<html>  <head> <link REL=stylesheet HREF="../tertullian-style.css" TYPE="text/css"> <meta name="AUTHOR" content="E. Amann"> <meta name="DESCRIPTION" content="The angel of baptism in Tertullian"> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 4.0"> <meta name="KEYWORDS" content="tertullian, tertullianus, influence, interpretation, critical history, literary criticism, bibliography"> <meta name="ProgId" content="FrontPage.Editor.Document"> <title>Tertullian : E. Amann, L'Ange du Baptme dans Tertullien, Revue des sciences religieuses 1 (1921) pp. 208-221 </title> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF">  <p align="center"><b>Revue des sciences religieuses 1 (1921) pp.&nbsp;208-221</b></p> <hr> <h3 align="center"> L'ANGE DU BAPTME DANS TERTULLIEN </h3> <P>Dans son trait <I>de Baptismo, </I>qui soulve tant de questions intressantes, Tertullien fait mention  plusieurs reprises, soit quand il parle de l'acte mme du baptme, soit quand il s'explique sur les crmonies prparatoires, d'un ange qui intervient, et que nous pourrons, pour abrger, appeler simplement l'ange du baptme <I>(De Baptismo, </I>ch. 4 <I>ad finem</I>;<I> </I>ch. 5 toute la seconde moiti; ch. 6) <A HREF="#1"><SUP>1</SUP></A>. </P> <P> Le rle qui revient  l'ange du baptme est prcis au dbut du ch. 6. &laquo;Ce n'est pas que dans les eaux (du bapterne) nous recevions le Saint-Esprit; mais purifis dans l'eau sous l'ange, nous sommes prpars ( recevoir) le Saint-Esprit. <I>Non quod in aquis spiritum sanctum consequamur, sed </I>m <I>aqua emundati sub angelo spiritui sancto praeparamur. </I>Ici encore une ligure a prcd (la ralit), celle de Jean, prcurseur du Seigneur et qui lui prparait les voies. De mme aussi, l'ange dispensateur du baptme prpare les voies  l'Esprit-Saint qui doit venir, par la purification des fautes qu'obtient la foi scelle (du cachet), du Pre, du Fils et du Saint-Esprit. <I>Ita et angelus baptismi arbiter superventuro Spiritui Sancto vias dirigit ablutione delictorum quam fides impetrat, obsignata in Patre et Filio et Spiritu Sancto</I>&raquo;. </P> <P> D'aprs ce texte, qui est capital pour juger des ides de Tertullien sur les effets du baptme, l'action surnaturelle du sacrement est avant tout de remettre les pchs. Cette rmission des pchs est nettement distingue de l'infusion du Saint-Esprit dans l'me du baptis. C'est au deuxime moment de l'initiation chrtienne, disons, pour <A NAME="p209"><SPAN CLASS=pb>|209</SPAN></A> parler comme les modernes, dans le sacrement de confirmation que l'Esprit-Saint sera confr. Aprs qu'il a reu l'onction d'huile sainte (ch. 7) le nophyte se voit imposer les mains, et cette bndiction appelle sur lui le Saint-Esprit &laquo;<I>dehinc manus imponitur, per benedictionem advocans et invitans Spiritum Sanctum</I>&raquo; (ch. 8). Pour le dire en passant, on remarquera combien l'ensemble de la dmonstration de Tertullien est favorable  la thse ecclsiastique qui dislingue nettement les deux sacrements de baptme et de confirmation. </P> <P> Pour l'instant retenons seulement que, d'aprs Tertullien, l'effet propre du baptme, c'est de purifier le catchumne de ses pchs. Et<I> </I>cet effet est produit par l'intervention de l'ange du baptme. Qui est cet ange du baptme? A premire vue il semble bien qu'il doive s'agir d'un agent d'ordre surnaturel. Charg de produire un effet invisible, la purification des pchs, il appartient au mme domaine suprasensible que l'Esprit-Saint, auquel sa fonction est justement de prparer les voies. Nous nous mouvons ici en pleine rgion immatrielle. Et ds lors l'explication la plus simple, la plus claire est de faire de l'ange du baptme, un ange au sens le plus ordinaire de ce mot dans le langage chrtien, un de ces esprits infrieurs  Dieu, suprieurs  l'homme, ministres de Dieu pour l'excution de ses desseins misricordieux par rapport  l'homme. </P> <P> Sans doute cette intervention directe d'un ange dans un cas aussi remarquable trouble quelque peu nos catgories de thologiens modernes. On a donc fait effort pour ramener le texte de Tertullien au schmatisme de nos traits des sacrements et de la grce. L'ange du baptme devient alors l'homme ministre du baptme, l'voque, si l'on veut, qui confre le sacrement. On. voit apparatre cette ide,  dans le commentaire  d'ailleurs remarquable <A NAME="p210"><SPAN CLASS=pb>|210</SPAN></A> qu'au xviii<SUP>e</SUP> sicle Dom Thomas Corbinien crivit sur le <I>de baptismo </I>(P. L., t. II, col. 1160) &laquo;<I>Innuere videtur ministrum baptismi&raquo;</I>. Elle passe de l dans l'tude du P. d'Als sur la <I>Thologie de Tertullien </I>(p. 325, note 4). Le P. d'Als, il est vrai, ne fait qu'indiquer cette opinion de Dom Thomas Corbinien, sans dire s'il s'y rallie ; et la manire dont il renvoie ensuite  <I>l'ange de la pnitence </I>dans Hermas, indiquerait peut-tre qu'il ne se lient pas personnellement  l'exgse du docte Bndictin. Car, avec toute la bonne volont du monde, il est impossible de transformer en voque le personnage mystrieux qui parat maintes fois dans le <I>Pasteur. </I>J'ai donc t bien tonn, en tudiant avec toute l'attention qu'il mrite le livre rcent de M. De Backer, <I>Sacramentum, le mot et l'ide reprsente par lui dans les uvres de Tertullien, </I>d'y trouver un essai de dmonstration de l'hypothse avance par Dom Corbinien. &laquo;Nous pensons, dit l'auteur, que cet ange dsigne le ministre du baptme, qui bnit l'eau destine au sacrement, c'est--dire que par une invocation  Dieu, il y fait descendre l'Esprit divin, qui lui donnera la vertu sanctificatrice. C'est lui encore qui accomplit la crmonie rituelle (<I>in aqua emundati sub angelo</I>)<I> </I>et prononce la formule sacramentelle&raquo; (p. 163). </P> <P> Cette hypothse me parait absolumcnt insoutenable. M. de Backer &laquo;base, dit-il, son opinion sur la comparaison de deux textes, <I>de Bapt., </I>6 : <I>in aqua emundati sub angelo spiritui sancto praeparamur </I>et <I>de Corona militis, </I>4 : <I>sub antistitis manu, contestamur nos renuntiare diabolo</I>.&raquo;<I> </I>Il suffit de mettre le signe d'galit entre les deux expressions <I>sub antistitis manu, et sub angelo, </I>pour avoir <I>angelus = antistes. </I>Comme du reste dans la suite du chapitre l'ange du baptme est appel <I>arbiter baptismi, </I>et qu'il n'est pas difficile de trouver dans Tertullien des textes qui font d'<I>arbiter </I>le synonyme de prtre (p. 164, note 1) on en <A NAME="p211"><SPAN CLASS=pb>|211</SPAN></A> arrive  la mme conclusion : l'ange du baptme est celui qui prside la crmonie de baptme, l'vque. </P> <P> Je n'insisterais pas sur la fragilit de cette construction si une telle hypothse n'avait le tort de masquer un point curieux de la thologie de Tertullien. Il serait regrettable qu'un vain amour de la symtrie nous fil dtruire un de ces dtails archaques qui donnent prcisment tout leur intrt  l'tude de l'ancienne littrature chrtienne. </P> <P> J'carte tout d'abord la preuve que l'on veut tirer de la comparaison entre les deux textes : <I>de Bapt.</I>, 6 et <I>de Corona, </I>3. Dans l'quation <I>sub angelo emundati, = sub</I> <I>antistitis manu contestamur, </I>il n'y a qu'un terme de commun, la prposition <I>sub</I>;<I> </I>c'est trop peu pour en tirer l'identit <I>angelus =</I> <I>autistes. </I>Reportons-nous en effet au contexte. Les deux passages nous dcrivent deux moments diffrents de l'initiation baptismale. Le <I>de Corona, </I>on le sait, veut montrer que bon nombre de rites et de pratiques ecclsiastiques ne peuvent se rclamer d'un texte scripturaire, et que leur autorit repose seulement sur la tradition. C'est ce qu'il est facile de voir, dit Tertullien, dans l'administration du baptme; par exemple, le rite de la renonciation  Satan n'a point d'attestation dans l'Ecriture, est-ce une raison pour l'omettre? &laquo;Avant donc que de descendre dans l'eau, et dans l'glise (par opposition peut-tre avec l baptistre) (inclins) sous la main de l'vque nous affirmons par serment renoncer au diable,  ses pompes et  ses anges. Puis nous sommes plongs trois fois&raquo;. Il s'agit ici d'une crmonie antrieure au baptme lui-mme. Dans le <I>de Daptismo </I>an contraire, il s'agit de l'instant prcis de l'immersion baptismale. A ce moment, le baptis est dans l'eau, ou plus exactement, si nous nous rappelons le rite du baptme par immersion, il est <I>sous l'eau, </I>et ds lors aussi <I>sous l'ange, sub angelo, </I>puisque, comme je vais le montrer, l'ange est intimement ml  <A NAME="p212"><SPAN CLASS=pb>|212</SPAN></A> l'eau du baptme, ou tout  au moins est pandu  sur le baptistre. </P> <P> Reportons-nous, en effet, au chapitre qui prcde immdiatement <I>(de Bapt., </I>5). Los paens, dit notre auteur, connaissent eux aussi des contrefaons de baptme. Dans plusieurs rites de mystres le dmon prtend bien purifier les inities. trange chose en vrit, que l'esprit immonde puisse purifier et dtruire son uvre en lavant les fautes qu'il a lui-mme inspires! Mais cette prtention Tertullien veut la signaler nanmoins, comme un argument <I>ad hominem </I>contre ceux qui se refusent  croire aux miracles divins, alors qu'ils en acceptent les contrefaons imagines par le rival de Dieu. &laquo;Allons plus loin, continue-t-il : ce n'est pas seulement dans ces faux sacrements que les esprits immondes viennent <I>couver </I>les eaux, <I>aquas incubant, </I>pour les faire servir  leurs malfices. Ne sont-ils pas partout, dans les fontaines obscures, les ruisseaux qui se perdent, les bains, les piscines, les canaux. Ils y sont parleurs images sans doute, c'est--dire par les statues des dieux, des desses, des nymphes, mais ces images ne sont que le signe extrieur d'une prsence plus intime. Les dmons sont l, dans ces eaux elles-mmes ; et la preuve, c'est que parfois elles tuent, ou du moins font perdre la raison. Et pourquoi, continue Tertullien, pourquoi rapporter tout ceci? Pour qu'il ne soit pas trop dur de croire que l'ange saint de Dieu vient se mler aux eaux pour le salut des hommes, alors que l'ange mauvais multiplie les commerces impurs avec ce mme, lment pour l priode l'homme&raquo;. On remarquera la force des expressions latines : l'ange saint <I>aquis temperandis adest </I>; l'ange mauvais <I>profanum commercium frequentat ejusdem elementi.</I> </P> <P> Mais pour faire admettre aux chrtiens cette action naturelle de l'ange, dans l'eau du baptme, Tertullien dispose d'un argument bien plus solide. Qu'on se rappelle cette <A NAME="p213"><SPAN CLASS=pb>|213</SPAN></A> piscine de Bethsade (Joh. V, 4-5) <A HREF="#2"><SUP>2</SUP></A> que l'ange venait faire bouillonner chaque anne, et qui rendait la sant au premier qui y descendait aprs l'intervention de l'ange : nouvelle figure du traitement spirituel qu'apport la foi chrtienne &laquo;car par le progrs de la faveur divine dans l'humanit, les eaux et l'ange prirent (dsormais) une plus grande importance, <I>plus aquis et angelo accessit. </I>Eux qui gurissaient (noter en latin <I>qui remediabant : </I>les deux ralits mles : l'eau et l'ange; et le pronom au masculin pluriel) les maladies du corps, gurissent maintenant l'me; eux qui procuraient le salut temporel, donnent le salut ternel, eux qui dlivraient par an un seul homme sauvent maintenant tous les jours des peuples entiers, la mort se trouvant dtruite par la purification des fautes&raquo;. </P> <P> En d'autres termes il se passe dans le baptistre chrtien, au moment des mystres de l'initiation, le mme miracle qui se produisait  la piscine de Bethsade. L'ange de Dieu vient se mler aux eaux et ce mlange d'eau et d'esprit, si je puis ainsi dire, est le remde des infirmits de l'me : <I>In aquae mundati sub angelo spiritui sancto praeparamur. </I>C'est ce qu'indiqu non moins clairement la phrase qui termine le chapitre 4 : <I>Igitur medicatis quodammodo aquis per angeli interventum et spiritus in aquis corporaliter diluitur et caro in eisdem spiritaliter mundatur. </I>&laquo;Du fait que les eaux ont en quelque sorte reu par l'intervention de l'ange le pouvoir de gurir, l'me est lave corporellement dans l'eau, et de mme la chair y est purifie spirituellement&raquo;. Ma traduction rend trs imparfaitement les deux mots <I>medicatis aquis. Medicata vina, </I>ce sont des vins o l'on a fait infuser des substances mdicinales ; et Tertullien a si bien conscience que son expression est lgrement choquante qu'il ajoute un <A NAME="p214"><SPAN CLASS=pb>|214</SPAN></A> <I>quodammodo </I>de correction. <I>Medicatae aquae, </I>ce sont les eaux o est infuse, si je puis dire, la substance anglique. Il se forme une sorte de substance mixte o s'unissent substance corporelle et substance spirituelle. </P> <P> D'ailleurs Tertullien a pris soin de prciser lui-mme cette compntration de l'eau par la nature anglique. Elle n'est point chose nouvelle; n'tant que le recommencement de ce qui se passa aux origines du monde. Alors l'esprit du Seigneur tait port sur les eaux (<I>de Bapt., </I>3). Et l'criture a not avec soin, en vue du baptme futur, ces rapports rciproques de l'eau et de l'esprit de Dieu. &laquo;Ce qui est saint tait port sur ce qui est saint, ou (plus exactement) l'lment qui portait empruntait la saintet de ce qui tait port sur lui. Car toute matire place sous quelque chose qui la domine doit ncessairement en prendre les qualits; tout spcialement une matire corporelle doit prendre ainsi une qualit spirituelle, car celle-ci pntre et s'enfonce plus facilement par la subtilit mme de sa substance&raquo;. (<I>de Bapt., </I>I). Il est difficile d'tre plus clair. Si l'on se rappelle que pour Tertullien tout ce qui existe est matire, matire corporelle et matire spirituelle, on n'a pas de peine  se reprsenter ses vues sur l'origine des choses. Sur les eaux primordiales s'pand l'esprit de Dieu (qu'il ne faut pas se hter de traduire par l'Esprit Saint). C'est une sorte de vapeur, de gaz, qui flotte sur la surface de l'abme, et ce gaz, si l'on me passe celle expression emprunte  la physique, possde une tension telle qu'il se dissoudra forcment dans l'eau. Je ne crois pas ajouter beaucoup  la pense de Tertullien en donnant cette image, encore qu'il convienne de ne pas oublier que cet tre gaziforme est un agent du monde surnaturel, s'il n'est pas l'Esprit-Saint lui-mme. Sur cette dernire question je reviendrai tout  l'heure, mais iJ n'est pas sans intrt de remarquer comment l'auteur <A NAME="p215"><SPAN CLASS=pb>|215</SPAN></A> du <I>de Baptismo </I>passe des eaux primordiales aux eaux du baptistre. De ce premier contact avec l'esprit du Seigneur, toutes les eaux, en vertu de leur unit gnrique, ont gard le pouvoir de sanctifier : <I>Omnes aquae de pristina originis praerogativa sacramentum sanctificationis consequuntur invocato deo. </I>Il faut pour mettre en acte ce pouvoir-sanctificateur une invocation  Dieu, une piclse semblable  celle de la liturgie eucharistique; l'piclse termine &laquo;l'esprit aussitt survient des cieux, s'pand sur les eaux, les sanctifiant par ses propres vertus, et ainsi sanctifies les eaux se pntrent de force sanctificatrice : <I>Vim sanctificandi combibunt</I>&raquo;. On remarquera une fois de plus la matrialit de l'expression; et on la rapprochera des mots <I>medicatae quodammodo aquae </I>qui se retrouvent quelques lignes plus. loin. De mme il vaudrait la peine d'tudier le mode d'action de cette mixture d'eau et d'esprit sur le compos humain, chair et esprit. On y verrait la pense, de Tertullien osciller entre deux thories de l'efficacit (ou, comme disent les thologiens, de la causalit) sacramentelle. Au demeurant l'auteur finit par s'en tenir  une sorte d'opration physique (je dirais matrielle en prenant le mot de matire dans le sens o il l'entend) qui se traduit par la formule paradoxale : <I>spiritus </I>(l'me) <I>in aquis corporaliter diluitur et caro in eisdem spiritaliter mundatur.</I> </P> <P> La comparaison attentive entre deux phrases de ce mme dveloppement ne peut pas laisser de doute sur la personnalit de l'esprit qui se mle aux eaux baptismales. <I>Invocato deo supervenit spiritus de caelis et aquis superest, </I>lisons-nous p. 623, ligne 9; et 1. 18 <I>Igitur medicatis quodammodo aquis per angeli interventum</I>. Il faut absolument conclure que dans ce dveloppement <I>spiritus dei </I>et <I>angelus </I>sont exactement synonymes. Nous dirons donc aussi que l'<I>anglus dei sanctus aquis temperandis </I>du ch. 5, <A NAME="p216"><SPAN CLASS=pb>|216</SPAN></A> p. 625, ligne 1, et l'ange sous lequel nous sommes prpars  la rception du Saint-Esprit, ch. 6, p. 625, ligne 21, reprsentent un seul et mme personnage, de la mme famille d'ailleurs que l'ange de la piscine de Bethsade. </P> <P> Cet <I>angelus dei, </I>ce <I>spiritus dei </I>ne peut pas tre le Saint-Esprit ; puisque son rle est prcisment de prparer l'me du nophyte  la rception de cette personne divine. Cet ange qui est le matre du baptme, <I>baptismi arbiter, </I>est donc une crature prpose par Dieu a l'excution des grandes choses qui se passent dans la piscine baptismale. Que ce soit le sens  donner ici au mot <I>arbiter, </I>plutt que le sens de <I>tmoin </I>c'est ce dont M. de Backer ne disconviendra pas, lui qui a si bien tudi les divers sens du mot. Et c'est pourquoi je l'ai traduit plus haut par les mots &laquo;dispensateur du baptme&raquo;. Il convient de rapprocher son rle de celui de l'ange de la prire <I>(de Oratione, </I>16, Oehler I, p. 568) dont la fonction est de transmettre  Dieu nos supplications; l'ange du baptme est aussi le frre de celui qui va annoncer au Pre cleste le mariage des poux chrtiens : <I>felicitas matrimonii quod ecclesia conciliat, et confirmat oblatio, et obsignat benedictio, angeli renuntiant, pater rato habet </I>(<I>Ad uxorem, </I>II, 8; Oehler, I, p. 696). </P> <P> Les personnages clestes, dont il est ici question, jouent un rle que nous appellerons surnaturel dans le sens le plus strict du mot. Tertullien en connat d'autres dont l'activit s'exerce d'une manire plus terre . terre. Et puisque le baptme est pour lui une nouvelle naissance, une rgnration dans le sens tymologique du mot, il conviendra sans doute de rapprocher de l'ange du baptme, auteur de la naissance spirituelle, les anges qui prsident  la naissance corporelle. Le texte est curieux et vaut la peine d'tre cit : <I>de Anima, </I>37, Oehler, II, p. 617. &laquo;Tout <A NAME="p217"><SPAN CLASS=pb>|217</SPAN></A> ce travail, qui dans le sein maternel prpare, rassemble, faonne l'homme futur, c'est quelque puissance, ministre de la volont divine, qui l'accomplit <I>aliqua utique potestas divinas voluntatis ministra modulatur</I>.&raquo; Et il ne s'agit point ici d'une puissance, d'une force impersonnelle; la suite le montre bien, puisque Tertullien dclare que la superstition romaine s'est empare de cette ide vraie pour confier  toute une srie de divinits les soins qui revenaient  cette puissance, dlgue par le Crateur. &laquo;Pour nous, dit-il, nous croyons que ces fonctionnaires divins sont des anges. <I>Nos officia divina angelos credimus</I>&raquo;. </P> <P> Ainsi donc l'ange du baptme est l'officier divin (<I>officium divinum</I>) prpos  la grande uvre de la renaissance spirituelle ; pandu sur les eaux baptismales, se dissolvant pour ainsi dire en elles, il leur communique le pouvoir de sanctification <I>sacramentum sanctificationis</I>,<I> </I>et l'on comprend ds lors la phrase qui nous a servi de point de dpart : <I>in aqua emundati sub angelo spiritui sancto praeparamur.</I> </P> <P> Reste une dernire question : l'ange du baptme, l'esprit de Dieu qui,  la prire de l'Eglise, se rpand sur et dans les eaux du baptistre, est-il identique  l'esprit du Seigneur qui aux origines du monde couvait les eaux primordiales ; ou bien faut-il assimiler  l'Esprit-Saint, cet esprit fcondant, qui aux origines du monde secondait l'action cratrice de Dieu ? On sait que les Pres sont loin d'tre unanimes dans leur rponse  cette dernire question, et l'on, trouvera dans le commentaire, dj cit de Dom Carbinien, une revue suffisante, bien que sommaire, des diverses interprtations du passage gnsiaque (P. L., t. II, col. 1145, sq.). Il ne saurait y avoir de doute que dans la seconde partie de sa vie Tertullien n'ait considr cet esprit de Dieu comme une crature, distincte de l'Esprit-Saint. Deux textes de cette priode sont <A NAME="p218"><SPAN CLASS=pb>|218</SPAN></A> caractristiques: Nous lisons dans le trait <I>adv. Marcionem, </I>IV, 26, Oehler, II, p. 223 : &laquo;Dans l'hypothse marcionite,  qui adresserai-je ma prire? A qui dirai-je : Notre Pre. A quelqu'un qui ne m'a point fait, dont je ne tire point mon origine, ou bien  celui qui m'a engendr en me faisant et en m'arrangeant? A qui demanderai-je le Saint-Esprit? A celui qui n'a pas mme  sa disposition l'esprit cosmique, ou bien  celui qui a cr les anges esprits, et dont l'esprit, au commencement tait port sur les eaux? <I>A quo Spiritum Sanctum postulem? a quo nec mundialis spiritus praestatur, an a quo fiunt etiam angeli spiritus, cujus et in primordio spiritus super aquas ferebatur</I>?&raquo; Il me semble assez clair que les <I>angeli spiritus </I>(allusion au <I>qui facit angelos suos spiritus, </I>Ps. CIII, 4, Vulg.) sont mis sur le mme plan que le <I>spiritus super aquas latus, </I>qui pourrait bien d'ailleurs tre le mme que le <I>mundialis spiritus </I>du membre de phrase prcdent. </P> <P> Mais voici pour lever tous les doutes. Les chapitres 30 et suivants du trait <I>aduersus Hermogenem </I>(Oehler, II, p. 366) donnent l'exgse complte des premiers versets de la Gense, il s'agit de montrer  l'encontre de l'hrtique que la matire ne coexiste pas de toute ternit  Dieu, mais qu'elle a t cre par lui au commencement des temps. La preuve qu'en administre Tertullien revient  dire que la matire premire se trouve implique dans les mots <I>clum et terram </I>du verset 1, dont la cration est explicitement attribue  Dieu, Or les diverses entits, enumres aux versets suivants : les tnbres, l'abme, <I>l'esprit, </I>les eaux, tout cela doit tre considr comme la crature de Dieu, tant renferm dans les mots: <I>caelum et terram, </I>comme les parties dans le tout. Rien de plus clair, continue Tertullien; Dieu qui est dit crateur de l'ensemble, est dit aussi crateur des membres : <I>proinde membra erant caeli et terrae, abyssus et tenebrae, spiritus</I> <A NAME="p219"><SPAN CLASS=pb>|219</SPAN></A> <I>et aquae. </I>Cependant, a l'usage des imbciles et des ergoteurs, l'Ecriture n'a pas laiss d'insister  d'autres endroits sur le caractre cr de chacun de ces lments. Suivent les textes qui viennent  l'appui de l'affirmation, et puisque nous ne parlons que de l'esprit, ils montrent que cet esprit, ce souffle, qui tait port sur les eaux est bien une crature <I>eum spiritum conditum ostendens qui in terras conditas deputabatur, qui super agitas ferebatur, librator et adflator et animator universitatis non, ut quidam putant, ipsum deum significans spiritum, quia deus</I> <I>spiritus </I>; <I>neque enim aquae dominum sustinere sufficerent. </I>Inutile d'insister davantage sur ce caractre cr de l'esprit qui tait port sur les eaux. </P> <P> De tout ceci avons-nous le droit de conclure que lors de la composition du <I>de Baptismo </I>Tertullien interprtait dj de la mme faon le texte gnsiaque? Avec un auteur comme celui-ci, toujours domin par la proccupation du moment, par le dsir d'assner un bon coup  l'adversaire, il est bon d'y regarder  deux fois.. Relisons donc le chapitre 3 de notre trait. &laquo;Qu'est-ce qui a valu  l'eau, dit l'auteur,   cette  dignit souveraine de servir  aujourd'hui  la rgnration spirituelle ? C'est que l'eau est un des lments primitifs, qui, avant toute organisation du monde, <I>ante omnem mundi suggestum, </I>quand celui-ci tait encore informe, taient l  la disposition de Dieu&raquo;<I>. </I>Suit le texte de la Gense I, 1-2. &laquo;O homme, continue Tertullien, tu trouves ici une premire raison de respecter les eaux : l'antiquit de cette substance; puis une seconde : l'honneur qu'elle a eu d'tre le sige de l'esprit divin, de prfrence aux autres lments qui existaient alors. Au moment o les tnbres taient compltes, sans toiles pour les embellir, l'abme triste, la terre sans parure, le ciel sans ornement, l'eau seule, matire toujours parfaite, agrable, simple, pure, fournissait  Dieu un digne <A NAME="p220"><SPAN CLASS=pb>|220</SPAN></A> vhicule&raquo;. A premire lecture de ce passage il semble bien que l'esprit du Seigneur dont il est question dans la Gense, l'esprit divin qui trne sur les eaux ne soit autre que le Saint-Esprit. Et c'est pourquoi l'on peut dire des eaux qu'elles fournissaient  Dieu lui-mme un digne vhicule ; <I>dignum vectabulum Deo subjiciebant. </I>Il reste cependant quelques difficults  cette manire de traduire. Il me semble bien avoir remarqu que Tertullien, quand il parle de la troisime personne de la Trinit, emploie d'ordinaire le mot <I>Spiritus Sanctus </I>et non <I>spiritus dei, spiri-tus domini. </I>Je ne puis avancer que ce soit l une rgle absolue; il faudrait, pour l'tablir un lexique complet des uvres de Tertullien qui nous fait dfaut. D'autre part, nous avons vu qu'au chapitre 4, le <I>spiritus de caelis </I>est bien identique  l'<I>angelus baptismi. </I>Enfin les dernires lignes du chapitre 5 nous offrent de l'expression <I>dei spiritus </I>une nouvelle traduction. &laquo;Dans le baptme l'homme reoit cet esprit de Dieu, que jadis il avait reu de l'haleine divine, mais qu'il avait ensuite perdu par le pch. <I>Recipit illum dei spiritum, quem tunc de adflatu ejus acceperat, sed post amiserat per delictum</I>&raquo;. Et c'est aprs avoir nonc cette affirmation que Tertullien continue : ce n'est pas que nous recevions dans les eaux baptismales l'Esprit Saint. Tout ceci montre au moins qu'il faut hsiter avant de traduire <I>divinus spiritus </I>par Esprit Saint. </P> <P> Il est vrai que Tertullien parle des eaux qui fournissent  Dieu un digne vhicule <I>dignum vectabulum Deo subjiciebant. </I>Si nous tions certains de cette leon il n'y aurait pas  hsiter sur la pense de Tertullien dans le passage qui nous occupe. Mais prcisment cette leon ne prsente pas toutes garanties. Dans la premire dition du <I>de Baptismo, </I>Gagny avait mis entre crochets le mot <I>subjiciebat, </I>et la ligne qui suit; preuve que le manuscrit dont il disposait ne lui semblait pas fournir un texte <A NAME="p221"><SPAN CLASS=pb>|221</SPAN></A> certain. Etant donne la disparition complte des mss. du <I>de Baptismo, </I>il est impossible de vrifier la valeur de la leon qui, de Gagny, est passe dans toutes les autres ditions. Je veux dire seulement qu'il est impossible de trouver dans ce texte une fin de non recevoir  opposer  l'hypothse que je propose. </P> <P> D'ailleurs l'explication du rle de l'ange dans le baptme est finalement indpendante de cette hypothse particulire sur la nature cre de l'esprit qui tait port sur les eaux primordiales. Qu'on l'accepte ou qu'on la rejette il n'en restera pas moins que Tertullien fait jouer dans le baptme un rle considrable,  un personnage invisible, qu'il appelle l'ange du baptme <A HREF="#3"><SUP>3</SUP></A>. Ce n'est pas dans le chapitre du &laquo;Ministre des sacrements&raquo; mais bien dans celui de la &laquo;Causalit sacramentelle&raquo; qu'il conviendra, ce me semble, d'tudier ce rle. </P> <P align="right"> E.  AMANN. </P> <hr> <p class="editorial">[Footnotes moved to end]</p> <p><A NAME="#1"></A>1.&nbsp;(1) Les renvois seront faits rgulirement  l'dition <I>Oehler, </I>t. 1.</p> <p><A NAME="#2"></A>2.&nbsp;(1) C'est, remarquons-le, la premire attestation de la leon occidentale.</p> <P align="left"> <A NAME="#3"></A>3.&nbsp;(1) Cette conception de Tertullien a persvr longtemps en Afrique. Optt de Milve conteste aux donatistes la possession de l'ange du baptme : <I>unde vobis angelum (habetis), qui apud vos possit fontem movere aut inter ceteras dotes ecclesiae numerari? (Contra Parmenianum, </I>II, 6; dition Ziwsa, p. 43.) </P>  <hr>  <p align="center"> This page has been accessed by <IMG SRC="/cgi-sys/Count.cgi?df=quicklat-t_articles_amann_ange.htm&ft=0" ALIGN=TOP ALT="******"> people since 20th December 2002.  <hr>  <table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%">   <tr>     <td width="33%"><a href="http://www.tertullian.org/index.htm">Home</a></td>     <td align="center" width="33%">English Translation (not yet)</td>     <td align="right" width="34%"><a     href="http://www.tertullian.org/about.htm">About these pages</a></td>   </tr> </table> </body> </html> 
