<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"><html><head><meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"><meta name="author" content="Jean Zin"><title>L'amour du Ma&icirc;tre</title></head><body text="#000000" bgcolor="#ffffff" link="#009900" alink="#ff0000" vlink="#000000"> <h2>L'amour du Ma&icirc;tre</h2> <div align="Right"><b>Christian Geffray, Le Nom du Ma&icirc;tre, Arcanes, 1997</b><br> </div> <div align="Justify"> <blockquote>            </blockquote> <blockquote>       <font size="-1">Je n'ai certes jamais p&eacute;ch&eacute; par exc&egrave;s  d'optimisme mais le d&eacute;couragement me prend souvent devant la complexit&eacute;  des probl&egrave;mes et le simplisme des discours politiques. La d&eacute;mocratie cognitive  est encore bien hors de notre port&eacute;e. On n'argumente pas avec l'opinion,  c'est tout simplement impossible, que ce soit sur le revenu garanti, la d&eacute;p&eacute;nalisation  du chanvre ou l'ins&eacute;curit&eacute; (tout ceci imbriqu&eacute;), il faut venir avec un discours de rechange et surtout s&eacute;duire la foule en donnant satisfaction &agrave; son besoin de reconnaissance. <br>     <br> L'expertise est indispensable mais ne suffit pas, on ne peut certes garder la fiction du "choix rationnel" de l'<i>homo oeconomicus</i>    dont les ph&eacute;nom&egrave;nes de foule sont l'antith&egrave;se, moments  o&ugrave; l'individu est pr&ecirc;t &agrave; se sacrifier pour le collectif.   Bien qu'on cherche &agrave; s'en d&eacute;barrasser depuis sa naissance, il semble que le freudisme soit une bonne th&eacute;rapie contre les visions  trop optimistes ou simplistes de l'homme et pour aborder les recoins sombres de nos &acirc;mes, les trag&eacute;dies collectives dans leurs dimensions symboliques, imaginaires  et r&eacute;elles. Contrairement &agrave; ce que Freud lui-m&ecirc;me croyait, la psychanalyse met en &eacute;vidence ce qui nous s&eacute;pare du biologique et de l'animal dans les jeux de langage et la circulation de la dette, la dimension proprement humaine du d&eacute;sir et de la s&eacute;duction comme "d&eacute;sir de d&eacute;sir". <br>     <br> C'est tout l'int&eacute;r&ecirc;t de "l'anthropologie psychanalytique" de Christian Geffray de tenter une lecture des faits ethnologiques et sociaux inspir&eacute;e de  "Psychologie collective et analyse du moi" de Freud ainsi que des quatre discours de Lacan, bien loin des impasses d'un freudo-marxisme de l'ali&eacute;nation et des tentatives pr&eacute;c&eacute;dentes d'ethno-psychanalyse ou d'interpr&eacute;tations sauvages ! Le r&eacute;sultat n'a pourtant pas grand chose de r&eacute;volutionnaire  et ne fournit pas une th&eacute;orie compl&egrave;tement aboutie ni satisfaisante mais fournit quelques points de rep&egrave;re indispensables sur une demande sociale qui ne se r&eacute;duit pas au service des biens. Apr&egrave;s l'&eacute;conomie sauvage,  r&eacute;glant nos &eacute;changes avec l'ennemi, il s'agit de prendre en compte la "politique sauvage" qui nous r&eacute;unit sous une m&ecirc;me banni&egrave;re, dominants et domin&eacute;s, et qui prend la forme de l'amour du ma&icirc;tre ou, comme dit Legendre, "l'amour du censeur", devenu de plus en plus probl&eacute;matique aujourd'hui.<br>       </font><br>       <b>- Le "Nous" et l'Opinion</b><br>     <blockquote><small>Comme &ecirc;tre de fronti&egrave;re, le Nous veut faire l'interm&eacute;diaire entre le monde et l'Opinion, rendre l'Opinion docile au monde, et rendre le monde, par le moyen de ses actions, conforme aux souhaits de l'Opinion [...] Dans sa position d'interm&eacute;diaire entre opinion et r&eacute;alit&eacute;, il ne succombe que trop souvent &agrave; la tentation de devenir flagorneur, opportuniste et menteur, un peu comme un homme d'Etat qui, bien qu'ayant une bonne intelligence de la situation, veut n&eacute;anmoins s'affirmer dans la faveur de l'opinion publique. 115</small><br>       </blockquote> Il n'y a pas de Je sans <b>Nous, </b>pas de parole sans langage h&eacute;rit&eacute; et discours adress&eacute; &agrave; d'autres devant lesquels nous sommes responsables et ne voulons pas perdre la face. Le rapport entre le collectif et l'individuel n'est pas tr&egrave;s clair, c'est le moins que l'on puisse dire, dans la psychanalyse qui ravale la plupart du temps l'histoire collective &agrave; des histoires d'alc&ocirc;ve, prenant souvent un r&ocirc;le anti-politique m&ecirc;me (de l'indiff&eacute;rence en mati&egrave;re de politique) alors que pour Lacan, le collectif est le sujet de l'individuel et la n&eacute;vrose est bien due aux rapports sociaux, aux discours qui distribuent les places. La question des rapports de l'inconscient collectif et de l'inconscient freudien restait pos&eacute;e ainsi que le rapport entre l'id&eacute;al du Moi, essentiel pour comprendre le comportement humain, notamment le refoulement, et ce qu'on appelle dans ce livre l'Id&eacute;al du Nous.<br>       <br> Comme l'illustre la citation ci-dessus, Christian Geffray fait une lecture originale de la seconde topique de Freud ("Le moi et le &ccedil;a" pour la citation, mais surtout "Psychologie collective et analyse du Moi") en interpr&eacute;tant la constitution des identit&eacute;s sociales (Nous) comme &eacute;quivalent du <b>Moi, </b>de m&ecirc;me que l'opinion a la m&ecirc;me fonction collective que le &ccedil;a au niveau individuel. Pour en montrer toute la pertinence il op&egrave;re simplement la substitution dans le texte de Freud des mots "Moi" et "&ccedil;a" par "Nous" et "Opinion". C'est bien s&ucirc;r dans la compr&eacute;hension de faits ethnologiques &eacute;loign&eacute;s qu'on en mesure v&eacute;ritablement tout l'int&eacute;r&ecirc;t.<br>       <br> Cela signifie surtout que la fonction du "Nous" est imaginaire (comme Le Moi) et doit assurer notre reconnaissance sociale, soutenir notre <b>narcissisme</b> . Contrairement au Moi, ce n'est pas le refoulement des pulsion sexuelles (la civilisation des moeurs) qui constitue le Nous car les individus interviennent au niveau social comme identit&eacute;s d&eacute;j&agrave; constitu&eacute;es et porteurs d'identifications d&eacute;j&agrave; d&eacute;sexualis&eacute;es, sinon ils seraient incapables de socialisation. Si au niveau social le &ccedil;a pulsionnel est donc toujours d&eacute;j&agrave; refoul&eacute;, la constitution d'un Nous exige pourtant un autre refoulement qui touche cette fois-ci l'expression de l'Opinion. Il y a donc redoublement de la fonction de m&eacute;connaissance du Moi, censure coextensive &agrave; l'exercice de la repr&eacute;sentance et dont nous ne sommes absolument pas d&eacute;livr&eacute;s contrairement &agrave; ce qu'on s'imagine.<br>       <br> Bien s&ucirc;r il faut distinguer fortement l'inconscient "individuel" et pulsionnel, le m&eacute;canisme du refoulement n&eacute;vrotique et celui  du refoulement social qui n'ont pas la m&ecirc;me nature mais produisent pourtant tous deux des sympt&ocirc;mes (Marx interpr&egrave;te bien des sympt&ocirc;mes sociaux). La distinction se r&eacute;v&egrave;le d'autant plus facile quand on s'aper&ccedil;oit que les concepts de Freud sont emprunt&eacute;s &agrave; la politique, notamment le ph&eacute;nom&egrave;ne de "<b>censure</b>" de l'opinion, avant de s'en d&eacute;marquer pour son usage psychanalytique. Il ne faut jamais identifier la soci&eacute;t&eacute; avec un individu et l'inconscient individuel avec un inconscient collectif. Ainsi la censure sociale ne suppose absolument pas que ce qu'elle interdit soit inconscient au niveau individuel, ni m&ecirc;me que cela ne circule pas dans l'opinion mais elle n'en veut rien savoir. Ce qu'elle interdit, c'est que cela apparaisse au niveau du discours public. L'exemple, sur lequel nous reviendrons, c'est la censure des propos racistes et anti-s&eacute;mites.<br>       <br> Que la censure sociale et le refoulement fondateur de l'identit&eacute; collective se constituent au niveau du discours a de nombreuses cons&eacute;quences. En premier lieu, qu'il n'y a d'<b>inconscient</b> collectif qu'au regard d'un discours particulier, relatif &agrave; un Nous et qu'il n'y a donc pas d'inconscient collectif universel. Ensuite que l'inconscient et le collectif, comme relatifs au discours, sont constitu&eacute;s par son principe d'exclusion. On retrouve ici Foucault attribuant le caract&egrave;re de production du discours &agrave; ce qui appara&icirc;t comme son principe de rar&eacute;faction (on ne peut tout dire). Ainsi des soci&eacute;t&eacute;s de discours prosp&egrave;rent dans le commentaire infini du m&ecirc;me texte sacr&eacute;. Enfin, on ne peut unifier l'inconscient collectif, m&ecirc;me au niveau individuel, puisque chaque Moi s'inscrit dans plusieurs Nous.<br>       <br> Chaque inconscient collectif, c'est-&agrave;-dire chaque refoulement collectif, doit ainsi &ecirc;tre rapport&eacute; &agrave; son discours constituant et au lien social qu'il instaure, ce qui ne veut pas dire qu'il est d&eacute;finitif pour autant. Le discours, comme le Moi, a un caract&egrave;re <b>historique </b> de construction, passant du Meneur renversant les anciennes institutions &agrave; une nouvelle institutionnalisation qui devra conna&icirc;tre, &agrave; travers ses apprentissages, enfance, maturit&eacute; et d&eacute;clin. "<i>Le caract&egrave;re du Nous est un pr&eacute;cipit&eacute; des investissements d'objets abandonn&eacute;s, il contient l'histoire de ces choix d'objets</i>". <br>       <br> Il faut insister sur le caract&egrave;re dialectique d'un discours qui se construit d'abord en opposition aux discours institu&eacute;s, comme diff&eacute;renciation qui s'appuie la plupart du temps sur la d&eacute;l&eacute;gitimation des discours pr&eacute;c&eacute;dents en inversant ses refoulements. Ainsi, comme le montre L&eacute;vi-strauss, il y a toujours <b>permutations </b>et oppositions des mythes et valeurs des populations voisines avec qui on &eacute;change et on se bat. Ce qui est d&eacute;mon en Inde (Asuras) est dieux pour les Perses (Ahura) comme ce qui est d&eacute;mon pour eux (devas) est dieu pour les Hindous. Nous reviendrons sur ce caract&egrave;re de division du discours qui exige au moins deux discours en opposition et interdit, semble-t-il, de penser un "Nous universel" et sans reste ni exclusion. "<i>Le Nous ne saurait jamais co&iuml;ncider avec le Tout de l'humanit&eacute;</i>."<small> 147</small>  L'humanit&eacute; est toujours divis&eacute;. "<i>Il n'y a d'&acirc;me collective que par rapport &agrave; une autre &acirc;me collective</i>,"<small> 148</small>  de m&ecirc;me qu'un mot n'a de sens que par rapport &agrave; une autre mot (ce que Lacan exprime par la formule "Un signifiant repr&eacute;sente un sujet pour un autre signifiant"). On retrouve aussi Fichte : on ne se pose qu'en s'opposant.<br>       <br> La formation d'un Nous r&eacute;sulte de la suspension collective de la satisfaction et de la reconnaissance du d&eacute;sir. La formation d'un discours unifiant les <b>domin&eacute;s </b>dans une communaut&eacute; de sentiment contre les discours dominants exige l'investissement d'un Meneur auquel les domin&eacute;s puissent s'identifier. Les domin&eacute;s sont bien les acteurs de l'histoire. C'est la s&eacute;paration de l'id&eacute;al du Moi des domin&eacute;s avec l'id&eacute;al du Nous et la demande de reconnaissance sociale provoqu&eacute;e  ainsi qui doit se r&eacute;soudre par l'identification &agrave; un Meneur  suppos&eacute; "Nous aimer", apporter aux domin&eacute;s la reconnaissance  sociale, la satisfaction de leur id&eacute;al du Moi. "<i>Le triomphe surgit chaque fois que le Moi en vient &agrave; incarner l'Id&eacute;al d'un Nous pour lui-m&ecirc;me comme pour les autres</i>".<small> 171</small><small><big>  Par d&eacute;finition, les domin&eacute;s doivent renoncer au triomphe de leur Id&eacute;al du Moi "<i>mais nulle part ils ne peuvent renoncer &agrave; croire que les meneurs l'incarnent pour eux</i>".</big><br>       </small><br>  La question collective est donc bien li&eacute;e &agrave; l'imaginaire, au narcissisme et &agrave; l'identification, comme chacun le r&eacute;p&egrave;te d&eacute;sormais, mais surtout aux discours, &agrave; leur l&eacute;gitimit&eacute;, au sentiment de leur <b>justice </b>qui se ram&egrave;ne en fin de compte &agrave; la satisfaction narcissique de l'id&eacute;al du Moi, par sa reconnaissance sociale qui est bien le moteur de l'histoire, de la dialectique des discours. <br>       <br> On en a d&eacute;j&agrave; tir&eacute; un certain nombre de cons&eacute;quences sur la multiplicit&eacute; des identit&eacute;s et des discours mais le plus important sans doute, c'est le caract&egrave;re de <b>m&eacute;connaissance </b>attach&eacute;e &agrave; toute reconnaissance, toute distinction, toute lecture m&ecirc;me. C'est &eacute;vident pour l'&eacute;criture manuscrite o&ugrave; la lecture doit ignorer les errements de la plume pour distinguer les lettres qui seules doivent &ecirc;tre lues pour faire sens. Cette fonction de m&eacute;connaissance va au-del&agrave; de la n&eacute;cessaire "cl&ocirc;ture holistique" dont Jean-Claude Kaufmann voulait faire le paradigme des sciences sociales, en continuit&eacute; avec la biologie. Le discours introduit ici une complication mais aussi une articulation plus pr&eacute;cise autour du narcissisme ou du d&eacute;sir de reconnaissance. Ce n'est pas le "bonheur" qui constitue la politique mais le "besoin d'amour", aussi contradictoire que le bonheur, sinon la question serait r&eacute;gl&eacute;e depuis longtemps ! Il n'y a pas plus de d&eacute;sir de v&eacute;rit&eacute; chez nous que chez les sauvages et pour arracher notre reconnaissance il nous faut en payer le prix humain, en sacrifiant une population rejet&eacute;e comme inhumaine ou ennemie, mais aussi en m&eacute;connaissance et refoulement, dans l'identification au meneur d'abord puis dans la censure des institutions. <br>       <br> Faire du narcissisme et de l'id&eacute;al du moi les principes fondateurs du social, tout comme Hegel fait du d&eacute;sir de reconnaissance le moteur de l'histoire m&egrave;ne &agrave; faire de la dialectique conflictuelle entre dominants et domin&eacute;s (la lutte des classes) l'objet de la politique plut&ocirc;t que le service des biens, les forces de production ou le progr&egrave;s technique. Ce que le point de vue freudien introduit dans la politique c'est donc la dimension de l'<b>amour</b>, amour des domin&eacute;s pour le Meneur sans doute mais ce qui le constitue comme tel, ce serait son amour pour les domin&eacute;s. C'est seulement lorsque cette condition est remplie que nous pouvons partager avec les autres une objectivit&eacute; commune, un sens commun, dans un discours institu&eacute; qui nous relie par ses r&egrave;gles de communication et par ses rites. La domination n'est pas fig&eacute;e pour toujours entre dominants et domin&eacute;s mais bien dialectique, se r&eacute;solvant en unit&eacute;s temporaires des domin&eacute;s, reconstituant une nouvelle domination.<br>       <br>       <b>- La r&eacute;volution des institutions</b><br>       <blockquote><small>Les Nous - c'est-&agrave;-dire les institutions - s'engendrent eux-m&ecirc;mes sur la sc&egrave;ne de l'Histoire. Les institutions se reproduisent, naissent et meurent par le truchement des meneurs, lesquels ne surgissent jamais, avec les populations qui les aiment, que dans les failles ou &agrave; la ruine d'une institution (ou d'un complexe institutionnel quelconque) qui les pr&eacute;c&egrave;de. La parole des meneurs n'est audible que dans le silence des institutions</small><small>, &agrave; la faillite de la parole de ses repr&eacute;sentants. 137-138</small><small><br>         </small></blockquote>Rien de tr&egrave;s neuf donc, &agrave; part l'intervention de l'amour qui ne doit pas &ecirc;tre surestim&eacute; non plus. Tout ne se r&eacute;duit pas au Meneur qu'il faut aimer pour qu'il nous aime en retour (<i>the love you take is egal to the love you make</i> . Beatles). Celui-ci constitue pour Geffray "l'enfance du Nous", sa formation d'abord comme masse primaire, foule qui peut &eacute;voluer vers une forme plus durable, moins imm&eacute;diate, dite masse <b>secondaire</b>, celle des institutions comme l'&eacute;glise ou l'arm&eacute;e constituant des rassemblements artificiels fond&eacute;s sur un discours et ses censures, une Loi institu&eacute;e s'imposant aux dominants comme aux domin&eacute;s pour autant qu'elle donne place &agrave; chacun.<br>         <br> Le passage de l'un &agrave; l'autre ne me semble pas toujours  tr&egrave;s clair, voici du moins ma version. Le Meneur issu de la foule suscite une identification qui fait de chacun son &eacute;quivalent imaginaire dans son opposition aux dominants et son amour des domin&eacute;s dont il porte la parole. Dans cette forme "primaire" l'identification totale m&egrave;ne &agrave; la confusion du discours et de la personne et lorsque le mouvement triomphe, renverse les anciens dominants, on assiste alors &agrave; une nouvelle domination d'abord sans limite reconstituant la fugure du Ma&icirc;tre, du petit p&egrave;re des peuples, avant de s'instituer dans l'ind&eacute;pendance des personnes, ce qui n&eacute;cessite alors de limiter l'identification au Meneur, instituant une nouvelle <b>s&eacute;paration </b>entre dominants et domin&eacute;s, limite infranchissable, in&eacute;galit&eacute; de principe au nom de l'id&eacute;al du Nous, d'une Loi qui s'impose &agrave; tous mais doit valoriser les domin&eacute;s (part de populisme indispensable).<br>         <blockquote><small> Ils ne peuvent dominer sans incarner le loi des domin&eacute;s et donc, m&eacute;caniquement pour ainsi dire, susciter leur amour. 184</small><br>           </blockquote> L'exemple le plus frappant, trop sans doute, c'est la religion juive et chr&eacute;tienne, religion d'esclaves devenue religion de l'Empire. La <b>modernit&eacute;</b><b> </b> semble l'aboutissement de ce mouvement d'autonomisation de la Loi, abandonnant les substituts du P&egrave;re pour l'apparence &eacute;galitaire du contrat.  L'objectivit&eacute; de l'"Etat de Droit" s'imposant &agrave; tous, il n'y  a plus de Ma&icirc;tre qui puisse incarner la Loi. Mieux, on peut dire que  le discours du Ma&icirc;tre y est refoul&eacute;, interdit, du moins sur la sc&egrave;ne politique. L'amour des domin&eacute;s coule &agrave; flots, dans les discours ("La fracture sociale"), sauf d&eacute;rapages qui ne peuvent  pas &ecirc;tre support&eacute;s bien longtemps, mais il n'y a plus de Ma&icirc;tre. S'il y a encore des dominants, ils sont indiff&eacute;rents &agrave; l'amour des domin&eacute;s, ce que manifeste le cynisme du n&eacute;o-lib&eacute;ralisme qui est socialement insupportable.<br> &nbsp;<br> Dans cette th&eacute;orie g&eacute;n&eacute;rale de l'identification sociale, il faudrait distinguer minutieusement soci&eacute;t&eacute;s originaires, hi&eacute;rarchiques et constitutionnelles. Les soci&eacute;t&eacute;s <b>originaires </b>&eacute;voluent beaucoup, malgr&eacute; ce qu'on croit encore, surtout par division des groupes, avec les inversions de valeurs qui accompagnent ces diff&eacute;renciations et dont nous avons parl&eacute;. La notion de domination n'y est pas tant pr&eacute;sente que la logique de l'honneur, de la parole donn&eacute;e. Le discours du Ma&icirc;tre est dominant dans la plupart de ces soci&eacute;t&eacute;s mais la m&ecirc;me loi originaire s'impose &agrave; tous, chaque transgression exigeant r&eacute;paration, dette plus importante que la vie. <br>           <br> Les soci&eacute;t&eacute;s <b>hi&eacute;rarchiques </b>issues du n&eacute;olithique  ont produit une toute autre configuration de la domination &agrave; partir  du travail et de la religion, s&eacute;parant dominants et domin&eacute;s,  Ma&icirc;tres et esclaves, aboutissant &agrave; l'Empire (Egyptien, Perse,  Romain). C'est dans ce cadre surtout qu'on peut parler d'une r&eacute;volution  p&eacute;riodique des domin&eacute;s. On voit cependant que l'identification de la Loi et du Meneur n'y est qu'une phase transitoire et que leur s&eacute;paration est une tendance constante d&egrave;s l'origine, au nom de la transcendance religieuse d'abord, puis, &agrave; partir de l'invention de l'&eacute;criture, c'est la Loi &eacute;crite qui est suppos&eacute;e limiter le pouvoir des ma&icirc;tres. L'astrologie incarne d&egrave;s la plus haute antiquit&eacute;, cette Loi c&eacute;leste qui s'impose &agrave; tous, esclaves, hommes ou dieux. Le code D'Hammourabi se veut limitation du pouvoir du prince, ce qui n'emp&ecirc;chera pas le droit d'&ecirc;tre mis constamment au service du plus fort. On peut dire que d&egrave;s l'origine, les soci&eacute;t&eacute;s hi&eacute;rarchiques ont tendance &agrave; se transformer en soci&eacute;t&eacute;s constitutionnelles.<br><br> Il n'y a donc pas de situation pure, mais <b>transitoire</b>, entre un pouvoir arbitraire charismatique, fond&eacute; sur l'amour, et une Loi anonyme, bureaucratique, qui s'impose &agrave; tous. Les meneurs ne peuvent se passer d'une Loi commune au nom de laquelle ils r&eacute;clament justice et si la Loi est suppos&eacute;e  s'appliquer &agrave; tous de la m&ecirc;me fa&ccedil;ons, on sait bien qu'il  n'en va pas de m&ecirc;me "selon qu'on soit puissant ou mis&eacute;rable".  Comme dit Benjamin, les domin&eacute;s savent que le r&eacute;gime d'exception  a toujours &eacute;t&eacute; pour eux le r&eacute;gime ordinaire. Pierre Legendre montre aussi que la Loi ne peut se passer de sa mise en sc&egrave;ne identificatoire et sacrificielle. Ceci dit, il y a bien &eacute;volution dans les discours, du pouvoir personnel &agrave; une Loi transcendante puis un Etat de Droit qui censure toute in&eacute;galit&eacute; entre dominants et domin&eacute;s sous la fiction du contrat, et qui semble sonner le d&eacute;clin du discours du Ma&icirc;tre au profit de la domination du discours marchand. Dans ce monde sans Ma&icirc;tre, il semblerait que le r&eacute;volution des institutions exige de restaurer, temporairement, cette fonction de Meneur n&eacute;cessaire pour se faire entendre et acc&eacute;der &agrave; la reconnaissance sociale. Le reconna&icirc;tre est un pr&eacute;alable pour s'en prot&eacute;ger, quitte &agrave; exiler ses g&eacute;n&eacute;raux victorieux comme les Grecs n'h&eacute;sitaient pas &agrave; le faire !<br> <br><b>- L'Etat de Droit</b><br>         <br>Si on peut douter qu'une v&eacute;ritable "soci&eacute;t&eacute; constitutionnelle" ait vraiment exist&eacute;, du moins il existe indubitablement des soci&eacute;t&eacute;s qui se pr&eacute;tendent bas&eacute;es sur des constitutions, singuli&egrave;rement la France et les USA, soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;mocratiques qui se distinguent de toutes les soci&eacute;t&eacute;s ayant exist&eacute; auparavant, non pas par leur syst&egrave;me "repr&eacute;sentatif", mais plut&ocirc;t par le d&eacute;ficit de repr&eacute;sentation, son refoulement dans la sph&egrave;re priv&eacute;e puisque la constitution se veut purement contractuelle (<i>Take it or leave it</i> disent les am&eacute;ricains de leur pays), conventionnelle et donc anonyme. Ce sont des soci&eacute;t&eacute;s sans Ma&icirc;tre ou plut&ocirc;t dont les ma&icirc;tres sont ill&eacute;gitimes. "<i>La modernit&eacute; n'advient pr&eacute;cis&eacute;ment qu'avec le refoulement du d&eacute;sir du ma&icirc;tre et ne constitue que le d&eacute;ploiement d&eacute;mocratique de sa censure</i>". Cette hypoth&egrave;se qui rappelle la th&egrave;se d'Elias du monopole de la violence &eacute;tatique qui nous r&eacute;duit &agrave; l'activit&eacute; marchande, serait &agrave; pr&eacute;ciser. Il faudrait rapprocher cette censure de la Ma&icirc;trise du Don Quichotte et des th&eacute;ories de Marthe Robert sur l'origine du Roman comme roman des origines, o&ugrave; Robinson est le mod&egrave;le du <i>self made man</i>.<br>           <br>           <small>Il faut ajouter aussi que pour Lacan, ce qui constituait le  capitalisme, c'est la "mise au rencard du sexe" o&ugrave; d&eacute;j&agrave;  se d&eacute;fait l'ordre hi&eacute;rarchique et qui marque la place du refoulement en ordonnant une impossible indiff&eacute;rence du sexe, priv&eacute; de sens, &agrave; ne pas lire.  Il y a dans cette censure du sexisme et du Ma&icirc;tre une </small><small><b>inversion </b></small><small>par rapport aux cultures traditionnelles qui  accentuent au contraire la diff&eacute;rence sexuelle, cultivent l'amour du ma&icirc;tre et m&eacute;prisent les rapports marchands. Cette nouveaut&eacute; pr&eacute;sente beaucoup d'inconnus qui ne permet pas d'en pr&eacute;dire les cons&eacute;quences. Nous manquons au moins de recul mais l'inversion des valeurs est un principe universel. La psychanalyse est contemporaine de ce d&eacute;clin de la fonction du p&egrave;re comme origine de la Loi dans les soci&eacute;t&eacute;s marchandes et de son refoulement dans la sph&egrave;re priv&eacute;e. Il s'agit bien l&agrave; encore d'un refoulement du discours social, pas dans l'Opinion, d'un interdit sur la totalit&eacute; constitutif du capitalisme bourgeois comme "</small><small><i>r&eacute;gime historique de la demande</i></small><small> " s'opposant aux soci&eacute;t&eacute;s traditionnelles et dont la particularit&eacute; est de combiner l'irresponsabilit&eacute; sceptique et enfantine d'une ind&eacute;pendance ayant d&eacute;fait tous ses liens avec la servitude implacable de la dette et du travail ("&agrave; la sueur de ton front" dont une &eacute;mission sur la 5 portant ce titre a montr&eacute; l'impossibilit&eacute; d'un dialogue sur le travail entre un Bochiman de Namibie, un ouvrier ajusteur Polonais de Gandsk et un paysan fran&ccedil;ais!). </small><small><br>           </small> <br> La caract&eacute;ristique du monde bourgeois, c'est bien, en effet, qu'il n'y a plus de ma&icirc;tre. Les patrons n'y sont pas les repr&eacute;sentants de la Loi, ni m&ecirc;me de v&eacute;ritables ma&icirc;tres. Mieux, la g&eacute;n&eacute;ralisation du <b>contrat </b>signifie que le dominant n'est plus le meneur. C'est pour cela qu'il a besoin de cours de management ! L'entreprise est indiff&eacute;rente &agrave; la repr&eacute;sentation collective, c'est pour cela qu'on a besoin de simuler une "culture d'entreprise". "<i>L'entreprise capitaliste n'est pas un Nous</i>".<small> 186</small> C'est bien ce qu'on lui reproche !<br>           <blockquote><small>La structure de la fiction contractuelle (capitaliste) est donc telle, que la population rassembl&eacute;e pour la cr&eacute;ation des objets de la demande, est indiff&eacute;rente &agrave; la pr&eacute;cipitation d'une repr&eacute;sentation commune d'elle-m&ecirc;me par le truchement d'un meneur. 189</small><br>             </blockquote>             <blockquote><small> Les membres des populations deviennent la proie d'une introjection sans pr&eacute;c&eacute;dent des Id&eacute;aux du Nous, leurs personnes &eacute;tant rapport&eacute;es imaginairement &agrave; elles-m&ecirc;mes comme &agrave; leur propre ma&icirc;tre - ce qu'on d&eacute;signe commun&eacute;ment sous le terme "d'individualisme" 187</small><br>               </blockquote> Dans cet "Etat de Droit", la Loi se substitue au Ma&icirc;tre, Loi &agrave; laquelle tous sont assujettis, dominants et domin&eacute;s, de m&ecirc;me que les lois scientifique s'appliquent <b>objectivement </b>&agrave; tous, dimension religieuse essentielle. La situation n'est pas tr&egrave;s diff&eacute;rente des soci&eacute;t&eacute;s originaires sur ce point dont notre soci&eacute;t&eacute; marchande constitue pourtant l'envers, par la domination de la science et des rapports marchands ainsi que par le refoulement du discours du Ma&icirc;tre et du sacrifice fusionnel.  Il faudrait sur ce point distinguer la d&eacute;mocratie am&eacute;ricaine communautariste et notre la&iuml;cit&eacute; intransigeante o&ugrave; le "meurtre du Roi" fonde imaginairement l'unit&eacute; de la Nation, mais toutes les d&eacute;mocraties actuelles se construisent sur une constitution rempla&ccedil;ant l'identification  au Ma&icirc;tre par la fiction du contrat social. <br>               <br> En tout cas, ce qui se gagne indubitablement sur le plan d'une "<i>d&eacute;liaison entre domin&eacute; et dominants</i>" qui est une grande lib&eacute;ration, cela se paie in&eacute;vitablement  en isolement de tous, en incertitude identitaire et en <b>insatisfactions </b> narcissiques comme Tocqueville  le notait d&eacute;j&agrave; : lorsque la gloire du seigneur ne rejaillit  plus sur ses serfs, ceux-ci auront plus de mal &agrave; obtenir chacun une part de cette gloire par eux-m&ecirc;mes, qu'un chameau pour passer par le trou d'une aiguille ! Plus encore l'individualisation multiplie les possibilit&eacute;s th&eacute;oriques et les d&eacute;ceptions r&eacute;elles, accentuant la culpabilit&eacute; individuelle de nos &eacute;checs.<br>               <br>Il semble qu'on ne puisse sortir de l'alternative entre un "Etat de Droit" ill&eacute;gitime ou le retour d'une dictature populiste, d&eacute;mocratie ou <b>fascisme </b>comme si nous n'avions rien appris depuis le si&egrave;cle dernier. Il faut garder &agrave; l'esprit du moins que la disparition des hi&eacute;rarchies est tr&egrave;s relative, se reconstituant en client&eacute;lismes et mafias. Il y a autant de ma&icirc;tres et de dominations qu'avant. L'id&eacute;ologie lib&eacute;rale &eacute;galitaire n'est qu'une id&eacute;ologie, m&ecirc;me si sa domination a des effets bien r&eacute;els. On ne peut n&eacute;gliger l'histoire "mat&eacute;rielle", qui ne se r&eacute;duit pas &agrave; la sph&egrave;re id&eacute;ologique, m&ecirc;me si les besoins sont toujours subordonn&eacute;s &agrave; des enjeux symboliques. Les conditions institutionnelles et techniques ont une tr&egrave;s grande importance. Reste que la question se pose d'un d&eacute;passement du discours marchand qui ne soit pas un retour au discours du Ma&icirc;tre.<br>         <br>         <b>- Nostalgie du Ma&icirc;tre</b><br>               <blockquote><small>Comme r&eacute;volutionnaires, vous aspirez &agrave; un ma&icirc;tre. Vous l'aurez, Lacan, T&eacute;l&eacute;vision</small><br>                 </blockquote> Lorsque la <b>contradiction </b>est trop flagrante entre l'Etat de Droit, le statut imaginaire de chacun et l'in&eacute;galit&eacute; r&eacute;elle, monte une "<i>angoisse sociale</i>" qui cherche un autre Moi, un autre discours, et donc un autre Ma&icirc;tre. "<i>La citoyennet&eacute; r&eacute;v&egrave;le sa fiction aupr&egrave;s de populations dont les membres n'ont plus le moyen de s'aimer sans ma&icirc;tre</i>"<small> 191</small> Lorsque chancelle la l&eacute;gitimit&eacute; du principe qui s&eacute;pare les dominants de la Loi, lorsque les domin&eacute;s ne s'y retrouvent plus, alors ce sont les d&eacute;sirs refoul&eacute;s et socialement inconscients qui reviennent sur le devant de la sc&egrave;ne, le retour de la "<i>B&ecirc;te immonde</i>", de l'amour du Ma&icirc;tre, du fascisme, du racisme et de l'anti-s&eacute;mitisme. Polanyi avait raison, d'avoir fait du pouvoir le mal, il ne pouvait revenir que sous cette forme mal&eacute;fique. De m&ecirc;me, c'est ce qu'on peut reprocher &agrave; l'utopie communicationnelle d'Habermas : dans ce monde parfait comment une dissidence ne serait-elle pas monstrueuse ?&nbsp; <br><br> En tout cas, une des analyses les plus suggestives de ce livre, c'est celle de l'impasse des domin&eacute;s, dans un Etat de Droit, qui les voue &agrave; la "haine du bourgeois", &agrave;&nbsp; l'amour du ma&icirc;tre et au racisme. De par son refoulement dans le discours contractuel de l'Etat de Droit, le Meneur revient explicitement comme meneur (Duce, F&uuml;hrer) faisant offrande de son Moi aux domin&eacute;s (pour Hitler, les Allemands &eacute;taient domin&eacute;s, colonis&eacute;s m&ecirc;me depuis 1918). De m&ecirc;me la glorification de la gloire tente de se substituer au discours de l'int&eacute;r&ecirc;t. Ce <b>retour du refoul&eacute;</b> du discours du Ma&icirc;tre est d'autant plus destructeur que le refoulement de la mis&egrave;re et de la domination effective avait &eacute;t&eacute; total au niveau du discours lib&eacute;ral au nom d'une Loi impersonnelle. Au contraire de ce que croyait Polanyi cette fois, la d&eacute;faite du discours marchand n'&eacute;tait pas r&eacute;elle pour autant mais r&eacute;duite aux discours, &agrave; la repr&eacute;sentation,  c'est-&agrave;-dire que le lib&eacute;ralisme a &eacute;t&eacute; refoul&eacute; de l'expression publique pendant la p&eacute;riode keyn&eacute;sienne avant qu'on ne voie resurgir Hayek et le n&eacute;o-lib&eacute;ralisme triomphant.<br>                 <br> Ces exemples extr&ecirc;mes ne sont pas les seuls. Geffray analyse ainsi les diff&eacute;rences entre un Bernard Tapie et un Jean-Marie Le Pen, traduisant une v&eacute;ritable opposition bien qu'ils se pr&eacute;sentaient tous deux comme des meneurs. Nous sommes encore concern&eacute;s par le th&egrave;me r&eacute;current de la "<i>Nation morte ou d&eacute;cadente et &agrave; rena&icirc;tre</i>" <small>192 </small> autour de la personne d'un <b>homme providentiel</b> ; alors m&ecirc;me qu'on pr&eacute;tend rester dans un cadre constitutionnel de s&eacute;paration des personnes et de la Loi. Cette contradiction date au moins du c&eacute;sarisme, combinant le droit romain et l'arbitraire imp&eacute;rial. La recherche d'une "authenticit&eacute;" perdue, n'ayant pourtant gu&egrave;re de sens dans un r&eacute;gime constitutionnel bas&eacute; sur le contrat, des exemples historiques glorieux sont convoqu&eacute;es contre la s&eacute;paration de la Loi dans l'appel &agrave; une fusion narcissique.<br>         <br> La revendication des domin&eacute;s porte sur l'<b>amour du Ma&icirc;tre</b>, plus que sur les biens, dans l'accusation des "dominants indiff&eacute;rents aux domin&eacute;s". Ils contestent "<i>le dominant r&eacute;el en tant qu'il r&eacute;cuse la ma&icirc;trise : pour autant que l'amour des domin&eacute;s l'indiff&egrave;re</i>". <small>194</small>  Ce qui devient obsc&egrave;ne lorsque des dominants ill&eacute;gitimes sont assimil&eacute;s aux non-nationaux, l'anti-s&eacute;mitisme prenant ici la fonction de bouc &eacute;missaire purifiant les dominants de leur s&eacute;paration des domin&eacute;s alors que cette s&eacute;paration se fonde dans le contrat et les rapports marchands. Les dominants sont appel&eacute;s &agrave; manifester leur amour <i>auxquels il serait possible de s'identifier et qu'aimeraient ceux qui sont la proie d'une "angoisse sociale"</i> Il est amusant de constater, dans un r&eacute;cent "Courrier international", que la pratique des licenciements  "avec compassion et pleurs" se g&eacute;n&eacute;ralise dans une Am&eacute;rique revenue aux valeurs de solidarit&eacute; apr&egrave;s l'&eacute;croulement de la Bourse et des tours de Babylone. On fait des affaire comme avant, mais avec du coeur !<br>         <br>Si les juifs sont les dominants <b>ill&eacute;gitimes</b>, les immigr&eacute;s sont les domin&eacute;s ill&eacute;gitimes, concurrents dans la demande de reconnaissance sociale. Dans l'anti-s&eacute;mitisme et le racisme s'attaquant &agrave; "ceux qui ne nous aiment pas", se r&eacute;cup&egrave;re  une part du narcissisme perdu de ceux que personne n'aime et qui trouvent  dans le passage &agrave; l'acte leur identification aux ma&icirc;tres l&eacute;gitimes.  Ces massacres ne doivent pas &ecirc;tre confondus avec des sacrifices, "l'holocauste"  mais comme le d&eacute;cha&icirc;nement du d&eacute;sir du ma&icirc;tre refoul&eacute;,  l'affirmation de son identification aux ma&icirc;tres.<br> <br> Christian Geffray tente enfin de distinguer dans ces mouvements de foule, <b>la droite et la gauche</b>. Pour la droite il s'agit d'abolir la s&eacute;paration  de la Loi et des dominants pour retrouver la fusion originelle, sous la conduite des Ma&icirc;tres, alors que pour la gauche ce serait la remise en cause du Bourgeois par ses principes m&ecirc;mes d'&eacute;galit&eacute; et de libert&eacute; qui serait revendiqu&eacute; (dans l'esprit de la sociologie des conventions comme Boltanski), ce qui se voudrait le refoulement achev&eacute; du d&eacute;sir du Ma&icirc;tre, et la tentative  d'une identification universelle des domin&eacute;s ("prol&eacute;taires de tous les pays unissez-vous") aboutissant aux jugements populaires des dominants, coupables aux yeux de leurs propres id&eacute;aux.<br>         <br>                 <br> On atteint sans doute ici la limite d'une analyse qui demanderait &agrave; &ecirc;tre approfondie et qui trouvera dans le livre suivant (Tr&eacute;sors) un meilleur &eacute;quilibre entre les quatre discours (Ma&icirc;tre, Marchand, Religieux, Production), insistant notamment sur la limitation du discours marchand par Solon, interdisant l'esclavage pour dette et instituant ainsi la d&eacute;mocratie sur la contradiction entre riches et pauvres au nom de l'int&eacute;r&ecirc;t sup&eacute;rieur de la Cit&eacute;. On peut se poser la question de la pertinence de rendre compte de pens&eacute;es complexes et qui appartiennent encore au domaine de la recherche. Il m'a sembl&eacute; pourtant qu'il y a avait l&agrave; des indications sur les contraintes et les dangers de l'action politique dont il fallait tenir compte pour l'utiliser lorsque c'est n&eacute;cessaire et s'en prot&eacute;ger au-del&agrave;. Cette part <b>&eacute;motionnelle </b> de la politique, s'exprimant par l'amour des domin&eacute;s est ce qui l'ouvre &agrave; toutes les manipulations. Raison de plus pour ne pas l'ignorer.<br>                 <br> On peut avoir l'impression aussi qu'il ne s'agit que d'une reformulation de banalit&eacute;s anciennes dans une langue particuli&egrave;re, "tout est bien connu", mais il ne faut pas sous-estimer la capacit&eacute; de la traduction et du commentaire &agrave; produire du nouveau dans la r&eacute;p&eacute;tition m&ecirc;me. En tout cas, cela permet de comprendre que la soci&eacute;t&eacute; ne se r&eacute;duit pas aux interactions sociales ni aux besoins mais est constitu&eacute;e de discours et de repr&eacute;sentations qui l'engagent comme totalit&eacute; divis&eacute;e (on retrouve ici Lefort) o&ugrave; chacun doit pouvoir se reconna&icirc;tre, dominants comme domin&eacute;s. Le premier besoin &nbsp;auquel une soci&eacute;t&eacute; doit r&eacute;pondre, c'est le besoin d'amour, de <b>reconnaissance </b>sociale. "<i>La conservation de la vie n'est assur&eacute;e qu'en vertu de la satisfaction d'autre chose</i> " ! Faire du Meneur la source d'une satisfaction narcissique vitale, c'est aussi le constituer en menace de mort pour notre id&eacute;al. L'homme ne vit pas que de pain et ne peut trouver satisfaction en lui-m&ecirc;me alors qu'il est pr&ecirc;t &agrave; tous les sacrifices lorsqu'il participe &agrave; une aventure collective. <br>                 <br> Il semble que la politique des int&eacute;r&ecirc;ts n'ait aucune consistance mais l'amour du ma&icirc;tre peut &ecirc;tre si dangereux. Du moins faudrait-il lever le refoulement social sur cette exigence d'amour ou s'attendre au pire. Le sentiment d'<b>ins&eacute;curit&eacute;</b> peut d&eacute;g&eacute;n&eacute;rer, d'autant qu'on conna&icirc;t d'avance le r&eacute;sultat des d&eacute;g&acirc;ts sociaux de la d&eacute;pression et la gradation pr&eacute;visible de la d&eacute;linquance du vandalisme &agrave; l'&eacute;meute. On a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; casser le thermom&egrave;tre annon&ccedil;ant les cons&eacute;quences de l'exclusion sociale, la menace n'en est que plus pr&eacute;visible d'un retour du populisme, au nom de l'amour des domin&eacute;s trop longtemps d&eacute;laiss&eacute;s.                 <pre wrap=""></pre> </blockquote>                 <div align="Right">05/02/02<br>        </div> </div>       <hr width="100%" size="1" noshade=""><a href="../index.htm">Index</a>       <br> </body></html> 
