<HTML>   <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 3.0 Mac">   <TITLE>Extrait Voix sur la montagne</TITLE> </HEAD> <BODY BACKGROUND="../PageMill_Resources/FondAlire.gif">  <H1><CENTER>La Voix sur la montagne</CENTER></H1>  <P><CENTER>de</CENTER></P>  <H2><CENTER>Maxime Houde</CENTER></H2>  <H2><CENTER>&nbsp;</CENTER></H2>  <P>&nbsp;</P>  <BLOCKQUOTE>   <P>Extrait du chapitre 7, p 57-67</P>   <P>Malgr&eacute; l'heure tardive, il y avait autant d'activit&eacute;   au centre-ville que dans une ruche. Les tramways dans Sainte-Catherine   d&eacute;versaient leurs passagers, les voitures se suivaient   &agrave; la queue leu leu, tous phares allum&eacute;s. Des klaxons   et les cloches des tramways retentissaient par-dessus les bruits   de la foule et des voitures, cr&eacute;ant une cacophonie m&eacute;lodieuse.   La nuit tomb&eacute;e, les enseignes lumineuses de l'El Morocco,   du Downbeat, du Tic-Toc attiraient les f&ecirc;tards comme le   miel attire les mouches.<BR>   Je roulai dans le quadrillage des rues telle une souris dans   un labyrinthe pour aboutir devant le Savoy. Le bruit me frappa   comme un coup de poing au visage quand j'entrai, m&eacute;lange   des conversations des clients et de la musique de l'orchestre,   juch&eacute; sur une petite tribune dans un coin de la salle.   Je me faufilai entre les tables jusqu'au bar capitonn&eacute;   de cuir rouge. Mes yeux n'&eacute;taient pas encore habitu&eacute;s   &agrave; la fum&eacute;e et ils se pliss&egrave;rent d'eux-m&ecirc;mes.   Il y avait un grand miroir derri&egrave;re le bar qui r&eacute;fl&eacute;chissait   la salle, donnant une fausse impression de grandeur. On &eacute;tait   tass&eacute;s comme des sardines.<BR>   J'appuyai un coude sur le bar tach&eacute; par l'alcool et br&ucirc;l&eacute;   par les cigarettes. Le barman, debout &agrave; l'autre bout,   essuyait un verre &agrave; gin. Quand il me vit, il rangea le   verre et vint me trouver. C'&eacute;tait un homme pas tr&egrave;s   grand, au visage osseux, qui avait ce regard blas&eacute; qu'ont   tous les barmen.<BR>   &laquo;&nbsp;Bonsoir. Qu'est-ce que ce vous prenez, m'sieur ?<BR>   - Un whisky-soda.&nbsp;&raquo;<BR>   Il hocha la t&ecirc;te et s'&eacute;loigna.<BR>   J'observai l'orchestre. Le bassiste et le saxophoniste ne me   disaient rien, mais le pianiste m'&eacute;tait familier. Roland   Lavall&eacute;e. Je l'avais d&eacute;j&agrave; entendu ailleurs.   Au moment o&ugrave; je l'observais, ses mains sautillaient si   vite sur les touches qu'elles semblaient ne pas les toucher.   Il hochait la t&ecirc;te en cadence. Puis la gauche traversa   le clavier de long en large, pourchass&eacute;e par la droite,   et revint sur ses pas. Sous les tables, des dizaines de jambes   tressautaient. Il aurait fait danser un cul-de-jatte.<BR>   Le barman revint avec mon verre. Il le d&eacute;posa sur le bar,   une serviette en papier blanc dessous.<BR>   &laquo; Le boss est l&agrave; ?<BR>   - Oui, il est &agrave; son bureau.<BR>   - Merci. &raquo;<BR>   Je lui tournai le dos et examinai la foule en sirotant mon whisky-soda.   Il y avait les traditionnels buveurs solitaires accoud&eacute;s   au bar, leurs yeux mornes riv&eacute;s au fond de leur verre,   oublieux de tout ce qui se passait autour d'eux. Les couples   prenaient place aux tables. Toutes les femmes dans la salle avaient   un cavalier, sauf trois d'entre elles. Elles &eacute;taient assises   au fond, toutes pomponn&eacute;es, se nourrissant de cigarettes   et de Singapour Sling.<BR>   Soudain, un homme se fraya un chemin entre les tables pour les   rejoindre. Il avait la d&eacute;marche rapide et raide d'un homme   qui veut avoir l'air circonspect, mais qui n'y arrive pas. Il   &ocirc;ta son feutre et se pencha sur une des filles, une cr&eacute;ature   bien en chair aux cheveux roux. La fille lui adressa un sourire   professionnel, ils &eacute;chang&egrave;rent quelques mots, la   fille hocha la t&ecirc;te et se leva. Elle se dirigea vers la   sortie, l'homme sur ses talons. L'homme tripotait le rebord de   son feutre en regardant droit devant lui.<BR>   Je retournai &agrave; mon whisky-soda. Je ne sais pas si c'est   le fait de voir tous ces couples dans la salle, mais mes pens&eacute;es   d&eacute;riv&egrave;rent bient&ocirc;t vers Kathryn. Il y avait   un temps o&ugrave; l'on fr&eacute;quentait les bars comme le   Savoy. On y restait jusque tard dans la nuit, les samedis soir   surtout, &agrave; boire et &agrave; &eacute;couter la musique.   On ne dansait pas, ou on ne se tenait pas la main. On ne faisait   qu'&eacute;couter. Le simple fait de sentir la pr&eacute;sence   de l'autre nous suffisait.<BR>   Et maintenant elle n'&eacute;tait plus l&agrave;. La musique   me parut soudain moins bonne. Je commandai un deuxi&egrave;me   whisky-soda, m&ecirc;me si je n'en avais pas vraiment envie.<BR>   &laquo; Vous me payez un verre ? &raquo; dit une voix derri&egrave;re   moi.<BR>   Je tournai la t&ecirc;te. La voix appartenait &agrave; une blonde   aux yeux bleus. Elle &eacute;tait v&ecirc;tue d'une robe qui   laissait deviner &agrave; une extr&eacute;mit&eacute; une poitrine   &agrave; damner un saint et d&eacute;voilait &agrave; l'autre   des mollets et des chevilles un peu maigres. Et elle portait   une tonne de maquillage - m&ecirc;me les ongles de ses orteils   qui pointaient au bout de ses sandales &agrave; talons hauts   &eacute;taient vernis.<BR>   C'&eacute;tait Sylvia Dufresne.<BR>   &laquo; Je ne sais pas si je devrais.<BR>   - Allons, monsieur Coveleski, dit-elle en se glissant sur le   tabouret &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi. Juste un.<BR>   - Bon, O.K. Juste un. &raquo;<BR>   Elle d&eacute;posa son sac &agrave; main sur le bar et demanda   au barman un Bloody Mary avec un doigt de sauce Tabasco. Puis   elle me regarda en souriant de toutes ses dents blanches.<BR>   &laquo; C'est un dr&ocirc;le de hasard de se rencontrer ici.<BR>   - En effet. Je ne me serais jamais attendu &agrave; vous trouver   dans un endroit pareil.<BR>   - Je sais que je n'ai pas d'affaire ici, dit-elle en baissant   la t&ecirc;te comme si elle avait honte.<BR>   - Qu'est-ce que vous avez dit &agrave; votre m&egrave;re ?<BR>   - Que j'allais &agrave; l'Orpheum avec des amies. Je suis pass&eacute;e   chez l'une d'elles pour me changer et me faire une beaut&eacute;   avant de venir ici. Si ma m&egrave;re apprend que je lui ai menti,   elle va &ecirc;tre f&acirc;ch&eacute;e. Vous pouvez garder le   secret ?<BR>   - Je peux bien faire &ccedil;a. Mais votre m&egrave;re va s'en   apercevoir. Vous ne porterez pas les m&ecirc;mes v&ecirc;tements   quand vous allez rentrer.<BR>   - Vous pouvez me tutoyer, vous savez. On vouvoie les gens plus   vieux que soi, pas le contraire.<BR>   - Comme tu veux.<BR>   - Bien, dit Sylvia. Et ma m&egrave;re ne va s'apercevoir de rien.   Elle va &ecirc;tre couch&eacute;e depuis longtemps quand je vais   rentrer.<BR>   - Hum ! c'est tr&egrave;s brillant.<BR>   - Merci, dit-elle avec un sourire. Vous avez une cigarette ?<BR>   - Tu fumes ?<BR>   - &Ccedil;a m'arrive, de temps en temps. &raquo;<BR>   Je lui tendis mon paquet de Grads. Coveleski, corrupteur de la   jeunesse. Elle prit une cigarette et se pencha vers la flamme   de mon briquet, me laissant jeter un oeil au creux de son d&eacute;collet&eacute;.   Puis elle me d&eacute;visagea &agrave; travers la fum&eacute;e,   les yeux mi-clos, tandis que je m'allumais une cigarette &agrave;   mon tour.<BR>   &laquo; Vous me plaisez bien, monsieur Coveleski, d&eacute;clara-t-elle.<BR>   - Ce n'est pas un verre que j'aurais d&ucirc; te payer. C'est   une paire de lunettes.&nbsp;&raquo;<BR>   Elle rit, un peu trop fort.<BR>   Le barman revint avec son Bloody Mary et mon whisky-soda. Elle   d&eacute;posa sa cigarette dans le cendrier sur le bar et porta   son verre &agrave; ses l&egrave;vres. L'orchestre &eacute;tait   pass&eacute; &agrave; une pi&egrave;ce plus calme. Le bruit dans   la salle avait diminu&eacute;. Je profitai du changement d'atmosph&egrave;re   pour essayer de faire avancer mon enqu&ecirc;te.<BR>   &laquo; J'ai eu une conversation des plus int&eacute;ressantes,   hier apr&egrave;s-midi, dis-je. Avec Dan Cloutier.&nbsp;&raquo;<BR>   Sylvia me regarda en fron&ccedil;ant les sourcils.<BR>   &laquo; Dan Cloutier ?<BR>   - L'ex-chauffeur de ta grand-m&egrave;re.<BR>   - Ah oui, dit-elle en &eacute;changeant son verre contre sa cigarette.   De quoi avez-vous parl&eacute; ?<BR>   - Du collier de ta grand-m&egrave;re.<BR>   - Donc elle vous a engag&eacute; pour le retrouver.<BR>   - Oui. Cloutier m'a racont&eacute; une histoire fort amusante,   dis-je avec le sourire requis.<BR>   - C'est quoi ? C'est quoi ? dit Sylvia avec enthousiasme.<BR>   - Il m'a dit que tu l'avais attir&eacute; dans ton lit.&nbsp;&raquo;<BR>   J'observai sa r&eacute;action. Ses yeux s'&eacute;carquill&egrave;rent,   tandis qu'elle tirait sur sa cigarette. Soit elle &eacute;tait   bonne actrice, soit elle &eacute;tait vraiment choqu&eacute;e.   Elle rejeta la fum&eacute;e par ses narines en tapotant sa cigarette   au-dessus du cendrier.<BR>   &laquo; Il vous a dit &ccedil;a ? demanda-t-elle.<BR>   - Pas tout &agrave; fait. Il a ajout&eacute; certains d&eacute;tails,   mais je vais te les &eacute;pargner.&nbsp;&raquo;<BR>   Elle poussa un petit rire sarcastique.<BR>   &laquo; C'est plut&ocirc;t moi qui aurais d&ucirc; vous raconter   cette histoire-l&agrave;, monsieur Coveleski. En inversant les   r&ocirc;les.<BR>   - Il t'a fait des avances ?<BR>   - Plus que &ccedil;a. Un apr&egrave;s-midi, j'&eacute;tais assise   dans la balan&ccedil;oire, dans la cour de ma grand-m&egrave;re.   Il est venu me voir. Il a pass&eacute; un bras autour de mes   &eacute;paules et il m'a dit qu'il voulait juste un petit bec.   Il avait bu, son haleine puait l'alcool. Il a essay&eacute; de   glisser la main sous mon chandail.<BR>   - Qu'est-ce que tu as fait ?<BR>   - Je lui avais dit que je crierais &agrave; tue-t&ecirc;te s'il   n'arr&ecirc;tait pas. Il n'arr&ecirc;tait pas, j'ai cri&eacute;   et Bertaud, le cuisinier, est arriv&eacute; en courant. Cloutier   s'est lev&eacute; et il a quitt&eacute; la terrasse en titubant,   &agrave; moiti&eacute; so&ucirc;l. Je suis contente que ma grand-m&egrave;re   l'ait renvoy&eacute;. Je n'ai jamais &eacute;t&eacute; &agrave;   l'aise avec lui.&nbsp;&raquo;<BR>   Sylvia sirota son Bloody Mary. &Ccedil;a me rappela que je n'avais   pas touch&eacute; &agrave; mon verre. Je le portai &agrave; mes   l&egrave;vres. Lequel des deux avait s&eacute;duit l'autre ?   Malgr&eacute; ce que Sylvia m'avait racont&eacute;, elle en rajoutait   pour me convaincre qu'elle disait vrai. Sa main se posa sur mon   bras et le caressa doucement.<BR>   &laquo; Ne parlons plus de &ccedil;a, monsieur Coveleski. &Ccedil;a   vous dirait d'&ecirc;tre mon cavalier pour la soir&eacute;e ?   On pourrait aller chez Maurice manger et danser. J'ai des fourmis   dans les jambes&nbsp;!&nbsp;&raquo;<BR>   Je regardai sa petite bouche rouge et ses seins et ses hanches   moul&eacute;es dans sa robe. Elle &eacute;tait all&eacute;chante,   pas de doute l&agrave;-dessus. Mais je trouvais un peu navrant   qu'une fille de son &acirc;ge s'accoutre comme elle s'&eacute;tait   accoutr&eacute;e et sorte dans les bo&icirc;tes de nuit. Et en   plus, j'avais du travail.<BR>   &laquo; Non merci. Je suis ici pour affaires. &raquo;<BR>   J'&eacute;crasai ma cigarette et sortis de ma poche deux billets   de un dollar, que je glissai sous mon verre.<BR>   &laquo; Dommage, soupira th&eacute;&acirc;tralement Sylvia.<BR>   - Une autre fois, peut-&ecirc;tre.<BR>   - Je l'esp&egrave;re. Merci pour le Bloody Mary, monsieur Coveleski.<BR>   - De rien. &raquo;<BR>   Je me faufilai entre les tables jusqu'au fond de la salle. Un   escalier branlant menait au premier &eacute;tage. Je le gravis   et traversai le couloir sombre qu'il y avait au sommet. Les sons   de l'orchestre n'arrivaient plus qu'att&eacute;nu&eacute;s. Je   cognai &agrave; la porte au bout du couloir.</P>   <P><CENTER>***</CENTER></P>   <P>&laquo; Entrez, entrez &raquo;, dit une voix lasse.<BR>   J'entrai et fermai la porte derri&egrave;re moi. La pi&egrave;ce   &eacute;tait &agrave; peine plus grande qu'une penderie. Le mobilier   se r&eacute;duisait &agrave; deux classeurs, un bureau et une   carpette miteuse. Il n'y avait qu'une fen&ecirc;tre, sans rideau.   Elle donnait sur le mur en brique de l'immeuble voisin, de l'autre   c&ocirc;t&eacute; de la ruelle.<BR>   L'homme assis derri&egrave;re le bureau faisait comme si je n'&eacute;tais   pas l&agrave;. Il avait le nez plong&eacute; dans de la paperasse.   La fum&eacute;e d'un cigare qui br&ucirc;lait dans le cendrier   pr&egrave;s de son coude s'&eacute;levait paresseusement vers   le plafond.<BR>   &laquo; Salut, Nick &raquo;, dis-je.<BR>   Il leva la t&ecirc;te puis, me reconnaissant, la rebaissa.<BR>   &laquo; Tiens, tiens, tiens. Si ce n'est pas mon vieil ami Coveleski,   le d&eacute;tective de la police.<BR>   - D&eacute;tective tout court. Je travaille &agrave; mon compte,   maintenant.<BR>   - Ah. Tant mieux pour toi. &raquo;<BR>   Des photos des musiciens ayant d&eacute;j&agrave; jou&eacute;   au Savoy s'alignaient sur un des murs. Je les examinai, comme   si elles m'int&eacute;ressaient. Je reconnus plusieurs des visages,   mais sans pouvoir mettre un nom dessus.<BR>   Rien ne se passa pendant un moment. Puis mon silence aga&ccedil;a   Nick et je le sentis bouger derri&egrave;re moi.<BR>   &laquo; Qu'est-ce que tu veux ?<BR>   - J'ai vu en bas que les affaires allaient bien, dis-je en continuant   d'examiner les photos. F&eacute;licitations.<BR>   - Merci. La comp&eacute;tition est dure.<BR>   - Engager Roland Lavall&eacute;e est un bon moyen de garder l'avance   sur les concurrents.<BR>   - Oui. Il remplit la salle depuis une semaine, dit Nick.<BR>   - C'est le meilleur pianiste en ville.<BR>   - Je suis d'accord avec toi. Mais dis-moi, tu n'es pas venu ici   pour me parler de musique &raquo;<BR>   Je me retournai et lui fis mon plus beau sourire. Son visage   resta impassible. Il n'avait pas chang&eacute; depuis notre derni&egrave;re   rencontre, deux ans auparavant. Visage rondouillet, cheveux fris&eacute;s   luisant de pommade, yeux de chien battu. Une moustache aussi   large qu'un cheveu s'&eacute;tendait d'un coin &agrave; l'autre   de sa petite bouche d&eacute;licate. &Ccedil;a, c'&eacute;tait   nouveau. Il avait l'air autant &agrave; sa place dans ce bureau   qu'un missionnaire dans une tribu de cannibales.<BR>   &laquo; J'ai pens&eacute; &agrave; toi aujourd'hui, Nick.<BR>   - Tu m'en diras tant.<BR>   - Je songeais au pass&eacute;, comme &ccedil;a, sans raison,   et le nom de Nick Tremblay m'est venu &agrave; l'esprit.<BR>   - Pas possible.<BR>   - C'est vrai. Je me suis demand&eacute; pourquoi je t'avais arr&ecirc;t&eacute;   et j'ai eu beau chercher, puis chercher...<BR>   - Tu sais tr&egrave;s bien pourquoi, coupa Nick.<BR>   - Non, j'ai oubli&eacute;. Tu peux me rafra&icirc;chir la m&eacute;moire   ? &raquo;<BR>   Il ne me croyait pas une seconde - avec raison -, mais il d&eacute;cida   de jouer le jeu. Il tendit la main droite vers le cigare, en   tira une bouff&eacute;e et le d&eacute;posa dans le cendrier.<BR>   &laquo; Je faisais partie d'un gang. On volait des objets d'assez   grande valeur et on les refilait &agrave; des pr&ecirc;teurs   sur gage, qui ne se doutaient de rien, &eacute;videmment. On   pr&ecirc;tait l'argent &agrave; du monde qui en avait de besoin,   &agrave; des taux d'int&eacute;r&ecirc;t &eacute;normes. Si la   police retra&ccedil;ait le bijou ou la vaisselle en argent, c'&eacute;tait   le pr&ecirc;teur sur gages qui se retrouvait dans le trouble,   pas nous autres. &raquo;<BR>   Je m'assis pr&egrave;s de lui, sur le coin du bureau.<BR>   &laquo; Simple mais ing&eacute;nieux.<BR>   - Mouais, merci, marmonna-t-il.<BR>   - Vous demandiez l'argent directement &agrave; vos victimes,   des fois ?<BR>   - C'est arriv&eacute;. Tout marchait comme sur des roulettes   jusqu'&agrave; ce qu'un de tes hommes infiltre le gang et nous   tende un pi&egrave;ge.<BR>   - Tu savais que &ccedil;a ne pouvait pas durer. Dis-moi, tu vois   encore tes petits camarades&nbsp;?&nbsp;&raquo;<BR>   Nick fit signe que non. Il tira une autre bouff&eacute;e du cigare   et posa sa main droite pr&egrave;s du bord du bureau.<BR>   &laquo; Hum ! dommage.<BR>   - Pourquoi ?<BR>   - Eh bien, tu vois, Nick, une vieille dame m'a engag&eacute;   pour retrouver un collier qui lui a &eacute;t&eacute; vol&eacute;,   et les indices sont plut&ocirc;t rares. &Ccedil;a pourrait &ecirc;tre   une job de professionnels. Je me suis dit que tu pourrais parler   du collier &agrave; ton cercle d'amis. L'un d'eux est peut-&ecirc;tre   au courant, on ne sait jamais.<BR>   - D&eacute;sol&eacute;, mais je ne fais plus affaires avec ces   gens-l&agrave;. Depuis que tu as d&eacute;mantel&eacute; le gang,   j'observe la loi.<BR>   - C'est vrai ?<BR>   - J'ai fait six mois de prison - les six mois les plus <I>tough</I>   de ma vie. Je ne veux pas revivre &ccedil;a.&nbsp;&raquo;<BR>   Un tr&egrave;s joli discours. Mais il oubliait un petit d&eacute;tail.<BR>   &laquo; Et les trois prostitu&eacute;es, en bas ? Elles font   partie du spectacle, elles aussi&nbsp;?&nbsp;&raquo;<BR>   Nick esquissa un sourire, d&eacute;tourna la t&ecirc;te.<BR>   &laquo; Qu'est-ce qu'il y a de dr&ocirc;le ?<BR>   - Je n'aime pas la tournure que prend notre conversation. &Ccedil;a   pue le chantage &agrave; plein nez.<BR>   - &Ccedil;a ressemble &agrave; un aveu, &ccedil;a.<BR>   - Je n'avoue rien. Je ne sais pas de quoi tu parles.<BR>   - Mais si, voyons. Les trois filles toutes pomponn&eacute;es   - j'ai vu un gars partir avec l'une d'elles.<BR>   - Peut-&ecirc;tre qu'ils se connaissaient et s'&eacute;taient   donn&eacute; rendez-vous&nbsp;&raquo;, dit innocemment Nick.<BR>   Je ris. Elle &eacute;tait bonne, celle-l&agrave;.<BR>   &laquo; Voyons, Nick, voyons. &Ccedil;a marche comment, ton petit   syst&egrave;me ? Elles travaillent pour toi&nbsp;? Ou pour un   pimp et vous partagez l'argent moiti&eacute;-moiti&eacute;&nbsp;?&nbsp;&raquo;<BR>   On se fixa un moment sans rien dire. Il &eacute;tait cuit et   il le savait. Puis sa main droite glissa vers le bord du bureau.   Je d&eacute;gainai le cigare du cendrier et l'&eacute;crasai   contre le revers de sa main, dans la for&ecirc;t de poils qui   poussait l&agrave;. Nick poussa un cri et porta le revers de   la main &agrave; sa bouche et su&ccedil;a la br&ucirc;lure.<BR>   &laquo; Tu n'as pas une tr&egrave;s haute estime de moi, hein   Nick&nbsp;? grognai-je. Qu'est-ce que tu caches sous ton bureau&nbsp;?   Une sonnette pour avertir ton fier-&agrave;-bras, c'est &ccedil;a&nbsp;?&nbsp;&raquo;<BR>   Il hocha la t&ecirc;te. Ses yeux lan&ccedil;aient des &eacute;clairs.<BR>   &laquo; La police aimerait bien savoir, pour les trois prostitu&eacute;es.   Ce sont des prostitu&eacute;es, ne joue pas au plus fin. Tu retournerais   s&ucirc;rement en prison si quelqu'un leur en parlait. Et tu   ne veux pas retourner en prison, pas vrai&nbsp;?<BR>   - Non, je ne veux pas y retourner.<BR>   - Bon. Regarde bien ce qu'on va faire, toi et moi. Tu vas gentiment   me rendre le petit service que je t'ai demand&eacute; tout &agrave;   l'heure, et moi, je ne dirai rien &agrave; la police de ce qui   se passe ici. Qu'est-ce que tu en penses, Nick&nbsp;? March&eacute;   conclu&nbsp;?<BR>   - Est-ce que j'ai le choix ? dit Nick, sarcastique.<BR>   - Tu as tout compris. Le collier est fait d'une cha&icirc;nette   et d'un coeur. Ils sont tous les deux en or. Des diamants ornent   le coeur. C'est un bijou qui vaut pas mal cher. O.K. ?<BR>   - Mouais, O.K &raquo;<BR>   Je me levai.<BR>   &laquo; Tu n'avais pas besoin de faire &ccedil;a, dit Nick.<BR>   - Tu avais juste &agrave; coop&eacute;rer au lieu de jouer au   plus fin.&nbsp;&raquo;<BR>   Je sortis une de mes cartes - je l'avais apport&eacute;e express&eacute;ment   pour &ccedil;a - et la d&eacute;posai devant lui.<BR>   &laquo; Tu peux me joindre &agrave; ce num&eacute;ro-l&agrave;.   Et grouille-toi, je ne suis pas un gars tr&egrave;s patient.&nbsp;&raquo;<BR>   Il hocha la t&ecirc;te en &eacute;vitant mon regard. Je quittai   son bureau et traversai le couloir jusqu'&agrave; l'escalier   en pensant &agrave; ma performance de dur &agrave; cuire. Elle   aurait m&eacute;rit&eacute; un Oscar...<BR> <BR>   </P>   <P><B><FONT SIZE="+1">&copy;</FONT><FONT SIZE="-2"> </FONT><FONT    SIZE="-1">2000</FONT><FONT SIZE="-2"> </FONT></B><FONT SIZE="-2">&Eacute;ditions   Alire &amp; Maxime Houde</FONT></P>   <P><HR ALIGN=LEFT></P>   <P><CENTER><A HREF="../Commandes.html" TARGET="pages.html"><I>Pour   conna&icirc;tre la suite...</I></A></CENTER></P>   <P><CENTER><BR CLEAR="ALL"></CENTER></P>   <P><CENTER><A HREF="../Romans.html" TARGET="pages.html"><IMG    SRC="../PageMill_Resources/LogoAlireCoul.gif" WIDTH="30" HEIGHT="30"   ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG="1" BORDER="0"></A></CENTER> </BLOCKQUOTE>  </BODY> </HTML> 
