<html>  <head> <meta HTTP-EQUIV="Content-Type" CONTENT="text/html; charset=windows-1252"> <meta NAME="GENERATOR" CONTENT="Microsoft FrontPage 3.0"> <title>Cours du 30 juin 2000</title> <meta NAME="keywords" CONTENT=" philosophie, tonnement, surprise, nom propre , distinction, vrit, pense, thique "> <meta NAME="description" CONTENT=" ."> <!  Description : .> <!  Mots cls : =" philosophie / tonnement / surprise / nom propre / distinction / vrit / pense / thique / "> </head>  <body TEXT="#000000" LINK="#0000ff" VLINK="#800080" BGCOLOR="#ffffe9">  <p><a NAME="Dbut"></a>Cours du 30 juin 2000</p>  <p>&nbsp;</p> <i><b>  <p>Qu&#146;est-ce que la philosophie&nbsp;?</b></i> </p>  <p>La pense et le nom, fin (provisoire)</p> <i>  <p>L&#146;tonnement</p> </i>  <p>&nbsp;</p>  <p>Nous arrivons  la dernire sance de cette anne, c&#146;est--dire  la conclusion momentane de l&#146;enqute que j&#146;ai mene devant vous pour rpondre  la question de ce que c&#146;est vraiment que la philosophie. J&#146;espre que ceux qui ont suivi la totalit des sances trouveront cette rponse philosophique (c&#146;est ce qui compte)&nbsp;; j&#146;espre galement qu&#146;ils la trouveront satisfaisante eu gard  l&#146;exprience qu&#146;ils ont des lectures philosophiques en tant que telles autrement dit conceptuelles (c&#146;est ce qui importe).</p>  <p>Je vous ai indiqu la dernire fois que l&#146;tonnant, quand on le considre rtrospectivement comme nous devons forcment le faire en rflchissant, est quelque chose dont on ne revient pas. J&#146;en ai dduit qu&#146;en lui c&#146;est forcment de l&#146;origine qu&#146;il s&#146;agit. L&#146;impossibilit du retour, o se dit subjectivement que l&#146;tonnant ne cesse jamais de l&#146;tre, renvoie  l&#146;impossibilit de l&#146;origine, laquelle n&#146;est que sa propre perte et par consquent que l&#146;impossibilit qu&#146;on la nomme jamais en tant que telle. On ne peut jamais dire la dimension d&#146;tonnement de ce qui nous a tonn. L&#146;tonnant, mme s&#146;il a objectivement t reconnu cent fois dans notre vie (voir  la limite dans la mme journe), est toujours donn pour la premire fois et nous laisse muets, parce qu&#146; l&#146;origine, il n&#146;y a (encore) personne qui puisse la reconnatre. On peut donc dire que l&#146;tonnant <i>prsentifie en quelque sorte l&#146;origine</i>. </p>  <p>L&#146;tonnant s&#146;entend toujours d&#146;une antriorit&nbsp;: tout ce qui nous tonne nous place d&#146;abord au lieu de son antriorit. Pour cette raison, on peut faire varier rflexivement le niveau de notre tonnement&nbsp;: il suffit de se placer  une antriorit. </p>  <p>Cette antriorit est toujours le lieu d&#146;une promesse, et reconnatre l&#146;origine n&#146;est rien d&#146;autre que reconnatre une promesse, puisque la promesse est l&#146;ouverture de l&#146;avenir (par opposition au futur) et qu&#146;en disant cela c&#146;est aussi bien l'origine qu&#146;on a nomme. Ainsi on peut s&#146;tonner que les mathmatiques existent (et certes l&#146;existence des mathmatiques est une promesse radicale&nbsp;: celle de Pythagore tient toujours), ou s&#146;tonner que la suite des nombres pairs ne soit pas deux fois moins nombreuse que la suite des entiers naturels (promesse d&#146;un autre niveau&nbsp;: qu&#146;on calcule sur des proprits d&#146;ensembles et non plus sur des nombres). C&#146;est bien  chaque fois d&#146;une origine qu&#146;il s&#146;agit&nbsp;: d&#146;une origine <i>qui apparat dans une certaine absence que l&#146;tonnant est ds lors forcment pour lui-mme, puisqu&#146;il est  la fois compris dans sa ralit et incompris dans sa vrit. </i>L&#146;invention d&#146;une science est toujours tonnante, comme l&#146;est sous la plume du philosophe un nouveau concept qu&#146;il est tout <i>surpris </i>de voir advenir et se constituer progressivement (le concept est tonnant, mais son advenue au fil de l&#146;criture est une surprise), etc. C&#146;est d&#146;ailleurs pourquoi l&#146;tonnant ne cesse pas d&#146;tonner&nbsp;: contrairement au surprenant dont le manque constitutif (celui du savoir) est sans vrit parce que c&#146;est sa ralit en quelque sorte transcendantale (c&#146;est l o je manque du savoir que je suis tonn), l&#146;absence dont est fait l&#146;tonnant reste vraie, <i>puisque c&#146;est la vrit elle-mme comme extriorit au savoir</i>&nbsp;! L&#146;existence selon l&#146;origine dfinit en effet la vrit, par opposition au savoir qui ne peut porter sur l&#146;origine, celle-ci n&#146;tant effectivement rien. Que je <i>sache</i> ne compte pas, quand je suis tonn&nbsp;: je n&#146;en continue pas moins de l&#146;tre. <i>L&#146;tonnant s&#146;oppose donc au surprenant comme le manque du savoir s&#146;oppose  son extriorit</i>. Je le dis encore autrement&nbsp;: l&#146;tonnant apparat quand la distinction de la ralit et de la vrit est manifeste alors que, comme je vous l&#146;ai souvent dit, elle ne consiste en rien &#150; sinon la vrit serait une nouvelle sorte de ralit. <i>Est donc tonnant ce qui manifeste la distinction que la vrit (qui ne consiste en rien) est toujours de la ralit, laquelle et toujours assure dans la constitution qu&#146;en opre le savoir</i>. </p>  <p>Si donc vous m&#146;accordez cette dfinition de l&#146;tonnant, alors vous comprenez que l&#146;tonnant est lui-mme sa propre distinction entre soi comme vrai (absent, puisque la vrit ne consiste en rien) et soi comme rel (prsent, reconnaissable &#150; mais cela ne sert  rien). Je le dis autrement&nbsp;: <i>l&#146;tonnant est fait de sa propre antriorit. </i>Si la philosophie est tonnement, elle est faite de cette distinction, dont il ne faut pas mconnatre le caractre temporel (en premire personne &#150; puisque la philosophie est le savoir propre de la premire personne &#150; cette distinction temporelle est exactement celle que donne la formule de Freud &quot;&nbsp;wo es war&#133;&nbsp;&quot;. Ce &quot;&nbsp;wo&nbsp;&quot; peut donc tre repris  propos de tout ce qui tonne&nbsp;; de sorte qu&#146;en tout tonnement c&#146;est de lui qu&#146;il s&#146;agit. Par exemple la magnificence des mathmatiques est bien l&#146;advenue (&quot;&nbsp;soll ich werden&nbsp;&quot;) d&#146;une origine qui tait en tant que telle une promesse, <i>et c&#146;est au lieu de cette promesse (le &quot;&nbsp;wo&nbsp;&quot; freudien, selon moi) que nous allons quand nous sommes saisi d&#146;tonnement devant les mathmatiques.</i> </p>  <p>Nous verrons ensuite la dimension thique de l&#146;tonnement, et c&#146;est bien entendu de ce seul point de vue que l&#146;tonnant permet de comprendre la philosophie, ds lors qu&#146;il n&#146;y a de philosophie, savoir des &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot; exclusivement faites du nom propre de quelqu&#146;un, qu&#146; ce qu&#146;elle soit ce qu&#146;un seul pouvait dire &#150; en quoi, certes, elle sera toujours le plus tonnant des savoirs. Pour penser cette dimension, il faudra poser la question d&#146;une alternative&nbsp;: si la philosophie repose sur l&#146;acception premire d&#146;tre tonn (ce qui est bien un rapport pratique  soi-mme et donc une thique), elle rencontre son autre, l&#146;ennemi de la pense, dans le refus originel d&#146;tre tonn. Ce refus apparat dans deux figures emblmatiques&nbsp;: le philistin, celui &quot;&nbsp; qui on ne la fait pas&nbsp;&quot;, et d&#146;autre part l&#146;universitaire (non pas bien sr celui qui s&#146;adresse  des tudiants&nbsp;: c&#146;est d&#146;une <i>posture d&#146;nonciation</i> qu&#146;il s&#146;agit l et non pas d&#146;une profession !) pour qui la pense est toujours celle des autres (pour lui, la philosophie consiste  tre LE spcialiste de &quot;&nbsp;la notion de truc chez Machin&nbsp;&quot;&nbsp;!) et pour qui aucune ralit n&#146;est jamais en elle-mme philosophique, ds lors que le savoir que nous en avons est aussi bien celui de sa dconstruction (ni la mortalit ni la vrit, etc., ne sont des ralits originellement philosophiques, puisqu&#146;on peut tablir non seulement que ces notions ont une histoire mais encore qu&#146;elles ont t &quot;&nbsp;inventes&nbsp;&quot; ou &quot;&nbsp;fabriques&nbsp;&quot; dans telle configuration historique. Bref, la haine de la pense consiste  retourner pratiquement la dfinition opratoire de la vrit, <i>c&#146;est--dire sa distinction d&#146;avec le savoir. </i>Har la vrit, en tant qu&#146;elle est exclusivement le fait d&#146;un acte de pense (donc qu&#146;elle procde du nom impossible, tel qu&#146;on le voit  l&#146;&#156;uvre dans les &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot;) se fera donc forcment  travers le mot d&#146;ordre &quot;&nbsp;que le savoir compte&nbsp;!&nbsp;&quot;. </p> <font FACE="Arial"><i><b>  <p>L&#146;tonnant, seul  compter, est l&#146;objet exclusif de la philosophie</p> </b></i></font>  <p>On dit souvent qu&#146;il peut y avoir une philosophie de n&#146;importe quoi&nbsp;: du sergent de ville ou de la plate-forme d&#146;autobus, et cette contingence des objets philosophiques est une scie qu&#146;on trouve mme sous des plumes qui comptent (Lvi-Strauss cite ironiquement la possibilit de construire la comparaison philosophique des mrites de l&#146;autobus et du mtro). C&#146;est faux&nbsp;: il n&#146;y a de philosophie que de l&#146;tonnant, et tout ne l&#146;est pas, puisqu&#146;il y a du banal (des personnes et des choses) et plus prcisment que le banal est une condition structurel du monde (un &quot;&nbsp;existential&nbsp;&quot;). Cela dit, l&#146;indication que je viens de donner de la possibilit de situer l&#146;tonnant  tous les degrs d&#146;une chelle rflexive rend compte de la possibilit que nous avons de faire varier l&#146;tage de notre tonnement, ou plus exactement de l&#146;ventualit qu&#146;une ralit drive puisse <i>ailleurs </i>valoir comme origine. L o c&#146;est le cas, elle sera tonnante. C&#146;est pourquoi on peut considrer que si tout n&#146;est pas tonnant, <i>tout </i>peut l&#146;tre, comme Francis Ponge nous l&#146;a montr pour les choses. Si le cageot de lgumes peut tre sujet <i>propre </i>de son apparatre, alors, certes, il est tonnant et l&#146;objet le plus banal peut donner lieu  un discours philosophique parce qu&#146;alors il aura cess d&#146;tre mondain pour devenir  son tour l&#146;origine d&#146;un monde. Le &quot;&nbsp;parti pris des choses&nbsp;&quot; est l&#146;inscription de cette ventualit&nbsp;: il consiste  tablir la non vrit de leur constitution par le savoir, que par ailleurs nul ne songerait  nier. Mais justement&nbsp;: elle ne vaut que &quot;&nbsp;par ailleurs&nbsp;&quot;, l o la chose considre n&#146;est qu&#146;en ralit. C&#146;est ce que j&#146;indiquais l&#146;autre jour en disant que la ralit tonnante est celle  propos de quoi le savoir ne compte pas. Tout le monde sait ce qu&#146;il en est des ralits triviales sauves par Ponge dans ce recueil, mais justement&nbsp;: <i>cela ne compte pas. </i>En ce sens, elles sont tonnantes. La distinction <i>ainsi opre </i>de la vrit constitue par consquent l&#146;objet considr en objet possible de la rflexion philosophique. Comme on sait, il peut s&#146;agir d&#146;un cendrier ou d&#146;un verre de bire. Rien de plus banal que ces objets quotidiens, mais ce qui n&#146;est pas banal, c&#146;est qu&#146;ils <i>apparaissent&#133;</i> On peut mme pousser la description en montrant qu&#146;une auto-donation est  l&#146;&#156;uvre dans leur prsence, laquelle n&#146;est ds lors nullement banale&nbsp;: la prsence du cageot, d&#146;une certaine manire, c&#146;est son effort. Pareillement une rflexion sur le mal ne peut faire l&#146;conomie de l&#146;tonnement devant des existences faites de certitudes  propos de tout et de satisfaction&nbsp; propos de soi. Se demander comment un tre humain peut tre parvenu  un tel degr de mdiocrit, c&#146;est s&#146;tonner sur une des ventualits de la condition humaine, et par l c&#146;est faire une sorte de retour  l&#146;origine. De mme que le savoir que nous avons des cageots ne compte pas quand nous oprons une conversion qui nous ramne au cageot comme  l&#146;origine d&#146;un monde qui <i>par l mme </i>se rvle tre vraiment le sien, de mme tout ce que nous savons du conditionnement social et des mcanismes inconscients tombe quand nous avons devant nous l&#146;individu &quot;&nbsp; qui on ne la fait pas&nbsp;&quot;, celui que rien n&#146;tonnera jamais, le philistin dans toute sa glorieuse paisseur. </p>  <p>L&#146;extriorit &#150; ou plus exactement l&#146;antriorit &#150; au savoir permet de penser l&#146;tonnement qui empche toute parole. L&#146;tonnement n&#146;est pas la sidration, qui empche de parler&nbsp;: dans l&#146;tonnement, on ne dit rien parce qu&#146;il n&#146;y a tout simplement rien  dire, le savoir que nous pourrions mobiliser ayant cess de valoir. Ce mutisme indique la primaut du lieu (le &quot;&nbsp;wo&nbsp;&quot; freudien) dont chaque tonnement est la retrouvaille. L&#146;origine est donc identique  sa propre perte (ce n&#146;est pas quelque chose, sinon on dirait quoi), mais cette perte n&#146;est pas temporelle, paradoxalement, parce que tout ce qui nous tonne nous y situe  nouveau&nbsp;: <i>tre tonn, c&#146;est se trouver  nouveau l o tout est nouveau </i>(c&#146;est seulement en rflchissant que je dis &quot;&nbsp; nouveau&nbsp;&quot;&nbsp;: en vrit c&#146;est (toujours) pour la premire fois). J&#146;exprimerai la mme ide en disant que l&#146;tonnement nous installe <i>l o tout pourra avoir lieu, l o rien du monde n&#146;est encore dcid</i>. C&#146;est ce que j&#146;appelle le lieu de la promesse, en me rfrent  ce que nous avons compris de cette notion. Quand nous sommes tonns, nous sommes ailleurs et avant, en ce lieu d&#146;origine que tout commencement pourra occuper mais que, corrlativement, il pourra tout aussi bien laisser ouvert. </p>  <p>Ce lieu est en propre le lieu de la pense, l o il s&#146;agit de vrit et non de savoir &#150; distinction dont est faite expressment la philosophie. Je formule plus simplement cette ide en disant qu&#146;<i>il n&#146;y a de philosophie que de l&#146;tonnant ou encore que l&#146;tonnant est de nature philosophique</i>. En quoi nous recevons un indice&nbsp;: en tout ce qui tonne, c&#146;est forcment du nom propre qu&#146;il doit s&#146;agir (par exemple on peut concevoir que les mathmatiques soient originellement pythagoriciennes, etc.). </p>  <p>S&#146;il n&#146;y a jamais de philosophie que de l&#146;tonnant et si n&#146;tonne que ce relativement  quoi le savoir ne compte pas, alors on peut dire qu&#146; <i>est philosophique une ralit qui fait insister la distinction de la vrit et de la ralit</i>. Par exemple un cendrier ou un verre de bire ne sont pas des choses philosophiques, parce qu&#146;ils sont disponibles et que leur concept est <i>par l mme</i> leur vrit anonyme&nbsp;(n&#146;importe qui, prcisment en tant que n&#146;importe qui, a la vrit sur ces choses&nbsp;: c&#146;est leur concept) ; mais ils peuvent l&#146;tre disons en tant qu&#146;exemples <i>sartriens </i>c&#146;est--dire en tant qu&#146;autoriss  la fois dans leur apparatre et dans leur dit (bref dans leur concept comme <i>vrit</i> et non comme ralit apprhende) d&#146;un nom dont l&#146;criture de l'tre et le Nant (notamment) <i>n</i>&#146;tait <i>que</i> l&#146;impossibilit. Car le cendrier ou le verre de bire, poss l, inertes et sans raison, c&#146;est bien <i>de </i>l&#146;existence, dont tout le monde sait <i>dsormais </i>(c&#146;est--dire depuis l&#146;preuve qu&#146;a t pour nous la lecture des ouvrages qui <i>taient </i>l&#146;impossibilit de le dire) qu&#146;elle est de &quot;&nbsp;nature&nbsp;&quot; sartrienne. L ils sont tonnants, alors que &quot;&nbsp;par ailleurs&nbsp;&quot; (c&#146;est--dire en dehors de ce nom propre qui cause leur tre comme vrai  la manire dont un peintre authentifie un tableau) ce sont des objets d&#146;une banalit affligeante&nbsp;: l&#146;tonnement de Sartre devant un cendrier, c&#146;est par consquent l&#146;audition silencieuse de son vrai nom&nbsp;: celui qu&#146;il a t un penseur de passer toute sa vie  ne pas pouvoir dire. </p>  <p>Le &quot;&nbsp;wo&nbsp;&quot; freudien,  mon avis, c&#146;est le lieu du nom indisponible, du nom vraiment propre, le nom des natures philosophiques ou encore le nom qui cause comme vraie une &#156;uvre qui, par ailleurs, n&#146;est qu&#146;un tableau (par exemple si quelque expert dcouvre par des moyens indits que tel tableau trs banal d&#146;un quelconque muse de province est en fait de Rembrandt, alors ce tableau sera une &#156;uvre&nbsp;: non pas seulement un rel, mais un vrai &#150; et l, il sera tonnant&nbsp;: fait de sa propre origine, c&#146;est--dire de sa propre impossibilit). </p>  <p>Quand je parle ainsi des objets philosophiques <i> partir d&#146;une alternative qui est la distinction de la vrit et de la ralit </i>(le nom qui les cause, et ce qu&#146;ils sont par ailleurs) &#150; vous avez donc reconnu mes &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot;, ces ralits exclusivement faites du nom <i>indisponible</i> de celui qui les nomme et dont il serait pour cette raison absurde de dire qu&#146;il y a&nbsp; &quot;&nbsp;connaissance&nbsp;&quot;.<i> </i>Thse en quelque sorte familire  tout le monde, puisque nous savons tous qu&#146;en philosophie la rfutation ne compte pas &#150; et certes elle compterait si les objets <i>philosophiques</i> dont on parle avaient une autre ralit que le nom indisponible de celui qui en parle, auquel cas la philosophie serait une sorte de science. </p>  <p>Dire qu&#146;il n&#146;y a de philosophie que de l&#146;tonnant, c&#146;est dire qu&#146;il n&#146;y a de philosophie que de ce qui compte. L&#146;quivalence est vidente, puisque l&#146;tonnant se situe au lieu de l&#146;origine, qu&#146;il est comme tel sujet d&#146;une possibilit dont <i>nous </i>relevons ds lors. Quand je m&#146;tonne de l&#146;existence des mathmatiques, moi qui ne suis pourtant pas mathmaticien, je me situe malgr moi au lieu d&#146;une promesse d&#146;idalisation et de synthse conceptuelle  laquelle je ne suis tout de mme pas tranger. Mais que je mne une vie de trivialit et l, je ne serai plus tonn par l&#146;existence des mathmatiques&nbsp;: elles ne compteront plus. </p>  <p>Ce qu&#146;on appelle, plus gnralement, les &quot;&nbsp;grandes&nbsp;&quot; questions pour dsigner en propre les objets de la philosophie renvoie par consquent  cette quivalence de l&#146;tonnant et de ce qui compte. Ainsi la mort, la possibilit de la vrit, la libert et toutes les autres notions dsignent des ralits qui <i>comptent </i>pour l&#146;humanit en gnral, telle que l&#146;activit rflexive en est l&#146;institution. Pour autant que nous trouvions dans cette gnralit une part de notre origine (par exemple  travers l&#146;ide rflexive de dignit humaine), nous dirons alors que ces questions comptent pour nous. Mais ici encore, il est vident que certaines des &quot;&nbsp;grandes&nbsp;&quot; questions peuvent ne pas du tout compter et par consquent tre exclues du champ de l&#146;tonnement, lequel est le champ exclusif de la pense.&nbsp;Lacan au dbut des annes 70 a rpondu  une question (certes plutt bte) sur la libert que cette notion ne l&#146;intressait pas, autrement dit qu&#146;elle ne comptait pas pour lui, mais il a montr tout  la fin de son enseignement que cette notion le convoquait enfin  penser&nbsp;; pour lui, je dirai qu&#146;elle tait devenue &quot;&nbsp;lacanienne&nbsp;&quot;, si j&#146;ai raison de dire que <i>l&#146;tonnant nous convoque  penser, </i>et si j&#146;ai raison de<i> dfinir la pense par l'inscription du nom propre c&#146;est--dire impossible.</i> </p>  <p>Les choses qui comptent, c&#146;est--dire qui tonnent, sont celles qui font penser&nbsp;: compter, c&#146;est tout simplement convoquer le nom impossible. </p>  <p>Je dirai ainsi que les objets de la pense sont  chaque fois sont agent, si le nom propre, celui qui va se raliser dans les natures, et  chaque fois sa cause. </p> <i>  <p>Donc il est faux de dire qu&#146;il y a effectivement des choses qui comptent, dont par ailleurs les philosophe nous donneraient une certaine comprhension</i>&nbsp;: cela ne pourrait tre vrai qu&#146; la condition qu&#146;il y ait des mtaphysiciens c&#146;est--dire des &quot;&nbsp;en tant que&nbsp;&quot;, mais alors il s&#146;agirait non pas de choses qui comptent mais de choses qui importent &#150; notamment  la comprhension de la condition humaine. </p>  <p>Impossible de sparer l&#146;tonnement, les choses qui comptent et la pense, le nouage de l&#146;ensemble tant assur par le nom propre, dans son essentielle impossibilit (laquelle est le travail, qui se fait donc toujours  l&#146;aveugle&nbsp;: on suit seulement son propre tonnement, c&#146;est--dire la profration silencieuse d&#146;un nom qu&#146;on aura pass sa vie  ne pas pouvoir dire</p>  <p>Donc, il est absurde de <i>croire </i>qu&#146;il y a effectivement des choses qui comptent.; mais d&#146;un autre ct, on ne peut nier que certaines choses sont de &quot;&nbsp;nature&nbsp;&quot; philosophique (par exemple que nous soyons mortels ou que la vrit soit possible), et qu&#146;en ce sens elles comptent. </p>  <p>Vous saisissez mon argument&nbsp;: ce n&#146;est pas parce que certaines choses compteraient qu&#146;elles seraient ensuite tudies par les philosophes en tant que tels (expression dont j&#146;espre vous avoir montr le caractre contradictoire),  la manire des minraux pour les gologues, <i>mais c&#146;est au contraire parce que certaines choses sont institues comme des natures philosophiques, qu&#146;elles comptent&nbsp;! </p> </i>  <p>En quoi je rappelle seulement l&#146;antriorit, au sens du &quot;&nbsp;es war&nbsp;&quot; freudien, du nom propre dont l&#146;tonnement est la reconnaissance &#150; ou si vous prfrez, la rminiscence. La philosophie, dont je vous explique qu&#146;elle a l&#146;tonnement pour dimension essentielle, n&#146;est rien d&#146;autre que cette rminiscence&nbsp;: une pense qui soit en mme temps (un temps de retard par consquent&nbsp;: c&#146;est en lisant ce qu&#146;on crit qu&#146;on apprend de quelle &quot;&nbsp;nature&nbsp;&quot; on traite) rflexion. &nbsp;</p>  <p>La question de l&#146;tonnement est celle de la philosophie parce qu&#146;elle est celle de l'alternative du savoir et de l&#146;extriorit au savoir autrement dit de la pense. Je vous indique d&#146;abord comment je la vois. Le premier terme serait de dire que nous restons toujours l&#146;&quot;&nbsp;en tant que&nbsp;&quot; que nous sommes forcment ds que nous parlons (si je demande quelque chose dans un magasin, je parle invitablement en tant que client, etc.), celui que&nbsp;n&#146;importe qui&nbsp;serait  notre place, bref ce sujet mondain que nous ne cessons jamais d'tre et qui a rponse  tout. L&#146;autre jour, je citais l&#146;exemple des lecteurs professionnels qui peuvent encore tre surpris mais qui ne sont plus tonns par rien et pour qui, ds lors, notre poque ne compte plus de &quot;&nbsp;grands crivains&nbsp;&quot;. Voil, je crois, une bonne figuration du premier terme de l&#146;alternative, celui du dni&nbsp;: ces lecteurs sont en gnral tout  fait capables de juger de <i>l&#146;importance </i>de tel ou tel crivain, et ils ne contesteront pas que tel ou tel (j&#146;avais cit Quignard et Le Clzio) soit trs important &#150;  la limite, aussi important qu&#146;on voudra. Quant  admettre que ces crivains <i>comptent </i>(et par dfinition, un crivain ne peut compter que pour dfinir la littrature, laquelle est elle-mme, comme je vous l&#146;ai longuement expliqu, le dit de ce qui compte en tant qu&#146;il compte), c&#146;est autre chose. Car un crivain qui compte, c&#146;est forcment quelqu&#146;un dont les livres nous laissent muets et dont, pour cette raison, il ne serait pas impossible de considrer qu&#146;ils ne nous <i>apportent </i>rien. Pour considrer qu&#146;un livre est <i>important </i>il faut donc se placer depuis l&#146;emprise et la rflexion ou, si l&#146;on prfre, depuis le point de vue sans me du spinozisme, puisque dire tel livre a augment ou diminu ma puissance d&#146;tre revient tout simplement  dire qu&#146;il ne compte pas (c&#146;est seulement moi qui compte dans la lecture que j&#146;en fais). Ainsi des manuels peuvent tre importants dans nos tudes, des annuaires pour notre orientation sociale, des guides touristiques pour nos promenades, ou mme des modes d&#146;emploi pour l&#146;utilisation de nos outils de travail. Il y a aussi des livres qu&#146;on lit pour le plaisir et qui sont trs importants pour cette raison, mais ils ne comptent pas non plus puisque c&#146;est notre plaisir, justement, qui compte dans cet exemple. Les livres qui <i>comptent</i>, au contraire, nous disent d&#146;une certaine manire <i>qui </i>nous sommes (j&#146;avais cit l&#146;exemple de <i>la Montagne magique, </i>dont la lecture me donne  chaque fois le sentiment de revenir chez moi), mais ils ne nous disent videmment pas <i>ce que </i>nous sommes ni moins encore ce qu&#146;il en est positivement des ralits qu&#146;ils voquent (la lecture d&#146;un trait technique &#150; de mdecine, de gographie, de sociologie, de psychanalyse, etc. &#150; est infiniment plus utile de ce point de vue). Et d&#146;autre part, il y a des livres qui comptent (appelons-les &quot;&nbsp;classiques&nbsp;&quot;), et pas seulement pour un seul lecteur mais pour tout le monde en ceci<i> </i>qu&#146;<i>ils nous disent communment qui, et non pas ce que, nous sommes </i>&#150; autrement dit en ceci qu&#146;ils rpondent  la question de l&#146;humain <i>comme gnie et non pas comme ralit.</i> Ces livres, ils tonnent&nbsp;: ils disent le nom secret de l&#146;humanit et dessinent le visage dont elle se constitue subjectivement d&#146;tre le manque, le visage que Dieu pourrait voir s&#146;il existait ; et la marque qu&#146;ils laissent en chaque lecteur est comme l&#146;indication de fait qu&#146;en eux, c&#146;est de lui, l o il n&#146;est pas celui que n&#146;importe qui aurait t  sa place, qu&#146;il s&#146;agit. Quand on parle &quot;&nbsp;en tant que&nbsp;&quot;, c&#146;est--dire comme clone anonyme, il est impossible qu&#146;on les reconnaisse&nbsp;: du point de vue du savoir, il n&#146;y en a tout simplement pas. </p>  <p>Vous voyez o j'arrive, avec cette analogie&nbsp;: il y a des choses qui nous disent <i>qui</i> nous sommes et ces choses l, nous pouvons ou bien les dnier comme telles en leur accordant plus ou moins d&#146;importance (par exemple en tant &quot;&nbsp;curieux&nbsp;&quot;  leur sujet), ou bien reconnatre qu&#146;en elles il s&#146;agit de nous, et par consquent aussi de notre visage manquant et de notre <i>vrai </i>nom (les deux rponses  la question &quot;&nbsp;<i>qui </i>suis-je&nbsp;?&nbsp;&quot;). Voil de quoi il s&#146;agit, finalement, en toute criture philosophique, si j&#146;ai raison de dire que la philosophie est le savoir personnel, c&#146;est--dire le savoir de quelqu&#146;un qui est <i>vraiment </i>lui, et si le nom qui rpond vraiment  la question que chacun est pour lui-mme s&#146;coute silencieusement dans l&#146;tonnement.</p>  <p>Au lieu de continuer  faire fonctionner le savoir qui nous institue et dont la poursuite s&#146;identifie  l&#146;impossibilit mme de l&#146;tonnement, <i>notre parole</i> <i>sera donc origine dans un silence premier</i>. Voil la pense, concrtement&nbsp;: que la parole vienne de ce silence de l&#146;tonnement, un silence qui ne passe jamais. Vous pouvez prsenter cela de manire en quelque sorte subjective en disant qu&#146;on ne revient jamais de ce qui nous a tonn, ou de manire objective en disant que ce qui nous a tonn ne cesse pas de nous tonner, mais je prfre dire <i>qu&#146;on ne philosophe jamais qu&#146;en oubli de la philosophie</i>. </p>  <p>Car si l&#146;on n&#146;oublie pas la philosophie, on est un &quot;&nbsp;en tant que&nbsp;&quot; c&#146;est--dire le vecteur anonyme d&#146;un savoir (celui qu&#146;on aurait acquis durant nos tudes de philosophie), et l&#146;on n&#146;inventera jamais rien&nbsp;: la pense sera toujours celle des autres. D&#146;un autre ct, on ne peut pas dire simplement qu&#146;un philosophe est quelqu&#146;un qui a oubli ce que c&#146;est que la philosophie, bien sr. Je dirai donc, pour renvoyer  l&#146;tonnement comme convocation  penser c&#146;est--dire comme audition silencieuse du nom secret, <i>qu&#146;on n&#146;oublie pas qu&#146;on a oubli. </i>Tout le monde connat les passages de Heidegger sur l&#146;oubli de l&#146;oubli. Je crois que la vrit relve forcment de l&#146;oubli, sinon elle est le savoir&nbsp;: l&#146;anonymat des &quot;&nbsp;en tant que&nbsp;&quot;&nbsp;; mais elle est la vrit, prcisment, de ce que l&#146;oubli ne soit pas oubli. Vous avez reconnu l&#146;efficience de la promesse&nbsp;: l&#146;ouverture de l&#146;avenir est forcment oublie, puisque c&#146;est dans un certain temps qu&#146;on vit. Mais ce temps n&#146;est pas le temps anonyme du monde commun&nbsp;: c&#146;est le temps propre, celui du destin. Ceux qui ont un destin, c&#146;est--dire qui n&#146;ont pas cd <i>temporellement </i>sur le fait d&#146;tre soit et non pas celui que n&#146;importe qui aurait t  la mme place, l&#146;ont forcment oubli&nbsp;: ce n&#146;est pas  leur destin qu&#146;ils s&#146;intressent, c&#146;est  ce qu&#146;ils font. Mais cet oubli n&#146;est pas oubli, et c&#146;est ce non oubli de l&#146;oubli, ralit du destin, qu&#146;on peut considr comme la ralit temporelle de la pense.<i> </p> </i>  <p>La parole s&#146;impose comme philosophie de n&#146;tre pas l&#146;effectuation, mme trs intelligente et savante, de la &quot;&nbsp;Philosophie&nbsp;&quot; telle qu'elle est dj l et telle qu&#146;elle nous permet de parler philosophiquement. Rien l que de trs banal&nbsp;: je rappelle seulement que philosopher consiste  <i>inventer </i>la philosophie (comme peindre ou composer consistent  inventer la peinture ou la musique). Cette invention n&#146;est pas un processus magique et surnaturel (j&#146;ai rpt souvent que le gnie n&#146;est rien d&#146;autre que le fait de ne pas cder sur l&#146;irrductibilit d&#146;tre soi) mais c&#146;est simplement <i>qu&#146;on s&#146;autorise non pas d&#146;un ordre pralable qu&#146;on actualiserait  notre tour et dont on serait alors le vecteur anonyme, mais bien</i> <i>du silence premier, celui de l&#146;tonnement</i> dont est fait ce dont on parle, en tant prcisment qu&#146;on ne parle jamais en philosophe que de choses tonnantes. Le gnie n&#146;est rien d&#146;autre que l&#146;tonnement, en fin de compte, et philosopher consiste  reprendre rflexivement cette posture.</p>  <p>Je le dis encore autrement&nbsp;: <i>l&#146;tonnement renvoie  ce moment originel (qui comme tel n&#146;a jamais t rel) o le nom propre tait la rponse  la question de l&#146;tre, et le mensonge que j&#146;appelle improprit du nom consiste  ne considrer le nom que comme la rponse  la question de la reprsentation</i>. Le nom disponible nous reprsente, assurment, puisqu&#146;il reprsenterait pareillement n&#146;importe qui  notre place (par lui nous sommes donc n&#146;importe qui&nbsp;: la reprsentation est notre tre)&nbsp;; alors que le nom indisponible advient l o il s&#146;agit de se dire soi-mme en disant ce que son nom signifie <i>quant  l&#146;tre</i>. C&#146;est pourquoi il appartient au nom indisponible de pouvoir tre rflchi par nous en adverbe (&quot;&nbsp;sartriennement&nbsp;&quot;) alors que le nom disponible ne le peut pas (Sartre est n&#146;importe qui, en l&#146;occurrence l&#146;enfant de parents qui auraient pu avoir n&#146;importe quel <i>autre</i> enfant  sa place &#150; lequel <i>autre </i>enfant est ds lors celui qu&#146;il est en ralit). <i>La vrit est notre tre dans le cas du nom indisponible, alors que c&#146;est la reprsentation dans le cas disponible</i>. Et nous sommes tonns chaque fois <i>que l&#146;tre diffre de la reprsentation</i> c&#146;est--dire chaque fois que la mise en question de la vrit nous convoque en premire personne. </p>  <p>Il y a donc le moment de l&#146;tre par dfinition toujours dj perdu pour nous qui parlons (pour soi, on est forcment n&#146;importe qui), et le moment de la reprsentation par dfinition toujours actuel (j&#146;affirme tre celui que je me reprsente tre) mais non vrai. La reprise constante de l&#146;impossible moment de l&#146;tre (l&#146;originel) par le moment ncessaire de la reprsentation, voil ce qui barre l&#146;tonnement (dans la vie, tout est &quot;&nbsp;normal&nbsp;&quot;) en mme temps qu&#146;il le rend possible <i>puisqu&#146;on reste forcment bouche be quand il s&#146;agit du moment de l&#146;tre </i>&#150; tel qu&#146;il apparat non pas en lui-mme, bien sr, mais dans la faille de la reprsentation qui est l&#146;tonnement o la <i>premire </i>personne est convoque en tant que telle, <i>c&#146;est--dire dans son vrai nom&nbsp;: celui qui depuis toujours valait pour l&#146;tre et qui ds lors constituera les &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot; philosophiques</i>.</p>  <p>Vous comprenez pourquoi on peut dire que la philosophie est tonnement, et aussi qu&#146;elle s&#146;identifie  la question de l&#146;tre, qui est celle de la premire personne (par opposition  l&#146;existence qui relve de la seconde et  la reprsentation qui relve de la troisime). En quoi on ne renvoie pas au fait que tout soit donn mais  l&#146;impossibilit que la reprsentation sature &#150; et suture &#150; ce fait&nbsp;: elle en relve, donc elle apparat en manque d&#146;une vrit qui ne sera jamais rien d&#146;autre que sa propre perte&nbsp;: quand le nom valait pour l&#146;tre, ainsi qu&#146;il en sera plus tard dans les &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot; dont on aperoit ds lors bien en quoi elles s&#146;entendent depuis la question que la premire personne ne cesse jamais d&#146;tre pour elle-mme et qui est proprement la question de la philosophie&nbsp;: la question de l&#146;tre.</p>  <p>Le moment originel,  quoi l&#146;tonnement consiste sans soi (donc vraiment)  faire retour, c&#146;est le moment o <i>le nom a valu pour l&#146;tre et par l mme instaur la vrit comme commandant tout ce qui, de ce point de vue, ne comptera jamais: </i>l&#146;tre toujours dj perdu devient par le nom l&#146;antrieur de la vrit, autrement dit est rtrospectivement constitu comme la vrit dont la vrit doit <i>dj</i> relever, puisqu&#146;il n&#146;y a de vrit qu&#146;en vrit et que les choses qui importent (celles qui ne comptent pas) se dfinissent justement de <i>ne pas </i>poser cette question. Il n&#146;y a donc pas de diffrence entre poser la question de la vrit est s&#146;ouvrir  l&#146;antriorit vritative dont la vrit est toujours dj constitue et institue  la fois &#150; autrement dit entre poser cette question et s&#146;ouvrir  la pure distinction, telle que je l&#146;ai dfinie dans les sances prcdentes. Eh bien c&#146;est cela, l&#146;tonnement philosophique&nbsp;: la distinction, qu&#146;on peut aussi bien dfinir comme la causalit du nom propre.</p>  <p>Cette causalit rpond  la question de l&#146;thique qui est aussi bien celle de la pense, puisque l&#146;tonnant nous ramne  la promesse que nous <i>tions </i>avant d&#146;tre nous-mmes, quelle que soit la manire dont elle ait pu ensuite tre assume ou renie par nous&nbsp;: une vie qui soit vraiment la ntre, auquel cas c&#146;est un <i>avenir</i> qui se sera ouvert quand nous sommes ns, ou au contraire une vie qui soit celle que n&#146;importe qui aurait eue  notre place, auquel cas notre naissance n&#146;aura t que l&#146;institution d&#146;un <i>futur</i>. Ma thse est que l&#146;tonnement est un transport  ce moment thique de la <i>distinction </i>entre l&#146;avenir et le futur &#150; moment dont on peut dire qu&#146;il est le moment de la vrit parce que c&#146;est l que c&#146;est jou que nous soyons (ou pas) <i>vraiment </i>nous-mmes. Sommes-nous l&#146;effectuation de notre propre promesse, <i>dont l&#146;tonnement est le rappel silencieux</i>, ou sommes-nous seulement celui que nous pouvions tre, les choses tant ce qu&#146;elles sont&nbsp;? Le silence de l&#146;tonnement est li  cette dimension questionnante&nbsp;: <i>ne m&#146;tonne jamais que ce qui me met en question</i>. C&#146;est cette interrogation o se noue d&#146;une manire bien particulire la question de l&#146;thique et de la vrit en quoi consiste le silence de l&#146;tonnement. Bref, la question de l&#146;tonnement renvoie  un concept qui soit l&#146;unit de la vrit et du fait d&#146;tre soi&nbsp;: le concept central de l&#146;thique et de la philosophie, celui du gnie, qui ne dsigne pas on ne sait quelle capacit suprieure et magique mais <i>seulement </i>le fait d&#146;tre soi, comme d&#146;ailleurs personne ne l&#146;ignore, puisqu&#146;il n&#146;y a pas de diffrence entre reconnatre le gnie d&#146;une production et reconnatre que c&#146;est <i>vraiment </i>telle personne,  l&#146;exclusion de quiconque (donc  l&#146;exclusion de celui qu&#146;elle est par ailleurs&nbsp;: le mme que n&#146;importe qui  sa place) qui est  son origine. La pense n&#146;est rien d&#146;autre que le statut thique de la premire personne et la philosophie est la rflexion de cette personne, qui ne se rencontre elle-mme que dans le silence de ses tonnements. </p> <font FACE="Arial"><i><b>  <p>Haine de la pense&nbsp;: &quot;&nbsp;que le savoir compte&nbsp;!&nbsp;&quot;. </p> </b></i></font>  <p>La pense est l&#146;acte de la premire personne, celle qu&#146;on est sans soi&nbsp;: le personne du nom secret qu&#146;on passera toute sa vie  inscrire, la personne du visage dont notre propre existence sera toujours le manque &#150; et non pas de la conscience, bien sr. L&#146;autre de la pense est donc l&#146;anonymat&nbsp;: poser ce que n&#146;importe qui aurait raison de poser, c&#146;est se faire le vecteur anonyme d&#146;un savoir lui aussi anonyme, puisqu&#146;il suffit d&#146;tudier pour devenir savant et qu&#146;tudier est en principe  la porte de n&#146;importe qui. </p>  <p>La haine de la pense, c&#146;est simplement la haine de l&#146;thique de la premire personne, laquelle consiste  s&#146;autoriser de soi-mme (et c&#146;est l&#146;acte de s&#146;autoriser de soi-mme qu&#146;il faut nommer penser, au sens strict). Concrtement, elle se traduira donc par le retournement de la dfinition opratoire de la vrit&nbsp;: si le vrai n&#146;est rien d&#146;autre que le rel dont il se distingue pourtant, alors on dira <i>tant en ce qui concerne l&#146;nonc que l&#146;nonciation </i>que la vrit n&#146;est rien d&#146;autre que le savoir, dont il n&#146;est pas question qu&#146;elle se distingue. Celui qui sait sera par consquent celui qui a raison, et toute sa pratique consistera  substituer l&#146;anonymat (de la certitude subjective, des rfrences savantes)  la pense qui est toujours invention dans l&#146;horizon du nom propre. </p>  <p>Etre tonn, c&#146;est se retrouver au lieu silencieux de l&#146;origine, laquelle est promesse et par consquent ouverture de l&#146;avenir. De l&#146;avenir au futur, il n&#146;y a pas de diffrence mais seulement une distinction&nbsp;: la promesse, justement. Ds lors qu&#146;il n&#146;y a pas de diffrence, il est parfaitement lgitime de n&#146;en pas faire, et de dcider &#150; ds lors originellement &#150; que c&#146;est le savoir qui sera seul  compter et que la vrit n&#146;est rien. Nous verrons quelles sont les deux figures de cette dcision dont aucune raison ne peut tablir l&#146;illgitimit.</p>  <p>Maintenant que je vous ai donn les bases, voyons de quelle manire on peut &quot;&nbsp;cder&nbsp;&quot; sur le caractre tonnant de certaines choses, c&#146;est--dire cder sur la promesse qu&#146;on est pour soi-mme depuis toujours. </p>  <p>La pense de l&#146;tonnement est aussi bien la pense de cette promesse. Par exemple Sartre reste tonn d&#146;exister, <i>et il ne cde pas sur cet tonnement&nbsp;</i>; de sorte que l&#146;criture de l'tre et le Nant est l&#146;impossibilit de dire que l&#146;existence est sartrienne &#150; en quoi consiste donc qu&#146;elle soit tonnante pour lui, si le propre des choses tonnantes est de nous faire entendre silencieusement notre vrai nom, celui de l&#146;inscription non sue dans la constitution des natures, de nous ouvrir  une &quot;&nbsp;errance&nbsp;&quot; dont on reconnat ainsi rflexivement la positivit (l&#146;criture de l'tre et le Nant, ce n&#146;est rien d&#146;autre que l&#146;impossibilit, positivement entendue, que Sartre avait de dire que l&#146;existence tait sartrienne).</p>  <p>Se trahir soi-mme, c&#146;est par consquent se mettre dans une posture telle que l&#146;tonnement soit exclu ou rcus d&#146;avance. Concrtement, cela revient  avoir dcid c&#146;est le savoir et non pas le vrai (l&#146;tonnant comme tel) qui compte. </p>  <p>Le savoir peut tre subjectiv dans une identification, ou au contraire pos expressment comme tel, dans sa lettre. La pense de l&#146;tonnement dgage donc les deux manires spcifiques de trahir la promesse qu&#146;on est pour soi &#150; autrement dit deux manires d'exclure que la rflexion puisse jamais tre philosophique. </p> <i>  <p>Premire figure&nbsp;: le philistin</p> </i>  <p>Le terme de philistin, qui renvoie  un &quot;&nbsp;idal-type&nbsp;&quot; en sciences sociales, dsigne le conservateur conformiste, celui pour qui les vidences sociales ont depuis toujours dcid de ce qu&#146;il ferait. Je mettrai particulirement l&#146;accent sur sa prtention et sa certitude&nbsp;: il est toujours certain d&#146;avoir raison parce qu&#146;il a depuis toujours dcid d&#146;identifier la vrit  l&#146;vidence, et l&#146;vidence  ce qui s&#146;impose socialement. Or, c&#146;est bien connu, on ne saurait avoir raison tout seul, de sorte que c&#146;est la socit en tant que telle qui a toujours raison. La socit, c&#146;est un savoir dont on peut dire qu&#146;il porte non pas sur tout (toute socit a certes sa mtaphysique, mais elle est impense et inaccessible  la conscience individuelle) mais sur ce qu&#146;on peut appeler &quot;&nbsp;la vie en gnral&nbsp;&quot;. Je dfinirai donc le philistin en disant qu&#146;il est d&#146;abord <i>celui  qui on ne la fait pas</i>, ce qui est sa disposition en quelque sorte formelle, et je prciserai la matrialit de sa prtention en disant que le philistin est celui <i>qui connat la vie.</i> Car tous ceux qui pourraient le tromper sont forcment solitaires ou du moins minoritaires, ce qui suffit  les dconsidrer par avance, relativement au savoir de la vie qui dfinit <i>toutes </i>les importances. Le philistin ne se laisse donc jamais dmonter&nbsp;: il a d&#146;avance rponse  tout, puisqu&#146;il sait, lui, ce que c&#146;est que la vie et que celle-ci se dfinit prcisment d&#146;tre la comprhension de tout. Disons-le autrement&nbsp;: le philistin se caractrise par le refus absolu de jamais envisager qu&#146;on puisse distinguer ce qui compte de ce qui importe&nbsp;: pour lui il n&#146;y a que des importances positives et ngatives &#150; &quot;&nbsp;oubliant&nbsp;&quot; ainsi que la seule chose qui compte pour est de se conformer, c&#146;est--dire de ne pas tre seul (auquel cas il risquerait en effet d&#146;apercevoir la trahison qu&#146;il a depuis toujours opre de lui-mme). On pourrait donc spcifier la position du philistin par la double dngation o il situe sa passion : <i>que le sujet non pas lui mais la socit&nbsp;; que l&#146;objet en soit non pas l&#146;existence mais la vie.</i> Vous apercevrez d&#146;autre part la corrlation du refus de la solitude et de la dcision de ne jamais considrer que le savoir, quand je vous aurai rappel que la vraie solitude n&#146;est pas d&#146;tre sans les autres ni sans soi-mme mais d&#146;tre <i>sans savoir </i>(souvenez-vous de l&#146;exemple de l&#146;automobiliste en panne&nbsp;: s&#146;il sait rparer, il n&#146;est pas seul). Bref, le philistin est celui-l mme qui n&#146;est &quot;&nbsp;pas dupe&nbsp;&quot;, comme dit Lacan dans son sminaire &quot;&nbsp;les non dupes errent&nbsp;&quot;. </p>  <p>Et certes, c&#146;est bien aussi de cette &quot;&nbsp;errance&nbsp;&quot; qu&#146;il s&#146;agit quand je vous parle d&#146;extriorit au savoir&nbsp;: c&#146;est de <i>ne pas savoir</i> que l&#146;existence est sartrienne, par exemple, que Sartre crit l&#146;Etre et le Nant (alors que nous, qui l&#146;avons lu, le savons bien&nbsp;! &#150; mais prcisment&nbsp;: ce n&#146;est pas notre livre mais celui de Sartre). Le philistin est celui qui a toujours dj dcid que cette &quot;&nbsp;errance&nbsp;&quot; (qu&#146;il faut donc rapprocher de ce que je vous ai dit du gnie comme position exclusivement thique d&#146;extriorit au savoir) serait l&#146;horreur et qu&#146;il fallait <i>tout </i>faire ( la limite mourir) pour ne jamais l&#146;prouver.</p>  <p>Cette &quot;&nbsp;errance&nbsp;&quot;, si vous m&#146;accordez de l&#146;interprter  partir de ce que nous venons de voir, on peut dire qu&#146;elle se confond tout simplement avec l&#146;tonnement. Car si ce qui nous tonne nous dit notre nom impossible, celui-l mme que la pense consiste  ne pas pouvoir dire, alors c&#146;est le mme de rcuser son nom propre pour y substituer un nom d&#146;autant plus bouffi de narcissisme qu&#146;il sera disponible (&quot;&nbsp;Matre Untel, notaire&nbsp;&quot;) et de refuser d&#146;tre tonn. Le philistin ne peut tre tonn par rien.&nbsp;<i>Il est par consquent impossible que rien soit philosophique pour lui</i> &#150; puisqu&#146;il n&#146;y a pas de diffrence entre dire qu&#146;une ralit est tonnante et dire qu&#146;elle est philosophique c&#146;est--dire qu&#146;elle engage une rflexion o se dise, sans le savoir, notre vrai nom. Disons le encore autrement&nbsp;: la pense ne l&#146;tonne pas, elle le scandalise parce qu&#146;il n&#146;y a de pense (et donc de philosophie quand la pense prend la forme rflexive) que dans la distinction de ce qui compte &#150; laquelle distinction est prcisment le scandaleux en soi, si l&#146;on peut dire, puisqu&#146;elle renvoie  l&#146;&quot;&nbsp;errance&nbsp;&quot;  l&#146;impossibilit que ce qui importe puisse jamais compter.</p> <i>  <p>Deuxime figure&nbsp;: l&#146;universitaire</p> </i>  <p>J&#146;emprunte encore  Lacan que la seconde figure de la rcusation thique de soi&nbsp;: l&#146;universitaire. Cette rfrence vous indique qu&#146;il s&#146;agit l d&#146;une posture de discours, d&#146;un statut de sujet pour l&#146;nonciation, et non pas, bien sr, du statut administratif de ceux qui s&#146;adressent  des tudiants. Je rappelle  ceux d&#146;entre vous qui n&#146;auraient pas encore lu ces textes essentiels (le sminaire sur les <i>Psychoses</i>, o la notion de discours se met en place, et surtout <i>l&#146;Envers de la Psychanalyse</i>, pour le discours universitaire) que Lacan trouve quatre places, qui sont celles de l&#146;agent, de l&#146;autre, de la vrit et de la production&nbsp;; il caractrise quatre discours qui sont ceux du matre, de l&#146;universit, de l&#146;hystrique et enfin du psychanalyste &#150; plus un cinquime, le &quot;&nbsp;discours du capitaliste&nbsp;&quot; qui s&#146;obtient en tordant la structure du discours du matre &#150; par la correspondance que chacun des lments du discours (le signifiant matre, le savoir, le sujet spar de lui-mme et enfin l&#146;objet) entretient spcifiquement avec les places que je viens d&#146;indiquer. Or ce qui nous intresse ici, c&#146;est le trait distinctif du discours universitaire : <i>le savoir y est  la place de l&#146;agent, </i>(donc celle du commandement qui appartient originellement au matre) <i>de sorte qu&#146;on trouve le signifiant-matre  la place de la vrit</i>. Lacan, se rfrant  la dialectique hglienne du matre et de l&#146;esclave, pose que le savoir dont il s&#146;agit est &quot;&nbsp;dnatur&nbsp;&quot;, du fait de se situer au lieu du commandement&nbsp;: quand il tait l&#146;apanage de l&#146;esclave, on pouvait en effet considrer qu&#146;il avait de la ralit puisque l&#146;esclave travaille effectivement, produisant et le rel et sa propre humanit dans le mme mouvement. Le savoir de l&#146;esclave a donc une ralit  la fois objective et subjective&nbsp;; il perd forcment cette ralit quand un discours le situe  la place du commandement&nbsp;: le &quot;&nbsp;discours de l&#146;Universit&nbsp;&quot; ne produit plus que&#133; des &quot;&nbsp;Units de valeur&nbsp;&quot;, souligne Lacan.</p>  <p>Si je peux donner un exemple caricatural de cette posture, ce serait celui du professeur  qui un tudiant parlerait de son intrt pour la notion de vrit, et qui rpondrait &quot;&nbsp;vous voulez dire chez Heidegger&nbsp;?&nbsp;&quot;, comme s&#146;il tait inconcevable qu&#146;un tre humain puisse penser par lui-mme et comme s&#146;il n&#146;y avait de travail possible qu&#146; tudier la pense des autres.</p>  <p>Une autre exemple serait,  propos des notions, de ne jamais les aborder que par l&#146;tymologie et le commentaire de textes. Ainsi, au lieu de vous parler de l&#146;tonnement comme je le fais depuis un moment, j&#146;aurais d vous infliger des exposs minutieux sur l&#146;tonnement chez Aristote, chez Descartes, chez Kant&nbsp;et chez quelques autres ! A la rigueur aurais-je pu mettre en perspective une pluralit de textes. Mais quelle perspective donner, quand on ne pense pas&nbsp;? Car enfin, comment ordonner les rfrences, ds lors qu&#146;on ne sait pas par soi-mme ce qui est en question dans la suite des textes auxquels on veut s&#146;en tenir&nbsp;? Suffit-il que le mot &quot;&nbsp;tonnement&nbsp;&quot; y figure pour qu&#146;un texte soit pertinent sur l&#146;tonnement&nbsp;? Ne peut-on envisager que la confusion de l&#146;tonnement qui renvoie  la vrit et de la surprise qui renvoie au savoir existe chez des auteurs qui n&#146;ont pas problmatise pour elle-mme la contradiction de la vrit et du savoir&nbsp;? Car enfin, cette distinction n&#146;apparat explicitement qu&#146;avec Hegel&#133; </p>  <p>Le &quot;&nbsp;discours universitaires&nbsp;&quot; ne peut donc avoir aucun objet (je peux vous parler de l'tonnement chez Kant, mais pas de l'tonnement que Kant a prouv, par exemple, devant le fait qu&#146;il y avait du vrai ou que la conscience morale ne pouvait pas tre lie  une causation par le Bien). </p>  <p>J&#146;accorde cependant que les objets n&#146;existent pas en eux-mmes, au sens o nous pourrions les saisir en dehors de tout a priori de vrit. Aussi ne veux-je pas dire que la &quot;&nbsp;connaissance objective&nbsp;&quot; d&#146;une certaine ralit, par exemple l&#146;tonnement, permettrait seule de mettre en perspective les textes o cette notion figure. Contradiction&nbsp;? Oui si l&#146;on n&#146;oublie que le travail du philosophe est de penser, c&#146;est--dire de produire son objet comme une &quot;&nbsp;nature&nbsp;&quot;, une ralit dans laquelle il aille exclusivement de la vrit. La question n&#146;est donc pas de savoir si l&#146;on a ou non la connaissance permettant de considrer tel texte comme plus pertinent que tel autre, ce qui conduit immdiatement  une ptition de principe, mais seulement de savoir si l&#146;on pense, ou si l&#146;on ne pense pas. Et le discours universitaire est enferm dans l&#146;impossibilit de jamais parler de quelque chose, prcisment  cause de la ptition de principe qu&#146;il y aurait  vouloir mettre en perspective les diffrents moments de la tradition (il faudrait supposer navement qu&#146;on possde la vrit pour dcrter que Platon ou Aristote ont tort ou raison sur telle ou telle question). Ainsi est-il condamn ou bien  s&#146;en tenir  des textes ferms qui ne parlent donc jamais de rien (ce que dit un texte ne renvoie  rien qui puisse jamais le transcender et dont un autre parlerait galement), ou bien  se soumettre  une sorte d&#146;idologie du progrs, d&#146;autant plus pauvre qu&#146;elle n&#146;est pas thmatise (pour cela, il faudrait penser, ainsi que le montre l&#146;exemple de Hegel), et qui ferait voir la tradition comme une tentative toujours affine de mieux cerner les notions et les problmes. En quoi c&#146;est l&#146;ide mme de tradition qui est nie &#150; puisqu&#146;elle est ramene, au moins sur le principe,  une sdimentation alors qu&#146;elle est celle d&#146;une mtaphorisation, c&#146;est--dire d&#146;une invention, constante. Par exemple on part de la notion antique de substance pour arriver  l&#146;ide de l&#146;inconscient lacanien, et on dit qu&#146;on a fait l&#146;histoire de la notion de sujet&nbsp;&#150; <i>qu&#146;on est ds lors dispens de produire soi-mme</i>&nbsp;! </p>  <p>Corrlativement on dsignera ce discours en disant qu&#146;il <i>s&#146;puise  effacer sa propre nonciation</i> c&#146;est--dire  placer sa propre vrit dans la ncessit de n&#146;tre le discours de personne (d&#146;o sa rfrence constante  la &quot;&nbsp;scientificit&nbsp;&quot;)&nbsp;: en lui il s&#146;agit seulement du nom du matre (l&#146;auteur sur le dos de qui on fait carrire) rig en signifiant ordonnant toute rponse possible. Ainsi chaque fois qu&#146;une question sera pose, comme dans l&#146;exemple des thmes de colloques, c&#146;est par un expos ponctuel sur cet auteur qu&#146;on rpondra. On peut ainsi ramener ce discours au trait stylistique dont il se spcifie&nbsp;: la note en bas de page, <i>o le risque constitutif de l&#146;nonciation se dfausse sur l&#146;irrcusable de la rfrence</i>. </p>  <p>Une variante de cette posture doit tre envisage. Il s&#146;agit toujours de ne pas s&#146;autoriser de soi-mme c&#146;est--dire de refuser de penser ou encore de <i>refuser que rien puisse jamais compter</i>. Mais au lieu que cette ncessit soit assure par le recours constant au nom du matre (par exemple si on parle de la notion de sujet, ce qui comptera sera non pas le sujet mais la rfrence  Descartes&nbsp;!), elle le sera par la rflexion qui, forcment, est toujours le savoir d&#146;une constitution. Pour reprendre le mme exemple, on fera donc une histoire de la notion de sujet, et l&#146;on nous montrera que nous serions bien nafs de la prendre comme si elle tait naturellement donne, comme si elle renvoyait  quelque chose, <i>alors mme que cette chose nous aura tonns c&#146;est--dire amens  penser. </i>Ce qui revient plus simplement  caractriser cette posture par l&#146;impossibilit d&#146;admettre qu&#146;il y ait du vrai qui soit donn, prcisment comme vrai &#150; donc comme tonnant. <i>L o quelque chose est donn, il faut immdiatement le dnier en montrant qu&#146;il s&#146;agit en ralit du savoir, et que celui qui reconnat l une donation est seulement la dupe de son ignorance</i>. Car ici encore, c&#146;est de ne pas tre &quot;&nbsp;dupe&nbsp;&quot; qu&#146;il s&#146;agit.</p>  <p>De tout ce qui vous tonne, de tout ce en quoi vous voyez un don de vrit <i>et par l un don de vous-mmes</i>, l&#146;historien vous explique qu&#146;il s&#146;agit d&#146;un effet de sens dont l&#146;efficace tient prcisment  la mconnaissance. Toute chose humaine est par l mme &quot;&nbsp;invente&nbsp;&quot; ou &quot;&nbsp;fabrique&nbsp;&quot; dans des moments de culture dont on peut reconstituer la configuration. Il y a ainsi une histoire de tout ce qui peut nous tonner, de tout ce par quoi nous avons la navet d&#146;tre tonns. Par exemple si l&#146;on suit vraiment l&#146;histoire de la mtaphysique comme problmatisation progressive des notions de substance et de subjectivit, rien n&#146;est moins tonnant que le sujet freudien&nbsp;! L o vous voyiez une donation de vrit (par exemple dans l&#146;tonnement qui s&#146;empare de vous de vous reconnatre comme un autre&#133;), il n&#146;y a finalement rien&nbsp;: un effet de sens qui, encore une fois, n&#146;a pour ralit que la mconnaissance que nous en avons. Bref, rien n&#146;est donateur parce que rien n&#146;est donn, sauf aux yeux des nafs et surtout des ignorants. </p>  <p>Il n&#146;y a de pense, pourtant, que dans l&#146;tonnement, s&#146;il n&#146;y a de philosophie que comme production des &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot; c&#146;est--dire que dans l&#146;audition de son nom secret, celui qu&#146;on passera toute sa vie  ne pas pouvoir crire parce qu&#146;on n&#146;aura jamais cess de l&#146;inscrire. En quoi c&#146;est bien de la pense que je parle, et non pas d&#146;une miraculeuse donation des choses qui seraient en elles-mmes ternellement identiques  leur vrit&nbsp;! Dnoncer la navet et l&#146;ignorance n&#146;est pas consquent rien d&#146;autre que le refus de penser&nbsp;: l&#146;alternative n&#146;est pas entre la navet de celui qui croit que le monde est de toute ternit tel qu&#146;il le voit (mais ce qu&#146;il voit, il le voit et la donation de vrit est bien l&nbsp;!) et celui qui n&#146;est pas dupe de cette apparence qui dissimule la ralit de la constitution historique, mais elle est entre celui qui s&#146;autorise de lui-mme dans son tonnement (et ds lors produira sans le savoir les &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot; dont il parle &#150; la dure pour Bergson, l&#146;existence pour Sartre, et ainsi de suite) et celui pour qui la pense <i>doit </i>toujours tre celle des autres <i>c&#146;est--dire </i>(puisqu&#146;il y a jamais de pense que des &quot;&nbsp;natures&nbsp;&quot;) ne doit jamais tre pense de rien. </p>  <p>A l&#146;encontre du discours de la rfrence ou de la dconstruction historienne, nous ne disons donc pas qu&#146;il y aurait un vrai naturel mais seulement qu&#146;il y a la pense et ainsi le vrai lui-mme. </p>  <p>Bref, tout cela revient  dire <i>que la nature de la vrit est qu&#146;elle soit gniale &#150;</i> c&#146;est--dire thique (ce qui revient  nommer &quot;&nbsp;vrit&nbsp;&quot;, c&#146;est--dire &#156;uvre, ce qu&#146;on a pos pour la seule raison qu&#146;on est soi). Proposition en quoi la vrit ne cesse d&#146;tre en question pour elle-mme, puisque le statut exclusivement thique de la notion de gnie exclut qu&#146;elle corresponde jamais  quelque ralit que ce soit&nbsp;: c&#146;est d&#146;un acte de pense, tel qu&#146;une signature peut le symboliser, qu&#146;il s&#146;agit <i>exclusivement </i>en elle. Autrement dit&nbsp;: la vrit est l&#146;efficience du nom secret, celui par quoi les choses peuvent tre reconnues comme <i>donnes </i>c&#146;est--dire comme <i>tonnantes</i>. </p>  <p>Conclusion</p>  <p>Je dirai ainsi que <i>les choses qui comptent sont faites d&#146;une ncessit (la leur) qui est en ralit une impossibilit (celle du nom), laquelle impossibilit est le silence de l&#146;tonnement. </i>Bref, les choses qui comptent sont faites de ce silence, qui est celui de la pense. Je traduirai encore cela en disant<i>, que les choses qui comptent ne sont rien d&#146;autre que le caractre nominal de leur ncessit </i>&#150; c&#146;est--dire de sont rien d&#146;autre que des figures de l&#146;impossibilit que le vrai nom soit jamais prononc. Or leur ncessit,  ces choses, <i>c&#146;est la ncessit de tout </i>pour le philosophe qui &quot;&nbsp;par ailleurs&nbsp;&quot; est toujours mtaphysicien (en lisant la <i>Critique de la Raison pure</i>, nous comprenons que <i>tout </i>est kantien, ou en lisant <i>l&#146;Etre et le Nant </i>que <i>tout </i>est sartrien&#133;). Mais prcisment&nbsp;: cela ne compte pas. Ce qui compte, c&#146;est que le nom soit indistinctement oubli et remmor&nbsp;: le vrai nom, celui qu&#146;un penseur passe toute sa vie  <i>ne pas </i>pouvoir dire, est la nature des choses (le transcendantal qui est kantien, l&#146;existence qui est sartrienne&#133;) dont il parle, <i>parce qu&#146;il parle  partir de son propre silence, lequel a t reu par lui depuis ce qui l&#146;a tonn et  l&#146;coute de quoi il se maintient</i>. </p>  <p>L&#146;tonnement est, depuis le nom toujours antrieur, la promesse de la &quot;&nbsp;nature&nbsp;&quot;. Voil comment il faut le dfinir si on veut en respecter la notion, c&#146;est--dire non seulement le confondre avec la surprise, la sidration, etc., mais encore y reconnatre  chaque fois l&#146;affect de la pense, et non pas une triviale priptie psychologique. </p>  <p>Mtaphysiquement, je dirai que la nature de la nature, c&#146;est le temps&nbsp;: ce temps de la promesse qu&#146;on appelle tonnement, moment d&#146;ouverture d&#146;un avenir dont la &quot;&nbsp;nature&nbsp;&quot; que le philosophe donnera au monde sera la tenue. </p>  <p>Dans ma notion de &quot;&nbsp;nature&nbsp;&quot;, ds lors qu&#146;on la rapporte  l&#146;exclusivit du <i>vrai</i> nom c&#146;est--dire  la promesse que chacun est pour lui-mme (mais qu&#146;il doit avoir reue dans l&#146;tonnement prcisment comme promesse des natures c&#146;est--dire de la vrit <i>propre</i>), il s&#146;agit donc forcment de la <i>donation du temps&nbsp;</i>: dans la formule freudienne, c&#146;est la diffrence du &quot;&nbsp;war&nbsp;&quot; au &quot;&nbsp;werden&nbsp;&quot; que je reprends ainsi. </p>  <p>Voil. Ceux qui ont bien voulu me suivre jusqu&#146;ici savent dsormais ce que c&#146;est que la philosophie. </p>  <p>&nbsp;</p>  <p>J&#146;ai promis un expos sur la philosophie et la vie spirituelle. Il est trop tard pour que je le fasse cette anne. Vous le trouverez donc au dbut de mon enseignement de l&#146;anne prochaine. </p>  <p>&nbsp;</p>  <p>Je vous remercie de votre attention.</p>  <p>&nbsp;</p> <b>  <p>Retour <a HREF="page108.htm#Dbut">en haut de cette page</a></p> </b>  <p>&nbsp;&nbsp;</p> </body> </html> 
