<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <TITLE>Rforme sociale ou rvolution ? - I/5</TITLE> <META NAME="Template" CONTENT="C:\Program Files\Microsoft Office\Modles\Oeuvres.dot">  <meta NAME="Description" CONTENT="Rosa Luxemburg : Rforme sociale ou Rvolution (I/5)"> <meta NAME="Author" CONTENT="tiaf@marxists.org"> <meta NAME="Keywords" lang="fr" CONTENT="marxisme, marxiste, histoire, revolution, , Luxemburg, rvolution proltarienne"> <meta NAME="Reply-to" CONTENT="tiaf@marxists.org">   <link REL="STYLESHEET" TYPE="text/css" HREF="../../trotsky/total2.css"> <style TYPE="text/css"> </style> </HEAD>   <BODY TEXT="#000000" BGCOLOR="#FFFFF0" LINK="#0000EE" VLINK="#551A8B" ALINK="#FF0000"> <P><A NAME="topp">&nbsp;</A></P>  <hr SIZE="1" NOSHADE>  <table border="0" width="100%">   <tr>     <td><p CLASS="an">1898</td>     <td><p CLASS="ref">La rponse thorique du marxime rvolutionnaire face au rvisionnisme  montant.</td>   </tr> </table>  <hr SIZE="1" NOSHADE>  <p class=titre>Rforme sociale ou rvolution ? <BR>-I-</p> <h2>Rosa Luxemburg</h2>  <p class="ss-titre">5. Cons&eacute;quences pratiques et caract&egrave;re g&eacute;n&eacute;ral du r&eacute;visionnisme</P> <p>Nous avons dans notre premier chapitre essay&eacute; de montrer que la th&eacute;orie de Bernstein retire au programme socialiste toute assise mat&eacute;rielle et le transporte sur une base id&eacute;aliste. Voil&agrave; pour le fondement th&eacute;orique de sa doctrine - mais comment appara&icirc;t la th&eacute;orie traduite dans la pratique ? Constatons dabord que dans la forme elle ne se distingue en rien de la pratique de la lutte social-d&eacute;mocrate telle quelle est exerc&eacute;e jusqu&agrave; pr&eacute;sent. Luttes syndicales, luttes pour les r&eacute;formes sociales et pour la d&eacute;mocratisation des institutions politiques, cest bien l&agrave; le contenu formel de lactivit&eacute; du Parti social-d&eacute;mocrate. La diff&eacute;rence ne r&eacute;side donc pas ici dans le <i>quoi</i> mais dans le <i>comment</i>. Dans l&eacute;tat actuel des choses la lutte syndicale et la lutte parlementaire sont con&ccedil;ues comme des moyens de diriger et d&eacute;duquer peu &agrave; peu le prol&eacute;tariat en vue de la prise du pouvoir politique. Selon la th&eacute;orie r&eacute;visionniste, qui consid&egrave;re comme inutile et impossible la conqu&ecirc;te du pouvoir, la lutte syndicale et la lutte parlementaire doivent &ecirc;tre men&eacute;es uniquement en vue dobjectifs imm&eacute;diats pour lam&eacute;lioration de la situation mat&eacute;rielle des ouvriers et en vue de la r&eacute;duction progressive de lexploitation capitaliste et de lextension du contr&ocirc;le social. Laissons de c&ocirc;t&eacute; lam&eacute;lioration imm&eacute;diate de la situation des ouvriers, puisque lobjectif est commun aux deux conceptions, celle du Parti et celle du r&eacute;visionnisme ; la diff&eacute;rence entre ces deux conceptions peut alors &ecirc;tre d&eacute;finie en quelques mots : selon la conception courante, la lutte politique et syndicale a une signification socialiste en ce sens quelle pr&eacute;pare le prol&eacute;tariat - qui est le facteur <i>subjectif</i> de la transformation socialiste - &agrave; r&eacute;aliser cette transformation. Dapr&egrave;s Bernstein la lutte syndicale et politique a pour t&acirc;che de r&eacute;duire progressivement lexploitation capitaliste, denlever de plus en plus &agrave; la soci&eacute;t&eacute; capitaliste ce caract&egrave;re capitaliste et de lui donner le caract&egrave;re socialiste, en un mot de r&eacute;aliser objectivement la transformation socialiste de la soci&eacute;t&eacute;. Quand on examine la chose de plus pr&egrave;s, on saper&ccedil;oit que ces deux conceptions sont absolument oppos&eacute;es. Selon la conception courante du parti, le prol&eacute;tariat acquiert par lexp&eacute;rience de la lutte syndicale et politique la conviction quil est impossible de transformer de fond en comble sa situation au moyen de cette seule lutte, et quil ny parviendra d&eacute;finitivement quen semparant du pouvoir politique. La th&eacute;orie de Bernstein part du pr&eacute;alable de limpossibilit&eacute; de la conqu&ecirc;te du pouvoir pour r&eacute;clamer linstauration du socialisme au moyen de la seule lutte syndicale et politique. <p><font size=-2>La th&eacute;orie de Bernstein croit au caract&egrave;re socialiste de la lutte syndicale et parlementaire, &agrave; laquelle elle attribue une action socialisante progressive sur l&eacute;conomie capitaliste. Mais cette action socialisante nexiste, nous lavons montr&eacute;, que dans limagination de Bernstein.</font> <p><font size=-2>Les structures capitalistes de la propri&eacute;t&eacute; et de lEtat se d&eacute;veloppent dans une direction tout &agrave; fait oppos&eacute;e. De ce fait la lutte quotidienne concr&egrave;te de la social-d&eacute;mocratie perd, en derni&egrave;re analyse, tout rapport avec le socialisme. La lutte syndicale et la lutte politique sont importantes parce quelles agissent sur la <i>conscience</i> du prol&eacute;tariat, quelles lui donnent une conscience socialiste, quelles lorganisent en tant que classe. Leur attribuer un pouvoir direct de socialisation de l&eacute;conomie capitaliste, cest non seulement aller au-devant dun &eacute;chec en ce domaine, mais encore leur faire perdre tout autre signification : elles cessent alors d&ecirc;tre un moyen d&eacute;duquer la classe ouvri&egrave;re, de la pr&eacute;parer &agrave; la conqu&ecirc;te du pouvoir. Aussi Edouard Bernstein et Conrad Schmidt font-ils un contre-sens complet lorsque pour se rassurer ils affirment que m&ecirc;me si lon r&eacute;duit la lutte aux r&eacute;formes sociales et au mouvement syndical on nabandonne pas pour autant le but final du mouvement ouvrier : chaque pas fait en cette voie ne d&eacute;borde-t-il pas ses propres buts et le but socialiste nest-il pas pr&eacute;sent dans tout le mouvement comme tendance qui lanime ? Cest tout &agrave; fait vrai, sans doute, de la tactique actuelle de la social-d&eacute;mocratie o&ugrave; la conscience du but - la conqu&ecirc;te du pouvoir politique - et leffort pour latteindre pr&eacute;c&egrave;dent et orientent toute la lutte syndicale et le mouvement pour les r&eacute;formes. Mais si lon s&eacute;pare cette orientation pr&eacute;alable du mouvement et si lon fait de la r&eacute;forme sociale un objectif autonome, elle ne m&egrave;nera certes pas &agrave; la r&eacute;alisation du but final, au contraire. Conrad Schmidt sen remet &agrave; un mouvement pour ainsi dire automatique qui, une fois d&eacute;clench&eacute;, ne peut plus sarr&ecirc;ter de lui-m&ecirc;me ; il part de lid&eacute;e tr&egrave;s simple que lapp&eacute;tit vient en mangeant et que la classe ouvri&egrave;re ne peut se contenter de r&eacute;formes tant que la transformation socialiste de la soci&eacute;t&eacute; nest pas achev&eacute;e. Ce dernier postulat est sans doute exact, et linsuffisance des r&eacute;formes capitalistes en t&eacute;moigne. Mais la conclusion quil en tire ne serait vraie que si lon pouvait construire une cha&icirc;ne ininterrompue de r&eacute;formes sociales de plus en plus &eacute;tendues qui m&egrave;nerait du r&eacute;gime capitaliste actuel au r&eacute;gime socialiste. Cest l&agrave; une vue fantaisiste. Dapr&egrave;s la nature des choses la cha&icirc;ne se rompra tr&egrave;s vite et &agrave; partir de cette rupture les voies o&ugrave; le mouvement peut sengager sont multiples et vari&eacute;es.</font> <p><font size=-2>Le r&eacute;sultat imm&eacute;diat le plus probable est un changement de tactique en vue dobtenir par tous les moyens les r&eacute;sultats pratiques de la lutte, cest-&agrave;-dire les r&eacute;formes sociales. Le point de vue de classe irr&eacute;conciliable na de sens que si lon se propose la prise du pouvoir ; il nest que g&ecirc;nant &agrave; partir du moment o&ugrave; lon na en vue que les objectifs pratiques imm&eacute;diats. On en arrive bient&ocirc;t &agrave; adopter une " politique de compensation " - traduisez une " politique de maquignonnage " - et une attitude conciliante sagement diplomatique. Mais le mouvement ne peut sarr&ecirc;ter longtemps. Quelque tactique que lon emploie, puisque les r&eacute;formes sociales sont et restent, en r&eacute;gime capitaliste, des coquilles vides, en bonne logique l&eacute;tape suivante sera la d&eacute;sillusion, m&ecirc;me en ce qui concerne les r&eacute;formes - on aboutira &agrave; ce havre paisible o&ugrave; se sont r&eacute;fugi&eacute;s les professeurs Schmoller et C<sup>ie</sup> qui, apr&egrave;s avoir navigu&eacute; sur les eaux du r&eacute;formisme social, finissent par laisser tout aller &agrave; la gr&acirc;ce de Dieu&nbsp;<a NAME="A1"></a><a href="#N1">[1]</a>. Le socialisme ne d&eacute;coule donc pas automatiquement et en toutes circonstances de la lutte quotidienne de la classe ouvri&egrave;re. Il na&icirc;tra de lexasp&eacute;ration des contradictions internes de l&eacute;conomie capitaliste et de la prise de conscience de la classe ouvri&egrave;re, qui comprendra la n&eacute;cessit&eacute; de les abolir au moyen de la r&eacute;volution sociale. Nier les unes et refuser lautre, comme le fait le r&eacute;visionnisme, aboutit &agrave; r&eacute;duire le mouvement ouvrier &agrave; une simple association corporative, au r&eacute;formisme, et conduit automatiquement &agrave; abandonner le point de vue de classe.</font> <p><font size=-2>Ces cons&eacute;quences apparaissent clairement quand on consid&egrave;re le r&eacute;visionnisme sous un autre aspect et que lon se pose la question du caract&egrave;re g&eacute;n&eacute;ral de cette th&eacute;orie. Il est &eacute;vident que le r&eacute;visionnisme ne d&eacute;fend pas les positions capitalistes et nen nie pas, comme les &eacute;conomistes bourgeois, les contradictions. Au contraire, il admet le pr&eacute;alable marxiste de lexistence de ces contradictions. Mais dautre part - nous sommes l&agrave; au cur de sa conception et cest l&agrave; ce qui le diff&eacute;rencie de la th&eacute;orie jusque-l&agrave; en vigueur dans le parti - il ne fonde pas sa doctrine sur la <i>suppression</i> de ces contradictions, qui seraient la cons&eacute;quence propre de leur d&eacute;veloppement interne.</font> <p><font size=-2>La th&eacute;orie r&eacute;visionniste occupe une place interm&eacute;diaire entre ces deux p&ocirc;les extr&ecirc;mes. Elle ne veut pas porter &agrave; maturit&eacute; les contradictions capitalistes ni les supprimer une fois atteint leur d&eacute;veloppement extr&ecirc;me par un renversement r&eacute;volutionnaire de la situation ; elle veut les att&eacute;nuer, les <i>&eacute;mousser</i>. Ainsi elle pr&eacute;tend que la contradiction entre la production et l&eacute;change sera att&eacute;nu&eacute;e par larr&ecirc;t des crises, par la formation des associations patronales ; de m&ecirc;me la contradiction entre le capital et le travail sera att&eacute;nu&eacute;e par lam&eacute;lioration de la situation du prol&eacute;tariat et par la survie des classes moyennes, celle entre lEtat de classe et la soci&eacute;t&eacute; par un contr&ocirc;le social croissant et le progr&egrave;s de la d&eacute;mocratie.</font> <p><font size=-2>Certes, la tactique social-d&eacute;mocrate normale ne consiste pas &agrave; <i>attendre</i> le d&eacute;veloppement extr&ecirc;me des contradictions capitalistes jusqu&agrave; ce que se produise un renversement r&eacute;volutionnaire de la situation. Au contraire, lessence de toute tactique r&eacute;volutionnaire consiste &agrave; reconna&icirc;tre la tendance du d&eacute;veloppement et &agrave; en tirer les cons&eacute;quences extr&ecirc;mes dans la lutte politique. Cest ainsi, par exemple, que la social-d&eacute;mocratie a toujours combattu le protectionnisme et le militarisme sans attendre que leur caract&egrave;re r&eacute;actionnaire se soit enti&egrave;rement d&eacute;voil&eacute;. Mais la tactique de Bernstein ne consiste pas &agrave; sappuyer sur le d&eacute;veloppement et lexasp&eacute;ration des antagonismes, il mise au contraire sur leur att&eacute;nuation. Il d&eacute;finit lui-m&ecirc;me sa tactique en parlant dune " adaptation " de l&eacute;conomie capitaliste. &Agrave; quel moment se v&eacute;rifierait une telle conception ? Les contradictions de la soci&eacute;t&eacute; actuelle r&eacute;sultent toutes du mode de production capitaliste. Supposons que ce mode de production continue &agrave; se d&eacute;velopper dans la direction actuelle ; il poursuivra n&eacute;cessairement ses propres cons&eacute;quences, les contradictions continueront de sexasp&eacute;rer, et de saggraver au lieu de satt&eacute;nuer. Pour que la th&eacute;orie de Bernstein se v&eacute;rifie, il faudrait donc que le mode de production capitaliste lui-m&ecirc;me soit entrav&eacute; dans son d&eacute;veloppement. En un mot, le postulat g&eacute;n&eacute;ral quimplique la th&eacute;orie de Bernstein, cest un <i>arr&ecirc;t du d&eacute;veloppement capitaliste</i>.</font> <p><font size=-2>Par l&agrave;, sa th&eacute;orie se condamne elle-m&ecirc;me doublement. Dune part, elle trahit son caract&egrave;re <i>utopique</i> quant au but final du socialisme : il est clair davance que lenlisement du d&eacute;veloppement capitaliste naboutira pas &agrave; une transformation socialiste de la soci&eacute;t&eacute; ; nous en avons la confirmation dans notre expos&eacute; des cons&eacute;quences pratiques de cette th&eacute;orie. Ensuite, elle d&eacute;voile son caract&egrave;re <i>r&eacute;actionnaire</i> quant au d&eacute;veloppement effectif du capitalisme, qui est rapide. Voil&agrave; donc la question qui se pose &agrave; pr&eacute;sent : &eacute;tant donn&eacute; ce d&eacute;veloppement capitaliste effectif, comment expliquer, ou plut&ocirc;t caract&eacute;riser la th&eacute;orie de Bernstein ?</font> <p><font size=-2>Nous avons montr&eacute; dans notre premier chapitre que le postulat &eacute;conomique sur lequel se fonde lanalyse bernsteinienne des rapports sociaux actuels ne tient pas - il suffit de voir sa th&eacute;orie de " ladaptation " du capitalisme. Nous avons vu que ni le syst&egrave;me de cr&eacute;dit, ni les cartels ne peuvent &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme des " facteurs dadaptation " de l&eacute;conomie capitaliste, et que ni larr&ecirc;t momentan&eacute; des crises, ni la survie des classes moyennes ne peuvent passer pour des sympt&ocirc;mes de ladaptation du capitalisme. Mais tous ces points de d&eacute;tail de la th&eacute;orie de ladaptation pr&eacute;sentent, outre leur caract&egrave;re erron&eacute;, un trait commun. Cette th&eacute;orie, plut&ocirc;t que de rattacher organiquement ces ph&eacute;nom&egrave;nes de la vie &eacute;conomique &agrave; lensemble du d&eacute;veloppement capitaliste, de les relier au m&eacute;canisme g&eacute;n&eacute;ral de l&eacute;conomie, les arrache au contexte global et les examine s&eacute;par&eacute;ment comme des fragments &eacute;pars dune machine sans vie. Il en est ainsi, par exemple, de la th&egrave;se du cr&eacute;dit comme facteur dadaptation. Si lon consid&egrave;re le cr&eacute;dit comme une &eacute;tape sup&eacute;rieure et naturelle de l&eacute;change, li&eacute; aux contradictions immanentes, &agrave; l&eacute;change capitaliste, il est impossible den faire un " facteur dadaptation " m&eacute;canique, existant en dehors du processus global de l&eacute;change ; pas plus quil nest possible de consid&eacute;rer largent, la marchandise, le capital, comme des " facteurs dadaptation " du capitalisme. Or, le cr&eacute;dit est au m&ecirc;me titre que largent, la marchandise ou le capital, un maillon organique de l&eacute;conomie capitaliste &agrave; un certain stade de son d&eacute;veloppement, et, tout comme ceux-ci, constitue &agrave; ce stade, un rouage indispensable du m&eacute;canisme de l&eacute;conomie capitaliste, ainsi quun facteur destructif, puisquil entra&icirc;ne une aggravation de ces contradictions internes.</font> <p><font size=-2>Il en est de m&ecirc;me des cartels et des moyens de communication perfectionn&eacute;s.</font> <p><font size=-2>La m&ecirc;me conception m&eacute;canique et anti-dialectique se manifeste dans lid&eacute;e bersteinienne que larr&ecirc;t des crises est un sympt&ocirc;me " dadaptation " de l&eacute;conomie capitaliste. Pour lui les crises sont simplement des d&eacute;sordres qui se produisent dans le m&eacute;canisme de l&eacute;conomie ; si ces d&eacute;sordres cessent, le m&eacute;canisme se remet en marche. Or, en fait les crises ne sont pas des d&eacute;sordres au sens propre du mot, ou plut&ocirc;t si, ce sont des d&eacute;sordres, mais sans lesquels l&eacute;conomie capitaliste ne peut pas se d&eacute;velopper. Sil est vrai que les crises constituent - disons-le sch&eacute;matiquement - la seule m&eacute;thode possible de &agrave; lint&eacute;rieur du capitalisme, et donc normale, pour corriger p&eacute;riodiquement le d&eacute;s&eacute;quilibre existant entre la capacit&eacute; dexpansion illimit&eacute;e de la production et les limites &eacute;troites du march&eacute;, alors les crises sont des manifestations organiques ins&eacute;parables de lensemble de l&eacute;conomie capitaliste.</font> <p><font size=-2>Cest bien plut&ocirc;t labsence de d&eacute;sordre dans le d&eacute;veloppement de la production capitaliste qui rec&egrave;lerait des dangers plus graves que les crises elles-m&ecirc;mes. Cest la baisse constante du taux de profit, r&eacute;sultant non pas de la contradiction entre la production et l&eacute;change mais de laccroissement de la productivit&eacute; du travail, qui menace de rendre la production impossible aux petits et moyens capitaux, risquant ainsi de limiter la cr&eacute;ation de nouveaux investissements et de freiner leur expansion. Les crises, autre cons&eacute;quence du m&ecirc;me processus, ont pr&eacute;cis&eacute;ment pour effet, en d&eacute;pr&eacute;ciant p&eacute;riodiquement le capital, en faisant baisser le prix des moyens de production, et en paralysant une partie du capital actif, daugmenter le profit, cr&eacute;ant par l&agrave; m&ecirc;me les conditions de nouveaux investissements, dune nouvelle extension de la production. Elles apparaissent donc comme un moyen danimer le d&eacute;veloppement capitaliste ; si elles cessaient (non pas &agrave; certains moments, lorsque le march&eacute; mondial se d&eacute;veloppe mais si elles cessaient tout &agrave; fait), leur disparition, loin de favoriser lessor de l&eacute;conomie capitaliste, comme le pense Bernstein, provoquerait au contraire son enlisement. Avec la rigidit&eacute; m&eacute;canique qui caract&eacute;rise toute sa th&eacute;orie, Bernstein oublie &agrave; la fois la n&eacute;cessit&eacute; des crises et celle, p&eacute;riodique, de nouveaux investissements de petits et de moyens capitaux ; cest pourquoi la renaissance constante des petits capitaux lui appara&icirc;t comme un signe de larr&ecirc;t du d&eacute;veloppement capitaliste et non, comme cest le cas, du d&eacute;veloppement normal du capitalisme.</font> <p><font size=-2>Le seul point de vue do&ugrave; tous les ph&eacute;nom&egrave;nes mentionn&eacute;s ci-dessus apparaissent effectivement tels que les pr&eacute;sente la th&eacute;orie de ladaptation, cest celui du capitaliste isol&eacute;. Dans cette perspective les faits &eacute;conomiques apparaissent d&eacute;form&eacute;s par les lois de la concurrence et se refl&egrave;tent dans la conscience du capitaliste individuel. Celui-ci consid&egrave;re en effet chaque fragment organique de lensemble de l&eacute;conomie comme un tout ind&eacute;pendant, il nen voit que les effets sur lui, capitaliste isol&eacute;, et par cons&eacute;quent les consid&egrave;re comme de simples " d&eacute;sordres " ou de simples " facteurs dadaptation ". Pour le capitaliste isol&eacute; les crises sont effectivement de simples d&eacute;sordres dont la disparition lui accorderait un plus long d&eacute;lai dexistence. Pour lui le cr&eacute;dit est un moyen dadapter ses forces de production insuffisantes aux besoins du march&eacute;. Pour lui le cartel auquel il adh&egrave;re supprime effectivement lanarchie.</font> <p><font size=-2>En un mot, la th&eacute;orie bersteinienne de ladaptation nest rien dautre quune g&eacute;n&eacute;ralisation th&eacute;orique du point de vue du capitaliste isol&eacute; ; or ce point de vue est traduit en th&eacute;orie par l&eacute;conomie bourgeoise vulgaire. Toutes les erreurs &eacute;conomiques de cette &eacute;cole reposent pr&eacute;cis&eacute;ment sur le malentendu selon lequel les ph&eacute;nom&egrave;nes de la concurrence, consid&eacute;r&eacute;s du point de vue du capital isol&eacute;, passent pour des manifestations de lensemble de l&eacute;conomie capitaliste. Comme le fait Bernstein &agrave; propos du cr&eacute;dit, l&eacute;conomie vulgaire consid&egrave;re encore par exemple largent comme un ing&eacute;nieux " moyen dadaptation " aux besoins de l&eacute;change. Elle cherche &eacute;galement dans les ph&eacute;nom&egrave;nes capitalistes eux-m&ecirc;mes lantidote contre les maux capitalistes. Elle croit, comme Bernstein, &agrave; la possibilit&eacute; dune r&eacute;gularisation de l&eacute;conomie capitaliste. Elle croit &agrave; la possibilit&eacute; datt&eacute;nuer les contradictions capitalistes et de repl&acirc;trer les l&eacute;zardes de l&eacute;conomie capitaliste, en dautres termes sa d&eacute;marche est r&eacute;actionnaire, et non r&eacute;volutionnaire, elle est du ressort de lutopie.</font> <p>On peut donc d&eacute;finir et r&eacute;sumer la th&eacute;orie r&eacute;visionniste par ces mots : Cest une th&eacute;orie de lenlisement du socialisme fond&eacute;e sur la th&eacute;orie de l&eacute;conomie vulgaire de lenlisement du capitalisme.</p> <HR> <p class="inter">Notes</p> <p class="note"><a NAME="N1"></a><a href="#A1">[1]</a> En 1872, les professeurs Wagner, Schmoller, Brentano, etc. se r&eacute;unirent en Congr&egrave;s &agrave; Eisenach o&ugrave; ils proclam&egrave;rent &agrave; grand tapage et avec force publicit&eacute; que leur but &eacute;tait linstauration des r&eacute;formes sociales pour la protection de la classe ouvri&egrave;re. Ces m&ecirc;mes messieurs, que le lib&eacute;ral Oppenheimer qualifie ironiquement de " ma&icirc;tres &agrave; penser universitaires du socialisme ", fond&egrave;rent imm&eacute;diatement lAssociation pour les r&eacute;formes sociales. Quelques ann&eacute;es plus tard, au moment o&ugrave; la lutte contre la social-d&eacute;mocratie saggrava, ces flambeaux du " socialisme universitaire " vot&egrave;rent, en leur qualit&eacute; de d&eacute;put&eacute;s au Reichstag, pour la prolongation de la loi dexception contre les socialistes. &Agrave; part cela, toute lactivit&eacute; de lassociation consiste en assembl&eacute;es g&eacute;n&eacute;rales annuelles o&ugrave; lon donne lecture de quelques rapports acad&eacute;miques sur diff&eacute;rents th&egrave;mes. En outre, lassociation a publi&eacute; plus de cent volumes sur diff&eacute;rentes questions &eacute;conomiques. Mais quant aux r&eacute;formes sociales, ces professeurs, qui dailleurs interviennent en faveur des droits protectionnistes, du militarisme, etc. nont pas fait un pas. Lassociation a m&ecirc;me, en fin de compte, abandonn&eacute; toutes les r&eacute;formes sociales pour soccuper exclusivement de la question des crises, des cartels, etc.</P> <HR> <A HREF="../index.htm"><IMG SRC="../../img/icon_lux.jpg" BORDER="0" WIDTH="44" HEIGHT="51" ALIGN="left" ALT="Archives R. Luxemburg"></A> <A HREF="../../../index.htm"><IMG SRC="../../img/marx-z.gif" BORDER="0" WIDTH="40" HEIGHT="40" ALIGN="right" ALT="Archives Internet des marxistes"></A> <CENTER><TABLE><TR> <TD><a href="r_ou_r0.html"><IMG SRC="../../img/debut.gif" BORDER=0 ALT="Dbut" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="r_ou_r1_4.html"><IMG SRC="../../img/arriere.gif" BORDER=0 ALT="Prcdent" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="#topp"><IMG SRC="../../img/haut.gif" BORDER=0 ALT="Haut de la page" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="index.html"><IMG SRC="../../img/sommaire.gif" BORDER=0 ALT="Sommaire" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="r_ou_r2_1.html"><IMG SRC="../../img/avant.gif" BORDER=0 ALT="Suite" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="r_ou_r2_5.html"><IMG SRC="../../img/fin.gif" BORDER=0 ALT="Fin" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> </TR></TABLE></CENTER> </body> </html> 
