<HTML> <HEAD> <TITLE>Le jour des cendres</TITLE> </HEAD> <BODY LINK="#0000ff" VLINK="#800080" BGCOLOR="#ffffff"> <!-- ads begin --> <a href="http://www.go2net.com" target="_top" onMouseOver="window.status='[Advertisement]'; return true"><img src="http://images.go2net.com/go2net/ads/default/searchbar.gif" alt="" border="0" width="0" height="0"></a>  <center> <a href="http://clickit.go2net.com/adclick?cid=299456&area=va.dir.art.books&site=va&shape=banner&pass_random=64761" target="_top" onMouseOver="window.status=''; return true"><img src="http://ad.doubleclick.net/ad/N763.infospace/B1152269.2;sz=468x60;ord=64761" alt="Click here!" border="0" width="468" height="60"></a><br> <a href="http://clickit.go2net.com/adclick?cid=299493&area=va.embeddedbanner.textlink&site=va&shape=textlink" target="_new">Find local singles now! Advanced matching and online chat.</a> <iframe src="http://info.accumail.com/fcadincl?shape=exitpopup&site=VA&area=DIR.ART.BOOKS&border=0&keyword=embeddedexitpopup" width=0 height=0 marginwidth=0 marginheight=0 hspace=0 vspace=0 frameborder=0 scrolling=no bordercolor=#000000><script language='JavaScript1.1' SRC="http://info.accumail.com/fcjserver?shape=exitpopup&site=VA&area=DIR.ART.BOOKS&border=0&keyword=exitpopup"></script></iframe> </center> <!-- ads end -->  <TABLE><TR> <TD width="10%"> &nbsp;</TD> <TD> <FONT COLOR="#ff0000"> <H2 ALIGN="CENTER">Le jour des cendres</H2> </FONT> <P>&nbsp;</P> <P>&nbsp;</P> <P>Quand on n'a m&ecirc;me pas douze ans, on imagine que l'adulte ne peut se tromper et que le professeur de religion a parfaitement raison. Mais un peu plus tard, on se rend compte que certains illogismes se sont gliss&eacute;s dans la r&eacute;flexion sur l'immortalit&eacute;, et, pour peu qu'on ait une m&eacute;moire qui remonte &agrave; un autre si&egrave;cle, toutes les belles th&eacute;ories sur l'existence d'un Dieu, le paradis, l'enfer, l'absence d'esprit, tout s'effondre. Brutalement, les religieux comme les ath&eacute;es ont tort.</P> <P>Petits, nous avions besoin de s&eacute;curit&eacute; et nos &eacute;ducateurs, pour notre sauvegarde, nous ont nantis d'un certain nombre de croyances rassurantes ou effrayantes, les premi&egrave;res pour nous &eacute;viter des inqui&eacute;tudes concernant l'avenir, les secondes pour nous interdire l'acc&egrave;s aux risques. Dans cette immobilisme tranquille, l'ennui am&egrave;ne la recherche, celle-ci les d&eacute;couvertes, et, un beau jour, l'adolescent se demande pourquoi l'adulte s'est efforc&eacute; de raconter un tas de stupidit&eacute;s.</P> <P>Au coll&egrave;ge Saint Eustache, on pouvait poser des questions, mais on ne pouvait d&eacute;passer les bornes.</P> <P>Lorsque Th&eacute;ophile Defresne demanda pourquoi les catholiques pr&eacute;disaient un avenir &agrave; l'&acirc;me et n'imaginaient pas un pass&eacute; au moins aussi copieux, le professeur de religion avala plusieurs fois sa salive avant de r&eacute;pondre. En bref, pour lui, comme pour nombre de croyants, la vie de l'&acirc;me commen&ccedil;ait dans le myst&egrave;re et s'achevait dans le paradis ou l'enfer.</P> <P>-&nbsp;Pourtant, monsieur, puisque l'enfer et le paradis sont l'avenir de l'&acirc;me apr&egrave;s la mort, il est logique de se demander quel est son pass&eacute; avant la naissance.</P> <P>Rien &agrave; faire. La solution du probl&egrave;me tournait autour du myst&egrave;re divin, et, comme chacun le sait &agrave; souhait, les voies de Dieu sont imp&eacute;n&eacute;trables.</P> <P>Th&eacute;ophile avait le m&ecirc;me genre d'ennui avec les ath&eacute;es. Rien avant, rien apr&egrave;s. C'&eacute;tait un chimiste, ancien professeur au Za&iuml;re, qui pr&eacute;tendait ce genre de chose. Th&eacute;ophile le rencontrait souvent.</P> <P>-&nbsp;Mais si on se souvient de quelque chose avant la naissance, on doit forc&eacute;ment savoir en quoi consiste l'avenir apr&egrave;s la mort, disait Th&eacute;ophile.</P> <P>-&nbsp;Non, c'est un tour de l'imagination, niait le chimiste.</P> <P>-&nbsp;Tiens! C'est curieux, continuait Th&eacute;ophile. Imaginez une situation l&agrave;, maintenant. C'est fait?</P> <P>-&nbsp;Oui, j'ai pens&eacute; &agrave; une partie de badminton.</P> <P>-&nbsp;Bien! Maintenant, souvenez-vous de quelque chose.</P> <P>-&nbsp;Oui, voil&agrave;! C'est une autre partie datant de l'&eacute;t&eacute; dernier. C'&eacute;tait amusant.</P> <P>-&nbsp;Alors, continua Th&eacute;ophile, si je comprends bien, vous arrivez fort bien &agrave; discerner le fruit de votre imagination de vos souvenirs. Pourquoi ne seriez-vous plus apte &agrave; le faire pour des situations ant&eacute;rieures &agrave; la naissance? Pourquoi?</P> <P>-&nbsp;Parce que ce qui date d'avant la naissance ne peut exister, c'est donc le fruit de l'imagination.</P> <P>Th&eacute;ophile &eacute;clatait de rire.</P> <P>-&nbsp;Mais qu'ai-je dit? C'est irritant! Ne riez pas ainsi. En quoi me suis-je tromp&eacute;?</P> <P>Th&eacute;ophile ne r&eacute;pondait jamais. Il se contentait de sourire et d&eacute;tournait la conversation.</P> <P>Mais, un jour, Th&eacute;ophile ne put se contenir.</P> <P>-&nbsp;Je ne peux vous le dire, r&eacute;pondit-il. Il ne servirait &agrave; rien de vous expliquer quelque chose dont vous devez vous rendre compte par vous-m&ecirc;me. J'ai d&eacute;j&agrave; tent&eacute; l'exp&eacute;rience avec des amis. Cela ne change rien. C'est dans le raisonnement. Beaucoup de gens raisonnent comme vous et, &agrave; notre &eacute;poque, la loi des grands nombres tend &agrave; conforter votre opinion. Malheureusement, certains probl&egrave;mes se posent. Si vous acceptez l'hypoth&egrave;se selon laquelle les gens les plus intelligents sont les plus rares, il faudrait admettre que la pens&eacute;e la plus commune est sans doute la moins intelligente. Des gens moins intelligents peuvent-ils se rallier &agrave; une id&eacute;e plus intelligente? Question difficile, car, dans l'affirmative, une pens&eacute;e tr&egrave;s intelligente pourrait donc devenir parfaitement idiote. Ce n'est pourtant pas le cas puisque la qualit&eacute; d'une pens&eacute;e ne peut-&ecirc;tre alt&eacute;r&eacute;e par le nombre d'utilisateurs qu'en la d&eacute;formant au cours des communications successives. Si l'intelligence est rare, il faut donc en arriver &agrave; cette &eacute;vidence: les pens&eacute;es les plus intelligentes ont toutes &eacute;t&eacute; d&eacute;form&eacute;es avant de devenir des pens&eacute;es r&eacute;pandues. Et, ce &agrave; quoi nous avons affaire aujourd'hui lorsque nous &eacute;coutons les croyants et les incroyants, c'est forc&eacute;ment une ou plusieurs pens&eacute;es d&eacute;form&eacute;es depuis des si&egrave;cles et des si&egrave;cles. Ce raisonnement est troublant, ne trouvez-vous pas?</P> <P>Le chimiste &eacute;ructa quelques mots incompr&eacute;hensibles et prit feu. Sous les yeux exorbit&eacute;s de Th&eacute;ophile, l'homme fut bient&ocirc;t r&eacute;duit &agrave; un petit tas de cendres. Dans la fum&eacute;e, la silhouette d'une jeune femme se dessina progressivement. Apr&egrave;s quelques instants, Th&eacute;ophile finit par reconna&icirc;tre Cendrillon. Celle-ci se pencha &agrave; son oreille et dit:</P> <P>-&nbsp;Voil&agrave; pourquoi ceux qui savent doivent se taire, Th&eacute;ophile. J'esp&egrave;re que tu me comprendras. Quand on dit la v&eacute;rit&eacute;, souvent les imb&eacute;ciles disparaissent. Si tu continues, tu risques un jour de te sentir bien seul.</P> <P>Th&eacute;ophile secoua la t&ecirc;te comme un cheval fougueux refusant l'obstacle.</P> <P>-&nbsp;Si, tu peux me croire, assura Cendrillon.</P> <P>Et elle lui balan&ccedil;a une paire de claques dont il se souviendrait pendant des d&eacute;cennies.</P> <P>Les cendres se dispers&egrave;rent avec l'image de Cendrillon et Th&eacute;ophile regretta le chimiste. Apr&egrave;s quoi, il se r&eacute;solut &agrave; suivre le conseil de Cendrillon et &agrave; ne plus trop parler. Il lui restait cependant un semblant d'ironie au fond du coeur. La v&eacute;rit&eacute; ne devenait-elle pas tout &agrave; coup le moyen le plus extraordinaire pour r&eacute;soudre les probl&egrave;mes d&eacute;mographiques de la plan&egrave;te?</P> <P>Plus tard, alors qu'il ne pensait plus trop &agrave; cet &eacute;pisode, Th&eacute;ophile demanda &agrave; son professeur de religion pourquoi on ne tenait jamais compte du pass&eacute; simple dans la phrase: Dieu fit l'homme &agrave; son image.</P> <P>-&nbsp;Que voulez-vous dire exactement? jeta le professeur inquiet.</P> <P>-&nbsp;Que si l'homme ressemblait effectivement &agrave; Dieu, cela ne signifie pas n&eacute;cessairement que la ressemblance soit toujours d'actualit&eacute;. Question: qu'est-il donc arriv&eacute; &agrave; l'homme pour qu'il ne ressemble plus &agrave; son cr&eacute;ateur, celui-ci n'ayant &eacute;videmment rien &agrave; voir avec la canaille que nous d&eacute;crivent l'ancien et le nouveau testament? N'est-ce pas une question int&eacute;ressante?</P> <P>-&nbsp;Mais c'est simple, r&eacute;pondit le professeur, c'est le p&eacute;ch&eacute; originel.</P> <P>-&nbsp;Ah oui! Le p&eacute;ch&eacute; originel. Parlons-en! Comment se fait-il qu'Adam et Eve trouvent tout &agrave; coup que leur nudit&eacute; est une chose mauvaise alors que leur cr&eacute;ateur les a regard&eacute;s nus pendant toute la p&eacute;riode qui pr&eacute;c&egrave;de? Si Dieu consid&eacute;rait la chose comme normale, il y a bien plus de chance que ce soit Adam et Eve qui se soient tromp&eacute;s eux-m&ecirc;mes en d&eacute;cr&eacute;tant que c'&eacute;tait mal, puisque le cr&eacute;ateur &eacute;tait parfait. Donc tout le comportement actuel est b&acirc;ti sur la premi&egrave;re erreur du premier homme. Voil&agrave; le v&eacute;ritable p&eacute;ch&eacute; originel! Qu'en pensez-vous?</P> <P>Le professeur de religion comptait visiblement les innombrables gouttes de sueur sur son mouchoir tandis qu'il venait de s'&eacute;ponger le front.</P> <P>-&nbsp;Je vous r&eacute;pondrai demain, monsieur Defresne, finit-il par dire. Notez votre question sur une feuille de papier.</P> <P>Le lendemain, les &eacute;l&egrave;ves apprirent que leur professeur de religion avait &eacute;t&eacute; conduit dans une maison de repos pour une p&eacute;riode ind&eacute;termin&eacute;e.</P> <P>Th&eacute;ophile aper&ccedil;ut Cendrillon qui s'enfuyait sur les toits du coll&egrave;ge en s'&eacute;criant:</P> <P>-&nbsp;Je t'avais pr&eacute;venu.</P> <P>Comme il avait surtout appris &agrave; se taire, Th&eacute;ophile s'abstint d&eacute;sormais de tout commentaire &agrave; propos des croyances ou des incroyances. Il devint journaliste.</P> <P>Lors d'un entretien avec une grande chanteuse, Th&eacute;ophile s'&eacute;tonna de l'entendre dire qu'elle croyait aux vies ant&eacute;rieures.</P> <P>-&nbsp;Les vies ant&eacute;rieures ne sont-elles pas des souvenirs? demanda-t-il sur un ton neutre.</P> <P>-&nbsp;Mais oui, tout &agrave; fait, acquies&ccedil;a la grande dame.</P> <P>-&nbsp;Croyez-vous &eacute;galement en Dieu? demanda-t-il encore.</P> <P>-&nbsp;Bien s&ucirc;r!</P> <P>-&nbsp;D'accord, nota Th&eacute;ophile. Et lorsque vous vous souvenez d'un &eacute;v&eacute;nement ou d'un incident, &eacute;prouvez-vous le besoin d'y croire? Je veux dire: si vous vous souvenez d'avoir mang&eacute; des haricots jeudi pass&eacute;, devez-vous recourir &agrave; ce verbe incongru?</P> <P>-&nbsp;Non puisque j'ai v&eacute;cu l'histoire ou l'incident!</P> <P>-&nbsp;Tout cela est bien bizarre, commenta Th&eacute;ophile. Dieu &eacute;tant &agrave; l'origine des choses, il n'est apr&egrave;s tout qu'un souvenir, probablement notre premier souvenir. Pourquoi &eacute;prouver le besoin d'y croire? Si on s'en souvient, on sait forc&eacute;ment qui c'est. Et c'est une certitude.</P> <P>La grande dame, surprise, se leva et passa dans une autre pi&egrave;ce. Th&eacute;ophile en &eacute;tait l&agrave; dans ses r&eacute;flexions lorsqu'il se rendit compte de la pr&eacute;sence de Cendrillon.</P> <P>-&nbsp;Tu n'as pas pu te retenir! gourmanda-t-elle. Tu devrais t'en aller. Cette femme, je m'en m&eacute;fie comme de la peste.</P> <P>-&nbsp;Mais non, tu es jalouse! affirma Th&eacute;ophile en riant.</P> <P>-&nbsp;Je t'aurai pr&eacute;venu, conclut Cendrillon.</P> <P>Et elle disparut.</P> <P>Deux minutes plus tard, la grande dame entra &agrave; nouveau. Elle portait une blouse blanche d&eacute;chir&eacute;e et une jupe pliss&eacute;e en lambeaux. Des coups r&eacute;sonn&egrave;rent &agrave; l'entr&eacute;e de l'appartement.</P> <P>-&nbsp;Police, ouvrez!</P> <P>Th&eacute;ophile consid&eacute;rait la grande dame avec stup&eacute;faction. La porte fut d&eacute;fonc&eacute;e et les policiers surgirent. Ils pass&egrave;rent les menottes au journaliste et l'emmen&egrave;rent.</P> <P>Plus tard, Th&eacute;ophile apprit qu'il &eacute;tait inculp&eacute; de tentative de viol. Dans la prison, bien qu'il soit libre hors de sa t&ecirc;te, Th&eacute;ophile sut que les pauvres humains n'avaient encore rien chang&eacute; depuis l'inquisition et qu'il aurait d&ucirc; se taire. Apr&egrave;s son proc&egrave;s, il lut dans un journal que la grande dame avait &eacute;t&eacute; admise dans un couvent.</P> <P>Tout d'abord, le prisonnier fut touch&eacute; par tant de sollicitude &agrave; vouloir partager son sort. Ne choisissait-elle pas en effet d'expier son mensonge en s'exilant de la sorte? Mais, toute r&eacute;flexion faite, n'&eacute;tait-ce pas meurtrissure inutile que de s'infliger mutuellement l'incarc&eacute;ration?</P> <P>Th&eacute;ophile r&eacute;solut donc de demander pardon &agrave; la recluse pour l'avoir viol&eacute;e moralement. Il adressa sa requ&ecirc;te et, sous huitaine, re&ccedil;ut la r&eacute;ponse. La grande dame avouait ses souffrances et ses tourments. Sa vie s'&eacute;tait effondr&eacute;e et sa fiert&eacute; l'avait tromp&eacute;e. D&eacute;couvrir que croyance ou incroyance n'&eacute;tait que pi&egrave;ge dans le contexte logique de la m&eacute;moire l'avait brutalement rendue folle au point de se sentir inexorablement pouss&eacute;e au mensonge et &agrave; la com&eacute;die. N'&eacute;tait-ce pas par snobisme que, par ailleurs, elle abreuvait les cr&eacute;tins d'un tas de balivernes &agrave; propos des vies ant&eacute;rieures? En r&eacute;alit&eacute;, elle n'avait pas le moindre souvenir d'avant la naissance. Suivait une quantit&eacute; effroyable de mensonges que la pauvre femme avait cru bon de prof&eacute;rer durant toute sa vie.</P> <P>Le directeur de la prison, qui lisait le courrier de ses ouailles, fut &agrave; ce point &eacute;berlu&eacute; qu'il mit tout en oeuvre pour lib&eacute;rer Th&eacute;ophile.</P> <P>Cendrillon accueillit le journaliste &agrave; sa sortie de prison.</P> <P>-&nbsp;Alors, toujours d&eacute;cid&eacute; &agrave; dire la v&eacute;rit&eacute;.</P> <P>-&nbsp;Ben oui, puisque je suis libre, r&eacute;pondit Th&eacute;ophile.</P> <P>-&nbsp;Ah! Et tu sais? La femme du couvent, enfin celle qui a d&eacute;pos&eacute; plainte contre toi. Eh bien, elle n'a pas &eacute;t&eacute; r&eacute;duite en cendres.</P> <P>-&nbsp;Bien s&ucirc;r, puisqu'elle a reconnu la v&eacute;rit&eacute;, r&eacute;pondit Th&eacute;ophile dans un sourire satisfait.</P> <P>&nbsp;</P> <P><A HREF="mailto:lspirlet@freegates.be">Luc Spirlet</A></P> </TD> </TR> </TABLE> </BODY> </HTML> 
