<html> <head> <title>Disharmonies</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <link rel="stylesheet" href="centre.css" type="text/css"> </head>  <body bgcolor="#FFFFCC" link="#CC9933" vlink="999900" alink="FFCC33"> <table width="100%" border="0" height="3256">   <tr>      <td height="36" width="15%"><b><font color="#FFFFCC" face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><a href="centre.htm" class="style1">centre</a></font></b></td>     <td height="36" width="73%"><b><font size="4">La nuit dpossde</font></b></td>     <td height="36" width="15%">        <div align="right"><b><a href="mailto:disharmonies@free.fr"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="1">Disharmonies</font></a></b></div>     </td>   </tr>   <tr>      <td width="15%" height="3244">&nbsp;</td>     <td width="73%" height="3244"> <br>       <br>       <br>       <p class=Standard style='text-align:justify;'>Jcris ces mots dans le silence ; il fait nuit, jaime la nuit  traits        tirs dans le vacarme des machines, nous nous affairons, pugnace lueur dactivit.</p>        <p class=Standard style='text-align:justify;'>Jaime la nuit : rentrer du travail, tous dorment ; la Lune          claire seulement mon pas, la cigarette du boulanger et le silence.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Je me mets nu : on devrait trouver un corps chaud pelotonn          dans le lit. Elle sveille doucement sur un sourire, &nbsp;Bonjour&nbsp;          et, dune invite  Rejoins-moi  rappelle  la fatigue. </p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Je ne touche que des objets durs, ils me glent, je grelotte           je suis nu.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>La nuit peut tre carnaval, les flammes remontent aux visages,          les ombres titubent dans la fume : nous nous abreuvons de vin et de pomes          furieux  les mains tremblent  nos rves mergent, ceux que nous voulions          devenir, nos larmes noyes par le chant car, bien que la mort, le temps          qui prennise nos trahisons, nous continuons  le carnaval combat le nant.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>On ne croise aucun reflet : leau goutte, les lampadaires          clignotent, le pas sonne dans la rue dlaisse. Un vertige nous saisit          parfois, comme si le monde se drobait, comme si la ville, se rduisant           son image, allait soudainement disparatre. On souhaiterait, au dtour          dune ruelle, rencontrer celle qui sourirait, au retour, sous la couette.          On reste seul  soi-mme incertain  avec pour unique reflet, les mots          au cur du silence.</p>       <p class=Standard align=center style=' text-align:center'>***</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Je dbarrasse la table, la nettoie, je pose mon cahier dessus&nbsp;;          il ny a que lui et le cendrier&nbsp;&nbsp;ce cendrier qui pue, que je          hais, et que je remplis.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Puis je me tais&nbsp;; <a href="soliloque.htm">je cesse enfin          de parler aux murs</a>, de rpondre  la musique, aux dissipations radiophoniques.          Je caresse le bois de la table, frais, rugueux. Une sorte de vibration          emplit la pice&nbsp;: la solitude.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Je serais dans un lieu chaud et frais  la fois&nbsp;: nu.          Des brindilles simmiscent entre mes orteils, je me pme au soleil&nbsp;:          muscles assouplis, peau tincelante de sueur&nbsp;&nbsp;mon sexe balance          librement, ma tte fonctionne sereinement&nbsp;&nbsp;corps dispos.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Au fond de la cuvette, au milieu des pins, un trou deau          aliment par une cascade&nbsp;: je plonge, je nage dlectablement&nbsp;          leau menrobe, leau o je glisse, eau claire, eau merveilleuse&nbsp;;          leau qui porte la vie. Sur le rivage,  lombre dun saule pleureur,          cette femme, aussi nue que moi, femme qui rit, qui joue, qui sattendrit.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Dans le vacarme des machines, cette autre femme me sourit,          et je lui souris en retour&nbsp;&nbsp;ou bien ai-je commenc&nbsp;?</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>La fuite est interdite,  peine une vasion, le rve de rentrer           laube et la voir se glisser sous la couette&nbsp;: culotte, tee-shirt          et chaussettes, rompue par le travail, douce au matin.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Aucune ombre sous les lampes au non, nous nous affairons&nbsp;:          corps casss, quelle place pour les rves&nbsp;?</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Cette femme sreinte,  ma porte, je ne tends pas la main,          nesquisse pas une phrase&nbsp;: impuissant. Et puis les promesses du          couple ne sont-elles pas ventes&nbsp;? Il faudrait lintimit, les conflits          qui en rsultent, les longues annes qui amnent  lacceptation de lautre&nbsp;;          cela pour mourir ensemble.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Je nirai pas&nbsp;: impuissant.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>La faim ne faiblit pas, avec sa cohorte de rires et de colres,          elle nous agace, nous nerve&nbsp;;  peine calme, la voici qui revient.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Aussi manger frugalement, repousser le repas pour lapprcier          dautant plus&nbsp;: ce sont les stratgies du sage&nbsp;; qui confirment          notre impuissance.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Dans chaque foyer le drame couve&nbsp;: on entend soudain          hurler ou supplier&nbsp;; parfois des coups ports.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Faims inassouvies, frustration exacerbe&nbsp; on ne supporte          brusquement plus sa vie, ni lautre, on voudrait les briser, les deux          ensemble.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Moi et cette femme, nous changeons de pitres sourires,          sincres, incontrlables, et nous continuons  nous affairer, dans le          vacarme des machines.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Pourtant, pourtant, plus dur le travail, plus gai le repos&nbsp;;          et je rentre, et je suis rentr, et la musique crie, je danse, dbile          et heureux, je chante  tue-tte, je mange, masperge la glotte de caf&nbsp;          week-end.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Les nerfs me dmangent&nbsp;; je men fous, de tout&nbsp;          espoirs sentimentaux, projets grandioses&nbsp;: Bacchus me tend la main,          dedans il tient un verre de vin.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Je me dplie voluptueusement, songes et fantasmes, fantasmagories          ressuscitent, grimacent au monde&nbsp;: temps de courir, de gesticuler,          de laisser sa place  la joie&nbsp;; cest notre joie, toujours renaissante,          qui reinte la mort, qui distraie nos faiblesses, nos erreurs&nbsp; notre          soumission.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Personne ne tuera la joie.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Peut-tre notre rire est-il vulgaire et notre ivresse profonde&nbsp;;          puis, on ne boit plus pour le plaisir de laisser nos sens nous chapper&nbsp;:          on boit pour oublier ce regard, entraperu, le regard dun <a href="dernierverre.htm">enfant          malheureux</a>, sy mlent colre et tristesse&nbsp; il se raidit pour          supporter la souffrance.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Histoire rpte des parents indignes, on scrierait &nbsp;Ne          ten fais pas, les choses sarrangeront, toi aussi, un jour, on toffrira          tendresse et affection et, mme eux, regarde&nbsp;: ils font de leur mieux,          seule leur impuissance les empche.&nbsp;&nbsp;; mais ce regard, regard          terni, coupe les mots, on boit, pour oublier.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Regards ternes, gestes sans signification, professionnels&nbsp;:          il ny a que a dans le vacarme des machines.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Tout de mme, encore ici, la vie palpite, on se bat&nbsp;&nbsp;nos          rires ne steignent pas compltement, mme ici, encore ici, la joie ne          sendort pas, elle somnole et ressurgit&nbsp; des sourires schangent,          des plaisanteries, la douceur se diffuse dun corps de femme recroquevill          autour dune tasse de caf, le rougeoiement des cigarettes, leur fume          cre, rchauffent la fatigue&nbsp; pause.</p>       <p class=Standard align=center style=' text-align:center'>***</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Seuls le ronronnement de la machine  caf et sa lumire se          manifestent dans le calme&nbsp;; derrire la fume de ma clope, derrire          la vitre, la zone industrielle se repose de la journe, les enseignes          aurolent la pluie.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Je pense  ce pays en ruines, l-bas, dans le Caucase&nbsp;          une fillette devient muette au son des hlicoptres, une mre habille          ses enfants chaque soir... un mort doit tre vtu convenablement&nbsp;&nbsp;une          famille compte ses vivants, boit le th sous les chocs sourds des bombardements.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Je pense  une musique qui me tord lme et mirrigue les          veines&nbsp;; elle me dit que je partirai un jour, sans bagages, pour          visiter mes frres, menchanter de mes surs.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Une femme me sourit farouchement au bord du fleuve Sngal,          un vieillard glisse sous ses prunelles au bord du Gange&nbsp;; Tokyo lexcentrique          menchane  ses dmences&nbsp; et mon corps vibre de musique et jenvie          les mains dargent qui faonnent cette beaut, moi, cur vert-de-gris.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Seuls le ronronnement de la machine  caf et sa lumire se          manifestent dans le calme&nbsp;; derrire la fume de ma clope, derrire          la vitre, la zone industrielle se repose de la journe, les enseignes          aurolent la pluie&nbsp;: je ne retourne pas encore dans le vacarme des          machines&nbsp; pause.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'><b><br>         Baby Babel</b></p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Regardez&nbsp;: comme les esprits sont partout prsents&nbsp;          vous souvenez-vous&nbsp;? vous saviez alors fondre votre regard, et le          rel perdait sa texture, vapor de brume&nbsp;; puis, vous souvenez-vous&nbsp;?          la matire soudain vous rvlait ses motifs&nbsp;: de la pierre, du bois,          de tout matriau naissaient des visages souriants ou ricanants, amicaux,          hostiles. Ces esprits qui nexistent que dans limaginaire&nbsp;; ces          esprits qui, donc, existent.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Ils sont partout prsents dans la fort, les esprits&nbsp;          surgissent dune branche, dune broussaille&nbsp; murmurent dans le vent,          dans les ruisseaux&nbsp;; car, au cur de la fort, sous le chne sculaire,          le pilier de lunivers, se tient <i><a href="istembo.htm">Baby Babel</a></i>.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Ramifications innombrables, <i>Baby Babel</i>, derrire ses          vitres baignes dclat, je retrouve des amis&nbsp;: Raspatello, pote          au vin mauvais, dfenseur des causes perdues&nbsp;; Nomi Taxi quaucun          ordre nordonna, quaucune flche ne flchit&nbsp;; et Passecrotte qui          connat les chemins secrets, minitia au grand mystre&nbsp;: tout nat          du dchet, tout finit avec lui.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify;'>Ensemble, nous convoquons des sarabandes de lutins et de          <a href="morgnine.htm">gnomes</a> qui nous rappellent&nbsp;: ignore les          messages des normalisateurs, rveille ton innocence, ta curiosit, cherche           savoir, non plus  croire, et partage ta tendresse avec ton proche&nbsp;          tendresse de piti.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Je tousse, trop fum&nbsp;: la zone industrielle rapparat&nbsp;&nbsp;pluie&nbsp;,          je me lve de ma chaise. Les machines tournent, tournent, vacarme, vacarme          des machines, lumire froide, angles saillants&nbsp; je suis de retour.</p>       <p class=Standard align=center style=' text-align:center'>***</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Seulement le dcompte de la pendule, la roulette du briquet&nbsp;&nbsp;flamme&nbsp;,          le grsillement de la cigarette, une bouffe, encore une bouffe de poison.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>La nuit&nbsp;&nbsp;la nuit coule&nbsp;; de nouveau, la table,          le cendrier, un cahier, un stylo&nbsp;: quelques mouvements dans le btiment,          on se couche&nbsp; quoi dautre dans le froid de lhiver&nbsp;?</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify'>Il faudra bientt sortir, grimper sur le vlo&nbsp;; quelques          attards saouls sur les trottoirs&nbsp; puis, les machines, leurs hurlements,          leurs chocs.</p>       <p class=Standard style=' text-align:justify; '>Dans la nuit, dans le vacarme des machines, des rves schangeront, des sourires&nbsp;&nbsp;des          humanits.</p>       </td>     <td width="15%" height="3244">&nbsp;</td>   </tr> </table> </body> </html> 
