<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <TITLE>Rforme sociale ou rvolution ? - II/4</TITLE>   <meta NAME="Description" CONTENT="Rosa Luxemburg : Rforme sociale ou Rvolution (II/4)"> <meta NAME="Author" CONTENT="tiaf@marxists.org"> <meta NAME="Keywords" lang="fr" CONTENT="marxisme, marxiste, histoire, revolution, , Luxemburg, rvolution proltarienne"> <meta NAME="Reply-to" CONTENT="tiaf@marxists.org">   <link REL="STYLESHEET" TYPE="text/css" HREF="../../trotsky/total2.css"> <style TYPE="text/css"> </style> </HEAD>   <BODY TEXT="#000000" BGCOLOR="#FFFFF0" LINK="#0000EE" VLINK="#551A8B" ALINK="#FF0000"> <P><A NAME="topp">&nbsp;</A></P>  <hr SIZE="1" NOSHADE>  <table border="0" width="100%">   <tr>     <td><p CLASS="an">1898</td>     <td><p CLASS="ref">La rponse thorique du marxime rvolutionnaire face au rvisionnisme  montant.</td>   </tr> </table>  <hr SIZE="1" NOSHADE>  <p class=titre>Rforme sociale ou rvolution ? (II)</p> <h2>Rosa Luxemburg</h2>  <p class="ss-titre">4. Leffondrement </p> <p> Bernstein, r&eacute;visant le programme socialiste, commen&ccedil;ait par abandonner la th&eacute;orie de leffondrement du capitalisme. Or, cette th&eacute;orie est la clef de vo&ucirc;te du socialisme scientifique ; en la rejetant, Bernstein provoque n&eacute;cessairement l&eacute;croulement de toute sa conception socialiste. Au cours de la discussion, il est en effet conduit, pour maintenir sa premi&egrave;re affirmation, &agrave; abandonner successivement les positions socialistes les unes apr&egrave;s les autres. <p> Sans leffondrement du capitalisme lexpropriation de la classe capitaliste est impossible. Bernstein renonce donc &agrave; lexpropriation et pose comme objectif du mouvement ouvrier la r&eacute;alisation progressive du " principe coop&eacute;ratif ". Mais le syst&egrave;me des coop&eacute;ratives ne peut &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute; &agrave; lint&eacute;rieur dun r&eacute;gime de production capitaliste. Bernstein renonce donc &agrave; la socialisation de la production et se contente de proposer la r&eacute;forme du commerce, le d&eacute;veloppement des coop&eacute;ratives de consommation. <p> Mais la transformation de la soci&eacute;t&eacute; par les coop&eacute;ratives de consommation, m&ecirc;me avec les syndicats, est incompatible avec le d&eacute;veloppement mat&eacute;riel effectif de la soci&eacute;t&eacute; capitaliste. Bernstein renonce donc &agrave; la conception mat&eacute;rialiste de lhistoire. <p> Mais sa propre conception du sens du d&eacute;veloppement &eacute;conomique est incompatible avec la th&eacute;orie marxiste de la plus-value. Cest pourquoi Bernstein abandonne la th&eacute;orie marxiste de la valeur et de la plus-value et, du m&ecirc;me coup, toute la doctrine &eacute;conomique de Marx. <p> Mais il ne peut y avoir de lutte prol&eacute;tarienne de classes sans un but final d&eacute;termin&eacute; et sans base &eacute;conomique de la soci&eacute;t&eacute; actuelle. Bernstein abandonne donc la lutte de classes et pr&ecirc;che la r&eacute;conciliation avec le lib&eacute;ralisme bourgeois. <p> Dans une soci&eacute;t&eacute; de classe cependant la lutte de classe est un ph&eacute;nom&egrave;ne naturel et in&eacute;vitable ; Bernstein conteste donc en fin de compte lexistence m&ecirc;me des classes dans notre soci&eacute;t&eacute; : la classe ouvri&egrave;re nest pour lui quune masse dindividus isol&eacute;s et dispers&eacute;s, non seulement politiquement et intellectuellement, mais encore &eacute;conomiquement. La bourgeoisie nest pas non plus, selon lui, rassembl&eacute;e politiquement par des int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques internes, sa coh&eacute;sion nest maintenue que par une pression ext&eacute;rieure venue den-haut ou den-bas. <p> Mais sil nexiste pas de fondement &eacute;conomique &agrave; la lutte de classes et si on nie en fin de compte lexistence m&ecirc;me des classes, on affirme par l&agrave; m&ecirc;me limpossibilit&eacute; non seulement de la lutte future du prol&eacute;tariat contre la bourgeoisie, mais m&ecirc;me de sa lutte pass&eacute;e ; la social-d&eacute;mocratie elle-m&ecirc;me et ses succ&egrave;s deviennent absolument incompr&eacute;hensibles. Ou alors ils ne sexpliquent que comme le produit de la pression politique du gouvernement ; ils apparaissent non pas comme la cons&eacute;quence naturelle historique, mais comme un r&eacute;sultat fortuit de la politique des Hohenzollern ; ils font figure non pas denfants l&eacute;gitimes de la soci&eacute;t&eacute; capitaliste, mais de b&acirc;tards de la r&eacute;action. Cest ainsi que Bernstein passe avec une logique rigoureuse de la conception mat&eacute;rialiste de lhistoire &agrave; celle de la <i>Frankfurter Zeitung</i> et de la <i>Vossische Zeitung</i>. <p> Apr&egrave;s avoir abjur&eacute; toute la critique socialiste de la soci&eacute;t&eacute; capitaliste, il ne reste plus qu&agrave; trouver satisfaisant le syst&egrave;me actuel du moins dans son ensemble. Cest un pas que Bernstein nh&eacute;site pas &agrave; franchir ; il estime quen Allemagne actuellement la r&eacute;action nest pas si puissante : " dans les pays de lEurope Occidentale on ne peut parler de r&eacute;action politique " ; il pense que dans tous les pays de lOccident " lattitude des classes bourgeoises &agrave; l&eacute;gard du mouvement socialiste est tout au plus une attitude de d&eacute;fense et non pas doppression " (<i>Vorw&auml;rts</i>, 26 mars 1899). Il ny a pas de paup&eacute;risation, mais une am&eacute;lioration du niveau de vie des ouvriers ; la bourgeoisie est politiquement progressive et m&ecirc;me moralement saine. On ne peut parler ni de r&eacute;action ni doppression. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes Apr&egrave;s avoir dit A, Bernstein est amen&eacute; dune fa&ccedil;on tout &agrave; fait logique et cons&eacute;quente &agrave; r&eacute;citer lalphabet tout entier. Il avait commenc&eacute; par abandonner le <i>but final</i> pour le mouvement. Mais comme il ne peut y avoir en pratique de mouvement socialiste sans but socialiste, il est oblig&eacute; de renoncer au <i>mouvement</i> lui-m&ecirc;me. <p> Toute la doctrine socialiste de Bernstein sest ainsi effondr&eacute;e. La fi&egrave;re et admirable construction sym&eacute;trique du syst&egrave;me marxiste est devenue pour lui un tas de d&eacute;combres o&ugrave; les d&eacute;bris de tous les syst&egrave;mes, les fragments de pens&eacute;e de tous les grands et petits esprits ont trouv&eacute; une fosse commune. Marx et Proudhon, Leo von Buch et Franz Oppenheimer, Friedrich-Albert Lange et Kant, Prokopovitch et le docteur Ritter von Neupauer, Herkner et Schulze-Gaevernitz, Lassalle et le professeur Julius Wolff&nbsp;<a NAME="A1"></a><a href="#N1">[1]</a>: tous ont apport&eacute; leur contribution au syst&egrave;me bernsteinien. De chacun il a pris un peu. Quoi d&eacute;tonnant &agrave; cela ? En abandonnant le point de vue de classe, il a perdu tout point de rep&egrave;re politique, en renon&ccedil;ant au socialisme scientifique il a perdu laxe de cristallisation intellectuel autour duquel les faits isol&eacute;s se groupent dans lensemble organique dune conception du monde coh&eacute;rente. <p> Cette doctrine compos&eacute;e des fragments de tous les syst&egrave;mes possibles sans distinction semble au premier abord compl&egrave;tement libre de pr&eacute;jug&eacute;s. En effet, Bernstein ne veut pas entendre parler dune " science de parti " ou, plus pr&eacute;cis&eacute;ment, dune science de classe, pas plus que dun lib&eacute;ralisme de classe ou dune morale de classe. Il croit repr&eacute;senter une science abstraite universelle, humaine, un lib&eacute;ralisme abstrait, une morale abstraite. <p> Mais la soci&eacute;t&eacute; v&eacute;ritable se compose de classes ayant des int&eacute;r&ecirc;ts, des aspirations, des conceptions diam&eacute;tralement oppos&eacute;es, et une science humaine universelle dans le domaine social, un lib&eacute;ralisme abstrait, une morale abstraite sont pour le moment du ressort de la fantaisie et de la pure utopie. Ce que Bernstein prend pour sa science, sa d&eacute;mocratie, sa morale universelle tellement humaine, cest tout simplement celles de la classe dominante, cest-&agrave;-dire la science, la d&eacute;mocratie, la morale <i>bourgeoises</i>. <p> En effet : abjurer le syst&egrave;me &eacute;conomique marxiste et se convertir aux doctrines de Brentano, Boehm-Jevons, Say, Julius Wolff, nest-ce pas troquer la base scientifique de l&eacute;mancipation de la classe ouvri&egrave;re contre lapolog&eacute;tique de la bourgeoisie ? En &eacute;voquant le caract&egrave;re universellement humain du lib&eacute;ralisme, en d&eacute;naturant le socialisme jusqu&agrave; en faire une caricature, Bernstein ne fait rien de moins que denlever au socialisme son caract&egrave;re de classe, donc son contenu historique, et, en somme, tout contenu ; inversement, il en vient &agrave; faire de la bourgeoisie, championne du lib&eacute;ralisme dans lhistoire, la repr&eacute;sentante de lint&eacute;r&ecirc;t universellement humain. <p> Bernstein condamne limportance excessive attribu&eacute;e " aux facteurs mat&eacute;riels consid&eacute;r&eacute;s comme les forces toutes-puissantes de l&eacute;volution ", il part en guerre contre le " m&eacute;pris de lid&eacute;al " dans la social-d&eacute;mocratie ; il se fait le champion de lid&eacute;alisme, de la morale, mais en m&ecirc;me temps s&eacute;l&egrave;ve contre lunique source de connaissances morales pour le prol&eacute;tariat, la lutte de classes r&eacute;volutionnaire ; ce faisant, il en vient &agrave; pr&ecirc;cher dans la classe ouvri&egrave;re ce qui est la quintessence de la morale bourgeoise, la r&eacute;conciliation avec lordre &eacute;tabli et le transfert de lespoir dans lau-del&agrave; de lunivers moral. Enfin, en r&eacute;servant ses attaques les plus violentes &agrave; la dialectique, ne vise-t-il pas le mode de penser sp&eacute;cifique du prol&eacute;tariat conscient, luttant pour ses aspirations ? La dialectique nest-elle pas linstrument qui doit aider le prol&eacute;tariat &agrave; sortir des t&eacute;n&egrave;bres o&ugrave; baigne son avenir historique, larme intellectuelle permettant au prol&eacute;tariat encore sous le joug mat&eacute;riel de la bourgeoisie de triompher delle, de la convaincre quelle est condamn&eacute;e &agrave; p&eacute;rir, de lui prouver la certitude infaillible de sa victoire ? Cette arme na-t-elle pas d&eacute;j&agrave; accompli dans le domaine de lesprit la r&eacute;volution ? Bernstein, en abandonnant la dialectique, en se livrant au petit jeu intellectuel des formules d&eacute;quilibriste telles que le " oui, mais ", " dune part, dautre part ", " quoique, cependant ", " plus ou moins ", adopte, tout &agrave; fait logiquement, le mode de penser historique de la bourgeoisie d&eacute;cadente, mode de penser qui refl&egrave;te fid&egrave;lement son existence sociale et son action politique. Le petit jeu politique de l&eacute;quilibre qui se traduit par les formules : " dune part, dautre part ", " si, mais ", cher &agrave; la bourgeoisie daujourdhui, tout cela trouve son reflet fid&egrave;le dans le mode de pens&eacute;e de Bernstein ; et le mode de pens&eacute;e de Bernstein est le sympt&ocirc;me le plus sensible et le plus s&ucirc;r de son id&eacute;ologie bourgeoise. Mais pour Bernstein le terme de bourgeois ne d&eacute;signe plus une classe, cest un concept social universel. Cela signifie simplement que - logique jusqu&agrave; ses derni&egrave;res cons&eacute;quences, jusquau dernier point sur le dernier i - en abandonnant la science, la politique, la morale, et le mode de pens&eacute;e du prol&eacute;tariat il abandonne &eacute;galement le langage historique du prol&eacute;tariat pour celui de la bourgeoisie. Puisque par <i>B&uuml;rger</i>,&nbsp;<a NAME="A2"></a><a href="#N2">[2]</a> Bernstein entend sans diff&eacute;renciation &agrave; la fois le bourgeois et le prol&eacute;taire, donc lhomme en g&eacute;n&eacute;ral, cest queffectivement lhomme est pour lui tout bonnement le bourgeois, que la soci&eacute;t&eacute; humaine est identique &agrave; la soci&eacute;t&eacute; bourgeoise.</P> <HR> <p class="inter"> Notes <p class="note"><a NAME="N1"></a> <a href="#A1">[1]</a> Frantz Oppenheimer, &eacute;conomiste et sociologue (1864-1943). Tenant dun socialisme lib&eacute;ral. Il voyait lorigine de la mis&egrave;re dans le monopole de la propri&eacute;t&eacute; du sol. Friedrich Albert Lange, philosophe (1852-1875). Th&eacute;oricien du n&eacute;o-kantisme. A soutenu certaines th&eacute;ories du socialisme utopique. Herkner, &eacute;conomiste (1863-1932) : un des repr&eacute;sentants du " socialisme de la chaire " (<i>Kathedersozialismus</i>). Schulze-Gaevernitz, &eacute;conomiste (1864-1943). Auteur de <i>Zum Sozialen Frieden </i>et de <i>Imperialismus und englischer Freihandel</i>. <p class="note"><a NAME="N2"></a> <a href="#A2">[2]</a> Le mot allemand d&eacute;signe &agrave; la fois le bourgeois et le citoyen.</P>  <HR> <A HREF="../index.htm"><IMG SRC="../../img/icon_lux.jpg" BORDER="0" WIDTH="44" HEIGHT="51" ALIGN="left" ALT="Archives R. Luxemburg"></A> <A HREF="../../../index.htm"><IMG SRC="../../img/marx-z.gif" BORDER="0" WIDTH="40" HEIGHT="40" ALIGN="right" ALT="Archives Internet des marxistes"></A> <CENTER><TABLE><TR> <TD><a href="r_ou_r0.html"><IMG SRC="../../img/debut.gif" BORDER=0 ALT="Dbut" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="r_ou_r2_3.html"><IMG SRC="../../img/arriere.gif" BORDER=0 ALT="Prcdent" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="#topp"><IMG SRC="../../img/haut.gif" BORDER=0 ALT="Haut de la page" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="index.html"><IMG SRC="../../img/sommaire.gif" BORDER=0 ALT="Sommaire" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="r_ou_r2_5.html"><IMG SRC="../../img/avant.gif" BORDER=0 ALT="Suite" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> <TD><a href="r_ou_r2_5.html"><IMG SRC="../../img/fin.gif" BORDER=0 ALT="Fin" WIDTH="43" HEIGHT="26"></A></TD> </TR></TABLE></CENTER> </body> </html> 
