<html> <head> <title>[Politis] Bonnes feuilles du livre &nbsp;le Chant d'amour des concombres de mer&nbsp;  du biologiste Bertrand Jordan</title> <style> <!-- 	a {text-decoration: none; } 	A:Hover {text-decoration: underline;} 	.encadrer {border-left: thin #CCCCCC solid; border-bottom: thin #CCCCCC solid;} 	.forml {width: 100%; background-color: #E4E4E4; background-position: center bottom; float: none; color: #000000} h3.spip { 	font-family: Arial,Helvetica,sans-serif; 	font-size: 140%; 	text-align: left; } 	.titre { 		font-size: 32pt; 		line-height:30pt; 	} --> </style>  </head> <body bgcolor="#FFFFFF" text="#000000" link="#000033" vlink="#990000" alink="#FF9900" TOPMARGIN="0" LEFTMARGIN="0" MARGINWIDTH="0" MARGINHEIGHT="0">  <table width="753" cellpadding="0" cellspacing="0" border="0">   <tr width="753"> <td colspan="3" width="151" bgcolor="#FFB304"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="18" border="0"></td> <td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> </tr>    <tr width="753"> <td width="50"><a href="index.php3"><img src="PICS/logopolitis.gif" alt="" width="50" height="125" border="0"></a></td> <td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> <td width="100" valign="top"> <A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=1' onMouseOver="image1.src='IMG/ruboff1.gif'" onMouseOut="image1.src='IMG/rubon1.gif'"><IMG SRC='IMG/rubon1.gif' ALIGN=''  NAME='image1' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A><br> <A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=23' onMouseOver="image2.src='IMG/ruboff23.gif'" onMouseOut="image2.src='IMG/rubon23.gif'"><IMG SRC='IMG/rubon23.gif' ALIGN=''  NAME='image2' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A></td> <td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> <td width="602" valign="top"><font face="helvetica, arial, sans-serif" size="2" style="letter-spacing:5"><b>JEUDI 22 AO&Ucirc;T 2002</b></font>  		<table cellpadding=10 cellspacing=0 border=0> 		<tr> 		<td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=14' onMouseOver="image3.src='IMG/ruboff14.gif'" onMouseOut="image3.src='IMG/rubon14.gif'"><IMG SRC='IMG/rubon14.gif' ALIGN=''  NAME='image3' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td><td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=6' onMouseOver="image4.src='IMG/ruboff6.gif'" onMouseOut="image4.src='IMG/rubon6.gif'"><IMG SRC='IMG/rubon6.gif' ALIGN=''  NAME='image4' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td><td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=66'><IMG SRC='IMG/rubon66.jpg' ALIGN=''  NAME='image5' width='142' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td><td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=72'><IMG SRC='IMG/rubon72.jpg' ALIGN=''  NAME='image6' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td><td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=4' onMouseOver="image7.src='IMG/ruboff4.gif'" onMouseOut="image7.src='IMG/rubon4.gif'"><IMG SRC='IMG/rubon4.gif' ALIGN=''  NAME='image7' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td><td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=56'><IMG SRC='IMG/rubon56.jpg' ALIGN=''  NAME='image8' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td><td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=2' onMouseOver="image9.src='IMG/ruboff2.gif'" onMouseOut="image9.src='IMG/rubon2.gif'"><IMG SRC='IMG/rubon2.gif' ALIGN=''  NAME='image9' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td><td> 		<A HREF='rubrique.php3?id_rubrique=24' onMouseOver="image10.src='IMG/ruboff24.gif'" onMouseOut="image10.src='IMG/rubon24.gif'"><IMG SRC='IMG/rubon24.gif' ALIGN=''  NAME='image10' width='100' height='18' BORDER='0' ALT='[logo]' HSPACE=0 VSPACE=0 class='spip_logos'></A> 		</td> 		</tr></table>  </td> </tr>   <tr width="753"> <td width="50" valign="top"></td> <td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> <td width="100" valign="top"> </td> <td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> <td width="602" valign="top" ROWSPAN=2>  	<table width="602" cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"> 	<tr><td colspan="3"> 		<font face="impact, arial, helvetica,sans-serif" size="5" color="#AAAAAA" style="font-size: 24pt"> 		 		Ides 		 		</font>	 		 		<font face="impact, arial, helvetica,sans-serif" size="4" style="font-size: 18pt" color="000000"> / </font> 		<a href="rubrique.php3?id_rubrique=19"><font face="impact, arial, helvetica,sans-serif" size="4" style="font-size: 18pt" color="000000">Bonnes feuilles</font></a> 		 		 	</td></tr> 	<tr><td colspan="4" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td></tr> 	<tr><td width="400" valign="top">  		<center> 		<table cellpadding=20 cellspacing=0 border=0 width="100%"> 		<tr> 		<td> 		<font face="impact, arial, helvetica,sans-serif" size="6"> 		<div class="titre">Bonnes feuilles du livre &nbsp;le Chant d'amour des concombres de mer&nbsp;  du biologiste Bertrand Jordan</div> 		</font> 		 		<p> 		<font face="impact, arial, helvetica,sans-serif" size="3"> 		 		 		 		</font>    		 		<font face="verdana, arial, helvetica,sans-serif" size="3"> 		<p><font color="#555555"><b>Bertrand Jordan est biologiste molculaire, directeur de recherche au CNRS. Il a centr sa carrire sur  la gntique humaine et l'exploration du gnome.  Il publie  &nbsp;le Chant d'amour des concombres de mer&nbsp;,  o il tmoigne de ses recherches et son parcours.</b></font> 		<p> 		<p class="spip">tre chercheur en biologie, ce n'est pas tout  fait ce qu'imaginent les gens. Le temps mythique des profonds penseurs solitaires est bien pass&nbsp;: notre recherche est aujourd'hui un travail de fourmi, une accumulation de brindilles, de petits faits, de donnes, une lente construction  laquelle participent des milliers et des milliers de personnes de par le monde. C'est aussi, la plupart du temps, un travail manuel pour lequel la dextrit, la prcision et la capacit  rester vigilant durant de longues manipulations ennuyeuses sont aussi importantes que la vivacit intellectuelle. Et ne parlons pas de tous les &nbsp;-cts&nbsp; qui deviennent de plus en plus envahissants  mesure que le scientifique avance en ge et s'lve dans la hirarchie&nbsp;: la recherche perptuelle de subventions, la rdaction d'innombrables projets, rapports, comptes rendus, expertises dont on se demande parfois si quelqu'un les lira un jour, la dlicate gestion des conflits de pouvoir ou de personnes au sein de l'quipe ou du laboratoire Il reste pourtant des moments dont on se souvient, et qui clairent cette existence somme toute assez routinire. Pour moi, le plus fort de ces instants s'est situ il y a une vingtaine d'annes, au moment o, aprs avoir dchiffr un petit fragment d'ADN, je sus que j'avais enfin dcouvert le gne que je recherchais. Il s'agissait d'un gne humain d'histocompatibilit, ainsi nomm parce qu'il dirige la synthse d'une protine appele HLA, qui joue un rle important dans le fonctionnement des dfenses immunitaires de l'organisme. Accessoirement, cette protine intervient dans le phnomne du rejet en cas de greffe d'organe, d'o ce terme d'histocompatibilit (compatibilit des tissus). Nous tions au dbut de l'poque du &nbsp;gnie gntique&nbsp;, cet ensemble de techniques qui,  partir de 1975, a rendu les gnes rellement accessibles  l'exprimentation et a permis de commencer leur dchiffrage. On savait depuis les annes 1940 que les gnes taient inscrits dans l'ADN, et la forme en double hlice de cette molcule avait t, en 1953, la grande dcouverte de Watson et Crick&nbsp;; mais c'est seulement vingt ans plus tard que l'on commena  disposer de mthodes permettant d'isoler les gnes et de les tudier en dtail. Mises au point aux tats-Unis, ces techniques avaient commenc  se rpandre en Europe, mais elles n'taient encore matrises que par quelques laboratoires. Peu  peu, au prix de beaucoup d'efforts, les gnes intervenant dans les grands systmes biologiques dj connus taient isols, dchiffrs et soumis  des tudes dtailles qui gnralement amenaient de nouvelles dcouvertes. Le systme immunitaire, ce trs complexe ensemble de mcanismes grce auquel notre organisme se dfend contre les infections microbiennes, parasitaires ou virales, faisait partie des domaines activement explors. J'avais pu travailler quelque temps avec des chercheurs de l'Institut Pasteur qui tudiaient le systme d'histocompatibilit chez la souris, et j'tais retourn  mon laboratoire de Marseille avec le fruit de ces efforts&nbsp;: quelques prcieuses petites fioles de verre. Chacune d'elles contenait un &nbsp;clone&nbsp;, une colonie de bactries produite par divisions successives  partir d'une seule bactrie initiale ayant reu un fragment d'ADN humain. Les manipulations menes  l'Institut avaient consist  slectionner, parmi des centaines de milliers de tels clones, ceux dont le fragment d'ADN humain ressemblait  un ADN de souris dj isol et dont ces collgues avaient prouv qu'il correspondait  un gne d'histocompatibilit chez ce rongeur. La parent au niveau des gnes entre l'homme et la souris laissait esprer que le segment humain ainsi slectionn appartiendrait au gne correspondant. C'tait nanmoins,  l'poque, un pari os car on ignorait encore  quel point nos gnes ressemblent  ceux de ce rongeur. Nous esprions que, parmi cette vingtaine de clones, se trouvait le gne recherch, mais c'tait loin d'tre sr, et, pour en avoir le cur net, il fallait dchiffrer le message inscrit dans ces segments d'ADN et le comparer  ce que l'on savait de la protine HLA. </p> <p class="spip">J'avais donc entam la longue srie de manipulations qui permettaient,  partir d'un clone, d'obtenir une culture de bactries, puis d'en extraire l'ADN et de sparer le fragment humain de l'ADN bactrien. Ensuite, sur ce fragment purifi, une complexe srie de ractions faisant intervenir molcules radioactives, enzymes et ractifs chimiques permettait d'arriver finalement au dchiffrage d'une petite partie du message inscrit dans l'ADN, c'est--dire  la lecture de quelques dizaines de bases C, A, T ou G. Ce sont les mmes techniques qui permettent aujourd'hui de dchiffrer de trs longues rgions d'ADN, des chromosomes entiers, et qui ont abouti  la lecture presque intgrale de l'ensemble de l'ADN humain  l't 2000&nbsp;; mais elles ont t amliores, robotises, rendues beaucoup plus rapides et plus fiables, et n'utilisent plus de molcules radioactives.  l'poque dont je parle, tout se faisait  la main []. La phase finale de l'opration consistait  dvelopper dans une chambre noire un film photo du format d'un grand livre, sur lequel les rsultats s'inscrivaient sous forme de sries de bandes noires plus ou moins rgulirement espaces&nbsp;: c'est de la disposition de ces bandes que l'on pouvait dduire l'ordre dans lequel se suivent les bases le long de l'ADN, leur squence. []. Je dveloppais ce jour-l le film correspondant  ma toute premire exprience, mene sur le premier clone choisi. Suspense&nbsp;: l'exprience a-t-elle &nbsp;march&nbsp;&nbsp;? Dans des manipulations aussi complexes, il suffit de peu de chose, une solution trop vieille, un enzyme mal dos ou une faute d'inattention lors de l'ajout d'un ractif pour qu'au dveloppement le film reste vierge, ou au contraire tout noir, ou encore couvert de bandes floues et ininterprtables. Ce jour-l, l'exprience avait russi&nbsp;: de belles bandes noires, bien nettes, disposes en colonnes rgulires, sans flou ni bavures, indiquaient que tout s'tait bien pass et que la &nbsp;manip&nbsp; serait interprtable. </p> <p class="spip">Restait  l'interprter. Sans mme attendre que le film ft sec, je le disposai devant une bote  lumire, pris un crayon et une feuille de papier, et commenai  inscrire la suite des lettres que rvlait la disposition des bandes&nbsp;: &nbsp;ATCTCTGACCATGAGGGCACCCTG&nbsp; Cette squence qui n'a pas de signification directe, il faut la traduire  l'aide du &nbsp;code gntique&nbsp;, dcouvert en 1964, qui fait correspondre  chaque groupe de trois lettres de l'ADN,  chaque &nbsp;codon&nbsp;, un des vingt acides amins qui constituent les protines (une protine tant dfinie par le nombre et l'ordre, la squence, des acides amins dont elle est forme). Cela peut se faire de diffrentes manires&nbsp;: dans la suite des lettres de l'ADN, rien n'indique comment positionner les groupes de trois lettres. La squence indique peut donc se lire de trois manires, six mme, puisque l'exprience ne dit pas non plus si nous avons dchiffr l'ADN &nbsp; l'endroit&nbsp; ou  l'envers. En quelques minutes (et toujours &nbsp; la main&nbsp;, les ordinateurs se chargent maintenant de tout cela), j'avais inscrit sur ma feuille quadrille les six possibilits. L'une d'entre elles paraissait peu intressante, puisqu'elle contenait deux de ces codons TGA qui, dans le langage de l'ADN, signifient &nbsp;fin de message&nbsp;&nbsp;: on peut bien sr tomber par hasard sur la fin d'un gne, mais la probabilit est faible et un rsultat de ce type indique en gnral que l'on n'a pas choisi le bon cadre de lecture. Restaient cinq interprtations possibles []. L'une de mes cinq lectures donnait, aprs traduction, la suite d'acides amins &nbsp;ISDHEATL&nbsp;, une petite partie de la protine que cet ADN pouvait signifier. Or, je voyais dans la protine HLA B7 une rgion rpondant  la formule &nbsp;ISDHEGTL&nbsp; La mme squence,  un acide amin prs&nbsp;! Diffrence elle-mme explicable par la variabilit leve de ces protines, qui existent sous des formes lgrement diffrentes selon les individus, au point qu'elles ont t utilises pour l'identification biologique avant la dcouverte des empreintes d'ADN. Cette forte ressemblance avait trs peu de chances d'tre due au hasard La lecture de la centaine de bases dchiffrables  partir de ce film devait compltement confirmer cette premire indication&nbsp;: j'tais tomb juste, le fragment d'ADN humain analys contenait bien un gne HLA, et j'en avais la preuve formelle. Il tait 9 h 10, le 22 dcembre 1980, et je tenais mon cadeau de Nol&nbsp;: j'tais, apparemment, le premier au monde  avoir isol un gne d'histocompatibilit humain. </p> <p class="spip">Mince satisfaction, dira-t-on. Une avance, somme toute, trs technique, une suite de manipulations  l'issue de laquelle on est assur ( peu prs) d'avoir bien isol un certain gne humain. Est-ce l ce qu'on appelle une dcouverte en biologie&nbsp;? La rfrence idalise aux grandes dcouvertes du pass, la prsentation mdiatique faite  celles d'aujourd'hui donnent une ide tout  fait fausse de la manire dont avance la recherche en biologie. C'est, en ralit, une succession de petits progrs, de petits cailloux apports  une construction patiente qu'il faut parfois reprendre compltement lorsque l'on s'aperoit que l'une des hypothses de dpart ne tient pas. Les vraies grandes dcouvertes sont rares, trs rares. L'isolement du premier gne d'histocompatibilit humain, suivi en quelques mois de son dchiffrage complet, n'tait pas un vnement de ce type. Il constituait pourtant une tape notable dans la comprhension molculaire du systme immunitaire, un enjeu majeur pour une bonne dizaine de laboratoires  travers le monde, et il me valut, outre des publications prestigieuses et l'estime de mes collgues, un prsent inattendu&nbsp;: la mdaille de l'Ordre du mrite, accompagne d'un beau diplme revtu de la signature de M.&nbsp;Franois Mitterrand J'ai racont cette histoire  la premire personne. Le moment fort d'illumination, la rvlation dcrite ici, fut bien vcue dans la solitude d'un matin de &nbsp;manip&nbsp; au laboratoire. Mais, de peur de conforter l'image fausse et encore rpandue du chercheur solitaire, je me hte de souligner que ce rsultat reposait sur tout le travail pralable de l'quipe de Pasteur, dont le gne de souris avait servi d'hameon pour la pche du gne humain. Et que sa concrtisation, le passage du petit morceau de squence d'ADN prouvant que l'on tient le &nbsp;bon&nbsp; gne  son dchiffrage intgral et  la publication de rsultats vrifis dans une revue scientifique de grande audience, devait constituer un travail d'quipe impliquant deux jeunes collaborateurs qui se jetrent  corps perdu dans cette entreprise, conscients de la chance qui nous tait donne et de l'enjeu que reprsentait une ventuelle russite. </p> <p class="spip">Ce grand succs, cette avance importante, n'tait pourtant ni une cration ni une invention&nbsp;: la squence dchiffre ce matin de dcembre prexistait  toute lecture. C'est d'ailleurs en ce sens que la prise de brevets sur des squences d'ADN nous choque&nbsp;: malgr toutes les bonnes raisons que l'on peut lui trouver, cette appropriation d'une dcouverte drange d'autant plus qu'il s'agit de &nbsp;protger&nbsp; (au sens de l'industriel, c'est--dire en quelque sorte de s'approprier) notre propre patrimoine gntique. La squence lue ce jour-l tait en fait extraordinairement ancienne. L'volution est une ralit, et repose bien entendu sur la modification au hasard des squences d'ADN, mais son rythme est trs lent&nbsp;: pour un gne comme celui-ci, l'estimation est d' peu prs une mutation tous les millions d'annes Ce gne HLA dchiffr en dcembre 1980 figurait donc dj ( quelques lettres prs, peut-tre) dans le gnome d'un lointain anctre simiesque, bien avant l'apparition d'Homo sapiens Il avait travers les millnaires, inlassablement transmis par chaque cellule  ses descendantes, par chaque gnration  la gnration suivante, tandis que le primate devenait bipde, apprenait  faonner des outils, dcouvrait le feu puis le langage, jusqu' ce qu'enfin les hommes soient un beau jour devenus capables de dchiffrer leur propre matriel gntique et que l'un d'eux lise ce message. Cette &nbsp;manip&nbsp; finalement banale d'un chercheur dans son laboratoire montre bien la puissance, le degr d'intimit auquel arrive aujourd'hui la gntique, et l'tendue des espaces qu'elle nous permet d'apprhender. Ce n'est pas pour autant que nous comprenons rellement le fonctionnement de l'organisme ou mme du gnome, mais, tout de mme, il y a vraiment quelque chose de fabuleux dans cette connaissance nouvellement acquise </p> <p class="spip">( Seuil 2002)</p> 		 		 		</font> 		</td> 		</tr> 		</table> 		</center> 		 	<td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> 	<td width="200" valign="top"> 	 	 	 	<p><img src="PICS/mem_rub.gif" alt="DANS LA MEME RUBRIQUE" width="200" height="18" border="0"> 	<table cellpadding=2 cellspacing=0 border=0> 	<tr><td width=10>&nbsp;</td><td><font face="arial, helvetica,sans-serif" size="2"> 	 	<img src="puce.gif" border=0> <a href="article.php3?id_article=272">La guerre isralienne de l'information</a><br> 	 	<img src="puce.gif" border=0> <a href="article.php3?id_article=533">Les premires brches de la gauche plurielle&nbsp;: les bonnes feuilles de l'ouvrage d'Alain Lipietz, &nbsp;Refonder l'esprance&nbsp;</a><br> 	 	</font></td></tr></table><p> 	 	 	  	&nbsp; 	</td> 	<td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> 	</tr></table>	  </td>  </tr>    <tr width="753"> <td width="50"><a href="index.php3"></td> <td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> <td width="100" valign="bottom"></td> <td width="1" bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> </tr>    <tr> <td></td> <td colspan=4 bgcolor="#000000"><img src="PICS/point.gif" alt="" width="1" height="1" border="0"></td> </tr>      </table>   <br><br><br>  </body> </html> 
