<html>  <head> <meta name="GENERATOR" content="Microsoft FrontPage 4.0"> <meta name="ProgId" content="FrontPage.Editor.Document"> <title>POUR UNE ARCHEOLOGIE DE L'ARCHITECTURE RURALE</title> </head>  <body topmargin="0">  <div align="center"> <center> <table border="1" cellpadding="10" cellspacing="0" width="760" bordercolordark="#800000" bordercolorlight="#800000" bordercolor="#800000" bgcolor="#BCA9F5"> <tr> <td>  <p ALIGN="center" style="line-height: 100%; margin-top: 20; margin-bottom: 20"><b><font face="Times New Roman" color="#000000" size="4">POUR UNE ARCHEOLOGIE DE L'ARCHITECTURE RURALE</font></b></p>  <p ALIGN="center" style="line-height: 100%; margin-top: 20; margin-bottom: 20"><b><font face="Times New Roman" color="#000000" size="4">par Christian Lassure</font></b></p>  <hr align="center" color="#800000">  <p ALIGN="CENTER"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(extrait de l'&eacute;ditorial de la revue <i>L'architecture rurale</i>, t. III, 1979)</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Se penchant sur les vingt-et-une monographies r&eacute;alis&eacute;es pour le d&eacute;partement du Lot au cours de l'Enqu&ecirc;te d'architecture rurale men&eacute;e entre 1942 et 1945 par le Mus&eacute;e des arts et traditions populaires (2), deux ethno-sociologues de l'Universit&eacute; de Toulouse-Le-Mirail, MM. Georges Calvet et Claude Rivals soulignent, dans un article paru en 1970 (3), quelques lacunes de l'E.A.R. dans le Lot, &agrave; savoir l'absence de tout relev&eacute; de maison vigneronne ou maison-bloc en hauteur, avec son &quot;bolet&quot; ou perron-galerie caract&eacute;ristique, et la profusion des &eacute;tudes de fours &agrave; pains (dix) et de granges-&eacute;tables &agrave; toit de chaume (quatre). Cette disparit&eacute;, MM. Calvet et Rivals l'attribuent &agrave; l'absence d'un recensement global des maisons qui aurait permis un &eacute;chantillonnage rigoureux, &agrave; la recherche d'un certain pittoresque et &agrave; des exigences de pal&eacute;o-architecture. A leurs yeux, d&egrave;s 1945 &quot;<i>les maisons paysannes retenues &eacute;taient d&eacute;j&agrave; celles d'exploitations marginales ou ferm&eacute;es</i>&quot;. Pour notre part, si nous ne pouvons pas ne pas d&eacute;plorer, en &eacute;cho &agrave; ces deux chercheurs, l'absence, au moment de l'enqu&ecirc;te, d'une id&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale pr&eacute;alable de l'ensemble des maisons, par contre nous ne jugerons pas aussi s&eacute;v&egrave;rement ce qu'ils &eacute;tiquettent comme &quot;<i>exigences de pal&eacute;o-architecture</i>&quot;. S'il est possible, encore aujourd'hui, d'observer de nombreuses maisons vigneronnes &agrave; &quot;bolet&quot; &agrave; des fins non seulement d'&eacute;tude architecturale mais aussi de mise en relief de la sociabilit&eacute; paysanne contemporaine (4), on ne peut plus en dire autant des granges-&eacute;tables &agrave; couverture v&eacute;g&eacute;tale dont les derniers sp&eacute;cimens sont &agrave; pr&eacute;sent ruin&eacute;s (5). Etant donn&eacute; l'absence localement de mesure appropri&eacute;e de conservation pour ces t&eacute;moins architecturaux destin&eacute;s, h&eacute;las, &agrave; &ecirc;tre r&eacute;duits sous peu &agrave; l'&eacute;tat de substructions promises &agrave; la fouille, sachons gr&eacute; &agrave; l'enqu&ecirc;teur du chantier E.A.R. pour le Lot d'avoir pr&eacute;f&eacute;r&eacute; le &quot;marginal&quot; au &quot;typique&quot;.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Somme toute, notre architecte a c&eacute;d&eacute; &agrave; des pr&eacute;occupations d'arch&eacute;ologue et a vu dans ces granges-&eacute;tables couvertes en chaume les vestiges d'un type d'&eacute;difice autrefois plus r&eacute;pandu et correspondant &agrave; un moment et &agrave; des n&eacute;cessit&eacute;s r&eacute;volus de l'histoire &eacute;conomique locale. Mais, dans une telle optique, il aurait pu et d&ucirc; se pencher non seulement sur des b&acirc;timents annexes mais aussi sur des maisons d'habitation d'un mod&egrave;le ancien, datables sinon dat&eacute;es des XVIIIe, XVIIe et XVIe si&egrave;cles et s'ins&eacute;rant, elles aussi, dans l'&eacute;volution socio-&eacute;conomique locale; ainsi cette maisonnette &agrave; Laborde, sur la commune de Gr&egrave;zes, arborant le mill&eacute;sime 1790 sur la cl&eacute; de l'arc de son entr&eacute;e, et dont on peut voir le relev&eacute; dans la th&egrave;se de Melle Martine Sylvos sur la construction &agrave; pierre s&egrave;che dans la commune de Livernon (6). Avec sa simple pi&egrave;ce rectangulaire de plain-pied, sa vaste chemin&eacute;e adoss&eacute;e &agrave; l'un des murs-pignons et bord&eacute;e d'un &quot;potager&quot; ou cendrier, sa &quot;souillarde&quot; ou petit office en saillie sur l'arri&egrave;re de la maison, ses quelques marches montant vers le grenier (aujourd'hui disparu), ses petites d&eacute;pendances ext&eacute;rieures (four, poulailler, etc.), elle est manifestement l'habitation d'un &quot;brassier&quot; ou manouvrier, d'un homme sans terre louant ses bras chez autrui. Et il ne s'agit pas en l'occurrence d'un cas rare, voire isol&eacute; : nombre d'autres maisonnettes &eacute;l&eacute;mentaires semblables se rencontrent sur la commune de Livernon, voisine de celle de Gr&egrave;zes, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de sp&eacute;cimens d'autres types plus connus car davantage popularis&eacute;s par la litt&eacute;rature sp&eacute;cialis&eacute;e : la maison &agrave; adjonctions en longueur ou en L du petit propri&eacute;taire et la maison en hauteur du paysan ais&eacute;. Ce type de maisonnette - &quot;oustalou&quot;, &quot;casal&quot; dans les parlers vernaculaires - se rencontre encore sur d'autres causses, ainsi pr&egrave;s d'Aujols, au Sud de la rivi&egrave;re Lot, o&ugrave; l'on nous signale, au lieudit Coudinas, une maison en pierre s&egrave;che, &agrave; toit en tuiles canal, &agrave; une seule pi&egrave;ce rectangulaire avec chemin&eacute;e, cendrier, placard, construite vers 1810 par un ma&ccedil;on (et pour lui-m&ecirc;me) et par la suite transform&eacute;e en grange. Localement, ce type de maison &eacute;l&eacute;mentaire est &agrave; la base de nombreuses maisons en hauteur, rehauss&eacute;es, avec remploi de charpente, &agrave; partir du XVIIIe si&egrave;cle : si le bas est en petit appareil, aux joints en terre rouge, le haut est en appareil plus gros, aux joints en argile jaune (7).</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Quand on sait le peu d'attention dont a b&eacute;n&eacute;fici&eacute; cet habitat &eacute;l&eacute;mentaire, sachons gr&eacute; &agrave; Melle Sylvos de son heureuse initiative de dresser les plans d'une maison repr&eacute;sentative d'un type aujourd'hui grandement menac&eacute; de disparition car ayant &eacute;t&eacute; le premier &agrave; subir les effets du d&eacute;peuplement des campagnes et &agrave; &ecirc;tre abandonn&eacute; (l'exemplaire en question ne vient-il pas de voir son toit enlev&eacute; r&eacute;cemment, ainsi que le signale l'auteur !), &agrave; c&ocirc;t&eacute; des autres types servant encore de si&egrave;ges d'exploitations agricoles ou ayant trouv&eacute; quelque citadin comme preneur et &quot;restaurateur&quot;-am&eacute;nageur.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Faire l'arch&eacute;ologie des maisons rurales, ce n'est donc pas attendre que les &eacute;difices ne soient plus qu'&agrave; l'&eacute;tat de clapiers ou de substructions pour engager des fouilles. Puisque nous avons la possibilit&eacute; d'examiner des b&acirc;timents encore intacts, qui ne soient pas encore &eacute;croul&eacute;s ou qui n'aient pas encore &eacute;t&eacute; adapt&eacute;s aux exigences de &quot;l'habiter&quot; de notre &eacute;poque, puisque nous avons conscience de leur int&eacute;r&ecirc;t en tant que t&eacute;moins historiques de types p&eacute;rim&eacute;s, repr&eacute;sentant un certain degr&eacute; technique de la construction, un certain moment de l'&eacute;volution &eacute;conomique et une certaine diff&eacute;renciation sociale, soumettons-les &agrave; une v&eacute;ritable enqu&ecirc;te historique et arch&eacute;ologique tout comme cela est de mise pour les b&acirc;timents &quot;nobles&quot; des architectures civile, religieuse et militaire. Une telle enqu&ecirc;te doit consister &agrave; :</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- &eacute;tablir, par le recours aux cadastres et aux archives publiques ou priv&eacute;es accessibles, l'historique de la propri&eacute;t&eacute; fonci&egrave;re (quand elle existe) : superficie, types de terres, propri&eacute;taires et/ou exploitants successifs;</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- dresser un relev&eacute; d&eacute;taill&eacute; (plans, coupes, d&eacute;tails, sans oublier la charpente) des divers b&acirc;timents et de leurs additions et/ou modifications successives (soit par une s&eacute;rie de dessins &eacute;volutifs, soit, sur un m&ecirc;me plan, par une figuration graphique diff&eacute;rente des parties, des plus anciennes aux plus r&eacute;centes) : &agrave; cet effet, un examen minutieux de la construction (interruptions verticales dans la ma&ccedil;onnerie trahissant une extension, diff&eacute;rences d'appareillage et de liants, surhaussements de murs-pignons, anciennes portes et fen&ecirc;tres mur&eacute;es, etc.) s'impose (8);</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- rep&eacute;rer les d&eacute;tails significatifs, pour ainsi dire &quot;stylistiques&quot;, et dat&eacute;s par ailleurs, comme la forme des percements (arcs plein cintre, arcs segmentaires, etc.), les types de franchissement, les traces d'outils de taille, etc., permettant de situer le b&acirc;timent dans une certaine fourchette chronologique;</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- pour les &eacute;difices ruin&eacute;s, faire un inventaire circonstanci&eacute; des objets et mat&eacute;riaux divers tra&icirc;nant sur les lieux, voire, dans certains cas, se livrer &agrave; une exploration m&eacute;thodique de l'au-dessous du sol (par sondage, voire fouilles).</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Bref, il s'agit d'&eacute;tablir, pour un exemplaire, une monographie exhaustive et de r&eacute;p&eacute;ter la d&eacute;marche sur un grand nombre de b&acirc;timents de fa&ccedil;on &agrave; disposer de s&eacute;ries suffisamment importantes pour permettre leur exploitation en vue de 1'&eacute;tablissement de typologies utilisables en datation (formes, mat&eacute;riaux, proc&eacute;d&eacute;s techniques, d&eacute;tails, etc.) (9). En particulier, il conviendrait de s'attacher syst&eacute;matiquement &agrave; inventorier et d&eacute;crire les &eacute;difices datables par un ou plusieurs mill&eacute;simes (en excluant, bien s&ucirc;r, les remplois) ou par des documents d'archives, instaurant ainsi un v&eacute;ritable corpus des maisons mill&eacute;sim&eacute;es qui permettrait de discerner les diff&eacute;rents types ou mod&egrave;les de b&acirc;timents propos&eacute;s &agrave; diverses &eacute;poques aux divers composants de la soci&eacute;t&eacute; rurale.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">II s'agit, en fin de compte, de d&eacute;passer les notions, g&eacute;n&eacute;ralement associ&eacute;es, de &quot;maison de pays&quot; et de &quot;maison traditionnelle&quot;, qui traduisent une conception horizontale et statique de l'habitat et de 1'architecture du monde rural - c'est, en d&eacute;finitive, principalement la maison du XIXe si&egrave;cle et, qui plus est, celle du paysan ais&eacute;, qui est concern&eacute;e par ces notions -, de les d&eacute;passer donc au profit d'une appr&eacute;hension du b&acirc;ti rural comme une r&eacute;alit&eacute; verticale, &eacute;volutive, prise dans un flux historique et dont les t&eacute;moins pour les XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe si&egrave;cles sont encore visibles et observables.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Cette approche arch&eacute;ologique de l'architecture vernaculaire n'est pas neuve. C'est celle que les tenants de la pr&eacute;sente revue ont utilis&eacute;e et continuent d'utiliser pour sortir l'habitat de pierre s&egrave;che de l'orni&egrave;re de l'archa&iuml;sme et de l'&eacute;volutionnisme simplistes o&ugrave; il avait &eacute;t&eacute; maintenu et pour le resituer dans son contexte historique et &eacute;conomique authentique. Le lecteur de ce volume en trouvera un exemple dans notre &eacute;tude intitul&eacute;e &quot;Probl&egrave;mes d'identification et de datation d'un hameau en pierre s&egrave;che : le 'village des bories' &agrave; Gordes (Vaucluse). Premiers r&eacute;sultats d'enqu&ecirc;te&quot;. Quoique encore incompl&egrave;te, cette enqu&ecirc;te, par l'examen des vestiges livr&eacute;s par la fouille, des cadastres et de l'&eacute;volution des b&acirc;timents, permet de faire table rase des hypoth&egrave;ses fantaisistes ayant fait d'un ancien &eacute;cart relevant de Gordes un village ligure ou encore m&eacute;rovingien... Cette m&ecirc;me approche se retrouve en contrepoint critique dans les comptes rendus de lecture ins&eacute;r&eacute;s en fin du pr&eacute;sent ouvrage et o&ugrave; Patricia Gaillard-Bans tente de faire ressortir les qualit&eacute;s ou les lacunes m&eacute;thodologiques des ouvrages abord&eacute;s.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Depuis son instauration comme objet d'&eacute;tude, c'est-&agrave;-dire la fin du XIXe - le d&eacute;but du XXe si&egrave;cle, l'habitat rural a fait l'objet de diverses tentatives de classification, entre autres :</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- ethnique (ainsi celle d'Albert Dauzat, d&eacute;finissant diff&eacute;rents types d'habitations rurales comme autant d'alluvions laiss&eacute;es par les peuples se succ&eacute;dant sur notre sol : &quot;maison gauloise&quot;, &quot;maison latine&quot; et &quot;maison alpestre&quot;, &quot;maison basque&quot;, &quot;maison normande&quot;, &quot;maison flamande&quot; et &quot;maison de l'Est&quot;) (10);</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- fonctionnaliste (comme celle d'Albert Demangeon, &agrave; qui l'on doit la typologie morphologique et fonctionnelle de la &quot;maison-bloc&quot; et de la &quot;maison-cour&quot;) (11);</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- folklorique (telle celle de Joseph-Stany Gauthier, pourvoyeur de la &quot;maison r&eacute;gionale&quot; ou &quot;maison-type du pays&quot;) (12).</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">A cette liste, il convient d'ajouter les noms de Brunhes, Vidal de la Blache, Bloch, Derruau, etc.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Diverses optiques ont &eacute;t&eacute; &eacute;galement appliqu&eacute;es &agrave; l'&eacute;tude de l'habitat vernaculaire. Citons, entre autres, les approches :</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- ethnosociologique (ainsi celle de Georges Calvet, ax&eacute;e sur les modes de vie et les rapports sociaux et domestiques qui transparaissent dans le b&acirc;ti) (13);</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- anthropologique (comme celle d'Amos Rapoport, appr&eacute;hendant le ph&eacute;nom&egrave;ne de &quot;l'habiter&quot; de fa&ccedil;on globale, toutes &eacute;poques et contr&eacute;es confondues et par del&agrave; les stades de civilisation, avec ses &quot;facteurs d&eacute;terminants&quot; sociaux-culturels expliquant la forme de la maison) (14);</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- historique et &eacute;conomique (telle celle de Pierre Chaunu, consid&eacute;rant que le b&acirc;timent populaire repr&eacute;sente un investissement et donc des structures &eacute;conomiques d'accumulation) (15);</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">- historique et technique (ainsi celles d'Adolphe Riff et de l'abb&eacute; Jacques Choux qui ont inaugur&eacute; en France une approche &agrave; la fois diachronique et technologique) (16).</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">La liste n'est pas limitative.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Pour notre part, nous proposons, avec <u>l'arch&eacute;ologie du domaine b&acirc;ti populaire</u>, non pas une classification ou un point de vue nouveaux devant compl&eacute;ter ou supplanter les autres mais simplement une m&eacute;thode empirique de description et d'identification qui, si elle a fait ses preuves pour les vestiges mat&eacute;riels des habitats ant&eacute;rieurs au XVIe si&egrave;cle, vestiges partiels, <u>en dessous du sol</u>, est tout aussi bien indiqu&eacute;e, a fortiori, pour les t&eacute;moins bien conserv&eacute;s, <u>au dessus du sol</u>. La limite haute du champ temporel d'investigation de l'arch&eacute;ologie a &eacute;t&eacute; &agrave; plusieurs reprises remont&eacute;e, ainsi du IXe si&egrave;cle apr&egrave;s J. C. au XVe si&egrave;cle, donnant lieu &agrave; ce qu'il est convenu d'appeler &quot;l'arch&eacute;ologie m&eacute;di&eacute;vale&quot;, discipline dont l'apport &agrave; la connaissance des habitats ruraux du IXe au XVe n'est plus &agrave; d&eacute;montrer. Rien ne s'oppose &agrave; ce que cette limite soit repouss&eacute;e &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle. C'est d&eacute;j&agrave; chose faite dans l'Europe du Nord et du Nord-Ouest, non seulement pour les productions rurales mais aussi pour les productions pr&eacute;-industrielles, voire industrielles. L'habitat vernaculaire, comme toutes les productions humaines, &eacute;tant dans l'histoire et non pas hors de l'histoire, et les t&eacute;moins encore actuellement observables s'&eacute;chelonnant entre les XVIe et XIXe si&egrave;cles, les m&eacute;thodes de l'arch&eacute;ologie sont seules capables d'apporter des donn&eacute;es objectives permettant un renouvellement des connaissances et une appr&eacute;hension moins partielle et partiale d'un objet d'&eacute;tude dont les jours sont d&eacute;sormais compt&eacute;s.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">Sur ce dernier point, ce n'est un secret pour personne que, malgr&eacute; l'holocauste qui se d&eacute;roule sous nos yeux (que ce soit par &quot;restauration&quot; et r&eacute;am&eacute;nagement des maisons et b&acirc;timents ruraux ou par leur abandon &agrave; la ruine ou leur nivellement au bulldozer), il n'existe pas de politique coh&eacute;rente et globale de conservation scientifique, contrairement &agrave; ce qui se fait pour les architectures dites &quot;nobles&quot;, seules habilit&eacute;es &agrave; d&eacute;tenir le titre de &quot;monuments historiques&quot;. Il conviendrait pourtant de conserver des &eacute;difices t&eacute;moins en tant que documents historiques, sociaux et technologiques, &agrave; valeur didactique (et non comme &quot;<i>objets d'arch&eacute;ologie ... dans la naphtaline</i>&quot; pour reprendre l'expression d'un Roger Fischer) (17), soit <i>in situ</i>, comme cela est consenti pour nombre de vestiges arch&eacute;ologiques mis au jour par la fouille, soit transplant&eacute;s ou reconstitu&eacute;s dans des mus&eacute;es de plein air, comme il en existe dans maints pays d'Europe (ainsi le Frilandsmuseet de Copenhague ou le Folk Museum de Cardiff). Puisque 1980 doit &ecirc;tre &quot;l'ann&eacute;e du patrimoine&quot;, souhaitons qu'enfin soient cr&eacute;&eacute;s quelques mus&eacute;es retra&ccedil;ant l'&eacute;volution de l'habitat vernaculaire.</font></p>  <p ALIGN="center"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3"><b>NOTES</b></font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(1) Sur ce th&egrave;me, on lira la contribution de Pierre Cr&eacute;pon sur &quot;l'histoire inconnue des villages&quot;, dans <i> La face cach&eacute;e de la France</i>, t. I, Seghers, 1978, pp. 119-217, en particulier le chapitre intitul&eacute; &quot;Le cadre b&acirc;ti&quot; (et sous-chapitres &quot;Une architecture r&eacute;gionale&quot;, &quot;La maison traditionnelle&quot;, &quot;La construction traditionnelle&quot;, pp. 177- 192). Cet auteur reprend, entre autres, les id&eacute;es d'Albert Demangeon et celles de Pierre Chaunu.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(2) Dite Chantier E.A.R. des A.T.P. (chantier intellectuel cr&eacute;&eacute; par le Commissariat de la lutte contre le ch&ocirc;mage en 1941), cette enqu&ecirc;te occupa une cinquantaine de jeunes architectes &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; l'accent &eacute;tait au ruralisme. Elle livra 1759 monographies de b&acirc;timents ruraux, documentation consid&eacute;rable et pr&eacute;cieuse archiv&eacute;e au Mus&eacute;e des arts et traditions populaires, jusqu'en 1969, date &agrave; laquelle il fut d&eacute;cid&eacute; d'en entreprendre la r&eacute;actualisation et l'exploitation scientifique en vue d'une publication en vingt-deux ou vingt-cinq volumes formant le &quot;Corpus de l'architecture rurale fran&ccedil;aise&quot;. Plusieurs ouvrages ont d&eacute;j&agrave; paru. L'habitat rural y est pr&eacute;sent&eacute; selon une classification anthropologique &eacute;labor&eacute;e par M. Jean Cuisenier, conservateur-en-chef du mus&eacute;e. Expos&eacute;e en t&ecirc;te de chaque ouvrage (&quot;Propositions th&eacute;oriques et conventions terminologiques pour une typologie de l'architecture rurale&quot;), cette typologie, achronique, prend en consid&eacute;ration, pour l'&eacute;tablissement de &quot;genres&quot;, &quot;types&quot;, &quot;sous-types&quot; et &quot;variantes&quot; de maisons, les &quot;composantes architecturales&quot; (parties constitutives et arrangements), les &quot;contraintes de programme&quot; (sites, convenances sociales, moyens d'ex&eacute;cution) et les &quot;proc&eacute;d&eacute;s de construction&quot; (mat&eacute;riaux et techniques). Les &quot;genres&quot; sont d&eacute;finis comme &quot;<i>classes de maisons reconnues comme similaires par les usagers et distingu&eacute;es d'autres maisons reconnues comme diff&eacute;rentes par les m&ecirc;mes usagers</i>&quot;; &quot;<i>les genres sont souvent identifi&eacute;s et marqu&eacute;s par des mots dans les langues vernaculaires ou locales</i>&quot;. Les &quot;types&quot; sont d&eacute;finis comme &quot;<i>classes de maisons reconnues comme similaires et distingu&eacute;es d'autres maisons reconnues comme diff&eacute;rentes par l'anthropologue</i>&quot;. La &quot;variante&quot; est le &quot;<i>type de plus petite extension et de plus grande compr&eacute;hension dans la hi&eacute;rarchie des types et des sous-types</i>&quot;.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(3) Georges Calvet et Claude Rivals, Notes sur la maison paysanne, dans <i> Annales de la Facult&eacute; des Lettres de Toulouse</i>, Homo IX, t. VI, fasc. 4, octobre 1970, pp. 111-130, et Claude Rivals, Georges Calvet, Maisons quercynoises et chantier intellectuel. En qu&ecirc;te d'architecture rurale, <i>idem</i>, pp. 131-141.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(4) Cf. Georges Calvet, Claude Rivals, Marcel Drulhe, Nouvelles notes sur la maison paysanne, dans <i> Annales de 1'Universit&eacute; de Toulouse-le-Mirail</i>, Homo XI, t. VIII, fasc. 5, 1972, pp. 59-73; Georges Calvet, Architectures rurales, architectures sociales dans les paysanneries traditionnelles, dans <i> Actes du ler Congr&egrave;s international d'ethnologie europ&eacute;enne</i>, Paris, ao&ucirc;t 1971, G. P. Maisonneuve et Larose; Georges Calvet, &quot;Esquisse d'une th&eacute;orie des espaces et des seuils en Aquitaine&quot;, expos&eacute; fait lors de la journ&eacute;e d'&eacute;tude sur le th&egrave;me &quot;Architecture 'sans' ou 'avec' architecte&quot; au Mus&eacute;e des A.T.P. en 1974 (28 octobre).</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(5) A leur sujet, cf. Christian Lassure et Georges Depeyrot, Les couvertures en fibres v&eacute;g&eacute;tales dans l'architecture rurale du Quercy du XVe au XXe si&egrave;cle, dans <i> L'architecture rurale en pierre s&egrave;che</i>, t. II, 1978, pp. 29-37, en part. pp. 33-34.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(6) Martine Sylvos, <i> L'habitat rural en France. Contribution d l'&eacute;tude de la construction en pierre s&egrave;che des causses du Haut-Quercy. Inventaire de la commune de Livernon, Lot</i>, m&eacute;moire de l'Unit&eacute; p&eacute;dagogique 6, Ecole d'rrchitecture, Paris, Juin 1976, No inv. 4267.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(7) Renseignements aimablement fournis en 1975 par M. Elie Puech, ma&ccedil;on d'Aujols.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(8) Pour se faire une id&eacute;e de la fa&ccedil;on dont une maison peut se transformer et s'agrandir, on pourra se reporter au chapitre intitul&eacute; &quot;Variation sur un volume proven&ccedil;al&quot; que 1'architecte Jean-Luc Massot consacre &agrave; l'&eacute;volution du mas proven&ccedil;al dans son volumineux et riche ouvrage Maisons rurales et vie paysanne en Provence, Serg, 1975 (en part. pp. 286-291). L'auteur y d&eacute;crit, en les illustrant &eacute;loquemment de plusieurs exemples pris dans la r&eacute;alit&eacute;, les divers modes et techniques d'agrandissement du mas. Toutefois, l 'accent est mis davantage sur 1'aspect architectural et constructif que sur l'aspect historique et &eacute;conomique. L'auteur note simplement que &quot;<i>pendant les XVIIIe et XIXe si&egrave;cles, la transformation du mas s'est faite par (la) m&eacute;thode de l'empilage. Il faudra attendre le XXe si&egrave;cle pour qu'il y ait un &eacute;clatement des volumes et une dispersion de ceux-ci.</i>&quot;.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(9) Une d&eacute;marche en de nombreux points semblable &agrave; la n&ocirc;tre est pr&eacute;conis&eacute;e par Olivier Poisson (Pour 1'arch&eacute;ographie architecturale, dans Menestral, No 7, d&eacute;cembre 1975 - janvier 1976, pp. 22-25) pour la &quot;lecture&quot; des &eacute;difices des architectures &quot;nobles&quot;.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(10) Albert Dauzat, Les anciens types d'habitations rurales en France. Leur r&eacute;partition, leur formation historique, dans <i> La Nature</i>, No 2599, 26 juin 1924, pp. 53-60; Anciens types d' habitations rurales en France et dans les r&eacute;gions voisines, dans <i> La Nature</i>, No 2884, ler juillet 1932, pp. 1-5.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(11) Albert Demangeon, Essai d'une classification des maisons rurales, dans <i> Travaux du ler congr&egrave;s international de folklore</i>, Paris, 1937, Tours, 1938, pp. 44-48.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(12) Joseph-Stany Gauthier, <i> Les maisons paysannes des vieilles provinces de France</i>, Charles Massin et Cie, Paris, 1943, 256 p. (r&eacute;&eacute;ditions en 1944 et 1951).</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(13) Cf. notes 3 et 4.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(14) Amos Rapoport, <i> Pour une anthropologie de la maison</i>, coll. &quot;Aspects de l'Urbanisme&quot;, Dunod, Paris, 1972 (traduit de 1'anglais <i> House Form and Culture</i>, Englewood Cliffs, New Jersey, 1969 - on remarquera la fid&eacute;lit&eacute; de la traduction : sans doute le titre anglais &eacute;tait-il trop prosa&iuml;que et explicite &quot;Morphologie de la maison et culture&quot; pour ne pas le remplacer par une formulation plus &eacute;labor&eacute;e et &agrave; la mode).</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(15) Pierre Chaunu, Le b&acirc;timent dans 1'&eacute;conomie traditionnelle, dans <i> Le B&acirc;timent, enqu&ecirc;te d'histoire &eacute;conomique, XIVe-XIXe si&egrave;cles</i>, t. I, Maisons rurales et urbaines dans la France traditionnelle, Paris,1971.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(16) Adolphe Riff, Etudes sur les maisons paysannes en Alsace, dans <i> Art populaire en France</i>, Strasbourg, 1960, pp. 21-25.</font></p>  <p ALIGN="left"><font face="Times New Roman" color="#000000" size="3">(17) Roger Fischer, Maisons paysannes de France et mus&eacute;es de plein air, dans <i> Bulletin de l'association Maisons Paysannes de France</i>, No 12, 4e trimestre 1968, pp. 5-6 : &quot;<i>les maisons paysannes ne nous int&eacute;ressent pas comme objets d'arch&eacute;ologie &agrave; conserver dans la naphtaline, mais comme &eacute;l&eacute;ments fondamentaux d'un cadre de vie esth&eacute;tique dans nos campagnes</i>&quot;. Pour notre part, nous ne saurions souscrire &agrave; une conception aussi &eacute;troite, qui r&eacute;duit l'habitat rural &agrave; une source de contemplation esth&eacute;tique et folklorique et lui d&eacute;nie toute valeur historique et documentaire.</font></p> </center> <hr color="#800000">  <p ALIGN="left" style="line-height: 100%; margin-top: 10; margin-bottom: 10"><font face="Times New Roman" size="3" color="#000000">&copy; Christian Lassure</font></p>  <p ALIGN="center" style="line-height: 100%; margin-top: 10; margin-bottom: 10"><font face="Times New Roman" color="#000000"><a href="index.html">page d'accueil</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href="sommaire_architecture_vernaculaire.html">sommaire d'architecture vernaculaire</a></font></p> </td> </tr> </table> </div>  </body>  </html> 
