<html> <!-- date de creation: 06/08/02 --> <head> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <title>[ V U E S&nbsp;&nbsp;&nbsp;E N&nbsp;&nbsp;&nbsp;C  U P E ] - Week-end mortel</title> <meta name="ROBOTS" content="ALL"> <meta name="Description" content="Courtes fictions et posie en franais et en anglais. Site participatif."> <meta name="Keywords" content="fiction, posie, nouvelles"> <meta name="Author" content="Brigitte Collet"> <style> <!--A{text-decoration:none}--> </style> <!-- DEBUT DU SCRIPT --> <STYLE TYPE="text/css"> <!--  A:hover {color:#000000;} A:hover {text-decoration:underline;} --> </STYLE> <!-- FIN DU SCRIPT --> </head> <body bgcolor="#ffffff" link="#000000" vlink="#000000" text="#000000" alink="#000000" SCROLL=auto LEFTMARGIN="0" TOPMARGIN="0" MARGINWIDTH="0" MARGINHEIGHT="0"> <font face="arial, geneva, helvetica" size=-2> <table width="100%" height="100%" cellspacing="0" cellpadding="30">     <tr>       <td height="20%"><font face="arial, geneva, helvetica" size=-2><img src="venc1.gif" border="0" width="517" height="42" alt="vues en coupe"><br>&nbsp;<br></td>     </tr>     <tr>       <td bgcolor="#cccccc" height="10%"><font face="arial, geneva, helvetica" size=-2></td>     </tr>     <tr>       <td bgcolor="#555555" height="10%"><font face="arial, geneva, helvetica" size=-2> 	  <div align="right"><b> 	  <font color="#ffffff">/</font></b> <A HREF="quoi.htm" onMouseOver="window.status='o suis-je donc?.. .  .   .';return true" onMouseOut="window.status='';return true"><b>?</b></A>       &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 	  <b><font color="#ffffff">/</font></b> <A HREF="liste.htm" onMouseOver="window.status='je m\'abonne.. .  .   .';return true" onMouseOut="window.status='';return true"><b>liste</b></a>       &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 	  <b><font color="#ffffff">/</font></b> <A HREF="archives.htm" onMouseOver="window.status='archives.. .  .   .';return true" onMouseOut="window.status='';return true"><b>@rchives</b></A> 	  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 	  <b><font color="#ffffff">/</font></b> <A HREF="index.htm" onMouseOver="window.status='nouveaux textes.. .  .   .';return true" onMouseOut="window.status='';return true"><b>nouveaux</b></A> 	  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</td>     </tr>     <tr>       <td><font face="arial, geneva, helvetica" size=-2> 	  <b>Week-end mortel</b><br>&nbsp;<br> 	  Vendredi, 20 heures.<br>&nbsp;<br> Tout cela exhalait l'ennui. Banlieue propre, quartier calme, rcemment cr pour les besoins de jeunes couples no-bourgeois en mal de verdure, pelouses polices, stores mcaniques et cltures blanches. La maison ne drogeait pas  cette impeccable normalit: des petits rideaux  chaque fentre pour camoufler les issues, la tlvision et la vido caches dans des caricatures de mobilier rustique, une dcoration coteuse mais insignifiante, des tableaux ruraux luxueusement encadrs. Somme toute, l'habituelle glorification du vulgaire. L'ordre tait videmment parfait, cependant parsem d'obstacles tudis pour crier l'humaine condition (un journal ngligemment ouvert sur le guridon, des fleurs poses devant la fentre, elle aurait pu dcrire tout cela les yeux ferms).<br>&nbsp;<br> Christine touffa un billement,  dfaut d'touffer la matresse de maison. &quot;a va tre mortel&quot;. Elle sourit. En rgle gnrale, elle ne souriait d'ailleurs qu' ses propres plaisanteries. Economie de temps, conomie d'nergie.<br>&nbsp;<br> Vendredi, 22 heures.<br>&nbsp;<br> La soire avanait et les plaisanteries prives avaient remplac les civilits. Les talents s'taient tout naturellement rpartis autour de la nappe: Lydia, l'htesse, trouvait les sujets de conversation; Herv, l'hte, veillait  remplir les verres; Tony, l'obligatoire cousin brave type, lanait  un rythme de mtronome des blagues correctement graveleuses. Christine mangeait, se taisait, et dcochait rgulirement des coups d'escarpin au chien. Non, elle n'tait pas l'amie qu'il avait toujours cherche au long de son existence canine et baveuse.<br>&nbsp;<br> Quant  Francis, son contact, il se contentait d'tre bat. Se faire inviter par ce gentil imbcile avait t d'une facilit prvisible.<br>&nbsp;<br> Le repas tait assez satisfaisant, mais quelques parcelles d'ennui apparaissaient nanmoins,  et l. Trop d'artifices. L'espace tait barr de petits objets et de petites prcautions culinaires qui formaient un nuage de superficialit, assez pnible, entre Christine et son apptit.<br>&nbsp;<br> Samedi, 10 heures.<br>&nbsp;<br> La nuit s'tait droule selon les prvisions, et Christine s'tait plie sans motion, mais avec les gmissements adquats, aux treintes enthousiastes de Francis. Rgle n6: &quot;Tout contact doit recevoir compensation avant l'accomplissement du contrat&quot;.<br>&nbsp;<br> La salle de bain, assez coquette, se trouvait  l'tage,  ct de la chambre. Christine tudia rapidement son image dans le miroir. Elle aimait peu le look &quot;Feux de l'amour&quot; qu'on lui avait impos cette fois. Rien ne valait le grand classique Quai des Brumes, imper cir et bret sur la mche platine. L'avantage tait que son brushing btonn ne bougerait pas de tout le week end.<br>&nbsp;<br> A peine tait-elle sortie de la douche qu'elle entendit Lydia de l'autre ct de la porte. &quot;Il ne fallait pas utiliser cette douche l! J'aurais d vous prvenir...&quot;. Dans sa voix, on sentait que, plutt que de se sentir coupable comme elle le prtendait, l'htesse la haissait dj en secret. Christine ouvrit la porte et exposa poliment son incomprhension. &quot;Personne n'utilise cette douche. La cramique est belle, il ne faut pas la gcher, et les robinets sont neufs. Si nous vendons la maison un jour, autant la conserver comme neuve...&quot;<br>&nbsp;<br> L'espace d'une seconde tentatrice, Christine entrevit le visage de son htesse, atrocement dfigur par une gicle d'acide, sourire grimaant sur des gencives dnudes. Elle se matrisa. Un contrat est un contrat. Et entreprit de nettoyer la salle de bain.<br>&nbsp;<br> Samedi, 11 heures.<br>&nbsp;<br> Elle avait frott, rcur, poli et s'tait cass un ongle. Dtestable.<br>&nbsp;<br> Quelques longueurs de piscine eurent presque raison de la mauvaise humeur qu'elle sentait poindre. Il suffirait d'un caf et tout serait aussi parfait que ce pouvait l'tre.<br>&nbsp;<br> Francis lui barra le chemin de la cuisine avec une clrit inquite: &quot;Tu as pens  nettoyer la piscine?&quot;<br>&nbsp;<br> Christine apprit alors ce que signifie nettoyer une piscine. Retirer le filtre, le vider, repcher les dbris organiques qui jonchaient la surface, dont la chute depuis les arbustes alentour ne pouvait bien sr tre due qu' son crawl vigoureux.<br>&nbsp;<br> Francis l'aidait, tout en se justifiant avec des &quot;Nous sommes les invits, quand mme...&quot;. La vision de son corps, livide et gonfl d'eau, flottant mollement sur la surface bleue dbarrasse de tout autre dchet, l'aida  le supporter jusqu'au moment o elle put enfin boire son caf.<br>&nbsp;<br> Une pointe de paranoa naissante la dissuada de manger un toast. Elle redoutait d'avoir  passer l'aspirateur de la cave au grenier.<br>&nbsp;<br> Samedi, 16 heures.<br>&nbsp;<br> Ils avaient bien entendu djeun sur la terrasse, sous un soleil implacable.<br>&nbsp;<br> A la prvisible salade compose s'taient ajouts les non moins prvisibles gambas grilles et l'encore plus prvisible ros bien trop glac. La conversation avait tout aussi prvisiblement roul sur le prochain grand prix de Formule 1, les charmes compars de la Cte d'Azur et de la Bretagne, le prix absolument fou de l'immobilier et les drapages du gouvernement, ce dernier sujet scand par des &quot;tsss tsss&quot; prudents de la matresse de maison. Aussi inutile que pesant. Ce contrat ne valait pas l'effort que Christine fournissait.<br>&nbsp;<br> Elle n'avait pas plus tt bu son caf et teint sa cigarette qu'Herv s'tait prcipit pour prendre le cendrier et aller le laver frntiquement dans la cuisine, avant de l'essuyer, puis de le reposer en lui lanant un regard lourd. Elle avait rsist, cette fois encore,  la vision du cendrier (propre) creusant un trou superbe dans le front de son hte, et tait rentre dans le salon.<br>&nbsp;<br> Samedi, 18 heures.<br>&nbsp;<br> Elle avait bien mis une demi heure avant de trouver la tlcommande de la tlvision, qui se cachait dans un faux livre en bois, d'une atrocit qui touchait  la perfection. Elle s'tait enfin assise sur le divan en retirant l'immonde imitation de toile de Jouy qui le recouvrait. Maintenant, elle n'avait plus qu' tuer le temps. Elle sourit encore.<br>&nbsp;<br> Tony surgit alors et se mit  vrombir qu'il fallait mieux pour elle que Lydia ne l'ait pas surprise, et que, au cas o elle serait devenue aveugle, qu'il s'agissait d'un divan en cuir et que personne, pas mme le Christ s'il venait  apparatre dans cette pice, ne devait s'y asseoir sans que la toile soit installe.<br>&nbsp;<br> Christine se concentra sur l'ongle de son medius gauche, mais la vision du cousin en bovin emmen  l'abattoir n'y suffit pas. Elle leva un doigt vers le ciel, soupira &quot;c'en est trop&quot; et regarda fixement Tony, le noyant dans ses yeux clairs: &quot;Voyez, toute chair est comme l'herbe... Hlas! L'herbe se fltrit et la fleur se fane&quot;. Un clair brutal dchira le ciel verdissant de cette fin d'aprs-midi.<br>&nbsp;<br> Samedi, 20 heures.<br>&nbsp;<br> Elle avait accompli son contrat en fredonnant. &quot;Denn alles Fleisch es ist wie Gras. Und alle Herrlichkeit wie des Grases Blumen... Das Gras is verdorret, und die Blume abgefallen...&quot;. Le Deutsches Requiem de Brahms convenait toujours  ces moments l. Elle enfilait son impermable cir quand son portable mit un grelottement insistant. Elle haussa les paules. Elle savait qu'elle avait outrepass les termes du contrat. Elle subirait une semonce, bien entendu. Elle osait esprer que la punition n'irait pas jusqu' rejoindre une brigade d'agents spcialiss dans les catastrophes  grande chelle. Elle avait toujours prfr travailler seule.<br>&nbsp;<br> - Oui?<br> - Vous savez que vous avez enfreint...<br> - Oui.<br> - Le terme n'tait chu que pour le contact qui vous tait signal. Vous voudrez bien, dornavant, respecter vos...<br> - Oui, bien entendu. Mais la situation tait un peu spciale. Je me matriserai mieux  l'avenir. Autre chose?...<br> - Sortez. A huit maisons  droite, de l'autre ct de la rue. Contentez-vous de sonner. La grand-mre s'croulera.<br>&nbsp;<br> Elle teignit son portable avec un sourire mince. Elle s'en tirait bien cette fois.<br>&nbsp;<br> Pas d'accident de voiture, pas de tremblement de terre, pas de catastrophe  orchestrer. Rien qu'une petite mort naturelle, toute simple. Christine noua la ceinture de son impermable, vrifia d'un geste que son bret tait bien pos sur son front, ouvrit la porte au chien et traversa la rue en fredonnant le Requiem.<br>&nbsp;<br> Lydia ne s'inquiterait plus pour la salle de bain. Le tuyau de la douche lui offrait un collier high-tech, inattendu et dfinitif. Francis faisait comme prvu un noy trs acceptable. Tony gisait sur le divan, l'immonde imitation de toile de Jouy profondment enfonce dans la gorge. Quant  Herv, il n'aurait plus jamais  se proccuper du cendrier. Christine l'avait nettoy, aprs. 	  <br>&nbsp;<br>       <b><a href="mailto:vues.en.coupe@free.fr">Vues en Coupe, 2002</a></b><br>&nbsp;<br> 	  </td> 	  </tr> 	  <tr> 	  <td bgcolor="#000000" height="10%"><font face="arial, geneva, helvetica" size=-2>&nbsp;</td>     </tr> </table>   </body> </html> 
