<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 3.2//EN"> <HTML> <HEAD> <title>Pourquoi le futur n'a pas besoin de nous</title> <META NAME="GENERATOR" CONTENT="StarOffice/5.1 (Solaris Sparc)"> <META NAME="CREATED" CONTENT="20010329;17324300"> <META NAME="CHANGED" CONTENT="16010101;0"> <META NAME="SDFOOTNOTE" CONTENT=";;;;;C"> <STYLE> 	<!-- 		@page { size: 8.25in 11.67in; margin-left: 0.98in; margin-right: 0.83in; margin-top: 1.39in; margin-bottom: 1.17in } 		A.sdfootnoteanc { font-size: 57% } 	--> 	</STYLE> <link href="http://minerva.amacad.org/archive/bulletin4.htm" id="ID" rel="Rel" rev="Rev" title="titre"> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FFFFFF" LINK="#0099CC" VLINK="#0099CC"> <P ALIGN=CENTER STYLE="margin-bottom: 0in"><FONT SIZE=4><B>Pourquoi le futur n'a    pas besoin de nous</B></FONT></P> <P STYLE="margin-bottom: 0in"><I>Les technologies les plus puissantes du XXI<SUP>e</SUP>    si&egrave;cle -&nbsp;la robotique, le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique et    les &nbsp;nanotechnologies&nbsp;- menacent d'extinction l'esp&egrave;ce humaine.    </I> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-bottom: 0in; font-style: normal; line-height: 0.14in">    <FONT SIZE=3><B>par Bill Joy</B></FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote1anc" HREF="#sdfootnote1sym"><SUP>1</SUP></A></P> <BR> <P ALIGN=JUSTIFY> Mon implication dans le d&eacute;veloppement des nouvelles technologies    s'est toujours accompagn&eacute;e de pr&eacute;occupations d'ordre &eacute;thique,    et ce depuis le premier jour. Cependant, ce n'est qu'&agrave; l'automne 1998    que j'ai pris conscience des graves dangers que nous faisait courir le XXI<SUP>e</SUP>    si&egrave;cle. Les premiers sympt&ocirc;mes de ce malaise profond sont apparus    le jour de ma rencontre avec Ray Kurzweil, l'inventeur, au succ&egrave;s bien    l&eacute;gitime, de maintes choses extraordinaires, dont le premier appareil    permettant aux non-voyants de lire.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ray et moi    nous exprimions tous deux &agrave; la conf&eacute;rence &#147;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Telecosm&nbsp;&#148;    de George Gilder<I>.</I> Nos interventions respectives termin&eacute;es, j'ai    fait sa connaissance par hasard au bar de l'h&ocirc;tel, o&ugrave; je me trouvais    en conversation avec John Searle, un philosophe de Berkeley sp&eacute;cialiste    de la conscience. C'est alors que Ray s'est approch&eacute;, et qu'une conversation    s'est engag&eacute;e autour d'un th&egrave;me qui, depuis lors, n'a cess&eacute;    de me hanter.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> J'avais rat&eacute;    l'intervention de Ray et la tribune qui avait suivi, dont John et lui &eacute;taient    les invit&eacute;s. Or les voil&agrave; qui reprenaient le d&eacute;bat o&ugrave;    ils l'avaient laiss&eacute;. Ray affirmait que les progr&egrave;s en mati&egrave;re    de technologie allaient conna&icirc;tre une acc&eacute;l&eacute;ration de plus    en plus rapide et que nous &eacute;tions vou&eacute;s &agrave; devenir des robots,    &agrave; fusionner avec nos machines ou quelque chose d'approchant. Soutenant    qu'un automate n'est pas dou&eacute; de conscience, John rejetait, quant &agrave;    lui, cette id&eacute;e.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Si ce genre    de discours m'&eacute;tait relativement familier, les robots dou&eacute;s de    sensation restaient pour moi du domaine de la science-fiction. Or, l&agrave;,    sous mes yeux, un individu qui pr&eacute;sentait toutes les garanties de s&eacute;rieux    affirmait avec beaucoup de conviction l'imminence d'une telle perspective. J'&eacute;tais    interloqu&eacute;. Surtout connaissant la capacit&eacute; av&eacute;r&eacute;e    de Ray &agrave; non seulement imaginer le futur, mais aussi &agrave; l'inventer    de mani&egrave;re concr&egrave;te. Qu'il f&ucirc;t alors devenu possible de    refaire le monde en s'appuyant sur des technologies nouvelles comme le g&eacute;nie    g&eacute;n&eacute;tique ou les nanotechnologies<A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote2anc" HREF="#sdfootnote2sym"><SUP>2</SUP></A>,    cela n'&eacute;tait pas une surprise pour moi. Par contre, inscrire dans un    avenir proche un sc&eacute;nario r&eacute;aliste de robots &#147;&nbsp;&nbsp;intelligents&nbsp;&#148;,    voil&agrave; qui me laissait perplexe.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ce genre de    d&eacute;couvertes capitales perd vite de son piquant. Chaque jour ou presque,    un bulletin d'informations nous informe d'une avanc&eacute;e suppl&eacute;mentaire    dans un domaine ou un autre de la technologie ou des sciences. Reste qu'en ce    cas pr&eacute;cis, la pr&eacute;diction se d&eacute;tachait du lot. L&agrave;,    dans ce bar d'h&ocirc;tel, Ray m'a remis un jeu d'&eacute;preuves extraites    de son livre, <I><FONT COLOR="#ff0000">The Age of Spiritual Machines,</FONT></I>    alors sur le point de para&icirc;tre. Dans cet ouvrage, il tra&ccedil;ait les    grandes lignes d'une utopie visionnaire&nbsp;: une utopie selon laquelle, en    s'unissant &agrave; la technologie robotique, l'&ecirc;tre humain devenait une    cr&eacute;ature quasi immortelle. Au fil des pages, mon sentiment de malaise    allait croissant&nbsp;: non seulement Ray, &agrave; coup s&ucirc;r, minimisait    les dangers d'une telle voie, mais il r&eacute;duisait &eacute;galement l'importance    de ses potentiels effets d&eacute;vastateurs.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; margin-bottom: 0in"> C'est alors    que j'ai &eacute;t&eacute; boulevers&eacute; par un passage exposant en d&eacute;tail    un sc&eacute;nario dystopique&nbsp;:</P> <BR> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <FONT SIZE=3><I>UN NOUVEAU D&Eacute;FI    POUR LES &#147;&nbsp;&nbsp;LUDDISTES<A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote3anc" HREF="#sdfootnote3sym"><SUP>3</SUP></A>&nbsp;&#148;</I></FONT></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#147;&nbsp;&nbsp;Admettons que    les chercheurs en informatique parviennent &agrave; d&eacute;velopper des machines    &#147;intelligentes&#148; capables de surpasser l'&ecirc;tre humain en toute    chose. D&egrave;s lors, l'ensemble du travail serait probablement assur&eacute;    par des syst&egrave;mes automatis&eacute;s tentaculaires &agrave; l'organisation    rigoureuse, lesquels rendraient superflu tout effort humain. En ce cas, de deux    choses l'une&nbsp;: ou bien on laisse ces machines enti&egrave;rement ma&icirc;tresses    de leurs d&eacute;cisions, libres de toute supervision par l'homme, ou bien    c'est l'hypoth&egrave;se du contr&ocirc;le humain qui pr&eacute;vaut.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>Face &agrave; la perspective    d'unit&eacute;s laiss&eacute;es enti&egrave;rement ma&icirc;tresses d'elles-m&ecirc;mes,    dans la mesure o&ugrave; il est exclu d'en anticiper le comportement, nous nous    garderons de toute sp&eacute;culation sur un d&eacute;nouement possible. Reste    que d&egrave;s lors, il convient de le souligner, le destin de l'humanit&eacute;    tomberait entre leurs mains. L'argument selon lequel jamais le genre humain    n'aura la na&iuml;vet&eacute; de s'en remettre totalement aux machines est recevable.    Notre propos, toutefois, n'est pas davantage un sc&eacute;nario o&ugrave; l'homme    investirait d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment des pleins pouvoirs les machines,    qu'un autre o&ugrave; celles-ci prendraient le pouvoir d'autorit&eacute;. De    fait, ce que nous redoutons, c'est une d&eacute;rive rapide du genre humain    vers une telle d&eacute;pendance &agrave; l'&eacute;gard de celles-ci, dont,    concr&egrave;tement, il ne lui resterait plus d'autre choix que d'accepter en    bloc leurs d&eacute;cisions. A mesure que la complexit&eacute; de la soci&eacute;t&eacute;    et des probl&egrave;mes auxquels elle doit faire face iront croissants, et &agrave;    mesure que les dispositifs deviendront plus &#147;intelligents&#148;, un nombre    toujours plus grand de d&eacute;cisions leur seront confi&eacute;es. La raison    en est simple&nbsp;: on obtiendra de meilleurs r&eacute;sultats. On peut m&ecirc;me    imaginer qu'&agrave; terme, les prises de d&eacute;cisions n&eacute;cessaires    &agrave; la gestion du syst&egrave;me atteindront un degr&eacute; de complexit&eacute;    tel qu'elles &eacute;chapperont aux capacit&eacute;s de l'intelligence humaine.    Ce jour-l&agrave;, les machines auront effectivement pris le contr&ocirc;le.    Les &eacute;teindre&nbsp;? Il n'en sera pas question. Etant donn&eacute; notre    degr&eacute; de d&eacute;pendance, ce serait un acte suicidaire.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <FONT SIZE=3><I>&#148; L'option    alternative consisterait &agrave; asservir les machines au contr&ocirc;le de    l'homme. Si, dans une telle hypoth&egrave;se, l'individu lambda conserve la    ma&icirc;trise de certains appareils personnels tels que sa voiture ou son ordinateur,    celle des syst&egrave;mes de grande envergure devient le monopole d'une &eacute;lite    restreinte -&nbsp;comme c'est le cas aujourd'hui, mais &agrave; deux d&eacute;tails    pr&egrave;s. Avec l'&eacute;volution des techniques, cette &eacute;lite exercera    sur les masses un contr&ocirc;le renforc&eacute;. Et puisqu'&agrave; ce stade    la main-d'&#156;uvre humaine ne sera plus n&eacute;cessaire, les masses elles-m&ecirc;mes    deviendront superflues. Elles ne seront plus qu'un fardeau inutile alourdissant    le syst&egrave;me. Si l'&eacute;lite en question est cruelle, il se peut qu'elle    d&eacute;cide simplement d'exterminer l'humanit&eacute;. Si elle est humaine,    elle peut recourir &agrave; la propagande ou &agrave; d'autres techniques psychologiques    ou biologiques, pour provoquer une chute du taux de natalit&eacute; telle que    la masse de l'humanit&eacute; finirait par s'&eacute;teindre. L'&eacute;lite    pourrait alors imposer ses vues au reste du monde. Ou encore, serait-elle constitu&eacute;e    de d&eacute;mocrates au c&#156;ur tendre, elle pourrait fort bien s'investir    du r&ocirc;le du berger menant avec bienveillance le reste de l'humanit&eacute;.    Ses tenants veilleront &agrave; ce que les besoins mat&eacute;riels soient satisfaits,    &agrave; ce qu'une &eacute;ducation soit assur&eacute;e &agrave; tout enfant    dans un climat psychologique sain, &agrave; ce que chacun s'occupe avec un passe-temps    hygi&eacute;nique et qu'enfin, quiconque s'estime m&eacute;content subisse un    &#147;traitement&#148; destin&eacute; &agrave; r&eacute;gler son &#147;probl&egrave;me&#148;.    Bien entendu, la vie sera tellement vide de sens qu'il conviendra de soumettre    les individus &agrave; des manipulations biologiques ou psychologiques, soit    destin&eacute;es &agrave; &eacute;radiquer toute vell&eacute;it&eacute; de pouvoir,    soit &agrave; &#147;sublimer&#148; cette soif de pouvoir en quelque passe-temps    inoffensif. Dans une telle soci&eacute;t&eacute;, ces &ecirc;tres humains manipul&eacute;s    vivront peut-&ecirc;tre heureux&nbsp;; pour autant, la libert&eacute; leur sera    clairement &eacute;trang&egrave;re. On les aura r&eacute;duits au rang d'animaux    domestiques <A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote4anc" HREF="#sdfootnote4sym"><SUP>4</SUP></A>.&nbsp;</I></FONT><BR>   <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> L'auteur de ce passage n'est autre    que Theodore Kaczynski, alias Unabomber, mais on ne le d&eacute;couvre qu'&agrave;    la page suivante. Loin de moi l'id&eacute;e de vanter ses m&eacute;rites. En    dix-sept ans d'une campagne terroriste, ses bombes ont tu&eacute; trois personnes    et en ont bless&eacute; une multitude d'autres. L'une d'elles a gravement atteint    mon ami David Gelernter, l'un des chercheurs en informatique les plus brillants    de notre &eacute;poque, v&eacute;ritable visionnaire. En outre, comme beaucoup    de mes coll&egrave;gues, j'avais le sentiment que je pourrais facilement &ecirc;tre    sa prochaine cible.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Les actes de Kaczynski sont criminels    et, &agrave; mes yeux, la marque d'une folie meurtri&egrave;re. Nous sommes    clairement en pr&eacute;sence d'un &#147;&nbsp;&nbsp;luddiste&nbsp;&#148;. Pour    autant, ce simple constat ne balaie pas son argumentation. Il m'en co&ucirc;te,    mais je dois l'admettre&nbsp;: dans ce passage pr&eacute;cis, son raisonnement    m&eacute;rite attention. J'ai ressenti le besoin imp&eacute;rieux de prendre    le taureau par les cornes.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <FONT SIZE=3>La vision dystopique</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote5anc" HREF="#sdfootnote5sym"><SUP>5</SUP></A>    de Kaczynski expose le ph&eacute;nom&egrave;ne des cons&eacute;quences involontaires,    probl&egrave;me bien connu allant de pair avec la cr&eacute;ation et l'usage    de toute technologie. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne renvoie directement &agrave;    la loi de Murphy, en vertu de laquelle &#147;&nbsp;&nbsp;tout ce qui peut dysfonctionner    dysfonctionnera&nbsp;<A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote6anc" HREF="#sdfootnote6sym"><SUP>6</SUP></A>&nbsp;&#148;    (il s'agit en r&eacute;alit&eacute; de la loi de Finagle, assertion qui, par    nature, donne d'embl&eacute;e raison &agrave; son auteur). L'usage immod&eacute;r&eacute;    des antibiotiques a engendr&eacute; un probl&egrave;me qui, parmi tous les autres    de ce type, est peut-&ecirc;tre le plus grave&nbsp;: l'apparition de bact&eacute;ries    &#147;&nbsp;&nbsp;antibio-r&eacute;sistantes&nbsp;&#148;, infiniment plus redoutables.    Des effets similaires ont &eacute;t&eacute; observ&eacute;s lorsque, pour &eacute;liminer    le moustique de la malaria, on a eu recours au DDT, en cons&eacute;quence de    quoi cet animal est devenu r&eacute;sistant au produit destin&eacute; &agrave;    les d&eacute;truire. En outre, les parasites li&eacute;s &agrave; cette maladie    ont d&eacute;velopp&eacute; des g&egrave;nes (<U>multi-r&eacute;sistants</U>)<A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote7anc" HREF="#sdfootnote7sym"><SUP>7</SUP></A>.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> La cause d'un si grand nombre d'impr&eacute;vus    semble claire&nbsp;: les syst&egrave;mes qui entrent en jeu sont complexes,    supposent une interaction entre eux et ont besoin que les nombreuses parties    concern&eacute;es leur renvoient un feed-back. La moindre modification dans    un tel syst&egrave;me provoque une onde de choc dont les r&eacute;percussions    sont impossibles &agrave; pr&eacute;voir. Cela est d'autant plus vrai que l'homme    intervient dans le processus.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> J'ai commenc&eacute; &agrave; faire    lire &agrave; mes amis le passage de Kaczynski cit&eacute; dans <I><FONT COLOR="#ff0000">The    Age of Spiritual Machines</FONT>&nbsp;</I>; je leur tendais le livre de Kurzweil,    les laissais prendre connaissance de l'extrait, puis observais leur r&eacute;action    une fois qu'ils en d&eacute;couvraient l'auteur. Environ &agrave; la m&ecirc;me    &eacute;poque, j'ai d&eacute;couvert le livre de Hans Moravec, <I><FONT COLOR="#ff0000">Robot&nbsp;:    Mere Machine to Transcendent Mind.</FONT></I> Moravec, &eacute;minence parmi    les &eacute;minences dans la recherche en robotique, a particip&eacute; &agrave;    la cr&eacute;ation d'un des plus vastes programmes mondiaux dans ce domaine,    &agrave; la Carnegie Mellon University. <I><FONT COLOR="#ff0000">Robot</FONT></I>    m'a fourni du mat&eacute;riel suppl&eacute;mentaire pour tester mes amis. Celui-ci    abondait de fa&ccedil;on surprenante dans le sens des th&egrave;ses de Kaczynski.    Ceci par exemple&nbsp;:</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I><B>A court terme (d&eacute;but    des ann&eacute;es 2000)</B></I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#147;&nbsp;&nbsp;Une esp&egrave;ce    biologique ne survit que tr&egrave;s rarement &agrave; une rencontre avec une    esp&egrave;ce rivale pr&eacute;sentant un degr&eacute; d'&eacute;volution sup&eacute;rieur.    Il y a dix millions d'ann&eacute;es, l'Am&eacute;rique du Nord et l'Am&eacute;rique    du Sud &eacute;taient s&eacute;par&eacute;es par un isthme de Panama alors immerg&eacute;.    Comme l'Australie aujourd'hui, l'Am&eacute;rique du Sud &eacute;tait peupl&eacute;e    de mammif&egrave;res marsupiaux, en particulier d'&eacute;quivalents de rats,    de cervid&eacute;s et de tigres, tous &eacute;quip&eacute;s d'une poche ventrale.    Lorsque l'isthme faisant la jonction entre les deux Am&eacute;riques s'est soulev&eacute;,    quelques milliers d'ann&eacute;es ont suffi aux esp&egrave;ces placentaires    venues du Nord, dot&eacute;es de m&eacute;tabolismes et de syst&egrave;mes reproducteurs    et nerveux l&eacute;g&egrave;rement plus efficaces, pour d&eacute;placer et    &eacute;liminer la quasi-totalit&eacute; des marsupiaux du Sud.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#148; Dans un contexte de lib&eacute;ralisme    sans freins, des robots pr&eacute;sentant un degr&eacute; d'&eacute;volution    sup&eacute;rieur ne manqueraient pas de modifier l'homme, de la m&ecirc;me mani&egrave;re    que les placentaires d'Am&eacute;rique du Nord ont modifi&eacute; les marsupiaux    d'Am&eacute;rique du Sud (et que l'homme lui-m&ecirc;me a affect&eacute; un    grand nombre d'esp&egrave;ces). Les industries de la robotique se livreraient    une comp&eacute;tition f&eacute;roce dans une course &agrave; la mati&egrave;re,    &agrave; l'&eacute;nergie et &agrave; l'espace, relevant au passage leurs tarifs    pour s'&eacute;tablir &agrave; des niveaux inaccessibles &agrave; l'homme. D&egrave;s    lors incapable de subvenir &agrave; ses besoins, l'homme biologique se retrouverait    pouss&eacute; hors de l'existence.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#148; Il nous reste sans doute    une r&eacute;serve d'oxyg&egrave;ne, dans la mesure o&ugrave; nous ne vivons    pas dans un contexte de lib&eacute;ralisme sans freins. Le gouvernement nous    contraint &agrave; certains comportements collectifs, en priorit&eacute; par    l'imp&ocirc;t. </I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>Avec une telle r&eacute;gulation,    exerc&eacute;e judicieusement, les populations humaines pourraient amplement    b&eacute;n&eacute;ficier du travail des robots, et ce pour un bon moment.&nbsp;&#148;</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Un exemple classique de dystopie,    et encore&nbsp;: Moravec ne fait l&agrave; que s'&eacute;chauffer. Plus loin,    il explique comment, au XXI<SUP>e</SUP> si&egrave;cle, notre t&acirc;che principale    consistera &agrave; &#147;&nbsp;&nbsp;<I>veiller &agrave; s'assurer la coop&eacute;ration    ind&eacute;fectible des industries de la robotique&nbsp;&#148;</I> en votant    des lois les astreignant &agrave; rester &#147;&nbsp;&nbsp;aimables&nbsp;<A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote8anc" HREF="#sdfootnote8sym"><SUP>8</SUP></A>&nbsp;.    En outre, il rappelle &agrave; quel point, &#147;&nbsp;&nbsp;<I>une fois modifi&eacute;    en robot superintelligent non-brid&eacute;&nbsp;&#148;, </I>l'homme peut se    r&eacute;v&eacute;ler un &ecirc;tre extr&ecirc;mement dangereux. La th&egrave;se    de Moravec est qu'&agrave; terme, les robots nous succ&eacute;deront&nbsp;:    pour lui, l'humanit&eacute; est clairement vou&eacute;e &agrave; dispara&icirc;tre.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> C'&eacute;tait dit&nbsp;: une conversation    avec mon ami Danny Hillis s'imposait. Danny Hillis s'est rendu c&eacute;l&egrave;bre    comme co-fondateur de la Thinking Machines Corporation, qui a fabriqu&eacute;    un superordinateur parall&egrave;le extr&ecirc;mement puissant. Malgr&eacute;    mon titre actuel de <I>chief scientist</I> chez Sun Microsystems, je suis davantage    un architecte d'ordinateurs qu'un scientifique au sens strict, et le respect    que je voue &agrave; Danny pour sa connaissance de l'information et des sciences    physiques est sans commune mesure. En outre, Danny est un futurologue respect&eacute;,    quelqu'un qui voit &agrave; long terme&nbsp;; il y a quatre ans, il a cr&eacute;&eacute;    la Long Now Foundation, qui travaille &agrave; l'heure actuelle sur une horloge    construite pour durer dix mille ans. L'objectif est d'attirer l'attention sur    la propension de notre soci&eacute;t&eacute; &agrave; n'examiner les &eacute;v&eacute;nements    que sur un nombre d'ann&eacute;es lamentablement court (voir &#147;&nbsp;&nbsp;Test    of Time&nbsp;&#148;, Wired 8.03, p. 78). <a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.03/eword.html?pg=2" target="_blank">http://www.wired.com/wired/archive/8.03/eword.html?pg=2</a></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> J'ai donc saut&eacute; dans un avion    pour Los Angeles tout sp&eacute;cialement pour aller d&icirc;ner avec Danny    et sa femme, Pati. Selon une routine d&eacute;sormais tr&egrave;s rod&eacute;e,    j'ai d&eacute;bit&eacute; les id&eacute;es et les passages que je trouvais si    d&eacute;rangeants. La r&eacute;ponse de Danny -&nbsp;r&eacute;f&eacute;rence    claire au sc&eacute;nario de l'homme fusionnant avec la machine imagin&eacute;    par Kurzweil&nbsp;- a jailli promptement, et m'a plut&ocirc;t surpris&nbsp;:    les changements interviendraient progressivement, s'est-il content&eacute; de    dire, et nous allions nous y faire.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Mais en d&eacute;finitive, cela    ne m'&eacute;tonnait pas plus que &ccedil;a. Dans le livre de Kurzweil, j'avais    relev&eacute; une citation de Danny qui disait ceci&nbsp;: &#147;&nbsp;&nbsp;<I>J'aime    bien mon corps, comme tout le monde, mais si un corps de silicone me permet    de vivre jusqu'&agrave; 200 ans, je suis partant.&nbsp;&#148;</I> Ni le processus    en tant que tel ni les risques qui s'y rattachaient ne semblaient l'inqui&eacute;ter    le moins du monde. Contrairement &agrave; moi.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> A force de parler de Kurzweil, de    Kaczynski et de Moravec et de retourner leurs id&eacute;es dans ma t&ecirc;te,    je me suis souvenu d'un roman que j'avais lu pr&egrave;s de vingt ans auparavant,    <I><FONT COLOR="#ff0000">The White Plague,</FONT></I> de Frank Herbert, dans    lequel un chercheur en biologie mol&eacute;culaire sombre dans la folie suite    au meurtre insens&eacute; de sa famille. Pour se venger, il fabrique et r&eacute;pand    les bacilles d'une peste inconnue et hautement contagieuse qui tue &agrave;    grande &eacute;chelle, mais de fa&ccedil;on &eacute;lective (par chance, Kaczynski    &eacute;tait math&eacute;maticien et pas chercheur en biologie mol&eacute;culaire).    Un autre souvenir m'est &eacute;galement revenu, celui du Borg de &#147;&nbsp;&nbsp;Star    Trek&nbsp;&#148;&nbsp;: un essaim de cr&eacute;atures mi-biologiques, mi-robotiques    qui se distinguent par une nette propension &agrave; d&eacute;truire. Alors,    puisque les catastrophes du type Borg sont un classique en science-fiction,    pourquoi ne m'&eacute;tais-je pas inqui&eacute;t&eacute; plus t&ocirc;t de ce    genre de dystopies dans le domaine de la robotique&nbsp;? Et pour quelle raison    les autres ne s'inqui&eacute;taient-ils pas davantage de ces sc&eacute;narios    cauchemardesques&nbsp;?</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> La r&eacute;ponse &agrave; cette    interrogation r&eacute;side sans aucun doute dans notre attitude face &agrave;    ce qui est nouveau, c'est-&agrave;-dire dans notre tendance &agrave; la familiarit&eacute;    imm&eacute;diate et &agrave; l'acceptation inconditionnelle des choses. Si les    avanc&eacute;es technologiques ne sont plus &agrave; nos yeux que des &eacute;v&eacute;nements    de routine ou presque, il va pourtant falloir se r&eacute;soudre &agrave; regarder    les choses en face&nbsp;: les technologies les plus incontournables du XXI<SUP>e</SUP>    si&egrave;cle - &nbsp;la robotique, le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique    et les &nbsp;nanotechnologies&nbsp;- repr&eacute;sentent une menace diff&eacute;rente    des technologies ant&eacute;rieures. Concr&egrave;tement, les robots, les organismes    g&eacute;n&eacute;tiquement modifi&eacute;s et les &#147;&nbsp;&nbsp;nanorobots&nbsp;&#148;    ont en commun un facteur d&eacute;multipliant&nbsp;: ils ont la capacit&eacute;    de s'autoreproduire. Une bombe n'explose qu'une fois&nbsp;; un robot, en revanche,    peut prolif&eacute;rer et rapidement &eacute;chapper &agrave; tout contr&ocirc;le.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Depuis vingt-cinq ans, mon travail    porte essentiellement sur les r&eacute;seaux informatiques, o&ugrave; l'envoi    et la r&eacute;ception de messages cr&eacute;e la possibilit&eacute; d'une reproduction    non contr&ocirc;l&eacute;e. Si, dans un ordinateur ou un r&eacute;seau informatique,    la duplication peut provoquer des d&eacute;g&acirc;ts, la cons&eacute;quence    ultime en sera, dans le pire des cas, une mise hors service de l'appareil, du    r&eacute;seau, ou un blocage de l'acc&egrave;s &agrave; ce r&eacute;seau. Or    l'autoreproduction incontr&ocirc;l&eacute;e dans le domaine de ces technologies    plus r&eacute;centes nous fait courir un danger beaucoup plus grave&nbsp;: celui    de substantielles d&eacute;gradations du monde physique.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> En outre, chacune de ces technologies    nous fait miroiter sa promesse secr&egrave;te, et ce qui nous meut n'est autre    que la vision de quasi-immortalit&eacute; pr&eacute;sente dans les r&ecirc;ves    de robot de Kurzweil. Le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique permettra bient&ocirc;t    de trouver les traitements adapt&eacute;s pour soigner, voire &eacute;radiquer    la plupart des maladies&nbsp;; enfin, les &nbsp;nanotechnologies&nbsp; et la    nanom&eacute;decine permettront d'en traiter d'autres encore. Combin&eacute;es    les unes aux autres, elle pourraient allonger notre esp&eacute;rance de vie    et en am&eacute;liorer la qualit&eacute; de fa&ccedil;on significative. Il n'en    demeure pas moins que, s'agissant de ces diverses technologies, une s&eacute;quence    de petits paliers -&nbsp;sens&eacute;s, lorsqu'ils sont pris isol&eacute;ment&nbsp;-    d&eacute;bouche sur une accumulation massive de pouvoir et, de ce fait, sur    un danger redoutable.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Quelle diff&eacute;rence avec le    XX<SUP>e</SUP> si&egrave;cle&nbsp;? Certes, les technologies li&eacute;es aux    armes de destruction massive (WMD) -&nbsp;nucl&eacute;aires, biologiques et    chimiques (NBC)&nbsp; &eacute;taient puissantes, et l'arsenal faisait peser    sur nous une menace extr&ecirc;me. Cependant, la fabrication d'engins atomiques    supposait, du moins pendant un temps, l'acc&egrave;s &agrave; des mat&eacute;riaux    rares -&nbsp;et m&ecirc;me inaccessibles&nbsp;-, autant qu'&agrave; des informations    hautement confidentielles. Au surplus, les programmes d'armement biologiques    et chimiques exigeaient souvent des activit&eacute;s &agrave; grande &eacute;chelle.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Les technologies du XXI<SUP>e</SUP>    si&egrave;cle -&nbsp;g&eacute;n&eacute;tique, &nbsp;nanotechnologies&nbsp; et    robotique (GNR)&nbsp;- sont porteuses d'une puissance telle qu'elles ont la    capacit&eacute; d'engendrer des classes enti&egrave;res d'accidents et d'abus    totalement in&eacute;dits. Circonstance aggravante, pour la premi&egrave;re    fois, ces accidents et ces abus sont dans une large mesure &agrave; la port&eacute;    d'individus isol&eacute;s ou de groupes restreints. En effet, ces technologies    ne supposent ni l'acc&egrave;s &agrave; des installations de grande envergure,    ni &agrave; des mat&eacute;riaux rares&nbsp;; la seule condition pour y avoir    recours, c'est d'&ecirc;tre en possession du savoir requis.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> En cons&eacute;quence, la menace    sous laquelle nous nous trouvons aujourd'hui ne se limite plus au seul probl&egrave;me    des armes de destruction massive. Vient s'y ajouter celle de l'acquisition d'une    connaissance qui, &agrave; elle seule, permet cette destruction &agrave; tr&egrave;s    grande &eacute;chelle. En outre, le potentiel d'an&eacute;antissement se trouve    d&eacute;multipli&eacute; par l'autoreproduction.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Il ne me semble pas d&eacute;raisonnable    d'affirmer qu'ayant touch&eacute; aux sommets du mal absolu, nous nous appr&ecirc;tons    &agrave; en repousser encore les limites. Surprenant et redoutable, ce mal s'&eacute;tend    bien au-del&agrave; d'un arsenal d&eacute;vastateur qui resterait l'apanage    des Etats-nations, pour tomber aujourd'hui entre les mains d'extr&eacute;mistes    isol&eacute;s.<BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Rien, dans la mani&egrave;re dont    je me suis retrouv&eacute; impliqu&eacute; dans le monde des ordinateurs, ne    me laissait pr&eacute;sager que de tels enjeux se pr&eacute;senteraient un jour    devant moi.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Mon moteur a toujours &eacute;t&eacute;    un besoin aigu de poser des questions et de trouver des r&eacute;ponses. A l'&acirc;ge    de trois ans, comme je lisais d&eacute;j&agrave;, mon p&egrave;re m'a inscrit    &agrave; l'&eacute;cole &eacute;l&eacute;mentaire, o&ugrave;, assis sur les    genoux du directeur, je lui lisais des histoires. J'ai commenc&eacute; l'&eacute;cole    en avance, j'ai saut&eacute; une classe, pour finalement m'&eacute;vader dans    les livres. J'avais une soif d'apprendre incroyable. Je posais des tas de questions,    jetant souvent le trouble dans l'esprit des adultes.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Adolescent, je m'int&eacute;ressais    de pr&egrave;s &agrave; la science et aux technologies. J'avais dans l'id&eacute;e    de devenir radioamateur, mais je ne disposais pas de l'argent suffisant pour    me payer le mat&eacute;riel. Le poste du radioamateur &eacute;tait l'Internet    d'alors&nbsp;: tr&egrave;s compulsif, et plut&ocirc;t solitaire. Outre les consid&eacute;rations    financi&egrave;res, ma m&egrave;re a stopp&eacute; net&nbsp;: pas question que    je me lance l&agrave;-dedans -&nbsp;j'&eacute;tais d&eacute;j&agrave; assez    asocial comme &ccedil;a.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Les amis proches ne se bousculaient    pas au portillon, mais je bouillonnais d'id&eacute;es. D&egrave;s le lyc&eacute;e,    j'ai d&eacute;couvert les grands auteurs de science-fiction. Je me souviens    en particulier de <FONT COLOR="#ff0000"><I>Have Spacesuit Will Travel</I> </FONT>de    Heinlein, et de <I><FONT COLOR="#ff0000">I, Robot</FONT></I> d'Asimov, avec    ses &#147;&nbsp;&nbsp;trois r&egrave;gles de la robotique&nbsp;&#148;. Les descriptions    de voyages dans l'espace m'enchantaient. Je r&ecirc;vais d'un t&eacute;lescope    pour observer les &eacute;toiles, mais n'ayant pas assez d'argent pour m'en    acheter un ou me le fabriquer moi-m&ecirc;me, j'&eacute;pluchais, en guise de    consolation, les livres pratiques expliquant comment s'y prendre. Je montais    en fl&egrave;che, mais en pens&eacute;e.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Le jeudi soir, c'&eacute;tait bowling.    Mes parents allaient faire leurs parties et nous, les gosses, restions tout    seuls &agrave; la maison. C'&eacute;tait le jour de &#147;&nbsp;&nbsp;Star Trek&nbsp;&#148;,    de Gene Roddenberry, dont c'&eacute;taient &agrave; l'&eacute;poque les &eacute;pisodes    originaux. Cette s&eacute;rie t&eacute;l&eacute;vis&eacute;e m'a profond&eacute;ment    marqu&eacute;. J'en suis arriv&eacute; &agrave; accepter son id&eacute;e, selon    laquelle l'homme avait un avenir dans l'espace, &agrave; l'occidentale, avec    ses h&eacute;ros invincibles et ses aventures extraordinaires. La vision de    Roddenberry des si&egrave;cles &agrave; venir reposait sur des valeurs morales    solides, exprim&eacute;es dans des codes de conduite comme la &#147;&nbsp;&nbsp;premi&egrave;re    directive&nbsp;&#148;&nbsp;: ne pas interf&eacute;rer dans le d&eacute;veloppement    de civilisations moins avanc&eacute;es sur le plan technologique. Cela exer&ccedil;ait    sur moi une fascination sans borne&nbsp;; aux commandes de ce futur, on trouvait    non pas des robots, mais des &ecirc;tres humains, avec une &eacute;thique. Et    j'ai partiellement fait mien le r&ecirc;ve de Roddenberry.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Au lyc&eacute;e, mon niveau en math&eacute;matiques    &eacute;tait excellent, et quand je suis parti &agrave; l'universit&eacute;    du Michigan pour y pr&eacute;parer ma licence d'ing&eacute;nieur, je me suis    tout de suite inscrit en math&eacute;matiques sup&eacute;rieures. R&eacute;soudre    des probl&egrave;mes math&eacute;matiques &eacute;tait un joli d&eacute;fi,    mais avec les ordinateurs, j'ai d&eacute;couvert quelque chose de nettement    plus int&eacute;ressant&nbsp;: une machine dans laquelle on pouvait introduire    un programme qui tentait de r&eacute;soudre le probl&egrave;me, suite &agrave;    quoi la machine v&eacute;rifiait rapidement si cette solution &eacute;tait bonne.    L'ordinateur avait une id&eacute;e claire de ce qui &eacute;tait exact ou inexact,    de ce qui &eacute;tait vrai ou faux. Mes id&eacute;es &eacute;taient-elles justes&nbsp;?    La machine pourrait me le dire. Tout cela &eacute;tait tr&egrave;s s&eacute;duisant.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Par chance, j'ai r&eacute;ussi &agrave;    me trouver un travail dans la programmation des premiers superordinateurs, et    j'ai d&eacute;couvert les extraordinaires capacit&eacute;s des unit&eacute;s    puissantes qui permettent, gr&acirc;ce &agrave; la simulation num&eacute;rique,    d'&eacute;laborer des concepts de haute technologie. Arriv&eacute; &agrave;    l'UC Berkeley, au milieu des ann&eacute;es 70, pour y suivre mon troisi&egrave;me    cycle, j'ai commenc&eacute; &agrave; aller au c&#156;ur des machines pour inventer    des mondes nouveaux, me couchant tard, les jours o&ugrave; je me couchais. A    r&eacute;soudre des probl&egrave;mes. A r&eacute;diger les codes qui d&eacute;sesp&eacute;raient    d'&ecirc;tre &eacute;crits.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <FONT SIZE=3>Dans <I><FONT COLOR="#ff0000">The    Agony and the Ecstasy,</FONT></I> sa biographie romanc&eacute;e de Michel-Ange,    Irving Stone d&eacute;crit avec un r&eacute;alisme saisissant comment le sculpteur,    &#147;&nbsp;&nbsp;<I>per&ccedil;ant le secret&nbsp;&#148;</I> de la pierre,    laissait ses visions guider son ciseau pour lib&eacute;rer les statues de leur    gangue min&eacute;rale</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote9anc" HREF="#sdfootnote9sym"><SUP>9</SUP></A>..    De la m&ecirc;me mani&egrave;re, dans mes moments d'euphorie les plus intenses,    c'est comme si le logiciel surgissait des profondeurs de l'ordinateur. Une fois    finalis&eacute; dans mon esprit, j'avais le sentiment qu'il si&eacute;geait    dans la machine, n'attendant plus que l'instant de sa lib&eacute;ration. Dans    cette optique, ne pas fermer l'&#156;il de la nuit me semblait un prix &agrave;    payer bien d&eacute;risoire pour lui donner sa libert&eacute;, pour que mes    id&eacute;es prennent forme.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Au bout de quelques ann&eacute;es    &agrave; Berkeley, j'ai commenc&eacute; &agrave; envoyer certains des logiciels    que j'avais con&ccedil;us -&nbsp;un syst&egrave;me Pascal d'instructions, des    utilitaires Unix, ainsi qu'un &eacute;diteur de texte nomm&eacute; vi (lequel,    &agrave; ma grande surprise, est toujours utilis&eacute; vingt ans plus tard)&nbsp;-    &agrave; des gens &eacute;galement &eacute;quip&eacute;s de petits PDP-11 et    de mini-ordinateurs VAX. Ces aventures au pays du software ont finalement donn&eacute;    naissance &agrave; la version Berkeley du syst&egrave;me d'exploitation Unix,    lequel, sur le plan personnel, s'est sold&eacute; par un &#147;&nbsp;&nbsp;succ&egrave;s    d&eacute;sastreux&nbsp;&#148;&nbsp;: la demande &eacute;tait si forte que je    n'ai jamais pu boucler mon PhD. En revanche, j'ai &eacute;t&eacute; recrut&eacute;    par Darpa pour mettre sur Internet la version Berkeley du syst&egrave;me Unix,    et la corriger pour en faire quelque chose de fiable et capable de faire tourner    des applications de recherche de grande envergure &eacute;galement. Tout cela    m'a follement amus&eacute; et a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s gratifiant.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Et, franchement, je ne voyais pas    l'ombre d'un robot nulle part. Ni ici ni &agrave; proximit&eacute;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Reste qu'au d&eacute;but des ann&eacute;es    80, j'&eacute;tais submerg&eacute;. Les versions Unix connaissaient un grand    succ&egrave;s, et bient&ocirc;t, ce qui &eacute;tait au d&eacute;part un petit    projet personnel a trouv&eacute; son financement et s'est dot&eacute; d'effectifs.    Cependant, comme toujours &agrave; Berkeley, le probl&egrave;me &eacute;tait    moins l'argent que les m&egrave;tres carr&eacute;s. Compte tenu de l'envergure    du projet et des effectifs requis, l'espace manquait. C'est pourquoi lorsque    sont apparus les autres membres fondateurs de Sun Microsystems, j'ai saut&eacute;    sur l'occasion d'unir nos forces. Chez Sun, les journ&eacute;es interminables    ont &eacute;t&eacute; le quotidien jusqu'aux premi&egrave;res g&eacute;n&eacute;rations    de stations de travail et de PC, et j'ai eu le plaisir de participer &agrave;    l'&eacute;laboration de technologies de pointe dans le domaine des microprocesseurs    et des technologies Internet telles que Java et Jini.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Tout cela, il me semble, le laisse    clairement appara&icirc;tre&nbsp;: je ne suis pas un &#147;&nbsp;&nbsp;luddiste&nbsp;&#148;.    Bien au contraire. J'ai toujours tenu la qu&ecirc;te de v&eacute;rit&eacute;    scientifique dans la plus haute estime, et toujours &eacute;t&eacute; intimement    convaincu de la capacit&eacute; de la grande ing&eacute;nierie &agrave; engendrer    le progr&egrave;s mat&eacute;riel. La r&eacute;volution industrielle a am&eacute;lior&eacute;    notre vie &agrave; tous de fa&ccedil;on extraordinaire au cours des deux derniers    si&egrave;cles, et, concernant ma carri&egrave;re, mon v&#156;u a toujours &eacute;t&eacute;    de produire des solutions utiles &agrave; des probl&egrave;mes r&eacute;els,    en les g&eacute;rant un par un.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Je n'ai pas &eacute;t&eacute; d&eacute;&ccedil;u.    Mon travail a eu des r&eacute;percussions proprement inesp&eacute;r&eacute;es,    et l'utilisation &agrave; grande &eacute;chelle qui en a &eacute;t&eacute; faite    a, de surcro&icirc;t, d&eacute;pass&eacute; mes r&ecirc;ves les plus fous. Voil&agrave;    maintenant vingt ans que je me creuse la t&ecirc;te pour fabriquer des ordinateurs    suffisamment fiables &agrave; mes yeux (on est encore loin du compte), et pour    tenter d'en accro&icirc;tre le confort d'utilisation (un objectif encore plus    loin d'&ecirc;tre r&eacute;alis&eacute; &agrave; ce jour). Reste que, si certains    progr&egrave;s ont &eacute;t&eacute; accomplis, les probl&egrave;mes qui subsistent    semblent plus d&eacute;courageants encore.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Toutefois, si j'avais conscience    des dilemmes moraux li&eacute;s aux cons&eacute;quences de certaines technologies    dans des domaines comme la recherche en armements, loin de moi l'id&eacute;e    qu'ils pourraient un jour surgir dans mon propre secteur. Ou, en tout cas, pas    si pr&eacute;matur&eacute;ment.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in; text-decoration: none"> Happ&eacute;    dans le vortex d'une transformation, sans doute est-il toujours difficile d'entrevoir    le r&eacute;el impact des choses. Que ce soit dans le domaine des sciences ou    celui des technologies, l'incapacit&eacute; &agrave; saisir les cons&eacute;quences    de leurs inventions semble un d&eacute;faut largement r&eacute;pandu parmi les    chercheurs, tout &agrave; l'ivresse de la d&eacute;couverte et de l'innovation.    Inh&eacute;rent &agrave; la qu&ecirc;te scientifique, le d&eacute;sir naturel    de savoir br&ucirc;le en nous depuis si longtemps que nous n&eacute;gligeons    de marquer une pause pour prendre acte de ceci&nbsp;: le progr&egrave;s &agrave;    l'origine de technologies toujours plus innovantes et toujours plus puissantes    peut nous &eacute;chapper et d&eacute;clencher un processus autonome.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> J'ai r&eacute;alis&eacute; depuis    bien longtemps que ce n'est ni au travail des chercheurs en informatique, ni    &agrave; celui des concepteurs d'ordinateurs ou des ing&eacute;nieurs que l'on    doit les avanc&eacute;es significatives dans le domaine des technologies de    l'information, mais &agrave; celui des chercheurs en physique. Au d&eacute;but    des ann&eacute;es 80, les physiciens Stephen Wolfram et Brosl Hasslacher m'ont    initi&eacute; &agrave; la th&eacute;orie du chaos et aux syst&egrave;mes non    lin&eacute;aires. Au cours des ann&eacute;es 90, des conversations avec Danny    Hillis, le biologiste Stuart Kauffman, le Prix Nobel de physique Murray Gell-Mann    et d'autres m'ont permis de d&eacute;couvrir des syst&egrave;mes complexes.    Plus r&eacute;cemment, Hasslacher et Mark Reed, ing&eacute;nieur et physicien    des puces, m'ont &eacute;clair&eacute; sur les possibilit&eacute;s extraordinaires    de l'&eacute;lectronique mol&eacute;culaire.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in; text-decoration: none"> Dans le cadre    de mon propre travail, &eacute;tant le concepteur associ&eacute; de trois architectures    de microprocesseurs -&nbsp;Sparc, PicoJava et MAJC&nbsp;- et, en outre, de plusieurs    de leurs impl&eacute;mentations, je b&eacute;n&eacute;ficie d'une place de choix    pour v&eacute;rifier, personnellement et sans rel&acirc;che, le bien-fond&eacute;    de la loi de Moore. Des d&eacute;cennies durant, cette loi nous a permis d'estimer    avec pr&eacute;cision le taux exponentiel de perfectionnement des technologies    en mati&egrave;re de semi-conducteurs. Jusqu'&agrave; l'ann&eacute;e derni&egrave;re,    j'avais la conviction que vers 2010 environ, certaines limites finiraient par    &ecirc;tre physiquement atteintes et que, par le fait, ce taux de croissance    chuterait. A mes yeux, aucun signal n'indiquait clairement qu'une technologie    nouvelle appara&icirc;trait suffisamment t&ocirc;t pour maintenir une cadence    soutenue.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Mais du fait des r&eacute;cents    progr&egrave;s, saisissants et rapides, dans le domaine de l'&eacute;lectronique    mol&eacute;culaire -&nbsp;o&ugrave; des atomes et des mol&eacute;cules isol&eacute;s    remplacent les transistors lithographi&eacute;s&nbsp;-, ainsi que dans le secteur    des technologies &agrave; l'&eacute;chelle &#147;&nbsp;&nbsp;nano&nbsp;&#148;&nbsp;    qui s'y rattachent, tout indique que nous devrions maintenir ou accro&icirc;tre    le taux de croissance annonc&eacute; par la loi de Moore pendant encore trente    ans. C'est ainsi qu'&agrave; l'horizon 2030, nous devrions &ecirc;tre en mesure    de produire, en quantit&eacute;, des unit&eacute;s un million de fois plus puissantes    que les ordinateurs personnels d'aujourd'hui. En clair, suffisamment puissantes    pour r&eacute;aliser les r&ecirc;ves de Kurzweil et de Moravec.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> La combinaison de cette formidable    puissance informatique, d'une part aux progr&egrave;s r&eacute;alis&eacute;s    en mati&egrave;re de manipulation dans le domaine des sciences physiques, d'autre    part aux r&eacute;centes d&eacute;couvertes cruciales dans celui de la g&eacute;n&eacute;tique,    aura pour cons&eacute;quence de lib&eacute;rer une d&eacute;ferlante dont le    pouvoir de transformation est ph&eacute;nom&eacute;nal. Ces cumuls permettent    d'envisager une compl&egrave;te redistribution des cartes, pour le meilleur    ou pour le pire. Les processus de duplication et de d&eacute;veloppement, jusqu'alors    circonscrits au monde physique, sont aujourd'hui &agrave; la port&eacute;e de    l'homme.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> En cr&eacute;ant des logiciels et    des microprocesseurs, je n'ai jamais eu le sentiment de d&eacute;velopper une    seule machine &#147;&nbsp;&nbsp;intelligente&nbsp;&#148;. Compte tenu de la    grande fragilit&eacute; du software comme du hardware et des capacit&eacute;s    de &#147;&nbsp;&nbsp;r&eacute;flexion&nbsp;&#148; clairement nulles que montre    une machine, j'ai toujours renvoy&eacute; cela &agrave; un futur tr&egrave;s    &eacute;loign&eacute; -&nbsp;m&ecirc;me en tant que simple possibilit&eacute;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Mais aujourd'hui, dans la perspective    d'une puissance informatique rattrapant celle des capacit&eacute;s humaines    &agrave; l'horizon 2030, je sens poindre une id&eacute;e nouvelle&nbsp;: celle    que, peut-&ecirc;tre, je travaille &agrave; l'&eacute;laboration d'outils capables    de produire une technologie qui pourrait se substituer &agrave; notre esp&egrave;ce.    Sur ce point, quel est mon sentiment&nbsp;? Celui d'un profond malaise. M'&eacute;tant    battu tout au long de ma carri&egrave;re pour fabriquer des logiciels fiables,    l'&eacute;ventualit&eacute; d'un futur nettement moins rose que certains voudraient    l'imaginer m'appara&icirc;t aujourd'hui plus que probable. Si j'en crois mon    exp&eacute;rience personnelle, nous avons tendance &agrave; surestimer nos capacit&eacute;s    de concepteurs.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Etant donn&eacute; la puissance    redoutable de ces nouvelles technologies, ne devrions-nous pas nous interroger    sur les meilleurs moyens de coexister avec elles&nbsp;? Et si, &agrave; terme,    leur d&eacute;veloppement peut ou doit sonner le glas de notre esp&egrave;ce,    ne devrions-nous pas avancer avec la plus grande prudence&nbsp;?</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Le r&ecirc;ve de la robotique est,    premi&egrave;rement, de parvenir &agrave; ce que des machines &#147;&nbsp;&nbsp;intelligentes&nbsp;&#148;    fassent le travail &agrave; notre place, de sorte que, renouant avec l'Eden    perdu, nous puissions vivre une vie d'oisivet&eacute;. Reste que dans sa version    &agrave; lui, <I><FONT COLOR="#ff0000">Darwin Among the Machines,</FONT></I>    George Dyson nous met en garde&nbsp;: &#147;&nbsp;&nbsp;<I>Dans le jeu de la    vie et de l'&eacute;volution, trois joueurs sont assis &agrave; la table&nbsp;:    l'&ecirc;tre humain, la nature et les machines. Je me range clairement du c&ocirc;t&eacute;    de la nature. Mais la nature, j'en ai peur, est du c&ocirc;t&eacute; des machines.&nbsp;&#148;</I>    On l'a vu, Moravec le rejoint sur ce point, puisqu'il se d&eacute;clare convaincu    de nos minces chances de survie en cas de rencontre avec l'esp&egrave;ce sup&eacute;rieure    des robots.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> A quel horizon un robot &#147;&nbsp;&nbsp;intelligent&nbsp;&#148;    de ce type pourrait-il voir le jour&nbsp;? Le bond en avant prochain des capacit&eacute;s    informatiques laisse &agrave; penser que ce pourrait &ecirc;tre en 2030. Or,    une fois un premier robot intelligent mis au point, il ne reste &agrave; franchir    qu'un petit pas pour en cr&eacute;er une esp&egrave;ce toute enti&egrave;re,    autrement dit pour cr&eacute;er un robot intelligent capable de se dupliquer,    de fabriquer des copies &eacute;labor&eacute;es de lui-m&ecirc;me.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Un deuxi&egrave;me r&ecirc;ve de    la robotique veut que peu &agrave; peu, notre technologie robotique va se substituer    &agrave; nous, et que, gr&acirc;ce au transfert de la conscience, nous acc&eacute;derons    &agrave; la quasi-immortalit&eacute;. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave;    ce processus que, selon Danny Hillis, nous allons nous habituer, et c'est celui-l&agrave;    &eacute;galement qu'expose en d&eacute;tail et avec distinction Ray Kurzweil    dans <I><FONT COLOR="#ff0000">The Age of Spiritual Machines </FONT></I>(on commence    &agrave; le voir avec l'implantation dans le corps humain de dispositifs informatiques,    comme en atteste la couverture de <I>Wired </I>8.02. <a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.02/full.html" target="_blank">http://www.wired.com/wired/archive/8.02/full.html</a>).</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Mais si nous devenons des extensions    de nos technologies, quelles sont nos chances de rester nous-m&ecirc;mes et,    m&ecirc;me, de rester des &ecirc;tres humains&nbsp;? Il me semble plus qu'&eacute;vident    qu'une existence de robot serait sans commune mesure avec une existence d'&ecirc;tre    humain au sens auquel nous l'entendons, quel qu'il soit, qu'en aucun cas les    robots ne seraient nos enfants, et que, sur cette voie-l&agrave;, notre humanit&eacute;    pourrait bien se perdre.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique    promet de r&eacute;volutionner l'agriculture en combinant l'accroissement des    r&eacute;coltes &agrave; la r&eacute;duction de l'usage des pesticides&nbsp;;    de cr&eacute;er des dizaines de milliers d'esp&egrave;ces in&eacute;dites de    bact&eacute;ries, plantes, virus, et animaux&nbsp;; de remplacer, ou du moins    de compl&eacute;ter, la reproduction par le clonage&nbsp;; de produire des rem&egrave;des    &agrave; d'innombrables maladies&nbsp;; d'augmenter notre esp&eacute;rance de    vie et notre qualit&eacute; de vie ; et beaucoup, beaucoup d'autres choses encore.    Aujourd'hui, nous en avons parfaitement conscience&nbsp;: ces profonds changements    dans le domaine des sciences de la biologie vont intervenir incessamment, et    vont mettre en question toutes les notions que nous avons de la vie.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Des technologies comme le clonage    humain, en particulier, nous ont sensibilis&eacute;s aux questions fondamentales    d'&eacute;thique et de morale qui se posent. Mettre le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique    au service d'une restructuration du genre humain en plusieurs esp&egrave;ces    distinctes et in&eacute;gales, par exemple, mettrait en p&eacute;ril la notion    d'&eacute;galit&eacute;, elle-m&ecirc;me composante essentielle de notre d&eacute;mocratie.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Compte tenu de la puissance formidable    que rec&egrave;le le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique, rien d'&eacute;tonnant    &agrave; ce que des questions fondamentales de s&eacute;curit&eacute; en limitent    l'usage. Mon ami[e] Amory Lovins a r&eacute;cemment sign&eacute;, en collaboration    avec Hunter Lovins, un &eacute;ditorial qui fournit un point de vue &eacute;cologique    sur un certain nombre de ces dangers. Au nombre de leurs pr&eacute;occupations    figure celle &#147;&nbsp;&nbsp;<I>que la nouvelle botanique aligne le d&eacute;veloppement    des plantes sur leur prosp&eacute;rit&eacute;, non plus au regard de l'&eacute;volution,    mais du point de vue de la rentabilit&eacute; &eacute;conomique&nbsp;&#148;    </I>(voir <FONT COLOR="#ff0000"><I>A Tale of Two Botanies,</I> </FONT>page 247    ou <a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.04/botanies.html" target="_blank">http://www.wired.com/wired/archive/8.04/botanies.html</a>)    Amory Lovins travaille depuis longtemps sur le rapport &eacute;nergie/ressources    en &eacute;tudiant les syst&egrave;mes cr&eacute;&eacute;s par l'homme selon    la m&eacute;thode dite <I>whole-system view</I>, une approche globale qui permet    souvent de trouver des solutions simples et intelligentes &agrave; des probl&egrave;mes    qui, examin&eacute;s sous un angle diff&eacute;rent, peuvent appara&icirc;tre    d&eacute;licats. En l'occurrence, cette m&eacute;thode se r&eacute;v&egrave;le    &eacute;galement concluante.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Quelque temps pr&egrave;s avoir    lu l'&eacute;ditorial des Lovins, j'ai relev&eacute;, dans l'&eacute;dition    du 19 novembre 1999 du <I>New York Times,</I> un billet traitant des organismes    g&eacute;n&eacute;tiquement modifi&eacute;s dans l'agriculture, sign&eacute;    Gregg Easterbrook sous le titre&nbsp; &#147;&nbsp;&nbsp;Nourriture du futur&nbsp;:    Un jour, de la vitamine A int&eacute;gr&eacute;e dans votre grain de riz. Sauf    en cas de victoire des luddistes&nbsp;&#148;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Amory et Hunter Lovins seraient-ils    des &#147;&nbsp;&nbsp;luddistes&nbsp;&#148;&nbsp;&nbsp;? A l'&eacute;vidence,    non. Nul ne doute, j'imagine, des possibles bienfaits du <I>golden rice,</I>    avec sa vitamine A int&eacute;gr&eacute;e, dans la mesure o&ugrave; on le d&eacute;veloppe    dans le respect des potentiels dangers d&eacute;coulant du franchissement des    barri&egrave;res entre esp&egrave;ces.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Comme en atteste l'&eacute;ditorial    des Lovins, la vigilance face aux dangers inh&eacute;rents au g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique    commence &agrave; se renforcer. Dans une tr&egrave;s large mesure, la population    a connaissance des aliments &agrave; base d'organismes g&eacute;n&eacute;tiquement    modifi&eacute;s et &eacute;prouve un malaise devant ceux-ci&nbsp;; elle semble    oppos&eacute;e &agrave; l'id&eacute;e de leur circulation sans &eacute;tiquetage    ad&eacute;quat.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Mais le g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique    a d&eacute;j&agrave; parcouru beaucoup de chemin. Comme le soulignent les Lovins,    l'USDA a d&eacute;j&agrave; avalis&eacute; la mise en vente illimit&eacute;e    d'une cinquantaine de produits agricoles g&eacute;n&eacute;tiquement modifi&eacute;s.    C'est ainsi qu'aujourd'hui, plus de la moiti&eacute; du soja ainsi qu'un tiers    du ma&iuml;s mondial contiennent des g&egrave;nes transf&eacute;r&eacute;s,    issus d'un croisement avec d'autres formes de vie.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Si, dans ce contexte, les enjeux    de taille ne manquent pas, ma principale crainte dans le domaine du g&eacute;nie    g&eacute;n&eacute;tique est plus cibl&eacute;e&nbsp;: celle que cette technologie    puisse donner le pouvoir de d&eacute;clencher une &#147;&nbsp;&nbsp;peste blanche&nbsp;&#148;    -&nbsp;militairement, accidentellement ou par un acte terroriste d&eacute;lib&eacute;r&eacute;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Les maintes merveilles des &#147;&nbsp;&nbsp;nanotechnologies&nbsp;&#148;    ont, &agrave; l'origine, &eacute;t&eacute; imagin&eacute;es par le prix Nobel    de physique Richard Feynman, dans un discours qu'il a tenu en 1959, publi&eacute;    par la suite sous le titre &#147;&nbsp;&nbsp;<FONT COLOR="#ff0000">There's plenty    of room at the bottom&nbsp;&#148;.</FONT> Au milieu des ann&eacute;es 80, un    livre m'a fait forte impression&nbsp;: il s'agit d'<FONT COLOR="#ff0000"><I>Engines    of Creation,</I> </FONT>d'Eric Drexler. Dans cet ouvrage, l'auteur d&eacute;crit    en termes vibrants comment la manipulation de la mati&egrave;re au niveau de    l'atome pourrait permettre de b&acirc;tir un futur utopique de profusion de    biens mat&eacute;riels, dans lequel chaque chose ou presque pourrait &ecirc;tre    produite &agrave; un co&ucirc;t d&eacute;risoire, et o&ugrave;, gr&acirc;ce    aux nanotechnologies&nbsp; et aux intelligences artificielles, quasiment n'importe    quelle maladie ou probl&egrave;me physique pourrait &ecirc;tre r&eacute;solu.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Dans la foul&eacute;e, un livre,    cette fois cosign&eacute; par Drexler sous le titre <I><FONT COLOR="#ff0000">Unbounding    the Future&nbsp;: The Nanotechnology Revolution,</FONT></I> imaginait certains    des changements susceptibles d'intervenir dans un monde dot&eacute; d'&#147;&nbsp;assembleurs&nbsp;&#148;    &agrave; l'&eacute;chelle mol&eacute;culaire. Gr&acirc;ce &agrave; ces micromonteurs,    et pour des prix incroyablement bas, il devenait possible de produire de l'&eacute;nergie    solaire, de renforcer les capacit&eacute;s du syst&egrave;me immunitaire pour    soigner les maladies, du cancer au simple rhume, de nettoyer l'environnement    de fond en comble, ou de mettre sur le march&eacute; des superordinateurs de    poche &agrave; des prix d&eacute;risoires. Concr&egrave;tement, ces assembleurs    avaient la capacit&eacute; de produire en s&eacute;rie n'importe quel produit    pour un prix n'exc&eacute;dant pas celui du bois, de rendre les voyages dans    l'espace plus abordables que les croisi&egrave;res transoc&eacute;aniques ne    le sont aujourd'hui, ou encore de r&eacute;tablir des esp&egrave;ces disparues.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Je me souviens de l'impression favorable    que la lecture d'<I><FONT COLOR="#ff0000">Engines of Creation</FONT></I> m'a    laiss&eacute;e vis-&agrave;-vis des nanotechnologies. En refermant ce livre,    l'homme de technologie que je suis a &eacute;t&eacute; gagn&eacute; par un sentiment    de paix, en ce sens qu'elles laissaient augurer d'un progr&egrave;s ph&eacute;nom&eacute;nal.    Ce progr&egrave;s &eacute;tait non seulement possible, mais peut-&ecirc;tre    m&ecirc;me in&eacute;luctable. Si les nanotechnologies &eacute;taient notre    futur, alors trouver, l&agrave;, tout de suite, une solution &agrave; la multitude    de probl&egrave;mes qui se posaient &agrave; moi ne rev&ecirc;tait plus le m&ecirc;me    caract&egrave;re d'urgence. J'en viendrais au futur utopique de Drexler en temps    et en heure&nbsp;: tant qu'&agrave; faire, autant profiter un peu de la vie,    ici et maintenant. Compte tenu de sa vision, travailler sans rel&acirc;che de    jour comme de nuit n'avait plus gu&egrave;re de sens.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> La vision de Drexler a &eacute;galement    &eacute;t&eacute; pour moi une source de franches rigolades. Je me suis surpris    plus d'une fois &agrave; vanter &agrave; ceux qui n'en avaient jamais entendu    parler les vertus extraordinaires des nanotechnologies. Apr&egrave;s les avoir    &eacute;moustill&eacute;s avec les descriptions de Drexler, je leur assignais    une petite mission de mon cru&nbsp;: <I>&#147;&nbsp;&nbsp;En recourant aux m&eacute;thodes</I>    <I>des nanotechnologies, produisez un vampire. Pour marquer des points suppl&eacute;mentaires,    cr&eacute;ez l'antidote.&nbsp;&#148;</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Les merveilles en question portaient    en elles de r&eacute;els dangers, et ces dangers, j'en avais une conscience    aigu&euml;. Comme je l'ai affirm&eacute; en 1989 lors d'une conf&eacute;rence,    <I>&#147;&nbsp; nous ne pouvons nous borner &agrave; notre discipline sans prendre    en consid&eacute;ration ces questions &eacute;thiques</I><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote10anc" HREF="#sdfootnote10sym"><SUP>10</SUP></A>&nbsp;.    Mais les conversations que j'ai eues par la suite avec des physiciens m'en ont    convaincu&nbsp;: selon toute vraisemblance, les nanotechnologies resteraient    un r&ecirc;ve -&nbsp;ou, en tout cas, elles ne risquaient pas d'&ecirc;tre op&eacute;rationnelles    de sit&ocirc;t. Peu de temps apr&egrave;s, je suis parti m'installer dans le    Colorado, o&ugrave; j'avais mont&eacute; une &eacute;quipe de conception de    hautes technologies, avant que mon int&eacute;r&ecirc;t ne se porte sur des    logiciels destin&eacute;s &agrave; l'Internet, prioritairement sur des id&eacute;es    qui allaient devenir le langage Java et le protocole Jini.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Et puis, l'&eacute;t&eacute; dernier,    Brosl Hasslacher me l'a annonc&eacute;&nbsp;: l'&eacute;lectronique mol&eacute;culaire    &agrave; l'&eacute;chelle &#147;&nbsp;nano&nbsp;&#148; &eacute;tait devenue    r&eacute;alit&eacute;. Cette fois-ci, on pouvait vraiment parler de coup de    th&eacute;&acirc;tre -&nbsp;en tout cas, pour moi, mais pour beaucoup d'autres    &eacute;galement, je crois -,&nbsp;et cette information a radicalement fait    basculer mon point de vue au sujet des nanotechnologies. Elle m'a renvoy&eacute;    &agrave; <I><FONT COLOR="#ff0000">Engines of Creation.</FONT></I> Me replongeant    dans le travail de Drexler plus dix ans apr&egrave;s, j'ai &eacute;t&eacute;    constern&eacute; du peu de cas que j'avais fait d'une tr&egrave;s longue section    du livre intitul&eacute;e &#147;&nbsp;&nbsp;Esp&eacute;rances et p&eacute;rils&nbsp;&#148;,    o&ugrave; figurait notamment un d&eacute;bat autour du th&egrave;me des nanotechnologies    comme potentiels <I>&#147;&nbsp;&nbsp;engins de destruction&nbsp;&#148;.</I>    De fait, en relisant aujourd'hui ces mises en garde, je suis frapp&eacute; de    l'apparente na&iuml;vet&eacute; de Drexler dans certaines de ses propositions    pr&eacute;ventives&nbsp;; j'estime aujourd'hui les risques infiniment plus graves    que lui-m&ecirc;me &agrave; l'&eacute;poque dans cet ouvrage (Drexler, ayant    anticip&eacute; et expos&eacute; maints probl&egrave;mes techniques et politiques    li&eacute;s aux nanotechnologies, a lanc&eacute; le Foresight Institute &agrave;    la fin des ann&eacute;es 80, &nbsp;&nbsp;pour aider la soci&eacute;t&eacute;    &agrave; se pr&eacute;parer aux technologies de pointe -&nbsp;en particulier,    les nanotechnologies.)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Selon toutes probabilit&eacute;s,    la d&eacute;couverte capitale devant mener aux assembleurs interviendra dans    les vingt prochaines ann&eacute;es. L'&eacute;lectronique mol&eacute;culaire,    domaine le plus r&eacute;cent des nanotechnologies, o&ugrave; des mol&eacute;cules    isol&eacute;es constituent des &eacute;l&eacute;ments du circuit, devrait rapidement    progresser et g&eacute;n&eacute;rer de colossaux b&eacute;n&eacute;fices au    cours de la d&eacute;cennie &agrave; venir, d&eacute;clenchant ainsi un investissement    massif et croissant dans toutes les nanotechnologies.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> H&eacute;las, comme pour la technologie    du nucl&eacute;aire, l'usage des nanotechnologies &agrave; des fins de destruction    est significativement plus ais&eacute; que son usage &agrave; des fins constructives.    Celles-ci ont des applications militaires et terroristes tr&egrave;s claires.    Au surplus, il n'est pas n&eacute;cessaire d'&ecirc;tre anim&eacute; de pulsions    suicidaires pour lib&eacute;rer un &#147;&nbsp;&nbsp;nanodispositif&nbsp;&#148;    de destruction massive&nbsp;: sa vocation peut &ecirc;tre la destruction s&eacute;lective,    avec pour seule cible, par exemple, une zone g&eacute;ographique pr&eacute;cise    ou un groupe d'individus g&eacute;n&eacute;tiquement distincts.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> L'une des cons&eacute;quences imm&eacute;diates    du commerce faustien donnant acc&egrave;s &agrave; l'immense pouvoir que conf&egrave;rent    les nanotechnologies, c'est la menace redoutable qu'elles font peser sur nous&nbsp;:    celle d'une possible destruction de la biosph&egrave;re, indispensable &agrave;    toute vie.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Drexler l'expose dans les termes    suivants&nbsp;:</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#147;&nbsp;Des &#147;plantes&#148;&nbsp;    &agrave; &#147;feuilles&#148; gu&egrave;re plus efficaces que nos capteurs solaires    actuels pourraient vaincre les plantes r&eacute;elles et envahir la biosph&egrave;re    d'un feuillage noncomestible. Des &#147;bact&eacute;ries&#148; omnivores r&eacute;sistantes    pourraient vaincre les vraies bact&eacute;ries, se diss&eacute;miner dans l'air    comme du pollen, se reproduire rapidement, et, en l'espace de quelques jours,    r&eacute;duire &agrave; n&eacute;ant la biosph&egrave;re. Des &nbsp;&#147;r&eacute;plicateurs&#148;<FONT COLOR="#ff0000">    </FONT>dangereux pourraient ais&eacute;ment s'av&eacute;rer trop r&eacute;sistants,    trop petits et trop prompts &agrave; se reproduire pour &ecirc;tre stopp&eacute;s    -&nbsp;en tout cas, si nous ne prenons pas les devants. Nous avons d&eacute;j&agrave;    bien du mal &agrave; ma&icirc;triser les virus et les drosophiles.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#148;&nbsp;Cette menace, les    experts en nanotechnologies l'ont surnomm&eacute;e </I>&#147;gray goo problem&#148;.<I>    Si rien n'indique que des nu&eacute;es de &nbsp;r&eacute;plicateurs incontr&ocirc;l&eacute;s    formeraient automatiquement une masse grise </I>[&#147;grey&#148;]<I> et gluante    </I>[&#147;goo&#148;],<I> cette appellation souligne que des &nbsp;r&eacute;plicateurs    dou&eacute;s d'une telle puissance d&eacute;vastatrice s'av&eacute;reraient,    je le crois, moins engageants qu'une simple esp&egrave;ce de mauvaise herbe.    Certes, ils peuvent se r&eacute;v&eacute;ler sup&eacute;rieurs du point de vue    de leur degr&eacute; d'&eacute;volution, mais cela ne suffit pas &agrave; en    faire des utiles.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#148; Le </I>&#147;gray goo    problem&#148;<I> laisse clairement appara&icirc;tre une chose&nbsp;: s'agissant    des assembleurs et de leur reproduction, nous ne pouvons pas nous permettre    certains accidents.&nbsp;&#148;</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <FONT SIZE=3>Finir englu&eacute;s    dans une masse grise et visqueuse serait assur&eacute;ment une fin d&eacute;primante    &agrave; notre aventure sur la Terre -&nbsp;de loin pire que le simple feu ou    la glace. En outre, elle pourrait survenir &agrave; la suite d'un simple, houp&nbsp;!,    incident de laboratoire</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote11anc" HREF="#sdfootnote11sym"><SUP>11</SUP></A>.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> C'est avant tout le pouvoir destructeur    de l'autoreproduction dans le domaine de la g&eacute;n&eacute;tique, des nanotechnologies    et de la robotique (GNR) qui devrait nous inciter &agrave; marquer une pause.    L'autoreproduction est le <I>modus operandi</I> du g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique,    lequel utilise la machinerie de la cellule pour dupliquer ses propres structures,    et constitue le risque de <I>&#147;</I>&nbsp;&nbsp;<I>gray goo&nbsp;&#148;</I>    num&eacute;ro un sous-jacent aux nanotechnologies. Les sc&eacute;narios, dans    la veine du Borg, de robots pris de folie se reproduisant ou mutant pour se    soustraire aux contraintes &eacute;thiques impos&eacute;es par leur concepteur    sont aujourd'hui des classiques du livre et du film de science-fiction. Il n'est    d'ailleurs pas exclu qu'en d&eacute;finitive, le ph&eacute;nom&egrave;ne d'autoreproduction    se r&eacute;v&egrave;le plus fondamental que nous ne le pensions, et que, de    ce fait, la ma&icirc;trise en soit plus difficile,&nbsp;voire impossible. Un    article r&eacute;cent de Stuart Kauffman publi&eacute; dans <I>Nature,</I> intitul&eacute;    &#147;&nbsp;&nbsp;Autoreproduction&nbsp;: m&ecirc;me les peptides s'y mettent&nbsp;&#148;,    se penche sur une d&eacute;couverte &eacute;tablissant qu'un polypeptide de    32 aminoacides a la capacit&eacute; d'<I>&#147; autocatalyser sa propre synth&egrave;se&nbsp;&#148;.</I>    A ce jour, m&ecirc;me si on &eacute;value mal la port&eacute;e exacte d'une    telle capacit&eacute;, Kauffman observe que cela pourrait ouvrir <I>&#147;&nbsp;&nbsp;une    voie de syst&egrave;mes mol&eacute;culaires autoreproductifs sur une base significativement    plus &eacute;tendue que ne l'&eacute;tablissent les paires de base de Watson-Crick&nbsp;</I><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote12anc" HREF="#sdfootnote12sym"><SUP>12</SUP></A>&nbsp;&#148;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in; text-decoration: none"> En v&eacute;rit&eacute;,    voil&agrave; des ann&eacute;es que nous sommes alert&eacute;s des dangers inh&eacute;rents    &agrave; une vulgarisation des GNR, un savoir qui, &agrave; lui seul, rend possible    la destruction massive. Mais ces avertissements ont &eacute;t&eacute; peu relay&eacute;s,    et les d&eacute;bats publics pas &agrave; la hauteur. Il n'y aucun profit &agrave;    escompter d'une sensibilisation du public.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> Les technologies nucl&eacute;aires,    biologiques et chimiques (NBC) utilis&eacute;es dans les armes de destruction    massive du XX<SUP>e</SUP> si&egrave;cle, qui &eacute;taient et restent &agrave;    vocation prioritairement militaire, sont d&eacute;velopp&eacute;es dans les    laboratoires d'Etat. Contraste violent, les technologies GNR du XXI<SUP>e</SUP>    si&egrave;cle se distinguent par des usages clairement commerciaux et sont quasi    exclusivement d&eacute;velopp&eacute;es par des entreprises du secteur priv&eacute;.    A l'&egrave;re de l'affairisme triomphant, la technologie -&nbsp;flanqu&eacute;e    de la science, dans le r&ocirc;le de la servante&nbsp;- est en train de produire    toute une gamme d'inventions pour ainsi dire magiques, sources de b&eacute;n&eacute;fices    faramineux, sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu'ici. Nous    caressons avec agressivit&eacute; les r&ecirc;ves de ces nouvelles technologies    au sein d'un syst&egrave;me d&eacute;sormais indiscut&eacute;, aux motivations    financi&egrave;res et pressions concurrentielles multiples&nbsp;: celui d'un    capitalisme plan&eacute;taire.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="text-indent: 0.39in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#147;&nbsp;C'est la premi&egrave;re    fois dans l'histoire de notre plan&egrave;te qu'une esp&egrave;ce, quelle qu'en    soit la nature, devient un p&eacute;ril pour elle-m&ecirc;me -&nbsp;et pour    un tr&egrave;s grand nombre d'autres&nbsp;- &agrave; travers ses propres actes    d&eacute;lib&eacute;r&eacute;s.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in"> <I>&#148; Cela pourrait bien &ecirc;tre    une progression classique, inh&eacute;rente<U> </U>&agrave; de nombreux mondes&nbsp;:    une plan&egrave;te, tout juste form&eacute;e, tourne placidement autour de son    &eacute;toile&nbsp;; la vie appara&icirc;t doucement&nbsp;; une procession kal&eacute;idoscopique    de cr&eacute;atures &eacute;volue&nbsp;; l'intelligence &eacute;merge, accroissant    de mani&egrave;re significative la capacit&eacute; de survie -&nbsp;en tout    cas, jusqu'&agrave; un certain point&nbsp;; et puis, la technologie est invent&eacute;e.    L'id&eacute;e se fait jour qu'il existe certaines choses telles que les lois    de la nature, qu'il est possible de v&eacute;rifier ces lois par l'exp&eacute;rimentation,    et que l'intelligence des ces lois permet aussi bien de cr&eacute;er la vie    que de la supprimer, &agrave; des &eacute;chelles sans pr&eacute;c&eacute;dent    dans un cas comme dans l'autre. La science, reconnaissent-ils, conf&egrave;re    des pouvoirs immenses. En un &eacute;clair, ils inventent des machines capables    de changer la face du monde. Certaines civilisations voient plus loin, d&eacute;terminent    ce qu'il est bon de faire et ne pas faire, et traversent victorieusement le    temps des p&eacute;rils. D'autres, moins chanceuses ou moins prudentes, p&eacute;rissent.&nbsp;&#148;</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ces lignes,    nous les devons &agrave; <FONT COLOR="#ff0000">Carl Sagan</FONT>, d&eacute;crivant    en 1994 dans <I><FONT COLOR="#ff0000">Pale Blue Dot</FONT></I> sa vision du    futur de l'esp&egrave;ce humaine dans l'espace. Ce n'est qu'aujourd'hui que    je r&eacute;alise combien ses vues &eacute;taient p&eacute;n&eacute;trantes,    et combien sa voix me manque et continuera de me manquer cruellement. De toutes    ses contributions, servies par une &eacute;loquence digne d'&eacute;loges, le    bon sens n'&eacute;tait pas la moindre&nbsp;; une qualit&eacute; qui, au m&ecirc;me    titre que l'humilit&eacute;, semble faire d&eacute;faut &agrave; maints &eacute;minents    promoteurs des technologies du XXI<SUP>e</SUP> si&egrave;cle.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Enfant, je    me souviens que ma grand-m&egrave;re se d&eacute;clarait farouchement oppos&eacute;e    au recours syst&eacute;matique aux antibiotiques. Infirmi&egrave;re d&egrave;s    avant la premi&egrave;re guerre mondiale, elle se distinguait par une attitude    pleine de bon sens qui lui faisait dire que, sauf absolue n&eacute;cessit&eacute;,    les antibiotiques &eacute;taient mauvais pour la sant&eacute;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Non pas qu'elle    f&ucirc;t oppos&eacute;e au progr&egrave;s. En presque soixante-dix ans pass&eacute;s    au chevet des malades, elle a &eacute;t&eacute; t&eacute;moin de maintes avanc&eacute;es&nbsp;;    mon grand-p&egrave;re, diab&eacute;tique, a largement profit&eacute; de l'am&eacute;lioration    des traitements qui sont apparus de son vivant. Mais, j'en suis s&ucirc;r, &agrave;    l'image d'un grand nombre d'individus pond&eacute;r&eacute;s, elle verrait sans    doute aujourd'hui une preuve d'arrogance rare dans nos tentatives de concevoir    une &#147;&nbsp;&nbsp;esp&egrave;ce de substitution&nbsp;&#148; robotique, quand,    &agrave; l'&eacute;vidence, nous avons d&eacute;j&agrave; beaucoup de mal &agrave;    faire fonctionner des choses relativement simples, et tant de difficult&eacute;s    &agrave; nous g&eacute;rer nous-m&ecirc;mes -&nbsp;quand ce n'est pas &agrave;    nous comprendre.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Je r&eacute;alise    aujourd'hui qu'elle avait conscience de l'ordre du vivant, et de la n&eacute;cessit&eacute;    de s'y conformer en le respectant. Allant de pair avec ce respect, vient une    n&eacute;cessaire humilit&eacute;, humilit&eacute; dont, avec notre pr&eacute;somption    de d&eacute;but de XXI<SUP>e</SUP> si&egrave;cle, nous manquons pour notre plus    grand p&eacute;ril. Ancr&eacute; dans un tel respect, le point de vue du bon    sens voit souvent juste, et cela avant d'&ecirc;tre scientifiquement &eacute;tabli.    L'&eacute;vidente fragilit&eacute; et les insuffisances des syst&egrave;mes    cr&eacute;&eacute;s par la main de l'homme devraient nous inciter &agrave; marquer    une pause&nbsp;; la fragilit&eacute; des syst&egrave;mes sur lesquels j'ai personnellement    travaill&eacute; me rappelle, effectivement, ce devoir d'humilit&eacute;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Nous aurions    d&ucirc; tirer un enseignement de la fabrication de la premi&egrave;re bombe    atomique et la course aux armements qui en a d&eacute;coul&eacute;. Nous ne    nous sommes gu&egrave;re distingu&eacute;s &agrave; l'&eacute;poque, et les    parall&egrave;les avec la situation actuelle sont troublants.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> L'effort qui    devait d&eacute;boucher sur la fabrication de la premi&egrave;re bombe atomique    fut dirig&eacute; par un brillant physicien nomm&eacute; Julius Robert Oppenheimer.    Bien que naturellement peu enclin &agrave; la politique, cet homme a toutefois    pris une conscience aigu&euml; de ce qu'il tenait pour une grave menace&nbsp;:    celle que faisait peser sur la civilisation occidentale le Troisi&egrave;me    Reich. Un p&eacute;ril d'autant plus l&eacute;gitime qu'Hitler &eacute;tait    peut-&ecirc;tre en mesure de se procurer un arsenal nucl&eacute;aire. Galvanis&eacute;    par cette pr&eacute;occupation, fort de son esprit brillant, de sa passion pour    la physique et de son charisme de leader, Oppenheimer s'est transport&eacute;    &agrave; Los Alamos et a conduit un effort rapide et concluant &agrave; la t&ecirc;te    d'une incroyable brochette de grands esprits, effort qui, en peu de temps, a    permis d'inventer la bombe.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ce qui est    frappant, c'est que cet effort se soit poursuivi aussi naturellement d&egrave;s    lors que l'impulsion d'origine n'y &eacute;tait plus. Dans une r&eacute;union    qui s'est tenue peu de temps apr&egrave;s la victoire des Alli&eacute;s en Europe,    et &agrave; laquelle participaient certains physiciens d'avis qu'il faudrait    peut-&ecirc;tre stopper cet effort, Oppenheimer s'est d&eacute;clar&eacute;    au contraire en faveur de sa poursuite. La raison invoqu&eacute;e en &eacute;tait    quelque peu curieuse&nbsp;: ce n'&eacute;tait pas la peur des pertes terribles    qu'engendrerait la conqu&ecirc;te du Japon, mais le fait que cela donnerait    aux Nations unies, alors sur le point d'&ecirc;tre cr&eacute;&eacute;es, une    longueur d'avance s'agissant de l'armement nucl&eacute;aire. Plus vraisemblablement,    la poursuite du projet s'explique par l'acc&eacute;l&eacute;ration dynamique    du processus&nbsp;: le premier test atomique, Trinity, &eacute;tait &agrave;    port&eacute;e de la main.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> On sait que,    dans la pr&eacute;paration de ce premier test, les physiciens ont fait l'impasse    sur un grand nombre de dangers possibles. Leur crainte initiale, sur la base    d'un calcul d'Edward Teller, &eacute;tait qu'une explosion atomique ne mette    &agrave; feu l'atmosph&egrave;re. Une estimation revue et corrig&eacute;e a    ensuite ramen&eacute; cette menace d'an&eacute;antissement de la plan&egrave;te    &agrave; une probabilit&eacute; de un trois millioni&egrave;me. (Teller pr&eacute;tend    qu'ult&eacute;rieurement, il est parvenu &agrave; totalement &eacute;carter    le risque d'un embrasement de l'atmosph&egrave;re.) Reste qu'Oppenheimer s'inqui&eacute;tait    suffisamment de l'impact de Trinity pour mettre au point une possible &eacute;vacuation    de la partie sud-est du Nouveau-Mexique. Et, bien s&ucirc;r, existait la menace    d'une course aux armements nucl&eacute;aires.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Moins d'un    mois apr&egrave;s ce premier test concluant, deux bombes atomiques ont d&eacute;truit    Hiroshima et Nagasaki. Certains scientifiques avaient sugg&eacute;r&eacute;,    plut&ocirc;t que d'effectivement larguer la bombe sur des villes japonaises,    de se borner &agrave; en faire la d&eacute;monstration -&nbsp;mais en vain.    Ils faisaient pr&eacute;valoir qu'une fois la guerre achev&eacute;e, les chances    de contr&ocirc;le des armements s'en trouveraient accrues. Le souvenir de la    trag&eacute;die de Pearl Harbour encore vivace dans les m&eacute;moires am&eacute;ricaines,    il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; tr&egrave;s difficile au pr&eacute;sident Truman    d'ordonner une simple d&eacute;monstration de la puissance des armes, plut&ocirc;t    que d'y recourir effectivement comme il l'a fait&nbsp;; le d&eacute;sir de rapidement    en finir avec la guerre et d'&eacute;pargner les vies qu'une invasion du Japon    aurait fatalement prises &eacute;tait trop br&ucirc;lant. Il n'en demeure pas    moins que le facteur pr&eacute;pond&eacute;rant &eacute;tait probablement fort    simple&nbsp;: comme l'a ult&eacute;rieurement d&eacute;clar&eacute; le physicien    Freeman Dyson,&nbsp;<I>&#147;&nbsp;la raison pour laquelle on l'a l&acirc;ch&eacute;e    est toute simple&nbsp;: personne n'a &eacute;t&eacute; assez courageux, ou assez    avis&eacute;, pour dire non&nbsp;&#148;.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Il est important    de r&eacute;aliser l'&eacute;tat de choc dans lequel se sont trouv&eacute;s    les physiciens au lendemain du bombardement d'Hiroshima, le 6 ao&ucirc;t 1945.    Ils font &eacute;tat de vagues d'&eacute;motions successives&nbsp;: tout d'abord,    un sentiment d'accomplissement devant le bon fonctionnement de la bombe&nbsp;;    ensuite un sentiment d'horreur devant le nombre de tu&eacute;s&nbsp;; et enfin,    le sentiment aigu que plus jamais, en aucun cas, une autre bombe ne devrait    &ecirc;tre l&acirc;ch&eacute;e. Il n'en demeure pas moins qu'un second largage    a eu lieu, sur Nagasaki, et cela trois jours seulement apr&egrave;s Hiroshima.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> En novembre    1945, trois mois apr&egrave;s les bombardements nucl&eacute;aires, Oppenheimer,    r&eacute;solument align&eacute; sur les positions du corps scientifique, s'exprimait    en ces termes&nbsp;: <I>&#147;&nbsp;&nbsp;Nul ne peut se pr&eacute;tendre scientifique    s'il n'est convaincu du caract&egrave;re intrins&egrave;quement b&eacute;n&eacute;fique    de la connaissance du monde pour l'humanit&eacute;, ni du pouvoir qu'elle conf&egrave;re.    Vous ne vous servez de ce pouvoir que pour divulguer cette connaissance, et    vous devez &ecirc;tre pr&ecirc;t &agrave; en assumer pleinement les cons&eacute;quences.&nbsp;&#148;</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> &nbsp;Par la    suite, aux c&ocirc;t&eacute;s d'autres, Oppenheimer a travaill&eacute; sur le    rapport Acheson-Lilienthal, lequel, pour reprendre les termes de <FONT COLOR="#ff0000">Richard    Rhodes</FONT> dans son r&eacute;cent ouvrage <I><FONT COLOR="#ff0000">Visions    of Technology,</FONT></I> <I>&#147;&nbsp;&nbsp;permettait d'emp&ecirc;cher une    course aux armements atomiques clandestine, sans recourir &agrave; un gouvernement    mondial arm&eacute;&nbsp;&#148;</I>&nbsp;; leur suggestion consistait en quelque    sorte &agrave; ce que les Etats-nations renoncent aux armements nucl&eacute;aire    au profit d'une instance supranationale.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Cette proposition    a d&eacute;bouch&eacute; sur le plan Baruch, qui a &eacute;t&eacute; soumis    aux Nations unies en juin 1946, mais ne fut jamais adopt&eacute; (peut-&ecirc;tre    du fait que, comme le sugg&egrave;re Rhodes, Bernard Baruch avait <I>&#147;&nbsp;&nbsp;insist&eacute;    pour alourdir le plan avec des mesures coercitives&nbsp;&#148;,</I> le vouant    d&egrave;s lors &agrave; un &eacute;chec in&eacute;luctable, m&ecirc;me si,    <I>&#147;&nbsp;&nbsp;de toute fa&ccedil;on, il aurait in&eacute;vitablement    ou presque &eacute;t&eacute; rejet&eacute; par la Russie stalinienne&nbsp;&#148;</I>)<I>.    </I>D'autres tentatives pour promouvoir des &eacute;tapes significatives de    globalisation de la puissance atomique, visant &agrave; &eacute;viter une course    aux armements, ont rencontr&eacute; l'hostilit&eacute; conjointe tant des milieux    politiques et des citoyens Am&eacute;ricains, m&eacute;fiants, que des Sovi&eacute;tiques,    qui l'&eacute;taient tout autant. C'est ainsi que, tr&egrave;s vite, la chance    d'&eacute;viter la course aux armements est tomb&eacute;e &agrave; l'eau.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Deux ans plus    tard, il semble qu'Oppenheimer ait franchi un nouveau palier. En 1948, il s'exprimait    en ces termes&nbsp;: <I>&#147;&nbsp;&nbsp;Au sens le plus strict du mot, qu'aucune    trivialit&eacute;, aucun humour ni aucun sous-entendu ne pourra jamais totalement    balayer, les physiciens ont p&eacute;ch&eacute;. Et ce p&eacute;ch&eacute; restera    grav&eacute; en eux pour toujours.&nbsp;</I><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote13anc" HREF="#sdfootnote13sym"><SUP>13</SUP></A>&nbsp;&#148;</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> En 1949, les    Sovi&eacute;tiques font exploser une bombe atomique. D&egrave;s 1955, les Etats-Unis    proc&egrave;dent &agrave; des essais atmosph&eacute;riques de bombes &agrave;    hydrog&egrave;ne largables d'avion. L'Union sovi&eacute;tique fait de m&ecirc;me.    La course aux armements est amorc&eacute;e.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Il y a pr&egrave;s    de vingt ans, dans le documentaire intitul&eacute; <I>The Day After Trinity,</I>    Freeman Dyson a r&eacute;sum&eacute; l'attitude de certains scientifiques qui    nous a conduits au gouffre nucl&eacute;aire&nbsp;:</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3><I>&#147;&nbsp;&nbsp;Je    l'ai personnellement ressentie. Cette fascination des armes atomiques. Pour    un chercheur, leur pouvoir d'attraction est irr&eacute;sistible. De sentir cette    &eacute;nergie qui embrase les &eacute;toiles, l&agrave;, au bout de vos doigts,    de la lib&eacute;rer et de vous sentir le ma&icirc;tre du monde. De faire des    miracles, de catapulter dans l'espace des tonnes de roches, par millions. Cela,    c'est quelque chose qui vous donne l'illusion d'un pouvoir sans limites, et,    d'une certaine fa&ccedil;on, tous nos maux en d&eacute;coulent. Cette chose,    appelons-la arrogance technologique, c'est plus fort que vous. Vous vous apercevez    du pouvoir inou&iuml; de l'esprit, et c'est irr&eacute;sistible.</I>&nbsp;</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote14anc" HREF="#sdfootnote14sym"><SUP>14</SUP></A>&nbsp;</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Aujourd'hui,    comme alors, nous sommes les inventeurs de nouvelles technologies et les tenants    d'un futur imagin&eacute;, mus cette fois, dans un contexte de concurrence plan&eacute;taire,    par la perspective de gains financiers consid&eacute;rables, et cela en d&eacute;pit    de dangers &eacute;vidents, peu soucieux d'envisager &agrave; quoi pourrait    ressembler une tentative de vie dans un monde qui n'est autre que l'aboutissement    r&eacute;aliste de ce que nous sommes en train d'inventer et d'imaginer.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Depuis 1947,    <I>The Bulletin of Atomic Scientists</I> fait figurer sur sa couverture une    &#147;&nbsp;&nbsp;horloge du Jugement dernier&nbsp;&#148;&nbsp;. Ce barom&egrave;tre    refl&eacute;tant les variations de la situation internationale donne depuis    plus de cinquante ans une estimation de la menace nucl&eacute;aire relative    qui p&egrave;se sur nous. A quinze reprises, les aiguilles de cette horloge    ont boug&eacute;. Cal&eacute;es sur minuit moins neuf, elles indiquent aujourd'hui    une menace continuelle et r&eacute;elle de l'arsenal atomique. La r&eacute;cente    entr&eacute;e de l'Inde et du Pakistan dans le club des puissances nucl&eacute;aires    porte un coup s&eacute;v&egrave;re &agrave; l'objectif de non-prolif&eacute;ration,    comme l'a soulign&eacute; le mouvement des aiguilles, lesquelles, en 1998, se    sont rapproch&eacute;es de l'heure fatidique.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> A ce jour,    quelle est au juste la gravit&eacute; de ce danger qui p&egrave;se sur nous,    pas exclusivement en termes d'armes atomiques, mais compte tenu de l'ensemble    de ces technologies&nbsp;? Quels sont, concr&egrave;tement, les risques d'extinction    qui nous menacent&nbsp;?</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Le    philosophe John Leslie, qui s'est pench&eacute; sur la question, &eacute;value    le risque minimum d'extinction de l'esp&egrave;ce humaine &agrave; 30%</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote15anc" HREF="#sdfootnote15sym"><SUP>15</SUP></A>.    Ray Kurzweil, quant &agrave; lui, estime que <I>&#147;&nbsp;&nbsp;notre chance    de nous en sortir est sup&eacute;rieure &agrave; la moyenne&nbsp;&#148;,</I>    en pr&eacute;cisant au passage qu'on lui a <I>&#147;&nbsp;&nbsp;toujours reproch&eacute;    d'&ecirc;tre un optimiste&nbsp;&#148;.</I> Non seulement de telles estimations    sont peu engageantes, mais elles &eacute;cartent les &eacute;v&eacute;nements,    multiples et horribles, qui pr&eacute;luderaient &agrave; l'extinction.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Face &agrave;    de telles assertions, certains individus dignes de foi sugg&egrave;rent tout    simplement de se red&eacute;ployer loin de la Terre, et cela dans les meilleurs    d&eacute;lais. Nous coloniserions la galaxie au moyen des sondes spatiales de    von Neumann, qui, bondissant d'un syst&egrave;me stellaire &agrave; l'autre,    s'autoreproduisent en quittant les lieux. Franchir cette &eacute;tape sera un    imp&eacute;ratif incontournable dans les cinq milliards d'ann&eacute;es &agrave;    venir (voire plus t&ocirc;t, si notre syst&egrave;me solaire devait subir l'impact    cataclysmique de la collision de notre galaxie avec celle d'Androm&egrave;de,    pr&eacute;vue d'ici trois milliards d'ann&eacute;es)&nbsp;; mais si l'on prend    au mot Kurzweil et Moravec, cette migration pourrait se r&eacute;v&eacute;ler    n&eacute;cessaire d'ici le milieu du si&egrave;cle.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Quelles sont,    ici, les implications morales en jeu&nbsp;? Si, pour la survie de l'esp&egrave;ce,    il nous faut quitter la Terre dans un futur aussi proche, qui assumera la responsabilit&eacute;    de tous ceux qui resteront &agrave; quai (la plupart d'entre nous, en fait)&nbsp;?    Et quand bien m&ecirc;me nous nous &eacute;parpillerions dans les &eacute;toiles,    n'est-il pas vraisemblable que nous emm&egrave;nerions nos probl&egrave;mes    avec nous, ou que nous nous apercevions ult&eacute;rieurement que ceux-ci nous    ont suivis&nbsp;? Le destin de notre esp&egrave;ce sur la Terre semble inextricablement    corr&eacute;l&eacute; &agrave; notre destin dans la galaxie.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Une    autre id&eacute;e consiste &agrave; &eacute;riger une s&eacute;rie de boucliers    pr&eacute;ventifs contre les diverses technologies &agrave; risque. L'initiative    de d&eacute;fense strat&eacute;gique</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote16anc" HREF="#sdfootnote16sym"><SUP>16</SUP></A>    propos&eacute;e par l'administration Reagan, se voulait une tentative de bouclier    de ce type pour parer &agrave; la menace d'une attaque nucl&eacute;aire de l'Union    sovi&eacute;tique. Mais, comme l'a observ&eacute; Arthur C. Clarke, dans le    secret des discussions entourant le projet, <I>&#147;&nbsp;&nbsp;s'il est concevable,    moyennant des co&ucirc;ts faramineux, de b&acirc;tir des syst&egrave;mes de    d&eacute;fense locale qui ne laisseraient passer &#147;que&#148; quelques centi&egrave;mes    des missiles balistiques, l'id&eacute;e racoleuse d'un parapluie couvrant les    Etats-Unis en totalit&eacute; &eacute;tait essentiellement une sottise. Luis    Alvarez, peut-&ecirc;tre le plus grand chercheur en physique exp&eacute;rimentale    de ce si&egrave;cle, m'a fait remarquer que les promoteurs de projets de ce    type &eacute;taient &#147;des individus extr&ecirc;mement brillants, mais d&eacute;nu&eacute;s    de bon sens&#148;&nbsp;&#148;.</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>&#147;&nbsp;    Quand je lis dans ma boule de cristal souvent bien opaque,</I> poursuit Arthur    C. Clarke, <I>je n'exclus pas la possibilit&eacute; qu'une d&eacute;fense int&eacute;grale    puisse &ecirc;tre mise au point d'ici un si&egrave;cle ou deux. Mais la technologie    que cela supposerait g&eacute;n&eacute;rerait des sous-produits si redoutables    que, d&egrave;s lors, plus personne ne songerait &agrave; perdre son temps avec    des choses aussi primitives que des missiles balistiques.&nbsp;</I><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote17anc" HREF="#sdfootnote17sym"><SUP>17</SUP></A>&nbsp;&#148;</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Dans    <I><FONT COLOR="#ff0000">Engines of Creation,</FONT></I> Eric Drexler proposait    la construction d'un bouclier nanotechnologique actif -&nbsp;une sorte de syst&egrave;me    immunitaire pour la biosph&egrave;re&nbsp;- nous prot&eacute;geant des &#147;&nbsp;&nbsp;r&eacute;plicateurs&nbsp;&#148;    dangereux de toutes sortes, susceptibles de s'&eacute;chapper des laboratoires,    ou de na&icirc;tre d'&eacute;ventuelles inventions malveillantes. Mais le bouclier    qu'il propose est en lui-m&ecirc;me extr&ecirc;mement dangereux&nbsp;: rien,    en effet, ne pourrait l'emp&ecirc;cher de d&eacute;velopper des probl&egrave;mes    &#147;&nbsp;&nbsp;auto-immunes&nbsp;&#148; et d'attaquer lui-m&ecirc;me la biosph&egrave;re</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote18anc" HREF="#sdfootnote18sym"><SUP>18</SUP></A>.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Des difficult&eacute;s    similaires vont de pair avec la construction de boucliers destin&eacute;s &agrave;    nous prot&eacute;ger de la robotique et du g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique.    Ces technologies sont trop puissantes pour qu'on puisse s'en pr&eacute;munir    dans les d&eacute;lais&nbsp;; au surplus, quand bien m&ecirc;me le d&eacute;ploiement    de boucliers d&eacute;fensifs serait envisageable, les effets collat&eacute;raux    seraient au moins aussi redoutables que les technologies dont ils &eacute;taient    cens&eacute;s nous garantir. </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> En cons&eacute;quence,    toutes ces possibilit&eacute;s sont soit peu souhaitables, soit irr&eacute;alisables,    voire les deux &agrave; la fois. La seule alternative r&eacute;aliste, &agrave;    mes yeux, est d'y renoncer, de restreindre la recherche dans le domaine des    technologies qui sont trop dangereuses, en posant des limites &agrave; notre    qu&ecirc;te de certains savoirs.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Oui, je sais,    le savoir est une chose b&eacute;n&eacute;fique, et il en va de m&ecirc;me s'agissant    de la qu&ecirc;te de v&eacute;rit&eacute;s nouvelles. Aristote ouvre <I>La M&eacute;taphysique</I>    avec ce constat tout simple&nbsp;: <I>&#147;&nbsp;&nbsp;Tous les hommes d&eacute;sirent    naturellement savoir.&nbsp;&#148;</I> Depuis longtemps, nous avons reconnu comme    une valeur fondamentale de notre soci&eacute;t&eacute; le libre acc&egrave;s    &agrave; l'information, et convenu que les probl&egrave;mes surgissent d&egrave;s    lors qu'on tente d'en limiter l'acc&egrave;s et d'en brider le d&eacute;veloppement.    Derni&egrave;rement, nous en sommes arriv&eacute;s &agrave; placer la connaissance    scientifique sur un pi&eacute;destal.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Mais si, dor&eacute;navant,    malgr&eacute; des pr&eacute;c&eacute;dents historiques av&eacute;r&eacute;s,    le libre acc&egrave;s et le d&eacute;veloppement illimit&eacute; du savoir font    clairement peser sur nous tous une menace d'extinction, alors le bon sens exige    que ces convictions, fussent-elles fondamentales et fermement ancr&eacute;es,    soient examin&eacute;es de nouveau.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.39in"> Nietzsche,    &agrave; la fin du XIX<SUP>e</SUP> si&egrave;cle, non seulement nous a avertis    que <I>&#147;&nbsp;&nbsp;Dieu est mort&nbsp;&#148;,</I> mais en outre que <I>&#147;</I>&nbsp;&nbsp;[&#133;]    <I>la foi en la science, cette foi qui est incontestable, ne peut pas avoir</I>    <I>tir&eacute; son origine d'un pareil calcul d'utilit&eacute;, au contraire    elle s'est form&eacute;e</I> malgr&eacute; <I>la d&eacute;monstration constante    de l'inutilit&eacute; et du danger qui r&eacute;sident dans la &#147;volont&eacute;    de v&eacute;rit&eacute;&#148;, dans la &#147;v&eacute;rit&eacute; &agrave; tout    prix&#148;</I><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote19anc" HREF="#sdfootnote19sym"><SUP>19</SUP></A>&nbsp;&#148;.    C'est pr&eacute;cis&eacute;ment ce danger -&nbsp;les cons&eacute;quences de    notre qu&ecirc;te de v&eacute;rit&eacute;&nbsp;- qui nous menace aujourd'hui    de tout son poids. La v&eacute;rit&eacute; que recherche la science peut incontestablement    passer pour un dangereux substitut de Dieu si elle est susceptible de conduire    &agrave; notre extinction.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Si, en tant    qu'esp&egrave;ce, nous pouvions nous accorder sur nos aspirations, sur ce vers    quoi nous allons, et sur la nature de nos motivations, alors nous b&acirc;tirions    un futur significativement moins dangereux. Alors nous pourrions comprendre    ce &agrave; quoi il est non seulement possible, mais souhaitable, de renoncer.    Autrement, on imagine ais&eacute;ment une course aux armements s'engager autour    des technologies GNR, comme cela s'est produit au XX<SUP>e</SUP> si&egrave;cle    autour des technologies NBC. Le plus grand danger r&eacute;side peut-&ecirc;tre    l&agrave;, dans la mesure o&ugrave;, une fois la machine lanc&eacute;e, il est    tr&egrave;s difficile de l'arr&ecirc;ter. Cette fois-ci -&nbsp;contrairement    &agrave; l'&eacute;poque du projet Manhattan&nbsp;-, nous ne sommes pas en guerre,    face &agrave; un ennemi implacable constituant une menace pour notre civilisation&nbsp;;    cette fois, nous sommes mus par nos habitudes, nos d&eacute;sirs, notre syst&egrave;me    &eacute;conomique et par la course au savoir.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Nous souhaiterions    tous, je le crois, que notre chemin s'inspire de valeurs collectives, &eacute;thiques    et morales. Si, au cours des derniers mill&eacute;naires, nous avions acquis    une sagesse collective plus profonde, alors engager un dialogue &agrave; cette    fin serait plus ais&eacute;, et cette puissance formidable sur le point de d&eacute;ferler    serait loin d'&ecirc;tre aussi pr&eacute;occupante.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> On pourrait    penser que l'instinct de conservation nous conduise &agrave; un tel dialogue.    Or si, en tant qu'individu, nous manifestons clairement ce d&eacute;sir, en    revanche notre comportement collectif en tant qu'esp&egrave;ce semble jouer    en notre d&eacute;faveur. En composant la menace nucl&eacute;aire, nous nous    sommes souvent comport&eacute;s de fa&ccedil;on malhonn&ecirc;te, tant vis-&agrave;-vis    de nous-m&ecirc;mes que les uns envers les autres, d&eacute;multipliant ainsi    grandement les risques. Raisons politiques, choix d&eacute;lib&eacute;r&eacute;    de ne pas voir plus avant, ou comportement m&ucirc; par des peurs irrationnelles    d&eacute;coulant des graves menaces qui pesaient alors sur nous, je l'ignore,    mais cela ne pr&eacute;sage rien de bon.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Que les nouvelles    bo&icirc;tes de Pandore, g&eacute;n&eacute;tique, nanotechnologies et robotique,    soient entrouvertes, nul ne semble s'en inqui&eacute;ter. On ne referme pas    le couvercle sur des id&eacute;es&nbsp;; contrairement &agrave; l'uranium ou    au plutonium, une id&eacute;e n'a besoin ni d'&ecirc;tre extraite, ni d'&ecirc;tre    enrichie, et on peut la dupliquer librement. Une fois l&acirc;ch&eacute;e, on    ne l'arr&ecirc;te plus. Churchill, dans un compliment ambigu rest&eacute; c&eacute;l&egrave;bre,    observait que les Am&eacute;ricains et leurs dirigeants <I>&#147;&nbsp;&nbsp;finissent    toujours par agir honorablement, une fois qu'ils ont bien examin&eacute; chacune    des autres solutions&nbsp;&#148;.</I> Reste qu'en ce cas pr&eacute;cis, il convient    d'intervenir plus en amont, dans la mesure o&ugrave; n'agir honorablement qu'en    dernier recours pourrait bien nous condamner.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Thoreau l'a    dit, <I>&#147;&nbsp;&nbsp;ce n'est pas nous qui prenons le train, c'est le train    qui nous prend&nbsp;&#148;.</I> Et c'est l&agrave; tout l'enjeu maintenant.    De fait, la vraie question est de savoir lequel dominera l'autre, et si nous    survivrons &agrave; nos technologies.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Nous    sommes propuls&eacute;s dans ce nouveau si&egrave;cle sans carte, sans ma&icirc;trise,    sans freins. Sommes-nous d&eacute;j&agrave; engag&eacute;s trop avant dans cette    voie pour corriger notre trajectoire&nbsp;? Je ne le pense pas&nbsp;; pour autant,    aucun effort n'a encore &eacute;t&eacute; fourni en ce sens, et nos derni&egrave;res    chances de reprendre le contr&ocirc;le, c'est-&agrave;-dire notre point de non-retour,    approchent rapidement. Nous disposons d&eacute;j&agrave; de nos premiers animaux    domestiques de synth&egrave;se</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote20anc" HREF="#sdfootnote20sym"><SUP>20</SUP></A>,    et certaines techniques de g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique sont d&eacute;sormais    disponibles sur le march&eacute;&nbsp;; quant &agrave; nos techniques &agrave;    l'&eacute;chelle &#147;&nbsp;nano&nbsp;&#148;, elles progressent rapidement.    Si leur d&eacute;veloppement suppose un certain nombre d'&eacute;tapes, le palier    ultime d'une d&eacute;monstration n'est pas forc&eacute;ment quelque chose d'aussi    &eacute;norme et aussi difficile que le projet Manhattan ou l'essai Trinity.    La d&eacute;couverte capitale de la capacit&eacute; d'autoreproduction incontr&ocirc;l&eacute;e    dans le domaine de la robotique, du g&eacute;nie g&eacute;n&eacute;tique ou    des nanotechnologies pourrait survenir brutalement, renouvelant l'effet de surprise    du jour o&ugrave; est tomb&eacute;e la nouvelle du clonage d'un mammif&egrave;re.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Il n'en demeure    pas moins qu'il nous reste, je le crois, de solides et puissantes raisons d'esp&eacute;rer.    Les efforts d&eacute;ploy&eacute;s pour r&eacute;gler la question des armes    de destruction massive au cours du si&egrave;cle dernier fournissent un exemple    &eacute;clatant de renonciation qui m&eacute;rite attention&nbsp;: l'abandon    unilat&eacute;ral et inconditionnel par les Etats-Unis du d&eacute;veloppement    des armes biologiques. Ce d&eacute;sengagement fait suite &agrave; un double    constat&nbsp;: d'une part, un effort consid&eacute;rable doit &ecirc;tre fourni    pour mettre au point ces armes redoutables&nbsp;; d'autre part, elles peuvent    ais&eacute;ment &ecirc;tre dupliqu&eacute;es et tomber entre les mains de nations    belliqueuses ou de groupes terroristes.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Tout    cela a clairement laiss&eacute; appara&icirc;tre que d&eacute;velopper ces armes    ne ferait qu'ajouter de nouvelles menaces, et qu'y renoncer accro&icirc;trait    notre s&eacute;curit&eacute;. Cet engagement solennel &agrave; s'interdire le    recours &agrave; l'arme bact&eacute;riologique et chimique a &eacute;t&eacute;    consign&eacute; dans la <I>Biological Weapons Convention </I>(BWC)</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote21anc" HREF="#sdfootnote21sym"><SUP>21</SUP></A>,    en 1972, et dans la <I>Chemical Weapons Convention </I>(CWC)<A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote22anc" HREF="#sdfootnote22sym"><SUP>22</SUP></A>,    en 1993<A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote23anc" HREF="#sdfootnote23sym"><SUP>23</SUP></A>.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Quant    &agrave; la menace persistante et assez consid&eacute;rable des armes atomiques,    sous le poids de laquelle nous vivons aujourd'hui depuis plus de cinquante ans,    il ressort clairement du r&eacute;cent rejet par le S&eacute;nat am&eacute;ricain    du<FONT COLOR="#ff0000"> </FONT>trait&eacute;<FONT COLOR="#ff0000"> </FONT>d'interdiction    globale des essais nucl&eacute;aires que se d&eacute;sengager des armes atomiques    ne sera pas une t&acirc;che politiquement facile. Mais la fin de la guerre froide    nous offre une possibilit&eacute; exceptionnelle de pr&eacute;venir une course    aux armements multipolaire. Dans la foul&eacute;e de l'abandon des BWC et des    CWC, arriver &agrave; abolir les armements atomiques pourrait nous inciter &agrave;    renoncer aux technologies dangereuses (de fait, commencer par se d&eacute;barrasser    de cent armes atomiques diss&eacute;min&eacute;es de par le monde -&nbsp;approximativement,    la puissance de destruction totale de la deuxi&egrave;me guerre mondiale&nbsp;;    une t&acirc;che consid&eacute;rablement moins lourde&nbsp;- suffirait &agrave;    &eacute;liminer cette menace d'extinction</FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote24anc" HREF="#sdfootnote24sym"><SUP>24</SUP></A>)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> V&eacute;rifier    la r&eacute;alit&eacute; du d&eacute;sengagement sera un probl&egrave;me d&eacute;licat,    mais pas insoluble. Par chance, un important travail similaire a d&eacute;j&agrave;    &eacute;t&eacute; accompli dans le contexte des BWC et d'autres trait&eacute;s.    Notre t&acirc;che essentielle consistera &agrave; appliquer cela &agrave; des    technologies qui, par nature, sont r&eacute;solument plus commerciales que militaires.    Se fait ici sentir un besoin substantiel de transparence, dans la mesure o&ugrave;    la difficult&eacute; de la v&eacute;rification est directement proportionnelle    &agrave; la difficult&eacute; de distinguer une activit&eacute; abandonn&eacute;e    d'une activit&eacute; l&eacute;gitime.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Je pense honn&ecirc;tement    qu'en 1945, la situation &eacute;tait plus simple que celle &agrave; laquelle    nous nous trouvons aujourd'hui confront&eacute;e&nbsp;: il &eacute;tait relativement    simple de tracer la fronti&egrave;re entre les technologies nucl&eacute;aires    &agrave; usage commercial et militaire. En outre, le contr&ocirc;le &eacute;tait    facilit&eacute; par la nature m&ecirc;me des tests atomiques et la facilit&eacute;    avec laquelle on pouvait mesurer le degr&eacute; de radioactivit&eacute;. La    recherche d'applications militaires pouvait &ecirc;tre men&eacute;e dans des    laboratoires gouvernementaux tels que Los Alamos, et les r&eacute;sultats tenus    secrets le plus longtemps possible.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Les technologies    GNR ne se divisent pas clairement en deux familles distinctes, la militaire    et la commerciale&nbsp;; compte tenu de leur potentiel sur le march&eacute;,    on a peine &agrave; imaginer que leur d&eacute;veloppement puisse rester cantonn&eacute;    &agrave; des laboratoires d'Etat. Dans le contexte de leur d&eacute;veloppement    commercial &agrave; grande &eacute;chelle, contr&ocirc;ler le caract&egrave;re    effectif du d&eacute;sengagement exigera l'instauration d'un r&eacute;gime de    v&eacute;rification similaire &agrave; celui des armes biologiques, mais &agrave;    une &eacute;chelle sans pr&eacute;c&eacute;dent &agrave; ce jour. In&eacute;luctablement,    le foss&eacute; va se creuser&nbsp;: d'un c&ocirc;t&eacute;, la volont&eacute;    de prot&eacute;ger sa vie priv&eacute;e ainsi que certaines donn&eacute;es confidentielles,    et de l'autre, la n&eacute;cessit&eacute; que ces m&ecirc;mes informations restent    accessibles dans l'int&eacute;r&ecirc;t de tous. Devant cette atteinte &agrave;    notre vie priv&eacute;e et &agrave; notre marge de man&#156;uvre, nous nous    heurterons sans aucun doute &agrave; de fortes r&eacute;sistances.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Le contr&ocirc;le    de l'arr&ecirc;t effectif de certaines technologies GNR devra intervenir sur    des sites tant virtuels que physiques. Dans un monde de donn&eacute;es confidentielles,    l'enjeu crucial consistera &agrave; rendre acceptable la n&eacute;cessaire transparence,    vraisemblablement en produisant des formes renouvel&eacute;es de protection    de la propri&eacute;t&eacute; intellectuelle.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>La    v&eacute;rification d'un tel respect exigera en outre des scientifiques et ing&eacute;nieurs    qu'ils adoptent un code de conduite &eacute;thique rigoureux, similaire au serment    d'Hippocrate, et qu'ils aient le courage de rendre public tout manquement, et    cela aussi souvent que n&eacute;cessaire, quand bien m&ecirc;me il faudrait    en payer le prix fort sur le plan personnel. Ceci r&eacute;pondrait -&nbsp;cinquante    ans apr&egrave;s Hiroshima&nbsp;- &agrave; l'appel lanc&eacute; par Hans Bethe,    laur&eacute;at du prix Nobel, l'un des plus v&eacute;n&eacute;rables membres    du projet Manhattan encore en vie, appelant les scientifiques &agrave; <I>&#147;&nbsp;&nbsp;cesser    et se d&eacute;sister de toute activit&eacute; de conception, d&eacute;veloppement,    am&eacute;lioration, et fabrication d'armes nucl&eacute;aires et autres armes    au potentiel de destruction massive&nbsp;</I><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote25anc" HREF="#sdfootnote25sym"><SUP>25</SUP></A></FONT>&nbsp;&#148;.    Au XXI<SUP>e</SUP> si&egrave;cle, cela supposera vigilance et responsabilit&eacute;    personnelle de la part de ceux qui pourraient travailler tant sur les technologies    NBC que GNR, pour pr&eacute;venir le d&eacute;ploiement d'armes et d'ing&eacute;nierie    de destruction massive accessible par la seule connaissance.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Thoreau a &eacute;galement    dit que nous ne serons <I>&#147;&nbsp;&nbsp;riches qu'&agrave; proportion du    nombre de choses auxquelles nous pourrons</I> <I>nous permettre de renoncer&nbsp;&#148;.</I>    Chacun d'entre nous aspire au bonheur, mais est-il bien raisonnable d'encourir    un si fort risque de destruction totale pour accumuler encore plus de savoir,    et encore plus de biens&nbsp;? Le bon sens pose qu'il y a une limite &agrave;    nos besoins mat&eacute;riels. Certains savoirs sont d&eacute;cid&eacute;ment    trop dangereux&nbsp;: mieux vaut y renoncer.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Nous ne devrions    pas non plus caresser des r&ecirc;ves de quasi-immortalit&eacute; sans, au pr&eacute;alable,    en estimer les co&ucirc;ts, et sans prendre en compte un risque d'extinction    grandissant. L'immortalit&eacute; constitue peut-&ecirc;tre l'utopie originelle&nbsp;;    pour autant, elle n'est assur&eacute;ment pas la seule.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> J'ai r&eacute;cemment    eu le privil&egrave;ge de faire la connaissance du distingu&eacute; &eacute;crivain    et &eacute;rudit Jacques Attali, dont le livre <I>Lignes d'horizons</I> (<I>Millennium,</I>    dans sa traduction anglaise) m'a en partie inspir&eacute;e l'approche Java et    Jini des effets pervers de la technologie informatique des ann&eacute;es &agrave;    venir. Dans son dernier ouvrage, <I>Fraternit&eacute;s,</I> Attali explique    comment, au fil du temps, nos utopies se sont transform&eacute;es&nbsp;:</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>&quot;A    l'aube des soci&eacute;t&eacute;s, les hommes, sachant que la perfection n'appartenait    qu'&agrave; leurs dieux, ne voyaient leur passage sur Terre que comme un labyrinthe    de douleur au bout duquel se trouvait une porte ouvrant, via la mort, sur la    compagnie des dieux et sur l'<B>Eternit&eacute;</B>. Avec les H&eacute;breux    puis avec les Grecs, des hommes os&egrave;rent se lib&eacute;rer des exigences    th&eacute;ologiques et r&ecirc;ver d'une Cit&eacute; id&eacute;ale o&ugrave;    s'&eacute;panouirait la <B>Libert&eacute;</B>. D'autres, en observant l'&eacute;volution    de la soci&eacute;t&eacute; marchande, comprirent que la libert&eacute; des    uns entra&icirc;nerait l'ali&eacute;nation des autres, et ils cherch&egrave;rent    l'<B>Egalit&eacute;</B>.&quot;</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.39in; text-indent: 0in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Jacques Attali    m'a permis de comprendre en quoi ces trois objectifs utopiques existent en tension    dans notre soci&eacute;t&eacute; actuelle. Il poursuit avec l'expos&eacute;    d'une quatri&egrave;me utopie, la <I>fraternit&eacute;,</I> dont le socle est    l'altruisme. En elle-m&ecirc;me, la fraternit&eacute; allie le bonheur individuel    au bonheur d'autrui, offrant la promesse d'une croissance autonome.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Cela a cristallis&eacute;    en moi le probl&egrave;me que j'avais avec le r&ecirc;ve de Kurzweil. Une approche    technologique de l'Eternit&eacute; -&nbsp;la quasi-immortalit&eacute; que nous    promet la robotique&nbsp;- n'est pas forc&eacute;ment l'utopie la plus souhaitable.    En outre, caresser ce genre de r&ecirc;ve comporte des dangers &eacute;vidents.    Peut-&ecirc;tre devrions nous reconsid&eacute;rer nos choix d'utopies.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Vers    quoi nous tourner pour trouver une nouvelle base &eacute;thique susceptible    de nous guider&nbsp;? J'ai trouv&eacute; les id&eacute;es qu'expose le dala&iuml;-lama    dans <I>Sagesse ancienne, monde moderne</I></FONT><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote26anc" HREF="#sdfootnote26sym"><SUP>26</SUP></A>    tr&egrave;s utiles &agrave; cet &eacute;gard. Comme cela est largement admis    mais peu mis en pratique, le dala&iuml;-lama fait valoir que le plus important    pour nous est de conduire notre vie dans l'amour et la compassion pour autrui,    et que nos soci&eacute;t&eacute;s doivent d&eacute;velopper une notion plus    forte de responsabilit&eacute; universelle et d'interd&eacute;pendance&nbsp;;    il propose un principe pratique de conduite &eacute;thique destin&eacute; tant    &agrave; l'individu qu'aux soci&eacute;t&eacute;s, lequel s'accorde avec l'utopie    de fraternit&eacute; d'Attali.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Au surplus,    souligne le dala&iuml;-lama, il nous faut comprendre ce qui rend l'homme heureux,    et se rendre &agrave; l'&eacute;vidence&nbsp;: la cl&eacute; n'en est ni le    progr&egrave;s mat&eacute;riel, ni la recherche du pouvoir que conf&egrave;re    le savoir. En clair, il y a des limites &agrave; ce que science et recherche    scientifique, seules, peuvent accomplir.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT SIZE=3>Notre    notion occidentale du bonheur semble nous venir des Grecs, qui en donnaient    comme d&eacute;finition&nbsp;: <I>&#147;&nbsp;&nbsp;vivre de toutes ses forces,    guid&eacute; par des crit&egrave;res d'excellence, une vie leur permettant de    se d&eacute;ployer&nbsp;</I><A CLASS="sdfootnoteanc" NAME="sdfootnote27anc" HREF="#sdfootnote27sym"><SUP>27</SUP></A></FONT>&nbsp;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Certes, il    nous faut trouver des enjeux charg&eacute;s de sens et continuer d'explorer    de nouvelles voies si, quoi qu'il advienne, nous voulons trouver le bonheur.    Reste que, je le crois, nous devons trouver de nouveaux exutoires &agrave; nos    forces cr&eacute;atives, et sortir de la culture de la croissance perp&eacute;tuelle.    Si, des si&egrave;cles durant, cette croissance nous a combl&eacute;s de bienfaits,    elle ne nous a pas pour autant apport&eacute; le bonheur parfait. L'heure est    venue de le comprendre&nbsp;: une croissance illimit&eacute;e et sauvage par    la science et la technologie s'accompagne fatalement de dangers consid&eacute;rables.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Plus d'un an    s'est aujourd'hui &eacute;coul&eacute; depuis ma premi&egrave;re rencontre avec    Ray Kurzweil et John Searle. Je trouve autour de moi des raisons d'esp&eacute;rer    dans les voix qui s'&eacute;l&egrave;vent en faveur du principe de pr&eacute;caution    et de d&eacute;sengagement, et dans ces individus qui, comme moi, s'inqui&egrave;tent    de la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons. J'&eacute;prouve    moi aussi un sentiment de responsabilit&eacute; personnelle accru -&nbsp;non    pas pour le travail r&eacute;alis&eacute; jusqu'ici, mais pour celui qui pourrait    me rester &agrave; accomplir, au confluent des sciences.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Cependant,    un grand nombre de ceux qui ont connaissance des dangers semblent se tenir &eacute;trangement    cois. Lorsqu'on les presse, ils ripostent &agrave; coups de &#147;&nbsp;cela    n'est pas une nouveaut&eacute;&nbsp;&#148; -&nbsp;comme si l'on pouvait se satisfaire    de la seule conscience du danger latent. &#147;&nbsp;&nbsp;Les universit&eacute;s    sont pleines de bio&eacute;thiciens qui examinent ces trucs &agrave; longueur    de journ&eacute;e&nbsp;&#148;, me disent-ils. Ou encore, &#147;&nbsp;&nbsp;tout    cela a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; dit et &eacute;crit, et par des    experts&nbsp;&#148;. Et enfin&nbsp;: &#147;&nbsp;&nbsp;Ces craintes et ces raisonnements,    c'est du d&eacute;j&agrave; vu&nbsp;&#148;, r&acirc;lent-ils.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> J'ignore o&ugrave;    ces gens-l&agrave; dissimulent leurs peurs. Au titre d'architecte de syst&egrave;mes    complexes, je descends dans cette ar&egrave;ne avec des yeux de g&eacute;n&eacute;raliste.    Mais pour autant, devrais-je moins m'alarmer&nbsp;? J'ai conscience qu'on a    beaucoup &eacute;crit, dit et enseign&eacute; &agrave; ce sujet, et avec quel    panache. Mais cela a-t-il atteint les gens&nbsp;? Cela signifie-t-il que nous    pouvons ignorer les dangers qui frappent aujourd'hui &agrave; notre porte&nbsp;?</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Il ne suffit    pas de savoir, encore faut-il agir. Le savoir est devenu une arme que nous retournons    contre nous-m&ecirc;mes. Peut-on encore en douter&nbsp;?</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Les exp&eacute;riences    des chercheurs du nucl&eacute;aire laissent clairement appara&icirc;tre qu'il    est temps d'assumer la pleine responsabilit&eacute; de nos actes, que les choses    peuvent s'emballer, et qu'un processus peut &eacute;chapper &agrave; notre ma&icirc;trise    et devenir autonome. Il se peut que, comme eux, sans m&ecirc;me avoir le temps    de nous en apercevoir, nous d&eacute;clenchions des probl&egrave;mes insurmontables.    C'est maintenant qu'il faut agir si nous ne voulons pas nous laisser surprendre    et choquer, comme eux, par les cons&eacute;quences de nos inventions.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Sans rel&acirc;che,    j'ai toujours travaill&eacute; &agrave; am&eacute;liorer la fiabilit&eacute;    de mes logiciels. Les logiciels sont des outils&nbsp;; par cons&eacute;quent,    &eacute;tant un fabricant d'outils, je dois lutter contre certains usages des    outils que je fabrique. Ma conviction a toujours &eacute;t&eacute; que, compte    tenu de leurs utilisations multiples, produire des logiciels plus fiables contribuerait    &agrave; b&acirc;tir un monde meilleur et plus s&ucirc;r. Si j'en arrivais &agrave;    la conviction inverse, alors je me verrais dans l'obligation morale de donner    un coup d'arr&ecirc;t &agrave; mon activit&eacute;. Aujourd'hui, je n'exclus    plus une telle perspective.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Tout cela ne    me laisse pas en col&egrave;re, juste un peu m&eacute;lancolique. Dor&eacute;navant,    le progr&egrave;s aura pour moi un je ne sais quoi d'aigre-doux.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Vous souvenez-vous    de la merveilleuse avant-derni&egrave;re sc&egrave;ne de <I>Manhattan</I> o&ugrave;    l'on voit Woody Allen, allong&eacute; sur son divan, parler dans le micro de    son magn&eacute;tophone&nbsp;? Il est en train de r&eacute;diger une nouvelle    avec pour sujet ces gens qui s'inventent des probl&egrave;mes inutiles, n&eacute;vrotiques,    parce que cela leur &eacute;vite d'affronter des probl&egrave;mes encore plus    insolubles et terrifiants concernant l'univers.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Il en arrive    &agrave; se poser la question &#147;&nbsp;&nbsp;Qu'est-ce qui fait que la vie    vaut d'&ecirc;tre v&eacute;cue&nbsp;?&nbsp;&#148;, et de passer en revue les    choses qui, dans son cas, l'y aident&nbsp;: Groucho Marx, Willie Mays, le deuxi&egrave;me    mouvement de la symphonie <I>Jupiter</I>, le &nbsp;<I>Potatoe Head Blues&nbsp;    </I>de Louis Armstrong, le cin&eacute;ma su&eacute;dois, <I>L'Education sentimentale</I>    de Flaubert, Marlon Brando, Frank Sinatra, les pommes et les poires de C&eacute;zanne,    les crabes de chez Sam Wo, et, pour finir, le clou&nbsp;: le visage de sa petite    amie Tracy.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Chacun d'entre    nous aime certaines choses par-dessus tout, et cette disposition pour autrui    n'est autre que le substrat de notre humanit&eacute;. En derni&egrave;re analyse,    c'est du fait de cette ind&eacute;niable aptitude que je reste confiant&nbsp;:    nous allons relever, j'en suis s&ucirc;r, les d&eacute;fis redoutables que nous    lance l'avenir.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Mon espoir    imm&eacute;diat est de participer &agrave; une discussion beaucoup plus vaste    traitant des questions soulev&eacute;es ici, avec des individus d'horizons divers,    et dans une disposition d'esprit &eacute;chappant tant &agrave; la crainte qu'&agrave;    l'idol&acirc;trie de la technologie, et ce au nom d'int&eacute;r&ecirc;ts particuliers.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> En guise de    pr&eacute;liminaires, j'ai par deux fois soulev&eacute; un grand nombre de ces    questions lors d'&eacute;v&eacute;nements parrain&eacute;s par l'Aspen Institute    et propos&eacute; par ailleurs que l'American Academy of Arts and Sciences les    int&egrave;gre &agrave; ses activit&eacute;s concernant les conf&eacute;rences    de Pugwash. Ces derni&egrave;res se consacrent depuis 1957 au contr&ocirc;le    des armements, en particulier de type nucl&eacute;aire, et formulent des recommandations    r&eacute;alistes.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ce qu'on peut    regretter, c'est qu'elles n'aient &eacute;t&eacute; amorc&eacute;es que bien    apr&egrave;s que le g&eacute;nie du nucl&eacute;aire se soit &eacute;chapp&eacute;    de sa bouteille -&nbsp;disons, environ, quinze ans trop tard. De la m&ecirc;me    mani&egrave;re, nous sommes bien tardifs &agrave; entamer une r&eacute;flexion    de fond sur les enjeux que soul&egrave;vent les technologies du XXI<SUP>e</SUP>    si&egrave;cle, et prioritairement la pr&eacute;vention d'une ing&eacute;nierie    de destruction massive accessible par la seule connaissance. En repousser plus    loin le coup d'envoi serait inacceptable.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Je continue    donc mon exploration&nbsp;; il reste un grand nombre de choses &agrave; apprendre.    Sommes-nous appel&eacute;s &agrave; r&eacute;ussir ou &agrave; &eacute;chouer,    &agrave; survivre o&ugrave; &agrave; tomber sous les coups de ces technologies&nbsp;?    Cela n'est pas encore &eacute;crit.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> &Ccedil;a y    est, me revoil&agrave; debout &agrave; une heure avanc&eacute;e ; il est presque    6 heures du matin. Je m'efforce d'imaginer des r&eacute;ponses plus adapt&eacute;es,    et de &#147; percer le secret&nbsp;&#148; de la pierre pour les lib&eacute;rer.    &#149;</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-bottom: 0in; line-height: 0.14in"><I>Traduit de    l'anglais par Maxime Chavanne</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <U>Voir ci-dessous,    la bibliographie (en fran&ccedil;ais) des ouvrages cit&eacute;s par Bill Joy.</U></P> <P>  <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> ARISTOTE (384    av. - 322 av.)<i> La m&eacute;taphysique</i>, Vrin, 1986 (en poche, 1991)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    Dans <i>La m&eacute;taphysique</i>, Aristote s'attache &agrave; l'&eacute;tude    des premiers principes de l'&ecirc;tre et de la science et affirme l'existence    de Dieu comme cause efficiente et finale de la nature.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> ASIMOV Isaac    (1920-1992) I, <i>Robot</i>, 1950 (<i>Les Robots</i> - J'ai Lu n&deg;453)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Auteur de plus    de 400 ouvrages, dont seul un tiers touche &agrave; la science-fiction (le reste    &eacute;tant constitu&eacute; de romans policiers, de livres pour la jeunesse,    et d'ouvrages de vulgarisation scientifique), Isaac Asimov est le p&egrave;re    des lois de la robotique en litt&eacute;rature.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> ATTALI Jacques    (1943- )</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    <i>Fraternit&eacute;s</i>, Fayard, 1990<br> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    <i>Lignes d'horizon</i>, Fayard, 1999</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Personnage    public de premier plan, conseiller sp&eacute;cial de Fran&ccedil;ois Mitterrand    de 1981 &agrave; 1991, fondateur et premier pr&eacute;sident de la BERD, Jacques    Attali a toujours eu une intense activit&eacute; litt&eacute;raire. Dans <I>Fraternit&eacute;s</I>    comme dans <I>Lignes d'horizon</I>, il s'interroge sur le futur de notre soci&eacute;t&eacute;,    en accordant notamment une grande place au r&ocirc;le des utopies. Le site officiel    de Jacques Attali&nbsp;: www.attali.com</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> BETHE Hans    Lettre &agrave; Bill CLINTON</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT FACE="New York, serif"><A HREF="http://www.fas.org/bethecr.htm"><SPAN STYLE="font-style: normal"><FONT SIZE=3>www.fas.org/bethecr.htm</FONT></SPAN></A>.</FONT></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in">&nbsp;</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> CLARKE Arthur    C. (1917- ) </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> &quot;Presidents,    Experts, and Asteroids &quot; in <I>Science,</I> June 5, 1998. R&eacute;&eacute;dit&eacute;    sous le titre &quot;Science and Society&quot; dans <I>Greetings, Carbon-Based    Bipeds! Collected Essays, 1934-1998</I>, St. Martin's Press, 1999. </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> R&eacute;dacteur    en chef adjoint d'un journal scientifique anglais, Arthur Charles Clarke se    consacre pleinement &agrave; la science-fiction &agrave; partir des ann&eacute;es    50. Reconnu pour ses talents de vulgarisateur scientifique (il continuera &agrave;    ce titre &agrave; &eacute;crire de nombreux articles dans la presse), il est    surtout l'auteur du sc&eacute;nario de <I>2001, l'odyss&eacute;e de l'espace</I>    (1968), le film de Stanley Kubrick.<BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> DREXLER Eric  </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; margin-top: 0.07in; margin-bottom: 0.07in; line-height: 0.14in">    <FONT FACE="New York, serif"><I>Engines of creation, </I><SPAN STYLE="font-style: normal">Doubleday,    1986</SPAN><I>. </I></FONT><A HREF="http://www.foresight.org/EOC/index.html"><SPAN STYLE="font-style: normal"><FONT SIZE=3>http://www.foresight.org/EOC/index.html</FONT></SPAN></A></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>Unbounding    the future : the nanotechnology revolution, </I>Morrow, 1991.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Sp&eacute;cialis&eacute;    dans les nanotechnologies, Eric Drexler est le fondateur du MIT Nanotechnology    Study Group et le &#147;&nbsp;chairman&nbsp;&#148; du Foresight Institute, centre    ultra-document&eacute; qui regroupe pr&egrave;s de 1000 membres.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> DYSON Freeman    (1923- )</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; margin-top: 0.07in; margin-bottom: 0.07in; line-height: 0.14in">    <FONT FACE="New York, serif">Physicien &agrave; l'Institut d'&eacute;tudes avanc&eacute;es    de Princeton (NJ), Freeman Dyson fut l'un des premiers &agrave; &eacute;tudier    les cons&eacute;quences sur la vie d'une expansion perp&eacute;tuelle de l'univers.    Voir Lawrence Krauss et Glenn Starkman, &#147;&nbsp;Le destin ultime de la vie&nbsp;&#148;,    in <I>Pour la science</I>, n&deg;269 (</FONT><A HREF="http://www.pourlascience.com/numeros/pls-269/art-9.htm"><SPAN STYLE="font-style: normal"><FONT SIZE=3>http://www.pourlascience.com/numeros/pls-269/art-9.htm</FONT></SPAN></A><SPAN STYLE="font-style: normal">)</SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> DYSON George    (1953- )</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>Darwin among    the machines, </I>Addison Wesley Longman, 1997.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Fils du physicien    Freeman Dyson, George Dyson pr&eacute;sente dans ce livre une r&eacute;flexion    sur les technologies contemporaines fond&eacute;es sur les travaux de philosophes    et de scientifiques du XXe si&egrave;cle.<BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> EASTERBROOK    Gregg</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; margin-top: 0.07in; margin-bottom: 0.07in; line-height: 0.14in">    <FONT FACE="New York, serif">&#147;Food for the future : someday, rice will    have built-in vitamin A. Unless the Luddites win&#148;, New York Times, (</FONT><A HREF="http://www.nytimes.com/"><SPAN STYLE="font-style: normal"><FONT SIZE=3>www.nytimes.com</FONT></SPAN></A><SPAN STYLE="font-style: normal">)    19/11/1999</SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in">&nbsp; </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> ELSE Jon </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> The day after    trinity : J. Robert Oppenheimer and the atomic bomb</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT FACE="New York, serif">(</FONT><A HREF="http://www.pyramiddirect.com/"><SPAN STYLE="font-style: normal"><FONT SIZE=3>www.pyramiddirect.com</FONT></SPAN></A><SPAN STYLE="font-style: normal">)</SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Le documentaire    produit par Jon Else revient sur les &eacute;v&egrave;nements dramatiques entourant    l'&eacute;laboration de la premi&egrave;re bombe atomique, et sur le r&ocirc;le    jou&eacute; par J. Robert Oppenheimer.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> FEYNMAN Richard    P. (1918- )</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    <SPAN STYLE="font-style: normal">There's plenty of room at the bottom (</SPAN><A HREF="http://www.zyvex.com/nanotech/feynman.html"><SPAN STYLE="font-style: normal">http://www.zyvex.com/nanotech/feynman.html</SPAN></A><SPAN STYLE="font-style: normal">    )</SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Prix Nobel    de physique en 1965 pour ses travaux sur l'&eacute;lectrodynamique quantique,    Richard P. Feyman s'est illustr&eacute; au cours de la seconde guerre mondiale    en apportant une importante contribution au projet Manhattan. P&eacute;dagogue    reconnu, on lui doit de nombreux ouvrages scientifiques, ainsi que d'autres    livres plus personnels, de r&eacute;flexion sur le r&ocirc;le de la science.<BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> FORREST David    (1956- )</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in">&quot;Regulating    Nanotechnology Development,&quot; disponible sur <A HREF="http://www.foresight.org/NanoRev/Forrest1989.html">www.foresight.org/NanoRev/Forrest1989.html</A></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ing&eacute;nieur    en m&eacute;tallurgie, pr&eacute;sident de 1987 &agrave; 1989 du MIT Nanotechnology    Study Group, membre du Foresight Institute, il a particip&eacute; en 1991 aux    s&eacute;lections du NASA Astronaut Candidate Program. </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> GARRETT Laurie    (990)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>The coming    plague : newly emerging diseases in a world out of balance</I>, Penguin, 1994</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Journaliste    am&eacute;ricaine de formation scientifique (&eacute;tudes en immunologie),    elle obtient le prix Pulitzer en 1996 pour son enqu&ecirc;te au Za&iuml;re sur    le virus Ebola. Dans <I>The coming plague</I>, elle s'interroge sur les nouveaux    virus et les maladies qui pourraient appara&icirc;tre dans le futur.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> GELERNTER David  </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>Drawing    life&nbsp;: surviving the Unabomber</I>, Free Press, 1997.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> David Gelertner    fut l'un des scientifiques victimes des attentats perp&eacute;tr&eacute;s par    Theodore Kackzynski.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR>   <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> GILDER George    (1939- ) </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Etudiant &agrave;    Harvard, George Gilder a tr&egrave;s t&ocirc;t approch&eacute; les cercles du    pouvoir, en &eacute;crivant notamment des discours pour Nixon. Plus tard, il    effectuera une importante enqu&ecirc;te sur les origines de la pauvret&eacute;,    puis surtout une &eacute;tude sur les nouvelles technologies (<I>Microcosm</I>-1989)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> HAMILTON Edith    (1867-1963)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>The greek    way</I>, W. W. Norton &amp; Co, 1993 (nouvelle &eacute;dition)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Directrice    d'&eacute;cole pendant toute sa carri&egrave;re, Edith Hamilton a publi&eacute;,    une fois &agrave; la retraite, plusieurs ouvrages destin&eacute;s &agrave; la    jeunesse. Le premier d'entre eux, <I>The greek way</I>, dresse un parall&egrave;le    entre la Gr&egrave;ce ancienne et le monde contemporain.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> HEINLEIN Robert    Anson (1907-1988) </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>Have spacesuit    will travel, 1958 (Le Vagabond de l'espace - </I>Pocket n&deg;5153)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; margin-top: 0.07in; margin-bottom: 0.07in; line-height: 0.14in">    <SPAN STYLE="font-style: normal">Officier de l'U.S. Navy, Robert A. Heinlein    doit interrompre sa carri&egrave;re en raison d'une tuberculose. Il commence    alors &agrave; publier des nouvelles et romans de science-fiction. Fer de lance    de &#147;&nbsp;l'histoire du futur&nbsp;&#148;, il est notamment l'auteur de    <I>Starship Troopers</I> (1960). On le consid&egrave;re comme le premier auteur    &agrave; vivre de ce type de litt&eacute;rature.</SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR>   <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> HERBERT Franck    (1920-1986)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>The white    plague</I>, 1982<I> (La mort blanche - </I>Livre de Poche n&deg;7087<I>)</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Journaliste    de formation, Frank Herbert s'est rapidement consacr&eacute; &agrave; l'&eacute;criture    de romans et nouvelles de science-fiction. Il est surtout connu pour avoir compos&eacute;    <I>Dune</I>, l'imposante fresque qui inspira le film de David Lynch.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR>   <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> KACKZYNSKI    Theodore</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    <SPAN STYLE="font-style: normal">Ancien professeur de math&eacute;matiques &agrave;    Berkeley, Theodore Kackzynski fut arr&ecirc;t&eacute; en 1996, puis reconnu    coupable en 1998 d'une s&eacute;rie d'attentats perp&eacute;tr&eacute;s dans    des laboratoires. Voir l' Unabomber Manifesto sur </SPAN><A HREF="http://www.courttv.com/trials/unabomber/manifesto/" target="_blank"><SPAN STYLE="font-style: normal">http://www.courttv.com/trials/unabomber/manifesto</SPAN></A><SPAN STYLE="font-style: normal"></SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in">&nbsp; </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> KAUFFMAN Stuart  </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Self replication    : even peptides do it&#148;, in <I>Nature</I>, 383, 8/8/1996 </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT FACE="New York, serif">Disponible    sur </FONT><A HREF="http://www.santafe.edu/sfi/people/kauffman/index.html"><SPAN STYLE="font-style: normal"><FONT SIZE=3>http://www.santafe.edu/sfi/people/kauffman/index.html</FONT></SPAN></A></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Biologiste,    professeur de biochimie &agrave; l'universit&eacute; de Pennsylvanie et au Santa    Fe Institute.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in">&nbsp; </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    <SPAN STYLE="font-style: normal">KURZWEIL Ray</SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    <SPAN STYLE="font-style: normal"><i>The age of spiritual machines</i>, Viking,    1999 (voir </SPAN><A HREF="http://www.penguinputnam.com/kurzweil/excerpts/exbotframe.htm">http://www.penguinputnam.com/kurzweil/excerpts/exbotframe.htm</A>    )</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ray Kurzweil    est &agrave; l'origine de nombre d'inventions telles que la Kurzweil Reading    Machine (un ordinateur capable de lire un texte manuscrit gr&acirc;ce &agrave;    un syst&egrave;me de reconnaissance optique). Dans <I>The age of spiritual machines</I>,    il &eacute;voque le d&eacute;passement de l'intelligence humaine par la machine.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    LESLIE John</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    The end of the world : the science and ethics of human extinction, Routledge,    1996.he am&eacute;ricain, John Leslie s'int&eacute;resse particuli&egrave;rement    &agrave; la cosmologie (th&eacute;orie de la formation et de la nature de l'univers).</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> LOVINS Amory    &amp; Hunter </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> A l'origine    de la fondation du Rocky Mountain Institute, Amory. Lovins travaille avec Hunter    Lovins (Chief Executive Officier de l'institut) pour une gestion plus rationnelle    et plus &eacute;cologique des &eacute;nergies. (voir </FONT><A HREF="http://www.rmi.org/"><SPAN STYLE="font-style: normal"><FONT SIZE=3>http://www.rmi.org/</FONT></SPAN></A><SPAN STYLE="font-style: normal">)</SPAN></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> MORAVEC Hans</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    <i>Robot : mere machine to transcendent mind</i>, Oxford University Press, 1998.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT FACE="New York, serif">Chercheur    au Mobile Robot Laboratory de l'institut de robotique de la Carnegie Mellon    University, il travaille au d&eacute;veloppement de robots autonomes. Dans <I>Robot    : mere machine to transcendent mind</I>, il pr&eacute;voit que le robot &eacute;galera    l'intelligence humaine d'ici moins de cinquante ans. Voir&nbsp;: </FONT><A HREF="http://www.frc.ri.cmu.edu/~hpm/book97/index.html"><SPAN STYLE="font-style: normal">http://www.frc.ri.cmu.edu/~hpm/book97/index.html</SPAN></A></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <BR> </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> NIETZSCHE Friedrich    (1884 - 1900)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>Le Gai Savoir    (</I>Gallimard, Folio Essais, Philosophie<I>)</I></P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Dans cet ouvrage    philosophique, Nietzsche d&eacute;veloppe l'id&eacute;e de l'Eternel Retour.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> OPPENHEIMER    Robert (1904 - 1967)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Physicien am&eacute;ricain,    auteur de travaux sur la th&eacute;orie quantique, Robert Oppenheimer dirigea    l'&eacute;quipe qui &eacute;labora la premi&egrave;re bombe atomique &agrave;    Los Alamos. Il est aussi l'auteur d'ouvrages sur le r&ocirc;le de la science    dans le monde contemporain tels que <I>The open mind</I> ou <I>Science and the    common understanding</I>.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> RHODES Richard  </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    Visions of technology : a century of debates about machines, systems and the    human world, Simon &amp; Schuster Trade, 1999</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Laur&eacute;at    1988 du Prix Pulitzer pour son ouvrage <I>The making of the atomic bomb</I>,    Richard Rhodes est l'auteur de quinze livres m&ecirc;lant g&eacute;n&eacute;ralement    histoire et science. Dans <I>Visions of technology</I>, il retrace les principales    &eacute;volutions technologiques et scientifiques du XXe si&egrave;cle.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    SAGAN Carl (1934 - 1962)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    Pale blue dot : a vision of the humane future in space, New York, Random House,    1994.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Cet astronome    am&eacute;ricain, figure de proue dans la recherche de formes d'intelligence    extraterrestre, a &eacute;t&eacute; associ&eacute; &agrave; la plupart des missions    d'exploration spatiale. Il a &eacute;galement &eacute;t&eacute; un grand vulgarisateur    en la mati&egrave;re, notamment gr&acirc;ce &agrave; la s&eacute;rie des &eacute;missions    &#147;&nbsp;Cosmos&nbsp;&#148; sur la cha&icirc;ne am&eacute;ricaine PBS.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> SEARLE John    (1959 - )</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Philosophe    am&eacute;ricain sp&eacute;cialis&eacute; dans les questions de la conscience,    du langage et de l'&eacute;thique. Certains de ses ouvrages sont disponibles    en fran&ccedil;ais tels que <I>Les Actes du langage</I> (&eacute;d. Hermann)    ou <I>L'Intentionnalit&eacute;, essai de philosophie des &eacute;tats mentaux</I>    (Editions de Minuit).</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    STONE Irving</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in; page-break-after: avoid">    The agony and the extasy, New American Library, 1996.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> L'auteur fait    revivre Michel-Ange dans une fiction souvent nourrie d'&eacute;l&eacute;ments    r&eacute;els de la vie de l'artiste.</P> <P>  <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> THOREAU &shy;(1817    - 1862)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Essayiste,    m&eacute;morialiste et po&egrave;te am&eacute;ricain qui mena une vie asc&eacute;tique    qu'il &eacute;voque dans <I>Walden ou la vie dans les Bois</I> (1954).</P> <P>  <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> VONNEGUT Kurt    (1922 - ) </P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <I>Cat's Craddle</I>,    1963 (Editions du Seuil-1970)</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Ecrivain am&eacute;ricain,    il combine la science-fiction, la satire sociale et l'humour noir dans des romans    qui s'inspirent souvent des horreurs de ce si&egrave;cle. Dans <I>Cat's Craddle</I>,    il &eacute;voque la d&eacute;shumanisation engendr&eacute;e par les progr&egrave;s    de la technologie.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> Physicien et    math&eacute;maticien de formation, Stephen Wolfram a tr&egrave;s t&ocirc;t saisi    l'int&eacute;r&ecirc;t de l'informatique pour le scientifiques. Ses travaux    l'ont amen&eacute; &agrave; &eacute;diter Mathematica, l'un des logiciels de    calcul les plus r&eacute;put&eacute;s sur le march&eacute;.</P> <P ALIGN=JUSTIFY STYLE="margin-left: 0.01in; text-indent: 0.38in"> <FONT FACE="New York, serif" size="3"><A HREF="http://www.stephenwolfram.com/"><SPAN STYLE="font-style: normal">www.stephenwolfram.com</SPAN></A></FONT></P> <DIV ID="sdfootnote1">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote1sym" HREF="#sdfootnote1anc">1</A>      Cofondateur et <I>chief scientist</I> de Sun Microsystems, Bill Joy a copr&eacute;sid&eacute;      la commission am&eacute;ricaine sur l'avenir de la recherche sur les technologies      de l'information. Il est le coauteur de <I><FONT COLOR="#ff0000">The Java      Language Specification</FONT>.</I> Son travail sur les effets pervers de la      technologie informatique Jini a fait l'objet d'un article publi&eacute; par      <I>Wired </I>en avril dernier. Une version anglaise de l'article pr&eacute;sent      est sur <a href="http://www.wired.com/wired/archive/8.04/joy.html" target="_blank">http://www.wired.com/wired/archive/8.04/joy.html</a></P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote2">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote2sym" HREF="#sdfootnote2anc">2</A>      Ces technologies concernent aussi la chimie, la biologie et la physique. Leur      seule particularit&eacute; est de s'int&eacute;resser &agrave; ce qui se passe      &agrave; l'&eacute;chelle mol&eacute;culaire, voire particulaire. D'o&ugrave;      le pr&eacute;fixe &#147;&nbsp;&nbsp;nano&nbsp;&#148; qui signifie milliardi&egrave;me,      ou 10&macr;<SUP>9</SUP><SUP>,</SUP> et peut s'accoler &agrave; n'importe quelle      unit&eacute; de mesure : litre, m&egrave;tre, seconde... (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote3">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote3sym" HREF="#sdfootnote3anc">3</A><FONT SIZE=5>      </FONT>Emules de John Ludd, pass&eacute; &agrave; la post&eacute;rit&eacute;      pour avoir bris&eacute; des machines &agrave; tisser &agrave; la fin du XVIII<SUP>e</SUP>      si&egrave;cle, les &#147;&nbsp;&nbsp;luddistes&nbsp;&#148;&#148; &eacute;taient      des ouvriers anglais qui firent de m&ecirc;me au d&eacute;but du XIX<SUP>e</SUP>      si&egrave;cle, en r&eacute;action au ch&ocirc;mage dans lequel les mettait      l'installation de ces machines. (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote4">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote4sym" HREF="#sdfootnote4anc">4</A>      Ce passage cit&eacute; par Kurzweil est extrait du <FONT COLOR="#ff0000"><I>Unabomber      Manifesto</I> </FONT>de Kaczynski, publi&eacute; sous contrainte judiciaire      par le <I>New York Times</I> et le <I>Washington Post</I> pour tenter de marquer      un coup d'arr&ecirc;t &agrave; sa campagne terroriste. Je rejoins David Gelernter,      qui, sur ce point, a d&eacute;clar&eacute;&nbsp;:</P>   <P STYLE="margin-bottom: 0in"><I>&#147;&nbsp;&nbsp;Rude &eacute;preuve pour      un quotidien. Dire oui, c'&eacute;tait c&eacute;der au chantage terroriste,      d'autant que jusqu'&agrave; plus ample inform&eacute;, il mentait. D'un autre      c&ocirc;t&eacute;, cela mettrait peut-&ecirc;tre fin au massacre. En outre,      il ne fallait pas exclure la possibilit&eacute; que la publication de ce tract      puisse mettre la puce &agrave; l'oreille</I> <I>d'un lecteur. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment      ce qui s'est pass&eacute;. Le propre fr&egrave;re du suspect l'a lu, et cela      a &eacute;veill&eacute; ses soup&ccedil;ons. Je leur aurais dit de ne pas      le publier. Par chance -&nbsp;si l'on peut dire -, on ne m'a pas consult&eacute;.</i>&nbsp;&#148;</P>   <P STYLE="margin-bottom: 0in">(In <FONT COLOR="#ff0000"><I>Drawing Life: Surviving      the Unabomber,</I>Free Press, 1997, p. 120.</FONT>)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote5">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote5sym" HREF="#sdfootnote5anc">5</A>      Du grec <I>topos</I> (&#147;&nbsp;&nbsp;lieu&nbsp;&#148;)&nbsp;: une dystopie      est le contraire d'une utopie, c'est-&agrave;-dire le pire des mondes possibles.      (NDT) </P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote6">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote6sym" HREF="#sdfootnote6anc">6</A>      Loi dite &#147;&nbsp;&nbsp;de l'emmerdement maximum&nbsp;&#148;. (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote7">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote7sym" HREF="#sdfootnote7anc">7</A><FONT SIZE=4>      </FONT><FONT COLOR="#ff0000">Laurie Garrett, <I>The Coming Plague: Newly Emerging      Diseases in a World Out of Balance.</I></FONT>Penguin, 1994, p. 47-52, 414,      419, 452. </P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote8">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote8sym" HREF="#sdfootnote8anc">8</A>      Isaac Asimov a d&eacute;fini d&egrave;s 1950, dans &nbsp;les &#147;&nbsp;trois      r&egrave;gles de la robotique&nbsp;&#148;, &eacute;nonc&eacute;es dans son      livre <I><FONT COLOR="#ff0000">I, Robot,</FONT></I> ce qui est devenu la r&eacute;f&eacute;rence      en termes de r&egrave;gles &eacute;thiques r&eacute;gissant le comportement      des robots&nbsp;: 1. Un robot ne doit pas blesser un &ecirc;tre humain, ni,      par force d'inertie, laisser un &ecirc;tre humain se faire mal. 2. Un robot      doit ob&eacute;ir aux ordres des &ecirc;tres humains, sauf dans le cas o&ugrave;      ceux-ci viendraient contredire la r&egrave;gle n&deg;1. 3. Un robot doit veiller      &agrave; sa propre survie, dans la mesure o&ugrave; celle-ci n'entre en conflit      ni avec la r&egrave;gle n&deg;1 ni avec la r&egrave;gle n&deg;2. </P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote9">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote9sym" HREF="#sdfootnote9anc">9</A><FONT SIZE=5>      </FONT>Michel-Ange est l'auteur d'un sonnet qui d&eacute;bute ainsi&nbsp;:    <P>    <P> <cite> Non ha l' ottimo artista alcun concetto </cite>    <P> <cite>Ch' un marmo solo in s&egrave; non circonscriva</cite></P>   <cite>Col suo soverchio ; e solo a quello arriva</cite><cite>La man che ubbidisce    all' intelleto.</cite>    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><BR>   </P>   <P STYLE="margin-bottom: 0in">Stone en donne la traduction suivante&nbsp;:</P>   <BR>   <P> <cite>Le plus talentueux des artistes n'a rien &agrave; exprimer </cite><br>     <cite>Que le bloc min&eacute;ral, sous sa gangue superflue,</cite> <br>     <cite>Ne rec&egrave;le d&eacute;j&agrave;&nbsp;; rompre le sortil&egrave;ge      du marbre est l'unique pouvoir de la main, au service de l'esprit.</cite>    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><FONT FACE="New York, serif">Stone d&eacute;crit      le processus en ces termes&nbsp;: <I>&#147;&nbsp;&nbsp;Il ne travaillait pas      &agrave; partir d'esquisses ou de mod&egrave;les en pl&acirc;tre&nbsp;; ils      avaient tous &eacute;t&eacute; mis &agrave; l'&eacute;cart. Il laissait les      images de son esprit le guider. Ses yeux, ses mains, savaient &agrave; quel      endroit chaque trait, chaque cambrure, chaque masse, devait surgir, et jusqu'o&ugrave;      aller au c&#156;ur de la pierre pour donner vie au bas-relief&nbsp;&#148;</I>      (in <I><FONT COLOR="#ff0000">The Agony and the Ecstasy,</FONT></I> Doubleday,      1961&nbsp;: 6, 144).</FONT></P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote10">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote10sym" HREF="#sdfootnote10anc">10</A>      Extrait d'un discours intitul&eacute; &#147;&nbsp;The Future of Computation&nbsp;&#148;,      prononc&eacute; en octobre 1989 &agrave; la First Foresight Conference on      Nanotechnology, paru dans <FONT COLOR="#ff0000"><I>Nanotechnology: Research      and Perspectives,</I> Crandall, B. C. et James Lewis, &eacute;diteurs</FONT><I>.</I>      MIT Press, 1992, p. 269. Voir &eacute;galement <a href="http://www.foresight.org/Conferences/MNT01/Nano1.html" target="_blank">www.foresight.org/Conferences/MNT01/Nano1.html</a>.    </P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote11">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote11sym" HREF="#sdfootnote11anc">11</A><FONT SIZE=5>      </FONT>Dans un roman paru en 1963, <FONT COLOR="#ff0000"><I>Cat's Cradle,</I>      Kurt Vonnegut</FONT> a imagin&eacute; un accident de type <I>&#147;</I>&nbsp;&nbsp;<I>gray      goo&nbsp;&#148;</I> o&ugrave; une forme de glace nomm&eacute;e &nbsp;&#147;&nbsp;&nbsp;<I>ice-nine&nbsp;&#148;,</I>      qui se solidifie &agrave; une temp&eacute;rature beaucoup plus &eacute;lev&eacute;e,      g&egrave;le les oc&eacute;ans.</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote12">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote12sym" HREF="#sdfootnote12anc">12</A><FONT SIZE=5>      </FONT>Stuart Kauffman, &#147;&nbsp;&nbsp;Self-replication&nbsp;: Even Peptides      Do It&nbsp;&#148;, dans le n&deg;382 de <I>Nature,</I> 8 ao&ucirc;t 1996,      p. 496. Voir <a href="http://www.santafe.edu/sfi/People/kauffman/sak-peptides.html" target="_blank">http://www.santafe.edu/sfi/People/kauffman/sak-peptides.html</a>.</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote13">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote13sym" HREF="#sdfootnote13anc">13</A><FONT SIZE=5>      </FONT>Condamnant sa propre invention, Oppenheimer, en larmes, citera la <I>Bhagavad-G&icirc;ta</I>      en reprenant les termes de Vishnu&nbsp;: &#147;&nbsp;&nbsp;<I>Now I am become      death, the destroyer of worlds.&nbsp;&#148;</I> (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote14">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote14sym" HREF="#sdfootnote14anc">14</A>      Jon Else, <FONT COLOR="#ff0000"><I>The Day After Trinity : J. Robert Oppenheimer      and The Atomic Bomb </I></FONT><a href="http://www.pyramiddirect.com" target="_blank">http://www.pyramiddirect.com</a>.</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote15">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote15sym" HREF="#sdfootnote15anc">15</A>      Cette estimation figure dans <I><FONT COLOR="#ff0000">The End of the World      : The Science and Ethics of Human Extinction,</FONT></I> ouvrage dans lequel      John Leslie observe que cette probabilit&eacute; cro&icirc;t en proportions      significatives si l'on accepte le <I><FONT COLOR="#ff0000">Doomsday Argument</FONT></I>      de Brandon Carter. Concr&egrave;tement, et bri&egrave;vement, <I>&#147;&nbsp;&nbsp;nous</I>      <I>devrions</I> <I>montrer quelque d&eacute;fiance face &agrave; la croyance      voulant que nous soyons tr&egrave;s exceptionnellement pr&eacute;coces, croyance      selon laquelle nous ferions par exemple partie des premiers 0,001 pour cent      d'&ecirc;tres humains de toute l'Histoire. Cela laisserait &agrave; penser      que les si&egrave;cles restant &agrave; vivre &agrave; la race humaine sont      compt&eacute;s, sans parler d'une colonisation de la galaxie. Si, en soi,      la th&egrave;se du Jugement dernier de Carter ne donne pas une estimation      pr&eacute;cise du risque, elle va dans le sens d'une r&eacute;vision des estimations      qui ressortent de notre examen des divers dangers potentiels&nbsp;&#148;</I>      (Routledge, 1996, pp. 1, 3, 145).</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote16">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote16sym" HREF="#sdfootnote16anc">16</A>      Dite &#147;&nbsp;guerre des &eacute;toiles&nbsp;&#148;. (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote17">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote17sym" HREF="#sdfootnote17anc">17</A>      Arthur C. Clarke, &#147;&nbsp;&nbsp;Presidents, Experts, and Asteroids&nbsp;&#148;,      dans le num&eacute;ro du 5 juin 1998 de <I>Science.</I> Reproduit sous le      titre &#147;&nbsp;&nbsp;Science and Society&nbsp;&#148; dans <I>Greetings,      Carbon-Based Bipeds! Collected Essays, 1934-1998.</I> St. Martin's Press,      1999, p. 526.</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote18">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote18sym" HREF="#sdfootnote18anc">18</A>      En outre, comme le sugg&egrave;re David Forrest dans un article intitul&eacute;      &#147;&nbsp;&nbsp;Regulating Nanotechnology Development&eacute;&nbsp;&#148;      <a href="http://www.foresight.org/NanoRev/Forrest1989.html" target="_blank">http://www.foresight.org/NanoRev/Forrest1989.html</a>,      <I>&#147;&nbsp;&nbsp;au cas o&ugrave; l'on retiendrait la stricte responsabilit&eacute;      comme alternative &agrave; une r&eacute;glementation, aucun d&eacute;veloppeur,      quel qu'il soit, ne serait en mesure d'int&eacute;grer le co&ucirc;t du risque      (l'an&eacute;antissement de la biosph&egrave;re)&nbsp;; en cons&eacute;quence,      s'engager dans le d&eacute;veloppement des nanotechnologies est une activit&eacute;      qui, th&eacute;oriquement, ne devrait jamais &ecirc;tre entreprise&nbsp;&#148;.</I>      L'analyse de Forrest ne nous laisse, comme seule aile protectrice, la r&eacute;gulation      gouvernementale -&nbsp;une id&eacute;e au demeurant peu rassurante.</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote19">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote19sym" HREF="#sdfootnote19anc">19</A><FONT SIZE=5>      </FONT>Nietzsche, <I>Le Gai Savoir,</I> livre cinqui&egrave;me, &sect; 344,      <I>in</I> <FONT COLOR="#ff0000">&#140;uvres</FONT>, Bouquins, Laffont, 1993,      t. II., p. 207; traduit de l'allemand par Henri Albert, trad. r&eacute;vis&eacute;e      par Jean Lacoste. (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote20">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote20sym" HREF="#sdfootnote20anc">20</A>      Les Tamagotchi. (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote21">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote21sym" HREF="#sdfootnote21anc">21</A>      Trait&eacute; sur l'exp&eacute;rimentation, l'utilisation et la destruction      des armes bact&eacute;riologiques . (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote22">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote22sym" HREF="#sdfootnote22anc">22</A>      Convention sur la guerre chimique, portant sur l'interdiction de la fabrication,      du stockage et de l'utilisation d'armes chimiques. (NDT)</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote23">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote23sym" HREF="#sdfootnote23anc">23</A>      Matthew Meselson, &#147;&nbsp;&nbsp;Le probl&egrave;me des armes biologiques&nbsp;&#148;,      pr&eacute;sentation au 1 818e <I>Stated Meeting of the American Academy of      Arts and Sciences,</I> le 13 janvier 1999. <a href="http://minerva.amacad.org/archive/bulletin4.htm" target="_blank">http://minerva.amacad.org/archive/bulletin4.htm</a>    </P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote24">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote24sym" HREF="#sdfootnote24anc">24</A>      Paul Doty, &#147;&nbsp;&nbsp;The Forgotten Menace: Nuclear Weapons Stockpiles      Still Represent the Biggest Threat to Civilization&nbsp;&#148;, in <I>Nature</I>      n&deg; 402, 9 d&eacute;cembre 1999, p. 583. </P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote25">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote25sym" HREF="#sdfootnote25anc">25</A>      Voir &eacute;galement la lettre adress&eacute;e en 1997 par Hans Bethe au      pr&eacute;sident Clinton. http://www.fas.org/bethecr.htm</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote26">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote26sym" HREF="#sdfootnote26anc">26</A>      Sa Saintet&eacute; le quatorzi&egrave;me dala&iuml;-lama, Sagesse ancienne,      monde moderne&nbsp;: Ethique pour le nouveau mill&eacute;naire, Fayard, 1999.</P> </DIV> <DIV ID="sdfootnote27">    <P STYLE="margin-bottom: 0in"><A CLASS="sdfootnotesym" NAME="sdfootnote27sym" HREF="#sdfootnote27anc">27</A>      <FONT COLOR="#ff0000">Edith Hamilton, <I>The Greek Way.</I></FONT> W. W. Norton      &amp; Co., 1942, p. 35.</P> </DIV> </BODY> </HTML> 
