<HTML> <head><meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">  <TITLE>In&eacute;dits: La fuite au-del&agrave; (3/7)</TITLE> <link rel="stylesheet" href="../../styles.css" type="text/css"></head> <body class="banquet" LINK="#9d3a23" ALINK="#c60000" VLINK="#5200a4" BGCOLOR="#ffffff">  <P><IMG SRC="../themes/images/logo_ine.gif" ALIGN="BOTTOM" NATURALSIZEFLAG= "3" WIDTH="302" HEIGHT="33"></P>  <P><CENTER><TABLE WIDTH="100%" BORDER="0" CELLSPACING="20" CELLPADDING= "0" HEIGHT="63"> <TR> <TD WIDTH="50%" VALIGN="TOP" HEIGHT="22"><IMG SRC="../spacer30.gif" WIDTH="30" HEIGHT="1" ALIGN="TOP" NATURALSIZEFLAG= "3">Elle glissa dans le jour et ce n&#146;&eacute;tait pas la terre. Elle &eacute;tait recrue, salie, pleine de ce sentiment de grange mouill&eacute;e qu&#146;exhale la nature dans son cycle, ses v&ecirc;tements avaient curieusement jou&eacute; et la serraient. C&#146;&eacute;tait l&#146;aube ouvrant des ailes geleuses de papillon &agrave; grands ocelles ind&eacute;chiffrables, l&#146;aube que toute la vie de Suzanne avait ch&eacute;rie, qui ne lui offrait rien d&#146;autre, &agrave; la fois &agrave; port&eacute;e de fl&egrave;che et inaccessible comme la lumi&egrave;re dans un conte de Melville, que la lampe de chevet de L&eacute;one, matinale.<BR> <IMG SRC="../spacer30.gif" WIDTH="30" HEIGHT="1" ALIGN="TOP" NATURALSIZEFLAG= "3">Il &eacute;tait six heures mais pas un instant il n&#146;y eut ce miracle : que les petits inconforts de la vie soient les tuteurs d&#146;une grande douleur, exigeant cette pr&eacute;s&eacute;ance o&ugrave; faire dispara&icirc;tre les premiers att&eacute;nue la seconde. Ce n&#146;est que parce que Suzanne ne voulait pas prendre le chemin qui conduisait au Dionysos noir, le clochard de la veille, qu&#146;elle se d&eacute;cida &agrave; se lever.<BR> <IMG SRC="../spacer30.gif" WIDTH="30" HEIGHT="1" ALIGN="TOP" NATURALSIZEFLAG= "3">Au moins, se dit-elle, dans cette situation, pas de valse des objets. &Agrave; quelle vitesse, depuis le malheur, sa dext&eacute;rit&eacute; de vivre s&#146;&eacute;tait embarrass&eacute;e. Oh, le trac&eacute; erratique de ses gestes, l&agrave;-bas, en France, son double cherchait un cendrier pour une cigarette, chasse-mouches du charnier (car depuis la nuit, l&#146;affreuse premi&egrave;re nuit, elle fumait, oh combien elle fumait, trouvant une sorte de r&eacute;confort &agrave; partir un peu en fum&eacute;e et son premier mouvement au r&eacute;veil &eacute;tait d&#146;aller qu&eacute;rir un cendrier), rencontrait l&#146;inutile stylo, le papier, le livre, inutiles, et dans une inepte distraction, comme si la premi&egrave;re cons&eacute;quence du d&eacute;sastre e&ucirc;t &eacute;t&eacute; de faire de Suzanne l&#146;&ecirc;tre le plus futile du monde, le double l&acirc;chait le cendrier, s&#146;emparait du stylo, du papier, du livre, puis &agrave; leur tour les d&eacute;posait, pas dans une r&eacute;serve &#150; la table &#150;, n&#146;importe o&ugrave;, et l&#146;instant d&#146;apr&egrave;s, refaisant &agrave; la recherche d&#146;un r&eacute;ceptacle pour la cendre le trajet, il les retrouvait, r&eacute;sultat non d&#146;une qu&ecirc;te, preuve d&#146;une d&eacute;faillance. Elle qui &quot; avant &quot; n&#146;oubliait rien, dont la fiert&eacute; intime s&#146;enorgueillissait de retenir l&#146;endroit pr&eacute;cis o&ugrave; une chaussette d&eacute;pareill&eacute;e attendait son sauveur, c&#146;est-&agrave;-dire l&#146;autre chaussette, en qui une standardiste pour la vie subalterne renvoyait les appels des objets sans</TD> <TD WIDTH="50%" VALIGN="TOP">jamais se tromper de fiches, perdait tout depuis qu&#146;elle avait tout perdu, pl&eacute;onasme moqueur et impitoyable des choses. Oui, sa main p&eacute;dagogue qui jadis ramenait les objets &agrave; la raison, les &eacute;garait tous. Depuis le malheur, elle &eacute;tait devenue incapable de se ralentir comme si vivre la projetait &agrave; une vitesse toujours plus grande vers la seule &eacute;vidence, contre son mur o&ugrave; elle s&#146;&eacute;crasait et, ph&eacute;nix n&eacute;gatif, renaissait &agrave; la m&ecirc;me souffrance. Et en m&ecirc;me temps, il lui fallait pour chaque geste, comme pour une horloge, retrouver la lourde clef qui permettait de le remonter, de le faire aller. Ses actions, ses mouvements avaient cess&eacute; d&#146;&ecirc;tre naturels, ils ne battaient plus contre son existence en une franche rumeur oc&eacute;ane. Ils &eacute;taient l&agrave;, face &agrave; elle, distincts, exigeaient, mais vid&eacute;s de tout sens, de toute intention, les rituels maladifs des enfants qui n&#146;enjambent que certaines rainures des trottoirs. Elle devait pour accomplir les gestes &eacute;l&eacute;mentaires mettre en place l&#146;appareil maniaque, quoique sans manie, par lequel l&#146;obsessionnel dispose son couteau &agrave; telle distance de sa fourchette et ne peut manger s&#146;il a fait autrement. Vivre d&eacute;sormais devait &ecirc;tre trait&eacute; comme une manie pour qu&#146;elle vive et, pour se lever de son lit, pour faire un pas dans le corridor qui menait &agrave; la douche, l&agrave;-bas chez elle, l&agrave; o&ugrave; ils attendaient son retour impossible, son ombre qui s&#146;&eacute;veillait, son ombre qui se levait, devait &ecirc;tre attentive aux op&eacute;rations qui n&#146;&eacute;taient plus famili&egrave;res, vigilante &agrave; les ex&eacute;cuter de force puisque ce qui &eacute;tait le fondement du familier avait &eacute;t&eacute; brusquement &ocirc;t&eacute;.<BR> <IMG SRC="../spacer30.gif" WIDTH="30" HEIGHT="1" ALIGN="TOP" NATURALSIZEFLAG= "3">Comme soudain la bouche d&#146;une personne choqu&eacute;e &agrave; qui on offre une gorg&eacute;e d&#146;alcool avoue par l&#146;ovale de d&eacute;go&ucirc;t qu&#146;elle dessine qu&#146;elle a &eacute;t&eacute; durant des ann&eacute;es buveuse d&#146;eau pure, la bouche du double de Suzanne, se formant l&agrave;-bas sur le bord de la tasse de caf&eacute; en une grimace involontaire, confessait le venin de l&#146;avenir et que sa plus vieille habitude n&#146;avait pas &eacute;t&eacute; celle de vivre. Car, qu&#146;il s&#146;ag&icirc;t de son double &agrave; des milliers de kilom&egrave;tres ou d&#146;elle en cet instant dans le mont des oliviers du jardin de L&eacute;one, m&ecirc;me si le couple qu&#146;ils formaient n&#146;avait pas oubli&eacute;, m&ecirc;me si, ni en r&ecirc;vant ni en dormant, ils n&#146;oubliaient, chaque jour </TD></TR> </TABLE> </CENTER></P>  <P><CENTER><TABLE WIDTH="95%" BORDER="0" CELLSPACING="0" CELLPADDING="0" HEIGHT="25"> <TR> <TD WIDTH="33%" HEIGHT="24"><B><A HREF="inedits2.htm">Page Pr&eacute;c&eacute;dente</A></B></TD> <TD WIDTH="33%"><P><CENTER><B><A HREF="../index.html">Retour au Sommaire</A></B></CENTER></TD> <TD WIDTH="34%"><P ALIGN=RIGHT><B><A HREF="inedits4.htm">Page Suivante</A></B></TD></TR> </TABLE> </CENTER> </body> </HTML> 
