<HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <TITLE>Bloc-notes</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffffff">  <P><CENTER><IMG SRC="http://www.lcr-rouge.org/logo/livre.gif" ALIGN="BOTTOM" BORDER="0"></CENTER></P>  <H2><CENTER><FONT COLOR="#00cc00" SIZE="+1" FACE="Geneva,arial,helvetica">Les livres de la semaine<BR> </FONT></CENTER></H2>  <P><B><FONT SIZE="+1">Sergo B&eacute;ria, B&eacute;ria, mon p&egrave;re, chronique des ann&eacute;es sanglantes de Staline,  Plon, 400 pages, 169 F</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE="+1"><BR> Depuis la fin de l'Union sovi&eacute;tique, les anciens apparatchiks (ou leurs enfants) ont &eacute;prouv&eacute; le besoin de faire entendre leur voix. En ao&ucirc;t 1999, c'&eacute;tait au tour du fils de B&eacute;ria, l'ancien chef de la s&eacute;curit&eacute; stalinienne, de parler de son p&egrave;re. Son gros livre est pr&eacute;sent&eacute; par Fran&ccedil;oise Thom, ma&icirc;tre de conf&eacute;rence &agrave; la Sorbonne, qui &quot;a recueilli et traduit ce t&eacute;moignage, et &eacute;tabli l'appareil critique&quot;. La lecture en est souvent passionnante mais tr&egrave;s vite on s'aper&ccedil;oit qu'il s'agit d'un v&eacute;ritable plaidoyer en faveur du p&egrave;re ador&eacute;. Dans la pr&eacute;face, F. Thom, engage le lecteur &agrave; utiliser ces m&eacute;moires &quot;avec pr&eacute;caution&quot; car dans de nombreux endroits se manifeste &quot;la volont&eacute; apolog&eacute;tique de l'auteur&quot;. N&eacute;anmoins, nous pensons, comme elle, que le t&eacute;moignage du fils a le m&eacute;rite de fort bien d&eacute;crire le milieu o&ugrave; &eacute;voluaient les dirigeants sovi&eacute;tiques, o&ugrave; se c&ocirc;toyaient &quot;mesquines intrigues et grands crimes&quot;.<BR> Sergo B&eacute;ria est &acirc;g&eacute; de 75 ans et a donc bien connu tous les pontes du r&eacute;gime, aussi bien ceux qui travaillaient avec son p&egrave;re que ceux qui le jalousaient et intriguaient contre lui, comme Souslov, Malenkov, Jdanov ou Khroutchtchev. Il rapporte de nombreuses confidences paternelles ainsi que nombre d'&eacute;v&eacute;nements dont son p&egrave;re se tire toujours avec honneur. Sa fa&ccedil;on d'accommoder l'histoire est particuli&egrave;rement nette quand il aborde le sujet des r&eacute;pressions. Certes, son p&egrave;re, beaucoup plus intelligent et cultiv&eacute; que ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs &agrave; la s&eacute;curit&eacute;, Iagoda et Y&eacute;jov, a essay&eacute; de s'attribuer le m&eacute;rite des deux pauses r&eacute;pressives qui ont suivi les proc&egrave;s de Moscou en 1938 et la mort de Staline en 1953. Mais il a toujours obtemp&eacute;r&eacute; aux directives de Staline. Et Sergo B&eacute;ria n'est gu&egrave;re convaincant quand il essaye de le pr&eacute;senter comme un antistalinien secret qui a tout fait pour limiter les d&eacute;g&acirc;ts, ce qui est totalement contradictoire avec d'autres t&eacute;moignages et surtout avec les documents d'archives r&eacute;v&eacute;l&eacute;s depuis la fin de l'Urss en 1991 : dire que B&eacute;ria n'&eacute;tait pour rien dans le massacre des officiers polonais &agrave; Katyn, dans l'assassinat de Trotsky ou dans la d&eacute;portation des minorit&eacute;s nationales sovi&eacute;tiques pendant la guerre est totalement infirm&eacute; par des preuves accablantes.<BR> Par contre une &eacute;nigme est pos&eacute;e par un certain silence du pr&eacute;facier qui trouve le moyen de ne pas dire que Sergo B&eacute;ria avait publi&eacute;, en 1994 &agrave; Moscou, sous un titre presque identique : Mon p&egrave;re, Laurent B&eacute;ria, un r&eacute;cit qui s'&eacute;carte parfois beaucoup de celui qu'elle a traduit et qu'elle pr&eacute;sente. Gr&acirc;ce &agrave; l'obligeance de J.-J. Marie nous avons pu en lire des extraits totalement contradictoires ou encore compl&egrave;tement pass&eacute;s sous silence dans la version fran&ccedil;aise. Par exemple 6 pages en cyrillique sont consacr&eacute;es &agrave; une visite discr&egrave;te qu'aurait faite &agrave; Moscou, fin 1939, le savant am&eacute;ricain Robert Oppenheimer. Il aurait habit&eacute; 15 jours chez les B&eacute;ria et aurait sympathis&eacute; avec Sergo. Plus tard son p&egrave;re lui aurait dit qu'il &eacute;tait venu proposer ses services pour le projet de bombe atomique. Or le nom d'Oppenheimer ne figure m&ecirc;me pas dans l'index des noms cit&eacute;s de la version fran&ccedil;aise. C'&eacute;tait pourtant un beau scoop. De m&ecirc;me, dans le livre russe il est affirm&eacute; que l'Union sovi&eacute;tique n'a jamais l&acirc;ch&eacute; les partisans communistes grecs combattus par les Anglais en 1944-1945 alors que dans l'&eacute;dition fran&ccedil;aise l'auteur estime que &quot;nous avons laiss&eacute; choir les communistes grecs&quot; (p. 267). On aimerait comprendre !<BR> Quoi qu'il en soit, si l'on se garde de prendre pour argent comptant toutes les affirmations du fils &quot;redresseur de torts&quot;, on a un tableau hallucinant de la lutte &agrave; mort pour le pouvoir que se livraient les diff&eacute;rents clans de la nomenklatura et l'on comprend mieux pourquoi ses adversaires se sont empress&eacute;s de le liquider apr&egrave;s la mort de Staline et d'en faire son &acirc;me damn&eacute;e, afin d'eux-m&ecirc;mes se disculper de tous leurs crimes commis en commun.</FONT></P>  <P ALIGN=RIGHT><FONT SIZE="+1"> <BR> Jean-Michel Krivine<BR> </FONT>  </BODY> </HTML> 
