contrecoeur. Ainsi que Fermi le confie &agrave; Greenewalt, &quot;<I> ce que vous devriez faire c'est construire un r&eacute;acteur aussi vite que possible, b&acirc;cler le tout. Puis vous le mettrez en marche, et il ne fonctionnera pas. Puis vous trouverez pourquoi il ne marche pas, et vous en construirez un autre, qui sera le bon(8) &quot;. </I>Fermi et ses amis de Chicago souhaitent se m&eacute;nager le plus longtemps possible des marges de manoeuvre, tandis que les ing&eacute;nieurs demandent au contraire des choix d&eacute;finitifs mat&eacute;rialis&eacute;s par le plan et l'usine-pilote.</FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><TABLE WIDTH="574" HEIGHT="223" BORDER="0" CELLSPACING= "2" CELLPADDING="0"> <TR> <TD WIDTH="67%" HEIGHT="218">&nbsp;<IMG SRC="images/ombre_3.gif" WIDTH="340" HEIGHT="211" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="33%"><P>&nbsp;</P>  <P><B>Le chantier du r&eacute;acteur D</B> en juin 1944. Au premier plan, le r&eacute;acteur et, &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s, un r&eacute;servoir d'eau pr&eacute;vu pour suppl&eacute;er les pompes de refroidissement en cas de panne. Au second plan,le b&acirc;timent tout en longueur de l'usine de s&eacute;paration chimique. (Clich&eacute; Hagley Museum and Library)</TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>A l'inverse du d&eacute;veloppement du nylon, qui subordonnait clairement les scientifiques aux ing&eacute;nieurs-chimistes, le projet Manhattan est beaucoup plus flou. La r&eacute;partition du travail, du pouvoir, se fait de mani&egrave;re empirique, rythm&eacute;e par des conflits. Les physiciens n'ont pas l'intention de s'int&eacute;grer dans le dispositif organisationnel de Du Pont car, ainsi que l'un d'entre-eux le confiera, leur &quot; honneur &quot; est en jeu dans l'affaire. Qu'on n'y voie pas une simple question d'amour-propre mis &agrave; mal : il s'agit plus profond&eacute;ment de la ma&icirc;trise du projet ou, pour le dire autrement, de l'articulation entre savoir (scientifique et/ou technique) et pouvoir d&eacute;cisionnel. Sur un autre terrain, les physiciens se verront bient&ocirc;t mis &agrave; l'&eacute;cart des d&eacute;cisions concernant l'utilisation de la bombe, les politiques faisant la sourde oreille &agrave; leurs demandes, notamment celle de faire une d&eacute;monstration de la bombe au large des c&ocirc;tes japonaises(9).</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Bon gr&eacute; malgr&eacute;, les d&eacute;cisions se prennent. A la mi-janvier 1943, des repr&eacute;sentants du Corps des ing&eacute;nieurs, de l'universit&eacute; de Chicago et de Du Pont se mettent d'accord sur le choix du site (l'usine de production, au sud de l'Etat de Washington, pr&egrave;s de la petite ville de Hanford, une vaste zone de 1700 kilom&egrave;tres carr&eacute;s, au bord de la rivi&egrave;re Columbia, dans une r&eacute;gion pratiquement d&eacute;sertique. L'ann&eacute;e 1943 est essentiellement consacr&eacute;e &agrave; la pr&eacute;paration du site et &agrave; la conception de l'usine. Il faut proc&eacute;der &agrave; de multiples &eacute;tudes g&eacute;ologique am&eacute;nager des voies de communication, construire des logements pour 45 000 personnes, un tour de force men&eacute; par d&eacute;partement d'ing&eacute;nierie et un certain nombre d'entreprises r&eacute;gionales avec lesquelles Du Pont passe contrat. Sans cesse de nouveaux probl&egrave;mes surgissent : sous-traitants d&eacute;faillants, manque main-d'oeuvre, <I>turnover</I> tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;, difficult&eacute;s d'approvisionnement, etc.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>TNX s'occupe de la conception des futures installations. Il est d'abord d&eacute;cid&eacute;, pour des raisons de commodit&eacute;, de construire des r&eacute;acteurs* refroidis par eau plut&ocirc;t que par h&eacute;lium, apr&egrave;s de longs d&eacute;bats au sujet des m&eacute;rites respectifs de deux proc&eacute;d&eacute;s. Mais se posent alors des probl&egrave;mes de corrosion et de d&eacute;p&ocirc;ts min&eacute;raux risquant d'&eacute;touffer la r&eacute;action en cha&icirc;ne. L'eau doit pouvoir circuler librement entre les tiges d'uranium, elles-m&ecirc;mes enrob&eacute;es d'un alliage d'aluminium et de magn&eacute;sium (des m&eacute;taux peu corrosifs). On construit donc une usine de d&eacute;min&eacute;ralisation de l'eau de la rivi&egrave;re Columbia, <I>&quot; un monument qui a co&ucirc;t&eacute; cinq millions de dollars &quot;</I> dit Greenewalt, une usine qui ne servira jamais puisqu'on trouvera entre-temps une m&eacute;thode plus rapide de purification de l'eau. Mais toutes les options sont explor&eacute;es en m&ecirc;me temps, sans v&eacute;ritable consid&eacute;ration de co&ucirc;t, car l'imp&eacute;ratif cat&eacute;gorique est de produire du plutonium le plus vite possible.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>La construction des r&eacute;acteurs commence fin 1943 avant que leurs plans ne soient d&eacute;finitivement arr&ecirc;t&eacute;s. Le travail de construction est somme toute assez classique, bien que les tol&eacute;rances d'ajustement soient extr&ecirc;mement r&eacute;duites (les briques de graphite* doivent s'ajuster au dixi&egrave;me de millim&egrave;tre). Les mat&eacute;riaux sont v&eacute;rifi&eacute;s et rev&eacute;rifi&eacute;s avant d'&ecirc;tre assembl&eacute;s. A cause de la radioactivit&eacute;, l'int&eacute;rieur des b&acirc;timents, autour des r&eacute;acteurs, deviendra inaccessible apr&egrave;s leur mise en route, et il ne sera plus question d'y entreprendre aucune modification majeure. Une grue centrale, t&eacute;l&eacute;command&eacute;e, effectuera les principales op&eacute;rations (chargement et d&eacute;chargement de l'uranium, maintenance), mais toute erreur majeure de construction serait irr&eacute;parable. Les unit&eacute;s de s&eacute;paration chimique posent moins de probl&egrave;mes techniques &agrave; une firme comme Du Pont, mais seul le gros oeuvre est achev&eacute; en 1943 : rien ne presse tant que les r&eacute;acteurs n'ont pas fourni leur uranium irradi&eacute; (les usines de s&eacute;paration seront achev&eacute;es en d&eacute;cembre 1944, juste &agrave; temps pour recevoir les premiers chargements d'uranium irradi&eacute;). L'essentiel de la main-d'oeuvre est concentr&eacute; sur les r&eacute;acteurs nucl&eacute;aires jusqu'au printemps 1944.</FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><TABLE WIDTH="574" HEIGHT="223" BORDER="0" CELLSPACING= "2" CELLPADDING="0"> <TR> <TD WIDTH="71%" HEIGHT="218">&nbsp;<IMG SRC="images/ombre_4.gif" WIDTH="369" HEIGHT="199" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="29%">&nbsp;<B>Jour de paye, jour de f&ecirc;te &agrave; Hanford : </B>pour payer ses dizaines de milliers d'ouvriers, Du Pont affr&egrave;te une flotte de camions qui sillonnent l'immense chantier. (Clich&eacute; Hagley Museum and Library)</TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>Le chargement en uranium du premier r&eacute;acteur (r&eacute;acteur B) commence le 18 septembre 1944. Mais bient&ocirc;t, &agrave; la stupeur des ing&eacute;nieurs et scientifiques pr&eacute;sents, la r&eacute;action en cha&icirc;ne, enclench&eacute;e le 26 septembre, s'arr&ecirc;te. Apr&egrave;s avoir &eacute;cart&eacute; l'hypoth&egrave;se d'une fuite d'eau, les calculs am&egrave;nent rapidement &agrave; la conclusion que le r&eacute;acteur est &quot; empoisonn&eacute; &quot; par un isotope du x&eacute;non (X135), Un sous-produit de la fission nucl&eacute;aire. Cet empoisonnement par le x&eacute;non, devenu un classique du g&eacute;nie nucl&eacute;aire, n'avait pas &eacute;t&eacute; rep&eacute;r&eacute; &agrave; Oak Ridge : le r&eacute;acteur pilote &eacute;tait de trop faible puissance (1 m&eacute;gawatt contre 250 &agrave; Hanford) pour que le x&eacute;non s'accumul&acirc;t en quantit&eacute; significative. Le probl&egrave;me sera r&eacute;solu par l'insertion dans le graphite de tiges suppl&eacute;mentaires d'uranium. Or, auparavant, les physiciens de Chicago avaient critiqu&eacute; le choix des ing&eacute;nieurs de Du Pont de surdimensionner le r&eacute;acteur. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment ce dessin dit &quot; conservateur &quot;, consistant &agrave; pr&eacute;voir syst&eacute;matiquement des marges de s&eacute;curit&eacute; au d&eacute;triment de la rapidit&eacute; de construction, qui permet finalement le bon fonctionnement du r&eacute;acteur. Les ing&eacute;nieurs n'avaient pas pr&eacute;vu l'apparition du x&eacute;non, mais ils s'&eacute;taient m&eacute;fi&eacute;s de ce que le r&eacute;acteur de production &eacute;tait deux cents fois plus puissant que le r&eacute;acteur de l'usine-pilote. Ce rapport d'&eacute;chelle &eacute;tait &agrave; leurs yeux beaucoup trop grand: &quot; Nous n'aurions jamais fait cela si on nous avait laiss&eacute; faire... J'ai donc dit : &quot;Nous allons prendre des marges de s&eacute;curit&eacute; partout o&ugrave; nous pouvons, de mani&egrave;re &agrave; ce que, si un probl&egrave;me survient, on pourra rectifier&quot;. Ce fut parfois bien utile &quot;, explique Greenewalt. L'incident fournit l'occasion aux ing&eacute;nieurs de souligner &agrave; quel point leur d&eacute;marche est essentielle au projet, de r&eacute;affirmer leur pr&eacute;&eacute;minence. Dans la m&eacute;moire de l'entreprise, l'&eacute;pisode fait figure de triomphe des ing&eacute;nieurs sur les physiciens &quot; aux mains blanches &quot;, comme la revanche symbolique des &quot; plombiers &quot; sur les &quot; cr&eacute;ateurs &quot; : &quot; Si seulement les physiciens nous avaient fait un peu plus confiance au d&eacute;but, soupire Greenewalt, &ccedil;a se serait beaucoup mieux pass&eacute; pour moi. Les physiciens sont des types bizarres, pas de doute l&agrave;-dessus. Et je crois qu'aujourd'hui encore, ils sont persuad&eacute;s que c'&eacute;tait leur projet. &quot;</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Au cours des derni&egrave;res semaines de 1944, les deux autres r&eacute;acteurs (D et F) sont charg&eacute;s en uranium et commencent &agrave; produire de l'uranium irradi&eacute; d&eacute;but 1945. Celui-ci est alors transf&eacute;r&eacute; vers les usines de s&eacute;paration, o&ugrave; l'on extrait le plutonium des autres mat&eacute;riaux fissiles : on &ocirc;te les jaquettes d'aluminium prot&eacute;geant de la corrosion les tiges d'uranium qu'on traite ensuite au moyen de diff&eacute;rentes solutions chimiques*.</FONT></P>  <P><B><FONT COLOR="#FF0000" SIZE=+2>Les historiens ont globalement repris &agrave; leur compte le discours des physiciens, comme si les questions de production avaient &eacute;t&eacute; secondaires</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>En f&eacute;vrier 1945, des quantit&eacute;s significatives de plutonium peuvent &ecirc;tre envoy&eacute;es &agrave; Los Alamos. De f&eacute;vrier &agrave; ao&ucirc;t, les usines de Hanford fonctionnent de mani&egrave;re intensive : le g&eacute;n&eacute;ral Groves insiste pour que les r&eacute;acteurs nucl&eacute;aires chauffent &agrave; la limite des normes de s&eacute;curit&eacute; afin que la bombe soit pr&ecirc;te &agrave; temps. L'Allemagne est vaincue et le drapeau rouge flotte sur les ruines de Berlin, mais il est encore temps de s'en servir au japon.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>A partir du d&eacute;but de 1945, le probl&egrave;me de la production de plutonium est r&eacute;solu. Il s'agit d&eacute;sormais de concevoir les bombes, c'est-&agrave;-dire la meilleure mani&egrave;re de d&eacute;clencher la r&eacute;action en cha&icirc;ne instantan&eacute;e des quelques kilogrammes de plutonium, qui lib&eacute;reront en moins d'un centi&egrave;me de millioni&egrave;me de seconde une &eacute;nergie &eacute;quivalente &agrave; plusieurs milliers de tonnes de TNT. Mais ceci est une autre histoire : cette derni&egrave;re &eacute;tape n'est plus du ressort de Du Pont mais de l'&eacute;quipe d'Oppenheimer &agrave; Los Alamos.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Nous avons analys&eacute; la fabrication du plutonium comme un processus de n&eacute;gociation entre diff&eacute;rents idiomes et diff&eacute;rents protocoles techniques. Qu'on ne s'y trompe pas cependant: la n&eacute;gociation ne fut pas &eacute;quitable, au sens o&ugrave; les militaires choisirent de confier la pr&eacute;&eacute;minence aux ing&eacute;nieurs de Du Pont &agrave; partir de la fin 1942. Cela n'a rien d'&eacute;vident, ou de naturel car, apr&egrave;s tout, les physiciens et les ing&eacute;nieurs du G&eacute;nie auraient pu, tant bien que mal, s'occuper des aspects industriels du projet, avec l'aide d'ing&eacute;nieurs consultants. Peut-&ecirc;tre la bombe au plutonium n'aurait-elle pas &eacute;t&eacute; pr&ecirc;te en ao&ucirc;t 1945 et Nagasaki aurait &eacute;t&eacute; &eacute;pargn&eacute;e...</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Du c&ocirc;t&eacute; de l'Union sovi&eacute;tique apr&egrave;s guerre, ce seront les physiciens qui dirigeront les op&eacute;rations industrielles. Sous la direction vigoureuse d'Igor Kourchatov et de Youli Khariton, ils m&egrave;neront &agrave; bien la fabrication industrielle du plutonium. Ils seront &eacute;videmment aid&eacute;s par des ing&eacute;nieurs chimistes, mais ces derniers leur seront enti&egrave;rement subordonn&eacute;s. Il est vrai qu'avant-guerre, l'industrie chimique n'a pas &eacute;t&eacute; favoris&eacute;e par les responsables du Plan : &agrave; la diff&eacute;rence de leurs homologues am&eacute;ricains, les ing&eacute;nieurs chimistes sovi&eacute;tiques n'auront pas &agrave; leur disposition les outils conceptuels qui leur permettraient de pr&eacute;tendre avoir voix au chapitre.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Si les responsables am&eacute;ricains ont choisi Du Pont, c'est parce que ses ing&eacute;nieurs imposaient dans le m&ecirc;me mouvement une certaine culture et une certaine politique qui agr&eacute;aient aux militaires du G&eacute;nie. Ces derniers &eacute;taient des ing&eacute;nieurs : partageant avec les hommes de Du Pont une m&ecirc;me mani&egrave;re de consid&eacute;rer les probl&egrave;mes, une m&ecirc;me culture technique, ils &eacute;taient moins &agrave; l'aise avec la culture math&eacute;matique des physiciens.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>En outre, transf&eacute;rer le contr&ocirc;le du projet des physiciens aux ing&eacute;nieurs offrait une garantie contre toute r&eacute;bellion des premiers en en limitant les cons&eacute;quences possibles. Par tradition, nombre de scientifiques &eacute;taient plut&ocirc;t hostiles &agrave; l'&eacute;gard des militaires, et leur participation au projet Manhattan &eacute;tait en priorit&eacute; motiv&eacute;e par leur engagement antifasciste. Groves se m&eacute;fiait de nombre de physiciens, et faire appel &agrave; Du Pont pour encadrer le projet lui semblait plus s&ucirc;r : &quot; Groves avait une confiance totale en Du Pont, et en lui-m&ecirc;me &quot;, r&eacute;sume Greenewalt. De fait, cette confiance n'&eacute;tait pas seulement technique mais politique. Les ing&eacute;nieurs de Du Pont, marqu&eacute;s par la culture de leur entreprise, avaient une culture politique tr&egrave;s voisine de celle des militaires. Les uns et les autres &eacute;taient socialement proches tandis que de nombreux physiciens leur &eacute;taient culturellement &eacute;trangers, soit parce qu'ils &eacute;taient d'origine europ&eacute;enne (on trouve parmi eux les plus m&eacute;fiants &agrave; l'&eacute;gard de Du Pont : Wigner, Szilard, Fermi au d&eacute;but), soit parce que leurs convictions politiques &eacute;taient tr&egrave;s diff&eacute;rentes.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Avec la production de plutonium, le statut des ing&eacute;nieurs chimistes gagna en prestige non seulement chez Du Pont mais aussi vis-&agrave;-vis du monde scientifique. A la fin de la guerre, se pla&icirc;t &agrave; rappeler Greenewalt, Fermi lui proposa de quitter Du Pont pour travailler &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s dans son institut de physique nucl&eacute;aire flambant neuf &agrave; l'universit&eacute; de Chicago. L'int&eacute;ress&eacute; refusa en arguant qu'il n'avait pas la comp&eacute;tence math&eacute;matique n&eacute;cessaire, mais surtout parce qu'il allait bient&ocirc;t devenir pr&eacute;sident de Du Pont. D'autres mirent &agrave; profit le bagage technique accumul&eacute; pendant la guerre pour cr&eacute;er les premiers cours de g&eacute;nie nucl&eacute;aire dans les universit&eacute;s am&eacute;ricaines.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Pourquoi a-t-on jusqu'&agrave; pr&eacute;sent si peu<I> </I>parl&eacute; du r&ocirc;le jou&eacute; par les ing&eacute;nieurs chimistes de Du Pont ? On peut identifier deux grandes raisons. Premi&egrave;rement, il ne faut pas n&eacute;gliger le poids politique consid&eacute;rable des physiciens. Il se fit largement sentir apr&egrave;s-guerre lorsque, aur&eacute;ol&eacute;s de leurs succ&egrave;s, nombre d'entre eux occup&egrave;rent des positions de pouvoir dans les administrations f&eacute;d&eacute;rales et les universit&eacute;s. Les historiens ont globalement repris &agrave; leur compte le discours des physiciens, comme si les questions de production avaient &eacute;t&eacute; secondaires et laiss&eacute;es &agrave; des comparses sans influence. Deuxi&egrave;mement, Du Pont adopta apr&egrave;s guerre un profil bas au sujet de cette &eacute;pop&eacute;e industrielle qui s'&eacute;tait tout de m&ecirc;me conclue par une somme de souffrances indicibles. L'entreprise ne tenait gu&egrave;re &agrave; ce que des controverses &eacute;thiques et politiques vinssent entraver ses ventes fabuleuses de nylon et autres produits de grande consommation... Seulement &agrave; l'occasion de crises internationales (guerre de Cor&eacute;e, affaire des missiles de Cuba), les dirigeants de la firme se soucient de rappeler au pays le r&ocirc;le jou&eacute; par Du Pont dans la s&eacute;curit&eacute; nationale.</FONT></P>  <P ALIGN=CENTER><TABLE WIDTH="386" HEIGHT="278" BORDER="0" CELLSPACING= "2" CELLPADDING="0"> <TR> <TD WIDTH="63%" HEIGHT="218"><P ALIGN=CENTER>&nbsp;<IMG SRC="images/ombre_6.gif" WIDTH="191" HEIGHT= "263" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="3"></TD> <TD WIDTH="37%">En <B>pleine guerre de Cor&eacute;e, C. Greenewalt </B>est en couverture de Time Magazine le 16 avril 1951, en compagnie de quelques objets symboliques des activit&eacute;s civiles et militaires de Du Pont : nylon, costume ind&eacute;froissable et bombes nucl&eacute;aires... (Clich&eacute; tdr)</TD></TR> </TABLE> </P>  <P><FONT SIZE=+1>Pourtant, s'il est historiquement int&eacute;ressant d'exhumer d'un oubli relatif ces ing&eacute;nieurs, ce n'est pas seulement pour rendre justice &agrave; des anonymes de l'histoire. Ceci ne ferait plaisir qu'aux int&eacute;ress&eacute;s et &agrave; leurs descendants. C'est surtout pour replacer le projet Manhattan dans l'histoire de la production de masse, dont il est l'une des variantes. La fabrication de bombes atomiques fut le fruit d'une rencontre entre deux courants historiques qui, jusque-l&agrave;, s'ignoraient : d'une part, un demi-si&egrave;cle de recherches en physique nucl&eacute;aire, qui trouva son aboutissement en 1942 avec la premi&egrave;re r&eacute;action en cha&icirc;ne de l'histoire, r&eacute;alis&eacute;e par Fermi et son &eacute;quipe sous le stade de l'universit&eacute; de Chicago; d'autre part un demi-si&egrave;cle de production de masse dans l'industrie chimique, qui d&eacute;buta dans les premi&egrave;res ann&eacute;es du XX&egrave;me si&egrave;cle avec la synth&egrave;se de l'ammoniac et les techniques de chimie catalytique des hautes pressions, et qui atteignit son apog&eacute;e avec la production du nylon, dans les ann&eacute;es 1930. La constitution de l'arsenal nucl&eacute;aire am&eacute;ricain r&eacute;clama effectivement le travail des scientifiques les plus pointus et celui de sp&eacute;cialistes de la production de masse.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Avant que sa r&eacute;ussite ne s'efface dans l'ombre port&eacute;e de nouvelles inqui&eacute;tudes g&eacute;n&eacute;r&eacute;es par les exc&egrave;s de la production de masse de produits militaires et civils, Greenewalt pouvait fi&egrave;rement para&icirc;tre en couverture de <I>Time Magazine, </I>en avril 1951, en compagnie d'un costume en nylon et de deux bombes atomiques - selon une symbolique qui n'est pas sans rappeler certains tableaux de n&eacute;gociants anglais ou flamands des XVI&egrave;me et XVII&egrave;me si&egrave;cles, posant aux c&ocirc;t&eacute;s des pi&egrave;ces d'or et de drap fin dont ils faisaient commerce</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><B>PAP N'DIAYE</B> <BR> (ma&icirc;tre de conf&eacute;rences &agrave; l'&Eacute;cole des hautes &eacute;tudes en sciences sociales, Paris)<FONT SIZE=+1><BR> LA RECHERCHE n-306 f&eacute;vrier 1998</FONT></P>  <P><A HREF="sommaire.html">Retour sommaire</A></P>  <P><FONT SIZE=+1>*<B>LE LABORATOIRE METALLURGIQUE</B> &eacute;tait le nom de code d'un groupe de physicien travaillant sur le projet de bombe au plutonium, et comprenant notamment Arthur Compton, Enrico Fermi et L&eacute;o Szilard.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>*Les travaux men&eacute;s &agrave; l'universit&eacute; de Californie &agrave; Berkeley sous la direction de Glenn Seaborg en 1940 et 1941 permirent de mettre en &eacute;vidence deux isotopes radioactifs utilisables comme mat&eacute;riau fissile :<B> L'URANIUM 235 </B>et le P<B>LUTONIUM 239</B>. Le premier sera au coeur de la bombe l&acirc;ch&eacute;e sur Hiroshima, le second de celle l&acirc;ch&eacute;e sur Nagasaki.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>*L'uranium irradi&eacute; ne contient qu'une tr&egrave;s faible proportion de plutonium (moins de 1 %), qu'il faut isoler et extraire. Il s'agit-l&agrave; d'une pure op&eacute;ration de <B>S&Eacute;PARATION CHIMIQUE</B>, &agrave; ne pas confondre avec la s&eacute;paration isotopique.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>*Outre Du Pont, deux grandes <B>ENTREPRISES</B> seront impliqu&eacute;es dans le projet Manhattan ; Union Carbide sera charg&eacute;e de la s&eacute;paration isotopique par diffusion gazeuse et Kodak mettra en oeuvre le proc&eacute;d&eacute; &eacute;lectromagn&eacute;tique (le r&ocirc;le jou&eacute; par les employ&eacute;s de ces deux firmes n'a pas encore fait l'objet de travaux historiques).</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>*Le site de <B>LOS ALAMOS</B>, situ&eacute; au Nouveau-Mexique &agrave; environ 50 km de Santa Fe, fut choisi pour son isolement et son climat permettant de mener des exp&eacute;riences en plein air toute l'ann&eacute;e. En mars 1943, plus de 2 000 scientifiques et militaires y travaillent d&eacute;j&agrave; &agrave; la mise au point de la bombe.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>*Dans ces premiers <B>R&Eacute;ACTEURS</B>, le <B>GRAPHITE</B> sert de mod&eacute;rateur : il ralentit les neutrons qui entretiennent la r&eacute;action en cha&icirc;ne.</FONT></P>  <P>(I) La Recherche a publi&eacute; Pap N'Diaye, &quot; La belle &eacute;poque du Nylon &quot;, n- 300, juillet-ao&ucirc;t 1997.</P>  <P>(1) Daniel Kevles, &quot; La Tunique de Superman &quot;, in &quot; Le projet Manhattan-Histoire de la premi&egrave;re bombe atomique &quot;, Les Cahiers de Science et Vie n-7, f&eacute;vrier 1992.</P>  <P>(2) Arthur Compton, Atomic Quest, A personal Narrative, New York, Oxford University Press, 1956, P. 109.</P>  <P>(3) Interview de C. Greenewalt r&eacute;alis&eacute;e par David Hounshell et John K. Smith le 15 d&eacute;cembre 1982 (Hagley Museum and Library, Acc. 1878).</P>  <P>(4) Voir les travaux d'Alfred Chandler, notamment <I>La Main visible des managers</I>, Economica, Paris, 1988.</P>  <P>(5) Les archives de TNX sont disponibles au Hagley Museum and Library (Wilmington, Delaware).</P>  <P>(6) Interview de C. Greenewalt r&eacute;alis&eacute;e par l'auteur le 18 f&eacute;vrier 1992 (Hagley Museum and Library, Acc. 1878). Toutes les citations suivantes de C. Greenewalt proviennent de la m&ecirc;me source.</P>  <P>(7) Richard Feynman, &quot; <I>Surely You'rejoking, Mr. Feynman ! &quot;, Adventures of a Curious Character, </I>New York, Bantam Book, p. 106.</P>  <P>(8) Cit&eacute; par C. Greenewalt (note 4).</P>  <P>(9) Voir Alice Kimball Smith, <I>A Peril and a Hope : The Scientist Movement in Arnerica, 1945-1947, </I>Cambridge, Mass., Cambridge University Press, 1971.</P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B>Pour en savoir plus</B></P>  <P>- R.G. Hewlett et O.E. Anderson Jr., <I>A History of the United States Atomic Energy Commission, volume 1, </I>The New World, 1939-1946, University Park, Pennsylvania State University Press, 1962.</P>  <P>- D. Holloway, <I>Stalin and the Bomb</I>, Newhaven, Yale University Press, 1994.</P>  <P>- D. Hounshell, &quot; Du Pont and the Management of Large-Scale Research and Development &quot;, in P. Galison et B. Hevly (eds), <I>Big Science; the Growth of Large-Scale Research, Stanford</I>, Stanford University Press, 1992, p. 236-261.</P>  <P>- N. Riehl et F. Seitz, <I>Stalin's Captive; Nikolaus Riehl and the Soviet Race for the Bomb</I>, Philadelphia, Chemical H&eacute;ritage Foundation, 1996.</P>  <P>- R. Rhodes, <I>The Making of the Atomic Bomb</I>, New York, Simon and Schuster, 1986.</P>  <P>- P. N'Diaye, &quot; Du nylon et des bombes; Du Pont de Nemours, l'Etat am&eacute;ricain et le nucl&eacute;aire, 1920-1960 &quot;, <I>Annales Histoire Sciences Sociales</I>, n-l, 1995, p. 53-73. </BODY> </HTML> <!-- --> </noscript> <SCRIPT LANGUAGE="JavaScript" TYPE="text/javascript"> <!-- var rnd = Math.floor(Math.random() * 9) + 1 ;  if (rnd <= 1) {  window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/adsl','pubadsl','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=468,height=560'); } else if(rnd <= 2) { window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/under','pubunder','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=451,height=300'); } else if(rnd >= 5) { window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/autre','pub250','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=250,height=250'); } else { window.open('http://pub.chez.com/cgi-bin/perl/popup.pl/popup/default','pub468','location=no,toolbar=no,status=no,directories=no,scrollbars=no,width=470,height=120'); } // --> </SCRIPT>  <script language="JavaScript" type="text/javascript"> WEBO_ZONE=122; WEBO_PAGE=1; weboplus_ok=0; </script> <script language="JavaScript" type="text/javascript" src="http://js.libertysurf.fr/chez/weborama/weboscopeplus.js"></SCRIPT> <script language="JavaScript" type="text/javascript">if(weboplus_ok==1){weboplus_zp(WEBO_ZONE,WEBO_PAGE);} </script> 
