<HTML> <HEAD> <META HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <META NAME="Generator" CONTENT="Microsoft Word 97"> <TITLE>Pour le malheur de leurs peuples : Calamit 1 . Ange-Flix Patass</TITLE> <META NAME="Template" CONTENT="C:\PROGRAM FILES\MICROSOFT OFFICE\OFFICE\html.dot"> </HEAD> <BODY TEXT="#000000" LINK="#0000ff" VLINK="#800080" BGCOLOR="#ffffff">  <B><FONT FACE="Tahoma" SIZE=4 COLOR="#000080"><P ALIGN="CENTER"><A NAME="MalheurspeuplesLAA8">Pour le malheur de leurs peuples : Calamit&eacute; 1 . Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;</A></P> </FONT><FONT SIZE=1><P ALIGN="CENTER">(<I>L'Autre Afrique N8, 14-20 novembre 2001, pp 8-12</I>)</P> </B></FONT><P><HR></P> <FONT SIZE=5 COLOR="#ff0000"><P ALIGN="CENTER">Pour le malheur de leurs peuples</P> </FONT><B><P>Cela <FONT FACE="Arial,Helvetica" SIZE=2>faisait d&eacute;j&agrave; quelques semaines que l'on n'avait pas entendu de coups de feu &agrave; Bangui. Situation anormale, surtout sous le r&eacute;gime du "pr&eacute;sident d&eacute;mocratiquement &eacute;lu" Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;. Il a donc fallu remettre un peu d'ambiance. Le pr&eacute;sident &agrave; la barbe g&eacute;n&eacute;reuse et aux coquets noeuds papillon, expert en d&eacute;clenchement de mutineries et autres gr&egrave;ves, a donc, le 2 novembre, sorti quelques-uns des explosifs qu'il tient en permanence en r&eacute;serve dans son tiroir. Et les Banguissois ont eu droit &agrave; un joli petit feu d'artifice. En s'en prenant &agrave; son vieil ami Fran&ccedil;ois Bozize, Patass&eacute; a de nouveau sem&eacute; la panique dans Bangui, ville meurtrie. Pour le peuple centrafricain, si peu g&acirc;t&eacute; en mati&egrave;re de dirigeants politiques depuis la disparition de Barth&eacute;l&eacute;my Boganda, le calvaire continue. La d&eacute;mocratie, telle que la con&ccedil;oit le pr&eacute;sident Patass&eacute;, n'a, pour le moment, apport&eacute; que destruction et d&eacute;solation &agrave; la R&eacute;publique centrafricaine. <BR> A Conakry, capitale de la Guin&eacute;e que dirige le g&eacute;n&eacute;ral Lansana Cont&eacute; depuis dix-sept ans, les jeux sont faits : rien n'a pu emp&ecirc;cher la tenue du r&eacute;f&eacute;rendum constitutionnel dont avait besoin le g&eacute;n&eacute;ral pour continuer &agrave; faire le bonheur de son peuple. Ici aussi, on peut difficilement dire que ce peuple peut se r&eacute;jouir de ses responsables politiques. En Centrafrique comme en Guin&eacute;e, les populations sont litt&eacute;ralement prises en otage par un pouvoir politique &eacute;go&iuml;ste, par des clans pour qui le seul moyen de perdurer est de ne reculer devant rien. Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; est la premi&egrave;re de ces calamit&eacute;s, &agrave; Bangui, et Lansana Cont&eacute;, &agrave; Conakry, la deuxi&egrave;me.</P> </FONT><FONT SIZE=5 COLOR="#ff0000"><P ALIGN="CENTER">Calamit&eacute; 1</P> </FONT><FONT SIZE=4 COLOR="#000080"><P ALIGN="CENTER">Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;.</FONT><FONT SIZE=4> </FONT><FONT SIZE=4 COLOR="#000080">Un probl&egrave;me centrafricain</P> </B></FONT><FONT FACE="Arial,Helvetica"><P>Avec la nouvelle temp&ecirc;te que vient de traverser son pays, Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;, au pouvoir depuis 1993, fait une nouvelle fois la d&eacute;monstration de son incapacit&eacute; &agrave; surmonter les difficult&eacute;s auxquelles il est sans cesse confront&eacute;, et dont on a peine &agrave; croire qu'il n'est pas le premier responsable. Mutineries, revendications sociales, tentatives de putsch... Ces crises &agrave; r&eacute;p&eacute;tition accentuent le ras-le-bol des Centrafricains. <BR> Cet homme au parcours tortueux leur semble &ecirc;tre le v&eacute;ritable probl&egrave;me de leur pays. </P> </FONT><P>Cinq mois apr&egrave;s la tentative de putsch du 28 mai, attribu&eacute;e &agrave; l'ancien pr&eacute;sident Andr&eacute; Kolingba, aujourd'hui en fuite, et la r&eacute;pression sanglante dont les membres de son ethnie, les Yakoma, ont &eacute;t&eacute; les victimes, la R&eacute;publique centrafricaine est loin d'avoir retrouv&eacute; la paix et la stabilit&eacute;. Les derniers &eacute;v&eacute;nements en date en sont une parfaite illustration. Tout a commenc&eacute;, le 2 novembre, avec le mandat d'amener lanc&eacute; contre le g&eacute;n&eacute;ral Fran&ccedil;ois Boziz&eacute;, ancien chef d'&eacute;tat-major de l'arm&eacute;e, limog&eacute; parce que soup&ccedil;onn&eacute; d'avoir tremp&eacute; dans le complot ourdi par Kolingba et ses amis. Mais Bozize, pourtant proche, avant sa disgr&acirc;ce, du pr&eacute;sident Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;, craint pour sa s&eacute;curit&eacute;, para&icirc;t-il, et refuse de r&eacute;pondre &agrave; la convocation si aucune garantie ne lui est donn&eacute;e. Des &eacute;changes de tirs ont lieu entre sa garde personnelle et les soldats de l'arm&eacute;e r&eacute;guli&egrave;re venus le chercher.<B> <BR> </B>Entre-temps, pour calmer les esprits, le g&eacute;n&eacute;ral Lamine Ciss&eacute;, repr&eacute;sentant du secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de l'Organisation des Nations unies (Onu). en Centrafrique, tente une m&eacute;diation entre les autorit&eacute;s centrafricaines et le g&eacute;n&eacute;ral Boziz&eacute;. Elle &eacute;choue. Le 6 novembre, le g&eacute;n&eacute;ral Boziz&eacute;, dont la r&eacute;sidence est prise d'as- saut, parvient &agrave; quitter Bangui en direction du Nord, sa r&eacute;gion d'origine. Deux jours plus tard, il franchit la fronti&egrave;re et se rend &agrave; l'arm&eacute;e tchadienne. Si, apr&egrave;s toutes ces tensions, le calme est revenu dans la capitale, rien n'est pourtant r&eacute;gl&eacute;. Le pouvoir d'Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; est plus que jamais chancelant. Dans son camp, certains n'h&eacute;sitent pas &agrave; dire : <I>"C'est trop tard, il ne peut plus rien faire maintenant. Il n'a plus l'autorit&eacute; n&eacute;cessaire pour gouverner ce pays."</I> <B><BR> </B>Pourtant, &agrave; 64 ans, Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; n'est pas un novice. C'est m&ecirc;me l'un des vieux routiers de la sc&egrave;ne politique centrafricaine. Dipl&ocirc;m&eacute; en agronomie, il a commenc&eacute; son ascension comme ministre du D&eacute;veloppement dans le premier gouvernement form&eacute;, en janvier 1966, par le nouveau ma&icirc;tre de Bangui, le colonel Jean Bedel Bokassa, tombeur, dans 1a nuit de la Saint-Sylvestre, de David Dacko. Au bout de treize ans, il acc&egrave;de &agrave; la primature, qu'il occupe de 1976 &agrave; 1978. Comme tous les Centrafricains, il subit, la t&ecirc;te basse, les outrances de Bokassa, et se montre obs&eacute;quieux. C'est lui qui, Premier ministre, est charg&eacute; d'entonner devant le chef de l'Etat le fameux "Happy, Birthday", &agrave; l'occasion de l'anniversaire de Catherine, la future imp&eacute;ratrice. Et puis, lorsque, en 1976, contre un gros ch&egrave;que du colonel Kadhafi, Bokassa se convertit &agrave; l'islam, Patass&eacute; suit son patron dans ses errements et se choisit un pr&eacute;nom : Mustapha. Mais cette conversion, comme celle de Bokassa d'ailleurs, ne durera que l'espace d'un matin. <B><BR> </B>En 1977, Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;, en sa qualit&eacute; de chef du gouvernement, a le privil&egrave;ge d'organiser les c&eacute;r&eacute;monies du sacre de celui qui a d&eacute;cid&eacute; de transformer la Centrafrique en empire. Emport&eacute; par le z&egrave;le, il n'h&eacute;site pas &agrave; dire que le couronnement de Bokassa <I>"figurera en bonne place parmi les grands &eacute;v&eacute;nements du XXe si&egrave;cle"</I>. A cet effet, il travaille &eacute;troitement avec David Dacko, devenu conseiller de Bokassa, avec rang de ministre. Dacko se rend &agrave; Paris, o&ugrave; il commande les objets du sacre &agrave; une entreprise parisienne, l'Internationale de courtage (ICC). Paris, lass&eacute; par la politique &eacute;trang&egrave;re de Bokassa, et. notamment par ses fr&eacute;quentations libyennes qui menacent la pr&eacute;sence fran&ccedil;aise au Tchad, choisit d'acc&eacute;der &agrave; toutes les demandes du "num&eacute;ro un" centrafricain. <B><BR> </B>Pour le chef de l'Etat fran&ccedil;ais, Val&eacute;ry Giscard d'Estaing, si Bokassa est empereur, il sera plus facile &agrave; neutraliser n'aura qu'un titre honorifique, alors que le vrai pouvoir sera d&eacute;tenu par quelqu'un d'autre. Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;, par exemple. Le couronnement a lieu. L'empereur s'installe &agrave; Berengo, laissant Bangui &agrave; son Premier ministre. En r&eacute;alit&eacute;, Patass&eacute; n'a que le pouvoir d'accueillir les h&ocirc;tes de marque pour les accompagner &agrave; Berengo. Mais s'attend-il &agrave; voir le vent tourner en sa faveur Certainement. </P> <B><FONT COLOR="#000080"><P>L'appel du 7 juin</FONT><BR> </B>L'empereur, qui a plus d'un tour dans son sac, demande &agrave; son Premier ministre, malade, d'aller se faire soigner en France. C'est &agrave; Paris qu'Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; apprend, en juillet 1978, son limogeage et son remplacement par Henri Ma&iuml;dou. L'homme accuse le coup. Curieusement, il ne d&eacute;cide pas, sur-le-champ, de rompre avec Bokassa. Il va attendre onze mois avant de se d&eacute;terminer. Le 7 juin 1979, au cours d'une conf&eacute;rence de presse, &agrave; Paris, il d&eacute;clare: <I>"Peuple centrafricain, tiens-toi pr&ecirc;t pour mettre rapidement hors d'&eacute;tat de nuire davantage Bokassa {sic), celui qui est devenu ton bourreau."</I> Et il annonce la formation imminente d'un comit&eacute; d'union nationale. Pourquoi ce changement radical ? Opportuniste, Patass&eacute; sait que les jours de Bokassa, impliqu&eacute; personnellement dans l'affaire du massacre des &eacute;l&egrave;ves et &eacute;tudiants &agrave; la prison de Ngaragba, sont compt&eacute;s. <B><BR> </B>Ambitieux, Patass&eacute; se positionne d&eacute;j&agrave; comme le successeur de l'empereur, &agrave; Villiers-sur-Marne, pr&egrave;s de Paris. Il y a l'habitude de parler politique avec le premier noyau de ses partisans. <I>"Il &eacute;tait serein, esp&eacute;rant devenir un jour pr&eacute;sident"</I> confie l'un d'eux.</P> <B><FONT COLOR="#000080"><P>Communiste ?</B></FONT> <B><BR> </B>Pendant ce temps, la situation en Centrafrique pr&eacute;occupe Giscard d'Estaing. Une intervention militaire est d&eacute;cid&eacute;e au cours d'une r&eacute;union sp&eacute;ciale pr&eacute;sid&eacute;e par le chef de l'Etat lui-m&ecirc;me et &agrave; laquelle participent notamment le ministre de la D&eacute;fense, Yvon Bourges, le ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res, Jean Fran&ccedil;ois-Poncet, le g&eacute;n&eacute;ral Guy M&eacute;ry, commandant en chef de l'arm&eacute;e, Alexandre de Marenches, patron des services secrets, et l'ambassadeur de France &agrave; Bangui, Robert Picquet. Le principe de l'op&eacute;ration Barracuda, qui va mettre un terme au r&egrave;gne de Bokassa 1er, est arr&ecirc;t&eacute;. Une question demeure cependant: une fois l'empereur renvers&eacute;, qui donc lui succ&eacute;dera ? Abel Goumba, l'ancien dauphin malheureux de Barth&eacute;lemy Boganda, p&egrave;re de l'Ind&eacute;pendance ? Non seulement, il n'est pas suffisamment connu en Centrafrique, mais encore on le soup&ccedil;onne d'&ecirc;tre communiste. Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; ? On le dit ancien membre du Parti communiste oubanguien, tr&egrave;s marqu&eacute; &agrave; gauche, <I>"pas digne de confiance"</I>, car <I>"trop nationaliste"</I>. Les Fran&ccedil;ais lui reprochent surtout d'avoir, &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; il &eacute;tait ministre, accord&eacute; l'exploitation de la mine d'uranium de Bakouma &agrave; un groupe suisse. D'autres noms sont &eacute;voqu&eacute;s : Henri Ma&iuml;dou et David Dacko. Finalement, c'est Dacko, aur&eacute;ol&eacute; du prestige d'avoir &eacute;t&eacute; &eacute;lu pr&eacute;sident - il &eacute;tait le seul candidat du parti unique - qui est choisi, contre sa volont&eacute;, par la France. Le 20 septembre 1979, il d&eacute;barque &agrave; Bangui, &agrave; bord d'un avion fran&ccedil;ais, et r&eacute;cup&egrave;re le pouvoir. La R&eacute;publique est restaur&eacute;e.<B> <BR> </B>Le choix de la France rend furieux Ange-F&eacute;lix Patass&eacute;. Il se sent trahi et d&eacute;cide de rentrer en Centrafrique pour en d&eacute;coudre avec Dacko, dont il refuse de reconna&icirc;tre la qualit&eacute; de chef de l'Etat. Le 26 septembre 1979, alors qu'il s'appr&ecirc;te &agrave; prendre &agrave; l'a&eacute;roport de Roissy un vol en partance pour Bangui, il est refoul&eacute; par la police des fronti&egrave;res. Motif : son passeport porte la mention Empire centrafricain, un pays qui n'existe plus. On lui reproche aussi d'avoir sur lui deux pistolets. Le lendemain, libre de ses mouvements, Patass&eacute; se r&eacute;fugie &agrave; l'ambassade de Libye o&ugrave; il sollicite et obtient l'asile politique. Vingt-quatre heures plus tard, il arrive &agrave; Tripoli. C'est l&agrave; qu'il annonce son programme d'action: instauration du socialisme en Centrafrique, boom &eacute;conomique gr&acirc;ce &agrave; l'aide libyenne, coop&eacute;ration avec les Fran&ccedil;ais non-colonialistes... Il appelle &eacute;galement les Centrafricains &agrave; se soulever contre Dacko et ses protecteurs fran&ccedil;ais. Mais il ne s'arr&ecirc;te pas l&agrave; : il demande l'extermination des Ngbaka (l'ethnie de Bokassa), coupables d'avoir soutenu l'empereur d&eacute;chu. Si ce discours radical et populiste ravit quelques Centrafricains, en particulier les Sara, ethnie du Nord &agrave; laquelle appartient Patass&eacute;, il en inqui&egrave;te plus d'un. <B><BR> </B>Quand il arrive &agrave; Bangui le 4 octobre 1979, l'ancien Premier ministre ne re&ccedil;oit pas l'accueil triomphal qu'il esp&eacute;rait, m&ecirc;me si sa popularit&eacute; dans certains milieux, parmi les &eacute;tudiants, notamment, est ind&eacute;niable. Tout en mettant en place les structures de son parti, le Mouvement pour la lib&eacute;ration du peuple centrafricain (MLPC), Patass&eacute; veut saper l'autorit&eacute; de David Dacko, connu pour son manque de fermet&eacute;. Des affrontements ont lieu, de mani&egrave;re r&eacute;guli&egrave;re, entre ses partisans et les forces de l'ordre. Exc&eacute;d&eacute;, Dacko le fait arr&ecirc;ter le 3 novembre. Il ne retrouvera la libert&eacute; qu'un an plus tard. <B><BR> </B>La lib&eacute;ration de Patass&eacute;, d&eacute;sormais principal leader de l'opposition, co&iuml;ncide avec la volont&eacute; de Dacko d'organiser des &eacute;lections g&eacute;n&eacute;rales. En mars 1981, la pr&eacute;sidentielle est remport&eacute;e par Dacko avec 50,23 % des voix. Patass&eacute;, qui a recueilli 38,11. % des suffrages, accuse le vainqueur de fraude. Affirmation gratuite ? En tout cas, le leader du MLPC conteste de plus belle l'autorit&eacute; du pr&eacute;sident. Cette nouvelle crise politique conduit &agrave; la suspension du MLPC. Une fois de plus, Dacko se montre incapable de redresser la barre. C'est dans ce climat tendu que le g&eacute;n&eacute;ral Andr&eacute; Kolingba prend le pouvoir le 1er septembre 1981. <B><BR> </B>Et Patass&eacute; ? Ce putsch ne l'arrange pas, dans la mesure o&ugrave; il voit s'&eacute;loigner la perspective d'acc&eacute;der &agrave; la magistrature supr&ecirc;me. En outre, il a des ennuis personnels : ses amis &eacute;trangers qui l'avaient soutenu financi&egrave;rement veulent r&eacute;cup&eacute;rer leur d&ucirc;. Patass&eacute; s'exile quelque temps &agrave; Paris et d&eacute;nonce le r&eacute;gime de Kolingba, le qualificatif d'ill&eacute;gitime. Il exige un retour a une vie constitutionnelle normale et la tenue d'&eacute;lections. Mais les exigences du chef du MLPC ne trouvent aucun &eacute;cho &agrave; Bangui. Las, Patass&eacute;, qui a ses entr&eacute;es chez les socialistes fran&ccedil;ais, m&ecirc;me si ces derniers le trouvent <I>"impr&eacute;visible"</I> et <I>"erratique"</I>, d&eacute;cide de forcer le destin et regagne Bangui le 28 f&eacute;vrier 1982. Le 3 mars, le g&eacute;n&eacute;ral Fran&ccedil;ois Boziz&eacute;, tente un coup de force pour le porter au pouvoir. Le putsch &eacute;choue. Activement recherch&eacute;, Patass&eacute; se cache pendant plusieurs jours avant de trouver refuge &agrave; l'ambassade de France, o&ugrave; il arrive, selon les uns, dans le coffre d'une voiture; sur une motocyclette, d&eacute;guis&eacute; en femme, d'apr&egrave;s les autres. La France refuse de le livrer &agrave; Kolingba, avant de n&eacute;gocier avec le pr&eacute;sident togolais Gnassingb&eacute; Eyadema, qui lui accorde l'asile politique &agrave; Lom&eacute;.<B> <BR> </B>Durant son exil togolais, Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; se transforme en homme d'affaires. Il investit notamment dans les transports en commun, gr&acirc;ce &agrave; des minibus que lui ont offert certains membres de sa famille. Mais il est loin d'&ecirc;tre un homme d'affaires avis&eacute;, comme vont s'en rendre compte beaucoup de ses partenaires. Il nourrit des projets m&eacute;galomaniaques, demande, en vain, cinq milliards de francs CFA (non d&eacute;valu&eacute;s) pour... &eacute;lever des cailles ! En tout cas, il ne s'enrichit pas. Cette p&eacute;riode est aussi celle o&ugrave; l'ex-Premier ministre ne fait plus de politique. Cons&eacute;quence, il est &eacute;cart&eacute; par ses amis de la pr&eacute;sidence du MLPC. En 1991, Patass&eacute; obtient, gr&acirc;ce &agrave; l'action de quelques amis, un visa de trois mois qui lui permet de venir se faire soigner en France. Antoine Wanzala, l'actuel chef de son cabinet particulier, prend particuli&egrave;rement soin de lui, en lavant m&ecirc;me son linge. Quand son visa expire, les Renseignements g&eacute;n&eacute;raux le prient de choisir : soit demander l'asile politique pour rester en France, soit rentrer au Togo. Menac&eacute; d'expulsion, Patass&eacute; demande l'asile politique. </P> <B><FONT COLOR="#000080"><P>Enfin au pouvoir </FONT><BR> </B>C'est &agrave; partir de ce moment, alors qu'il vit difficilement, que Patass&eacute; relance son combat politique. Il emm&eacute;nage dans un trois-pi&egrave;ces pr&egrave;s de la gare de Lyon et fait venir sa femme togolaise. Des r&eacute;unions se tiennent &agrave; son domicile avec les membres de son parti. A Bangui le g&eacute;n&eacute;raI Kolingba n'a d'autre choix que d'ouvrir son pays au multipartisme. Le 15 octobre 1992, Patass&eacute; rentre &agrave; Bangui. Cette fois, l'accueil est triomphal. <B><BR> </B>Le terrain a &eacute;t&eacute; bien pr&eacute;par&eacute; par le num&eacute;ro deux du MLPC, Hugues Dobozendi. Il reste maintenant &agrave; l'ex-Premier ministre &agrave; se lancer dans la campagne pour la pr&eacute;sidentielle du 28 ao&ucirc;t 1993. Lors de la bataille &eacute;lectorale, son discours change selon les circonstances. Il d&eacute;montre, en tout cas, un grand talent d'orateur et, surtout, de d&eacute;magogue. Le 27 septembre 1993, il est proclam&eacute; vainqueur de l'&eacute;lection pr&eacute;sidentielle au second tour, avec 52,45 % des suffrages exprim&eacute;s. Il tient enfin sa revanche sur tous ses adversaires, qu'ils s'appellent Dacko, Kolingba ou Goumba. <B><BR> </B>Une fois install&eacute; au pouvoir, Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; commence par r&eacute;compenser certains de ses amis des jours difficiles en leur confiant des postes importants. Mais il en oublie d'autres. Quelqu'un qui l'a fr&eacute;quent&eacute; pendant sa travers&eacute;e du d&eacute;sert t&eacute;moigne: <I>"II est inconstant dans ses relations. Il ne s'est m&ecirc;me pas montr&eacute; reconnaissant envers ceux qui, en France, l'ont aid&eacute;, au point de n'avoir pas song&eacute; &agrave; les inviter &agrave; son investiture."</I> L'un de ses amis fran&ccedil;ais va d'ailleurs le lui rappeler en 1999 : <I>"Sans s'&eacute;riger en procureurs, mes amis constatent que les engagements pris et les promesses faites par toi &agrave; Jacques Foccart et &agrave; Michel Roussin ont &eacute;t&eacute; oubli&eacute;es ou reni&eacute;es. Plus grave, &agrave; plusieurs reprises au cours de tes six ann&eacute;es de pouvoir, tu as humili&eacute; la France et Jacques Chirac, son pr&eacute;sident. (...) Etant au pouvoir, tu as oubli&eacute; que la vie politique est soumise &agrave; ce qui est nomm&eacute; le retour du balancier. "</I> </P> <B><FONT COLOR="#000080"><P>Affairiste </FONT><BR> </B>D&egrave;s 1994, le nom du pr&eacute;sident centrafricain est cit&eacute; dans un scandale bancaire fran&ccedil;ais. No&euml;l Dogliani, n&eacute;gociant fran&ccedil;ais et vice-pr&eacute;sident du comit&eacute; de soutien &agrave; la candidature de Patass&eacute; en 1993, a vers&eacute; &agrave; ce dernier la somme de 1 170 000 FF. Cet argent provient des d&eacute;tournements r&eacute;alis&eacute;s au Cr&eacute;dit mutuel du Sud-Ouest par un de ses employ&eacute;s, le complice de Dogliani. Patass&eacute; reconna&icirc;t les faits et s'engage &agrave; rembourser la somme per&ccedil;ue. Ce n'est pas la premi&egrave;re fois qu'il a affaire &agrave; des gens peu recommandables. En d&eacute;cembre 1984, par exemple, il s'&eacute;tait retrouv&eacute; dans une situation inconfortable &agrave; Milan, en Italie, face &agrave; des associ&eacute;s pour le moins mafieux. Patass&eacute; n'a pas perdu son c&ocirc;t&eacute; affairiste. Depuis son accession au pouvoir, il a mont&eacute; plusieurs entreprises dans des domaines aussi divers que les diamants, le bois, le ciment... Pour certains, la Centrafrique est dirig&eacute;e par des pr&eacute;dateurs corrompus et particuli&egrave;rement voraces. <B><BR> </B>R&eacute;&eacute;lu en 1999, Ange-F&eacute;lix Patass&eacute; s'est montr&eacute; incapable de r&eacute;soudre les crises survenues depuis son arriv&eacute;e au pouvoir, et qui sont le r&eacute;sultat d'un manque de vision politique. Les diff&eacute;rentes mutineries de l'arm&eacute;e centrafricaine sont la cons&eacute;quence de frustrations n&eacute;es d'une gestion hasardeuse des probl&egrave;mes. Le plus grave dans tout cela, c'est cette incapacit&eacute; &agrave; payer les salaires des fonctionnaires et cette propension &agrave; rendre les autres (pays &eacute;trangers, FMI, etc.) responsables du pourrissement de la situation. Qu'un pays, si pauvre soit-il, ne puisse trouver 15 milliards de francs pour payer quelque 20 000 fonctionnaires, d&eacute;passe tout entendement, surtout lorsque l'on sait que ce pays dispose de richesses, dont les fameux diamants qui ont fait le malheur de l'ancien chef de l'Etat fran&ccedil;ais, Val&eacute;ry Giscard d'Estaing. <B><BR> </B>Quant aux &eacute;v&eacute;nements de mai dernier, des proches du pouvoir estiment que le pr&eacute;sident centrafricain aurait d&ucirc; faire un geste &agrave; l'endroit des Yakoma, victimes de la r&eacute;pression, alors qu'ils ne sont pas tous des complices du g&eacute;n&eacute;ral Kolingba. Il aurait d&ucirc; mettre en place des structures de m&eacute;diation et penser &agrave; indemniser les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques yakoma qui ont tout perdu. Mais Patass&eacute; est rancunier. Depuis deux ans, il est en froid avec l'un de ses neveux, ambassadeur &agrave; Berlin, qu'il avait rappel&eacute; &agrave; Bangui pour le nommer ministre d&eacute;l&eacute;gu&eacute; &agrave; la Restructuration de l'arm&eacute;e. Nullement int&eacute;ress&eacute; par ce poste, le neveu parvient &agrave; regagner son ambassade. Patass&eacute; jure qu'il l'a trahi. <B><BR> </B>Que lui reste-t-il &agrave; faire, maintenant que ses compatriotes, d&eacute;&ccedil;us par sa politique, regrettent Bokassa qui, selon eux, avait de la poigne et investissait au pays m&ecirc;me ? "<I>II faut qu'il remette son mandat au peuple</I>", r&eacute;pond un d&eacute;put&eacute; de son bord. </P> <P>Tshitenge Lubabu Muitubile K.</P> <U><P>(Source</U> : <I>L'Autre Afrique</I> N8, 14 -20 novembre 2001, pp. 8-12) <B><BR> </B>NB : A lire dans le m&ecirc;me num&eacute;ro "Calamit&eacute; 2 - Lansana Cont&eacute; " , pp. 13-15</P> <P><HR></P> <P><A HREF="Actualite-CA8.html">Actualit&eacute; Centrafrique - Dossier 8</A></P></BODY> </HTML> 
