<HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <TITLE>Commentaires /Anne-Genevi&egrave;ve Roger/Justine de Sainte-Ange /E.G.P.</TITLE> <style type="text/css"> <!-- a:hover {  color: #666666; text-decoration: underline} a:link {  color: #000000; text-decoration: none} a:visited {  color: #105b53;text-decoration: none} --> </style> <SCRIPT LANGUAGE="JavaScript"> <!--  function navigation() { fen = window.open ("","fiche","scrollbars=no,directories=no,top=180,left=700,width=150,height=192");if( self.focus ) fen.focus(); } // -->   </SCRIPT> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#ffffff"> <p> <center>   <a name="haut"></a><br>   <table width="551" border="0" cellspacing="0" cellpadding="0">     <tr>        <td width="650" bgcolor="#ffffff" valign="TOP">          <p>           <center>             <img src="../images/titre_archi.gif" width="367" height="94"       align="BOTTOM" border="0" naturalsizeflag="3">            </center>         </p>         <p>           <center>             &nbsp;           </center>       </td>     </tr>     <tr>        <td valign="TOP" align="CENTER" width="650">          <p align=LEFT>         <table border="0" cellspacing="2" cellpadding="0"       height="1">           <tr bgcolor="#336633">              <td width="550">                <table width="550" border="0"             cellspacing="2" cellpadding="0" height="21">                 <tr>                    <td width="70" bgcolor="#eeeeee" onMouseOut="javascript:this.style.background='#eeeeee'"                 onMouseOver="javascript:this.style.background='#FFFFCC'" align="CENTER"                 height="1"><font size="-1">&nbsp;<b><a href="../index.html">accueil</a></b></font></td>                   <td width="55" align="CENTER" bgcolor="#eeeeee" onMouseOut="javascript:this.style.background='#eeeeee'"                 onMouseOver="javascript:this.style.background='#FFFFCC'" height="1"><b><font                    size="-1"><a href="appel.html">appel</a></font></b></td>                   <td width="66" bgcolor="#eeeeee" onMouseOut="javascript:this.style.background='#eeeeee'"                 onMouseOver="javascript:this.style.background='#FFFFCC'" align="CENTER"                 height="1"><a href="themes.html">&nbsp;<b><font size="-1">th&egrave;mes</font></b></a></td>                   <td width="102" bgcolor="#eeeeee" onMouseOut="javascript:this.style.background='#eeeeee'"                 onMouseOver="javascript:this.style.background='#FFFFCC'" align="CENTER"                 height="1"><b><a href="textes.html">&nbsp;<font size="-1">contributions</font></a></b></td>                   <td width="62" bgcolor="#eeeeee" onMouseOut="javascript:this.style.background='#eeeeee'"                 onMouseOver="javascript:this.style.background='#FFFFCC'" align="CENTER"                 height="1"><b><font size="-1"><a href="lectures.html">lectures</a>&nbsp;</font></b></td>                   <td bgcolor="#ffffcc" onMouseOut="javascript:this.style.background='#ffffcc'"                 onMouseOver="javascript:this.style.background='#eeeeee'" align="CENTER"                 width="100" height="1"><b><font size="-1"><a href="comment.html">commentaires</a></font></b></td>                   <td bgcolor="#eeeeee" onMouseOut="javascript:this.style.background='#eeeeee'"                 onMouseOver="javascript:this.style.background='#FFFFCC'" align="CENTER"                 width="79" height="1"> <b><font size="-1"><a href="../search.html" target="fiche" onClick="navigation()">recherche</a></font></b><a href="file:///C%7C/WINDOWS/Bureau/Revue_EGP/archives"><font size="2">&nbsp;</font></a>                    </td>                 </tr>               </table>             </td>           </tr>         </table>       </td>     </tr>   </table> </center>    <p align="center">&nbsp;</p> <p align="center"><B><FONT SIZE="+1">DES ENFANTS TERRIBLES, DES &Eacute;TATS LIMITES    ET DES DANGERS<BR>   <BR>   DE LA PSYCHANALYSE APPLIQU&Eacute;E AUX PERSONNES ALIT&Eacute;ES MULTIPLES</FONT></B>  </p> <P><CENTER>   </CENTER></P>  <P>   <CENTER>     <p><B><FONT SIZE="+1">Anne-Genevi&egrave;ve ROGER / Justine de SAINTE-ANGE</FONT></B>      </p>     <p>&nbsp; </p>   </CENTER> <p></P>    <BLOCKQUOTE>    <blockquote>      <blockquote>        <div align="justify">       <I>Malgr&eacute; tous mes efforts pour essayer de contenir le ph&eacute;nom&egrave;ne,          la chose m'&eacute;chappe : quand j'&eacute;cris, ma mine par moments          se fend en deux et ma souris se d&eacute;double pour accoucher d'une vraie          petite peste. Son effronterie n'a d'&eacute;gale que ses r&eacute;parties          d&eacute;j&agrave; &eacute;tonnantes de f&eacute;rocit&eacute; pour une          fillette &agrave; peine pub&egrave;re.<BR>         L'arriv&eacute;e de cette insurg&eacute;e dans ma maison s'est d&eacute;roul&eacute;e          dans des circonstances insolites qui expliquent quelques-uns des traits          atypiques de ce cas de d&eacute;doublement de la personnalit&eacute;.          Je m'efforce depuis longtemps de rem&eacute;dier au probl&egrave;me, malheureusement          la petite ne s'exprime toujours pas comme il faut en soci&eacute;t&eacute;.          Merci &agrave; ceux qui passeront malgr&eacute; tout sur cet inconv&eacute;nient          pour entendre ce qu'elle dit parfois d'assez pertinent.</I> <p>- Avec tout ce que j'avais fait pour toi ces derniers temps, disait la          m&egrave;re, tu aurais quand m&ecirc;me pu m'accompagner &agrave; Paris          d&eacute;but juillet pour la session inaugurale des &Eacute;tats G&eacute;n&eacute;raux          de la Psychanalyse. <BR>         - Ah non ! Tu ne vas pas remettre ce vieux sujet sur le tapis ! disait          l'enfant.<BR>         L'an dernier, tu m'avais d&eacute;j&agrave; fait visiter Paris en long,          en large et en travers, et cet &eacute;t&eacute;, pour te rendre &agrave;          un congr&egrave;s soi-disant important se d&eacute;roulant au beau milieu          de la capitale, tu voulais encore me faire sacrifier quatre jours de vacances          ! <BR>         Pourtant, vu mon &acirc;ge et vu surtout ta cinquantaine approchante,          tu devrais avoir saisi depuis longtemps le c&ocirc;t&eacute; ridicule          de la situation qui consiste &agrave; vouloir me trimbaler partout derri&egrave;re          toi comme un petit chien. <BR>         Et, puisque tu as l'air d'avoir ce matin une forte envie d'installer un          climat agr&eacute;able entre nous, profites-en par la m&ecirc;me occasion          pour enregistrer une bonne fois pour toutes que la vue de Robert Sorbon          me donne de gros boutons. <BR>         Tu me sembles suffisamment avertie en mati&egrave;re de d&eacute;placements          pour ne pas t'&eacute;tonner outre mesure qu'une fille b&acirc;tie sur          mon mod&egrave;le puisse &eacute;prouver de temps &agrave; autre quelque          allergie vis-&agrave;-vis de l'Alma Mater. <BR>         Ce qui m'am&egrave;ne d'ailleurs &agrave; te demander ce que tu cherchais          au juste en insistant tellement pour m'embarquer &agrave; tes c&ocirc;t&eacute;s          dans la gal&egrave;re des E.G.P. <BR>         Tu d&eacute;sirais emb&ecirc;ter mon p&egrave;re en l'emp&ecirc;chant,          pendant ce temps-l&agrave;, de go&ucirc;ter en ma compagnie un repos bien          m&eacute;rit&eacute; ?<BR>         Tu voulais mettre une bonne ambiance au sein d'une famille divis&eacute;e          qu'on avait eu pourtant autant de mal &agrave; r&eacute;unir d&eacute;but          Juillet ? <BR>         Tu caressais le doux projet de me faire rencontrer ton avocat ? Le mien          en tout cas n'aurait pas eu grand mal &agrave; obtenir gain de cause en          plaidant la th&egrave;se du mauvais traitement. En effet, enfermer quatre          jours durant une enfant dans un local sans fen&ecirc;tre, sans se soucier          de ce qu'elle endure quand on oublie de lui servir r&eacute;guli&egrave;rement          &agrave; manger et &agrave; boire et qu'on la soumet pendant tout ce temps          &agrave; un encha&icirc;nement de discours savants, est une conduite dont          il est facile de soutenir qu'elle atteste la pr&eacute;sence d'un fond          de cruaut&eacute; malveillante. <BR>         Mais en r&eacute;alit&eacute; je te soup&ccedil;onne plut&ocirc;t d'avoir          tent&eacute; d'utiliser ces assises pour essayer de me rallier &agrave;          l'int&eacute;r&ecirc;t de la position allong&eacute;e. En me faisant c&ocirc;toyer          un tel vivier de psychanalystes, tu esp&eacute;rais sans doute me faire          d&eacute;couvrir insidieusement le ou la th&eacute;rapeute capable de          me calmer et de me faire prochainement rentrer dans le rang.<BR>         Eh bien, figure-toi que la man&#156;uvre a &eacute;chou&eacute;. Je me          suis d&eacute;fil&eacute;e aussi avec l'id&eacute;e que suivre l'int&eacute;gralit&eacute;          du marathon de vos d&eacute;bats risquait de m'exposer &agrave; attraper          le bacille du divan.<BR>         Certes la plupart de ceux que vous contaminez survivent, mais dans quel          &eacute;tat ! On les retrouve ensuite &eacute;ternellement couch&eacute;s          ou d&eacute;ambulant en &eacute;tat de manque aux abords des cabinets          avec une mine qui traduit bien le caract&egrave;re souvent interminable          de leur tourment. <BR>         Depuis que ce probl&egrave;me existe, je trouve d'ailleurs pour le moins          &eacute;trange que la communaut&eacute; analytique ne se soit pas souci&eacute;e          d'investir des fonds dans la recherche d'un vaccin capable d'immuniser          au moins vos familles et vos amis contre les ravages d'une possible contagion          par le V.I.H dont vous &ecirc;tes tous porteurs. <BR>         - Le V.I.H. mais voyons Anne-Justine, arr&ecirc;te ! Mon sang coule dans          tes veines et ce que tu insinues est l'horreur &agrave; l'&eacute;tat          pur. Tu n'imagines m&ecirc;me pas &agrave; quel point j'ai honte de ce          qui vient de sortir de ta bouche. Respecte, veux-tu, les sida&iuml;ques          quant aux psychanalystes, figure-toi qu'ils auront forc&eacute;ment leur          opinion sur ce qui peut te pousser &agrave; prononcer ce genre d'insanit&eacute;.          <BR>         - Oh Maman, inutile de monter sur tes grands chevaux. Personnellement          je n'ai jamais parl&eacute; de la psychanalyse en termes de peste, de          chol&eacute;ra ou d'autre &eacute;pid&eacute;mie au sens o&ugrave; il          a pu arriver &agrave; Lacan, &agrave; Freud, &agrave; toi et &agrave;          quelques autres d'avoir recours &agrave; ce genre d'images. Je n'ai m&ecirc;me          pas cherch&eacute; &agrave; sugg&eacute;rer qu'il puisse y avoir quelque          chose de sexuel et de pas tr&egrave;s net dans la fa&ccedil;on dont vous          vous transmettez la chose freudienne.<BR>         Vois-tu, j'ai remarqu&eacute; que tu interpr&egrave;tes souvent de travers          et ce probl&egrave;me, &agrave; mon avis, a trait &agrave; ta difficult&eacute;          &agrave; assimiler le fait que le langage change de sens au fil des ans          ainsi qu'&agrave; ta tendance r&eacute;currente &agrave; oublier que tout          le monde n'appartient pas &agrave; la m&ecirc;me g&eacute;n&eacute;ration.<BR>         Il faut te faire &agrave; cette id&eacute;e, maman ch&eacute;rie, : le          V.I.H. se ballade aujourd'hui librement dans la plupart des cours de r&eacute;cr&eacute;ation          et ce d'autant plus facilement que ces initiales sont devenues entre nous          une fa&ccedil;on banale pour &eacute;voquer une prise de t&ecirc;te. <BR>         &quot;Very Important Headache&quot; est un exemple de d&eacute;tournement          de fonds culturel au go&ucirc;t douteux, une d&eacute;rision langagi&egrave;re          perp&eacute;tr&eacute;e au quotidien par des mineurs qui ne respectent          plus grand-chose.<BR>         Oui, certes, mais tu ne vas quand m&ecirc;me pas mettre derri&egrave;re          les barreaux tous les ados qui ne se soumettent pas aux m&ecirc;mes conventions          verbales que toi ! Et puis votre monde d'adultes, de gens bien m&ucirc;rs          et vaccin&eacute;s, es-tu bien s&ucirc;re qu'il m&eacute;rite tellement          le respect ? Quand au milieu des analystes, j'ai quelque mal &agrave;          concevoir qu'il soit meilleur que le reste de la soci&eacute;t&eacute;.<BR>         L'explosion de la facture t&eacute;l&eacute;phonique t'a renseign&eacute;          l'hiver dernier sur mon attirance nouvelle pour le surf, donc tu te doutes          que tes favoris n'ont plus gu&egrave;re de secrets pour moi. En consultant          le site des &Eacute;tats G&eacute;n&eacute;raux, je voulais conna&icirc;tre          un peu mieux ton univers et j'esp&eacute;rais accessoirement &ecirc;tre          &agrave; m&ecirc;me d'impressionner les copains et les copines en les          entretenant, autour d'un verre, des enjeux majeurs de la psychanalyse          au vingt-et-uni&egrave;me si&egrave;cle. <BR>         D&eacute;sol&eacute;e de te l'avouer, mais d'un autre c&ocirc;t&eacute;,          tu m'as fait promettre de te dire tout ce qui me passe par la t&ecirc;te          sans exercer la moindre censure : eh bien, pas tous les textes, m&ecirc;me          parmi la t&ecirc;te de liste de ton hit-parade, m'ont paru int&eacute;ressants          et V.I.H. a &eacute;t&eacute; une des formules que je reconnais avoir          utilis&eacute;e &agrave; propos de certains expos&eacute;s. <BR>         J'accepte pourtant sans trop de r&eacute;serve le principe capital suivant          lequel une adolescente attard&eacute;e comme moi, tout juste n&eacute;e          de la derni&egrave;re pluie et pouvant &agrave; peine justifier de treize          ans d'existence sur cette plan&egrave;te, ne saurait comprendre grand-chose          &agrave; une science centenaire qui pr&eacute;tend quant &agrave; elle          avoir tout compris au sujet des nourrissons savants et autres rejetons          pervers cens&eacute;s constituer le lot commun des enfants ordinaires.<BR>         Donc, m&ecirc;me si j'avais pris contre toute attente, au dernier moment          pour te faire plaisir la d&eacute;cision de d&eacute;barquer comme une          fleur au beau milieu de votre m&ecirc;l&eacute;e, je ne suis pas certaine          qu'on m'aurait laiss&eacute; entrer (j'ai rarement trois mille balles          d'argent de poche sur moi), ni que ma pr&eacute;sence aurait &eacute;t&eacute;          en fin de compte une bonne chose pour toi.</p>       <p>&Eacute;tant donn&eacute; que le programme annon&ccedil;ait une r&eacute;union          de l'ensemble du peuple des analystes dans un esprit d'ouverture d&eacute;mocratique,          j'aurais commenc&eacute; par commettre la b&eacute;vue de croire qu'on          n'allait pas se soucier uniquement du sort des privil&eacute;gi&eacute;s.          <BR>         Si j'avais trouv&eacute; &agrave; occuper un si&egrave;ge dans le grand          amphi de la Sorbonne, je me serais montr&eacute;e telle que je suis, spontan&eacute;e,          avide de mettre mon grain de sel partout, incapable surtout de ne pas          plaisanter face au spectacle tragi-comique se d&eacute;roulant devant          mes yeux : un tiers-&eacute;tat analytique, th&eacute;oriquement pour          une fois convoqu&eacute; en s&eacute;ance et pourtant aussit&ocirc;t d&eacute;guis&eacute;          en arl&eacute;sienne parce qu'initialement &eacute;cart&eacute; du comit&eacute;          d'organisation, subs&eacute;quemment &eacute;vinc&eacute; du podium et          enfin subtilement &eacute;loign&eacute; de la salle par la taxe d'entr&eacute;e.<BR>         Mes grognements, mes mimiques effront&eacute;es et mes fous rires incontr&ocirc;l&eacute;s          auraient eu vite fait de te d&eacute;plaire comme de d&eacute;ranger une          Assembl&eacute;e Internationale partie pour se comporter de fa&ccedil;on          presque aussi s&eacute;rieuse que la Nationale. <BR>         Sensible &agrave; Shakespeare et estimant sans doute qu'en dehors de Prospero          et de quelques autres venus d'Am&eacute;rique Latine pour soutenir leur          amie ou capables comme cette femme d'&eacute;voquer le camp damn&eacute;          de ses jeunes ann&eacute;es, on faisait dans l'amphi souvent beaucoup          de bruit pour rien, j'aurais &eacute;t&eacute; tent&eacute;e de me comporter          en m&eacute;g&egrave;re mal apprivois&eacute;e, histoire de souligner          qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume freudien.<BR>         M'installant tour &agrave; tour dans le r&ocirc;le de la tribune r&eacute;volutionnaire,          de l'Apache fra&icirc;chement sortie de sa tribu ou de l'&eacute;coli&egrave;re          &eacute;cervel&eacute;e et parfaitement immature, j'aurais tr&egrave;s          bien pu me montrer assez folle pour monter sans permission sur l'estrade          afin d'y parler des anonymes, des gagne-petit, des t&acirc;cherons de          l'analyse et de tous ces gens en formation que vos &Eacute;tats dits g&eacute;n&eacute;raux          semblent bien partis pour refouler.<BR>         Et j'aurais d&eacute;ball&eacute; en trublion fac&eacute;tieux et factieux          une foule d'id&eacute;es baroques, certaines vraiment audacieuses et d'autres          authentiquement r&eacute;volutionnaires qui auraient suscit&eacute; la          lev&eacute;e en masse automatique et imm&eacute;diate de solides d&eacute;fenses          immunitaires. <BR>         Pire encore, pas diplomate pour un sou, j'aurais m&ecirc;me pu avoir la          b&ecirc;tise d'indisposer l'assembl&eacute;e en allant jusqu'&agrave;          questionner son attachement au maintien d'une bienveillante tol&eacute;rance          pour la circulation de l'argent noir. Le type m&ecirc;me de sujet sur          lequel on est pri&eacute; de fermer les yeux.<BR>         Tes fr&egrave;res, tes pairs, tes s&#156;urs et tes m&egrave;res &eacute;taient          venus des quatre coins du monde pour se r&eacute;former mais tout de m&ecirc;me          pas pour que cela risque de devenir une histoire vraie !</p>       <p>Cela &eacute;tant, je ne sais si les analystes ont toujours le temps          de s'informer correctement des changements intervenus dans la soci&eacute;t&eacute;          depuis la mort de Freud et du Mar&eacute;chal P&eacute;tain. En tout cas          il ne me para&icirc;t pas superflu de te rappeler que nous ne sommes plus          &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; les jeunes, les indigents, les malades          et tous les insatisfaits en g&eacute;n&eacute;ral sont cens&eacute;s s'estimer          heureux quand des sommit&eacute;s veulent bien condescendre &agrave; se          pencher, du haut d'une estrade, sur leur cas.<BR>         Donc, d'ici votre prochaine r&eacute;union, m'est avis que toi et tes          amis feriez bien de prendre en consid&eacute;ration le fait que les &eacute;tudiants,          les nouveaux arrivants et le tout venant qui constituent quand m&ecirc;me          une bonne partie de votre lignage puissent aspirer &agrave; parler &agrave;          table.<BR>         D'autant que rien ne garantit que cela ferait automatiquement baisser          le niveau de la conversation.<BR>         Je crois m&ecirc;me me souvenir de t'avoir d&eacute;j&agrave; entendu          argumenter que les soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;mocratiques devraient          encourager les enfants &agrave; s'exprimer plus souvent en public parce          que ces derniers ont &agrave; la fois l'art d'oser poser les bonnes questions          et l'ardeur n&eacute;cessaire pour ensuite emp&ecirc;cher les adultes          de noyer le poisson. Analystes ou non, consciemment ou non, j'ai remarqu&eacute;          que les adultes sont d'ordinaire &eacute;patants pour soulever les li&egrave;vres,          pour tirer sur les pigeons et pour finir en c&#156;ur par noyer le poisson.          <BR>         De toute fa&ccedil;on, les grandes personnes sont impossibles. On a beau          faire mille efforts pour se plier &agrave; leurs requ&ecirc;tes et pour          r&eacute;pondre, b&ecirc;te et disciplin&eacute;, &agrave; leurs appels,          on peut &ecirc;tre s&ucirc;r qu'en dernier ressort, elles trouveront toujours          une raison pour n'&ecirc;tre pas contentes !</p>       <p>Remarque, ma venue t'aurait forc&eacute;ment embarrass&eacute;e puisque          vu mon style, ton pass&eacute; et ta position actuelle, une partie de          tes proches aurait peut-&ecirc;tre soup&ccedil;onn&eacute; entre nous          moins un conflit mal r&eacute;solu qu'une connivence secr&egrave;te. <BR>         Et, comme dans une assembl&eacute;e de psychanalystes, on trouve toujours          des gens suffisamment physionomistes, astucieux et bavards pour faire          circuler, par voies de recoupements, des hypoth&egrave;ses de filiation,          ma pr&eacute;sence &eacute;ventuelle aurait tr&egrave;s bien pu te flanquer          &agrave; jamais une r&eacute;putation infernale.<BR>         Quelques-uns se seraient amus&eacute;s de la situation mais d'autres,          inquiets par la tournure que pourraient prendre &agrave; l'avenir les          E.G.P. au cas o&ugrave; m&ecirc;me la voix des enfants pervers finirait          par s'y faire entendre, auraient au contraire d&eacute;plor&eacute; en          mes interventions la digne preuve des ravages d'une &eacute;ducation par          trop lib&eacute;rale. <BR>         Quoi qu'il en soit, sur ce coup-l&agrave;, il t'aurait &eacute;t&eacute;          aussi impossible de me renier que d'assumer en plein jour notre lien de          parent&eacute;.<BR>         &Agrave; la sortie, tu m'aurais fait le reproche de n'avoir pas su me          tenir correctement en public, ce &agrave; quoi je t'aurais r&eacute;pondu          que militer contre les injustices, se battre pour abattre toute une s&eacute;rie          de cloisons f&acirc;cheuses et lutter contre les b&ecirc;tises ass&eacute;n&eacute;es          en position d'autorit&eacute; fait depuis longtemps partie de ton &eacute;ducation          et de ma conception du devoir civique. <BR>         R&eacute;sultat de l'op&eacute;ration : pour n'avoir pas la m&ecirc;me          analyse de la situation, ni le m&ecirc;me sens du respect &agrave; donner          au cadre, le risque aurait &eacute;t&eacute; qu'on trouve le moyen de          se f&acirc;cher publiquement et pour longtemps. <BR>         Je ne tenais pas &agrave; me brouiller avec toi pour des broutilles de          la sorte.<BR>         De toute fa&ccedil;on, &agrave; mon &acirc;ge, la Facult&eacute; d&eacute;conseille          formellement la fr&eacute;quentation des gourous, des savants fous et          autres individus &eacute;rudits r&eacute;guli&egrave;rement atteints par          le virus des congr&egrave;s. <BR>         Tu t'&eacute;tais inscrite &agrave; ces &Eacute;tats G&eacute;n&eacute;raux          parce que ta na&iuml;vet&eacute; est telle que tu crois encore en la vertu          du dialogue et que tu imagines qu'il existe des discussions susceptibles          de changer le cours des choses mais, conviens malgr&eacute; tout que de          l'allocution d'ouverture au bal d&eacute;guis&eacute; chez Ledoyen, il          n'y avait rien dans cette grand-messe qui soit vraiment con&ccedil;u pour          moi. Plut&ocirc;t que de participer &agrave; votre mascarade pseudo d&eacute;mocratique,          j'&eacute;tais beaucoup mieux pendant ce temps l&agrave; &agrave; m'amuser          avec papa &agrave; Dysneyland.<BR>         - C'est ton point de vue, mais personnellement je regrette malgr&eacute;          tout que tu aies donn&eacute; la priorit&eacute; cet &eacute;t&eacute;          uniquement &agrave; la distraction. Remarque, tu as le droit de faire          de la r&eacute;sistance &agrave; la psychanalyse. De toute fa&ccedil;on,          vu ce que tu es et ce que sont nos liens, je crains fort que d'ici quelques          ann&eacute;es tu rejoignes le camp des partisans du divan. <BR>         Ma conception de ce qui peut faire ta libert&eacute; consiste &agrave;          pouvoir assumer autant le fait que tu te d&eacute;tournes de l'analyse          que l'id&eacute;e que tu puisses vouloir un jour prochain circuler &agrave;          tes risques et p&eacute;rils dans la jungle de l'attraction freudienne.          Simplement je pr&eacute;f&egrave;re t'avertir : m&ecirc;me si certains          essayent de le modifier, ce monde n'a rien d'accueillant et p&eacute;n&eacute;trer          sans permission sur le territoire de certaines chasses gard&eacute;es          est une d&eacute;marche aventureuse. <BR>         Dans le parc o&ugrave; ta m&egrave;re &eacute;volue, des vautours planent          et des tigres sont aux aguets, fort occup&eacute;s &agrave; d&eacute;fendre          leur r&eacute;serve alimentaire. Qui ne fait pas attention o&ugrave; il          s'allonge pour faire la sieste n'est pas forc&eacute;ment en s&eacute;curit&eacute;.          D'une mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, garde-toi des charlatans          qui proposent des traitements b&acirc;cl&eacute;s &agrave; la six-quatre-deux          mais m&eacute;fie-toi &eacute;galement des int&eacute;gristes adeptes          de la secte des Gardiens du Temple du Soleil Freudien. Le risque extr&ecirc;me          est de finir lobotomis&eacute; si tu tombes du c&ocirc;t&eacute; de Rio          sur un instructeur rest&eacute; fid&egrave;le aux m&eacute;thodes brevet&eacute;es          au bon vieux temps de l'Institut Goering. Sans aller jusque-l&agrave;,          j'ai remarqu&eacute; que chez certains accoucheurs parisiens encore partisans          de r&eacute;server l'analyse aux seuls gens form&eacute;s au sein d'Instituts          M&eacute;dicaux L&eacute;gaux, la ma&icirc;trise de la distinction entre          le symbolique et le r&eacute;el n'est pas toujours parfaitement assur&eacute;e          et l'imagination pas syst&eacute;matiquement au pouvoir. <BR>         Heureusement, dans l'enceinte de la grande famille freudienne, on croise          &eacute;galement des orthodoxes d&eacute;sireux de ne pas &eacute;touffer          les scandales de leur maison-m&egrave;re, des infirmi&egrave;res z&eacute;l&eacute;es,          des zoulous courageux, des praticiens consciencieux, des personnages en          qu&ecirc;te d'histoire, des auteurs en mal de sujets, des visionnaires          illumin&eacute;s, des po&egrave;tes de toutes ob&eacute;diences, occasionnellement          des gens vraiment charmants, parfois de dr&ocirc;les d'originaux, quelques          authentiques sages et d'anciens pionniers capables de vous offrir leurs          bons conseils. <BR>         Les vieux sorciers savent, eux, o&ugrave; sont les pi&egrave;ges mortels.          Comme tu aimes les terrains glissants, ce sont des primitifs de l'esp&egrave;ce          d'Emilio, l'archer &agrave; la fl&egrave;che unique, que tu aurais int&eacute;r&ecirc;t          &agrave; fr&eacute;quenter au cas o&ugrave; j'aurais raison de t'imaginer          capable d'all&eacute;ger tes valises pour poursuivre le chemin. <BR>         Ta croissance n'est pas termin&eacute;e. Si les petits cochons ne te mangent          pas, on finira sans doute par tirer quelque chose de toi. Mais l&acirc;che          un peu cette insolence. O&ugrave; alors ne viens pas te plaindre, car          tant que tu te comporteras comme une zouave, n'esp&egrave;re pas autre          chose que de faire effectivement partie de ces b&acirc;tards qu'on assume          dans certaines circonstances mais que l'on s'efforce prudemment de dissimuler          dans d'autres.</div>       <p>&nbsp;</p>     </blockquote>             </blockquote> </BLOCKQUOTE>  <center>   <table border="0" cellspacing="1" cellpadding="0"  width="500">     <tr bgcolor="#336633">        <td height="25">          <table border="0" cellspacing="2"       cellpadding="0" height="12" width="100%">           <tr>              <td bgcolor="#ffffff" align="CENTER" height="19" width="79"><a             href="javascript:history.go(-1)"><img src="../images/pagep.gif" width="65"             height="12" naturalsizeflag="3" align="BOTTOM" border="0"></a></td>             <td bgcolor="#eeeeee" align="CENTER" width="331" height="19"><b><font              size="-2">&nbsp;</font><font color="#666666" size="2">&copy; &nbsp;</font><font color="#666666" size="2" face="Arial">Les                Etats G&eacute;n&eacute;raux de la Psychanalyse - 2001 -</font></b></td>             <td width="79" bgcolor="#ffffff" align="CENTER" height="19"><img src="../images/hpage.gif" width="65" height="12" border="0" naturalsizeflag="3" align="BOTTOM" ismap              usemap="#haut">               <map             name="haut">                  <area shape="rect" coords="1,0,64,11" href="#haut">               </map>             </td>           </tr>         </table>       </td>     </tr>   </table>   </center>  <P>&nbsp; </BODY> </HTML> 
