<html><!-- #BeginTemplate "/Templates/modeleRevue.dwt" --><!-- DW6 --> <head> <!-- #BeginEditable "doctitle" -->  <title>&eacute;t&eacute; 2002, le cahier de cr&eacute;ation</title> <!-- #EndEditable -->  <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> <link rel="stylesheet" href="../StyleCourant.css" type="text/css"> <meta name="keywords" content="Franois Bon, littrature contemporaine, ateliers d'criture"> </head>  <body align="center" bgcolor="#4C4C4C" text="#FFFFFF" link="#FFFFFF" vlink="#FFFFFF" alink="#FFFFFF"> <!-- #BeginEditable "contenu" -->  <table width="720" border="0" align="center" cellpadding="12" cellspacing="0" bgcolor="#262626">   <tr>      <td width="447" class="titre1" valign="top">        <p>Thierry Beinstingel / Composants</p>       </td>     <td width="181">        <div align="right">                </div>     </td>   </tr>   <tr>      <td width="447" class="comment">       <div align="center">         <p>autres textes et liens Thierry Beinstingel sur <a href="http://perso.wanadoo.fr/tb/beinstingel.htm">son            site &quot;Feuilles de route&quot;</a><br>           &quot;Composants&quot; para&icirc;t en septembre 2002 aux &eacute;ditions            Fayard </p>         </div>     </td>     <td width="181" valign="bottom">        <div align="right">          <p class="lien1"><a href="indexMain.html" target="_parent">retour cahier            de cr&eacute;ation</a><a href="../index.html" target="_parent"><br>           retour remue.net</a></p>         </div>     </td>   </tr> </table>  <table width="720" cellpadding="90" align="center" bgcolor="#F8F8F8"  cellspacing="0" border="0" >   <tr>      <td class="texte1"> <p class="texte1" align="justify">... Au bout de la ligne          F, Fasth&ocirc;tel et, un peu plus loin, l&#146;h&ocirc;tel Quick. Vocabulaire          de vies press&eacute;es, de VRP, comme si prendre une chambre au prix          modeste dans une de ces cha&icirc;nes &eacute;conomiques devait emp&ecirc;cher          de se relaxer. Allez ! On dort vite, un peu de sommeil, le repos est un          luxe pas compris dans le prix, on repart... Lequel, donc, on h&eacute;site,          on opte pour Fasth&ocirc;tel, vingt francs moins cher. <br>         La porte, le hall minuscule, encombr&eacute; d&#146;un &eacute;norme distributeur,          il reste &agrave; peine de quoi poser une valise, on se heurte imm&eacute;diatement          au comptoir &agrave; peine pass&eacute; le seuil (on imagine un voyage          organis&eacute;, cinquante personnes qui descendent d&#146;un bus, o&ugrave;          les mettre ?). L&#146;employ&eacute;e dit &quot; j&#146;arrive &quot;,          &agrave; moiti&eacute; cach&eacute;e par le distributeur, gants roses          en caoutchouc, nettoyant un miroir fix&eacute; juste en face des escaliers.          Puis, elle passe derri&egrave;re le comptoir.<br>         &#151; Une chambre pour cette nuit, s&#146;il vous plait. <br>         Elle retire les gants, regard vers l&#146;&eacute;cran de l&#146;ordinateur.          <br>         &#151; Nom, pr&eacute;nom ? Petit d&eacute;jeuner ? Vous payez comment          ? Carte bleue ? Ch&egrave;que ? <br>         On sort des billets. Bruit des touches sur le clavier, miaulement de l&#146;imprimante.          <br>         &#151; Voil&agrave; le papier pour le code d&#146;entr&eacute;e de votre          chambre, la 306, troisi&egrave;me &eacute;tage sur la droite. <br>         Les gants roses en caoutchouc comme deux mains coup&eacute;es, abandonn&eacute;es          devant le clavier. <br>         On monte prendre possession de la chambre sans savoir pourquoi, pas d&#146;affaires          &agrave; poser, tout tenant dans le sac en ska&iuml; laiss&eacute; dans          le hangar. Chambre 306, code, d&eacute;clic de la g&acirc;che &eacute;lectrique.          L&#146;impression de d&eacute;j&agrave; vu. Le lit &agrave; gauche, un          autre en travers, bizarrement sans matelas, juste le cadre m&eacute;tallique          suspendu en hauteur et l&#146;&eacute;chelle pour y monter. Une porte          ouverte, on aper&ccedil;oit la cuvette des WC, une tablette en lamin&eacute;          blanc coinc&eacute;e dans le renfoncement de la fen&ecirc;tre, huisserie          en PVC, au-dessus, une t&eacute;l&eacute;. Une chaise en pin, assise en          tissu, motifs en zigzags, alternance de bleu, de beige, de gris et de          jaune. Remarquant le dessus du lit assorti et, au mur, la reproduction          d&#146;un tableau repr&eacute;sentant un voilier quittant un port, une          signature illisible. Le rev&ecirc;tement des murs imite un cr&eacute;pi          int&eacute;rieur, d&#146;une couleur presque ind&eacute;finissable, vaguement          bleu p&acirc;le, la bordure de la tablette est jaune poussin, de m&ecirc;me          que l&#146;&eacute;chelle et le treillis m&eacute;tallique du lit. Moquette          brune, sale, tach&eacute;e. Odeur de poussi&egrave;re, de tabac et de          pieds. <br>         Sensation de d&eacute;prime imm&eacute;diate, &agrave; chaque fois, pourquoi          ? Combien de chambres de m&ecirc;me style occup&eacute;es dans des boulots          similaires ? Combien de fois par an ? Dix fois, vingt fois ? La derni&egrave;re          fois ? On s&#146;assoit sur le bord du lit. Cigarette dans la poche du          blouson, Briquet Bic, flamme. Souffler. On rep&egrave;re le cendrier de          verre fum&eacute; sur la tablette, on se souleve &agrave; peine pour l&#146;attraper,          pas besoin de faire un seul pas, exigu&iuml;t&eacute; de ces chambres          mais tout est pr&eacute;vu : la t&eacute;l&eacute;... tout. Le cendrier          est maintenant sur le matelas, on en retire une carte de visite laiss&eacute;e          dedans. Dessin d&#146;une Mercedes vue de trois quarts en haut &agrave;          gauche, puis, au centre la mention en lettres cursives et italiques Taxi          Martinez, 24h/24h toutes distances, tarif sp&eacute;cial entreprise. Suivent          des num&eacute;ros de t&eacute;l&eacute;phone. On repose la carte sur          le lit &agrave; c&ocirc;t&eacute; du cendrier, il y a, tout proche, un          trou rond dans le dessus de lit, une br&ucirc;lure de cigarette, les bords          carbonis&eacute;es, les fils de tissus agglom&eacute;r&eacute;s en un          petit cercle boursoufl&eacute;, le drap aper&ccedil;u dessous. Souffler,          gestes, lassitude, pourquoi ? Qui a br&ucirc;l&eacute; le dessus de lit          par inadvertance, un type identique, int&eacute;rimaire, ouvrier, assis          pareillement ? Venu l&agrave; pour quelle raison, quel boulot ? Les yeux          frott&eacute;s avec la main gauche, on conna&icirc;t les mouvements de          la fatigue, la main droite appuy&eacute;e sur le tissu, la cigarette suspendue,          le filet bleu de la fum&eacute;e monte &agrave; peine, s&#146;&eacute;vanouit          au bout de dix centim&egrave;tres d&#146;&eacute;l&eacute;vation. On regarde          machinalement la fen&ecirc;tre, l&#146;&eacute;clat de l&#146;ext&eacute;rieur,          une belle journ&eacute;e, oui. On baille. Cette perception soudaine d&#146;un          &eacute;puisement extr&ecirc;me, de solitude, pourquoi juste &agrave;          cet instant ? <br>         La derni&egrave;re chambre semblable, c&#146;&eacute;tait au d&eacute;but          janvier, avec ce type, l&#146;informaticien. Un d&eacute;placement en          province pour installer un stock de robinets dans une usine sur le point          d&#146;ouvrir. La patronne de la bo&icirc;te d&#146;int&eacute;rim, quelques          jours avant, avait insist&eacute; pour qu&#146;on accepte. Pas long, quatre          jours maximums. Le soir, avec l&#146;informaticien, on rentrait dans une          chambre similaire &agrave; celle-ci. <br>         &#151; Quel lit ? <br>         &#151; Moi, je m&#146;en fous. <br>         On avait dormi en bas, l&#146;informaticien en haut. Le type &eacute;tait          plus jeune, quinze ans de moins, c&eacute;libataire, voulait sortir le          soir. <br>         - Allez quoi, on va boire une mousse ? <br>         Le bar, la bi&egrave;re, on regardait autour, rien &agrave; se dire. L&#146;informaticien          soupirait : merde y a pas de filles dans ce bled ! <br>         Puis, &agrave; nouveau l&#146;h&ocirc;tel, on n&#146;allait pas enfiler          un pyjama, &ccedil;a fait con, on dort en slip. Film &agrave; la t&eacute;l&eacute;.          <br>         On esp&egrave;re toujours que le type avec qui on est ne ronfle pas.<br>         A la r&eacute;flexion, ce d&eacute;placement n&#146;&eacute;tait pas au          d&eacute;but janvier, mais juste avant No&euml;l.<br>         La cigarette est finie, il faut retourner &agrave; la bo&icirc;te, il          y a encore pas mal de boulot. Avant de sortir, on examine la reproduction          de peinture, un seul marin dans le bateau, avec juste la t&ecirc;te qui          d&eacute;passe sous la voile et le d&eacute;but d&#146;un bras rejet&eacute;          en arri&egrave;re comme tenant la barre, la t&ecirc;te ocre, le toupet          de cheveux noirs, l&#146;emplacement de l&#146;&#156;il, le contour du          visage &agrave; peine &eacute;labor&eacute;, &agrave; peine quelques traits          de peinture horizontaux donnant l&#146;impression du mouvement. Au-dessus,          la voile gonfl&eacute;e de vent, vaste triangle gris clair, derri&egrave;re          la c&ocirc;te est &eacute;bauch&eacute;e, bleue, une tentation d&#146;&icirc;le          d&eacute;serte.<br>         On quitte la chambre, on s&#146;aper&ccedil;oit dans le miroir en descendant          l&#146;escalier, maigre silhouette, jambes en jean, blouson marron, mains          dans les poches, un visage impassible, fig&eacute;, &eacute;tranger. En          bas, l&#146;employ&eacute;e nettoie l&#146;&eacute;cran de l&#146;ordinateur,          les gants roses en caoutchouc sont renfil&eacute;s. <br>         &#151; Bonne journ&eacute;e. <br>         &#151; Oui, merci, &agrave; ce soir.</p></td>   </tr> </table>  <!-- #EndEditable --> </body> <!-- #EndTemplate --></html> 
