<html>  <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <title>Pourquoi le futur n'a pas besoin de nous</title> <base target="_blank"> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF"> <b><font  >  <h1 ALIGN="center">Pourquoi le futur n&#146;a pas besoin de nous</h1> </font></b><font  ><i> <p ALIGN="LEFT">Les technologies les plus puissantes du XXIe sicle &#150;&nbsp;la robotique, le gnie gntique et les &nbsp;nanotechnologies&nbsp;&#150; menacent d&#146;extinction l&#146;espce humaine.</p> </i><b> <p ALIGN="JUSTIFY">par Bill Joy</p> </b></font><u><font   COLOR="#ff0000"> </font></u> <p ALIGN="JUSTIFY"><font >Mon implication dans le dveloppement des nouvelles technologies s&#146;est toujours accompagne de proccupations d&#146;ordre thique, et ce depuis le premier jour. Cependant, ce n&#146;est qu&#146; l&#146;automne 1998 que j&#146;ai pris conscience des graves dangers que nous faisait courir le XXI</font><font SIZE="4">e</font><font > sicle. Les premiers symptmes de ce malaise profond sont apparus le jour de ma rencontre avec Ray Kurzweil, l&#146;inventeur, au succs bien lgitime, de maintes choses extraordinaires, dont le premier appareil permettant aux non-voyants de lire.</font></p> <p ALIGN="JUSTIFY"><font >Ray et moi nous exprimions tous deux  la confrence &nbsp;&nbsp;&nbsp;Telecosm&nbsp; de George Gilder<i>.</i> Nos interventions respectives termines, j&#146;ai fait sa connaissance par hasard au bar de l&#146;htel, o je me trouvais en conversation avec John Searle, un philosophe de Berkeley spcialiste de la conscience. C&#146;est alors que Ray s&#146;est approch, et qu&#146;une conversation s&#146;est engage autour d&#146;un thme qui, depuis lors, n&#146;a cess de me hanter.</font></p> <p ALIGN="JUSTIFY"><font >J&#146;avais rat l&#146;intervention de Ray et la tribune qui avait suivi, dont John et lui taient les invits. Or les voil qui reprenaient le dbat o ils l&#146;avaient laiss. Ray affirmait que les progrs en matire de technologie allaient connatre une acclration de plus en plus rapide et que nous tions vous  devenir des robots,  fusionner avec nos machines ou quelque chose d&#146;approchant. Soutenant qu&#146;un automate n&#146;est pas dou de conscience, John rejetait, quant  lui, cette ide.</font></p> <p ALIGN="JUSTIFY"><font >Si ce genre de discours m&#146;tait relativement familier, les robots dous de sensation restaient pour moi du domaine de la science-fiction. Or, l, sous mes yeux, un individu qui prsentait toutes les garanties de srieux affirmait avec beaucoup de conviction l&#146;imminence d&#146;une telle perspective. J&#146;tais interloqu. Surtout connaissant la capacit avre de Ray  non seulement imaginer le futur, mais aussi  l&#146;inventer de manire concrte. Qu&#146;il ft alors devenu possible de refaire le monde en s&#146;appuyant sur des technologies nouvelles comme le gnie gntique ou les nanotechnologies, cela n&#146;tait pas une surprise pour moi. Par contre, inscrire dans un avenir proche un scnario raliste de robots &nbsp;&nbsp;intelligents&nbsp;, voil qui me laissait perplexe.</font></p> <p ALIGN="JUSTIFY"><font >Ce genre de dcouvertes capitales perd vite de son piquant. Chaque jour ou presque, un bulletin d&#146;informations nous informe d&#146;une avance supplmentaire dans un domaine ou un autre de la technologie ou des sciences. Reste qu&#146;en ce cas prcis, la prdiction se dtachait du lot. L, dans ce bar d&#146;htel, Ray m&#146;a remis un jeu d&#146;preuves extraites de son livre, </font><i><font  COLOR="#ff0000">The Age of Spiritual Machines,</font></i><font > alors sur le point de paratre. Dans cet ouvrage, il traait les grandes lignes d&#146;une utopie visionnaire&nbsp;: une utopie selon laquelle, en s&#146;unissant  la technologie robotique, l&#146;tre humain devenait une crature quasi immortelle. Au fil des pages, mon sentiment de malaise allait croissant&nbsp;: non seulement Ray,  coup sr, minimisait les dangers d&#146;une telle voie, mais il rduisait galement l&#146;importance de ses potentiels effets dvastateurs.</font></p> <p ALIGN="JUSTIFY"><font >C&#146;est alors que j&#146;ai t boulevers par un passage exposant en dtail un scnario dystopique&nbsp;:</font></p> <font  > <blockquote>   <blockquote>     <i>     <p ALIGN="JUSTIFY">UN NOUVEAU DFI POUR LES &nbsp;&nbsp;LUDDISTES&nbsp;</p>     <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;&nbsp;Admettons que les chercheurs en     informatique parviennent  dvelopper des machines     &quot;intelligentes&quot; capables de surpasser l&#146;tre humain en toute     chose. Ds lors, l&#146;ensemble du travail serait probablement assur par     des systmes automatiss tentaculaires  l&#146;organisation rigoureuse,     lesquels rendraient superflu tout effort humain. En ce cas, de deux choses l&#146;une&nbsp;:     ou bien on laisse ces machines entirement matresses de leurs dcisions,     libres de toute supervision par l&#146;homme, ou bien c&#146;est l&#146;hypothse du     contrle humain qui prvaut.</p>     <p ALIGN="JUSTIFY">Face  la perspective d&#146;units laisses entirement     matresses d&#146;elles-mmes, dans la mesure o il est exclu d&#146;en     anticiper le comportement, nous nous garderons de toute spculation sur un     dnouement possible. Reste que ds lors, il convient de le souligner, le     destin de l&#146;humanit tomberait entre leurs mains. L&#146;argument selon     lequel jamais le genre humain n&#146;aura la navet de s&#146;en remettre     totalement aux machines est recevable. Notre propos, toutefois, n&#146;est pas     davantage un scnario o l&#146;homme investirait dlibrment des pleins     pouvoirs les machines, qu&#146;un autre o celles-ci prendraient le pouvoir d&#146;autorit.     De fait, ce que nous redoutons, c&#146;est une drive rapide du genre humain     vers une telle dpendance  l&#146;gard de celles-ci, dont, concrtement,     il ne lui resterait plus d&#146;autre choix que d&#146;accepter en bloc leurs     dcisions. A mesure que la complexit de la socit et des problmes     auxquels elle doit faire face iront croissants, et  mesure que les     dispositifs deviendront plus &quot;intelligents&quot;, un nombre toujours     plus grand de dcisions leur seront confies. La raison en est     simple&nbsp;: on obtiendra de meilleurs rsultats. On peut mme imaginer     qu&#146; terme, les prises de dcisions ncessaires  la gestion du     systme atteindront un degr de complexit tel qu&#146;elles chapperont     aux capacits de l&#146;intelligence humaine. Ce jour-l, les machines auront     effectivement pris le contrle. Les teindre&nbsp;? Il n&#146;en sera pas     question. Etant donn notre degr de dpendance, ce serait un acte     suicidaire.</p>     </i><p ALIGN="JUSTIFY"><i> L&#146;option alternative consisterait  asservir les     machines au contrle de l&#146;homme. Si, dans une telle hypothse, l&#146;individu     lambda conserve la matrise de certains appareils personnels tels que sa     voiture ou son ordinateur, celle des systmes de grande envergure devient     le monopole d&#146;une lite restreinte &#150;&nbsp;comme c&#146;est le cas aujourd&#146;hui,     mais  deux dtails prs. Avec l&#146;volution des techniques, cette     lite exercera sur les masses un contrle renforc. Et puisqu&#146; ce     stade la main-d&#146;&#156;uvre humaine ne sera plus ncessaire, les masses     elles-mmes deviendront superflues. Elles ne seront plus qu&#146;un fardeau     inutile alourdissant le systme. Si l&#146;lite en question est cruelle, il     se peut qu&#146;elle dcide simplement d&#146;exterminer l&#146;humanit. Si elle     est humaine, elle peut recourir  la propagande ou  d&#146;autres techniques     psychologiques ou biologiques, pour provoquer une chute du taux de natalit     telle que la masse de l&#146;humanit finirait par s&#146;teindre. L&#146;lite     pourrait alors imposer ses vues au reste du monde. Ou encore, serait-elle     constitue de dmocrates au c&#156;ur tendre, elle pourrait fort bien s&#146;investir     du rle du berger menant avec bienveillance le reste de l&#146;humanit. Ses     tenants veilleront  ce que les besoins matriels soient satisfaits,  ce     qu&#146;une ducation soit assure  tout enfant dans un climat     psychologique sain,  ce que chacun s&#146;occupe avec un passe-temps     hyginique et qu&#146;enfin, quiconque s&#146;estime mcontent subisse un     &quot;traitement&quot; destin  rgler son &quot;problme&quot;. Bien     entendu, la vie sera tellement vide de sens qu&#146;il conviendra de soumettre     les individus  des manipulations biologiques ou psychologiques, soit     destines  radiquer toute vellit de pouvoir, soit      &quot;sublimer&quot; cette soif de pouvoir en quelque passe-temps     inoffensif. Dans une telle socit, ces tres humains manipuls vivront     peut-tre heureux&nbsp;; pour autant, la libert leur sera clairement     trangre. On les aura rduits au rang d&#146;animaux domestiques.&nbsp;</i>     &nbsp;</p>   </blockquote> </blockquote> <p ALIGN="JUSTIFY">L&#146;auteur de ce passage n&#146;est autre que Theodore Kaczynski, alias Unabomber, mais on ne le dcouvre qu&#146; la page suivante. Loin de moi l&#146;ide de vanter ses mrites. En dix-sept ans d&#146;une campagne terroriste, ses bombes ont tu trois personnes et en ont bless une multitude d&#146;autres. L&#146;une d&#146;elles a gravement atteint mon ami David Gelernter, l&#146;un des chercheurs en informatique les plus brillants de notre poque, vritable visionnaire. En outre, comme beaucoup de mes collgues, j&#146;avais le sentiment que je pourrais facilement tre sa prochaine cible.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Les actes de Kaczynski sont criminels et,  mes yeux, la marque d&#146;une folie meurtrire. Nous sommes clairement en prsence d&#146;un &nbsp;&nbsp;luddiste&nbsp;. Pour autant, ce simple constat ne balaie pas son argumentation. Il m&#146;en cote, mais je dois l&#146;admettre&nbsp;: dans ce passage prcis, son raisonnement mrite attention. J&#146;ai ressenti le besoin imprieux de prendre le taureau par les cornes.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">La vision dystopique de Kaczynski expose le phnomne des consquences involontaires, problme bien connu allant de pair avec la cration et l&#146;usage de toute technologie. Ce phnomne renvoie directement  la loi de Murphy, en vertu de laquelle &nbsp;&nbsp;tout ce qui peut dysfonctionner dysfonctionnera&nbsp;&nbsp; (il s&#146;agit en ralit de la loi de Finagle, assertion qui, par nature, donne d&#146;emble raison  son auteur). L&#146;usage immodr des antibiotiques a engendr un problme qui, parmi tous les autres de ce type, est peut-tre le plus grave&nbsp;: l&#146;apparition de bactries &nbsp;&nbsp;antibio-rsistantes&nbsp;, infiniment plus redoutables. Des effets similaires ont t observs lorsque, pour liminer le moustique de la malaria, on a eu recours au DDT, en consquence de quoi cet animal est devenu rsistant au produit destin  les dtruire. En outre, les parasites lis  cette maladie ont dvelopp des gnes (<u>multi-rsistants</u>).&nbsp;     </p></font> <font  > <p ALIGN="JUSTIFY">La cause d&#146;un si grand nombre d&#146;imprvus semble claire&nbsp;: les systmes qui entrent en jeu sont complexes, supposent une interaction entre eux et ont besoin que les nombreuses parties concernes leur renvoient un feed-back. La moindre modification dans un tel systme provoque une onde de choc dont les rpercussions sont impossibles  prvoir. Cela est d&#146;autant plus vrai que l&#146;homme intervient dans le processus.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >J&#146;ai commenc  faire lire  mes amis le passage de Kaczynski cit dans </font><i><font   COLOR="#ff0000">The Age of Spiritual Machines</font><font  >&nbsp;</font></i><font  >; je leur tendais le livre de Kurzweil, les laissais prendre connaissance de l&#146;extrait, puis observais leur raction une fois qu&#146;ils en dcouvraient l&#146;auteur. Environ  la mme poque, j&#146;ai dcouvert le livre de Hans Moravec, </font><i><font   COLOR="#ff0000">Robot&nbsp;: Mere Machine to Transcendent Mind.</font></i><font  > Moravec, minence parmi les minences dans la recherche en robotique, a particip  la cration d&#146;un des plus vastes programmes mondiaux dans ce domaine,  la Carnegie Mellon University. </font><i><font   COLOR="#ff0000">Robot</font></i><font  > m&#146;a fourni du matriel supplmentaire pour tester mes amis. Celui-ci abondait de faon surprenante dans le sens des thses de Kaczynski. Ceci par exemple&nbsp;:</font></p><font  > <blockquote>   <blockquote>     <b><i>     <p ALIGN="JUSTIFY">A court terme (dbut des annes 2000)</p>     </i></b><i>     <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;&nbsp;Une espce biologique ne survit que trs     rarement  une rencontre avec une espce rivale prsentant un degr d&#146;volution     suprieur. Il y a dix millions d&#146;annes, l&#146;Amrique du Nord et l&#146;Amrique     du Sud taient spares par un isthme de Panama alors immerg. Comme l&#146;Australie     aujourd&#146;hui, l&#146;Amrique du Sud tait peuple de mammifres     marsupiaux, en particulier d&#146;quivalents de rats, de cervids et de     tigres, tous quips d&#146;une poche ventrale. Lorsque l&#146;isthme faisant la     jonction entre les deux Amriques s&#146;est soulev, quelques milliers d&#146;annes     ont suffi aux espces placentaires venues du Nord, dotes de mtabolismes     et de systmes reproducteurs et nerveux lgrement plus efficaces, pour     dplacer et liminer la quasi-totalit des marsupiaux du Sud.</p>     <p ALIGN="JUSTIFY"> Dans un contexte de libralisme sans freins, des     robots prsentant un degr d&#146;volution suprieur ne manqueraient pas     de modifier l&#146;homme, de la mme manire que les placentaires d&#146;Amrique     du Nord ont modifi les marsupiaux d&#146;Amrique du Sud (et que l&#146;homme     lui-mme a affect un grand nombre d&#146;espces). Les industries de la     robotique se livreraient une comptition froce dans une course  la     matire,  l&#146;nergie et  l&#146;espace, relevant au passage leurs tarifs     pour s&#146;tablir  des niveaux inaccessibles  l&#146;homme. Ds lors     incapable de subvenir  ses besoins, l&#146;homme biologique se retrouverait     pouss hors de l&#146;existence.</p>     <p ALIGN="JUSTIFY"> Il nous reste sans doute une rserve d&#146;oxygne,     dans la mesure o nous ne vivons pas dans un contexte de libralisme sans     freins. Le gouvernement nous contraint  certains comportements collectifs,     en priorit par l&#146;impt.</p>     <p ALIGN="JUSTIFY">Avec une telle rgulation, exerce judicieusement, les     populations humaines pourraient amplement bnficier du travail des     robots, et ce pour un bon moment.&nbsp;</p>     </i>   </blockquote> </blockquote> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Un exemple classique de dystopie, et encore&nbsp;: Moravec ne fait l que s&#146;chauffer. Plus loin, il explique comment, au XXI</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle, notre tche principale consistera  &nbsp;<i>&nbsp;veiller  s&#146;assurer la coopration indfectible des industries de la robotique&nbsp;</i> en votant des lois les astreignant  rester &nbsp;&nbsp;aimables&nbsp;&nbsp;.</font><font  >. En outre, il rappelle  quel point, &nbsp;<i>&nbsp;une fois modifi en robot superintelligent non-brid&nbsp;, </i>l&#146;homme peut se rvler un tre extrmement dangereux. La thse de Moravec est qu&#146; terme, les robots nous succderont&nbsp;: pour lui, l&#146;humanit est clairement voue  disparatre.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">C&#146;tait dit&nbsp;: une conversation avec mon ami Danny Hillis s&#146;imposait. Danny Hillis s&#146;est rendu clbre comme co-fondateur de la Thinking Machines Corporation, qui a fabriqu un superordinateur parallle extrmement puissant. Malgr mon titre actuel de <i>chief scientist</i> chez Sun Microsystems, je suis davantage un architecte d&#146;ordinateurs qu&#146;un scientifique au sens strict, et le respect que je voue  Danny pour sa connaissance de l&#146;information et des sciences physiques est sans commune mesure. En outre, Danny est un futurologue respect, quelqu&#146;un qui voit  long terme&nbsp;; il y a quatre ans, il a cr la Long Now Foundation, qui travaille  l&#146;heure actuelle sur une horloge construite pour durer dix mille ans. L&#146;objectif est d&#146;attirer l&#146;attention sur la propension de notre socit  n&#146;examiner les vnements que sur un nombre d&#146;annes lamentablement court (voir<a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.03/eword.html?pg=2"> &nbsp;&nbsp;Test of Time&nbsp;, Wired 8.03, p. 78</a>).&nbsp; </p></font> <font  > <p ALIGN="JUSTIFY">J&#146;ai donc saut dans un avion pour Los Angeles tout spcialement pour aller dner avec Danny et sa femme, Pati. Selon une routine dsormais trs rode, j&#146;ai dbit les ides et les passages que je trouvais si drangeants. La rponse de Danny &#150;&nbsp;rfrence claire au scnario de l&#146;homme fusionnant avec la machine imagin par Kurzweil&nbsp;&#150; a jailli promptement, et m&#146;a plutt surpris&nbsp;: les changements interviendraient progressivement, s&#146;est-il content de dire, et nous allions nous y faire.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Mais en dfinitive, cela ne m&#146;tonnait pas plus que a. Dans le livre de Kurzweil, j&#146;avais relev une citation de Danny qui disait ceci&nbsp;: &nbsp;<i>&nbsp;J&#146;aime bien mon corps, comme tout le monde, mais si un corps de silicone me permet de vivre jusqu&#146; 200 ans, je suis partant.&nbsp;</i> Ni le processus en tant que tel ni les risques qui s&#146;y rattachaient ne semblaient l&#146;inquiter le moins du monde. Contrairement  moi.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >A force de parler de Kurzweil, de Kaczynski et de Moravec et de retourner leurs ides dans ma tte, je me suis souvenu d&#146;un roman que j&#146;avais lu prs de vingt ans auparavant, </font><i><font   COLOR="#ff0000">The White Plague,</font></i><font  > de Frank Herbert, dans lequel un chercheur en biologie molculaire sombre dans la folie suite au meurtre insens de sa famille. Pour se venger, il fabrique et rpand les bacilles d&#146;une peste inconnue et hautement contagieuse qui tue  grande chelle, mais de faon lective (par chance, Kaczynski tait mathmaticien et pas chercheur en biologie molculaire). Un autre souvenir m&#146;est galement revenu, celui du Borg de &nbsp;&nbsp;Star Trek&nbsp;&nbsp;: un essaim de cratures mi-biologiques, mi-robotiques qui se distinguent par une nette propension  dtruire. Alors, puisque les catastrophes du type Borg sont un classique en science-fiction, pourquoi ne m&#146;tais-je pas inquit plus tt de ce genre de dystopies dans le domaine de la robotique&nbsp;? Et pour quelle raison les autres ne s&#146;inquitaient-ils pas davantage de ces scnarios cauchemardesques&nbsp;?</font></p><p ALIGN="JUSTIFY"> <font  >La rponse  cette interrogation rside sans aucun doute dans notre attitude face  ce qui est nouveau, c&#146;est--dire dans notre tendance  la familiarit immdiate et  l&#146;acceptation inconditionnelle des choses. Si les avances technologiques ne sont plus  nos yeux que des vnements de routine ou presque, il va pourtant falloir se rsoudre  regarder les choses en face&nbsp;: les technologies les plus incontournables du XXI</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle &#150; &nbsp;la robotique, le gnie gntique et les &nbsp;nanotechnologies&nbsp;&#150; reprsentent une menace diffrente des technologies antrieures. Concrtement, les robots, les organismes gntiquement modifis et les &nbsp;&nbsp;nanorobots&nbsp; ont en commun un facteur dmultipliant&nbsp;: ils ont la capacit de s&#146;autoreproduire. Une bombe n&#146;explose qu&#146;une fois&nbsp;; un robot, en revanche, peut prolifrer et rapidement chapper  tout contrle.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Depuis vingt-cinq ans, mon travail porte essentiellement sur les rseaux informatiques, o l&#146;envoi et la rception de messages cre la possibilit d&#146;une reproduction non contrle. Si, dans un ordinateur ou un rseau informatique, la duplication peut provoquer des dgts, la consquence ultime en sera, dans le pire des cas, une mise hors service de l&#146;appareil, du rseau, ou un blocage de l&#146;accs  ce rseau. Or l&#146;autoreproduction incontrle dans le domaine de ces technologies plus rcentes nous fait courir un danger beaucoup plus grave&nbsp;: celui de substantielles dgradations du monde physique.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">En outre, chacune de ces technologies nous fait miroiter sa promesse secrte, et ce qui nous meut n&#146;est autre que la vision de quasi-immortalit prsente dans les rves de robot de Kurzweil. Le gnie gntique permettra bientt de trouver les traitements adapts pour soigner, voire radiquer la plupart des maladies&nbsp;; enfin, les &nbsp;nanotechnologies&nbsp; et la nanomdecine permettront d&#146;en traiter d&#146;autres encore. Combines les unes aux autres, elle pourraient allonger notre esprance de vie et en amliorer la qualit de faon significative. Il n&#146;en demeure pas moins que, s&#146;agissant de ces diverses technologies, une squence de petits paliers &#150;&nbsp;senss, lorsqu&#146;ils sont pris isolment&nbsp;&#150; dbouche sur une accumulation massive de pouvoir et, de ce fait, sur un danger redoutable.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Quelle diffrence avec le XX</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle&nbsp;? Certes, les technologies lies aux armes de destruction massive (WMD) &#150;&nbsp;nuclaires, biologiques et chimiques (NBC)&nbsp;&#150; taient puissantes, et l&#146;arsenal faisait peser sur nous une menace extrme. Cependant, la fabrication d&#146;engins atomiques supposait, du moins pendant un temps, l&#146;accs  des matriaux rares &#150;&nbsp;et mme inaccessibles&nbsp;&#150;, autant qu&#146; des informations hautement confidentielles. Au surplus, les programmes d&#146;armement biologiques et chimiques exigeaient souvent des activits  grande chelle.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Les technologies du XXIe sicle &#150;&nbsp;gntique, &nbsp;nanotechnologies&nbsp; et robotique (GNR)&nbsp;&#150; sont porteuses d&#146;une puissance telle qu&#146;elles ont la capacit d&#146;engendrer des classes entires d&#146;accidents et d&#146;abus totalement indits. Circonstance aggravante, pour la premire fois, ces accidents et ces abus sont dans une large mesure  la port d&#146;individus isols ou de groupes restreints. En effet, ces technologies ne supposent ni l&#146;accs  des installations de grande envergure, ni  des matriaux rares&nbsp;; la seule condition pour y avoir recours, c&#146;est d&#146;tre en possession du savoir requis.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">En consquence, la menace sous laquelle nous nous trouvons aujourd&#146;hui ne se limite plus au seul problme des armes de destruction massive. Vient s&#146;y ajouter celle de l&#146;acquisition d&#146;une connaissance qui,  elle seule, permet cette destruction  trs grande chelle. En outre, le potentiel d&#146;anantissement se trouve dmultipli par l&#146;autoreproduction.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Il ne me semble pas draisonnable d&#146;affirmer qu&#146;ayant touch aux sommets du mal absolu, nous nous apprtons  en repousser encore les limites. Surprenant et redoutable, ce mal s&#146;tend bien au-del d&#146;un arsenal dvastateur qui resterait l&#146;apanage des Etats-nations, pour tomber aujourd&#146;hui entre les mains d&#146;extrmistes isols.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Rien, dans la manire dont je me suis retrouv impliqu dans le monde des ordinateurs, ne me laissait prsager que de tels enjeux se prsenteraient un jour devant moi.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Mon moteur a toujours t un besoin aigu de poser des questions et de trouver des rponses. A l&#146;ge de trois ans, comme je lisais dj, mon pre m&#146;a inscrit  l&#146;cole lmentaire, o, assis sur les genoux du directeur, je lui lisais des histoires. J&#146;ai commenc l&#146;cole en avance, j&#146;ai saut une classe, pour finalement m&#146;vader dans les livres. J&#146;avais une soif d&#146;apprendre incroyable. Je posais des tas de questions, jetant souvent le trouble dans l&#146;esprit des adultes.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Adolescent, je m&#146;intressais de prs  la science et aux technologies. J&#146;avais dans l&#146;ide de devenir radioamateur, mais je ne disposais pas de l&#146;argent suffisant pour me payer le matriel. Le poste du radioamateur tait l&#146;Internet d&#146;alors&nbsp;: trs compulsif, et plutt solitaire. Outre les considrations financires, ma mre a stopp net&nbsp;: pas question que je me lance l-dedans &#150;&nbsp;j&#146;tais dj assez asocial comme a.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Les amis proches ne se bousculaient pas au portillon, mais je bouillonnais d&#146;ides. Ds le lyce, j&#146;ai dcouvert les grands auteurs de science-fiction. Je me souviens en particulier de </font><i><font   COLOR="#ff0000">Have Spacesuit Will Travel</font></i><font   COLOR="#ff0000"> </font><font  >de Heinlein, et de </font><i><font   COLOR="#ff0000">I, Robot</font></i><font  > d&#146;Asimov, avec ses &nbsp;&nbsp;trois rgles de la robotique&nbsp;. Les descriptions de voyages dans l&#146;espace m&#146;enchantaient. Je rvais d&#146;un tlescope pour observer les toiles, mais n&#146;ayant pas assez d&#146;argent pour m&#146;en acheter un ou me le fabriquer moi-mme, j&#146;pluchais, en guise de consolation, les livres pratiques expliquant comment s&#146;y prendre. Je montais en flche, mais en pense.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Le jeudi soir, c&#146;tait bowling. Mes parents allaient faire leurs parties et nous, les gosses, restions tout seuls  la maison. C&#146;tait le jour de &nbsp;&nbsp;Star Trek&nbsp;, de Gene Roddenberry, dont c&#146;taient  l&#146;poque les pisodes originaux. Cette srie tlvise m&#146;a profondment marqu. J&#146;en suis arriv  accepter son ide, selon laquelle l&#146;homme avait un avenir dans l&#146;espace,  l&#146;occidentale, avec ses hros invincibles et ses aventures extraordinaires. La vision de Roddenberry des sicles  venir reposait sur des valeurs morales solides, exprimes dans des codes de conduite comme la &nbsp;&nbsp;premire directive&nbsp;&nbsp;: ne pas interfrer dans le dveloppement de civilisations moins avances sur le plan technologique. Cela exerait sur moi une fascination sans borne&nbsp;; aux commandes de ce futur, on trouvait non pas des robots, mais des tres humains, avec une thique. Et j&#146;ai partiellement fait mien le rve de Roddenberry.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Au lyce, mon niveau en mathmatiques tait excellent, et quand je suis parti  l&#146;universit du Michigan pour y prparer ma licence d&#146;ingnieur, je me suis tout de suite inscrit en mathmatiques suprieures. Rsoudre des problmes mathmatiques tait un joli dfi, mais avec les ordinateurs, j&#146;ai dcouvert quelque chose de nettement plus intressant&nbsp;: une machine dans laquelle on pouvait introduire un programme qui tentait de rsoudre le problme, suite  quoi la machine vrifiait rapidement si cette solution tait bonne. L&#146;ordinateur avait une ide claire de ce qui tait exact ou inexact, de ce qui tait vrai ou faux. Mes ides taient-elles justes&nbsp;? La machine pourrait me le dire. Tout cela tait trs sduisant.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Par chance, j&#146;ai russi  me trouver un travail dans la programmation des premiers superordinateurs, et j&#146;ai dcouvert les extraordinaires capacits des units puissantes qui permettent, grce  la simulation numrique, d&#146;laborer des concepts de haute technologie. Arriv  l&#146;UC Berkeley, au milieu des annes 70, pour y suivre mon troisime cycle, j&#146;ai commenc  aller au c&#156;ur des machines pour inventer des mondes nouveaux, me couchant tard, les jours o je me couchais. A rsoudre des problmes. A rdiger les codes qui dsespraient d&#146;tre crits.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Dans </font><i><font   COLOR="#ff0000">The Agony and the Ecstasy,</font></i><font  > sa biographie romance de Michel-Ange, Irving Stone dcrit avec un ralisme saisissant comment le sculpteur, &nbsp;<i>&nbsp;perant le secret&nbsp;</i> de la pierre, laissait ses visions guider son ciseau pour librer les statues de leur gangue minrale.</font></p> <p ALIGN="JUSTIFY"><font  > De la mme manire, dans mes moments d&#146;euphorie les plus intenses, c&#146;est comme si le logiciel surgissait des profondeurs de l&#146;ordinateur. Une fois finalis dans mon esprit, j&#146;avais le sentiment qu&#146;il sigeait dans la machine, n&#146;attendant plus que l&#146;instant de sa libration. Dans cette optique, ne pas fermer l&#146;&#156;il de la nuit me semblait un prix  payer bien drisoire pour lui donner sa libert, pour que mes ides prennent forme.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Au bout de quelques annes  Berkeley, j&#146;ai commenc  envoyer certains des logiciels que j&#146;avais conus &#150;&nbsp;un systme Pascal d&#146;instructions, des utilitaires Unix, ainsi qu&#146;un diteur de texte nomm vi (lequel,  ma grande surprise, est toujours utilis vingt ans plus tard)&nbsp;&#150;  des gens galement quips de petits PDP-11 et de mini-ordinateurs VAX. Ces aventures au pays du software ont finalement donn naissance  la version Berkeley du systme d&#146;exploitation Unix, lequel, sur le plan personnel, s&#146;est sold par un &nbsp;&nbsp;succs dsastreux&nbsp;&nbsp;: la demande tait si forte que je n&#146;ai jamais pu boucler mon PhD. En revanche, j&#146;ai t recrut par Darpa pour mettre sur Internet la version Berkeley du systme Unix, et la corriger pour en faire quelque chose de fiable et capable de faire tourner des applications de recherche de grande envergure galement. Tout cela m&#146;a follement amus et a t trs gratifiant.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Et, franchement, je ne voyais pas l&#146;ombre d&#146;un robot nulle part. Ni ici ni  proximit.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Reste qu&#146;au dbut des annes 80, j&#146;tais submerg. Les versions Unix connaissaient un grand succs, et bientt, ce qui tait au dpart un petit projet personnel a trouv son financement et s&#146;est dot d&#146;effectifs. Cependant, comme toujours  Berkeley, le problme tait moins l&#146;argent que les mtres carrs. Compte tenu de l&#146;envergure du projet et des effectifs requis, l&#146;espace manquait. C&#146;est pourquoi lorsque sont apparus les autres membres fondateurs de Sun Microsystems, j&#146;ai saut sur l&#146;occasion d&#146;unir nos forces. Chez Sun, les journes interminables ont t le quotidien jusqu&#146;aux premires gnrations de stations de travail et de PC, et j&#146;ai eu le plaisir de participer  l&#146;laboration de technologies de pointe dans le domaine des microprocesseurs et des technologies Internet telles que Java et Jini.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Tout cela, il me semble, le laisse clairement apparatre&nbsp;: je ne suis pas un &nbsp;&nbsp;luddiste&nbsp;. Bien au contraire. J&#146;ai toujours tenu la qute de vrit scientifique dans la plus haute estime, et toujours t intimement convaincu de la capacit de la grande ingnierie  engendrer le progrs matriel. La rvolution industrielle a amlior notre vie  tous de faon extraordinaire au cours des deux derniers sicles, et, concernant ma carrire, mon v&#156;u a toujours t de produire des solutions utiles  des problmes rels, en les grant un par un.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Je n&#146;ai pas t du. Mon travail a eu des rpercussions proprement inespres, et l&#146;utilisation  grande chelle qui en a t faite a, de surcrot, dpass mes rves les plus fous. Voil maintenant vingt ans que je me creuse la tte pour fabriquer des ordinateurs suffisamment fiables  mes yeux (on est encore loin du compte), et pour tenter d&#146;en accrotre le confort d&#146;utilisation (un objectif encore plus loin d&#146;tre ralis  ce jour). Reste que, si certains progrs ont t accomplis, les problmes qui subsistent semblent plus dcourageants encore.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Toutefois, si j&#146;avais conscience des dilemmes moraux lis aux consquences de certaines technologies dans des domaines comme la recherche en armements, loin de moi l&#146;ide qu&#146;ils pourraient un jour surgir dans mon propre secteur. Ou, en tout cas, pas si prmaturment.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Happ dans le vortex d&#146;une transformation, sans doute est-il toujours difficile d&#146;entrevoir le rel impact des choses. Que ce soit dans le domaine des sciences ou celui des technologies, l&#146;incapacit  saisir les consquences de leurs inventions semble un dfaut largement rpandu parmi les chercheurs, tout  l&#146;ivresse de la dcouverte et de l&#146;innovation. Inhrent  la qute scientifique, le dsir naturel de savoir brle en nous depuis si longtemps que nous ngligeons de marquer une pause pour prendre acte de ceci&nbsp;: le progrs  l&#146;origine de technologies toujours plus innovantes et toujours plus puissantes peut nous chapper et dclencher un processus autonome.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">J&#146;ai ralis depuis bien longtemps que ce n&#146;est ni au travail des chercheurs en informatique, ni  celui des concepteurs d&#146;ordinateurs ou des ingnieurs que l&#146;on doit les avances significatives dans le domaine des technologies de l&#146;information, mais  celui des chercheurs en physique. Au dbut des annes 80, les physiciens Stephen Wolfram et Brosl Hasslacher m&#146;ont initi  la thorie du chaos et aux systmes non linaires. Au cours des annes 90, des conversations avec Danny Hillis, le biologiste Stuart Kauffman, le Prix Nobel de physique Murray Gell-Mann et d&#146;autres m&#146;ont permis de dcouvrir des systmes complexes. Plus rcemment, Hasslacher et Mark Reed, ingnieur et physicien des puces, m&#146;ont clair sur les possibilits extraordinaires de l&#146;lectronique molculaire.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Dans le cadre de mon propre travail, tant le concepteur associ de trois architectures de microprocesseurs &#150;&nbsp;Sparc, PicoJava et MAJC&nbsp;&#150; et, en outre, de plusieurs de leurs implmentations, je bnficie d&#146;une place de choix pour vrifier, personnellement et sans relche, le bien-fond de la loi de Moore. Des dcennies durant, cette loi nous a permis d&#146;estimer avec prcision le taux exponentiel de perfectionnement des technologies en matire de semi-conducteurs. Jusqu&#146; l&#146;anne dernire, j&#146;avais la conviction que vers 2010 environ, certaines limites finiraient par tre physiquement atteintes et que, par le fait, ce taux de croissance chuterait. A mes yeux, aucun signal n&#146;indiquait clairement qu&#146;une technologie nouvelle apparatrait suffisamment tt pour maintenir une cadence soutenue.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Mais du fait des rcents progrs, saisissants et rapides, dans le domaine de l&#146;lectronique molculaire &#150;&nbsp;o des atomes et des molcules isols remplacent les transistors lithographis&nbsp;&#150;, ainsi que dans le secteur des technologies  l&#146;chelle &nbsp;&nbsp;nano&nbsp;&nbsp; qui s&#146;y rattachent, tout indique que nous devrions maintenir ou accrotre le taux de croissance annonc par la loi de Moore pendant encore trente ans. C&#146;est ainsi qu&#146; l&#146;horizon 2030, nous devrions tre en mesure de produire, en quantit, des units un million de fois plus puissantes que les ordinateurs personnels d&#146;aujourd&#146;hui. En clair, suffisamment puissantes pour raliser les rves de Kurzweil et de Moravec.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">La combinaison de cette formidable puissance informatique, d&#146;une part aux progrs raliss en matire de manipulation dans le domaine des sciences physiques, d&#146;autre part aux rcentes dcouvertes cruciales dans celui de la gntique, aura pour consquence de librer une dferlante dont le pouvoir de transformation est phnomnal. Ces cumuls permettent d&#146;envisager une complte redistribution des cartes, pour le meilleur ou pour le pire. Les processus de duplication et de dveloppement, jusqu&#146;alors circonscrits au monde physique, sont aujourd&#146;hui  la porte de l&#146;homme.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">En crant des logiciels et des microprocesseurs, je n&#146;ai jamais eu le sentiment de dvelopper une seule machine &nbsp;&nbsp;intelligente&nbsp;. Compte tenu de la grande fragilit du software comme du hardware et des capacits de &nbsp;&nbsp;rflexion&nbsp; clairement nulles que montre une machine, j&#146;ai toujours renvoy cela  un futur trs loign &#150;&nbsp;mme en temps que simple possibilit.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Mais aujourd&#146;hui, dans la perspective d&#146;une puissance informatique rattrapant celle des capacits humaines  l&#146;horizon 2030, je sens poindre une ide nouvelle&nbsp;: celle que, peut-tre, je travaille  l&#146;laboration d&#146;outils capables de produire une technologie qui pourrait se substituer  notre espce. Sur ce point, quel est mon sentiment&nbsp;? Celui d&#146;un profond malaise. M&#146;tant battu tout au long de ma carrire pour fabriquer des logiciels fiables, l&#146;ventualit d&#146;un futur nettement moins rose que certains voudraient l&#146;imaginer m&#146;apparat aujourd&#146;hui plus que probable. Si j&#146;en crois mon exprience personnelle, nous avons tendance  surestimer nos capacits de concepteurs.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Etant donn la puissance redoutable de ces nouvelles technologies, ne devrions-nous pas nous interroger sur les meilleurs moyens de coexister avec elles&nbsp;? Et si,  terme, leur dveloppement peut ou doit sonner le glas de notre espce, ne devrions-nous pas avancer avec la plus grande prudence&nbsp;?</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Le rve de la robotique est, premirement, de parvenir  ce que des machines &nbsp;&nbsp;intelligentes&nbsp; fassent le travail  notre place, de sorte que, renouant avec l&#146;Eden perdu, nous puissions vivre une vie d&#146;oisivet. Reste que dans sa version  lui, </font><i><font   COLOR="#ff0000">Darwin Among the Machines,</font></i><font  > George Dyson nous met en garde&nbsp;: &nbsp;<i>&nbsp;Dans le jeu de la vie et de l&#146;volution, trois joueurs sont assis  la table&nbsp;: l&#146;tre humain, la nature et les machines. Je me range clairement du ct de la nature. Mais la nature, j&#146;en ai peur, est du ct des machines.&nbsp;</i> On l&#146;a vu, Moravec le rejoint sur ce point, puisqu&#146;il se dclare convaincu de nos minces chances de survie en cas de rencontre avec l&#146;espce suprieure des robots.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">A quel horizon un robot &nbsp;&nbsp;intelligent&nbsp; de ce type pourrait-il voir le jour&nbsp;? Le bond en avant prochain des capacits informatiques laisse  penser que ce pourrait tre en 2030. Or, une fois un premier robot intelligent mis au point, il ne reste  franchir qu&#146;un petit pas pour en crer une espce toute entire, autrement dit pour crer un robot intelligent capable de se dupliquer, de fabriquer des copies labores de lui-mme.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Un deuxime rve de la robotique veut que peu  peu, notre technologie robotique va se substituer  nous, et que, grce au transfert de la conscience, nous accderons  la quasi-immortalit. C&#146;est prcisment  ce processus que, selon Danny Hillis, nous allons nous habituer, et c&#146;est celui-l galement qu&#146;expose en dtail et avec distinction Ray Kurzweil dans </font><i><font   COLOR="#ff0000">The Age of Spiritual Machines </font></i><font  >(on commence  le voir avec l&#146;implantation dans le corps humain de dispositifs informatiques, comme en atteste la couverture de <i><a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.02/full.html">Wired </a> </i><a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.02/full.html">8.02.</a></font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Mais si nous devenons des extensions de nos technologies, quelles sont nos chances de rester nous-mmes et, mme, de rester des tres humains&nbsp;? Il me semble plus qu&#146;vident qu&#146;une existence de robot serait sans commune mesure avec une existence d&#146;tre humain au sens auquel nous l&#146;entendons, quel qu&#146;il soit, qu&#146;en aucun cas les robots ne seraient nos enfants, et que, sur cette voie-l, notre humanit pourrait bien se perdre.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Le gnie gntique promet de rvolutionner l&#146;agriculture en combinant l&#146;accroissement des rcoltes  la rduction de l&#146;usage des pesticides&nbsp;; de crer des dizaines de milliers d&#146;espces indites de bactries, plantes, virus, et animaux&nbsp;; de remplacer, ou du moins de complter, la reproduction par le clonage&nbsp;; de produire des remdes  d&#146;innombrables maladies&nbsp;; d&#146;augmenter notre esprance de vie et notre qualit de vie ; et beaucoup, beaucoup d&#146;autres choses encore. Aujourd&#146;hui, nous en avons parfaitement conscience&nbsp;: ces profonds changements dans le domaine des sciences de la biologie vont intervenir incessamment, et vont mettre en question toutes les notions que nous avons de la vie.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Des technologies comme le clonage humain, en particulier, nous ont sensibiliss aux questions fondamentales d&#146;thique et de morale qui se posent. Mettre le gnie gntique au service d&#146;une restructuration du genre humain en plusieurs espces distinctes et ingales, par exemple, mettrait en pril la notion d&#146;galit, elle-mme composante essentielle de notre dmocratie.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Compte tenu de la puissance formidable que recle le gnie gntique, rien d&#146;tonnant  ce que des questions fondamentales de scurit en limitent l&#146;usage. Mon ami[e] Amory Lovins a rcemment sign, en collaboration avec Hunter Lovins, un ditorial qui fournit un point de vue cologique sur un certain nombre de ces dangers. Au nombre de leurs proccupations figure celle &nbsp;<i>&nbsp;que la nouvelle botanique aligne le dveloppement des plantes sur leur prosprit, non plus au regard de l&#146;volution, mais du point de vue de la rentabilit conomique&nbsp; </i>(voir </font><i><font   COLOR="#ff0000"><a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.04/botanies.html">A Tale of Two Botanies</a>,</font></i><font   COLOR="#ff0000"> </font><font  >page 247). Amory Lovins travaille depuis longtemps sur le rapport nergie/ressources en tudiant les systmes crs par l&#146;homme selon la mthode dite <i>whole-system view</i>, une approche globale qui permet souvent de trouver des solutions simples et intelligentes  des problmes qui, examins sous un angle diffrent, peuvent apparatre dlicats. En l&#146;occurrence, cette mthode se rvle galement concluante.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Quelque temps prs avoir lu l&#146;ditorial des Lovins, j&#146;ai relev, dans l&#146;dition du 19 novembre 1999 du <i>New York Times,</i> un billet traitant des organismes gntiquement modifis dans l&#146;agriculture, sign Gregg Easterbrook sous le titre&nbsp; &nbsp;&nbsp;Nourriture du futur&nbsp;: Un jour, de la vitamine A intgre dans votre grain de riz. Sauf en cas de victoire des luddistes&nbsp;.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Amory et Hunter Lovins seraient-ils des &nbsp;&nbsp;luddistes&nbsp;&nbsp;&nbsp;? A l&#146;vidence, non. Nul ne doute, j&#146;imagine, des possibles bienfaits du <i>golden rice,</i> avec sa vitamine A intgre, dans la mesure o on le dveloppe dans le respect des potentiels dangers dcoulant du franchissement des barrires entre espces.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Comme en atteste l&#146;ditorial des Lovins, la vigilance face aux dangers inhrents au gnie gntique commence  se renforcer. Dans une trs large mesure, la population a connaissance des aliments  base d&#146;organismes gntiquement modifis et prouve un malaise devant ceux-ci&nbsp;; elle semble oppose  l&#146;ide de leur circulation sans tiquetage adquat.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Mais le gnie gntique a dj parcouru beaucoup de chemin. Comme le soulignent les Lovins, l&#146;USDA a dj avalis la mise en vente illimite d&#146;une cinquantaine de produits agricoles gntiquement modifis. C&#146;est ainsi qu&#146;aujourd&#146;hui, plus de la moiti du soja ainsi qu&#146;un tiers du mas mondial contiennent des gnes transfrs, issus d&#146;un croisement avec d&#146;autres formes de vie.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Si, dans ce contexte, les enjeux de taille ne manquent pas, ma principale crainte dans le domaine du gnie gntique est plus cible&nbsp;: celle que cette technologie puisse donner le pouvoir de dclencher une &nbsp;&nbsp;peste blanche&nbsp; &#150;&nbsp;militairement, accidentellement ou par un acte terroriste dlibr.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Les maintes merveilles des &nbsp;&nbsp;nanotechnologies&nbsp; ont,  l&#146;origine, t imagines par le prix Nobel de physique Richard Feynman, dans un discours qu&#146;il a tenu en 1959, publi par la suite sous le titre &nbsp;</font><i><font   COLOR="#ff0000">&nbsp;</font></i><font   COLOR="#ff0000">There&#146;s plenty of room at the bottom&nbsp;.</font><font  > Au milieu des annes 80, un livre m&#146;a fait forte impression&nbsp;: il s&#146;agit d&#146;</font><i><font   COLOR="#ff0000">Engines of Creation,</font></i><font   COLOR="#ff0000"> </font><font  >d&#146;Eric Drexler. Dans cet ouvrage, l&#146;auteur dcrit en termes vibrants comment la manipulation de la matire au niveau de l&#146;atome pourrait permettre de btir un futur utopique de profusion de biens matriels, dans lequel chaque chose ou presque pourrait tre produite  un cot drisoire, et o, grce aux nanotechnologies&nbsp; et aux intelligences artificielles, quasiment n&#146;importe quelle maladie ou problme physique pourrait tre rsolu.</font></p><p ALIGN="JUSTIFY"> <font  >Dans la foule, un livre, cette fois cosign par Drexler sous le titre </font><i><font   COLOR="#ff0000">Unbounding the Future&nbsp;: The Nanotechnology Revolution,</font></i><font  > imaginait certains des changements susceptibles d&#146;intervenir dans un monde dot d&#146;&nbsp;assembleurs&nbsp;  l&#146;chelle molculaire. Grce  ces micromonteurs, et pour des prix incroyablement bas, il devenait possible de produire de l&#146;nergie solaire, de renforcer les capacits du systme immunitaire pour soigner les maladies, du cancer au simple rhume, de nettoyer l&#146;environnement de fond en comble, ou de mettre sur le march des superordinateurs de poche  des prix drisoires. Concrtement, ces assembleurs avaient la capacit de produire en srie n&#146;importe quel produit pour un prix n&#146;excdant pas celui du bois, de rendre les voyages dans l&#146;espace plus abordables que les croisires transocaniques ne le sont aujourd&#146;hui, ou encore de rtablir des espces disparues.</font></p><p ALIGN="JUSTIFY"> <font  >Je me souviens de l&#146;impression favorable que la lecture d&#146;</font><i><font   COLOR="#ff0000">Engines of Creation</font></i><font  > m&#146;a laisse vis--vis des nanotechnologies. En refermant ce livre, l&#146;homme de technologie que je suis a t gagn par un sentiment de paix, en ce sens qu&#146;elles laissaient augurer d&#146;un progrs phnomnal. Ce progrs tait non seulement possible, mais peut-tre mme inluctable. Si les nanotechnologies taient notre futur, alors trouver, l, tout de suite, une solution  la multitude de problmes qui se posaient  moi ne revtait plus le mme caractre d&#146;urgence. J&#146;en viendrais au futur utopique de Drexler en temps et en heure&nbsp;: tant qu&#146; faire, autant profiter un peu de la vie, ici et maintenant. Compte tenu de sa vision, travailler sans relche de jour comme de nuit n&#146;avait plus gure de sens.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">La vision de Drexler a galement t pour moi une source de franches rigolades. Je me suis surpris plus d&#146;une fois  vanter  ceux qui n&#146;en avaient jamais entendu parler les vertus extraordinaires des nanotechnologies. Aprs les avoir moustills avec les descriptions de Drexler, je leur assignais une petite mission de mon cru&nbsp;: <i>&nbsp;&nbsp;En recourant aux mthodes</i> <i>des nanotechnologies, produisez un vampire. Pour marquer des points supplmentaires, crez l&#146;antidote.&nbsp;</i></p>  <p ALIGN="JUSTIFY">Les merveilles en question portaient en elles de rels dangers, et ces dangers, j&#146;en avais une conscience aigu. Comme je l&#146;ai affirm en 1989 lors d&#146;une confrence, <i>&nbsp; nous ne pouvons nous borner  notre discipline sans prendre en considration ces questions thiques&nbsp;. </i>Mais les conversations que j&#146;ai eues par la suite avec des physiciens m&#146;en ont convaincu&nbsp;: selon toute vraisemblance, les nanotechnologies resteraient un rve &#150;&nbsp;ou, en tout cas, elles ne risquaient pas d&#146;tre oprationnelles de sitt. Peu de temps aprs, je suis parti m&#146;installer dans le Colorado, o j&#146;avais mont une quipe de conception de hautes technologies, avant que mon intrt ne se porte sur des logiciels destins  l&#146;Internet, prioritairement sur des ides qui allaient devenir le langage Java et le protocole Jini.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Et puis, l&#146;t dernier, Brosl Hasslacher me l&#146;a annonc&nbsp;: l&#146;lectronique molculaire  l&#146;chelle &nbsp;nano&nbsp; tait devenue ralit. Cette fois-ci, on pouvait vraiment parler de coup de thtre &#150;&nbsp;en tout cas, pour moi, mais pour beaucoup d&#146;autres galement, je crois &#150;,&nbsp;et cette information a radicalement fait basculer mon point de vue au sujet des nanotechnologies. Elle m&#146;a renvoy  </font><i><font   COLOR="#ff0000">Engines of Creation.</font></i><font  > Me replongeant dans le travail de Drexler plus dix ans aprs, j&#146;ai t constern du peu de cas que j&#146;avais fait d&#146;une trs longue section du livre intitule &nbsp;&nbsp;Esprances et prils&nbsp;, o figurait notamment un dbat autour du thme des nanotechnologies comme potentiels <i>&nbsp;&nbsp;engins de destruction&nbsp;.</i> De fait, en relisant aujourd&#146;hui ces mises en garde, je suis frapp de l&#146;apparente navet de Drexler dans certaines de ses propositions prventives&nbsp;; j&#146;estime aujourd&#146;hui les risques infiniment plus graves que lui-mme  l&#146;poque dans cet ouvrage (Drexler, ayant anticip et expos maints problmes techniques et politiques lis aux nanotechnologies, a lanc le Foresight Institute  la fin des annes 80, &nbsp;&nbsp;pour aider la socit  se prparer aux technologies de pointe &#150;&nbsp;en particulier, les nanotechnologies.)</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Selon toutes probabilits, la dcouverte capitale devant mener aux assembleurs interviendra dans les vingt prochaines annes. L&#146;lectronique molculaire, domaine le plus rcent des nanotechnologies, o des molcules isoles constituent des lments du circuit, devrait rapidement progresser et gnrer de colossaux bnfices au cours de la dcennie  venir, dclenchant ainsi un investissement massif et croissant dans toutes les nanotechnologies.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Hlas, comme pour la technologie du nuclaire, l&#146;usage des nanotechnologies  des fins de destruction est significativement plus ais que son usage  des fins constructives. Celles-ci ont des applications militaires et terroristes trs claires. Au surplus, il n&#146;est pas ncessaire d&#146;tre anim de pulsions suicidaires pour librer un &nbsp;&nbsp;nanodispositif&nbsp; de destruction massive&nbsp;: sa vocation peut tre la destruction slective, avec pour seule cible, par exemple, une zone gographique prcise ou un groupe d&#146;individus gntiquement distincts.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">L&#146;une des consquences immdiates du commerce faustien donnant accs  l&#146;immense pouvoir que confrent les nanotechnologies, c&#146;est la menace redoutable qu&#146;elles font peser sur nous&nbsp;: celle d&#146;une possible destruction de la biosphre, indispensable  toute vie.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Drexler l&#146;expose dans les termes suivants&nbsp;:</p> </font><blockquote><blockquote>   <p ALIGN="JUSTIFY">     <font  >     <i>&nbsp;Des &quot;plantes&quot;&nbsp;      &quot;feuilles&quot; gure plus efficaces que nos capteurs solaires actuels     pourraient vaincre les plantes relles et envahir la biosphre d&#146;un     feuillage noncomestible. Des &quot;bactries&quot; omnivores rsistantes     pourraient vaincre les vraies bactries, se dissminer dans l&#146;air comme     du pollen, se reproduire rapidement, et, en l&#146;espace de quelques jours,     rduire  nant la biosphre. Des &nbsp;&quot;rplicateurs&quot;</i></font><i><font   COLOR="#ff0000">     </font><font  >dangereux pourraient     aisment s&#146;avrer trop rsistants, trop petits et trop prompts  se     reproduire pour tre stopps &#150;&nbsp;en tout cas, si nous ne prenons pas     les devants. Nous avons dj bien du mal  matriser les virus et les     drosophiles.</font></i></p><p ALIGN="JUSTIFY"><i>     <font  >&nbsp;Cette menace, les experts en nanotechnologies l&#146;ont     surnomme </font></i><font  >&quot;gray     goo problem&quot;.<i> Si rien n&#146;indique que des nues de     &nbsp;rplicateurs incontrls formeraient automatiquement une masse     grise </i>[&quot;grey&quot;]<i> et gluante </i>[&quot;goo&quot;],<i> cette     appellation souligne que des &nbsp;rplicateurs dous d&#146;une telle     puissance dvastatrice s&#146;avreraient, je le crois, moins engageants qu&#146;une     simple espce de mauvaise herbe. Certes, ils peuvent se rvler     suprieurs du point de vue de leur degr d&#146;volution, mais cela ne     suffit pas  en faire des utiles.</i></font></p><font  ><p ALIGN="JUSTIFY">     <i> Le </i>&quot;gray goo problem&quot;<i> laisse     clairement apparatre une chose&nbsp;: s&#146;agissant des assembleurs et de     leur reproduction, nous ne pouvons pas nous permettre certains     accidents.&nbsp;</i></p>        </font></blockquote> </blockquote><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Finir englus dans une masse grise et visqueuse serait assurment une fin dprimante  notre aventure sur la Terre &#150;&nbsp;de loin pire que le simple feu ou la glace. En outre, elle pourrait survenir  la suite d&#146;un simple, houp&nbsp;!, incident de laboratoire.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">C&#146;est avant tout le pouvoir destructeur de l&#146;autoreproduction dans le domaine de la gntique, des nanotechnologies et de la robotique (GNR) qui devrait nous inciter  marquer une pause. L&#146;autoreproduction est le <i>modus operandi</i> du gnie gntique, lequel utilise la machinerie de la cellule pour dupliquer ses propres structures, et constitue le risque de <i></i>&nbsp;<i>&nbsp;gray goo&nbsp;</i> numro un sous-jacent aux nanotechnologies. Les scnarios, dans la veine du Borg, de robots pris de folie se reproduisant ou mutant pour se soustraire aux contraintes thiques imposes par leur concepteur sont aujourd&#146;hui des classiques du livre et du film de science-fiction. Il n&#146;est d&#146;ailleurs pas exclu qu&#146;en dfinitive, le phnomne d&#146;autoreproduction se rvle plus fondamental que nous ne le pensions, et que, de ce fait, la matrise en soit plus difficile,&nbsp;voire impossible. Un article rcent de Stuart Kauffman publi dans <i>Nature,</i> intitul &nbsp;&nbsp;Autoreproduction&nbsp;: mme les peptides s&#146;y mettent&nbsp;, se penche sur une dcouverte tablissant qu&#146;un polypeptide de 32 aminoacides a la capacit d&#146;<i> autocatalyser sa propre synthse&nbsp;.</i> A ce jour, mme si on value mal la porte exacte d&#146;une telle capacit, Kauffman observe que cela pourrait ouvrir <i>&nbsp;&nbsp;une voie de systmes molculaires autoreproductifs sur une base significativement plus tendue que ne l&#146;tablissent les paires de base de Watson-Crick&nbsp;&nbsp;.</i></p>  <p ALIGN="JUSTIFY">En vrit, voil des annes que nous sommes alerts des dangers inhrents  une vulgarisation des GNR, un savoir qui,  lui seul, rend possible la destruction massive. Mais ces avertissements ont t peu relays, et les dbats publics pas  la hauteur. Il n&#146;y aucun profit  escompter d&#146;une sensibilisation du public.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Les technologies nuclaires, biologiques et chimiques (NBC) utilises dans les armes de destruction massive du XX</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle, qui taient et restent  vocation prioritairement militaire, sont dveloppes dans les laboratoires d&#146;Etat. Contraste violent, les technologies GNR du XXI</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle se distinguent par des usages clairement commerciaux et sont quasi exclusivement dveloppes par des entreprises du secteur priv. A l&#146;re de l&#146;affairisme triomphant, la technologie &#150;&nbsp;flanque de la science, dans le rle de la servante&nbsp;&#150; est en train de produire toute une gamme d&#146;inventions pour ainsi dire magiques, sources de bnfices faramineux, sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu&#146;ici. Nous caressons avec agressivit les rves de ces nouvelles technologies au sein d&#146;un systme dsormais indiscut, aux motivations financires et pressions concurrentielles multiples&nbsp;: celui d&#146;un capitalisme plantaire.</font></p><font  > <blockquote>   <blockquote>     <i>     <p ALIGN="JUSTIFY">&nbsp;C&#146;est la premire fois dans l&#146;histoire de     notre plante qu&#146;une espce, quelle qu&#146;en soit la nature, devient un     pril pour elle-mme &#150;&nbsp;et pour un trs grand nombre d&#146;autres&nbsp;&#150;      travers ses propres actes dlibrs.</p>     <p ALIGN="JUSTIFY"> Cela pourrait bien tre une progression classique,     inhrente<u> </u> de nombreux mondes&nbsp;: une plante, tout juste     forme, tourne placidement autour de son toile&nbsp;; la vie apparat     doucement&nbsp;; une procession kalidoscopique de cratures     volue&nbsp;; l&#146;intelligence merge, accroissant de manire     significative la capacit de survie &#150;&nbsp;en tout cas, jusqu&#146; un     certain point&nbsp;; et puis, la technologie est invente. L&#146;ide se     fait jour qu&#146;il existe certaines choses telles que les lois de la nature,     qu&#146;il est possible de vrifier ces lois par l&#146;exprimentation, et que     l&#146;intelligence des ces lois permet aussi bien de crer la vie que de la     supprimer,  des chelles sans prcdent dans un cas comme dans l&#146;autre.     La science, reconnaissent-ils, confre des pouvoirs immenses. En un     clair, ils inventent des machines capables de changer la face du monde.     Certaines civilisations voient plus loin, dterminent ce qu&#146;il est bon de     faire et ne pas faire, et traversent victorieusement le temps des prils. D&#146;autres,     moins chanceuses ou moins prudentes, prissent.&nbsp;</p>     </i>   </blockquote> </blockquote> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Ces lignes, nous les devons  </font><font   COLOR="#ff0000">Carl Sagan</font><font  >, dcrivant en 1994 dans </font><i><font   COLOR="#ff0000">Pale Blue Dot</font></i><font  > sa vision du futur de l&#146;espce humaine dans l&#146;espace. Ce n&#146;est qu&#146;aujourd&#146;hui que je ralise combien ses vues taient pntrantes, et combien sa voix me manque et continuera de me manquer cruellement. De toutes ses contributions, servies par une loquence digne d&#146;loges, le bon sens n&#146;tait pas la moindre&nbsp;; une qualit qui, au mme titre que l&#146;humilit, semble faire dfaut  maints minents promoteurs des technologies du XXI</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Enfant, je me souviens que ma grand-mre se dclarait farouchement oppose au recours systmatique aux antibiotiques. Infirmire ds avant la premire guerre mondiale, elle se distinguait par une attitude pleine de bon sens qui lui faisait dire que, sauf absolue ncessit, les antibiotiques taient mauvais pour la sant.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Non pas qu&#146;elle ft oppose au progrs. En presque soixante-dix ans passs au chevet des malades, elle a t tmoin de maintes avances&nbsp;; mon grand-pre, diabtique, a largement profit de l&#146;amlioration des traitements qui sont apparus de son vivant. Mais, j&#146;en suis sr,  l&#146;image d&#146;un grand nombre d&#146;individus pondrs, elle verrait sans doute aujourd&#146;hui une preuve d&#146;arrogance rare dans nos tentatives de concevoir une &nbsp;&nbsp;espce de substitution&nbsp; robotique, quand,  l&#146;vidence, nous avons dj beaucoup de mal  faire fonctionner des choses relativement simples, et tant de difficults  nous grer nous-mmes &#150;&nbsp;quand ce n&#146;est pas  nous comprendre.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Je ralise aujourd&#146;hui qu&#146;elle avait conscience de l&#146;ordre du vivant, et de la ncessit de s&#146;y conformer en le respectant. Allant de pair avec ce respect, vient une ncessaire humilit, humilit dont, avec notre prsomption de dbut de XXI</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle, nous manquons pour notre plus grand pril. Ancr dans un tel respect, le point de vue du bon sens voit souvent juste, et cela avant d&#146;tre scientifiquement tabli. L&#146;vidente fragilit et les insuffisances des systmes crs par la main de l&#146;homme devraient nous inciter  marquer une pause&nbsp;; la fragilit des systmes sur lesquels j&#146;ai personnellement travaill me rappelle, effectivement, ce devoir d&#146;humilit.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Nous aurions d tirer un enseignement de la fabrication de la premire bombe atomique et la course aux armements qui en a dcoul. Nous ne nous sommes gure distingus  l&#146;poque, et les parallles avec la situation actuelle sont troublants.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">L&#146;effort qui devait dboucher sur la fabrication de la premire bombe atomique fut dirig par un brillant physicien nomm Julius Robert Oppenheimer. Bien que naturellement peu enclin  la politique, cet homme a toutefois pris une conscience aigu de ce qu&#146;il tenait pour une grave menace&nbsp;: celle que faisait peser sur la civilisation occidentale le Troisime Reich. Un pril d&#146;autant plus lgitime qu&#146;Hitler tait peut-tre en mesure de se procurer un arsenal nuclaire. Galvanis par cette proccupation, fort de son esprit brillant, de sa passion pour la physique et de son charisme de leader, Oppenheimer s&#146;est transport  Los Alamos et a conduit un effort rapide et concluant  la tte d&#146;une incroyable brochette de grands esprits, effort qui, en peu de temps, a permis d&#146;inventer la bombe.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Ce qui est frappant, c&#146;est que cet effort se soit poursuivi aussi naturellement ds lors que l&#146;impulsion d&#146;origine n&#146;y tait plus. Dans une runion qui s&#146;est tenue peu de temps aprs la victoire des Allis en Europe, et  laquelle participaient certains physiciens d&#146;avis qu&#146;il faudrait peut-tre stopper cet effort, Oppenheimer s&#146;est dclar au contraire en faveur de sa poursuite. La raison invoque en tait quelque peu curieuse&nbsp;: ce n&#146;tait pas la peur des pertes terribles qu&#146;engendrerait la conqute du Japon, mais le fait que cela donnerait aux Nations unies, alors sur le point d&#146;tre cres, une longueur d&#146;avance s&#146;agissant de l&#146;armement nuclaire. Plus vraisemblablement, la poursuite du projet s&#146;explique par l&#146;acclration dynamique du processus&nbsp;: le premier test atomique, Trinity, tait  porte de la main.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">On sait que, dans la prparation de ce premier test, les physiciens ont fait l&#146;impasse sur un grand nombre de dangers possibles. Leur crainte initiale, sur la base d&#146;un calcul d&#146;Edward Teller, tait qu&#146;une explosion atomique ne mette  feu l&#146;atmosphre. Une estimation revue et corrige a ensuite ramen cette menace d&#146;anantissement de la plante  une probabilit de un trois millionime. (Teller prtend qu&#146;ultrieurement, il est parvenu  totalement carter le risque d&#146;un embrasement de l&#146;atmosphre.) Reste qu&#146;Oppenheimer s&#146;inquitait suffisamment de l&#146;impact de Trinity pour mettre au point une possible vacuation de la partie sud-est du Nouveau-Mexique. Et, bien sr, existait la menace d&#146;une course aux armements nuclaires.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Moins d&#146;un mois aprs ce premier test concluant, deux bombes atomiques ont dtruit Hiroshima et Nagasaki. Certains scientifiques avaient suggr, plutt que d&#146;effectivement larguer la bombe sur des villes japonaises, de se borner  en faire la dmonstration &#150;&nbsp;mais en vain. Ils faisaient prvaloir qu&#146;une fois la guerre acheve, les chances de contrle des armements s&#146;en trouveraient accrues. Le souvenir de la tragdie de Pearl Harbour encore vivace dans les mmoires amricaines, il et t trs difficile au prsident Truman d&#146;ordonner une simple dmonstration de la puissance des armes, plutt que d&#146;y recourir effectivement comme il l&#146;a fait&nbsp;; le dsir de rapidement en finir avec la guerre et d&#146;pargner les vies qu&#146;une invasion du Japon aurait fatalement prises tait trop brlant. Il n&#146;en demeure pas moins que le facteur prpondrant tait probablement fort simple&nbsp;: comme l&#146;a ultrieurement dclar le physicien Freeman Dyson,&nbsp;<i>&nbsp;la raison pour laquelle on l&#146;a lche est toute simple&nbsp;: personne n&#146;a t assez courageux, ou assez avis, pour dire non&nbsp;.</i></p>  <p ALIGN="JUSTIFY">Il est important de raliser l&#146;tat de choc dans lequel se sont trouvs les physiciens au lendemain du bombardement d&#146;Hiroshima, le 6 aot 1945. Ils font tat de vagues d&#146;motions successives&nbsp;: tout d&#146;abord, un sentiment d&#146;accomplissement devant le bon fonctionnement de la bombe&nbsp;; ensuite un sentiment d&#146;horreur devant le nombre de tus&nbsp;; et enfin, le sentiment aigu que plus jamais, en aucun cas, une autre bombe ne devrait tre lche. Il n&#146;en demeure pas moins qu&#146;un second largage a eu lieu, sur Nagasaki, et cela trois jours seulement aprs Hiroshima.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">En novembre 1945, trois mois aprs les bombardements nuclaires, Oppenheimer, rsolument align sur les positions du corps scientifique, s&#146;exprimait en ces termes&nbsp;: <i>&nbsp;&nbsp;Nul ne peut se prtendre scientifique s&#146;il n&#146;est convaincu du caractre intrinsquement bnfique de la connaissance du monde pour l&#146;humanit, ni du pouvoir qu&#146;elle confre. Vous ne vous servez de ce pouvoir que pour divulguer cette connaissance, et vous devez tre prt  en assumer pleinement les consquences.&nbsp;</i></p>  </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >&nbsp;Par la suite, aux cts d&#146;autres, Oppenheimer a travaill sur le rapport Acheson-Lilienthal, lequel, pour reprendre les termes de </font><font   COLOR="#ff0000">Richard Rhodes</font><font  > dans son rcent ouvrage </font><i><font   COLOR="#ff0000">Visions of Technology,</font></i><font  > <i>&nbsp;&nbsp;permettait d&#146;empcher une course aux armements atomiques clandestine, sans recourir  un gouvernement mondial arm&nbsp;</i>&nbsp;; leur suggestion consistait en quelque sorte  ce que les Etats-nations renoncent aux armements nuclaire au profit d&#146;une instance supranationale.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Cette proposition a dbouch sur le plan Baruch, qui a t soumis aux Nations unies en juin 1946, mais ne fut jamais adopt (peut-tre du fait que, comme le suggre Rhodes, Bernard Baruch avait <i>&nbsp;&nbsp;insist pour alourdir le plan avec des mesures coercitives&nbsp;,</i> le vouant ds lors  un chec inluctable, mme si, <i>&nbsp;&nbsp;de toute faon, il aurait invitablement ou presque t rejet par la Russie stalinienne&nbsp;</i>)<i>. </i>D&#146;autres tentatives pour promouvoir des tapes significatives de globalisation de la puissance atomique, visant  viter une course aux armements, ont rencontr l&#146;hostilit conjointe tant des milieux politiques et des citoyens Amricains, mfiants, que des Sovitiques, qui l&#146;taient tout autant. C&#146;est ainsi que, trs vite, la chance d&#146;viter la course aux armements est tombe  l&#146;eau.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Deux ans plus tard, il semble qu&#146;Oppenheimer ait franchi un nouveau palier. En 1948, il s&#146;exprimait en ces termes&nbsp;: <i>&nbsp;&nbsp;Au sens le plus strict du mot, qu&#146;aucune trivialit, aucun humour ni aucun sous-entendu ne pourra jamais totalement balayer, les physiciens ont pch. Et ce pch restera grav en eux pour toujours.&nbsp;&nbsp;</i></p>  <p ALIGN="JUSTIFY">En 1949, les Sovitiques font exploser une bombe atomique. Ds 1955, les Etats-Unis procdent  des essais atmosphriques de bombes  hydrogne largables d&#146;avion. L&#146;Union sovitique fait de mme. La course aux armements est amorce.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Il y a prs de vingt ans, dans le documentaire intitul <i>The Day After Trinity,</i> Freeman Dyson a rsum l&#146;attitude de certains scientifiques qui nous a conduits au gouffre nuclaire&nbsp;:</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>&nbsp;&nbsp;Je l&#146;ai personnellement ressentie. Cette fascination des armes atomiques. Pour un chercheur, leur pouvoir d&#146;attraction est irrsistible. De sentir cette nergie qui embrase les toiles, l, au bout de vos doigts, de la librer et de vous sentir le matre du monde. De faire des miracles, de catapulter dans l&#146;espace des tonnes de roches, par millions. Cela, c&#146;est quelque chose qui vous donne l&#146;illusion d&#146;un pouvoir sans limites, et, d&#146;une certaine faon, tous nos maux en dcoulent. Cette chose, appelons-la arrogance technologique, c&#146;est plus fort que vous. Vous vous apercevez du pouvoir inou de l&#146;esprit, et c&#146;est irrsistible.</i>&nbsp;&nbsp;</p></font> <font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Aujourd&#146;hui, comme alors, nous sommes les inventeurs de nouvelles technologies et les tenants d&#146;un futur imagin, mus cette fois, dans un contexte de concurrence plantaire, par la perspective de gains financiers considrables, et cela en dpit de dangers vidents, peu soucieux d&#146;envisager  quoi pourrait ressembler une tentative de vie dans un monde qui n&#146;est autre que l&#146;aboutissement raliste de ce que nous sommes en train d&#146;inventer et d&#146;imaginer.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Depuis 1947, <i>The Bulletin of Atomic Scientists</i> fait figurer sur sa couverture une &nbsp;&nbsp;horloge du Jugement dernier&nbsp;&nbsp;. Ce baromtre refltant les variations de la situation internationale donne depuis plus de cinquante ans une estimation de la menace nuclaire relative qui pse sur nous. A quinze reprises, les aiguilles de cette horloge ont boug. Cales sur minuit moins neuf, elles indiquent aujourd&#146;hui une menace continuelle et relle de l&#146;arsenal atomique. La rcente entre de l&#146;Inde et du Pakistan dans le club des puissances nuclaires porte un coup svre  l&#146;objectif de non-prolifration, comme l&#146;a soulign le mouvement des aiguilles, lesquelles, en 1998, se sont rapproches de l&#146;heure fatidique.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">A ce jour, quelle est au juste la gravit de ce danger qui pse sur nous, pas exclusivement en termes d&#146;armes atomiques, mais compte tenu de l&#146;ensemble de ces technologies&nbsp;? Quels sont, concrtement, les risques d&#146;extinction qui nous menacent&nbsp;?</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Le philosophe John Leslie, qui s&#146;est pench sur la question, value le risque minimum d&#146;extinction de l&#146;espce humaine  30%. Ray Kurzweil, quant  lui, estime que <i>&nbsp;&nbsp;notre chance de nous en sortir est suprieure  la moyenne&nbsp;,</i> en prcisant au passage qu&#146;on lui a <i>&nbsp;&nbsp;toujours reproch d&#146;tre un optimiste&nbsp;.</i> Non seulement de telles estimations sont peu engageantes, mais elles cartent les vnements, multiples et horribles, qui prluderaient  l&#146;extinction.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Face  de telles assertions, certains individus dignes de foi suggrent tout simplement de se redployer loin de la Terre, et cela dans les meilleurs dlais. Nous coloniserions la galaxie au moyen des sondes spatiales de von Neumann, qui, bondissant d&#146;un systme stellaire  l&#146;autre, s&#146;autoreproduisent en quittant les lieux. Franchir cette tape sera un impratif incontournable dans les cinq milliards d&#146;annes  venir (voire plus tt, si notre systme solaire devait subir l&#146;impact cataclysmique de la collision de notre galaxie avec celle d&#146;Andromde, prvue d&#146;ici trois milliards d&#146;annes)&nbsp;; mais si l&#146;on prend au mot Kurzweil et Moravec, cette migration pourrait se rvler ncessaire d&#146;ici le milieu du sicle.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Quelles sont, ici, les implications morales en jeu&nbsp;? Si, pour la survie de l&#146;espce, il nous faut quitter la Terre dans un futur aussi proche, qui assumera la responsabilit de tous ceux qui resteront  quai (la plupart d&#146;entre nous, en fait)&nbsp;? Et quand bien mme nous nous parpillerions dans les toiles, n&#146;est-il pas vraisemblable que nous emmnerions nos problmes avec nous, ou que nous nous apercevions ultrieurement que ceux-ci nous ont suivis&nbsp;? Le destin de notre espce sur la Terre semble inextricablement corrl  notre destin dans la galaxie.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Une autre ide consiste  riger une srie de boucliers prventifs contre les diverses technologies  risque. L&#146;initiative de dfense stratgique propose par l&#146;administration Reagan, se voulait une tentative de bouclier de ce type pour parer  la menace d&#146;une attaque nuclaire de l&#146;Union sovitique. Mais, comme l&#146;a observ Arthur C. Clarke, dans le secret des discussions entourant le projet, <i>&nbsp;&nbsp;s&#146;il est concevable, moyennant des cots faramineux, de btir des systmes de dfense locale qui ne laisseraient passer &quot;que&quot; quelques centimes des missiles balistiques, l&#146;ide racoleuse d&#146;un parapluie couvrant les Etats-Unis en totalit tait essentiellement une sottise. Luis Alvarez, peut-tre le plus grand chercheur en physique exprimentale de ce sicle, m&#146;a fait remarquer que les promoteurs de projets de ce type taient &quot;des individus extrmement brillants, mais dnus de bon sens&quot;&nbsp;.</i></p><p ALIGN="JUSTIFY"> <i>&nbsp; Quand je lis dans ma boule de cristal souvent bien opaque,</i> poursuit Arthur C. Clarke, <i>je n&#146;exclus pas la possibilit qu&#146;une dfense intgrale puisse tre mise au point d&#146;ici un sicle ou deux. Mais la technologie que cela supposerait gnrerait des sous-produits si redoutables que, ds lors, plus personne ne songerait  perdre son temps avec des choses aussi primitives que des missiles balistiques.&nbsp;&nbsp;</i></p>  </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Dans </font><i><font   COLOR="#ff0000">Engines of Creation,</font></i><font  > Eric Drexler proposait la construction d&#146;un bouclier nanotechnologique actif &#150;&nbsp;une sorte de systme immunitaire pour la biosphre&nbsp;&#150; nous protgeant des &nbsp;&nbsp;rplicateurs&nbsp; dangereux de toutes sortes, susceptibles de s&#146;chapper des laboratoires, ou de natre d&#146;ventuelles inventions malveillantes. Mais le bouclier qu&#146;il propose est en lui-mme extrmement dangereux&nbsp;: rien, en effet, ne pourrait l&#146;empcher de dvelopper des problmes &nbsp;&nbsp;auto-immunes&nbsp; et d&#146;attaquer lui-mme la biosphre.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Des difficults similaires vont de pair avec la construction de boucliers destins  nous protger de la robotique et du gnie gntique. Ces technologies sont trop puissantes pour qu&#146;on puisse s&#146;en prmunir dans les dlais&nbsp;; au surplus, quand bien mme le dploiement de boucliers dfensifs serait envisageable, les effets collatraux seraient au moins aussi redoutables que les technologies dont ils taient censs nous garantir.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">En consquence, toutes ces possibilits sont soit peu souhaitables, soit irralisables, voire les deux  la fois. La seule alternative raliste,  mes yeux, est d&#146;y renoncer, de restreindre la recherche dans le domaine des technologies qui sont trop dangereuses, en posant des limites  notre qute de certains savoirs.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Oui, je sais, le savoir est une chose bnfique, et il en va de mme s&#146;agissant de la qute de vrits nouvelles. Aristote ouvre <i>La Mtaphysique</i> avec ce constat tout simple&nbsp;: <i>&nbsp;&nbsp;Tous les hommes dsirent naturellement savoir.&nbsp;</i> Depuis longtemps, nous avons reconnu comme une valeur fondamentale de notre socit le libre accs  l&#146;information, et convenu que les problmes surgissent ds lors qu&#146;on tente d&#146;en limiter l&#146;accs et d&#146;en brider le dveloppement. Dernirement, nous en sommes arrivs  placer la connaissance scientifique sur un pidestal.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Mais si, dornavant, malgr des prcdents historiques avrs, le libre accs et le dveloppement illimit du savoir font clairement peser sur nous tous une menace d&#146;extinction, alors le bon sens exige que ces convictions, fussent-elles fondamentales et fermement ancres, soient examines de nouveau.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Nietzsche,  la fin du XIX</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle, non seulement nous a avertis que <i>&nbsp;&nbsp;Dieu est mort&nbsp;,</i> mais en outre que <i></i>&nbsp;&nbsp;[&#133;] <i>la foi en la science, cette foi qui est incontestable, ne peut pas avoir</i> <i>tir son origine d'un pareil calcul d'utilit, au contraire elle s'est forme</i> malgr <i>la dmonstration constante de l'inutilit et du danger qui rsident dans la &quot;volont de vrit&quot;, dans la &quot;vrit  tout prix&quot;&nbsp;.</i> C&#146;est prcisment ce danger &#150;&nbsp;les consquences de notre qute de vrit&nbsp;&#150; qui nous menace aujourd&#146;hui de tout son poids. La vrit que recherche la science peut incontestablement passer pour un dangereux substitut de Dieu si elle est susceptible de conduire  notre extinction.</font></p><p ALIGN="JUSTIFY"> <font  >Si, en temps qu&#146;espce, nous pouvions nous accorder sur nos aspirations, sur ce vers quoi nous allons, et sur la nature de nos motivations, alors nous btirions un futur significativement moins dangereux. Alors nous pourrions comprendre ce  quoi il est non seulement possible, mais souhaitable, de renoncer. Autrement, on imagine aisment une course aux armements s&#146;engager autour des technologies GNR, comme cela s&#146;est produit au XX</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle autour des technologies NBC. Le plus grand danger rside peut-tre l, dans la mesure o, une fois la machine lance, il est trs difficile de l&#146;arrter. Cette fois-ci &#150;&nbsp;contrairement  l&#146;poque du projet Manhattan&nbsp;&#150;, nous ne sommes pas en guerre, face  un ennemi implacable constituant une menace pour notre civilisation&nbsp;; cette fois, nous sommes mus par nos habitudes, nos dsirs, notre systme conomique et par la course au savoir.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Nous souhaiterions tous, je le crois, que notre chemin s&#146;inspire de valeurs collectives, thiques et morales. Si, au cours des derniers millnaires, nous avions acquis une sagesse collective plus profonde, alors engager un dialogue  cette fin serait plus ais, et cette puissance formidable sur le point de dferler serait loin d&#146;tre aussi proccupante.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">On pourrait penser que l&#146;instinct de conservation nous conduise  un tel dialogue. Or si, en tant qu&#146;individu, nous manifestons clairement ce dsir, en revanche notre comportement collectif en tant qu&#146;espce semble jouer en notre dfaveur. En composant la menace nuclaire, nous nous sommes souvent comports de faon malhonnte, tant vis--vis de nous-mmes que les uns envers les autres, dmultipliant ainsi grandement les risques. Raisons politiques, choix dlibr de ne pas voir plus avant, ou comportement m par des peurs irrationnelles dcoulant des graves menaces qui pesaient alors sur nous, je l&#146;ignore, mais cela ne prsage rien de bon.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Que les nouvelles botes de Pandore, gntique, nanotechnologies et robotique, soient entrouvertes, nul ne semble s&#146;en inquiter. On ne referme pas le couvercle sur des ides&nbsp;; contrairement  l&#146;uranium ou au plutonium, une ide n&#146;a besoin ni d&#146;tre extraite, ni d&#146;tre enrichie, et on peut la dupliquer librement. Une fois lche, on ne l&#146;arrte plus. Churchill, dans un compliment ambigu rest clbre, observait que les Amricains et leurs dirigeants <i>&nbsp;&nbsp;finissent toujours par agir honorablement, une fois qu&#146;ils ont bien examin chacune des autres solutions&nbsp;.</i> Reste qu&#146;en ce cas prcis, il convient d&#146;intervenir plus en amont, dans la mesure o n&#146;agir honorablement qu&#146;en dernier recours pourrait bien nous condamner.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Thoreau l&#146;a dit, <i>&nbsp;&nbsp;ce n&#146;est pas nous qui prenons le train, c&#146;est le train qui nous prend&nbsp;.</i> Et c&#146;est l tout l&#146;enjeu maintenant. De fait, la vraie question est de savoir lequel dominera l&#146;autre, et si nous survivrons  nos technologies.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Nous sommes propulss dans ce nouveau sicle sans carte, sans matrise, sans freins. Sommes-nous dj engags trop avant dans cette voie pour corriger notre trajectoire&nbsp;? Je ne le pense pas&nbsp;; pour autant, aucun effort n&#146;a encore t fourni en ce sens, et nos dernires chances de reprendre le contrle, c&#146;est--dire notre point de non-retour, approchent rapidement. Nous disposons dj de nos premiers animaux domestiques de synthse, et certaines techniques de gnie gntique sont dsormais disponibles sur le march&nbsp;; quant  nos techniques  l&#146;chelle &nbsp;nano&nbsp;, elles progressent rapidement. Si leur dveloppement suppose un certain nombre d&#146;tapes, le palier ultime d&#146;une dmonstration n&#146;est pas forcment quelque chose d&#146;aussi norme et aussi difficile que le projet Manhattan ou l&#146;essai Trinity. La dcouverte capitale de la capacit d&#146;autoreproduction incontrle dans le domaine de la robotique, du gnie gntique ou des nanotechnologies pourrait survenir brutalement, renouvelant l&#146;effet de surprise du jour o est tombe la nouvelle du clonage d&#146;un mammifre.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Il n&#146;en demeure pas moins qu&#146;il nous reste, je le crois, de solides et puissantes raisons d&#146;esprer. Les efforts dploys pour rgler la question des armes de destruction massive au cours du sicle dernier fournissent un exemple clatant de renonciation qui mrite attention&nbsp;: l&#146;abandon unilatral et inconditionnel par les Etats-Unis du dveloppement des armes biologiques. Ce dsengagement fait suite  un double constat&nbsp;: d&#146;une part, un effort considrable doit tre fourni pour mettre au point ces armes redoutables&nbsp;; d&#146;autre part, elles peuvent aisment tre dupliques et tomber entre les mains de nations belliqueuses ou de groupes terroristes.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Tout cela a clairement laiss apparatre que dvelopper ces armes ne ferait qu&#146;ajouter de nouvelles menaces, et qu&#146;y renoncer accrotrait notre scurit. Cet engagement solennel  s&#146;interdire le recours  l&#146;arme bactriologique et chimique a t consign dans la <i>Biological Weapons Convention </i>(BWC), en 1972, et dans la <i>Chemical Weapons Convention </i>(CWC), en 1993.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Quant  la menace persistante et assez considrable des armes atomiques, sous le poids de laquelle nous vivons aujourd&#146;hui depuis plus de cinquante ans, il ressort clairement du rcent rejet par le Snat amricain du</font><font   COLOR="#ff0000"> </font><font  >trait</font><font   COLOR="#ff0000"> </font><font  >d&#146;interdiction globale des essais nuclaires que se dsengager des armes atomiques ne sera pas une tche politiquement facile. Mais la fin de la guerre froide nous offre une possibilit exceptionnelle de prvenir une course aux armements multipolaire. Dans la foule de l&#146;abandon des BWC et des CWC, arriver  abolir les armements atomiques pourrait nous inciter  renoncer aux technologies dangereuses (de fait, commencer par se dbarrasser de cent armes atomiques dissmines de par le monde &#150;&nbsp;approximativement, la puissance de destruction totale de la deuxime guerre mondiale&nbsp;; une tche considrablement moins lourde&nbsp;&#150; suffirait  liminer cette menace d&#146;extinction.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Vrifier la ralit du dsengagement sera un problme dlicat, mais pas insoluble. Par chance, un important travail similaire a dj t accompli dans le contexte des BWC et d&#146;autres traits. Notre tche essentielle consistera  appliquer cela  des technologies qui, par nature, sont rsolument plus commerciales que militaires. Se fait ici sentir un besoin substantiel de transparence, dans la mesure o la difficult de la vrification est directement proportionnelle  la difficult de distinguer une activit abandonne d&#146;une activit lgitime.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Je pense honntement qu&#146;en 1945, la situation tait plus simple que celle  laquelle nous nous trouvons aujourd&#146;hui confronte&nbsp;: il tait relativement simple de tracer la frontire entre les technologies nuclaires  usage commercial et militaire. En outre, le contrle tait facilit par la nature mme des tests atomiques et la facilit avec laquelle on pouvait mesurer le degr de radioactivit. La recherche d&#146;applications militaires pouvait tre mene dans des laboratoires gouvernementaux tels que Los Alamos, et les rsultats tenus secrets le plus longtemps possible.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Les technologies GNR ne se divisent pas clairement en deux familles distinctes, la militaire et la commerciale&nbsp;; compte tenu de leur potentiel sur le march, on a peine  imaginer que leur dveloppement puisse rester cantonn  des laboratoires d&#146;Etat. Dans le contexte de leur dveloppement commercial  grande chelle, contrler le caractre effectif du dsengagement exigera l&#146;instauration d&#146;un rgime de vrification similaire  celui des armes biologiques, mais  une chelle sans prcdent  ce jour. Inluctablement, le foss va se creuser&nbsp;: d&#146;un ct, la volont de protger sa vie prive ainsi que certaines donnes confidentielles, et de l&#146;autre, la ncessit que ces mmes informations restent accessibles dans l&#146;intrt de tous. Devant cette atteinte  notre vie prive et  notre marge de man&#156;uvre, nous nous heurterons sans aucun doute  de fortes rsistances.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Le contrle de l&#146;arrt effectif de certaines technologies GNR devra intervenir sur des sites tant virtuels que physiques. Dans un monde de donnes confidentielles, l&#146;enjeu crucial consistera  rendre acceptable la ncessaire transparence, vraisemblablement en produisant des formes renouveles de protection de la proprit intellectuelle.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >La vrification d&#146;un tel respect exigera en outre des scientifiques et ingnieurs qu&#146;ils adoptent un code de conduite thique rigoureux, similaire au serment d&#146;Hippocrate, et qu&#146;ils aient le courage de rendre public tout manquement, et cela aussi souvent que ncessaire, quand bien mme il faudrait en payer le prix fort sur le plan personnel. Ceci rpondrait &#150;&nbsp;cinquante ans aprs Hiroshima&nbsp;&#150;  l&#146;appel lanc par Hans Bethe, laurat du prix Nobel, l&#146;un des plus vnrables membres du projet Manhattan encore en vie, appelant les scientifiques  <i>&nbsp;&nbsp;cesser et se dsister de toute activit de conception, dveloppement, amlioration, et fabrication d&#146;armes nuclaires et autres armes au potentiel de destruction massive&nbsp;</i>&nbsp;. Au XXI</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle, cela supposera vigilance et responsabilit personnelle de la part de ceux qui pourraient travailler tant sur les technologies NBC que GNR, pour prvenir le dploiement d&#146;armes et d&#146;ingnierie de destruction massive accessible par la seule connaissance.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Thoreau a galement dit que nous ne serons <i>&nbsp;&nbsp;riches qu&#146; proportion du nombre de choses auxquelles nous pourrons</i> <i>nous permettre de renoncer&nbsp;.</i> Chacun d&#146;entre nous aspire au bonheur, mais est-il bien raisonnable d&#146;encourir un si fort risque de destruction totale pour accumuler encore plus de savoir, et encore plus de biens&nbsp;? Le bon sens pose qu&#146;il y a une limite  nos besoins matriels. Certains savoirs sont dcidment trop dangereux&nbsp;: mieux vaut y renoncer.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Nous ne devrions pas non plus caresser des rves de quasi-immortalit sans, au pralable, en estimer les cots, et sans prendre en compte un risque d&#146;extinction grandissant. L&#146;immortalit constitue peut-tre l&#146;utopie originelle&nbsp;; pour autant, elle n&#146;est assurment pas la seule.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">J&#146;ai rcemment eu le privilge de faire la connaissance du distingu crivain et rudit Jacques Attali, dont le livre <i>Lignes d&#146;horizons</i> (<i>Millennium,</i> dans sa traduction anglaise) m&#146;a en partie inspire l&#146;approche Java et Jini des effets pervers de la technologie informatique des annes  venir. Dans son dernier ouvrage, <i>Fraternits,</i> Attali explique comment, au fil du temps, nos utopies se sont transformes&nbsp;:</p> <blockquote>   <blockquote>     <i>     <p ALIGN="LEFT">&quot;A l&#146;aube des socits, les hommes, sachant que la     perfection n&#146;appartenait qu&#146; leurs dieux, ne voyaient leur passage sur     Terre que comme un labyrinthe de douleur au bout duquel se trouvait une     porte ouvrant, via la mort, sur la compagnie des dieux et sur l&#146;<b>Eternit</b>.     Avec les Hbreux puis avec les Grecs, des hommes osrent se librer des     exigences thologiques et rver d&#146;une Cit idale o s&#146;panouirait     la <b>Libert</b>. D&#146;autres, en observant l&#146;volution de la socit     marchande, comprirent que la libert des uns entranerait l&#146;alination     des autres, et ils cherchrent l&#146;<b>Egalit</b>.&quot;</p>     </i></blockquote>   </blockquote>  <p ALIGN="JUSTIFY">Jacques Attali m&#146;a permis de comprendre en quoi ces trois objectifs utopiques existent en tension dans notre socit actuelle. Il poursuit avec l&#146;expos d&#146;une quatrime utopie, la <i>fraternit,</i> dont le socle est l&#146;altruisme. En elle-mme, la fraternit allie le bonheur individuel au bonheur d&#146;autrui, offrant la promesse d&#146;une croissance autonome.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Cela a cristallis en moi le problme que j&#146;avais avec le rve de Kurzweil. Une approche technologique de l&#146;Eternit &#150;&nbsp;la quasi-immortalit que nous promet la robotique&nbsp;&#150; n&#146;est pas forcment l&#146;utopie la plus souhaitable. En outre, caresser ce genre de rve comporte des dangers vidents. Peut-tre devrions nous reconsidrer nos choix d&#146;utopies.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Vers quoi nous tourner pour trouver une nouvelle base thique susceptible de nous guider&nbsp;? J&#146;ai trouv les ides qu&#146;expose le dala-lama dans <i>Sagesse ancienne, monde moderne</i> trs utiles  cet gard. Comme cela est largement admis mais peu mis en pratique, le dala-lama fait valoir que le plus important pour nous est de conduire notre vie dans l&#146;amour et la compassion pour autrui, et que nos socits doivent dvelopper une notion plus forte de responsabilit universelle et d&#146;interdpendance&nbsp;; il propose un principe pratique de conduite thique destin tant  l&#146;individu qu&#146;aux socits, lequel s&#146;accorde avec l&#146;utopie de fraternit d&#146;Attali.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Au surplus, souligne le dala-lama, il nous faut comprendre ce qui rend l&#146;homme heureux, et se rendre  l&#146;vidence&nbsp;: la cl n&#146;en est ni le progrs matriel, ni la recherche du pouvoir que confre le savoir. En clair, il y a des limites  ce que science et recherche scientifique, seules, peuvent accomplir.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Notre notion occidentale du bonheur semble nous venir des Grecs, qui en donnaient comme dfinition&nbsp;: <i>&nbsp;&nbsp;vivre de toutes ses forces, guid par des critres d&#146;excellence, une vie leur permettant de se dployer&nbsp;</i>&nbsp;.</p></font> <font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Certes, il nous faut trouver des enjeux chargs de sens et continuer d&#146;explorer de nouvelles voies si, quoi qu&#146;il advienne, nous voulons trouver le bonheur. Reste que, je le crois, nous devons trouver de nouveaux exutoires  nos forces cratives, et sortir de la culture de la croissance perptuelle. Si, des sicles durant, cette croissance nous a combls de bienfaits, elle ne nous a pas pour autant apport le bonheur parfait. L&#146;heure est venue de le comprendre&nbsp;: une croissance illimite et sauvage par la science et la technologie s&#146;accompagne fatalement de dangers considrables.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Plus d&#146;un an s&#146;est aujourd&#146;hui coul depuis ma premire rencontre avec Ray Kurzweil et John Searle. Je trouve autour de moi des raisons d&#146;esprer dans les voix qui s&#146;lvent en faveur du principe de prcaution et de dsengagement, et dans ces individus qui, comme moi, s&#146;inquitent de la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons. J&#146;prouve moi aussi un sentiment de responsabilit personnelle accru &#150;&nbsp;non pas pour le travail ralis jusqu&#146;ici, mais pour celui qui pourrait me rester  accomplir, au confluent des sciences.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Cependant, un grand nombre de ceux qui ont connaissance des dangers semblent se tenir trangement cois. Lorsqu&#146;on les presse, ils ripostent  coups de &nbsp;cela n&#146;est pas une nouveaut&nbsp; &#150;&nbsp;comme si l&#146;on pouvait se satisfaire de la seule conscience du danger latent. &nbsp;&nbsp;Les universits sont pleines de biothiciens qui examinent ces trucs  longueur de journe&nbsp;, me disent-ils. Ou encore, &nbsp;&nbsp;tout cela a dj t dit et crit, et par des experts&nbsp;. Et enfin&nbsp;: &nbsp;&nbsp;Ces craintes et ces raisonnements, c&#146;est du dj vu&nbsp;, rlent-ils.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">J&#146;ignore o ces gens-l dissimulent leurs peurs. Au titre d&#146;architecte de systmes complexes, je descends dans cette arne avec des yeux de gnraliste. Mais pour autant, devrais-je moins m&#146;alarmer&nbsp;? J&#146;ai conscience qu&#146;on a beaucoup crit, dit et enseign  ce sujet, et avec quel panache. Mais cela a-t-il atteint les gens&nbsp;? Cela signifie-t-il que nous pouvons ignorer les dangers qui frappent aujourd&#146;hui  notre porte&nbsp;?</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Il ne suffit pas de savoir, encore faut-il agir. Le savoir est devenu une arme que nous retournons contre nous-mmes. Peut-on encore en douter&nbsp;?</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Les expriences des chercheurs du nuclaire laissent clairement apparatre qu&#146;il est temps d&#146;assumer la pleine responsabilit de nos actes, que les choses peuvent s&#146;emballer, et qu&#146;un processus peut chapper  notre matrise et devenir autonome. Il se peut que, comme eux, sans mme avoir le temps de nous en apercevoir, nous dclenchions des problmes insurmontables. C&#146;est maintenant qu&#146;il faut agir si nous ne voulons pas nous laisser surprendre et choquer, comme eux, par les consquences de nos inventions.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Sans relche, j&#146;ai toujours travaill  amliorer la fiabilit de mes logiciels. Les logiciels sont des outils&nbsp;; par consquent, tant un fabricant d&#146;outils, je dois lutter contre certains usages des outils que je fabrique. Ma conviction a toujours t que, compte tenu de leurs utilisations multiples, produire des logiciels plus fiables contribuerait  btir un monde meilleur et plus sr. Si j&#146;en arrivais  la conviction inverse, alors je me verrais dans l&#146;obligation morale de donner un coup d&#146;arrt  mon activit. Aujourd&#146;hui, je n&#146;exclus plus une telle perspective.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Tout cela ne me laisse pas en colre, juste un peu mlancolique. Dornavant, le progrs aura pour moi un je ne sais quoi d&#146;aigre-doux.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Vous souvenez-vous de la merveilleuse avant-dernire scne de <i>Manhattan</i> o l&#146;on voit Woody Allen, allong sur son divan, parler dans le micro de son magntophone&nbsp;? Il est en train de rdiger une nouvelle avec pour sujet ces gens qui s&#146;inventent des problmes inutiles, nvrotiques, parce que cela leur vite d&#146;affronter des problmes encore plus insolubles et terrifiants concernant l&#146;univers.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Il en arrive  se poser la question &nbsp;&nbsp;Qu&#146;est-ce qui fait que la vie vaut d&#146;tre vcue&nbsp;?&nbsp;, et de passer en revue les choses qui, dans son cas, l&#146;y aident&nbsp;: Groucho Marx, Willie Mays, le deuxime mouvement de la symphonie <i>Jupiter</i>, le &nbsp;<i>Potatoe Head Blues&nbsp; </i>de Louis Armstrong, le cinma sudois, <i>L&#146;Education sentimentale</i> de Flaubert, Marlon Brando, Frank Sinatra, les pommes et les poires de Czanne, les crabes de chez Sam Wo, et, pour finir, le clou&nbsp;: le visage de sa petite amie Tracy.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Chacun d&#146;entre nous aime certaines choses par-dessus tout, et cette disposition pour autrui n&#146;est autre que le substrat de notre humanit. En dernire analyse, c&#146;est du fait de cette indniable aptitude que je reste confiant&nbsp;: nous allons relever, j&#146;en suis sr, les dfis redoutables que nous lance l&#146;avenir.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Mon espoir immdiat est de participer  une discussion beaucoup plus vaste traitant des questions souleves ici, avec des individus d&#146;horizons divers, et dans une disposition d&#146;esprit chappant tant  la crainte qu&#146; l&#146;idoltrie de la technologie, et ce au nom d&#146;intrts particuliers.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">En guise de prliminaires, j&#146;ai par deux fois soulev un grand nombre de ces questions lors d&#146;vnements parrains par l&#146;Aspen Institute et propos par ailleurs que l&#146;American Academy of Arts and Sciences les intgre  ses activits concernant les confrences de Pugwash. Ces dernires se consacrent depuis 1957 au contrle des armements, en particulier de type nuclaire, et formulent des recommandations ralistes.</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font  >Ce qu&#146;on peut regretter, c&#146;est qu&#146;elles n&#146;aient t amorces que bien aprs que le gnie du nuclaire se soit chapp de sa bouteille &#150;&nbsp;disons, environ, quinze ans trop tard. De la mme manire, nous sommes bien tardifs  entamer une rflexion de fond sur les enjeux que soulvent les technologies du XXI</font><font  SIZE="4">e</font><font  > sicle, et prioritairement la prvention d&#146;une ingnierie de destruction massive accessible par la seule connaissance. En repousser plus loin le coup d&#146;envoi serait inacceptable.</font></p><font  > <p ALIGN="JUSTIFY">Je continue donc mon exploration&nbsp;; il reste un grand nombre de choses  apprendre. Sommes-nous appels  russir ou  chouer,  survivre o  tomber sous les coups de ces technologies&nbsp;? Cela n&#146;est pas encore crit.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">a y est, me revoil debout  une heure avance&nbsp;; il est presque 6 heures du matin. Je m&#146;efforce d&#146;imaginer des rponses plus adaptes, et de &nbsp;&nbsp;percer le secret&nbsp; de la pierre pour les librer. &#149;</p> <p ALIGN="JUSTIFY"></p> <i> <p ALIGN="JUSTIFY">Traduit de l&#146;anglais par Maxime Chavanne</p> </i><p ALIGN="JUSTIFY"><i></i><u>Voir ci-dessous, la bibliographie (en franais) des ouvrages cits par Bill Joy.</u></p> </font> <font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">ARISTOTE (384 av. &#150; 322 av.)</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>La mtaphysique</i>, Vrin, 1986 (en poche, 1991)</p> <p ALIGN="LEFT">Dans <i>La mtaphysique</i>, Aristote s&#146;attache  l&#146;tude des premiers principes de l&#146;tre et de la science et affirme l&#146;existence de Dieu comme cause efficiente et finale de la nature.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">ASIMOV Isaac (1920-1992)</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>I, Robot</i>, 1950 (<i>Les Robots &#150; </i>J&#146;ai Lu n453)</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Auteur de plus de 400 ouvrages, dont seul un tiers touche  la science-fiction (le reste tant constitu de romans policiers, de livres pour la jeunesse, et d&#146;ouvrages de vulgarisation scientifique), Isaac Asimov est le pre des lois de la robotique en littrature.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">ATTALI Jacques (1943- )</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>Fraternits</i>, Fayard, 1990</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>Lignes d&#146;horizon</i>, Fayard, 1999</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Personnage public de premier plan, conseiller spcial de Franois Mitterrand de 1981  1991, fondateur et premier prsident de la BERD, Jacques Attali a toujours eu une intense activit littraire. Dans <i>Fraternits</i> comme dans <i>Lignes d&#146;horizon</i>, il s&#146;interroge sur le futur de notre socit, en accordant notamment une grande place au rle des utopies.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Le site officiel de Jacques Attali&nbsp;: www.attali.com</p> <p ALIGN="JUSTIFY">BETHE Hans</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Lettre  Bill CLINTON</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY"><a HREF="http://www.fas.org/bethecr.htm"><font FACE="Arial">www.fas.org/bethecr.htm</font></a><font FACE="Arial">.</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">CLARKE Arthur C. (1917- )</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&quot;Presidents, Experts, and Asteroids &quot;in <i>Science,</i> June 5, 1998. Rdit sous le titre &quot;Science and Society&quot; dans <i>Greetings, Carbon-Based Bipeds! Collected Essays, 1934-1998</i>, St. Martin's Press, 1999.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Rdacteur en chef adjoint d&#146;un journal scientifique anglais, Arthur Charles Clarke se consacre pleinement  la science-fiction  partir des annes 50. Reconnu pour ses talents de vulgarisateur scientifique (il continuera  ce titre  crire de nombreux articles dans la presse), il est surtout l&#146;auteur du scnario de <i>2001, l&#146;odysse de l&#146;espace</i> (1968), le film de Stanley Kubrick.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">DREXLER Eric</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font FACE="Arial"> <i>Engines of creation, </i>Doubleday, 1986<i>. </i></font><a HREF="http://www.foresight.org/EOC/index.html"><font FACE="Arial">http://www.foresight.org/EOC/index.html</font></a></p> <p ALIGN="JUSTIFY"><i> <font FACE="Arial">Unbounding the future : the nanotechnology revolution, </font></i><font FACE="Arial">Morrow, 1991.</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">Spcialis dans les nanotechnologies, Eric Drexler est le fondateur du MIT Nanotechnology Study Group et le &nbsp;chairman&nbsp; du Foresight Institute, centre ultra-document qui regroupe prs de 1000 membres.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">DYSON Freeman (1923- )</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font FACE="Arial">Physicien  l&#146;Institut d&#146;tudes avances de Princeton (NJ), Freeman Dyson fut l&#146;un des premiers  tudier les consquences sur la vie d&#146;une expansion perptuelle de l&#146;univers. Voir Lawrence Krauss et Glenn Starkman, &nbsp;Le destin ultime de la vie&nbsp;, in <i>Pour la science</i>, n269 (</font><a HREF="http://www.pourlascience.com/numeros/pls-269/art-9.htm"><font FACE="Arial">http://www.pourlascience.com/numeros/pls-269/art-9.htm</font></a><font FACE="Arial">)</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">DYSON George (1953- )</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>Darwin among the machines, </i>Addison Wesley Longman, 1997.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Fils du physicien Freeman Dyson, George Dyson prsente dans ce livre une rflexion sur les technologies contemporaines fondes sur les travaux de philosophes et de scientifiques du XXe sicle.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">EASTERBROOK Gregg</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font FACE="Arial">&quot;Food for the future : someday, rice will have built-in vitamin A. Unless the Luddites win&quot;, New York Times, (</font><a HREF="http://www.nytimes.com/"><font FACE="Arial">www.nytimes.com</font></a><font FACE="Arial">) 19/11/1999</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">ELSE Jon</p> <p ALIGN="JUSTIFY">The day after trinity : J. Robert Oppenheimer and the atomic bomb</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font FACE="Arial">(</font><a HREF="http://www.pyramiddirect.com/"><font FACE="Arial">www.pyramiddirect.com</font></a><font FACE="Arial">)</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">Le documentaire produit par Jon Else revient sur les vnements dramatiques entourant l&#146;laboration de la premire bombe atomique, et sur le rle jou par J. Robert Oppenheimer.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">FEYNMAN Richard P. (1918- )</p> </font><p ALIGN="LEFT"><font FACE="Arial"> <i>There&#146;s plenty of room at the bottom </i>(<i> </i></font><a HREF="http://www.zyvex.com/nanotech/feynman.html"><font FACE="Arial">http://www.zyvex.com/nanotech/feynman.html</font></a><font FACE="Arial"> )</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">Prix Nobel de physique en 1965 pour ses travaux sur l&#146;lectrodynamique quantique, Richard P. Feyman s&#146;est illustr au cours de la seconde guerre mondiale en apportant une importante contribution au projet Manhattan. Pdagogue reconnu, on lui doit de nombreux ouvrages scientifiques, ainsi que d&#146;autres livres plus personnels, de rflexion sur le rle de la science.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">FORREST David (1956- )</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font FACE="Arial">&quot;Regulating Nanotechnology Development,&quot; disponible sur </font><a HREF="http://www.foresight.org/NanoRev/Forrest1989.html"><font FACE="Arial">www.foresight.org/NanoRev/Forrest1989.html</font></a></p> <font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ingnieur en mtallurgie, prsident de 1987  1989 du MIT Nanotechnology Study Group, membre du Foresight Institute, il a particip en 1991 aux slections du NASA Astronaut Candidate Program.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">GARRETT Laurie (990)</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>The coming plague : newly emerging diseases in a world out of balance</i>, Penguin, 1994</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Journaliste amricaine de formation scientifique (tudes en immunologie), elle obtient le prix Pulitzer en 1996 pour son enqute au Zare sur le virus Ebola. Dans <i>The coming plague</i>, elle s&#146;interroge sur les nouveaux virus et les maladies qui pourraient apparatre dans le futur.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">GELERNTER David</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>Drawing life&nbsp;: surviving the Unabomber</i>, Free Press, 1997.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">David Gelertner fut l&#146;un des scientifiques victimes des attentats perptrs par Theodore Kackzynski.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">GILDER George (1939- )</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Etudiant  Harvard, George Gilder a trs tt approch les cercles du pouvoir, en crivant notamment des discours pour Nixon. Plus tard, il effectuera une importante enqute sur les origines de la pauvret, puis surtout une tude sur les nouvelles technologies (<i>Microcosm</i>-1989)</p> <p ALIGN="JUSTIFY">HAMILTON Edith (1867-1963)</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>The greek way</i>, W. W. Norton &amp; Co, 1993 (nouvelle dition)</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Directrice d&#146;cole pendant toute sa carrire, Edith Hamilton a publi, une fois  la retraite, plusieurs ouvrages destins  la jeunesse. Le premier d&#146;entre eux, <i>The greek way</i>, dresse un parallle entre la Grce ancienne et le monde contemporain.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">HEINLEIN Robert Anson (1907-1988)</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>Have spacesuit will travel, 1958 (Le Vagabond de l&#146;espace - </i>Pocket n5153)</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Officier de l&#146;U.S. Navy, Robert A. Heinlein doit interrompre sa carrire en raison d&#146;une tuberculose. Il commence alors  publier des nouvelles et romans de science-fiction. Fer de lance de &nbsp;l&#146;histoire du futur&nbsp;, il est notamment l&#146;auteur de <i>Starship Troopers</i> (1960). On le considre comme le premier auteur  vivre de ce type de littrature.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">HERBERT Franck (1920-1986)</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>The white plague</i>, 1982<i> (La mort blanche - </i>Livre de Poche n7087<i>)</i></p>  <p ALIGN="JUSTIFY">Journaliste de formation, Frank Herbert s&#146;est rapidement consacr  l&#146;criture de romans et nouvelles de science-fiction. Il est surtout connu pour avoir compos <i>Dune</i>, l&#146;imposante fresque qui inspira le film de David Lynch.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">KACKZYNSKI Theodore</p> </font><p ALIGN="LEFT"><font FACE="Arial">Ancien professeur de mathmatiques  Berkeley, Theodore Kackzynski fut arrt en 1996, puis reconnu coupable en 1998 d&#146;une srie d&#146;attentats perptrs dans des laboratoires. Voir l&#146; Unabomber Manifesto sur </font><a HREF="http://www.courttv.com/trials/unabomber/manifesto/"><font FACE="Arial">http://www.courttv.com/trials/unabomber/manifesto</font></a></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">KAUFFMAN Stuart</p> <p ALIGN="JUSTIFY">&quot;Self replication : even peptides do it&quot;, in <i>Nature</i>, 383, 8/8/1996</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font FACE="Arial">Disponible sur </font><a HREF="http://www.santafe.edu/sfi/people/kauffman/index.html"><font FACE="Arial">http://www.santafe.edu/sfi/people/kauffman/index.html</font></a></p> <font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">Biologiste, professeur de biochimie  l&#146;universit de Pennsylvanie et au Santa Fe Institute.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">KURZWEIL Ray</p> </font><p ALIGN="LEFT"><font FACE="Arial"> <i>The age of spiritual machines</i>, Viking, 1999<i> </i>(voir </font><a HREF="http://www.penguinputnam.com/kurzweil/excerpts/exbotframe.htm"><font FACE="Arial">http://www.penguinputnam.com/kurzweil/excerpts/exbotframe.htm</font></a><font FACE="Arial"> )</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">Ray Kurzweil est  l&#146;origine de nombre d&#146;inventions telles que la Kurzweil Reading Machine (un ordinateur capable de lire un texte manuscrit grce  un systme de reconnaissance optique). Dans <i>The age of spiritual machines</i>, il voque le dpassement de l&#146;intelligence humaine par la machine.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">LESLIE John</p> <i> <p ALIGN="LEFT">The end of the world : the science and ethics of human extinction, Routledge, 1996.</p> </i> <p ALIGN="JUSTIFY">Philosophe amricain, John Leslie s&#146;intresse particulirement  la cosmologie (thorie de la formation et de la nature de l&#146;univers).</p> <p ALIGN="JUSTIFY">LOVINS Amory &amp; Hunter</p> </font><p ALIGN="JUSTIFY"><font FACE="Arial">A l&#146;origine de la fondation du Rocky Mountain Institute, Amory. Lovins travaille avec Hunter Lovins (Chief Executive Officier de l&#146;institut) pour une gestion plus rationnelle et plus cologique des nergies. (voir </font><a HREF="http://www.rmi.org/"><font FACE="Arial">http://www.rmi.org/</font></a><font FACE="Arial">)</font></p><font FACE="Arial"> <p ALIGN="JUSTIFY">MORAVEC Hans</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>Robot : mere machine to transcendent mind</i>, Oxford University Press, 1998.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Chercheur au Mobile Robot Laboratory de l&#146;institut de robotique de la Carnegie Mellon University, il travaille au dveloppement de robots autonomes. Dans <i>Robot : mere machine to transcendent mind</i>, il prvoit que le robot galera l&#146;intelligence humaine d&#146;ici moins de cinquante ans. Voir&nbsp;: http://www.frc.ri.cmu.edu/~hpm/book97/index.html</p> <p ALIGN="JUSTIFY">NIETZSCHE Friedrich (1884 &#150; 1900)</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>Le Gai Savoir (</i>Gallimard, Folio Essais, Philosophie<i>)</i></p>  <p ALIGN="JUSTIFY">Dans cet ouvrage philosophique, Nietzsche dveloppe l&#146;ide de l&#146;Eternel Retour.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">OPPENHEIMER Robert (1904 &#150; 1967)</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Physicien amricain, auteur de travaux sur la thorie quantique, Robert Oppenheimer dirigea l&#146;quipe qui labora la premire bombe atomique  Los Alamos. Il est aussi l&#146;auteur d&#146;ouvrages sur le rle de la science dans le monde contemporain tels que <i>The open mind</i> ou <i>Science and the common understanding</i>.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">RHODES Richard</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>Visions of technology : a century of debates about machines, systems and the human world, </i>Simon &amp; Schuster Trade, 1999</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Laurat 1988 du Prix Pulitzer pour son ouvrage <i>The making of the atomic bomb</i>, Richard Rhodes est l&#146;auteur de quinze livres mlant gnralement histoire et science. Dans <i>Visions of technology</i>, il retrace les principales volutions technologiques et scientifiques du XXe sicle.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">SAGAN Carl (1934 - 1962)</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>Pale blue dot : a vision of the humane future in space, </i>New York, Random House, 1994.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Cet astronome amricain, figure de proue dans la recherche de formes d&#146;intelligence extraterrestre, a t associ  la plupart des missions d&#146;exploration spatiale. Il a galement t un grand vulgarisateur en la matire, notamment grce  la srie des missions &nbsp;Cosmos&nbsp; sur la chane amricaine PBS.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">SEARLE John (1959 - )</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Philosophe amricain spcialis dans les questions de la conscience, du langage et de l&#146;thique. Certains de ses ouvrages sont disponibles en franais tels que <i>Les Actes du langage</i> (d. Hermann) ou <i>L&#146;Intentionnalit, essai de philosophie des tats mentaux</i> (Editions de Minuit).</p> <p ALIGN="JUSTIFY">STONE Irving</p> <p ALIGN="LEFT"> <i>The agony and the extasy</i>, New American Library, 1996.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">L&#146;auteur fait revivre Michel-Ange dans une fiction souvent nourrie d&#146;lments rels de la vie de l&#146;artiste.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">THOREAU (1817 - 1862)</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Essayiste, mmorialiste et pote amricain qui mena une vie asctique qu&#146;il voque dans <i>Walden ou la vie dans les Bois</i> (1954).</p> <p ALIGN="JUSTIFY">VONNEGUT Kurt (1922 - )</p> <p ALIGN="JUSTIFY"> <i>Cat&#146;s Craddle</i>, 1963 (Editions du Seuil-1970)</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Ecrivain amricain, il combine la science-fiction, la satire sociale et l&#146;humour noir dans des romans qui s&#146;inspirent souvent des horreurs de ce sicle. Dans <i>Cat&#146;s Craddle</i>, il voque la dshumanisation engendre par les progrs de la technologie.</p> <p ALIGN="JUSTIFY">WOLFRAM Stephen (1959 - )</p> <p ALIGN="JUSTIFY">Physicien et mathmaticien de formation, Stephen Wolfram a trs tt saisi l&#146;intrt de l&#146;informatique pour le scientifiques. Ses travaux l&#146;ont amen  diter Mathematica, l&#146;un des logiciels de calcul les plus rputs sur le march.</p> </font> <p ALIGN="JUSTIFY"><a HREF="http://www.stephenwolfram.com/"><font FACE="Arial">www.stephenwolfram.com</font></a></p> <font FACE="Arial"> </font>  </body>  </html> 
