<HTML> <HEAD> <TITLE>Regards 42  - Janvier 1999  - L'an 2000, fin ou commencement? </TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#FDF5D9" LINK="#E60000" ALINK="#E60000" VLINK="#000033">  <P>&nbsp;</P>  <P><A NAME="top"></A><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html"><IMG SRC="une.gif" ALT="Regards" WIDTH=60 HEIGHT=90 BORDER=0 ALIGN=right></A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="index.html#ide">Janvier 1999 </A></FONT> <FONT SIZE="-1" FACE="Arial"> - Les Id&eacute;es </FONT></P>  <P><B><FONT FACE="Arial">Prospective <BR> L'an 2000, fin ou commencement? </FONT></B></P> <P><FONT FACE="Arial">Par Arnaud Spire </FONT> </TD></TR> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </TD></TR> </TABLE></P>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>La prospective " scientifique " a longtemps servi &agrave; maintenir les peuples dans une sorte d'&eacute;tat de soumission &agrave; l'ordre existant.  Aujourd'hui, on assiste &agrave; la fin des sc&eacute;narios du futur.  Un nouveau type de prospective se met en place.  Au diapason de la pens&eacute;e des possibles et de l'int&eacute;gration de l'al&eacute;atoire dans les diff&eacute;rentes formes d'explication du r&eacute;el.</B> <P> Longtemps, les recherches sur l'&eacute;volution future de l'humanit&eacute; ont &eacute;t&eacute; sous influence de l'id&eacute;ologie de la comp&eacute;tition entre les deux grands syst&egrave;mes politiques de d&eacute;veloppement qui s'opposaient sur la plan&egrave;te pendant les ann&eacute;es dites de " guerre froide ".  L'avenir du lib&eacute;ralisme &eacute;tait pr&eacute;sent&eacute; par ses partisans comme l'aboutissement heureux d'une v&eacute;ritable " r&eacute;volution conservatrice ".  Quant au socialisme &eacute;tatique, autoritaire et bureaucratique, rares sont ceux qui doutaient qu'il ne finisse par trouver en lui-m&ecirc;me les forces n&eacute;cessaires pour enrayer ses terribles d&eacute;rives.  Si l'histoire en a d&eacute;cid&eacute; autrement, c'est que le mal &eacute;tait autre qu'on ne le supposait.  L'id&eacute;ologie de la comp&eacute;tition et du " rattrapage " du capitalisme par le socialisme a profond&eacute;ment occult&eacute; la diff&eacute;rence essentielle des deux logiques de d&eacute;veloppement.  Cette derni&egrave;re se situe au niveau des finalit&eacute;s.  Dans le premier cas, il s'agit de pr&eacute;server la domination du capital sur la soci&eacute;t&eacute;, ou l'emprise du travail mort sur le travail vivant et donc de ne changer que pour mieux conserver.  Dans le second, il s'agit de donner libre cours aux vivantes capacit&eacute;s des individus pour qu'ils participent, ensemble et en permanence, &agrave; l'invention du meilleur des mondes possibles.  Telle est en effet la vis&eacute;e communiste sur l'avenir.  Cependant, dans les deux cas, les moyens mis en oeuvre ont &eacute;t&eacute; affect&eacute;s, jusqu'ici, d'une tendance &agrave; devenir &agrave; eux-m&ecirc;mes leur propre fin.  D'o&ugrave; l'apparente universalit&eacute; du processus de " bureaucratisation " tel que l'ont caract&eacute;ris&eacute;, dans les ann&eacute;es soixante, l'&eacute;conomiste am&eacute;ricain Walt Whitman Rostow et le sociologue fran&ccedil;ais Raymond Aron, comme logique faisant globalement obstacle au passage de la soci&eacute;t&eacute; traditionnelle &agrave; " la soci&eacute;t&eacute; de consommation ". <P> En 1969, l'&eacute;conomiste pr&eacute;visionniste L&eacute;on Lavall&eacute;e tenta, avec quelques autres, de jeter les bases d'une prospective qualifi&eacute;e de " marxiste ".  Cette recherche culmina avec la parution, dans la collection "Probl&egrave;mes" aux Editions sociales, avant m&ecirc;me la fin de la d&eacute;cennie, d'un essai modestement titr&eacute;: Pour une prospective marxiste.  L'auteur partait du constat de la multiplication de "travaux consacr&eacute;s &agrave; la prospective ou &agrave; certaines de ses parties" dans des " documents d'Etat ", &eacute;manant notament de pays d'Europe de l'Est sous influence sovi&eacute;tique. <P> L'objectif avou&eacute; &eacute;tait de "r&eacute;veiller" les "marxistes fran&ccedil;ais" qui, trop nombreux, "consacraient unilat&eacute;ralement leurs efforts &agrave; la connaissance du pass&eacute; lointain et d'un pr&eacute;sent sans cesse pass&eacute;, sans les relier, &agrave; l'instar de Marx et d'Engels, &agrave; l'avenir".  "N&eacute;cessairement, &eacute;crivait d&eacute;j&agrave; L&eacute;on Lavall&eacute;e, notre tentative doit comporter des erreurs, mais pour ce qui est ou se r&eacute;v&eacute;lera principalement inexact, comme pour ce qui appara&icirc;tra comme principalement exact, inspirons-nous de ce jugement du physicien am&eacute;ricain Oppenheimer: "On peut apprendre que ce qu'on a appris est &agrave; accepter sous r&eacute;serve, mais ceci est encore apprendre''." Cette prospective, bien que articul&eacute;e sur la croyance en un d&eacute;veloppement intrins&egrave;que des forces productives et l'acc&eacute;l&eacute;ration de l'histoire qui en r&eacute;sulterait (effet de la fameuse r&eacute;volution scientifique et technique), d&eacute;voie le besoin social de pr&eacute;voir qui se fait jour d&egrave;s les &eacute;v&eacute;nements de Mai-68.  O&ugrave; va le monde ? Personne, ou presque, ne se risque plus &agrave; parier sur des avenirs antagoniques.  S'instaurent les conditions d'une pens&eacute;e de la pluralit&eacute; des possibles.  Rappelons que, d&egrave;s fin 1962, Georges Pompidou, alors premier ministre, avait charg&eacute; un groupe baptis&eacute; " 1985 " d'&eacute;tudier ce qu'il serait utile de conna&icirc;tre d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent de la France de 1985 pour &eacute;clairer les orientations g&eacute;n&eacute;rales du Ve Plan. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Les futurs d'hier ne sont pas ceux de demain</B> <P> Aussi, m&ecirc;me Jacques Lesourne, l'ancien directeur du Monde qui fut, au temps des princes conceptuels de la Ve R&eacute;publique, sp&eacute;cialiste en " sc&eacute;narios du futur ", par l'interm&eacute;diaire de l'alors tr&egrave;s giscardienne revue Futuribles, ne fut pas assez na&iuml;f pour faire sienne, vingt ans plus tard, la th&egrave;se de monsieur Fukuyama dressant, au lendemain de l'effondrement de l'Union sovi&eacute;tique, l'acte de d&eacute;c&egrave;s de toute prospective pass&eacute;e, pr&eacute;sente et future.  Th&egrave;se que l'on peut r&eacute;sumer en trois phrases: " Le communisme est mort, le capitalisme a gagn&eacute;, l'histoire est finie.  " Pour Jacques Lesourne, croire que l'ann&eacute;e 89 ajouterait &agrave; la mort du communisme l'av&egrave;nement du paradis lib&eacute;ral sur terre aurait &eacute;t&eacute; "une formidable erreur de perspective".  L'ancien directeur d'Interfutur s'arr&ecirc;te, pour ce qui est de "l'apr&egrave;s-communisme", au seuil de la prospective.  Pas question, &eacute;crit-il d&egrave;s le d&eacute;but de l'ann&eacute;e 1990, dans ce domaine, d'enfermer l'avenir des peuples dans on ne sait quel sc&eacute;nario du futur.  La seule nouveaut&eacute; d'&eacute;vidence est, selon lui, que les futurs d'hier ne seront pas ceux de demain. <P> Confront&eacute; &agrave; l'impossibilit&eacute; d'enfermer des aspirations populaires de plus en plus fortes - notamment &agrave; la paix, &agrave; la d&eacute;mocratie et &agrave; la survie de l'humanit&eacute; -, l'Unesco a cr&eacute;&eacute; r&eacute;cemment un Office d'analyse et de pr&eacute;vision charg&eacute; de coordonner "la pr&eacute;paration du XXIe si&egrave;cle" (sic).  D&eacute;passant la vieille alternance nourrie par le catastrophisme int&eacute;ress&eacute; des uns et l'optimisme sournois des autres, la prospective que d&eacute;veloppe cette institution mondiale dit se garder de vouloir imposer aux peuples quelque avenir que ce soit.  Il n'est plus question, pour pr&eacute;parer leXXIe si&egrave;cle, que de "pr&eacute;voir pour pr&eacute;venir".  Faute de devenir, ind&eacute;pendamment de la transformation des rapports sociaux, une force productive "directe", la science agrandit le champ des possibles.  Plus question d'appeler &agrave; l'action seulement quand l'urgence est l&agrave;, c'est-&agrave;-dire quand il est d&eacute;j&agrave; trop tard.  La fin des sc&eacute;narios qui emprisonnaient le futur va de pair avec la naissance d'un type nouveau de prospective qui inclut l'al&eacute;atoire comme l'une de ses dimensions majeures.  N'est-ce pas l&agrave;, d'ailleurs, ce que souhaitaient, fondamentalement, les pionniers &eacute;voqu&eacute;s ci-dessus, dans leurs tentatives visant &agrave; fonder une prospective " scientifique " ? <P> C'est dans cet esprit d'anticipation et de renouvellement de la prospective que se sont d&eacute;j&agrave; tenus, sous l'&eacute;gide de l'Unesco, plusieurs "Dialogues du XXIe si&egrave;cle", &agrave; Paris et &agrave; Rio deJaneiro.  Ce que l'on peut dire, c'est qu'&agrave; quelques centaines de jours de l'heure consid&eacute;r&eacute;e comme fatidique, il appara&icirc;t principalement que rien n'est jou&eacute;.  Si un int&eacute;r&ecirc;t grandissant pour les pr&eacute;visions tendancielles se manifeste dans les opinions publiques, peut-on encore le cataloguer comme la suite de ces grand'peurs mill&eacute;naristes dont l'historien Georges Duby affirmait dans l'An mil qu'elles sont "au coeur de l'histoire de la condition humaine " et non sp&eacute;cifiques au mill&eacute;naire.  Ne doit-on pas plut&ocirc;t regarder cette curiosit&eacute; pour l'avenir comme une tentative de conjurer les peurs contemporaines ressenties face aux menaces de solitude, de mis&egrave;re, et de violence ? <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Agir, c'est pr&eacute;venir</B> <P> A une &eacute;poque o&ugrave; l'ordre actuel du monde n'est plus con&ccedil;u comme une fatalit&eacute;, o&ugrave; l'&eacute;loge de la r&eacute;volte pers&eacute;v&eacute;rante perce dans bien des domaines, o&ugrave; les mutins apparaissent plus souvent comme des pr&eacute;curseurs et o&ugrave; l'appropriation du futur rel&egrave;ve du r&eacute;alisable d&egrave;s lors qu'on s'en pr&eacute;occupe, la pr&eacute;vision de l'avenir ne peut plus se poser en termes de r&eacute;signation: "Pr&eacute;parons-nous vraiment le XXIe si&egrave;cle, lorsque nous tol&eacute;rons l'&eacute;ducation des femmes ?", demande Federico Mayor, premier responsable de l'Unesco.  "Ce qui est &agrave; l'ordre du jour, c'est d'&eacute;largir le cercle des d&eacute;cideurs et de donner &agrave; la vis&eacute;e prospective son sens pluriel." La pens&eacute;e du futur a besoin d'utopies qui ne blessent pas la m&eacute;moire.  C'est &agrave; cette seule condition qu'elles peuvent encore nourrir l'action.  "Refuser l'illusion utopique ne signifie pas qu'il faille renoncer &agrave; l'action anticipatrice.  " Le philosophe Jean-Joseph Goux a d&eacute;fendu, au cours d'un de ces premiers " Dialogues du XXIe si&egrave;cle ", l'id&eacute;e qu'il &eacute;tait grand temps de revisiter les utopies pass&eacute;es afin de favoriser l'&eacute;mergence de nouvelles utopies qui aident &agrave; repenser la conception du futur.  Pour cela, l'institution mondiale qu'est l'Unesco a d&eacute;cid&eacute; de tourner le dos aux bilans s&eacute;par&eacute;s aussi bien qu'aux g&eacute;n&eacute;ralit&eacute;s sp&eacute;culatives.  Sans doute le mouvement le plus profond est-il celui qui induit mondialement le divorce de la production et de l'&eacute;change des marchandises d'avec les mouvements de capitaux.  Mais ses r&eacute;percussions sont multiples et suffisamment sp&eacute;cifiques pour m&eacute;riter chaque fois l'analyse la plus concr&egrave;te possible.  Le s&eacute;miologue italien Umberto Eco estime, dans un livre collectif titr&eacute; Entretiens sur la Fin des temps <A NAME="ret1" HREF="#1">(1)</A> que "rien ne nous prouve que les gens soient angoiss&eacute;s &agrave; l'annonce du troisi&egrave;me mill&eacute;naire (...) et (m&ecirc;me) qu'il y a dans la soci&eacute;t&eacute; une pr&eacute;occupation particuli&egrave;re &agrave; propos de l'an 2000".  Certes, une abondante litt&eacute;rature voit d'ores et d&eacute;j&agrave; le jour &agrave; propos de cette &eacute;ch&eacute;ance, mais c'est &agrave; chaque fois pour contester le fait qu'un simple probl&egrave;me de calendrier puisse &ecirc;tre &agrave; l'origine d'un tel remue-m&eacute;nage.  Quatre entretiens, dans cet ouvrage, &eacute;clairent ce que sous-tend l'id&eacute;e d'une "fin des temps". <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>Entretiens sur la fin des temps </B> <P> Stephen Jay Gould pr&eacute;cise, en pal&eacute;ontologue, que la vie sur terre a d&eacute;j&agrave; connu cinq effacements presque complets dont l'un, cons&eacute;cutif &agrave; la chute d'un ast&eacute;ro&iuml;de sur la Terre, fut suivi de la disparition des dinosaures et de celle de 95% des esp&egrave;ces vivantes.  Jean Delumeau, en historien, retrace les r&ecirc;ves mill&eacute;naristes suscit&eacute;s par l'annonce d'une prochaine apocalypse.  Umberto Eco, s&eacute;miologue, communique ses craintes sur la prolif&eacute;ration non hi&eacute;rarchis&eacute;e des informations.  Et Jean-Claude Carri&egrave;re, se pr&eacute;sentant en honn&ecirc;te homme du XXIe si&egrave;cle, affirme que ce qui s'est r&eacute;duit, ce n'est pas l'espace mais notre aptitude &agrave; le parcourir et que le temps r&eacute;tr&eacute;ci fait appara&icirc;tre l'espace plus court. <P> Sous le titre Mill&eacute;nium - le mot, qui d&eacute;signe le r&egrave;gne de mille ans promis par la Bible, n'est plus gu&egrave;re usit&eacute; en fran&ccedil;ais -, Stephen Jay Gould a tent&eacute;, de son c&ocirc;t&eacute;, une Histoire naturelle et artificielle de l'an 2000 <A NAME="ret2" HREF="#2">(2)</A>.  Le biologiste am&eacute;ricain a pass&eacute; la plus grande partie de sa vie &agrave; d&eacute;montrer qu'il n'y avait aucune raison "scientifique" pour consid&eacute;rer qu'il aurait, &agrave; cette occasion, le privil&egrave;ge de vivre quelque "transition r&eacute;elle" que ce soit.  L'auteur ne fait aucune pr&eacute;diction sur l'avenir de l'humanit&eacute;, ni sur celui des individus, ni sur les villes, ni sur les nations, ni sur les galaxies.  Il avoue, avec beaucoup d'humour, se limiter, pour ce qui est des pr&eacute;visions, "&agrave; annoncer un consid&eacute;rable afflux de livres sur le mill&eacute;naire" ! Son travail porte plus s&eacute;rieusement sur "l'interaction entre l'inflexible r&eacute;alit&eacute; et l'incertaine interpr&eacute;tation humaine".  S'il lui semble licite de d&eacute;finir le jour par une rotation compl&egrave;te de la plan&egrave;te, le regroupement de jours en ensembles de sept unit&eacute;s, les semaines, r&eacute;sulte de d&eacute;cisions arbitraires propres &agrave; certaines civilisations.  "Il se peut, &eacute;crit encore Stephen Jay Gould, que la vieille id&eacute;e selon laquelle la num&eacute;ration d&eacute;cimale aboutit &agrave; craindre l'&eacute;ch&eacute;ance de l'an mil puis celle de l'an 2000 ait quelque chose &agrave; voir avec nos dix doigts.  " Mais cette possibilit&eacute; n'a aucune universalit&eacute;...  " Si nous avons dix doigts, ce n'est qu'un hasard de l'histoire car les premiers vert&eacute;br&eacute;s terrestres avaient six &agrave; huit doigts de chaque c&ocirc;t&eacute; et la r&eacute;duction &agrave; cinq doigts qui s'est produite par la suite ne peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme une &eacute;volution in&eacute;vitable." D'ailleurs, le passage au troisi&egrave;me mill&eacute;naire a d&eacute;j&agrave; eu lieu.  Tout avait &eacute;t&eacute; calcul&eacute;.  C'&eacute;tait le 23 octobre 1997 &agrave; midi, exactement 6000 ans apr&egrave;s l'an 4004.  Rien ne s'est pass&eacute;.  Et les pr&eacute;visions de l'Apocalypse selon St Jean ou de l'archev&ecirc;que James Ussher en 1650 ont rejoint la longue liste des proph&egrave;tes ayant &eacute;chou&eacute;.  Qui, dans ces conditions, on est enclin &agrave; croire qu'en l'an 2000 se d&eacute;clenche quelque cataclysme que ce soit.  Chacun se pr&eacute;occupe plut&ocirc;t de r&eacute;server sa table pour f&ecirc;ter cette &eacute;ch&eacute;ance au champagne ou d'adapter son syst&egrave;me informatique au chiffre 2, de 2000. <P> </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <FONT FACE="Arial"><B>L'an 2000, un non-&eacute;v&eacute;nement ?</B> <P> Dans leur grande majorit&eacute;, les hommes de science, les philosophes tiennent pour acquis que l'an 2000 ne changera pas la face du monde.  Que cet anniversaire oblige &agrave; des bilans et ouvre un champ d'interrogations in&eacute;dit sur ce qui menace l'avenir de la plan&egrave;te est un de ces paradoxes qui ponctuent l'histoire de la pens&eacute;e al&eacute;atoire qui accompagne depuis leur origine les recherches de causalit&eacute;.  Qu'il s'agisse de Stephen Jay Gould ou d'Umberto Eco, dans leurs entretiens sur "la fin des temps", comment ne pas remarquer que les hommes ne sont jamais parvenus &agrave; concevoir que les choses arrivent par hasard, et qu'ils ont dans le m&ecirc;me temps une sainte horreur du hasard.  C'est pour cela qu'ils ont toujours eu besoin d'inventer des histoires qui expliquent symboliquement ce qui est arriv&eacute;.  Comme l'&eacute;crit encore Stephen Jay Gould, "les &ecirc;tres humains sont des cr&eacute;atures en qu&ecirc;te de structures.  (...) Ils ont besoin de d&eacute;couvrir des r&eacute;gularit&eacute;s et de les agencer &agrave; l'aide de r&eacute;cits".  C'est Giordano Bruno - br&ucirc;l&eacute; en place publique en 1600 pour expier le crime d'avoir mis en question l'une des fables les plus puissantes de l'histoire - qui disait tr&egrave;s justement que nos th&eacute;ories sur l'ordre de la nature peuvent fonctionner soit comme des "v&eacute;hicules", soit comme des cha&icirc;nes <A NAME="ret3" HREF="#3">(3)</A>. <P> Nous retenons donc tous notre souffle dans l'attente d'un &eacute;v&eacute;nement qui n'en sera pas un.  Cela alimente la tendance au pessimisme du philosophe Jean Baudrillard: "Ce n'est plus l'avenir qui est devant nous, mais l'impossibilit&eacute; d'en finir.  La pr&eacute;vision, qui est comme la m&eacute;moire du futur, s'efface en proportion exacte de la m&eacute;moire du pass&eacute;.  Quand tout devient visible, plus rien n'est pr&eacute;visible." Le philosophe estime qu'au-del&agrave; de la fin s'&eacute;tend le domaine du virtuel, l'horizon d'une r&eacute;alit&eacute; programm&eacute;e dans laquelle "toutes nos fonctions deviennent progressivement inutiles" <A NAME="ret4" HREF="#4">(4)</A>. <P> Subsiste la question pos&eacute;e par le philosophe Alain Badiou dans son s&eacute;minaire au Coll&egrave;ge international de philosophie: "De quoi le XXe si&egrave;cle a-t-il &eacute;t&eacute; la fin et de quoi est-il le commencement ?" "L'hypoth&egrave;se qu'il s'agira de v&eacute;rifier est que, au bord de son ach&egrave;vement, ce que le si&egrave;cle demande &agrave; la pens&eacute;e, c'est non pas le renversement du platonisme mais la fondation d'un platonisme des multiplicit&eacute;s; non pas la renonciation politique mais la proposition d'un communisme des singularit&eacute;s; non pas la d&eacute;construction de la m&eacute;taphysique mais une nouvelle th&eacute;orie des v&eacute;rit&eacute;s" <A NAME="ret5" HREF="#5">(5)</A>. </FONT> </TD></TR> </TABLE> <P>&nbsp;<BR>  <P><TABLE BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH=400> <TR> <TD> <P> <HR SIZE="1" WIDTH=400 ALIGN=LEFT NOSHADE> </P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A NAME="1" HREF="#ret1">1.</A>  Jean-Claude Carri&egrave;re, Jean Delumeau, Umberto Eco, Stephen Jay Gould, Entretiens sur la fin des temps. Editions Fayard.<P><A NAME="2" HREF="#ret2">2.</A>  Stephen Jay Gould, Mill&eacute;nium. Histoire naturelle et artificielle de l'an 2000. Editions du Seuil.<P><A NAME="3" HREF="#ret3">3.</A>  Entretiens sur la fin des temps, p. 302.<P><A NAME="4" HREF="#ret4">4.</A>  Jean Baudrillard, A l'ombre du mill&eacute;naire ou le suspens de l'an 2000. Collection " L'ombre du z&egrave;bre... n'a pas de rayures ", Editions Sens et Tonka. 32 p, 40 F.<P><A NAME="5" HREF="#ret5">5.</A>  Alain Badiou, De quoi le XXe si&egrave;cle a-t-il &eacute;t&eacute; la fin, et de quoi le commencement ? S&eacute;minaire au Coll&egrave;ge international de philosophie. </FONT></P>  <P><FONT SIZE="-1" FACE="Arial"><A HREF="#top">retour</A></FONT> </TD></TR> </TABLE></P>  </BODY> </HTML> 
