<HTML> <HEAD>     <TITLE>A propos des 4 esp&egrave;ces d'amour selon Stendhal, par Yuichi KASUYA</TITLE> </HEAD> <BODY LINK="#0000ff" VLINK="#ff00ff" ALINK="#ff0000" BGCOLOR="#ecffb4"> <BR> <A NAME="anchor483703"></A> <H2><CENTER>&Agrave; propos des &#171; quatre esp&egrave;ces d'amour &#187; selon Stendhal</CENTER> </H2> <H4><CENTER>(Communication faite &agrave; Tokyo, le 24 mai 1994)<BR> Yuichi KASUYA<BR> <BR> Copyright (c) Yuichi Kasuya, 1994.<BR> </CENTER> </H4> <P><CENTER><A HREF="toppage.html">[RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL]</A></CENTER> <H5><CENTER>I</CENTER> </H5> Peu de gens prennent vraiment au s&eacute;rieux le classement stendhalien de l'amour en quatre &#171; esp&egrave;ces &#187;, qui figure au chapitre premier de son trait&eacute; <CITE>De l'amour.</CITE> Il serait de bon go&ucirc;t de sourire et de passer sous silence un tel sujet qui aurait plut&ocirc;t sa place dans un salon o&ugrave; l'on appr&eacute;cie les traits d'esprit.<BR> Mais est-il absolument impossible d'accorder quelque cr&eacute;dit &agrave; cette classification? Nous tenterons ici de comprendre ce que signifiaient ces quatre amours pour Stendhal.<BR> <BR> Cette typologie resurgit quelquefois sous la plume de Stendhal, avec plus ou moins de changements dans les nuances ou au niveau des appellations. Les exemples cit&eacute;s et les explications pr&eacute;sentent des variations, mais Stendhal distingue toujours quatre &#171; esp&egrave;ces &#187; d'amour. Selon le texte d&eacute;finitif de <CITE>L'Amour</CITE>, ce sont : l'amour-passion, l'amour-go&ucirc;t, l'amour-physique et l'amour de vanit&eacute;. <BR> Regardons ce qu'il a not&eacute; dans son journal du 20 septembre 1822, juste apr&egrave;s la parution de <CITE>L'Amour.</CITE> Je cite :  <BLOCKQUOTE>Ce qui suit est le premier travail sur<CITE> l'Amour.</CITE> Je croyais que 4 ou 8 pages renfermeraient all my ideas. Depuis un mois, cela est <EM>printed </EM>en 500 pages in-12.<BR> 29 d&eacute;cembre 1819, <EM>day of genius</EM>.<BR> <BR> De l'Amour<BR> <BR> Il y a quatre esp&egrave;ces d'amour ; [...]<BR> etc., etc(1). </BLOCKQUOTE> <BR> Si ce qu'il qualifie de g&eacute;nial, c'&eacute;tait seulement l'id&eacute;e d'&eacute;crire ses souvenirs amoureux sous forme d'un trait&eacute;, Stendhal n'aurait pas cru que 4 ou 8 pages lui suffisaient(2). Tout porte &agrave; croire que Stendhal a en t&ecirc;te une sorte de th&eacute;orie. Aussi a-t-on l'impression que, si Stendhal appelle <CITE>Day of genius</CITE> le 29 d&eacute;cembre 1819, c'est parce que l'id&eacute;e de la classification en quatre lui paraissait lumineuse. <BR> <BR> Examinons maintenant de plus pr&egrave;s, ces quatre amours en question. D&eacute;sormais nous nous r&eacute;f&eacute;rerons principalement &agrave; l'explication donn&eacute;e au chapitre premier de <CITE>l'Amour</CITE>. <H5><CENTER>II</CENTER> </H5> <BR> D'abord, l'amour-passion.<BR> Voici les exemples d'amour-passion qui figurent dans le chapitre premier de <CITE>l'Amour </CITE>: je cite.  <BLOCKQUOTE>1&#176; L'amour-passion, celui de la religieuse portugaise, celui d'H&eacute;lo&iuml;se pour Ab&eacute;lard, celui du capitaine de V&eacute;sel, du gendarme de Cento(3).</BLOCKQUOTE> <BR> On peut d'abord remarquer que les amants que Stendhal a cit&eacute;s ont tous fait quelque sacrifice de leur int&eacute;r&ecirc;t personnel, de leur int&eacute;r&ecirc;t imm&eacute;diat pour l'&ecirc;tre aim&eacute;. H&eacute;lo&iuml;se refuse le bonheur conjugal et souhaite rester la ma&icirc;tresse d'Ab&eacute;lard(4). Elle restera fid&egrave;le &agrave; son amant toute sa vie, dans la solitude du couvent(5). L'amant de la dame que le baron de Besenval a rencontr&eacute;e &agrave; V&eacute;sel sacrifie son d&eacute;sir pour respecter le souhait de celle qu'il aime(6). Le baron dit qu'il est martyr de l'amour-propre de sa ma&icirc;tresse(7).<BR> Mais il y a quelque chose de plus fort, de plus extraordinaire qu'un simple sacrifice dans l'amour-passion. La religieuse portugaise, par exemple, que symbolise-t-elle? En fait tout au long des <CITE>Lettres Portugaises</CITE> elle ne fait que regretter l'amour d&eacute;j&agrave; perdu. Elle maudit son amant infid&egrave;le. Cependant, bien que l'amour ne soit jamais que la source de l'angoisse, du malheur, elle ne veut pas que sa passion amoureuse la quitte. Elle termine sa premi&egrave;re lettre par une singuli&egrave;re imploration : &#171; Adieu, je n'en puis plus. Adieu, aimez-moi toujours, et faites-moi souffrir encore plus de maux(8).&#187; En un mot, la douleur de l'amour lui est plus ch&egrave;re que la tranquillit&eacute; de l'&acirc;me. L'amour devient quelque chose d'incontr&ocirc;lable. C'est, si j'ose dire, plut&ocirc;t qu'un sacrifice de soi, un <EM>oubli</EM> ou une perte de soi.<BR> La forme ultime de l'amour-passion semble donc se manifester dans le cas de la ma&icirc;tresse du gendarme de Cento. Cette anecdote amoureuse ne semble pas tr&egrave;s connue. Avec celle du capitaine de V&eacute;zel, Stendhal lui-m&ecirc;me semble l'avoir vite oubli&eacute;e(9). Aucune &eacute;dition de <CITE>l'Amour</CITE> en rapporte le d&eacute;tail. Citons la br&egrave;ve note de l'&eacute;dition Classiques Garnier : &#171; [...] dans les premi&egrave;res ann&eacute;es du XIXe si&egrave;cle, un gendarme de Cento, province de Ferrare, emprisonn&eacute; &agrave; la demande des parents de la jeune fille qu'il avait s&eacute;duite, re&ccedil;ut de celle-ci du poison, et tous les deux, chacun d'un c&ocirc;t&eacute; de la fen&ecirc;tre grill&eacute;e du cachot, s'&eacute;taient empoisonn&eacute;s(10) &#187;. Apparemment l'&eacute;diteur n'accorde gu&egrave;re d'importance &agrave; cet &eacute;pisode. Mais en fait, dans les rapports de Nerio Malvezzi et de Feruccio Lanfranchi sur cette histoire d'amour tragique, il y a un trait qui attire notre attention. La jeune fille, Rosa Vancini, surnomm&eacute;e &#171; la Bella Rosina &#187;, a en fait aval&eacute; le poison, mais : &#171; sentant que le poison &eacute;tait trop amer, elle l'a crach&eacute;, avant de rentrer chez elle en courant(11). &#187; Le chroniqueur nous apprend que, tandis que Grasseli, le gendarme de Cento est mort en tr&egrave;s peu de temps, pour sauver la jeune fille, on a vite appel&eacute; des m&eacute;decins qui lui ont donn&eacute; tous les rem&egrave;des possibles. Malgr&eacute; tous ces efforts, elle est morte huit jours apr&egrave;s(12). <BR> N'&eacute;tait-ce pas ce trait qui subsistait dans la m&eacute;moire de Stendhal? Le texte de la chronique montre bien la surprise des contemporains devant cette mort qui n'a d'autre cause apparente que l'amour. La Belle Rosina est morte uniquement parce qu'elle a perdu son objet d'amour. <BR> Stendhal ne manque pas, par la suite, de citer des exemples analogues. Au chapitre LIII de <CITE>L'Amour </CITE>un Arabe de la tribu de Azra se vante de conna&icirc;tre &#171; dans [sa] tribu trente jeunes gens que la mort a enlev&eacute;s, et qui n'avaient d'autre maladie que l'amour(13).&#187; Dans le m&ecirc;me livre on trouve encore l'exemple d'une cristallisation excessive qui a provoqu&eacute; la mort chez un homme qui n'avait jamais vu l'objet de son amour(14).<BR> A ce propos, on ne peut manquer de penser &agrave; la mort inattendue de Mme de R&ecirc;nal apr&egrave;s l'ex&eacute;cution de Julien Sorel. Les circonstances de la mort de Mme de R&ecirc;nal et de la jeune fille de Cento pr&eacute;sentent une analogie remarquable. Je cite le dernier paragraphe du <CITE>Rouge et le Noir </CITE>:  <BLOCKQUOTE>Mme de R&ecirc;nal fut fid&egrave;le &agrave; sa promesse. Elle ne chercha en aucune mani&egrave;re &agrave; attenter &agrave; sa vie ; mais, trois jours apr&egrave;s Julien, elle mourut en embrassant ses enfants(15).</BLOCKQUOTE> <BR> Cette mort peu vraisemblable n'est autre, pour Stendhal, que la preuve qu'elle aimait Julien de l'amour-passion. Il en va de m&ecirc;me pour les morts successives de Fabrice et de Sanseverina dans le dernier chapitre de <CITE>La Chartreuse de Parme</CITE>(16).<BR> Il y a une vingtaine d'ann&eacute;es, Emile Talbot a r&eacute;capitul&eacute; les choix qui se pr&eacute;sentaient aux h&eacute;ros stendhaliens quand leur amour devenait impossible. Le premier, c'est le suicide. Exemples : Octave de Malivert, Mina de Wanghel, etc. ; le deuxi&egrave;me, c'est de se r&eacute;fugier dans la vie solitaire d'un couvent ou d'un monast&egrave;re, comme Armance ou Fabrice del Dongo. Mais il existe une troisi&egrave;me voie, pas un <EM>choix</EM> celui-ci : c'est, je cite Emile Talbot, &#171; Ne pouvant renoncer &agrave; la vie ni par couvent ni par le suicide, ils meurent, ils se laissent mourir(17). &#187; La ma&icirc;tresse du gendarme de Cento entre parfaitement dans cette derni&egrave;re cat&eacute;gorie.<BR> Devant ces cas ultimes on peut se demander si le seul amour peut vraiment amener la mort biologique. L'id&eacute;e est trop romanesque(18). Ce qui est important pour la conception stendhalienne de l'amour-passion, c'est que celui-ci constitue, au moins &agrave; premi&egrave;re vue, un paradoxe par rapport &agrave; la philosophie dite utilitariste d'Helv&eacute;tius. <BR> Helv&eacute;tius est le premier ma&icirc;tre de la philosophie de Stendhal. Mais celui-ci le critique tout de m&ecirc;me pour ne pas avoir saisi ce que Stendhal appelle &#171; la diff&eacute;rence entre notre int&eacute;r&ecirc;t r&eacute;el et notre int&eacute;r&ecirc;t apparent &#187; (19). Dans <CITE>De l'Amour</CITE>, Stendhal, tout en respectant ce qu'il appelle le &#171; principe d'Helv&eacute;tius &#187;, va plus loin que son ma&icirc;tre, en employant le terme &#171; plaisir &#187; au lieu de celui d'&#171; int&eacute;r&ecirc;t &#187;. Je cite :  <BLOCKQUOTE>Le principe d'Helv&eacute;tius est vrai m&ecirc;me dans les exaltations les plus folles de l'amour, m&ecirc;me dans le suicide. Il est contre sa nature, il est impossible que l'homme ne fasse pas toujours, et dans quelque instant que vous vouliez le prendre, ce qui dans le moment est possible et lui fait le plus de plaisir(20).</BLOCKQUOTE> <BR> Ici, l'analogie entre l'amour et la maladie s'av&egrave;re donc doublement pertinente chez Stendhal. Premi&egrave;rement parce que l'amour &#171; na&icirc;t et s'&eacute;teint sans que la volont&eacute; y ait la moindre part(21).&#187; Deuxi&egrave;mement parce qu'il peut amener la destruction de la vie organique(22). Le sacrifice dans l'amour peut ainsi constituer un plaisir pour celui qui aime. Voici une phrase de Vauvenargues annot&eacute;e par Stendhal :  <BLOCKQUOTE>Peut-&ecirc;tre ne faisons-nous le bien que parce que notre plaisir se trouve dans ce sacrifice(23). </BLOCKQUOTE> <BR> En regard de ces lignes, Stendhal notait: &#171; Justification d'H[elv&eacute;tius](24). &#187; <BR> <BR> Ce n'est donc pas sans raison si Stendhal a fait para&icirc;tre un article pour les lecteurs anglais, intitul&eacute; &#171; Thoughts on the Philosophy of Helvetius &#187; en avril 1822, juste apr&egrave;s qu'il ait commenc&eacute; &agrave; collaborer au <CITE>Paris Monthly Review</CITE>, et quatre mois avant la parution de l'Amour. Dans cet article, o&ugrave; est repris le m&ecirc;me argument qu'au fragment no.XCI de <CITE>l'Amour</CITE> en &eacute;voquant les m&ecirc;mes personnages, &agrave; savoir le prince Eug&egrave;ne de Savoie et R&eacute;gulus, Stendhal affirme que l'homme ne peut pas ne pas ob&eacute;ir &#171; aux injonctions de son int&eacute;r&ecirc;t(25).&#187; Cet article, n'&eacute;tait-il pas destin&eacute; &agrave; annoncer la th&egrave;se fondamentale de sa prochaine publication, &agrave; savoir l'affirmation du fait que l'amour poursuit un plus haut degr&eacute; d'int&eacute;r&ecirc;t?<BR> L'amour peut donc prendre un aspect bizarre et faire agir les hommes contrairement &agrave; leur int&eacute;r&ecirc;t apparent ou imm&eacute;diat. Alors comment expliquer ce ph&eacute;nom&egrave;ne contre nature? Selon Stendhal, c'est le r&eacute;sultat de la civilisation. Non seulement l'amour-passion, mais &eacute;galement tous les amours sont, selon Stendhal, un fruit, &#171; un miracle &#187; de la civilisation. Et il affirme que, dans une soci&eacute;t&eacute; civilis&eacute;e, l'oubli de l'int&eacute;r&ecirc;t personnel pourrait produire paradoxalement le plaisir &#171; sublime &#187;. On en reparlera plus tard. <H5><CENTER>III</CENTER> </H5> <BR> Passons maintenant &agrave; la deuxi&egrave;me variation de l'amour. Je cite le texte de Stendhal :  <BLOCKQUOTE>2&#176; L'amour-go&ucirc;t, celui qui r&eacute;gnait &agrave; Paris vers 1760, et que l'on trouve dans les m&eacute;moires et romans de cette &eacute;poque, dans Cr&eacute;billon, Lauzun, Duclos, Marmontel, Chamfort, Mme d'Epinay, etc., etc.(26)</BLOCKQUOTE> <BR> Voyons qui sont les auteurs ici cit&eacute;s, t&eacute;moins des moeurs galantes du XVIIIe si&egrave;cle. Un passage int&eacute;ressant d'un texte que Stendhal a pr&eacute;par&eacute; pour son deuxi&egrave;me <CITE>Racine et Shakspeare</CITE>, r&eacute;dig&eacute; donc avant 1825, attire notre attention sur le fait que ces auteurs sont pour la plupart originaires de la bourgeoisie, et, en un sens, partisans de la cause de la nouvelle noblesse du XVIIIe si&egrave;cle. En parlant d'une nouvelle source de comique de ce si&egrave;cle, Stendhal remarque :  <BLOCKQUOTE>Lorsque, vers 1720, les dissipations des grands seigneurs et le syst&egrave;me de Law eurent enfin cr&eacute;&eacute; une bourgeoisie, il parut une troisi&egrave;me source de comique : l'imitation imparfaite et gauche des aimables courtisans. Le fils de M. Turcaret, d&eacute;guis&eacute; sous un nom de terre, et devenu fermier g&eacute;n&eacute;ral, dut avoir dans le monde une existence dont le mod&egrave;le n'avait pas paru sous Louis XIV,[...]<BR> <CITE>Les Consid&eacute;rations sur les moeurs</CITE>, de Duclos, sont le Code civil de ce nouvel ordre de choses, dont les <CITE>M&eacute;moires de madame d'Epinay</CITE> et de Marmontel nous ont laiss&eacute; une description assez amusante(27).</BLOCKQUOTE> <BR> Le XVIIIe si&egrave;cle avait d&eacute;j&agrave; avanc&eacute; l'id&eacute;e de la priorit&eacute; du m&eacute;rite sur le sang. Ce que pr&eacute;tend l'auteur des<CITE> Consid&eacute;rations sur les moeurs</CITE>, paru en 1751, c'est qu'en France l'uniformit&eacute; des moeurs, plut&ocirc;t que la naissance, constituait la noblesse. Je cite :  <BLOCKQUOTE>Les moeurs font &agrave; Paris ce que l'esprit du gouvernement fait &agrave; Londres ; elles confondent et &eacute;galent dans la soci&eacute;t&eacute; les rangs qui sont distingu&eacute;s et subordonn&eacute;s dans l'&eacute;tat. Tous les ordres vivent &agrave; Londres dans la familiarit&eacute;, parceque[sic] tous les citoyens ont besoin les uns des autres ; l'int&eacute;r&ecirc;t commun les rapproche.<BR> Les plaisirs produisent le m&ecirc;me effet &agrave; Paris ; tous ceux qui se plaisent se conviennent, avec cette diff&eacute;rence que l'&eacute;galit&eacute;, qui est un bien quand elle part d'un principe du gouvernement, est un tr&egrave;s grand mal quand elle ne vient que des moeurs, parceque cela n'arrive jamais que par leur corruption(28).</BLOCKQUOTE> <BR> Mais Duclos fait une apologie des Fran&ccedil;ais :  <BLOCKQUOTE>C'est le seul peuple dont les moeurs peuvent se d&eacute;praver, sans que le fond du coeur se corrompe, ni que le courage s'alt&egrave;re ; [...](29)</BLOCKQUOTE> <BR> Et voici un passage du m&ecirc;me livre que Stendhal transcrit lui-m&ecirc;me dans son cahier en novembre 1813 :  <BLOCKQUOTE>La politesse marque l'homme de naissance ; les plus grands sont les plus polis... Cette politesse est le premier signe de la hauteur... La politesse prouve l'&eacute;ducation soign&eacute;e et qu'on a v&eacute;cu dans un monde choisi(30).</BLOCKQUOTE> <BR> Stendhal se moque de l'exc&egrave;s du souci de convenance du temps de madame d'Epinay, o&ugrave; &#171; il y avait la mani&egrave;re approuv&eacute;e et du bon go&ucirc;t de mourir, de se marier, de faire banqueroute, de tuer un rival, etc. &#187; (31)<BR> Stendhal fait une br&egrave;ve mention sur les <CITE>M&eacute;moires</CITE> de Lauzun, un des auteurs de l'amour-go&ucirc;t :  <BLOCKQUOTE>Les <CITE>M&eacute;moires</CITE> de Lauzun [...] la couleur seule est ou para&icirc;t fausse. Je dis para&icirc;t, car peut-&ecirc;tre Lauzun avait-il l'habitude d'&eacute;crire ainsi(32). </BLOCKQUOTE> <BR> L'int&eacute;ressant, c'est que Stendhal admet une certaine sinc&eacute;rit&eacute; chez Lauzun, bien que son style paraisse affect&eacute;. Stendhal pense que Lauzun n'&eacute;tait pas conscient de son d&eacute;faut. Autrement dit, il pense que pour Lauzun l'affectation &eacute;tait un comportement <EM>n&eacute;cessaire</EM> mais que celle-ci &eacute;tait tellement enracin&eacute;e en lui qu'il n'en &eacute;tait pas conscient.<BR> Revenons &agrave; l'explication de l'amour-go&ucirc;t du chapitre premier de <CITE>L'Amour</CITE> :  <BLOCKQUOTE>C'est un tableau o&ugrave; jusqu'aux ombres, tout doit &ecirc;tre couleur de rose, o&ugrave; il ne doit entrer rien de d&eacute;sagr&eacute;able sous aucun pr&eacute;texte, et sous peine de manquer d'usage, de bon ton, de d&eacute;licatesse, etc. Un homme bien n&eacute; sait d'avance tous les proc&eacute;d&eacute;s qu'il doit avoir et rencontrer dans les diverses phases de cet amour ; [...](33).</BLOCKQUOTE> <BR> Il est &agrave; remarquer que, selon Stendhal lui-m&ecirc;me, l'amour-go&ucirc;t est de la m&ecirc;me nature que l'amour-passion. Dans la premi&egrave;re esquisse de <CITE>L'Amour</CITE> il pr&eacute;cise :  <BLOCKQUOTE>Quand une fois nous conna&icirc;trons parfaitement l'amour-passion, l'amour-go&ucirc;t qui n'en est qu'une diminution, qu'une nuance affaiblie, sera facile &agrave; conna&icirc;tre.&#187; (34)</BLOCKQUOTE> <BR> Si l'amour-passion ne conna&icirc;t aucune barri&egrave;re quand il s'&eacute;panche, la d&eacute;marche de cette deuxi&egrave;me sorte d'amour est d&eacute;limit&eacute;e, prescrite. L'amour-go&ucirc;t rel&egrave;ve d'une contrainte sociale sous le r&egrave;gne de Louis XV, au m&ecirc;me titre que le protocole dans la cour de Louis XIV. Dans le chapitre dernier de l'<CITE>Histoire de la Peinture en Italie</CITE>, parue deux ans avant qu'il ait con&ccedil;u <CITE>De l'Amour</CITE>, en parlant d'une &#171; politesse c&eacute;r&eacute;monieuse &#187;, Stendhal pr&eacute;cise en note : &#171; mani&egrave;res espagnoles en France sous Louis XIV, ensuite si&egrave;cle de Louis XV, romans de Duclos et de Cr&eacute;billon, [etc.](35). L'amour-go&ucirc;t est formalis&eacute;. C'est un code pour s'int&eacute;grer dans la classe sup&eacute;rieure. (L'amour-go&ucirc;t sans code, ce serait l'amour-passion &agrave; l'&eacute;tat pur.) <BR> C'est cette &#171; restriction du champ &#187; qui caract&eacute;rise l'amour-go&ucirc;t. Ceux qui sont n&eacute;s nobles ne pensent pas, ne peuvent pas penser de choses basses(36); quand c'est l'observation d'un code qui est le crit&egrave;re de la noblesse, on s'efforce de ne pas voir certains aspects de la soci&eacute;t&eacute;, du commerce des hommes. Citons une phrase de l'<CITE>Histoire de la peinture en Italie</CITE> :  <BLOCKQUOTE>En 1770, un gentilhomme insult&eacute; par un paysan ne devrait pas le rosser avec effort, mais comme en se jouant (et Stendhal ajoute en parenth&egrave;se) &quot;voir Cr&eacute;billon fils&quot;(37).</BLOCKQUOTE> <BR> L'amour-go&ucirc;t est aussi la sp&eacute;cialit&eacute; des Parisiens, que Stendhal qualifie souvent, d'&#171; &eacute;tiol&eacute;s &#187;, ce qui veut dire dans son langage : qui a perdu le courage de voir les &eacute;vidences de la raison. L'&eacute;pisode c&eacute;l&egrave;bre qui figure dans les <CITE>Souvenirs d'&eacute;gotisme</CITE>, au cours duquel Destutt de Tracy et Thurot restent bouche b&eacute;e face &agrave; une mesure politique trop radicale que propose un jour Henri Beyle illustre bien cet &eacute;tiolement des Parisiens(38). On comprend que, en &eacute;voquant cette anecdote Stendhal peut se persuader que Tracy, fondateur de l'&#171; id&eacute;ologie &#187;, avait par son origine noble et parisienne un esprit born&eacute; qui le rendait inaccessible &agrave; son <CITE>De l'Amour</CITE>, de m&ecirc;me qu'&agrave; la th&eacute;orie stendhalienne de l'amour. Stendhal, malgr&eacute; dix ans de fid&eacute;lit&eacute; au salon de Tracy n'est pas parvenu &agrave; se faire comprendre. En voyant comment il se venge de l'incompr&eacute;hension de Tracy dans les <CITE>Souvenirs d'&eacute;gotisme</CITE>, nous sommes invit&eacute;s &agrave; croire que Stendhal est s&eacute;rieux quand il d&eacute;clare que <CITE>De l'Amour </CITE>est &#171; un livre d'id&eacute;ologie &#187;(39). <BR> <H5><CENTER>IV</CENTER> </H5> <BR> Passons &agrave; l'amour-physique. Rien ne para&icirc;t plus &eacute;vident que cette troisi&egrave;me sorte d'amour. Cependant l'auteur avait senti le besoin de l'&eacute;claircir par un passage quelque peu os&eacute; tir&eacute; de Duclos mais qu'il a fini par enlever du texte d&eacute;finitif, que voici :  <BLOCKQUOTE>J'avais lu quelques romans, dit le jeune comte de ... parlant de la marquise d'Arblay, j'avais lu quelques romans, et je me crus amoureux. Le plaisir pour un enfant de 17 ans d'&ecirc;tre caress&eacute; par une femme aimable et l'impression que font &agrave; cet &acirc;ge... [..] -- J'en suis enchant&eacute;, r&eacute;pondis-je avec vivacit&eacute;. -- Eh bien, nous souperons ensemble, personne ne viendra nous interrompre et nous causerons en libert&eacute;. Elle accompagna ce discours du regard le plus enflamm&eacute;. -- Je ne sais pas trop causer, lui dis-je, mais pourquoi ne me permettez-vous plus de vous embrasser comme &agrave; la campagne? -- Pourquoi? reprit-elle, c'est que lorsque vous avez une fois commenc&eacute; vous ne finissez point.<BR> Je lui ai promis de m'arr&ecirc;ter quand elle en serait importun&eacute;e, et un silence m'autorisant, je la baisai, je touchai sa gorge avec des plaisirs ravissants. Mes d&eacute;sirs s'enflammaient de plus en plus, la marquise par un tendre silence autorisait toutes mes actions ; enfin... (40)</BLOCKQUOTE> <BR> On peut alors se poser la question suivante : si ce livre <CITE>De l'Amour </CITE>n'avait aucune signification au point de vue th&eacute;orique et qu'il &eacute;tait juste destin&eacute; &agrave; &ecirc;tre lu par la femme qu'il aimait, l'auteur aurait-il vraiment pens&eacute; &agrave; y mettre un seul instant une citation si imprudente? (41)<BR> L'amour-physique, c'est un amour qui consiste &agrave; tenter d'assouvrir ses pulsions corporelles caus&eacute;es par un individu pr&eacute;cis. Il faut bien noter que les termes &#171; amour-physique &#187; et &#171; plaisir physique &#187; sont soigneusement distingu&eacute;s dans le texte de <CITE>l'Amour</CITE>. La possibilit&eacute; du plaisir physique est en fait une chose commune aux quatre amours(42).<BR> Ici la conception stendhalienne de l'amour est &agrave; rapprocher de celle de Destutt de Tracy. Voyons un passage du dernier chapitre de ses <CITE>El&eacute;ments d'id&eacute;ologie</CITE>, intitul&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment &#171; De l'amour &#187; :  <BLOCKQUOTE>[...] il [=l'amour] vit de pr&eacute;f&eacute;rence, il n'est pas toujours d&eacute;termin&eacute; par la seule beaut&eacute; ; le plaisir d'aimer et d'&ecirc;tre aim&eacute; y a autant ou plus de part que celui de jouir. La preuve en est que la jouissance forc&eacute;e est tr&egrave;s-imparfaite ; elle est m&ecirc;me physiquement p&eacute;nible ; et la jouissance trop partag&eacute;e ou trop facile est sans saveur parce qu'elle ne prouve pas le sentiment. Le consentement est donc un de ses charmes ; la <EM>sympathie</EM>, un de ses plus grands plaisirs(43). </BLOCKQUOTE> <BR> D'apr&egrave;s Tracy lui-m&ecirc;me, pour qui l'amour veut dire fondamentalement l'amour-physique(44), l'activit&eacute; humaine r&eacute;clame la &#171; sympathie &#187;, y compris cet amour-physique ; le besoin de sympathiser, c'est ce qui fait pendant &agrave; l'instinct de conservation. Celui-l&agrave; contrebalance celui-ci. D'une part pour sa propre conservation chaque &ecirc;tre humain doit &ecirc;tre sur ses gardes, se m&eacute;fier des autres ; mais d'autre part, en tant qu'&ecirc;tre social, chaque individu ne peut pas se passer du mouvement contraire, qui l'attache &agrave; ses semblables(45).<BR> Pour Stendhal le mot sympathie implique une autre connotation ; c'est un sentiment qui rend invisible son int&eacute;r&ecirc;t direct. Exemple : le peuple romain au temps de Camille, rapport&eacute; par Tite-Live. Je cite un passage de son journal du 19 janvier 1818 :  <BLOCKQUOTE>Au lieu de se livrer &agrave; sa propre passion, il [peuple romain] sent de la sympathie pour la passion qui agite son ennemi et qui l'agite &agrave; son dam(46). </BLOCKQUOTE> <BR> La sympathie, c'est ce qui &ocirc;te le courage ou l'agressivit&eacute; qui rel&egrave;ve directement de l'instinct de conservation. Or cette perte du courage est un ph&eacute;nom&egrave;ne commun &agrave; tous les amours, &eacute;galement produits de la civilisation(47). Les fins, seules, diff&egrave;rent. Pour l'amour-passion, le but, c'est la sympathie qui d&eacute;truit parfois l'instinct de conservation, tandis que l'amour-go&ucirc;t c'est l'observation d'un code. Dans l'amour-physique ce sont  les pulsions physiques qui sont excit&eacute;es et demandent &agrave; &ecirc;tre satisfaites(48).<BR> Stendhal dit que tous les amours sont le &#171; miracle de la civilisation(49).&#187; Il veut dire par l&agrave; que : dans une soci&eacute;t&eacute; plus ou moins civilis&eacute;e, l'instinct d'auto-d&eacute;fense subsiste sous forme de pudeur, et que celle-ci contribue &agrave; augmenter le pouvoir de l'imagination(50). Et &agrave; son tour c'est l'imagination, qui est la m&egrave;re de tous les amours, m&ecirc;me de l'amour-physique(51). <BR> Mais l'exc&egrave;s de civilisation a fait na&icirc;tre aussi une forme vicieuse d'amour, qui est l'amour de vanit&eacute;.<BR> <H5><CENTER>V </CENTER> </H5> <BR> De l'amour de vanit&eacute;, nous ne parlerons pas beaucoup ici. La vanit&eacute;, c'est ce que Stendhal n'a pas cess&eacute; de combattre toute sa vie. Je dirai simplement que, &agrave; la diff&eacute;rence de l'amour-go&ucirc;t, d&eacute;fini comme imitation de l'allure noble, l'amour de vanit&eacute; n'est qu'une simulation de l'amour m&ecirc;me. L'objet m&ecirc;me de l'amour de vanit&eacute; n'est jamais la cause de ce pr&eacute;tendu amour. C'est-&agrave;-dire que, dans cet amour, le <EM>stimulus</EM> ne correspond pas &agrave; la <EM>r&eacute;ponse</EM>. L'amour de vanit&eacute; se d&eacute;finit donc par le &#171; geste &#187; m&ecirc;me d'appeler amour ce qui n'en est pas un(52). Citons un passage de <CITE>L'Amour</CITE>.  <BLOCKQUOTE>H&eacute;lo&iuml;se vous parle de l'amour, un fat vous parle de son amour, sentez-vous que ces choses n'ont presque que le nom de commun? C'est comme l'amour des concerts et l'amour de la musique(53).</BLOCKQUOTE> <BR> Pour conclure cette communication, je voudrais insister sur le fait que, ainsi envisag&eacute;e, cette classification de l'amour par Stendhal a toujours quelque chose &agrave; nous dire.<BR> Destutt de Tracy, dans son <CITE>De l'Amour</CITE>, traite du ph&eacute;nom&egrave;ne de l'amour relativement au besoin de reproduction(54). Stendhal, lui, se consacre ici enti&egrave;rement &agrave; l'&eacute;tude sur l'id&eacute;e de l'amour qu'on con&ccedil;oit dans la soci&eacute;t&eacute;. Si l'objectif de Tracy, d'apr&egrave;s ce qu'il dit lui-m&ecirc;me, c'est de nous faire &#171; une description exacte et circonstanci&eacute;e de nos facult&eacute;s intellectuelles, de leurs principaux ph&eacute;nom&egrave;nes, et de leurs circonstances les plus remarquables, en un mot de v&eacute;ritables &eacute;l&eacute;ments d'id&eacute;ologie(55)&#187;, et l'objet de l'id&eacute;ologie, c'est de [nous] faire conna&icirc;tre en d&eacute;tail ce qui se passe en [nous] quand nous pensons, parlons, et raisonnons(56), Stendhal ne s'est-il pas montr&eacute; encore plus &#171; id&eacute;ologiste &#187;, ou plus ph&eacute;nom&eacute;nologue que son ma&icirc;tre? <CITE>De l'Amour</CITE> de Stendhal, enfant naturel de l'id&eacute;ologie, n'est-il pas enfin l&eacute;gitim&eacute;?  <H4>NOTES</H4> <BR> (1) Stendhal, <CITE>Journal V</CITE>, Cercle du Bibliophile, p.8.<BR> (2) Pendant la r&eacute;daction il &eacute;tait moins optimiste. Le 26 mars 1820, il &eacute;crivait &agrave; Mareste : &#171; Vous recevrez l'Amour. C'est un bavardage qui formera soixante-dix pages in-18, [...].&#187; (<CITE>Correspondance I</CITE>, Pl&eacute;iade, p.1015) Et il notait dans son journal au premier juillet 1820 : &#171; je comptais &eacute;crire 30 pages, j'en suis &agrave; 385. &#187; (<I>OEuvres intimes II</I>, Pl&eacute;iade, p.47)<BR> (3) <CITE>De l'Amour,</CITE> ch.I, Classiques Garnier, p.5. Dans le chapitre XL de <CITE>l'Amour </CITE>c'&eacute;tait la seule Julie d'Etanges, h&eacute;ro&iuml;ne de <CITE>La Nouvelle H&eacute;lo&iuml;se</CITE> qui est cit&eacute;e comme repr&eacute;sentant de l'amour-passion. <BR> (4) &#171; Il y a deux sacrifices dans l'histoire d'H&eacute;lo&iuml;se qui ont pu &ecirc;tre bien grands : Le premier, quand elle fit d&eacute;couvrir &agrave; Ab&eacute;lard le secret de sa naissance ; Le deuxi&egrave;me quand, pour l'avantage d'Ab&eacute;lard, elle refusa pendant si longtemps de l'&eacute;pouser et nia si vivement ce mariage une fois qu'il fut fait.&#187; (Journal du 17 janvier 1805, in<CITE> OEuvres intime I,</CITE> Pl&eacute;iade, 1981, p.186.)<BR> (5) Un autre trait significatif : apr&egrave;s la calamit&eacute; qu'a subie Ab&eacute;lard, H&eacute;lo&iuml;se reste en d&eacute;finitive dans l'impossibilit&eacute; de la jouissance physique.<BR> (6) Bruno Pincherle, &#171; In margine a De l'amour : Il capitano di V&eacute;sel e il gendarme di Cento &#187; in <CITE>Aurea Parma</CITE>, no.2 juillet-d&eacute;cembre 1950, p.24-50.<BR> (7) <CITE>Contes de M. le baron de Besenval</CITE>, avec une notice bio-bibliographique par Octave Uzanne, Paris, A.Quantin, 1881, p.228.<BR> (8) <CITE>Lettres portugaises</CITE>, traduites en fran&ccedil;ais, Garnier-Flammarion, 1983, p.73.<BR> (9) &#171; Les amis de M. Beyle lui ont demand&eacute; souvent qui &eacute;taient ce capitaine et ce gendarme ; il r&eacute;pondait qu'il avait oubli&eacute; leur histoire. P[rosper] M[&eacute;rim&eacute;e]. &#187; (note de l'&eacute;dition de 1853 de <CITE>l'Amour</CITE>, cit&eacute;e dans l'&eacute;dition Classiques Garnier, p.414)<BR> (10) Note d'Henri Martineau. Classiques Garnier, 1959, p.414.<BR> (11) &#171; [...] sentendola molto amara, la sput&ograve; fuori e poi si pose in fretta a correre a casa, [...] &#187; (F[eruccio] L[anfranchi], &#171; Stendhal e il &quot;gendarme di Cento&quot;&#187;, in <CITE>La Lettura</CITE>, vol.36, 1936, p.v., Bruno Pincherle, <CITE>art. cit.</CITE>, p.27.)<BR> (12) &#171; La Vancini, invece, sembrava migliorare. Fu curata con tutti i rimedi di cui poteva allora disporre la scienza, ma invano. Ella si spense otto giorni dopo. &#187; (<CITE>Ibid.</CITE>)<BR> (13) <CITE>De l'Amour</CITE>, ch.LIII, p.196.<BR> (14) <CITE>De l'Amour,</CITE> fragment 164, p.302.<BR> (15) <CITE>Le Rouge et le Noir</CITE>, II, ch.XLV, Classiques Garnier, p.489.<BR> (16) &#171; La comtesse en un mot r&eacute;unissait toutes les apparences du bonheur, mais elle ne surv&eacute;cut que fort peu de temps &agrave; Fabrice, qu'elle adorait, et qui ne passa qu'une ann&eacute;e dans sa Chartreuse&#187; (<CITE>La Chartreuse de Parme</CITE>, ch.XXVIII, Classiques Garnier, p.537)<BR> (17) Emile Talbot, &#171; Remarques sur la mort de Madame de R&ecirc;nal &#187; in <CITE>Stendhal Club</CITE>, No.59, 15 avril 1973, p.252. Cf. &#171; Le v&eacute;ritable amour rend la pens&eacute;e de la mort fr&eacute;quente, ais&eacute;e, sans terreurs un simple objet de comparaison, le prix qu'on donnerait pour bien des choses. (<CITE>De l'Amour</CITE>, fragment no.XLVI, p.252)<BR> (18) La mort de la Belle Rosina serait-elle due, en fait, &agrave; la fausse-couche? &#171; Prima di morire, [...] diede alla luce un fanciullo che mor&igrave; unitamente con la madre, frutto infelice di cosifatto amore. &#187; (F[eruccio] L[anfranchi], <CITE>art.cit.</CITE>, p.v.)<BR> (19) Note de janvier 1804 dans <CITE>Journal litt&eacute;raire I</CITE>, Cercle du Bibliophile, p.283. Cf. lettre &agrave; Mareste : &#171; Helv&eacute;tius a eu parfaitement raison lorsqu'il a &eacute;tabli que le principe d'utilit&eacute; ou l<EM>'int&eacute;r&ecirc;t<CITE> </CITE></EM>&eacute;tait le guide unique de toutes les actions de l'homme. Mais, comme il avait l'&acirc;me froide, il n'a connu ni l'amour, ni l'amiti&eacute;, ni les autres passions vives qui <EM>cr&eacute;ent des int&eacute;r&ecirc;ts nouveaux et singuliers</EM>.&#187; (<CITE>Correspondance I</CITE>, 13 novembre 1820, &agrave; Mareste. Pl&eacute;iade, p.1044. Stendhal souligne.)<BR> (20) <CITE>De l'Amour</CITE>, fragment XCI, p.265. &#171; [...] il aurait d&ucirc; ne jamais employer le mot <EM>int&eacute;r&ecirc;t</EM> et le remplacer par les mots <EM>plaisir</EM> ou principe d'utilit&eacute;. (<CITE>Correspondance I,</CITE> 13 novembre 1820, &agrave; Mareste. p.1044. Stendhal souligne.)<BR> (21) <CITE>Ibid.</CITE>, ch.V, p.16.<BR> (22) Claude Liprandi pr&eacute;tend que Stendhal traite de l'amour physiologiquement, plut&ocirc;t comme m&eacute;decin que comme id&eacute;ologue.<BR> ( <CITE>Au coeur du Rouge, l'affaire Lafargue et le Rouge et le Noir</CITE>, Grand-Ch&ecirc;ne, 1961, p.232.)<BR> (23) <CITE>Journal litt&eacute;raire III</CITE>, p.332.<BR> (24) <CITE>Ibid.</CITE><BR> (25) &#171; Pens&eacute;es sur la philosophie d'Helv&eacute;tius &#187;, paru en avril 1822 dans <CITE>Paris Monthly Review</CITE> ( <CITE>Chroniques pour l'Angleterre</CITE>, tome I, Publications de l'Universit&eacute; de Grenoble, 1980, p.87.)<BR> (26) <CITE>De l'Amour, </CITE>ch.I, p.5.<BR> (27) &#171; De l'Etat de la soci&eacute;t&eacute; par rapport &agrave; la com&eacute;die, sous le r&egrave;gne de Louis XIV &#187;, in <CITE>Racine et Shakspeare</CITE>, Cercle du Bibliophile, p.195-196.<BR> (28) Duclos, <CITE>Les Consid&eacute;rations sur les moeurs de ce si&egrave;cle</CITE>, in <CITE>OEuvres compl&egrave;tes</CITE> de Duclos, t.I, Slatkine (r&eacute;impression de l'&eacute;dition de Paris, 1820-1821), 1968, p.15.<BR> (29) <CITE>Ibid</CITE>., p.17.<BR> (30) <CITE>Ibid.</CITE>, p.34-35. cf. Stendhal, Journal litt&eacute;raire II, p.436.<BR> (31) &#171; De la moralit&eacute; de Moli&egrave;re &#187; in <CITE>Racine et Shakspeare</CITE>, p.220-221, et aussi p.165 : &#171; Du temps de madame d'Epinay ou madame Campan, aucune action ne pouvait se produire sans un m&eacute;lange de vanit&eacute;, qui arrivait sous le nom de convenable. &#171; Ma petite ni&egrave;ce va mourir ; je me souviens qu'il est convenable de suspendre toutes les le&ccedil;ons de mes filles. &#187; -- Je voudrais, moi, qu'au moment o&ugrave; les ma&icirc;tres arrivent, on n'e&ucirc;t pas le courage de prendre le&ccedil;on. -- &#171; Mais, si je ne faisais pas la chose convenable, que diraient amis, parents, domestiques, etc.?...&#187;<BR> (32) <CITE>Chronique pour l'Angleterre</CITE>, tome I, p.295. L'article est dat&eacute; de Paris, le 5 ao&ucirc;t 1822.<BR> (33) <CITE>De l'Amour</CITE>, ch.I, p.5-6.<BR> (34) <CITE>Ibid.</CITE>, p.413. Cette premi&egrave;re d&eacute;finition de l'amour-go&ucirc;t, croyons-nous, reste valable dans tout le texte d&eacute;finitif de <CITE>L'Amour</CITE>. Sinon, on aurait peine &agrave; voir la pertinence &agrave; le distinguer avec l'amour de vanit&eacute;.<BR> (35) <CITE>L'Histoire de la Peinture en Italie</CITE>, tome II, ch.CLXXXIV, Cercle du Bibliophile, p.323 note.<BR> (36) C'est pour cela que Julien Sorel envie les gens &#171; bien n&eacute;es &#187;. <CITE>Le Rouge et le Noir,</CITE> II, ch.X, p.289.<BR> (37) <CITE>L'Histoire de la Peinture en Italie</CITE>, tome II, ch.CXXIII, p.136.<BR> (38) <CITE>Souvenirs d'&eacute;gotisme</CITE>, ch.V, Cercle du Bibliophile, p.58-59.<BR> (39) <CITE>De l'Amour</CITE>, ch.III note, p.13.<BR> (40) Le passage est de <CITE>Les Confessions du comte de ***</CITE>(1741), cit&eacute; dans <CITE>De l'amour</CITE>, notes, p.415. ( Voir <CITE>Romanciers du XVIIIe si&egrave;cle</CITE>, tome II, Pl&eacute;iade, 1965, p.203) <BR> (41) Le souci de la d&eacute;cence ennuie toujours le Stendhal th&eacute;oricien. Voir du soin qu'il a mis concernant le chapitre &#171; Des Fiasco &#187; (<CITE>De l'Amour</CITE>, &eacute;dition cit&eacute;e, p.512-513). Pour un &eacute;pisode dans le chapitre XXVI, Stendhal s'excuse : &#171; On me conseille de supprimer ce d&eacute;tail : &#171; Vous me prenez pour une femme bien leste, d'oser conter de telles choses devant moi. &#187; (p.67)<BR> (42) <CITE>De l'Amour</CITE>, ch.I, p.7 : &#171; Le plaisir physique, &eacute;tant dans la nature, est connu de tout le monde, [...] &#187; etc. Cf. &#171; L'amour-passion, l'amour v&eacute;ritable est sensuel dans son essence, et, si nous en pouvions douter, il suffirait de nous rem&eacute;morer les exemples que citait Stendhal : les lettre d'H&eacute;lo&iuml;se &agrave; Ab&eacute;lard et de la Religieuse portugaise &agrave; Chamilly. [...] on ne peut gu&egrave;re concevoir que le d&eacute;sir en soit absent. Or, la sensualit&eacute; de Stendhal para&icirc;t extr&ecirc;mement courte, [...] (L&eacute;on Blum, <CITE>Stendhal et le beylisme,</CITE> Albin Michel, 1947, p.152) <BR> (43) <CITE>El&eacute;ments d'id&eacute;ologie</CITE>, tome IV, 1815, p.571. Tracy souligne.<BR> (44) Pour Helv&eacute;tius aussi bien que pour Destutt de Tracy, l'amour veut dire avant tout l'amour-physique.<BR> (45) Destutt de Tracy, <CITE>El&eacute;ments d'id&eacute;ologie</CITE>, tome IV, p.561-564.<BR> (46) Journal du 19 janvier 1818, <CITE>OEuvres intimes I</CITE>, Pl&eacute;iade, p.3. Stendhal s'&eacute;tait rendu compte depuis longtemps que la &#171; gloire du conqu&eacute;rant &#187; est difficile &agrave; expliquer par la th&eacute;orie d'Helv&eacute;tius. <BR> (47) Etant le fruit de la civilisation, tous les amours, selon Stendhal, font perdre l'agressivit&eacute;. Nous pouvons citer ici un mot sur le caract&egrave;re d'Henri Beyle de la bouch d'une de ses ma&icirc;tresses : &#171; Recevoir et jamais prendre. &#187; Cf. &#171; [...] l'on a du courage envers ce qu'on aime, qu'en l'aimant moins &#187; (<CITE>De l'Amour,</CITE> ch.XXIV, p.58.) &#171; On peut avoir de courage envers ce qu'on aime qu'en l'aimant moins.&#187; (<CITE>De l'amour</CITE>, fragment no.XLVII, p.252.)<BR> (48) &#171; Dans une soci&eacute;t&eacute; tr&egrave;s avanc&eacute;e, l'amour-passion est aussi naturel que l'amour-physique chez des sauvages. M[&eacute;tilde].&#187; (<CITE>De l'Amour,</CITE> fragment no.CVI, p.276)<BR> (49) <CITE>De l'Amour,</CITE> ch.XXVI : &#171; De la Pudeur &#187;, p.65. Selon Stendhal, &#171; la perfection de la civilisation serait de combiner tous les plaisirs d&eacute;licats du XIXe si&egrave;cle avec la pr&eacute;sence plus fr&eacute;quente du danger. Il faudrait que les jouissances de la vie priv&eacute;e pussent &ecirc;tre augment&eacute;es &agrave; l'infini en s'exposant souvent au danger. (<CITE>De l'Amour</CITE>, ch.XLI, &#171; Des nations par rapports &agrave; l'amour. De la France &#187;, p.141)<BR> (50) <CITE>De l'Amour</CITE>, ch.XXVI : &#171; De la Pudeur &#187;, p.65. <BR> (51) <CITE>Ibid.</CITE><BR> (52) A l'occasion de transcription de la premi&egrave;re id&eacute;e de <CITE>De l'Amour</CITE>, Stendhal a failli mettre &#171; trois esp&egrave;ces d'amour &#187; au lieu de &#171; quatre &#187; (cf. Charles Simon : &#171; Nouveaux in&eacute;dits de Stendhal &#187; in <CITE>Editions du Stendhal Club</CITE>, no.28, 1930, p.16.).<BR> (53) <CITE>De l'Amour,</CITE> fragment CLVII, p.299. Imaginez la g&ecirc;ne langagi&egrave;re qu'&eacute;prouvait l'auteur dans un passage comme ceci : &#171; Le cas le plus heureux de cette plate relation [ = l'amour de vanit&eacute; ] est celui o&ugrave; le plaisir physique est augment&eacute; par l'habitude. Les souvenirs la font alors ressembler un peu &agrave; l'amour ; [...] &#187; (<CITE>De l'Amour,</CITE> ch.I, p.6. Nous soulignons.)<BR> (54) &#171; Le besoin de la reproduction, au moins dans l'esp&egrave;ce humaine, est le plus violent de tous quand il se fait sentir dans toute sa force. Il fait taire dans certains momens, m&ecirc;me celui de la conservation. [...] Cependant ce d&eacute;sir si v&eacute;h&eacute;ment n'est point encore l'amour ; [...]&#187; (<CITE>El&eacute;ments d'id&eacute;ologie</CITE>, tome IV, p.568-570)<BR> (55) Destutt de Tracy, <CITE>Projet d'El&eacute;ments d'id&eacute;ologie</CITE> (tome premier des <CITE>El&eacute;ments d'id&eacute;ologie</CITE> ), Paris, an IX, p.4.<BR> (56) <CITE>Ibid.</CITE>, p.31. Revendication de Stendhal : &#171; Si l'id&eacute;ologie est une description d&eacute;taill&eacute;e des id&eacute;es et de toutes les parties qui peuvent les composer, le pr&eacute;sent livre est une description d&eacute;taill&eacute;e est minutieuse de tous les sentiments qui composent la passion nomm&eacute;e <EM>amour.</EM> (ch.III, note, p.13) Reste &agrave; pr&eacute;ciser s'il a continu&eacute; d'&ecirc;tre id&eacute;ologiste ou pas jusqu'au bout du texte de <CITE>l'Amour</CITE>. D'apr&egrave;s Claude Liprandi, &#171; au d&eacute;but de son livre, Stendhal se montre certes id&eacute;ologue et sensualiste lorsqu'il d&eacute;finit l'amour : [...]. Mais, pour tout le reste de son ouvrage il parle beaucoup moins en philosophie qu'en m&eacute;decin. Il oublie les sens et la sensation pour l'&#171; anatomie &#187;, l'&#171; anatomie compar&eacute;e &#187;, les &#171; lois physiques &#187; : [...] ( <CITE>Op. cit</CITE>., p.232)<BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <A HREF="#anchor483703">[AU DEBUT DE CE TEXTE]</A><BR> <BR> <A HREF="toppage.html">[A LA PAGE D'ACCUEIL]</A><BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <BR> <BR> </BODY> </HTML> 
