<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0 Transitional//EN"> <HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=iso-8859-1">   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Mozilla/4.06 (Macintosh; I; PPC) [Netscape]">   <TITLE>L'amour et le monde des id&eacute;es</TITLE> </HEAD> <BODY LINK="#000000" VLINK="#990000" ALINK="#990000" BGCOLOR="#ffe9cc" BACKGROUND="../../../../fondao.jpg">  <DL>   <DT><CENTER><I><FONT SIZE="+2" FACE="Arial">Ao! Espaces de la   parole</FONT></I></CENTER>   <DT><CENTER><B><FONT SIZE="+1" FACE="Arial">Autodidactiques &gt;   Lectures pour tous</FONT></B></CENTER>   <DT><CENTER><I><FONT FACE="Arial">par Normand Baillargeon</FONT></I></CENTER> </DL>  <P><HR ALIGN=LEFT NOSHADE><TABLE WIDTH="100%" BORDER="0" CELLSPACING="5" CELLPADDING="5">   <TR>     <TD WIDTH="40%" BGCOLOR="#ffbf66">       <P><CENTER><FONT COLOR="#990000" SIZE="+3">Platon</FONT></CENTER></P>        <P><CENTER><FONT COLOR="#990000" SIZE="+3">L'amour et le monde       des id&eacute;es</FONT></CENTER>     </TD>     <TD WIDTH="60%" BGCOLOR="#000000"><FONT COLOR="#ffffff" SIZE="+2">&laquo;Car       c'est bien l&agrave; la fa&ccedil;on correcte de s'orienter dans       les myst&egrave;res de l'amour - seul ou sous la conduite d'un       autre - que de partir de ces beaut&eacute;s-ci et de tendre vers       cette beaut&eacute; supr&ecirc;me pour s'&eacute;lever toujours,       comme par degr&eacute;s [...] &raquo;</FONT></TD>    </TR> </TABLE><BR> <BR> Ces myst&egrave;res-l&agrave; de l'amour, toi aussi, Socrate, tu pourrais sans doute y &ecirc;tre initi&eacute;; mais l'initiation parfaite et la r&eacute;v&eacute;lation auxquelles les myst&egrave;res conduisent encore si on s'y achemine comme il faut, je ne sais si tu es en mesure d'y parvenir. Moi, en tout cas, je parlerai sans rel&acirc;cher mon z&egrave;le.<BR> Il faut, disait-elle, pour s'acheminer correctement &agrave; ce terme, commencer d&egrave;s la jeunesse &agrave; se tourner vers les beaux corps; et d'abord, si on est guid&eacute; par un bon guide, n'aimer qu'un seul corps et l&agrave;, engendrer de beaux discours; mais comprendre ensuite que la beaut&eacute; qui est dans un corps quelconque est soeur de la beaut&eacute; qui est dans l'autre corps; et s'il faut poursuivre la beaut&eacute; dans sa forme ce serait une grande folie de ne pas tenir pour une et identique la beaut&eacute; qui est dans tous les corps; mais p&eacute;n&eacute;tr&eacute; de cette id&eacute;e, l'amant doit se faire l'amant de tous les beaux corps, et rel&acirc;cher cette ardeur qu'il m&eacute;prise d&eacute;sormais et tient pour n&eacute;gligeable. Apr&egrave;s quoi, il doit regarder la beaut&eacute; qui est dans les &acirc;mes comme plus pr&eacute;cieuse que celle qui est dans les corps, de sorte que m&ecirc;me une belle &acirc;me en un corps dont modeste est la fleur fait son bonheur : il la ch&eacute;rit, il enfante des discours propres &agrave; rendre la jeunesse meilleure. Voil&agrave; qui le contraint &agrave; contempler maintenant la beaut&eacute; qui est dans les occupations et les lois, et &agrave; voir que toutes ces beaut&eacute;s sont parentes entre elles, ainsi il tiendra la beaut&eacute; du corps pour n&eacute;gligeable. Apr&egrave;s les occupations, on doit l'&eacute;lever jusqu'aux sciences, afin qu'il aper&ccedil;oive maintenant la beaut&eacute; des sciences, et, embrassant d&eacute;j&agrave; du regard une vaste &eacute;tendue du beau, et ne s'attachant plus, comme un serviteur, &agrave; une beaut&eacute; unique - celle d'un enfant, d'un homme, d'une occupation - , il cesse d'&ecirc;tre un esclave vil et pauvre en discours; mais tourn&eacute; vers le vaste oc&eacute;an de la beaut&eacute; qui s'offre &agrave; sa contemplation, il enfante de beaux et riches discours ainsi que des pens&eacute;es magnifiques dans un d&eacute;bordant amour de la sagesse; jusqu'&agrave; ce que, grandi et fortifi&eacute;, il aper&ccedil;oive cette science unique qui est celle du Beau - et dont je vais te parler.<BR> Mais efforce-toi, disait-elle, de m'&eacute;couter avec le plus d'attention possible; celui qui aura &eacute;t&eacute; instruit jusque-l&agrave; des myst&egrave;res de l'amour, quand il aura contempl&eacute; successivement et comme il faut les belles choses, arrivant maintenant au terme de ces myst&egrave;res, apercevra soudain une beaut&eacute; d'une nature merveilleuse, cette beaut&eacute;, Socrate, qui &eacute;tait la raison d'&ecirc;tre de tous les efforts pr&eacute;c&eacute;dents : beaut&eacute; &eacute;ternelle d'abord, qui ne na&icirc;t ni ne meurt, qui ne cro&icirc;t ni ne d&eacute;cline; qui, ensuite, n'est pas belle par ici, laide par l&agrave;, belle un jour, laide un autre, belle sous un rapport et laide sous un autre, ni laide ici et laide ailleurs dans la mesure o&ugrave; elle serait belle pour les uns et laide pour les autres; il ne se la repr&eacute;sentera pas non plus avec un visage, ni des mains ni rien d'autre qui soit corporel; ni comme un discours ou comme une science ou comme &eacute;tant en quelque chose d'autre qu'elle-m&ecirc;me, par exemple en un &ecirc;tre vivant sur la terre ou dans le ciel, ou ailleurs; mais elle-m&ecirc;me, en elle-m&ecirc;me, avec elle-m&ecirc;me dans l'unicit&eacute; de sa forme, &eacute;ternelle; et toutes les autres choses belles participent d'elle d'une telle fa&ccedil;on que, m&ecirc;me si celles-l&agrave; naissent et meurent , elle-m&ecirc;me n'en devient ni plus grande ni moindre et n'en n'est nullement affect&eacute;e.<BR> Lorsqu'on s'est &eacute;lev&eacute; des choses d'ici, en passant par un juste amour des jeunes gens, jusqu'&agrave; cette beaut&eacute; qu'on commence &agrave; apercevoir, on touche presque au terme de l'initiation. Car c'est bien l&agrave; la fa&ccedil;on correcte de s'orienter dans les myst&egrave;res de l'amour - seul ou sous la conduite d'un autre - que de partir de ces beaut&eacute;s-ci et de tendre vers cette beaut&eacute; supr&ecirc;me pour s'&eacute;lever toujours, comme par degr&eacute;s, d'un corps &agrave; deux, puis de deux &agrave; tous les beaux corps, et des beaux corps aux belles occupations, et des belles occupations aux belles sciences, jusqu'&agrave; ce que de ces sciences on aboutisse &agrave; cette science qui n'est la science de rien d'autre que de cette beaut&eacute; elle-m&ecirc;me, et qu'on sache enfin ce qu'est en soi le beau.<BR> Voil&agrave; le moment de la vie, mon cher Socrate, continuait l'&eacute;trang&egrave;re de Mantin&eacute;e - &agrave; supposer qu'il y en ait un - , qui vaut la peine d'&ecirc;tre v&eacute;cu : lorsqu'on contemple la Beaut&eacute; elle-m&ecirc;me. Si tu la vois un jour, elle ne t'appara&icirc;tra pas comparable avec l'or, les toilettes, les beaux gar&ccedil;ons et beaux jeunes gens dont la vue aujourd'hui te trouble et pour lesquels tu es pr&ecirc;t - rien que pour les voir et &ecirc;tre sans cesse en leur compagnie -, si c'&eacute;tait possible, &agrave; te passer de boire et de manger, &agrave; te contenter de leur compagnie et de leur spectacle. Que dirions-nous, disait-elle, s'il arrivait &agrave; quelqu'un de voir la Beaut&eacute; elle-m&ecirc;me, simple, pure, sans m&eacute;lange, la Beaut&eacute; non contamin&eacute;e par les chairs et carnations humaines et toute autre sorte de superfluit&eacute;s mortelles; s'il pouvait apercevoir la divine Beaut&eacute; elle-m&ecirc;me dans l'unicit&eacute; de sa forme? Crois-tu que ce soit une existence vile, celle d'un homme qui &eacute;l&egrave;ve les yeux vers cette beaut&eacute;, qui la contemple avec l'organe appropri&eacute;, et jouit de sa compagnie? Ne penses-tu pas plut&ocirc;t, dit-elle, que c'est l&agrave; seulement qu'il lui arrivera, en voyant la Beaut&eacute; avec l'organe qui lui permet de la voir, d'enfanter non des idoles de la vertu, puisque ce n'est pas une image qu'il a atteinte, mais la vertu v&eacute;ritable, parce que c'est le vrai qu'il a atteint? N'est-ce pas &agrave; celui qui enfante la vertu v&eacute;ritable et qui la nourrit, qu'il appartient d'&ecirc;tre ch&eacute;ri des dieux et, si jamais homme peut devenir immortel, de le devenir aussi.</P>  <P ALIGN=RIGHT>Platon, <I>Le Banquet</I>, 210a-212c</P>  <P><CENTER><FONT SIZE="+2" FACE="Arial"><HR NOSHADE><BR> </FONT><TABLE WIDTH="98%" BORDER="0" CELLSPACING="2" CELLPADDING="5" HEIGHT="59">   <CAPTION ALIGN="TOP"><FONT FACE="Arial">Quelques textes de Platon:</FONT></CAPTION>       <TR>     <TD WIDTH="33%" BGCOLOR="#ff9500">       <P><CENTER><FONT SIZE="-2" FACE="Arial">[<A HREF="mythe.html">Le       Mythe de la caverne</A>]</FONT></CENTER></TD>     <TD WIDTH="33%" BGCOLOR="#ff9500">       <P><CENTER><FONT SIZE="-2" FACE="Arial">&nbsp;[<A HREF="reminiscence.html">La       r&eacute;miniscence</A>]</FONT></CENTER></TD>     <TD WIDTH="33%" BGCOLOR="#ff9500">       <P><CENTER><FONT SIZE="-2" FACE="Arial">&nbsp;[L'amour]</FONT></CENTER></TD>   </TR>   <TR>     <TD>&nbsp;</TD>      <TD WIDTH="33%" BGCOLOR="#ff9500">       <P><CENTER><FONT SIZE="-2" FACE="Arial">&nbsp;[<A HREF="brisson.html">Rencontre       avec Luc Brisson, sp&eacute;cialiste de Platon</A>]</FONT></CENTER></TD>     <TD WIDTH="33%" BGCOLOR="#ff9500">       <P><CENTER><FONT SIZE="-2" FACE="Arial"><A HREF="../../tablelectures.html">Table       des Lectures pour tous</A></FONT></CENTER></TD>    </TR> </TABLE></CENTER></P>  <P><CENTER><TABLE COLS="1" WIDTH="100%" BGCOLOR="#000000" BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="2">   <TR>     <TD BGCOLOR="#ffbf66">       <P><CENTER><FONT COLOR="#000000" SIZE="-2">&copy; </FONT><FONT        SIZE="-2">Copyright</FONT><FONT COLOR="#000000" SIZE="-2"> Normand       Baillargeon, 2000</FONT></CENTER></TD>   </TR> </TABLE></CENTER>  </BODY> </HTML> 
