<html> <head> <title>e-Gribouilles - Blanche Neige et Champignon</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <script language="JavaScript"> <!-- function MM_swapImgRestore() { //v3.0   var i,x,a=document.MM_sr; for(i=0;a&&i<a.length&&(x=a[i])&&x.oSrc;i++) x.src=x.oSrc; }  function MM_preloadImages() { //v3.0   var d=document; if(d.images){ if(!d.MM_p) d.MM_p=new Array();     var i,j=d.MM_p.length,a=MM_preloadImages.arguments; for(i=0; i<a.length; i++)     if (a[i].indexOf("#")!=0){ d.MM_p[j]=new Image; d.MM_p[j++].src=a[i];}} }  function MM_findObj(n, d) { //v4.0   var p,i,x;  if(!d) d=document; if((p=n.indexOf("?"))>0&&parent.frames.length) {     d=parent.frames[n.substring(p+1)].document; n=n.substring(0,p);}   if(!(x=d[n])&&d.all) x=d.all[n]; for (i=0;!x&&i<d.forms.length;i++) x=d.forms[i][n];   for(i=0;!x&&d.layers&&i<d.layers.length;i++) x=MM_findObj(n,d.layers[i].document);   if(!x && document.getElementById) x=document.getElementById(n); return x; }  function MM_swapImage() { //v3.0   var i,j=0,x,a=MM_swapImage.arguments; document.MM_sr=new Array; for(i=0;i<(a.length-2);i+=3)    if ((x=MM_findObj(a[i]))!=null){document.MM_sr[j++]=x; if(!x.oSrc) x.oSrc=x.src; x.src=a[i+2];} } //--> </script> </head>  <body bgcolor="#FFFFFF" text="#000000" leftmargin="0" topmargin="10" marginwidth="0" marginheight="0" onLoad="MM_preloadImages('images/retourb.gif')"> <table width="498" border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" align="center">   <tr>      <td align="center" valign="middle" height="40" colspan="3"><img src="images/coinhg.gif" width="40" height="40"></td>     <td align="center" valign="middle" background="images/traith.gif" height="40" width="420">&nbsp;</td>     <td align="center" valign="middle" width="38" height="40"><img src="images/coinhd.gif" width="40" height="40"></td>   </tr>   <tr>      <td align="center" valign="middle" background="images/traitg.gif" height="40" colspan="3">&nbsp;</td>     <td align="center" valign="middle" width="420"><img src="images/nouv01.gif" width="420" height="40"></td>     <td align="center" valign="middle" background="images/traitd.gif" width="38" height="40">&nbsp;</td>   </tr>   <tr>      <td align="center" valign="middle" background="images/traitg.gif" colspan="3">&nbsp;</td>     <td align="center" valign="middle" bgcolor="#DEEFFF" width="420">        <div align="left">          <p>&nbsp;</p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Novembre            1942,</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pendant            cette p&eacute;riode de violence, l'hiver fut bien triste. Il arriva            chez nous un dimanche de novembre, et il &eacute;tait exceptionnellement            froid. Il m'apporta pourtant des instants que je n'oublierai jamais.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;2            janvier 1942,</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Toute            la nuit, il avait neig&eacute;, et, &agrave; l'aube, l'hiver recouvrait            la Provence de son manteau blanc. Il est bien rare de contempler cela            dans mon pays natal, mais ce jour-l&agrave;, m&ecirc;me la nature semblait            vouloir s'associer aux malheurs de la guerre. Les arbres, silhouettes            tortur&eacute;es, d&eacute;charn&eacute;es, &eacute;taient attaqu&eacute;s            de toute part par le froid, la neige, le vent, le gel, la pourriture.            Aucune trace de vie ne subsistait entre les troncs et sur les collines            ; tout somnolait, hibernait. Parfois cependant, quelques croassements            recouvraient la plainte du vent dans les branches, ajoutant &agrave;            la d&eacute;solation des lieux. Si quelqu'un avait pu contempler ce            paysage lugubre, il aurait &eacute;t&eacute; effray&eacute;.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Au milieu de cette tristesse &eacute;tait ma            maison. J'y habitais, heureux le plus souvent, avec mon p&egrave;re,            ma m&egrave;re et mon chat, ce dr&ocirc;le de chat de goutti&egrave;re            maigre et fuyard qui me servait de compagnon. A l'&eacute;poque, je            n'avais pas dix ans. Quoi de mieux que ces maquis pour contenter un            enfant ? On peut y faire des cabanes, manger des champignons, attraper            les mulots, jouer avec les fourmis&#133; Toutes petites choses inutiles            et si plaisantes. Mais cet hiver &eacute;tait bien froid, il attristait            tout, m&ecirc;me la joie naturelle qu'il y a en tout enfant. Depuis            plusieurs mois, j'&eacute;tais donc d'humeur taciturne, imitant par-l&agrave;            l'attitude habituelle de mes parents, us&eacute;s par une rude vie de            campagnards. </font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce            matin-l&agrave;, mon p&egrave;re m'avait emmen&eacute; en randonn&eacute;e            avec lui. Il me fallait souvent insister pour accompagner mon p&egrave;re.            Mais cette fois-l&agrave;, non. Il m'avait dit qu'il avait besoin de            moi pour retrouver quelque chose. Il m'avait expliqu&eacute;, sombre,            qu'avec cette foutue neige, il aurait sans doute du mal &agrave; trouver.            Pouss&eacute; par la curiosit&eacute;, je l'avais suivi.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Apr&egrave;s quelques heures de recherches,            il sortit un casse-cro&ucirc;te de son sac et se mit &agrave; manger.            Je courus trouver un endroit propice &agrave; la confection d'un bonhomme            de neige. J'arrivai dans une clairi&egrave;re. Au milieu se trouvait            un champignon. Un &eacute;trange champignon d'ailleurs. Il &eacute;tait            blanc et se confondait avec la neige. Il m'aurait d'ailleurs s&ucirc;rement            &eacute;chapp&eacute; si sa taille ne l'avait trahi. Il affichait environ            cinq m&egrave;tres de large sur deux de haut. Je m'appr&ecirc;tais &agrave;            retourner aupr&egrave;s de mon p&egrave;re pour m'enqu&eacute;rir de            la comestibilit&eacute; de la chose, quand soudain je crus la voir remuer,            puis se d&eacute;gonfler.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il &eacute;tait donc vraiment sp&eacute;cial,            ce champignon. Blanc, g&eacute;ant et agit&eacute;.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je m'approchai.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Des cordes tra&icirc;naient autour de l'objet.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je tentai de poser ma main sur le champignon            quand il eut encore une secousse. Je restai p&eacute;trifi&eacute;.            Mon &eacute;tonnement grandit encore lorsque j'entendis la chose pousser            un juron.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot; Nom de Dieu ! &quot;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J'allais m'enfuir en courant mais on me retint            par le col.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot; N'aie pas peur petit, je ne suis pas            m&eacute;chant. Ne t'enfuis pas, tu peux m'aider. &quot;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je me retournai, terroris&eacute; et j'aper&ccedil;us            la face souriante d'un homme jeune mais fatigu&eacute;. Sur son dos,            il portait un grand sac trou&eacute;, tout en cuir. Difficilement, j'articulai            :<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot; C'est quoi ce champignon ? &quot;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il rit, puis m'expliqua que c'&eacute;tait un            parachute et que &ccedil;a permettait de voler. En effet, celui-ci se            souleva l&eacute;g&egrave;rement sous l'action d'une bourrasque. Il            voulait bien me l'offrir &agrave; condition que je lui dise si je connaissais            Jacques Desilles.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je ris. Bien s&ucirc;r que je connaissais. C'&eacute;tait            mon p&egrave;re et il pique-niquait &agrave; cinq cents m&egrave;tres.            Nous le rejoign&icirc;mes. Mon p&egrave;re et l'homme au champignon            se serr&egrave;rent la main, en silence. Je sentais quelque chose de            magistral dans l'air. Cela venait de l'homme myst&eacute;rieux. Il nous            dit qu'il s'appelait Jean, et qu'il aurait besoin d'&ecirc;tre h&eacute;berg&eacute;            quelques temps. Mon p&egrave;re acquies&ccedil;a.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le            soleil se montra sur le chemin du retour. Sa pr&eacute;sence n'alt&eacute;rait            presque pas l'&eacute;tendue de neige, qui restait intacte, se transformant            &agrave; certains endroits en plaques dures et froides. Il &eacute;tait            peut-&ecirc;tre seize heures.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pendant que ma m&egrave;re lui pr&eacute;parait            un de ses meilleurs caf&eacute;s, l'homme, assis devant le foyer cr&eacute;pitant            de notre chemin&eacute;e, sortit une carte de son grand sac en cuir            et demanda &agrave; mon p&egrave;re o&ugrave; nous nous trouvions. Mon            p&egrave;re posa un de ses gros doigts noueux d'homme de la terre sur            un point du plan.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot; Chalet du Poitevent, maison des Desilles            depuis plus de deux si&egrave;cles, &eacute;non&ccedil;a-t-il. Vous            &ecirc;tes &agrave; l'endroit qu'il vous faut, Jean, et en s&eacute;curit&eacute;            croyez-moi. J'esp&egrave;re que vous avez fait bon voyage. Demain matin,            je vous m&egrave;nerai aux quartiers des n&ocirc;tres, &agrave; deux            kilom&egrave;tres d'ici.<br>           _ Pour l'instant, reposez-vous, conseilla ma m&egrave;re. Nous avons            am&eacute;nag&eacute; une cache pour vous, avec une bonne couche pour            la nuit. Suivez-moi. &quot;</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean            disparut dans la cave.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes            deux parents avaient &eacute;t&eacute; d'une &eacute;loquence extraordinaire,            eux qui d'habitude sont plut&ocirc;t taciturnes. Je commen&ccedil;ais            &agrave; m'interroger sur l'&eacute;v&eacute;nement quand mon p&egrave;re            m'emmena derri&egrave;re la maison. Dans un morceau de bois, il m'avait            taill&eacute; un fusil. Je passai le reste de l'apr&egrave;s-midi &agrave;            l'essayer, et il fallut me tra&icirc;ner jusqu'&agrave; la table pour            que je d&icirc;ne. Apr&egrave;s le repas, je me couchai, fourbu.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;3            janvier 1942,</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce            matin-l&agrave;, pendant que je trempais mes tartines dans le lait,            une question me torturait l'esprit. Que faisait donc ce Jean chez nous            ? Et o&ugrave; partait-il donc avec mon p&egrave;re ? Ils avaient parl&eacute;            &quot; des n&ocirc;tres &quot;. Qui &eacute;taient ces gens ?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J'&eacute;tais tr&egrave;s timide. Je le laissais            donc s'en aller sans le lui demander.<br>           Toute la journ&eacute;e, je me baladais en for&ecirc;t.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><br>           <font color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;24 janvier 1942,</font></font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je            passai ma journ&eacute;e &agrave; m'ennuyer, seul, dans ma chambre,            regardant le ciel gris par la fen&ecirc;tre et le mouvement lent des            arbres ballott&eacute;s par le vent. Je frissonnais parfois, en apercevant            les lignes de squelettes noirs qui rempla&ccedil;aient notre vigne<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le fusil en bois ne m'amusait plus. Les balades            en for&ecirc;t non plus d'ailleurs. Mon p&egrave;re ne jouait plus avec            moi dans les collines, il &eacute;tait tous les jours parti avec Jean.            Bien que solitaire, j'&eacute;tais un enfant, et tout enfant a besoin            de distraction. Mais qu'allaient donc faire ces deux hommes en for&ecirc;t,            seuls, toute la journ&eacute;e ? Ma m&egrave;re ne voulait rien me dire            sur le sujet, ce qui bien s&ucirc;r aiguisait ma curiosit&eacute;.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Au d&icirc;ner, je restai muet, et je mangeai            ma soupe sans faire de bruit. Mon p&egrave;re, qui toujours devinait            mes sentiments, me demanda : &quot; Petit, tu es triste ? &Ccedil;a            te dit de nous accompagner demain ? Nous aurons besoin de toi. &quot;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mon p&egrave;re ne savait pas quel plaisir il            me faisait, o&ugrave; peut-&ecirc;tre ne le montrait-il pas. Je dissimulais            mon &eacute;motion, &eacute;vitant par-l&agrave; ses quolibets, parfois            tr&egrave;s vexants pour moi.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Vous            savez, tout le monde amplifie les souvenirs de sa jeunesse et je ne            fais pas exception. Peut-&ecirc;tre ne fus-je pas si heureux sur le            moment. Mais les jours qui ont suivirent furent, croyez-moi, parmi les            plus importants de ma vie.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;25            janvier 1942,</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;5            heures du matin. Je sentis une tape amicale et ferme sur mon &eacute;paule.            &quot; L&egrave;ve-toi petit, si tu veux venir aujourd'hui. &quot; Il            vous para&icirc;t s&ucirc;rement &eacute;trange que mon propre p&egrave;re            ne m'appelait pas par mon pr&eacute;nom, ni par un de ces ridicules            surnoms (&quot; poussin &quot;, &quot; kiki &quot;, &quot; fiston &quot;),            mais simplement &quot; petit &quot;. Ceci &eacute;tait, je pense, une            marque de l'affection simple mais solide que me portait mon p&egrave;re.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je me levai donc, et rejoignis les deux comparses            assis devant le foyer pour le traditionnel petit d&eacute;jeuner matinal.            Apr&egrave;s un repas frugal, nous enfil&acirc;mes nos manteaux et part&icirc;mes            &agrave; travers les collines. Mes deux compagnons marchaient vite,            et avaient des jambes nettement plus grandes que les miennes. Je parvenais            cependant, au prix d'un dur effort, &agrave; suivre la cadence. Il faut            dire que l'id&eacute;e de comprendre enfin me donnait de la vigueur.            Ma maison ne tarda pas &agrave; dispara&icirc;tre. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nous            d&eacute;gringol&acirc;mes la pente jusqu'&agrave; la vall&eacute;e,            et de l&agrave; nous poursuiv&icirc;mes vers l'aval.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean, qui &eacute;tait en t&ecirc;te, piqua            soudain &agrave; gauche et traversa un fourr&eacute;. Nous le suiv&icirc;mes            tous deux. Derri&egrave;re se cachait un discret chemin, qui nous mena            bient&ocirc;t &agrave; un chalet duquel sortait un long serpent de fum&eacute;e            noire. Des voix nous parvinrent, l&eacute;g&egrave;rement &eacute;touff&eacute;es            et basses, lorsque nous f&ucirc;mes plus pr&egrave;s. Six hommes nous            attendaient &agrave; l'int&eacute;rieur, qui nous accueillirent chaleureusement,            et qui m'expliqu&egrave;rent quelle mission j'allais bient&ocirc;t devoir            accomplir.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;25            f&eacute;vrier 1942 au matin,</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le            bruit des branches frottant contre la toile de la tente m'&eacute;veilla.            Jean et moi, nous &eacute;tions partis de la maison, &agrave; pied,            depuis plus de trois semaines. Nous avions pass&eacute; clandestinement            la ligne de d&eacute;marcation, aid&eacute;s par un ami de ses amis.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je            r&eacute;p&eacute;tais encore une fois le r&eacute;sum&eacute; des op&eacute;rations            dans ma t&ecirc;te. Une fois arriv&eacute;s aux environs du camp nazi,            il me faudrait quitter Jean, de nuit. Ensuite, je devrais me glisser            entre les barbel&eacute;s qui l'encerclent, qui devraient &ecirc;tre            discr&egrave;tement ouverts dans la partie nord, en lisi&egrave;re de            for&ecirc;t. Un homme barbu, surnom Georges, m'attendrait non loin de            l&agrave;, et je devrais lui glisser un papier. Tr&egrave;s simple.            Passer le grillage. Chercher l'homme. V&eacute;rifier son nom. Donner            le papier. Grillage, homme, nom, papier.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot;            T'es pr&ecirc;t ? &quot;<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J'acquies&ccedil;ai. Plus qu'une journ&eacute;e            de marche, et nous y serions.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;25            f&eacute;vrier 1942 au soir</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean            me poussa hors de la for&ecirc;t.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les            faisceaux de lumi&egrave;re balayaient le sol, faisant appara&icirc;tre            des volutes de poussi&egrave;re. Derri&egrave;re moi, Jean me souffla            de me baisser. J'&eacute;tais &eacute;bahi par la taille du camp, et            par l'activit&eacute; qui y r&eacute;gnait. J'oubliai toute prudence,            moi qui avais l'habitude des &eacute;tendues vides de ma r&eacute;gion            natale. Des cris r&eacute;sonnaient non loin, des ordres s&ucirc;rement,            exprim&eacute;s dans une langue rude, que je ne comprenais pas. A ma            droite, des rails s'enfon&ccedil;aient dans la brume. Un monstre rugissant            y passa, et disparu bient&ocirc;t dans le lointain. Je l'entends encore            aujourd'hui. A ma gauche, dans le camp, s'alignaient des cabanes fabriqu&eacute;es            sur le m&ecirc;me mod&egrave;le. J'en estimai le nombre &agrave; cinquante.            Derri&egrave;re, des usines crachaient des cendres, du feu et de la            fum&eacute;e. Le plus effrayant pour moi &eacute;tait le passage des            gardes, et quand l'un d'eux, s'approchant, sembla regarder la lisi&egrave;re            dans ma direction, je m'aplatis compl&egrave;tement. Il n'avait rien            remarqu&eacute;, mais moi si. Cet homme &eacute;tait arm&eacute;, un            couteau et un revolver scintillaient &agrave; sa ceinture. On m'avait            cach&eacute; cela.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tout d'un coup, une immense vague de peur jaillit            de mon c&#156;ur, et je n'osai plus bouger.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot;            C'est le moment petit. Vas-y ! D&eacute;p&ecirc;che-toi ! &quot;</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le            plan me revient en t&ecirc;te : grillage, homme, nom, papier. Le grillage            ? Il fallait passer cette muraille.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je rampai vers l'obstacle. Apr&egrave;s quelques            minutes de recherches, je trouvai le trou fait dans les barbel&eacute;s.            Il &eacute;tait minuscule, et je doutai de parvenir &agrave; m'y glisser.            Heureusement, les herbes &eacute;taient hautes &agrave; cet endroit,            et je r&eacute;ussis quand m&ecirc;me la man&#156;uvre.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'homme ? Mais, o&ugrave; &eacute;tait-il ?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une silhouette m'apparut. Un homme barbu et            sale m'aborda. Il m'avait approch&eacute; &agrave; pas de loup, et il            ne faisait aucun bruit.<br>           Je lui donnai le papier et partis le plus vite que je pus. Derri&egrave;re            moi, l'homme chuchota :</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot;            Petit ! Tu ne me demandes pas mon nom ? &quot;</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je            me retournai, surpris. J'avais oubli&eacute; une &eacute;tape !</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&quot;            Heu !.. votre nom, monsieur ?<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;_Georges, petit. Va en paix. &quot;</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il            ne me resta plus qu'&agrave; faire le chemin en sens inverse, pour rejoindre            Jean, et retourner vers la Provence.</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;18            mars 1942,</font></p>         <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il            &eacute;tait dix heures du matin quand Jean et moi arriv&acirc;mes sur            le pas de la porte, chez moi. J'embrassai mes parents, et me couchai,            &eacute;reint&eacute; par toutes ces journ&eacute;es de marche. Mon            chat ne tarda pas &agrave; me rejoindre sur mon lit, et nous nous endorm&icirc;mes            ensemble.<br>           &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je r&ecirc;vai d'un camp, balay&eacute; par            des projecteurs, plong&eacute; dans le bruit, fumant, et o&ugrave; des            hommes, mes semblables, &eacute;taient tenus enferm&eacute;s par d'autres            de mes semblables. Pourquoi ? Pourquoi cette injustice ?</font></p>         <p> <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean            a quitt&eacute; la maison cette nuit l&agrave;, pour partir vers d'autres            contr&eacute;es. Il ne m'a pas dit au revoir, n'osant pas me r&eacute;veiller.</font></p>         <p></p>         <p> <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2" color="#C00000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Janvier            1995,</font></p>         <p> <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette            ann&eacute;e encore, la neige tombe sur ma Provence.</font></p>         <p> <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&Agrave;            l'heure ou j'&eacute;cris ces lignes, les cendres de Jean Moulin reposent            au Panth&eacute;on. Il est et sera toujours pour la France, et notamment            pour moi, le symbole de la lutte et de la r&eacute;sistance contre la            cruaut&eacute;. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ces quelques semaines que j'ai            pass&eacute; avec lui resteront &agrave; jamais grav&eacute;es dans            ma m&eacute;moire.</font></p>         <p align="center"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><a href="menu.html" onMouseOut="MM_swapImgRestore()" onMouseOver="MM_swapImage('retour','','images/retourb.gif',1)"><img name="retour" border="0" src="images/retoura.gif" width="80" height="30"></a></font></p>       </div>     </td>     <td align="center" valign="middle" background="images/traitd.gif" width="38">&nbsp;</td>   </tr>   <tr>      <td align="center" valign="middle" height="40" colspan="3"><img src="images/coinbg.gif" width="40" height="40"></td>     <td align="center" valign="middle" background="images/traitb.gif" height="40" width="420">&nbsp;</td>     <td align="center" valign="middle" width="40" height="40"><img src="images/coinbd.gif" width="40" height="40"></td>   </tr> </table> </body> </html> 
