<HTML> <HEAD>   <META NAME="GENERATOR" CONTENT="Adobe PageMill 2.0 Mac">   <TITLE>DU NOUVEAU QUANT A LA RELATION DEICTIQUE &quot;ICI/LA&quot;</TITLE> </HEAD> <BODY BGCOLOR="#c7d2ff">  <P ALIGN=CENTER>&nbsp;</P>  <P ALIGN=CENTER><B><FONT SIZE=+2>DU NOUVEAU QUANT &Agrave; <BR> LA RELATION D&Eacute;ICTIQUE <BR> &quot; ICI / L&Agrave; &quot;</FONT></B></P>  <P ALIGN=RIGHT><B><FONT SIZE=+1>Thierry TRUBERT-OUVRARD</FONT></B></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+1>Introduction</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>L'&eacute;tude que voici ne portera pas sur &quot; ICI &quot; et &quot; L&Agrave; &quot; dans leur opposition classique, respectivement &quot; dans ce lieu &quot; et &quot; dans tel lieu &quot; ; elle s'interrogera en revanche sur ce qui les distingue &agrave; un niveau plus hautement abstrait du syst&egrave;me de la langue (la raison de cette prise de position sera donn&eacute;e en temps voulu). Des dictionnaires de langue fran&ccedil;aise contemporaine comme le Robert semblent en proie &agrave; l'embarras pour distinguer les deux adverbes, leurs d&eacute;finitions sont limit&eacute;es par une vision essentiellement spatiale de la question.<BR> Lisons : &quot;ICI : dans ce lieu (le lieu o&ugrave; se trouve celui qui parle) ; oppos&eacute; &agrave; <I>l&agrave;, l&agrave;-bas.</I> L&Agrave; : dans tel lieu (autre que celui o&ugrave; l'on est), oppos&eacute; &agrave; <I>ici</I> [...] ; dans le lieu o&ugrave; l'on est (employ&eacute; pour <I>ici</I>) &quot;. M&ecirc;me si sa perspicacit&eacute; est grande, cette tentative de d&eacute;finition ne fait gu&egrave;re avancer les choses, vues l&agrave; contradiction apparente qu'elle introduit sans explication probante et par cons&eacute;quent l&agrave; confusion plus profonde dans laquelle elle plonge le lecteur.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>En linguistique grammaticale, malgr&eacute; une abondante litt&eacute;rature sur le sujet et surtout l'&eacute;tude &eacute;clairante de Henri ADAMCZEWSKI</FONT><FONT COLOR="#1919FF" SIZE=+1>*</FONT><FONT SIZE=+1>, l'attitude g&eacute;n&eacute;rale envers ces deux adverbes <I>spatiaux</I> reste aujourd'hui encore confuse me semble-t-il, et l'analyse quelquefois peu rigoureuse. C'est ce qui m'a conduit &agrave; poursuivre le travail de H. A. sur le couple Rh&egrave;me / Th&egrave;me avec une volont&eacute; d'&eacute;claircissement. Il ne s'agira pas ici de<I> tabula rasa</I>, mais plut&ocirc;t de correction d'id&eacute;es communes d'une part, et d'explicitation et de mise au point de la th&eacute;orie de H. A. de l'autre.</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#2327FF" SIZE=-1>* ADAMCZEWSKI, H. (1991) : Le Fran&ccedil;ais D&eacute;chiffr&eacute;, Armand Colin.</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+1>1. L'analyse spatiale</FONT></B></P>  <P><B><FONT SIZE=+1>1. a. Une perte de temps...</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Bri&egrave;vement je rappelerai l'inefficacit&eacute; de l'analyse contrastive spatiale classique que nous savons, par quelques exemples suffisamment explicites par eux-m&ecirc;mes et qui mettront en lumi&egrave;re ses limites. Ces r&egrave;gles grammaticales aujourd'hui d&eacute;su&egrave;tes posent le locuteur en tant que point de rep&egrave;re -- ou <I>origo</I> (lat.) -- en identifiant commun&eacute;ment avec ICI le lieu <I>o&ugrave; se trouve</I> le locuteur, et avec L&Agrave; le lieu <I>o&ugrave; il ne se trouve pas.</I> Une version post&eacute;rieure plus prudente attribuait &agrave; ICI <I>un lieu proche</I> du locuteur et &agrave; L&Agrave; <I>un lieu &eacute;loign&eacute;</I> de celui-ci. Nous observerons avec les exemples ci-apr&egrave;s que les deux explications pr&eacute;c&eacute;dentes analysent insuffisamment ICI et sont en d&eacute;saccord avec les emplois de L&Agrave; suivants :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><FONT SIZE=+1>(1) Qu'est-ce qu'on est bien <B>l&agrave;</B> dans l'herbe   ! <I>(Satisfaction d'un promeneur qui s est assis sur une pelouse)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(2) <I>(Extrait d'un film de Robert Lamoureux) :<BR>   Elle</I> : O&ugrave; est-ce que tu es ?<BR>   <I>Lui</I> : <B>Ici</B>.<BR>   <I>Elle</I> : O&ugrave; &ccedil;a, <B>ici </B>?<BR>   <I>Lui</I> : Ben <B>l&agrave;</B> quoi ! </FONT><FONT COLOR="#130FFF" SIZE=+1>*</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(3) L'&ecirc;tre-<B>l&agrave;</B>.<I> (Titre) </I></FONT><FONT    COLOR="#0C0CFF" SIZE=+1>**</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(4) Apr&egrave;s tant d'ann&eacute;es de travail acharn&eacute;,   il en est arriv&eacute; <B>l&agrave;</B>.<I> (Jugement sur la vanit&eacute;   des efforts d'un homme dont la carri&egrave;re a &eacute;chou&eacute;)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(5) Je suis all&eacute; <B>l&agrave;</B> o&ugrave; vous   avez &eacute;t&eacute;.</FONT><FONT COLOR="#1919FF" SIZE=+1>***</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(6) Qui va <B>l&agrave;</B> ! / Halte-<B>l&agrave;</B>   !<I> (Sentinelle gardant un camp militaire)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(7) H&eacute; <B>l&agrave;</B> ! doucement, du calme !   C'est pas un th&eacute;&agrave;tre <B>ici</B>.<I> (Prononc&eacute; par   un enseignant irrit&eacute; par le brouhaha de sa classe)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(8) &Eacute;teignez votre cigarette <B>ICI</B>.</FONT><FONT    COLOR="#1115FF" SIZE=+1>****</FONT><FONT SIZE=+1> <I>(Inscription au-dessus   d'un cendrier)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(9) <I>(Un passant indiquant son chemin &agrave; un touriste)   :</I><BR>   Vous pouvez aller &agrave; Notre Dame par <B>ici</B> ou par <B>l&agrave;</B>,   &ccedil;a revient au m&ecirc;me.</FONT></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT COLOR="#1E17FF" SIZE=-1>* Exemple emprunt&eacute; &agrave; H. A. dans LFD.<BR> ** La ph&eacute;nom&eacute;nologie de l'existence humaine ainsi nomm&eacute;e par Martin Heidegger.<BR> *** Le Petit Robert, dictionnaire de la langue fran&ccedil;aise.<BR> **** Exemple emprunt&eacute; &agrave; Georges Kleiber.</FONT><FONT SIZE=+1><BR> <BR> Les diff&eacute;rents emplois d'ICI et de L&Agrave; dans les &eacute;nonc&eacute;s ci-dessus montrent clairement que la th&eacute;orie de l'opposition spatiale (proche / &eacute;loign&eacute;) entre les deux adverbes n'est pas &agrave; m&ecirc;me de mener &agrave; terme l'explication de toutes les occurrences d'ICI et L&Agrave; -- ICI indiquant parfois un lieu &eacute;loign&eacute; de l'&eacute;nonciateur et L&Agrave; celui o&ugrave; il se trouve. Une troisi&egrave;me th&eacute;orie plus tardive, mais poss&eacute;dant h&eacute;las les m&ecirc;mes d&eacute;fauts que la pr&eacute;c&eacute;dente, rempla&ccedil;ait l'&eacute;quation <I>locuteur-origo</I> par celle d'<I>occurrence-origo</I> -- l'occurrence &eacute;tant l'&eacute;v&eacute;nement unique que constitue l'&eacute;nonciation. L'&eacute;nonciation elle-m&ecirc;me de l'expression devenant &eacute;quivalente au lieu : ICI r&eacute;f&eacute;rait au <I>lieu d'&eacute;nonciation d'ICI,</I> et L&Agrave; &agrave; <I>ce qui n'&eacute;tait pas le lieu d'&eacute;nonciation d'ICI.</I> Or si tel &eacute;tait le cas, tout fumeur &eacute;teindrait sa cigarette <I>sur</I> le mot ICI (ou autour) et non pas <I>dans</I> le cendrier (sous ICI : L&Agrave;) en situation de l'exemple (8) !</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+1>1. b.</FONT></B><FONT SIZE=+1> <B><I>De l'intuition...</I></B></FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Georges Kleiber faisait une remarque heureuse sur la pr&eacute;sence et l'importance d'une fl&egrave;che indiquant le cendrier dans l'exemple (8) ; je cite ses propres paroles : &quot; ICI ne peut pas d&eacute;signer <I>seul</I> un endroit, il faut y ajouter une fl&egrave;che, un signe, un geste [. . .] ICI &eacute;tant une entit&eacute; spatiale bi-dimensionnelle.&quot; </FONT><FONT COLOR="#1E17FF" SIZE=+1>*</FONT></P>  <P><FONT COLOR="#1E17FF" SIZE=-1>* Communication du 19. IX. 1993 &agrave; l'universit&eacute; de Tsukuba, Japon.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Tout en &eacute;mettant pour ma part des r&eacute;serves quant au caract&egrave;re <I>bi-dimensionnel</I> d'ICI (et &agrave; celui <I>tri-dimensionnel</I> de L&Agrave;) , mon intuition s'accorde avec cette observation qui trace un trait d'union entre ICI et quelque signe indicateur. Serait-ce donc la raison pour laquelle le locuteur <I>Elle</I> en (2) ne trouverait pas la position de son interlocuteur ? -- ce dernier lui &eacute;tant invisible, aucun geste ni signe de sa part n'est possible. Cependant l'&eacute;nonc&eacute; suivant (2') me semble tout &agrave; fait acceptable dans la m&ecirc;me situation que (2) :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><FONT SIZE=+1>(2') <I>Elle</I> : O&ugrave; est-ce que tu es ? <BR>   <I>Lui</I> : <B>Ici</B>.<BR>   <I>Elle</I> : <I>Ah ! te voil&agrave;.</I></FONT></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT SIZE=+1>Cette seconde version de (2) montre que le locuteur <I>Lui</I> peut d&eacute;signer un lieu -- en l'occurrence celui o&ugrave; il se trouve -- gr&acirc;ce &agrave; ICI, sans accompagner ses paroles d'aucun signe. De m&ecirc;me en (7) , ICI peut se suffire &agrave; lui-m&ecirc;me pour indiquer la situation dans laquelle se trouve l'&eacute;nonciateur.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Dans le cas de L&Agrave;, l'&eacute;nonc&eacute; en (6) requiert quant &agrave; lui un geste d&eacute;fensif ou agressif (avec une arme) de la part de la sentinelle -- nous savons qu'un geste paraphrase, intensifie ou compl&egrave;te nos paroles, mais ce plus ou moins (ou pas du tout) selon le locuteur, la situation, (<I>etc</I>.) . La question qui m&eacute;rite d'&ecirc;tre pos&eacute;e pour analyser l'emploi de L&Agrave; en (6) est la suivante : <I>Quel est le lieu d&eacute;limit&eacute; par L&Agrave; ? Est-ce celui o&ugrave; se trouve la sentinelle et qu'elle a l'ordre de garder, o&ugrave; plut&ocirc;t le lieu d&eacute;limit&eacute; par l'ombre ou le bruit qui provoque l'&eacute;nonc&eacute; en (6) ?</I> En ce qui concerne &quot; Qui va <B>l&agrave;</B> ! &quot;, la prise en compte du s&eacute;mantisme du verbe aller est &agrave; mon avis &eacute;clairante : le point de vue &eacute;nonciatif se situe <I>hors</I> du lieu d&eacute;limit&eacute; par L&Agrave; -- dans le cas contraire, l'&eacute;nonc&eacute; ne serait-il pas &quot; Qui vient <B>l&agrave;</B> ! &quot; ?</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>J'en d&eacute;duis que L&Agrave; en (6) ne peut que d&eacute;limiter un lieu <I>dans lequel la sentinelle <B>ne</B> s'inscrit <B>pas</B></I>, c'est-&agrave;-dire <B>hors</B> de son champ d'action.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>De m&ecirc;me, en ce qui concerne &quot; Halte-<B>l&agrave;</B> ! , L&Agrave; repr&eacute;sente une zone franche, <I>devant</I> le lieu interdit, et non pas <I>dedans</I> (d&eacute;limit&eacute; <I>&agrave; partir de</I> ou <I>derri&egrave;re</I> la sentinelle) .</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Il appara&icirc;t par ailleurs qu'ICI ne d&eacute;signe pas toujours un <I>endroit englobant </I>o&ugrave; se trouve le locuteur, fonction attribu&eacute;e par G. K.</FONT><FONT COLOR="#1C14FF" SIZE=+1>*</FONT><FONT  SIZE=+1> ; &agrave; mon avis, s'il peut sembler englobant, c'est plut&ocirc;t par effet de sens que de par son sens intrins&egrave;que. </FONT></P>  <P><FONT COLOR="#1511FF" SIZE=-1>* Communication du 19. IX. 1993 &agrave; l'universit&eacute; de Tsukuba, Japon.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Lisons les exemples ci-dessous :</FONT></P>  <P><SAMP><FONT SIZE=+1>englobant</FONT></SAMP><FONT SIZE=+1> :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><FONT SIZE=+1>(10) Il fait bon <B>ici</B>.</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(11) On est bien <B>ici</B>. </FONT></P>   <P><I><FONT SIZE=+1>Mais le m&ecirc;me &eacute;nonc&eacute; avec <B>l&agrave;</B>   est tout aussi englobant :</FONT></I></P>   <P><FONT SIZE=+1>(12) On est bien <B>l&agrave;</B>.</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(13) Vous &ecirc;tes <B>ici</B> chez vous.</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(14) Nous avons <B>ici</B> pr&eacute;sente sur notre plateau   celle que vous attendez tous avec impatience : j'ai nomm&eacute; la chanteuse   Barbara !</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(15) <B>Ici</B> repose (<B>Ci</B>-g&icirc;t) : Charles   Baudelaire.</FONT></P> </BLOCKQUOTE>  <P><SAMP><FONT SIZE=+1>non englobant :</FONT></SAMP></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><FONT SIZE=+1>(16)<I> (Au mus&eacute;e des Arts D&eacute;coratifs &agrave;   Paris, un guide explique)</I><BR>   Nous avons <B>ici</B> sur notre droite <I>La vie de famille</I> que Jean   Dubuffet a peinte en 1963.</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(17) - Pierre voyage <B>ici</B> et <B>l&agrave;</B> au   Proche-Orient depuis six mois.<BR>   <I>(Indiquant un pays sur l'atlas)</I><BR>   C'est <B>ici</B> qu'il se trouve actuellement.<BR>   - C'est vrai ? ! Mais c'est dangereux ! Nous sommes bien mieux chez nous;   au moins <B>l&agrave;</B>, il n'y a pas de guerre.</FONT></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT SIZE=+1>Sans conteste, les &eacute;nonc&eacute;s de (10) &agrave; (15) font &eacute;tat d'effets de sens o&ugrave; ICI englobe le locuteur et les interlocuteurs. Cette explication est s&eacute;duisante car elle a le m&eacute;rite de rassembler d'une part un grand nombre des emplois d'ICI, et de s'int&eacute;resser de l'autre &agrave; son statut -- nouveaut&eacute; heureuse car l'abondante litt&eacute;rature sur le sujet montre plut&ocirc;t en g&eacute;n&eacute;ral une pr&eacute;dilection pour L&Agrave;, plus riche et plus souvent employ&eacute;, au d&eacute;triment de l'analyse d'ICI. En (16) ,ICI ne peut pas &ecirc;tre englobant pour la simple raison qu'il d&eacute;signe uniquement le tableau, et que les visiteurs et le guide ne peuvent en rien se situer dans le lieu d&eacute;sign&eacute; par l'adverbe. De m&ecirc;me qu'en (17) o&ugrave; ICI indique un point sur une carte, ou par extension un lieu g&eacute;ographique, mais n'englobe pas pour autant les &eacute;nonciateurs qui se trouvent eux &agrave; la maison. D'autre part il me semble impossible de trouver dans ces deux &eacute;nonc&eacute;s une projection spatiale de la part des &eacute;nonciateurs.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Si les pistes d'une r&egrave;gle satisfaisante ont pu para&icirc;tre brouill&eacute;es, et qu'une confusion encore plus profonde a pu s'installer entre ICI et L&Agrave; au fil des &eacute;nonc&eacute;s reproduits dans ces pages, cela tient au fait que les emplois sont multiples et que les tentatives d'explication sus-nomm&eacute;es font toutes &eacute;tat de points de vue justifi&eacute;s et attestables dans <I>certains</I> cas. Mais c'est justement parce qu'elles ne sont pas capables de faire l'unanimit&eacute; des &eacute;nonc&eacute;s que le besoin se fait sentir de rassembler sous une th&eacute;orie unique et simple la multiplicit&eacute; des emplois d'ICI et de L&Agrave; dont nous avons d&eacute;j&agrave; observ&eacute; un &eacute;chantillon ci-avant.</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+1>2. Une analyse &quot; alternative &quot;</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>&Eacute;tudions de nouveaux exemples o&ugrave; les emplois d'ICI et de L&Agrave; viendront s'ajouter &agrave; ceux pr&eacute;c&eacute;demment cit&eacute;s afin que d'autres effets de sens viennent &eacute;largir le champ de notre analyse :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><FONT SIZE=+1>(18) Je vous parlerai <B>ici</B> (*<B>l&agrave;</B>) de   toutes r&eacute;centes d&eacute;couvertes dans les laboratoires Pasteur.   <BR>   <I>(Communication &agrave; un colloque sur le Sida)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(19) Pour l'enseignant, ce serait <B>l&agrave;</B> (*<B>ici</B>)   une bonne occasion d'&eacute;valuer le niveau d'acquisition des apprenants.</FONT><FONT    COLOR="#1921FF" SIZE=+1>* <BR>   </FONT><I><FONT SIZE=+1>(Conclusion &agrave; une explication d&eacute;velopp&eacute;e   pr&eacute;c&eacute;demment)</FONT></I></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT COLOR="#1C14FF" SIZE=-1>* Exemple tir&eacute; d'un projet de m&eacute;moire d'une &eacute;tudiante.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>L'inattestabilit&eacute; de l'emploi avec L&Agrave; en (18) me semble provenir du temps du verbe : il y aurait incompatibilit&eacute; entre L&Agrave; et l'<I>annonce</I> d'un &eacute;l&eacute;ment ; &agrave; l'inverse, l'inattestabilit&eacute; de l'emploi avec ICI en (19) proviendrait du caract&egrave;re <I>conclusif</I> de l'&eacute;nonc&eacute;.</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><FONT SIZE=+1>(20) Nous avons <B>ici</B> un probl&egrave;me &eacute;conomique   crucial &agrave; &eacute;liminer. <BR>   <I>(Le probl&egrave;me est soulign&eacute; pour amener l'analyse)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(20') Nous avons <B>l&agrave;</B> un probl&egrave;me &eacute;conomique   crucial &agrave; &eacute;liminer. <BR>   <I>(Conclusion)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(21) Vous posez <B>ici</B> une question qui touche plut&ocirc;t   &agrave; des probl&egrave;mes d'&eacute;thique.<BR>   <I>(Int&eacute;r&ecirc;t pour une question hors-sujet et qui fera l'objet   d'une r&eacute;ponse)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(21') Vous posez <B>l&agrave;</B> une question qui touche   plut&ocirc;t &agrave; des probl&egrave;mes d'&eacute;thique.<BR>   <I>(Rejet d'une question hors-sujet)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(22) <B>Ici</B>, cette fois, nous nous devons d'&ecirc;tre   vigilants. <BR>   <I>(Conseil avant un essai : l'&eacute;nonciation met en valeur ce nouvel   essai)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(22') <B>L&agrave;</B>, cette fois, nous nous devons d'&ecirc;tre   vigilants. <BR>   <I>(Conseil avant un essai : l'&eacute;nonciation met en valeur l'&eacute;chec   pr&eacute;c&eacute;dent)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(23)<I> (Une famille devant une carte de France : l'enfant   veut aller &agrave; la mer)</I><BR>   C'est <B>ici</B> que je veux aller passer mes vacances, pas <B>l&agrave;</B>,   pas &agrave; la montagne !</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(24)<I> (M&ecirc;me situation qu'en (23))</I><BR>   - Et si nous allions <B>ici</B> cet &eacute;t&eacute; ? L'air pur de la   montagne nous ferait du bien.<BR>   - Oh non ! Pas encore <B>l&agrave;</B> ! Et puis il y a plein de vaches   et &ccedil;a sent mauvais !</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(25) Je voudrais parler &agrave; votre responsable des   ventes ; est-ce qu'il est <B>l&agrave;</B> aujourd'hui ?</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(26) A ce moment-<B>l&agrave;</B>, tout fut boulevers&eacute;   dans ma vie. <BR>   <I>(D&eacute;claration d'un cadre de cinquante ans qui vient de perdre   son emploi)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(27) Debout <B>l&agrave;</B>-dedans ! </FONT><FONT COLOR="#0C0CFF"    SIZE=+1>* <BR>   </FONT><I><FONT SIZE=+1>(La m&egrave;re r&eacute;veillant ses enfants d'une   fa&ccedil;on quelque peu militaire en entrant dans leur chambre de bon   matin)</FONT></I></P>   <P><FONT SIZE=+1>(28) Oh <B>l&agrave; l&agrave;</B> ! J'ai fait une tache   sur moi. <BR>   <I>(Exclamation apr&egrave;s s'&ecirc;tre &eacute;clabouss&eacute; de sauce   tomate)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(29) <B>L&agrave;</B>, <B>l&agrave;</B>, je suis avec   toi, c'&eacute;tait un mauvais r&ecirc;ve. <BR>   <I>(M&egrave;re rassurant son enfant en sanglots apr&egrave;s un cauchemar)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(30) Alors <B>l&agrave;</B>, je n'en reviens pas ! <BR>   <I>(Exclamation de surprise)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(31) La protection de l'environnement, <B>l&agrave;</B>   est notre seul salut.</FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(32) <B>L&agrave;</B> ! Tu es contente ! C'est cass&eacute;   maintenant. <BR>   <I>(Prononc&eacute; par un p&egrave;re exc&eacute;d&eacute; par sa fille   qui tr&eacute;pignait)</I></FONT></P>   <P><FONT SIZE=+1>(33) Ce qui est bien avec Pierre, c'est qu'il est toujours   <B>l&agrave;</B> quand on a besoin de lui ! <BR>   <I>(&Eacute;nonc&eacute; pouvant &ecirc;tre ironique)</I></FONT></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT COLOR="#141CFF" SIZE=-1>* Exemple emprunt&eacute; &agrave; H. A. dans LFD.</FONT></P>  <P><I><SAMP><FONT SIZE=+1>Commentaires</FONT></SAMP></I></P>  <P><FONT SIZE=+1>Un examen rapide des exemples propos&eacute;s nous confirme qu'une explication des emplois d'ICI et de L&Agrave; par le biais de la r&egrave;gle grammaticale classique (proche / &eacute;loign&eacute;) nous confond plut&ocirc;t que de nous satisfaire. Nous l'avons remarqu&eacute;, ICI aura d&eacute;sign&eacute; aussi bien que L&Agrave; un lieu proche ou &eacute;loign&eacute; de l'&eacute;nonciateur, ou m&ecirc;me &agrave; &eacute;qui-distance l'un de l'autre.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>D'une seconde lecture plus attentive des exemples de (1) &agrave; (33) se d&eacute;gagera maintenant l'hypoth&egrave;se suivante :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <BLOCKQUOTE>     <P><B><FONT SIZE=+1>ICI + pr&eacute;sentation</FONT></B></P>     <P><B><FONT SIZE=+1>L&Agrave; + reprise</FONT></B></P>   </BLOCKQUOTE> </BLOCKQUOTE>  <P><B><FONT SIZE=+1>Avec ICI, l'&eacute;nonciateur introduit pour la premi&egrave;re fois le lieu d&eacute;sign&eacute;, il le choisit, il le pose au co-&eacute;nonciateur; avec L&Agrave;, le lieu a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; reconnu dans la situation ou le contexte, l'&eacute;nonciateur l'impose au co-&eacute;nonciateur comme &eacute;tant d&eacute;j&agrave; existant.</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Bien entendu, une r&egrave;gle si simple se doit d'&ecirc;tre explicit&eacute;e afin d'en comprendre les nuances. Le choix fait pour ICI ou pour L&Agrave; est un acte naturel et non conscient de la part de l'&eacute;nonciateur pour communiquer son <B>intention</B> au co-&eacute;nonciateur. Il ne sera pas question ici de s'attarder sur le caract&egrave;re strictement <I>cataphorique</I> d'ICI ou <I>anaphorique</I> de L&Agrave;, car le propre de la communication est de donner une indication &agrave; l'autre en voulant se faire comprendre, toute recherche de <I>v&eacute;rit&eacute;</I> mise &agrave; part.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Il ne suffira donc pas toujours au linguiste de chercher dans la situation ou le contexte <I>avant</I> le lien avec L&Agrave;, bien que cela reste une valeur quasi-invariante de ce m&eacute;taop&eacute;rateur. Dor&eacute;navant je nommerai <B>m&eacute;taop&eacute;rateurs</B> ICI et L&Agrave; afin de leur attribuer une plus grande importance linguistique : nous comprendrons vite qu'ils agissent en v&eacute;ritables v&eacute;hicules sophistiqu&eacute;s de l'intention de l'&eacute;nonciateur, excellents dans la manipulation et l'art du sophisme. Nous avons pu remarquer que nombreux sont les emplois o&ugrave; une valeur intrins&egrave;que de L&Agrave; nous est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e : son caract&egrave;re <I>appr&eacute;ciatif</I> (que nous comprendrons dans son acception la plus large, c'est-&agrave;-dire positif ou n&eacute;gatif). Ce m&eacute;taop&eacute;rateur permet en effet &agrave; l'&eacute;nonciateur d'&eacute;mettre un jugement ou un bilan, et ce naturellement puisque, nous l'avons vu, c'est un outil anaphorique. D'une part il d&eacute;signe un lieu extralinguistique, et de l'autre il op&egrave;re comme un v&eacute;ritable instrument de signalisation &agrave; l'int&eacute;rieur d'&eacute;nonc&eacute;s. Relisons plusieurs exemples d&eacute;j&agrave; propos&eacute;s ci-avant o&ugrave; L&Agrave; d&eacute;voile ce caract&egrave;re appr&eacute;ciatif (ou d&eacute;pr&eacute;ciatif) :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><I><FONT SIZE=+1>Qu'est-ce qu'on est bien <B>l&agrave;</B> dans l'herbe   ! / O&ugrave; &ccedil;a, <B>ici</B> ? - Ben <B>l&agrave;</B>, quoi ! /   Apr&egrave;s tant d'ann&eacute;es de travail acharn&eacute;, il en est   arriv&eacute; <B>l&agrave;</B>, / Je suis all&eacute; <B>l&agrave;</B>   o&ugrave; vous avez &eacute;t&eacute;. ! H&eacute; <B>l&agrave;</B> ! doucement,   du calme ! C'est pas un th&eacute;&acirc;tre <B>ici</B> / Nous sommes bien   mieux chez nous; au moins <B>l&agrave;</B>, il n'y a pas de guerre. / Oh   non ! Pas encore <B>l&agrave;</B> ! Et puis il y a plein de vaches et &ccedil;a   sent mauvais ! / Nous avons <B>l&agrave;</B> un probl&egrave;me &eacute;conomique   crucial &agrave; &eacute;liminer. / &Agrave; ce moment-<B>l&agrave;</B>,   tout fut boulevers&eacute; dans ma vie. / Debout <B>l&agrave;</B>-dedans   ! / Oh <B>l&agrave; l&agrave;</B> ! J'ai fait une tache sur moi, / <B>L&agrave;</B>,   <B>l&agrave;</B>, je suis avec toi, c'&eacute;tait un mauvais r&ecirc;ve.   / Alors <B>l&agrave;</B>, je n'en reviens pas ! / La protection de l'environnement,   <B>l&agrave;</B> est notre seul salut. / <B>L&agrave;</B> ! Tu es contente   ! C'est cass&eacute; maintenant. / Ce qui est bien avec Pierre, c'est qu'il   est toujours <B>l&agrave;</B> quand on a besoin de lui !</FONT></I></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT SIZE=+1>&Agrave; l'&eacute;crit, nous avons remarqu&eacute; dans les exemples ci-dessus un grand nombre de <I>points d'exclamation,</I> ils soulignent l'appr&eacute;ciation exprim&eacute;e par L&Agrave; -- <I>surprise, col&egrave;re,</I></FONT><I> <FONT SIZE=+1>&eacute;nervement, d&eacute;saccord, ironie, et parfois bien-&ecirc;tre</FONT></I><FONT SIZE=+1> (notons cependant que l'appr&eacute;ciation n&eacute;gative est la plus courante). A l'oral, le ton employ&eacute; par l'&eacute;nonciateur</FONT> <FONT SIZE=+1>pour L&Agrave; aura des variantes importantes selon l'effet de sens. Si L&Agrave; permet cette appr&eacute;ciation, c'est qu'il y a <I>distanciation</I> de la part de l'&eacute;nonciateur, celui-ci ne se situant plus en</FONT> <FONT  SIZE=+1>tant que producteur du choix / pr&eacute;sentateur du lieu d&eacute;sign&eacute; ; il consid&egrave;re que ce lieu est d&eacute;j&agrave; accept&eacute; par son interlocuteur en tant que tel : le lieu est &eacute;vident et reconnu <I>par</I> et</FONT> <I><FONT SIZE=+1>pour</FONT></I><FONT SIZE=+1> les deux parties. Le champ est donc libre et ouvert au jugement de l'&eacute;nonciateur ou du co-&eacute;nonciateur, et ce, <I>m&ecirc;me</I> si le lieu dont il parle n'a pas encore &eacute;t&eacute;</FONT> <FONT SIZE=+1>d&eacute;sign&eacute; situationnellement ou dans le contexte. L'&eacute;nonciateur pourra manipuler l'entendement de son interlocuteur en employant L&Agrave; <I>comme</I> <I>si</I> ce dernier avait d&eacute;j&agrave; accept&eacute; et reconnu</FONT> <FONT  SIZE=+1>l'existence de ce sur quoi porte L&Agrave;. L'&eacute;nonciateur <I>triche</I> dans la lin&eacute;arit&eacute; discursive en pr&eacute;supposant comme acquise la reconnaissance par lui-m&ecirc;me et par l'autre de</FONT> <FONT SIZE=+1>l'existence de l'&eacute;l&eacute;ment L&Agrave;. L&Agrave; pourra donc ne pas &ecirc;tre strictement anaphorique formellement, bien qu'il le soit cependant de par sa valeur. La pol&eacute;mique n'est possible que si les</FONT> <FONT SIZE=+1>deux parties s'entendent sur la r&eacute;alit&eacute; de l'objet du discours.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>C'est aussi pourquoi les &eacute;nonc&eacute;s avec ICI n'ont pas ce caract&egrave;re appr&eacute;ciatif critique, l'&eacute;nonciateur pose un lieu (qu'il d&eacute;signe par ICI) et par l&agrave;-m&ecirc;me il sollicite l'accord de son</FONT> <FONT SIZE=+1>interlocuteur sur l'existence de l'&eacute;l&eacute;ment qu'il pr&eacute;sente et d&eacute;signe. Avec ICI, l'&eacute;nonciateur fait le choix d'un lieu pour s'entendre avec son interlocuteur. Remarquons cependant que,</FONT> <FONT SIZE=+1>comme pour L&Agrave;, ce caract&egrave;re d'ICI peut ne pas &ecirc;tre strictement cataphorique dans la lin&eacute;arit&eacute; discursive, dans le cas o&ugrave; son emploi est post&eacute;rieur &agrave; une introduction puis &agrave; une</FONT> <FONT SIZE=+1>discussion de l'&eacute;l&eacute;ment d&eacute;sign&eacute; par ICI. L'&eacute;nonciateur agit inconsciemment ou intentionnellement de la sorte, pour faire <I>table rase</I> sur la pol&eacute;mique pr&eacute;c&eacute;dente et <I>relancer</I></FONT> <FONT SIZE=+1>l'objet du discours, <I>comme</I> s'il &eacute;tait neuf et vierge de toute appr&eacute;ciation. Illustrons cela par l'exemple suivant :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><FONT SIZE=+1>(34)<I> Elle </I>: Et si nous allions d&icirc;ner <B>ici</B>   ce soir ?<BR>   <I>Lui</I> : Quoi ! Mais c'est infect <B>l&agrave;</B> ! Tu n'as pas une   meilleure id&eacute;e ?<BR>   <I>Elle</I> : Pardon, je ne suis pas d'accord ! <B>Ici</B> c'est tr&egrave;s   bon. J'y ai d&eacute;j&agrave; go&ucirc;t&eacute; des plats succulents,   bien meilleurs que ce qu'on mange dans la plupart des restaurants que tu</FONT>   <FONT SIZE=+1>nous recommandes.</FONT></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT SIZE=+1>L'&eacute;nonciateur <I>Elle</I> ne peut employer qu'ICI dans sa r&eacute;ponse pour d&eacute;signer le restaurant dont elle parlait auparavant, non pas L&Agrave;, et ce pour la raison suivante : l'&eacute;l&eacute;ment est d'abord</FONT> <FONT SIZE=+1>d&eacute;sign&eacute; par ICI, puis soumis au jugement appr&eacute;ciatif de l'interlocuteur (qui pour ce faire a employ&eacute; L&Agrave;, dont la fonction n'est pas de d&eacute;signer le lieu mais de le reprendre pour mieux</FONT> <FONT SIZE=+1>mettre en valeur</FONT> <FONT  SIZE=+1>l'adjectif <I>infect</I> et ce qui suit : &quot;<I>Tu n'as pas une meilleure id&eacute;e ?</I> &quot;) ; ensuite il doit &ecirc;tre <I>red&eacute;fini</I> par un nouvel ICI pour &ecirc;tre <I>lav&eacute;</I> du jugement pr&eacute;c&eacute;dent. Nous observons</FONT> <FONT SIZE=+1>donc bien qu'ICI a le pouvoir (attribu&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment) de faire <I>table rase</I> pour <I>relancer</I> l'&eacute;l&eacute;ment sous un jour nouveau. Cela permet ainsi &agrave; l'&eacute;nonciateur <I>Elle</I> de pouvoir le</FONT> <FONT SIZE=+1>comparer ensuite aux autres restaurants recommand&eacute;s par <I>Lui</I>.</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><FONT SIZE=+1>Si nous relisons nos exemples, une derni&egrave;re observation n'aura &eacute;chapp&eacute; &agrave; personne : la sup&eacute;riorit&eacute; en richesse s&eacute;mantique de L&Agrave; sur ICI. De par le contexte situationnel et verbal,</FONT> <FONT SIZE=+1>l'&eacute;nonciateur dispose avec L&Agrave; d'une grande vari&eacute;t&eacute; d'emplois m&eacute;taphoriques et d'effets de sens, alors qu'ICI ne permet qu'une d&eacute;signation / observation de la r&eacute;alit&eacute;.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Nous touchons l&agrave; (ici ?) peut-&ecirc;tre au coeur de l'enjeu qui confronte le <I>monde</I> et la <I>langue</I> : la seconde ne domine-t-elle pas le premier, disposant d'outils</FONT> <FONT SIZE=+1>m&eacute;talinguistiques qui d&eacute;signent et <I>appr&eacute;cient</I> la r&eacute;alit&eacute; extralinguistique pour servir l'intention communicative ?</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><B><FONT SIZE=+1>Conclusion</FONT></B></P>  <P><FONT SIZE=+1>Bien que d&eacute;signant un lieu, les m&eacute;taop&eacute;rateurs ICI et L&Agrave; se r&eacute;v&egrave;lent appartenir &agrave; un niveau d'abstaction autre que l'effet de sens <I>spatial</I> commun&eacute;ment choisi comme</FONT> <FONT SIZE=+1>base explicative (et qui p&egrave;che par les limites que nous savons) .</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>&Agrave; partir de ces d&eacute;ictiques, je retiendrai une r&egrave;gle essentielle :</FONT></P>  <BLOCKQUOTE>   <P><B><FONT SIZE=+1>ICI / Pr&eacute;sentation</FONT></B><FONT SIZE=+1>   (d&eacute;signation d'<B>un</B> &eacute;l&eacute;ment)</FONT></P>   <P><B><FONT SIZE=+1>L&Agrave; / Reprise</FONT></B><FONT SIZE=+1> (bilan   effectu&eacute; sur<B> l</B>'&eacute;l&eacute;ment)</FONT></P> </BLOCKQUOTE>  <P><FONT SIZE=+1>A cela doit &ecirc;tre rapport&eacute;e la relation &eacute;nonciateur / co-&eacute;nonciateur, ainsi que celle entre ceux-ci et l'objet du discours (l'&eacute;l&eacute;ment pr&eacute;sent&eacute; par ICI ou repris par</FONT> <FONT SIZE=+1>L&Agrave;) . Avec ICI, l'&eacute;nonciateur introduit un terrain d'entente avec le co-&eacute;nonciateur par la d&eacute;signation d'un &eacute;l&eacute;ment et laisse ouvert l'&eacute;nonc&eacute;. Avec L&Agrave; en revanche, l'&eacute;nonciateur scelle</FONT> <FONT SIZE=+1>l'&eacute;l&eacute;ment pr&eacute;c&eacute;demment d&eacute;sign&eacute; du cachet de son appr&eacute;ciation ; l'&eacute;nonc&eacute; est ferm&eacute; et ne pourra &eacute;tre transform&eacute; que par l'emploi d'un nouvel ICI.</FONT></P>  <P><FONT SIZE=+1>Je me contenterai enfin d'attirer l'attention du lecteur sur un parall&egrave;le possible (et qui s'impose &agrave; moi) entre l'analyse pr&eacute;c&eacute;dente d'ICI / L&Agrave; et d'autres couples comme N-CI / N-L&Agrave;,</FONT> <FONT SIZE=+1>CECI / &Ccedil;A-CELA, VOICI / VOIL&Agrave;, et UN, UNE, DES / LE, LA, LES. Se pourrait-il que ces autres pr&eacute;sentateurs n'ob&eacute;issent pas aux m&ecirc;mes principes que ceux qui semblent r&eacute;gir</FONT> <FONT SIZE=+1>ICI et L&Agrave; ?</FONT></P>  <P>&nbsp;</P>  <P><FONT COLOR="#000000" SIZE=+1><HR ALIGN=LEFT SIZE="6"></FONT></P>  <P><B><FONT COLOR="#000000" SIZE=+1>&copy; Universit&eacute; Seinan-Gakuin, 1993</FONT></B></P>  <P><B><I>in <FONT COLOR="#000000" SIZE=+1>&Eacute;tudes de Langue et Litt&eacute;rature fran&ccedil;aises</FONT></I><FONT COLOR="#000000" SIZE=+1>, Universit&eacute; Seinan-Gakuin, num&eacute;ro 29, hiver 1994, ISSN 0286-2409.</FONT></B> </BODY> </HTML> 
