<!doctype html public "-//w3c//dtd html 4.0 transitional//en"> <html> <head>    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">    <meta name="Author" content="Nicolas Ritoux">    <meta name="GENERATOR" content="Mozilla/4.5 [fr] (Win95; I) [Netscape]">    <meta name="Classification" content="Chroniques">    <meta name="Description" content="Chroniques terriennes de la socit du mythe">    <meta name="KeyWords" content="phnomnologie,quotidien,anonyme,chroniques,mythe,socit">    <title>La Ph&eacute;nom&eacute;nologie du quotidien anonyme</title> </head> <body text="#000000" bgcolor="#000000" link="#FFCC33" vlink="#FFCC33" alink="#33FF33" background="images/fond.gif"> &nbsp;  <center><table BORDER=0 CELLSPACING=0 CELLPADDING=0 WIDTH="628" > <tr>       <td><img SRC="images/toppage3.gif" BORDER=0 usemap="index.html#modele" height=70 width=628></td> </tr>  <tr>       <td BGCOLOR="#333333" BACKGROUND="images/fondcell.gif"> <br>         <img SRC="images/blank.gif" height=3 width=30><b><font face="Arial,Helvetica"><font color="#FFCC33"><font size=+1>Une          nuit dans la maison des fous.</font></font></font></b> <br>         <b><font face="Arial,Helvetica"><font color="#FFCC33"><font size=+1></font></font></font></b>&nbsp;</td> </tr>  <tr> <td BGCOLOR="#FFCC00"> <blockquote>&nbsp; <p>Avez-vous d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; pi&eacute;g&eacute; dans une maison appartenant &agrave; des malades de la pr&eacute;caution ? Cest la pire exp&eacute;rience qui soit pour un adepte de la logique et de la rationnalit&eacute;.&nbsp; <br>"Les gens pr&eacute;cautionneux me glacent le sang", disait Jacques Brel. Pour ma part, jai eu quelquefois loccasion de me retrouver parmi eux, et chaque fois la g&ecirc;ne et leffroi lont disput&eacute; en moi &agrave; lindignation. Ces gens-l&agrave; cultivent le culte des <i>objets ennuyeux</i> (un concept saisissant de pertinence, auquel on aura droit apr&egrave;s la reconstitution de faits v&eacute;cus qui suit). <p>Il est 20 heures, la soir&eacute;e commence,<b> </b>vous f&ucirc;tes convi&eacute; quelques jours &agrave; lavance &agrave; passer une nuit dans la maison des fous (vous ignorez que cen est une). Celle-ci se trouve en banlieue, dans un vert quartier r&eacute;cemment am&eacute;nag&eacute; pour les besoins de jeunes couples n&eacute;o-bourgeois en mal de pelouse. Lh&ocirc;te est un coll&egrave;gue, un nouveau compagnon ou encore une cible de charme, bref quelquun dont vous ne connaissez pas encore bien le mode de vie. Ou mieux, lh&ocirc;te est un(e) ami(e) proche qui re&ccedil;oit ce soir chez ses parents.&nbsp; <br>Vous passez le pas de la porte, et remarquez que lint&eacute;rieur est dans un ordre impeccable, un ordre cependant parsem&eacute; dobstacles, volontairement mis en place pour crier lhumanit&eacute; de lendroit (mettons, un journal n&eacute;gligemment affal&eacute; sur le gu&eacute;ridon, ou quelques fleurs suspendues et coulantes devant la fen&ecirc;tre).&nbsp; <br>Si vous avez de lexp&eacute;rience, d&eacute;j&agrave; vous pouvez deviner avant la premi&egrave;re poign&eacute;e de mains si vous &ecirc;tes dans une embuscade. En effet, l&agrave; se trouvent quelques indices fort reconnaissables &agrave; lennui quils provoquent : des petits rideaux laborieusement install&eacute;s sur chaque quart de fen&ecirc;tre (on camoufle les issues), la t&eacute;l&eacute;vision et autres &eacute;quipements modernes qui tentent p&eacute;niblement de se cacher derri&egrave;re des caricatures de mobilier (on cache la technique), des objets d&eacute;coratifs co&ucirc;teux mais insignifiants (on &eacute;vite lesth&eacute;tisme), des tableaux de paysages ruraux encadr&eacute;s luxueusement (on glorifie le vulgaire).&nbsp; <br>Voici votre premier contact avec lennui. Encore quelques heures dans cette maison, et celui-ci va se mat&eacute;rialiser sous forme d<i>objets ennuyeux</i>. <p>La soir&eacute;e avance et les plaisanteries complices ont remplac&eacute; les civilit&eacute;s, vous &ecirc;tes en petit comit&eacute; mais les talents sont r&eacute;partis. Le cousin est graveleux mais il est bon bougre. La ma&icirc;tresse de maison lest aussi dans lart de trouver des sujets de conversations. Le chien est gai et vous &ecirc;tes lami quil a toujours cherch&eacute;, bien quil bave. Quant &agrave; votre contact dans la maison des fous, le tra&icirc;tre feint de ne pas savoir que cen est une et vous sourit stupidement. Enfin, quand il ne reste plus rien &agrave; discuter, il y a toujours le petit dernier de 4 mois, qui d&eacute;verse un torrent, dune envergure impressionnante (si on en juge par son &acirc;ge et son silence), de sources de conversations et de d&eacute;clarations &eacute;mues. <br>Vous mangez bien et remarquez quelques parcelles d<i>ennui</i> qui apparaissent au cours du repas, sur la table. Vous remarquez quil y a trop dartifices entre vous et votre nourriture. Le champ est obtur&eacute; par de petits objets et de petites pr&eacute;cautions culinaires qui forment un nuage de superficialit&eacute;, assez p&eacute;nible, entre vous et votre app&eacute;tit.&nbsp; <br>A ce stade de la visite, vous attribuez ce comportement &agrave; de la maniaquerie ordinaire, jallais m&ecirc;me dire de bon aloi. De plus comme vous &ecirc;tes poli, vous nen soufflez mot &agrave; personne. <br>Bref, la famille vous convie &agrave; rester coucher, il faut dire que votre maison est loin (ou alors, vous couchez avec lun des convives, apr&egrave;s tout &ccedil;a ne me regarde pas, lessentiel pour mon r&eacute;cit est que vous restiez dormir). La nuit passe sans moustique notable. <br>Pour linstant, mon histoire semble bien <i>ennuyeuse</i>, pr&eacute;cis&eacute;ment ! Mais la suite est... bien plus harassante. <p>Il est lheure de se lever, le soleil brille haut dans le ciel. Les h&ocirc;tes ont une piscine, et la baignade est au programme ce matin. Vous vous rendez tout de suite dans la salle de bain assez coquette qui se trouve &agrave; l&eacute;tage, avec votre serviette. A peine &ecirc;tes-vous sorti de la douche que lun des fous (vous allez vite comprendre quils en sont) vous harangue de lautre c&ocirc;t&eacute; de la porte. "Il ne fallait pas utiliser cette douche-l&agrave; ! Jaurais d&ucirc; vous pr&eacute;venir..." (dans sa voix, on sent que plut&ocirc;t que de se sentir coupable comme il le pr&eacute;tend, le fou vous hait d&eacute;j&agrave; en secret). Vous lui ouvrez et lui exposez votre incompr&eacute;hension. Il vous explique alors que personne nutilise cette douche, car la c&eacute;ramique est belle et il ne faut pas la g&acirc;cher, de m&ecirc;me que les robinets qui doivent garder leur &eacute;clat. En plus, peut-&ecirc;tre quon vendra un jour la maison, alors il faut la conserver comme neuve.&nbsp; <br>Deux minutes plus tard, vous voil&agrave; alors avec une serviette et votre huile de coude, au saut du lit, en train de frotter les murs de la douche et la robinetterie pour r&eacute;parer votre erreur, pendant quen cuisine vous entendez quon expose votre cas &agrave; tout le monde (en feignant de trouver votre innocence amusante, mais vous sentez quon fait grand cas de votre affaire, et cest &agrave; peine si vous oserez sortir de la douche).&nbsp; <br>Votre contact vous propose daller &agrave; la piscine quand vous aurez fini de "r&eacute;parer vos erreurs" (il plaisante, mais cette ironie le soulage dune haine visible). Apr&egrave;s avoir fait contr&ocirc;ler votre travail, vous vous immergez au plus vite.&nbsp; <p>Cest amusant la piscine, mais il est temps de prendre votre caf&eacute; du matin. Vous gagnez la cuisine mais votre arriv&eacute;e provoque le d&eacute;part de votre contact, qui vous entraine &agrave; faire demi-tour avec une c&eacute;l&eacute;rit&eacute; inqui&egrave;te. "Comme il sen doutait" (remarquez la perfidie de cette remarque, dite avec le sourire pourtant), vous navez pas pens&eacute; &agrave; ranger la piscine. Vous apprenez alors &agrave; la sueur de votre front ce que signifie ranger une piscine. Il vous faut retirer le filtre et le vider dans la poubelle, et rep&ecirc;cher les d&eacute;bris organiques qui jonchent la surface, et dont la chute depuis les arbustes alentours semble &ecirc;tre d&ucirc;e &agrave; vos ablutions, &agrave; en croire votre bourreau. Votre participation &agrave; cet ouvrage se voit justifi&eacute;e par des "tu es linvit&eacute;, mais quand m&ecirc;me...", etc. <p>Un bon caf&eacute;, voil&agrave; ce quil vous faut &agrave; pr&eacute;sent. Votre parano&iuml;a naissante vous invite &agrave; vous passer de toasts, f&ucirc;tes-vous &agrave; lext&eacute;rieur ; vous redoutez trop davoir &agrave; passer le balai de la cave au grenier. Vous passez au salon et vous ouvrez les portes du faux meuble qui camoufle la t&eacute;l&eacute;vision, pour profiter des nouvelles du matin, comme vous la sugg&eacute;r&eacute; votre contact (que voil&agrave; reparti &agrave; m&eacute;dire &agrave; votre sujet dans une autre pi&egrave;ce, vous en &ecirc;tes certain). Apr&egrave;s avoir pos&eacute; le caf&eacute; quon vous a offert (est-il drogu&eacute; ?) sur une soucoupe, elle-m&ecirc;me pos&eacute;e sur un support en li&egrave;ge pour ne pas ab&icirc;mer la table basse, vous cherchez la t&eacute;l&eacute;commande. Au bout de 5 minutes, votre contact vient vous rejoindre et vous d&eacute;voile lendroit o&ugrave; elle a &eacute;t&eacute; dissimul&eacute;e. Il sagit dun faux livre en bois, absolument ignoble, qui souvre et remplace toute cette affreuse technologie par sa pr&eacute;sence lourde et vulgaire (et <i>ennuyeuse</i>).&nbsp; <br>Jetant un regard las alentour, vous constatez quun meuble &agrave; vitrine rec&egrave;le une magnifique vaisselle, une argenterie et une verrerie que, bien s&ucirc;r, on ne vous avait pas r&eacute;serv&eacute;es la veille bien que votre contact vous ait promis auparavant un repas <i>sp&eacute;cial, en votre honneur</i>. Vous vous doutez que de toutes fa&ccedil;ons, on ne sort jamais cette artillerie de peur de la souiller. <p>Vous allez vous asseoir<b> </b>sur le sofa et vous retirez auparavant la toile assez laide qui le recouvre, croyant voir l&agrave; une protection maniaque contre la poussi&egrave;re voletante. Malheur &agrave; vous!! Votre contact perd son sang-froid et vous garantit avec v&eacute;h&eacute;mence quil vaut mieux pour vous que la ma&icirc;tresse de maison ne vous ait pas surpris. Vous v&eacute;rifiez quil sagit bien dun canap&eacute; tout ce quil y a de plus banal, et vous protestez. Votre contact accepte avec bont&eacute; de vous excuser "mais quand m&ecirc;me...", et vous fait remarquer au cas o&ugrave; vous seriez subitement aveugle, quil sagit dun sofa en cuir, et que personne, m&ecirc;me pas le Christ si il venait &agrave; appara&icirc;tre dans cette pi&egrave;ce, ne doit sy asseoir sans que la toile soit install&eacute;e. Vex&eacute; que la peau de votre derri&egrave;re vale moins que celle dun bovin, vous protestez &agrave; nouveau mais cest un dialogue de sourds qui vous attend. Alors, comme lambiance sest g&acirc;ch&eacute;e et que vous avez perdu un ami, vous allumez une derni&egrave;re cigarette avant de prendre le chemin du monde normal.&nbsp; <br>Cest la derni&egrave;re erreur de votre s&eacute;jour dans la maison des fous. Vous nauriez jamais d&ucirc; utiliser le cendrier. A peine avez-vous fini dexhaler votre derni&egrave;re bouff&eacute;e de tabac que votre contact, devan&ccedil;ant votre inconvenance, vous prend le cendrier et va le laver fr&eacute;n&eacute;tiquement dans la cuisine, avant de lessuyer et de le reposer en vous jetant un regard de braise. "Jimagine que &ccedil;a aurait aussi &eacute;t&eacute; trop pour toi, alors jai pr&eacute;f&eacute;r&eacute; le faire moi-m&ecirc;me". Effectivement, cest trop pour vous et vous prenez la porte, en jetant un salut de la main au cousin qui est en train de laver la voiture de prix qui se trouve devant la maison. Evidemment, vous vous doutez que chaque d&eacute;placement de ce v&eacute;hicule n&eacute;cessite 6 heures de nettoyage.&nbsp; <p>Nous voil&agrave; au terme de cette reconstitution tr&eacute;pidante.&nbsp; <br>&nbsp; <p>Douche, piscine, bo&icirc;te &agrave; t&eacute;l&eacute;commande, argenterie, toile &agrave; sofa, cendrier, automobile, autant d<i>objets ennuyeux </i>qui ne lauraient pas &eacute;t&eacute; si ils s&eacute;taient trouv&eacute;s chez vous. En effet, et cest l&agrave; lexplication du concept, cest lusage de lobjet qui rend lobjet ennuyeux. Linutilit&eacute; de lobjet (pratique et esth&eacute;tique) na alors d&eacute;gale que sa pesanteur (physique et morale). En bref, les objets ennuyeux sont des objets qui ne valent pas leffort quon fournit pour eux.&nbsp; <p>La philosophie du bonheur, celle du juste &eacute;quilibre entre le principe de plaisir et le principe de r&eacute;alit&eacute;, nous commande en toute logique de fournir pour chaque objet un effort proportionnel &agrave; lint&eacute;r&ecirc;t quon en retire. <br>Et &agrave; moins d&ecirc;tre un esclave fouett&eacute;, il ny a que les fous de la pr&eacute;caution pour aller &agrave; lencontre de cette philosophie. Ces gens-l&agrave; sont donc un danger pour leurs invit&eacute;s, et il faut apprendre &agrave; ne pas se trouver parmi eux, car on en meurt ou en reste fou soi-m&ecirc;me. <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp; <br>&nbsp;</blockquote> </td> </tr>  <tr>       <td><img SRC="images/lowpage.gif" height=10 width=628></td> </tr>  <tr> <td> <center><br>           <img SRC="images/basdepage2.gif" BORDER=0 usemap="index.html#bdp" height=113 width=400>          </center> </td> </tr> </table></center>  <br>&nbsp; <br>&nbsp; <center> <p><img SRC="http://www.hysterie.qc.ca/musique/h.gif" NOSAVE BORDER=0 height=17 width=14> <br><font face="Arial,Helvetica"><font size=-1>&nbsp;<font color="#FF9900">1999</font><font color="#00CC00">Hyst&eacute;rie</font></font></font> <br><font face="Arial,Helvetica"><font color="#00CC00"><font size=-1>copyright Nicolas Ritoux</font></font></font><map name="modele"><area shape="rect" coords="600,40,621,54" href="http://www.hysterie.qc.ca"><area shape="rect" coords="599,21,622,33" href="mailto:&#110;&#105;&#107;&#111;&#064;&#104;&#121;&#115;&#116;&#101;&#114;&#105;&#101;&#046;&#113;&#099;&#046;&#099;&#097;"></map><map name="bdp"><area shape="rect" coords="10,84,96,111" href="http://www.hysterie.qc.ca"><area shape="rect" coords="291,69,391,95" href="mailto:&#110;&#105;&#107;&#111;&#064;&#104;&#121;&#115;&#116;&#101;&#114;&#105;&#101;&#046;&#113;&#099;&#046;&#099;&#097;"><area shape="rect" coords="168,70,271,92" href="ethiquologie.html">       <area shape="rect" coords="90,39,192,61" href="index.html">       <area shape="rect" coords="0,2,99,38" href="index.html">     </map></center>  </body> </html> 
